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Le Sacré, La Religion.

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Message par debbie le Sam 22 Déc - 1:53

Le Sacré, La Religion. Flower10




On a proposé de la religion des définitions multiples dont le défaut commun semble consister en ce que tantôt l'un, tantôt l'autre de ses éléments essentiels, en est exclu. Conçue comme un ensemble de mythes, de dogmes et de pratiques rituelles, elle se réduit à n'être plus qu'une mythologie ou une théologie, à laquelle est étroitement soudé un code de prescriptions cérémonielles, et parfois un recueil de règles morales, mais dont toute valeur, toute signification spécifiquement religieuse demeure et doit demeurer absente; envisagée comme un ensemble de sentiments et d'émotions, analogues aux sentiments esthétiques et moraux, encore qu'ils en soient distincts et gardent leur originalité propre, elle est arbitrairement dépouillée des formes réelles et concrètes ou, en fait, elle a pris corps et elle se transforme en une sorte d'abstraction psychologique qui n'a plus guère de commun que le nom avec ce complexus de concepts, d'images, d'actes, d'états affectifs, qui constitue une religion aux diverses phases de l'évolution humaine qu'il nous est donné d'observer. Lorsqu'on réussit à éviter ce double péril, c'est la plupart du temps en donnant de la religion et des phénomènes religieux une définition purement formelle ou en substituant à une définition véritable une énumération des principales et plus notables manifestations de l'activité religieuse.

Philosophes, moralistes et psychologues sont également disposés à considérer comme la formule même des progrès du sentiment religieux son émancipation des dogmes et des cérémonies et la graduelle disparition des formes arrêtées et des symboles précis où il s'est incarné aux périodes diverses de la longue vie de l'humanité; les théologiens, pour la plupart, sont inhabiles à se représenter l'émotion religieuse dissociée des conceptions qui lui sont traditionnellement unies et n'aboutissant point à des actes rituels déterminés; les uns et les autres ne se peuvent défendre que fort malaisément contre la tendance à identifier dans quelque mesure le commandement moral et l'inspiration religieuse, plus frappés de leur connexion de fait à la période que nous traversons que de l'indépendance, où ils se trouvent logiquement l'un à l'égard de l'autre, et de la nette distinction de leurs origines, que bon nombre cependant des historiens les mieux informés des sociétés primitives et des critiques les plus sagaces ont ouvertement proclamée.
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Message par debbie le Sam 22 Déc - 2:33

Le Sacré, La Religion. Amazin10



L'émotion religieuse et les formes de la religion.
Une théorie plus exacte de la nature des phénomènes religieux semble pourtant conquérir droit de cité parmi les écrivains, qui se sont le plus récemment appliqués à réduire en des formules d'une portée générale les multiples manifestations du sentiment qui sollicite les hommes à entrer en communion avec le divin qu'il leur semble percevoir en leur propre esprit et dans le vaste univers qui les enveloppe.
Cette théorie, qui tient compte de la complexité de ces groupes de faits psychologiques et de faits sociaux, a trouvé une double et éminente expression, à peu d'années de distance dans les oeuvres de deux théologiens, l'un Français, Auguste Sabatier, l'autre Hollandais, le professeur C.-P. Tiele. Deux idées la dominent tout entière, l'une que la religion est essentiellement un mode particulier de vie un ensemble d'émotions d'un type spécial et de tendances motrices qui aboutissent à des actes d'une forme déterminée, dont l'exemple caractéristique nous est fourni par la prière, l'autre que toute religion s'exprime nécessairement en des images ou des représentations abstraites, en des mythes, des dogmes ou des symboles, et qu'un sentiment religieux qui ne prendrait pas corps, en s'unissant étroitement à quelque état intellectuel et imaginatif, s'évanouirait bientôt sans doute et ne serait point en tout cas clairement ni distinctement, ni même très consciemment, perçu par l'esprit en lequel il aurait d'abord apparu. Le sentiment religieux constitue l'âme vivante et créatrice de la religion, mais cette religion, qu'il suscite dans les âmes, ne se réalise que par des croyances, des conceptions et des pratiques définies. Fond et forme sont inséparables, ils n'existent que l'un par l'autre, l'un en fonction de l'autre, mais tandis que l'émotion pieuse ne se transforme que très lentement et qu'elle subsiste analogue, sinon identique, dans le coeur d'un chrétien libéral à ce qu'elle était dans l'âme d'un Égyptien contemporain de Ramsès II, à ce qu'elle est encore dans celle d'un Noir d'Afrique ou d'un indigène d'Australie, pratiques, dogmes, mythes, symboles, institutions sacrées vont évoluant sans cesse, soumis à un perpétuel devenir.
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Message par debbie le Sam 22 Déc - 11:32

