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Maître Eckhart, maître de mystique

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Message par Archange le Jeu 7 Nov - 23:41


Maître Eckhart, maître de mystique († 1327)
      
"Dieu s'est fait homme, pour que l'homme se fasse Dieu"

Maître Eckhart, maître de mystique Meister-eckhart

Eckhart est né en Thuringe vers 1260. Il entre chez les dominicains d'Erfurt puis étudie à Cologne où règne encore le souvenir de saint Albert le Grand transmis par Thierry de Freiberg. Eckhart est appelé à de hautes charges dans l'Ordre : provincial, vicaire général. Il en est déchargé en 1311 pour pouvoir se consacrer à son activité intellectuelle à Paris, à Strasbourg puis à Cologne. Il enseigne, il prêche et il publie.

Vers les années 1325 la doctrine d'Eckhart est suspectée par l'archevêque de Cologne. On ne doit pas sous-estimer dans cette affaire la rivalité, déjà de longue date, entre mendiants et séculiers, spécialement au sujet du privilège de l'exemption. Eckhart se défend contre de mauvaises interprétations de sa pensée ou même tout simplement contre des déformations de ses propos. En 1329, en Avignon, est enregistrée une bulle qui condamne dans les écrits d'Eckhart dix-sept propositions hérétiques et onze qui paraissent suspectes. Mais Maître Eckhart est déjà mort, probablement depuis 1327. Sa condamnation est ressentie comme une injustice chez les Prêcheurs et n'empêche nullement le rayonnement posthume des grands thèmes eckhartiens que ses disciples sauront mettre en valeur sans insister sur les paradoxes audacieux du Maître.

L'oeuvre latine d'Eckhart est très théorique, caparaçonnée d'un langage technique; elle comprend des commentaires des Sentences et de la Bible. Il s'y ajoute des sermons qui constituent la majeure partie de son oeuvre écrite en allemand.

Une mystique métaphysique

La pensée de Maître Eckhart est difficile, souvent exprimée en termes paradoxaux : elle a pu être infléchie en de nombreux sens (gnose, panthéisme, idéalisme...). C'est une mystique métaphysique à dominante platonicienne mais on a pu y détecter d'autres influences. Elle est une pensée sur l'être, qui, pris absolument, s'identifie à Dieu. De cette approche vient la fameuse distinction entre la Déité, et Dieu. En une dissociation purement intellectuelle Eckhart dit en effet que la Déité est l'essence divine, absolue, isolée, au-dessus de tout nom et parfaitement une. Dieu est cette Déité en tant qu'elle entre en rapport, d'abord dans la Trinité mais aussi dans la création. Ainsi " Dieu agit; la Déité n'agit pas ". En ce sens on peut dire, à la limite : " Dieu n'est Dieu que lorsque les créatures disent : Dieu. "

Le Verbe est l'idée parfaite de toutes les créatures possibles (exemplarisme). Ainsi toute créature est marquée d'une empreinte divine qui lui donne une noblesse incomparable, bien que Eckhart souligne l'infinie distance qui subsistera toujours entre le créé et l'incréé. Au plus profond de l'âme humaine (Grund) brille une lumière, une étincelle dont Eckhart va jusqu'à dire qu'elle est, quant à elle, " incréée et incréable ", formule qui fit grande difficulté parmi ses censeurs, on s'en doute. Eckhart ajoute ; " Là, le fond de Dieu est mien et mon fond est celui de Dieu. Là je vis de ce qui m'est propre, comme Dieu vit de ce qui lui est propre. " Le retour à Dieu, but de l'itinéraire spirituel, va se réaliser par une participation à la vie intime de Dieu jusqu'à ce fond divin car " l'âme est une avec Dieu et pas seulement unie " ; elle est de la " race de Dieu ".

Dépouillement et anéantissement

Pour revenir à elle-même l'âme devra d'abord purifier ses propres " puissances ", en transcendant les images et les concepts, y compris, et la proposition a aussi été considérée comme audacieuse, en dépassant l'humanité du Christ puisque ce dernier est là pour nous montrer la route vers la Déité. Le chrétien doit aussi arriver au complet dépouillement et à la pauvreté spirituelle, au-delà de tout désir, même du bien, même de la récompense éternelle. Il doit se trouver anéanti, ébloui de sa pureté et admiratif " de sa propre beauté ". " Il faut avoir un coeur pur, car seul est pur celui qui a anéanti tout ce qui est créature. " Telle fut la Vierge Marie; telle est la tâche de l'humilité; tel est aussi l'amour chrétien. Aimer Dieu en tout être conduit à l'unité dans la charité par le rejet du moi et par l'action du Christ qui agit en tous.

La pensée d'Eckhart, avec ses sentiers escarpés, va être reprise et en quelque sorte monnayée par ses disciples, qui éviteront de paraître s'éloigner de la doctrine traditionnelle. que " la nature est bonne et noble ". Il convient seulement de l'émonder, de laisser émerger ce noyau où Dieu a sa demeure, au prix de souffrances, d'obscurités, certes, mais elles conduisent à la "lumière essentielle".