Le Sacré, La Religion. Butter10



Si étroitement unies que soient cependant l'émotion religieuse et les pratiques ou les croyances par où elle se manifeste et, bien qu'en fait on ne puisse concevoir une émotion qui soit à la fois pleinement consciente et dissociée de toute représentation, il n'en semble pas moins nécessaire d'admettre au profit du sentiment, qui est la raison d'être de ces croyances et de ces pratiques, une sorte d'antériorité logique. C'est ce qu'exprime très clairement cette phrase qu'écrivait Percy Gardner : «La doctrine religieuse est la formule intellectuelle imposée aux résultats de l'expérience religieuse».

Il ne nous paraît donc pas possible d'accepter comme une valable définition des phénomènes religieux, considérés en leur ensemble, celle qu'en proposait, en un puissant et pénétrant mémoire (Année sociologique, t. 11), Émile Durkheim :

« Les phénomènes dits religieux consistent en croyances obligatoires, connexes de pratiques définies qui se rapportent à des objets donnés dans ces croyances. Subsidiairement, on appelle également phénomènes religieux les croyances et les pratiques facultatives qui concernent des objets similaires ou assimilés aux précédents ».
L'aspect social et en quelque sorte extérieur de la religion apparaît seul ici et, à s'en tenir à cette formule, on admettrait que l'origine de toute foi est une contrainte exercée par le corps social sur ses membres, que la religion est une «philosophie obligatoire» associée à une discipline pratique, obligatoire elle aussi, et que les sentiments d'amour, de crainte, de respect, de dépendance et de Force confiante, qui apparaissent dans les âmes pieuses, sont le produit et comme la répercussion dans les esprits individuels de cette suggestion sociale. Mais il semble que précisément ni les croyances ni même la plupart des pratiques religieuses ne revêtent dans les sociétés, en lesquelles la forme originelle des groupements et des institutions parait avoir subi les transformations les moins complètes, ce caractère obligatoire. L'autorité religieuse apparaît au cours de l'évolution des dogmes et des rites, elle n'est pas à l'origine de cette évolution; elle résulte de la combinaison d'une certaine conception du divin ou plutôt du sacré avec le notion de la solidarité organique qui unit les uns aux autres tous les membres d'une collectivité, tous les membres d'un clan, d'une famille, d'une confrérie, d'une tribu ou d'une nation, mais elle ne crée pas la conception du sacré, puisqu'elle l'implique, et cette conception, il apparaît nettement qu'il n'y faut pas chercher une idée dérivée immédiatement de l'expérience sensible, mais la notion abstraite à demi inconsciemment des formules multiples où s'est incarnée, comme en autant de symboles spontanés, l'obscure et intime conscience d'une force pareille à celle de l'homme qui le dépasse, le domine et l'enveloppe, Force dont l'analogie avec sa propre personne lui apparaît d'âge en âge moins étroite et dont la disproportion avec sa faiblesse, à peine entrevue tout d'abord, se manifeste incessamment à lui en une plus claire lumière.
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Message par debbie le Sam 22 Déc - 12:42

Le Sacré, La Religion. Ferns-10



La religion n'est pas une forme de connaissance, bien qu'elle aboutisse à des concepts et à des symboles et qu'elle ne puisse se réduire à de pures émotions; elle a sa source profonde dans des émotions individuelles, bien qu'en raison de la suggestion qu'exercent les uns sur les autres les individus, qui appartiennent à un même groupe, elle consiste essentiellement en des représentations collectives et revête tous les caractères d'un phénomène social; elle est de sa nature spontanée et libre, bien qu'à mesure que ses dogmes se définissent et que ses rites se codifient, ils en viennent à être conçus non plus comme des opinions individuelles et des recettes privées, mais comme des actes obligatoires et des croyances obligées. Ce double aspect, elle le conserve durant tout le cours de son évolution, mais il semble que la direction générale de son développement, ce soit précisément en une première phase la constitution graduelle d'une autorité collective et en une seconde la dissolution graduelle de cette autorité. D'individuelle en son essence à l'origine, toute religion tend à devenir sociale et collective; sociale, immobilisée un instant en des dogmes arrêtés, en des rites auxquels l'opinion ou la Loi contraignent d'être fidèle, elle tend à redevenir, non point exclusivement à coup sûr, mais avant toute chose, une activité spontanée et personnelle, une forme symbolique d'émotions intimes, créées chez l'individu par l'effort même de vivre, par son contact avec ses semblables, par l'étroite union où il est enserré avec la nature entière, avec les Forces vivantes dont elle est animée.

Si c'est bien ainsi qu'il importe de concevoir les phénomènes religieux, toute définition «statique» de la religion, dont la Loi même est une Loi d'évolution et où se manifeste un incessant effort d'adaptation à des conditions internes et externes, perpétuellement changeantes, sera nécessairement, suivant la très juste remarque d'E. Caird, erronée par quelque endroit. Non seulement, en effet, les formes religieuses doivent se modifier sans trêve et ne se peuvent guère immobiliser que lorsque toute Foi vivante en est bannie et qu'elles ne subsistent plus que comme le Glorieux linceul d'un Dieu mort, mais l'émotion même qui s'y est incarnée à un moment de l'histoire ne demeure pas éternellement pareille à elle-même. Semblable en sa fonction, unie aux autres émotions par des relations toujours analogues, elle ne peut pas apparaître identique aux diverses Ames d'hommes, si étrangement différentes, sous les vêtements multiples et variés dont tour à tour elle s'enveloppe. Son union avec tel ou tel concept, sa liaison avec tel ou tel mythe, l'expression qu'elle trouve dans des rites de signification et de valeur très différentes, les organes que lui fournissent des institutions Sacerdotales d'une complexité et d'une diversité singulières, son association surtout avec des notions et des sentiments moraux infiniment variés, la contraignent à se nuancer de mille teintes nouvelles, dont chacune est propre à un temps, à un pays, à une dogmatique, à une liturgie, à un code et à un Cérémonial particuliers.
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Message par debbie le Sam 22 Déc - 15:16

Le Sacré, La Religion. Images10



C'est donc une entreprise vaine que de tenter de dégager par une comparaison méthodique des diverses religions un élément commun, d'ordre représentatif ou émotionnel, qui se retrouve partout identique à soi-même et nous fournisse par voie d'abstraction une définition de la religion en ce qu'elle a de permanent et peut-être d'éternel, un moyen assuré tout au moins d'organiser en un groupe cohérent les diverses manifestations de la vie religieuse. Certains éléments qui figurent dans les formes religieuses les plus basses et les moins évoluées sont organiquement remplacées par d'autres à chaque nouveau stade du développement; aussi tout effort pour extraire de l'analyse comparative des types religieux supérieurs une définition générale laisserait-il hors de ses prises les croyances et les pratiques des sauvages, dont cependant la fonction sociale et mentale est, à bien des égards, pareille à celle du christianisme ou de l'islam et, d'autre part, si c'est aux religions rudimentaires encore que nous voulons emprunter le schème, si j'ose dire, des phénomènes religieux, nous exclurons nécessairement avec quelques-unes des émotions les plus fines, les plus délicates et les plus fortes dont soit pénétrée l'Ame Mystique, les conceptions même qui constituent l'Essence de la pensée religieuse chez les peuples civilisés, et, nous serons ainsi entraînés à définir la religion en éliminant tout ce qui caractérise ses manifestations les plus hautes et en introduisant dans notre formule des idées et des croyances qui depuis longtemps se sont effacées de la conscience humaine ou se survivent à elles-mêmes, cristallisées en des rites et des dogmes, témoins immobiles et muets d'un passe aboli. Ce qui demeure constant, ce n'est point la forme qu'imposent à l'émotion religieuse les actes qu'elle suscite et les symboles où elle s'incarne, ce n'est même point la qualité de cette émotion, qui n'est pas une émotion simple et primordiale, mais un complexes de sentiments divers, qui tire son originalité propre et sa signification particulière de l'agencement ci, de la combinaison de ces éléments instables et changeants, bien plutôt que de leur nature; ce qui demeure constant, c'est sa fonction.