Armé de son réalisme spirituel, Tauler recommande avec bon sens aux moniales d'être au moins fidèles au silence, car si faible, ou malade, ou assidu à la dispense qu'on puisse être, il est toujours possible de le pratiquer et d'en goûter les fruits! La vie religieuse tout ordinaire mais vécue avec amour et vérité suffit amplement au dessein de Dieu : " Mes chères soeurs, mes bien-aimées et chères filles, je ne vous demande ni grande perfection ni sainteté, mais seulement que vous aimiez votre saint Ordre et que par conséquent vous vous efforciez de garder ses vénérables règles autant que vous le pouvez et que vous soyez exactes au silence partout où il est ordonné... "

C'est que Tauler aime son Ordre qui lui a été " donné par Dieu et la sainte Église ". II est composé de frères et de soeurs à la recherche de leur " seconde conversion ", " essentielle " dont il parle parfois mystérieusement et qui consiste à vivre " sans rien autre en vue que Dieu ". L'âme contemplative y parviendra dans l'abandon, c'est-à-dire "Accepter Dieu et s'accepter soi-même", pécheur mais sauvé par le Christ. (Source : Dominicains. Cerf. 1980)








Maître Eckhart


Maître Eckhart est né en vers 1260, en Thuringe.
            Il entre très jeune chez les Dominicains d‘Erfurt, poursuit ses études à Paris (1293-1294) et devient peu après son retour en Allemagne prieur de son couvent d’Erfurt.


Maître Eckhart, maître de mystique Werfurt



            En 1302, il fait un second séjour à Paris, pour acquérir son titre de Maître en théologie. Il enseigne alors à la Sorbonne (1302-1303).
            De retour en Allemagne, il est élu provincial de Saxonie (1303), puis vicaire général de Bohême en 1307 : « Sa responsabilité s’étend sur un territoire qui va des Pays-Bas au Nord-Est allemand et à Prague, comprenant quarante-sept couvents d’hommes et neuf de femmes. »
            En 1311, il repart à Paris pour la troisième fois, où il enseigne pendant deux ans (magister actu regens) : « Lorsque je prêchais à Paris, je disais, et j’étais bien en droit de le dire, que tous ceux de Paris, avec toute leur science, ne pouvaient comprendre ce qu’est Dieu dans la plus infime créature, voire dans une mouche. Mais je dis à présent que tout ce monde ne le saurait comprendre. Rien de ce que l’on peut penser de Dieu n’est Dieu ».
            A partir de 1314, il s’installe à Strasbourg, avec juridiction sur les couvents de femmes. Il enseigne aussi à Cologne. C’est durant cette période – jusqu’en 1326, qu’il rédige la plupart de ses Sermons.
            On arrive alors à l’époque du procès. Au cours de l’année 1326, l’archevêque de Cologne, Henri II de Virnebourg, s’attaque, en effet, à Maître Eckhart, pour des raisons plus politiques que théologiques d’ailleurs, et fait dresser une liste de 49 propositions jugées suspectes.
            Il y aura en fait deux procès, le premier à Cologne, au cours duquel, Maître Eckhart déclare : « Je puis me tromper, je ne puis pas être hérétique, car l’hérésie est affaire d’intelligence, l’hérésie dépend de la volonté. » Comme ce sont des propositions examinées hors de leur contexte qui sont jugées, et dont certaines sont même des transcriptions erronées de ses sermons, il sera facile à Maître Eckhart d’argumenter, tout en se soumettant à la décision de l’Église.
            Le second se déroule à Avignon. Mais, là, Maître Eckhart ne se défendra pas, acceptant d’avance la sentence, tout en demeurant intransigeant sur l’authenticité de son expérience. Sans doute a-t-il perdu espoir de se faire comprendre. Comme l’écrit Jeanne Ancelet-Hustache, en effet, « comment ses juges pourraient-ils avoir idée de la richesse d’œuvres qu’il n’ont pas lues et de l’expérience mystique (sic) que ces œuvres cherchent à définir intellectuellement ? »
             On sait comment se termineront les procès de Maître Eckhart : la condamnation au final de vingt-six articles et la mort de Maître Eckhart, peu de temps après, sans doute à Avignon, vers la fin 1327 ou le début de 1328.