Cette fonction, on ne peut l'exprimer qu'incomplètement en une définition qui laissera toujours hors de ses prises quelques éléments importants, à moins de se transformer en une véritable description, et qui, pour vouloir simplifier la réalité et en donner une vue synthétique, la mutilera et la déformera inévitablement. C'est bien plutôt en retraçant à grands traits les phases principales de l'évolution religieuse que l'on aura chance de faire comprendre en quoi elle consiste essentiellement et quelles relations elle soutient avec les autres fonctions de l'Ame humaine et les diverses activités sociales; elle se définira ainsi d'elle-même génétiquement.
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Message par debbie le Sam 22 Déc - 20:07

Le Sacré, La Religion. Flower11



Méthode de la science des religions.
Il importe ici de préciser quelle est la méthode qui se doit appliquer à cet ordre de recherches et quels sont exactement sa portée et son objet. A la différence de la philosophie générale et de la dogmatique, la science des religions n'a point à prononcer sur la valeur objective des croyances, sur la réalité des êtres et des événements dont les mythologies et les théologies diverses affirment ou postulent l'existence, il n'est pas du domaine de l'historien de discuter la validité des dogmes religieux ni de porter un jugement sur la légitimité, le caractère rationnel on irrationnel des pratiques rituelles. A d'autres d'apprécier, il doit se borner à constater, à analyser et à décrire : son rôle consiste à rechercher, à déterminer, s'il le peut, les lois auxquelles sont soumis dans leur genèse et leur évolution les mythes et les cérémonies sacrées, à étudier les transformations successives que subit la conception du Divin et l'émotion complexe, qui la fait apparaître en l'Ame humaine comme un symbole approprié.
Aussi la science des religion demeure-t-elle indépendante de tout système métaphysique comme de tout Credo confessionnel et ne préjuge-t-elle en rien par les solutions qu'elle est amenée à donner de problèmes de psychologie ou d'histoire la solution des problèmes spécifiquement religieux qui préoccupent la conscience moderne. Qu'il existe ou non un Dieu personnel, que l'Ame soit ou non immortelle, qu'il faille croire ou non à l'efficacité de la prière, que les événements de ce Monde où nous vivons soient gouvernés vers un but excellent par une Providentielle Intelligence ou qu'ils se succèdent sans nul dessein par le simple jeu de Lois mécaniques et fatales, les observations et les analyses qu'elle a pour tâche de coordonner dans un système défini d'explications n'en ont ni plus ni moins de valeur ni d'autorité. Il ne s'agit pour elle que de déterminer comment se forment dans l'esprit individuel et dans la collectivité sociale un sentiment d'une certaine espèce et le cortège de représentations qu'il entraîne après lui, comment se transforment ces représentations et les actes auxquels elles aboutissent par la Puissance motrice qui est en elles; le bien fondé de ces concepts, l'utilité objective de ces actes, elle n'a point à les établir, ni à les critiquer, cela est d'un autre ordre.
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Message par debbie le Sam 22 Déc - 21:32

Le Sacré, La Religion. Night_10



Le service cependant que peut rendre la science des religions à la dogmatique religieuse et à la métaphysique, c'est de leur fournir les moyens de mieux poser les questions qu'elles ont pour tâche de résoudre, de les poser à la fois avec plus de précision et plus de généralité, en leur permettant de saisir ce qu'il y a de permanent et de stable en ce perpétuel devenir, ce qu'il y a de réellement commun à tous les êtres qui pensent, qui aiment et qui souffrent, en ces manifestations multiples et infiniment diverses d'une même émotion fondamentale. Pour atteindre à ce but, sa méthode sera historique, comparative et psychologique : historique, elle permettra de suivre en leur évolution particulière les croyances et les rites de chaque nation, de chaque groupement confessionnel distinct; comparative, elle servira d'efficace instrument pour dégager les caractères communs aux diverses religions et distinguer ce qui est accidentel et contingent de ce qui est universel et vraiment humain; psychologique, elle conduira le savant à relier les éléments particuliers et variables des religions à des traits eux aussi variables et particuliers de la structure mentale propre à une société ou à un individu, les éléments généraux et permanents aux caractères essentiels et aux Lois partout identiques de l'esprit humain.

Mais lorsqu'il s'agit des premières phases de l'évolution sociale et mentale de l'homme où il nous soit donné de remonter en nous aidant des ressourcés que nous fournissent l'archéologie préhistorique, la philologie comparée, l'étude des coutumes et des croyances des sauvages actuels et l'examen des traits qui ont survécu dans les légendes et les pratiques religieuses et les habitudes sociales des peuples civilisés d'aujourd'hui, de l'urne balbutiante et inhabile encore à penser le Divin de nos lointains ancêtres, toutes ces démarches ne peuvent et rie doivent plus être successives et disconnexes, mais s'effectuer simultanément et se prêter un mutuel appui.
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Message par debbie le Lun 24 Déc - 22:51

Le Sacré, La Religion. Water-11



Il importe d'étudier en elle-même et pour elle-même chacune des religions historiques et de ne tenir compte que des relations de fait, des rapports réels qui ont existé entre elle et telle autre religion à un moment déterminé et par des Voies qu'il est à la charge de l'érudit de découvrir, Les ressemblances, les coïncidences curieuses peuvent bien être notées, il n'en faut pas faire tout d'abord état; la comparaison ne vient utilement que plus tard, entre des ensembles déjà analysés en leurs parties et dont la Loi particulière d'évolution a été dégagée. Et c'est seulement lorsque l'historien a fait son œuvre que la critique psychologique peut s'appliquer avec; quelque profit aux matériaux qu'il met à sa disposition et dont il a précisé et fixé l'interprétation. Ce n'est pas à dire que le psychologue doive attendre pour tenter de ramener aux éléments psychologiques simples, qui les constituent, les phénomènes religieux, que soit achevée la large enquête historique qui s'est ouverte en ce siècle sur les religions; il courrait risque d'attendre toujours. Ce qu'il faut seulement entendre par cette dépendance du psychologue à l'égard de l'historien, c'est qu'il ne doit pas s'aventurer sur un terrain que n'a point encore débroussaillé le travail de l'exégète, du philologue et du critique, s'il ne veut risquer de singulières bévues. Et s'il faut ainsi procéder, s'il faut n'avancer que pas à pas, c'est que les religions, une fois constituées, ont une individualité, une personnalité très frappantes, et que des rites ou des dogmes, analogues en apparence, sont justiciables, en des milieux sociaux différents et à des moments différents de l'évolution, d'interprétations très diverses.
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Message par debbie le Mar 25 Déc - 2:45