LA VOIE DE MAÎTRE ECKHART


Il y a d’abord l’accueil de Dieu en soi, ce qui implique que l’homme soit vierge, c’est-à-dire « dégagé de toutes images étrangères, aussi dégagé qu’il l’était alors qu’il n’était pas. »

Il y a ensuite la naissance du Fils dans l’âme, de l’enfant divin, le puer aeternus, comme l’écrit Marie-Madeleine Davy, dans le secret de l’âme : « Dans la source la plus intérieure, je sourds dans le Saint-Esprit : c’est là une vie, un être, une opération. Tout ce que Dieu opère est un ; c’est pourquoi il m’engendre en tant que son Fils, sans aucune différence »

            Mais cette naissance ne fait pas tout : « C’est dans le fond du fond que le Verbe apparaît pour céder ensuite la place à la Déité pure ». Elle doit s’accompagner par conséquent d’une « percée de l’âme », en direction de la Déité :

            « Les maîtres disent que deux puissances fluent de la partie supérieure de l’âme. L’une se nomme volonté, l’autre intellect. La perfection de ces puissances se situe dans la puissance supérieure qui se nomme intellect [il s’agit ici du « fond de l’âme »]. Elle ne peut jamais trouver le repos. Elle ne tend pas vers Dieu selon qu’il est l’Esprit Saint, elle fuit le Fils selon qu’il est le Fils. Elle ne veut pas non plus Dieu selon qu’il est Dieu. Pourquoi ? Parce que là il a un nom. Et s’il y avait mille dieux, elle ferait sans cesse sa percée, elle le veut là où il n’a pas de nom. Elle veut quelque chose de plus noble, quelque chose de meilleur que Dieu selon qu’il a un nom » (Mulier, venit hora)

            Pour accomplir ces différentes étapes, il n’y a finalement d’autres modes de réalisation spirituelle que le détachement, le détachement de soi et de tout le créé, y compris du désir du paradis terrestre, dans la dimension du salut – ascension horizontale – y compris de l’aspiration de l’âme au paradis céleste, lors de son ascension  verticale : « Ceux qui sont complètement sortis d’eux-mêmes, qui ne cherchent absolument rien qui leur soit propre en aucune chose, quelle qu’elle soit, grande ou petite, qui ne considèrent rien au-dessous d’eux, ni au-dessus d’eux, ni à côté d’eux, ni en eux, qui ne visent ni bien, ni honneur, ni agrément, ni récompense, ni royaume céleste, et qui sont sortis de tout cela, de tout ce qui leur est propre : ces gens là rendent honneur à Dieu, ils honorent Dieu véritablement et lui donnent ce qui est à lui »

C’est ainsi que s’opère le détachement, mode unique de réalisation, jusqu’à ce que l’âme devienne « un avec l’Un, un de l’Un, un dans l’Un et, dans l’Un, un éternellement ».

C’est qu’en effet, au terme de la voie, l’homme approche alors la Déité : « Quand l'âme reçoit un baiser de la Déité, elle acquiert toute sa perfection et sa béatitude, alors elle est embrassée par l'Unité » (In diebus suis placuit Deo).

            Ce baiser, naturellement, n’est ni celui du Fiancé, ni celui de l’Epoux divin, du Fils, selon les théophanies formelles et informelles, il est celui du Dieu sans nom, de l’UN, et c’est en cela que l’homme atteint sa délivrance, « toute sa perfection et sa béatitude ». On peut sous cet aspect se reporter au Traité « De l’homme noble » : «Je dis : quand l'homme, l'âme, l'esprit contemple Dieu, il se sait et se reconnaît aussi comme connaissant, c'est-à-dire : il reconnaît qu'il contemple et reconnaît Dieu. Or il a semblé à certains et il paraît aussi très vraisemblable que la fleur et le noyau de la béatitude se situent dans la connaissance par laquelle l'esprit connaît qu'il connaît Dieu, car si je possédais toutes les délices sans en rien savoir, que m'importerait, et quelles délices seraient-ce là pour moi? Pourtant je dis avec assurance qu'il n'en est pas ainsi. S'il est vrai que, sans cela, l'âme ne serait pas bienheureuse, la béatitude ne se situe pourtant pas là, car le premier élément de la béatitude, c'est que l'âme contemple Dieu sans voile. C'est de là qu’elle reçoit tout son être et sa vie et qu’elle puise tout ce qu'elle est dans l'abîme de Dieu et ne sait rien de la connaissance ni de l'amour ni de quoi que ce soit. Elle repose totalement et exclusivement dans l'être de Dieu, elle ne connaît là que I'Être et Dieu. Mais quand elle sait et reconnaît qu’elle contemple, connaît et aime Dieu, c'est une sortie de cet état et un retour à l'état premier selon l'ordre naturel. »


Conclusion

            L’œuvre de Maître Eckhart introduit à une voie typique de l’ésotérisme chrétien qui est une voie de l’Unité, qui se déploie au-delà des théophanies formelles et informelles.

            Le maître, c’est le Christ, engendré par le Père dans le secret de l’âme, c’est, en d’autres termes, la Présence, dans le secret de l’âme.

            C’est elle, cette Présence intérieure, qui est l’initiatrice, « au-delà de toute sensation concernant l’amour ou la connaissance » (Marie-Madeleine Davy)

            Quant aux modes de réalisation de la voie de Maître Eckhart, c’est essentiellement le détachement.

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