Le Sacré, La Religion. Fl_1312



Tout au contraire, à leurs débuts et en ces premières périodes de tâtonnements où elles s'essaient à être, toutes les religions sont étrangement pareilles les unes aux autres : il semble que d'un bout du monde à l'autre, les hommes se soient à l'origine représenté d'une manière uniforme le Divin, ou du moins le Surhumain, et qu'ils aient imaginé, sous l'empire de semblables sentiments, des procédés presque identiques pour entrer avec lui en relation et tirer de leur union plus ou moins étroite avec ces vivantes Puissances, qu'ils sentaient les environner de toutes parts, un utile profit dans leur lutte pour l'existence. D'autre part, chacune de ces religions embryonnaires est très fruste et très pauvre. Cette similitude et cette pauvreté nous permettent de traiter les religions à leurs plus bas degrés de développement comme une religion unique. La méthode comparative s'appliquera donc ici d'emblée; mais en réalité il s'agira moins de rapprocher l'un de l'autre des ensembles complets et cohérents que de reconstituer avec des faits épars dans l'espace et le temps, mais tous de même ordre, tous apparentés, tous de même signification et de même portée, un ensemble défini et intelligible. Il existe une religion commune de l'humanité, elle ne se différencie en des types divers qu'au fur et à mesure que s'individualisent en se compliquant les sociétés et les hommes qui les constituent. Il faut cependant remarquer que, même lorsqu'on étudie ces premières phases de l'évolution, il est d'une souveraine imprudence de rapprocher, en raison de leur ressemblance, deux faits de provenance différente, sans en avoir préalablement précisé la signification et la portée en les examinant dans leur cadre naturel et en relation avec les autres pratiques ou les autres coutumes auxquelles, en réalité, ils sont liés dans tel groupe ethnique ou tel organisme social déterminés.
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Message par debbie le Mar 25 Déc - 18:22

Le Sacré, La Religion. Wateri10



De même que l'analyse historique et la comparaison méthodique sont ici, sous le bénéfice de ces réserves. simultanées, de même elles ne se peuvent aussi aisément dissocier qu'aux phases ultérieures du développement religieux. de l'interprétation psychologique des phénomènes. La signification des rites et des conceptions dogmatiques ou mythiques est beaucoup plus apparente dans les fermes encore peu évoluées et mal individualisées qu'ils revêtent dans les religions que l'on appelle conventionnellement religions primitives; leur corrélation avec les conditions générales de la vie sociale, leur liaison avec la structure mentale des hommes qui les adoptent ou les pratiquent, leur dépendance à l'égard de l'ensemble de leurs états émotionnels ou de leurs images est beaucoup plus évidente. La croyance d'un Français du dix septiéme siècle dans l'Incarnation on la Transsubstantiation, d'un Persan ou d'un Maure d'Afrique dans le prophétisme de Mohammed, la pratique du baptême chez les chrétiens d'aujourd'hui ou de la circoncision chez les Juifs actuels, ne sont intelligibles qu'historiquement: on ne saurait les rattacher directement à l'ensemble de leurs conceptions d'un autre ordre. Tout au contraire, les raisons psychologiques du culte des morts, tel qu'il est pratiqué par les Bantous de l'Afrique australe, du fétichisme des noirs de. Guinée, des multiples tabous qui règlent la vie des indigènes de Polynésie, des légendes et des mythes où sont racontées les aventures du Soleil et de la Lune, l'origine du feu, de la nuit ou de la mort, ne sont pas fort malaisées à découvrir : elles sont, si j'ose dire, à fleur de sol et apparaissent dès qu'on y prête attention.
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Message par debbie le Mar 25 Déc - 23:45

Le Sacré, La Religion. 7ef32a12


Il faut, toutefois, se tenir en garde contre la très périlleuse tentation qu'il y a, précisément parce qu'ici les interprétations psychologiques s'offrent d'elles-mêmes et que là elles exigent pour se dégager nettement tout un long travail préparatoire d'exégèse et de critique historique, d'appliquer tout simplement aux dogmes, aux légendes et aux cérémonies des religions les plus évoluées et les plus raffinées, telles que les diverses confessions chrétiennes de notre temps, les explications même qui nous rendent un compte satisfaisant des pratiques rituelles et des mythes des peuples non civilisés. Le danger est d'autant plus grand que la ressemblance extérieure des actes est parfois frappante et aussi la similitude dans le dessin et, si j'ose employer une telle expression, l'affabulation des légendes. Mais ce sont souvent vieux vaisseaux où un vin jeune a été versé; il faut se garder de conclure trop vite et surtout se garder de conclure que des symboles pareils incarnent à des phases diverses d'un développement de mêmes états d'esprit. Si les formes religieuses sont en perpétuelle évolution, les concepts, les images et les sentiments connexes à ces représentations, qu'elles expriment et synthétisent, se transforment et se renouvellent bien plus rapidement encore.
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