De quelques effets de l'initiation

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De quelques effets de l'initiation

Message par Archange le Dim 18 Jan - 15:20









De quelques effets de l'initiation



Un des principes d’une science ésotérique véritable, c’est que celui qui s’y consacre le fasse en pleine conscience. Il ne doit rien entreprendre, rien pratiquer, sans savoir quels en seront les effets. Un occultiste qui donne un conseil ou une indication fera toujours connaître en même temps ce qui en résultera pour le corps, l’âme ou l’esprit de celui qui recherche la connaissance supérieure.
Il ne va être décrit ici que quelques-uns des effets produits par la discipline sur l’âme du disciple qui la pratique. Celui-là seul qui aura reçu ces informations pourra accomplir en pleine conscience les exercices qui conduisent à la connaissance suprasensible et devenir un véritable occultiste.
Celui-ci ne doit jamais tâtonner dans l’obscurité. Si l’on ne peut pas accomplir son apprentissage les yeux ouverts, on peut bien devenir un médium, mais pas un clairvoyant au sens de la science spirituelle.
Celui qui met en pratique les exercices indiqués dans les chapitres sur l’acquisition des connaissances suprasensibles, provoque tout d’abord certains changements dans son organisme psychique. Cet organisme n’est perceptible qu’au clairvoyant. On peut le comparer à un nuage d’une luminosité spirituelle et psychique plus ou moins grande au centre duquel se trouve le corps physique (Note 7 : On en trouvera aussi une description dans le livre du même auteur : « Théosophie, une introduction à la connaissance suprasensible du monde et de la destinée. »)
Dans cet organisme psychique, la vision spirituelle voit se dérouler les instincts, désirs, passions, représentations, etc. Par exemple, le désir sensuel y est ressenti comme un rayonnement d’un rouge sombre et d’une forme caractéristique. Une pensée noble et pure s’exprime par une sorte d’émanation d’un violet-rouge. Le concept rigoureux d’un logicien produit la sensation d’une forme jaune aux contours nettement dessinés.
La pensée confuse issue d’un cerveau nébuleux présente au contraire des formes indécises. Les pensées des hommes obéissant à des partis pris, butés, bornés, ont un dessin dur, raide, et comme figé. Au contraire, celles des personnes qui s’ouvrent facilement à l’opinion d’autrui apparaissent en contours mobiles et changeants, et ainsi de suite (Note 8 : Dans toutes les descriptions qui suivent, il faut bien se rappeler que lorsqu’on parle de « voir » une couleur, c’est d’une vision spirituelle qu’il s’agit. Quand le clairvoyant dit : « Je vois du rouge » — cela signifie : « Je ressens en mon esprit et en mon âme quelque chose qui a la même valeur que ce que j’éprouve dans mon sens physique sous l’impression du rouge. » C’est seulement par analogie que tout naturellement le clairvoyant dit : « Je vois du rouge. »).
Plus on travaille au progrès de son âme, et plus l’organisme psychique prend une structure ordonnée. Elle est confuse et inorganique chez l’homme dont la vie intérieure n’est pas développée. Mais, même dans un organisme psychique sans structure, le clairvoyant peut percevoir un système organisé qui tranche nettement sur l’entourage. Ce système s’étend de l’intérieur de la tête jusqu’au milieu du corps physique. Il se comporte comme une sorte de corps autonome, pourvu de certains organes. Ces organes qui vont être décrits maintenant sont perçus spirituellement au voisinage de certaines parties du corps physique : le premier, entre les deux yeux. Le second dans la région du larynx. Le troisième, dans celle du cœur. Le quatrième, près du creux de l’estomac. Enfin le cinquième et le sixième ont leur siège dans la région de l’abdomen. On les appelle en langage occulte « roues » ou encore « fleurs de lotus », en sanscrit « chakram ».
En effet, ils ressemblent à des roues ou à des fleurs. Mais il faut naturellement bien se rendre compte que ces expressions ne sont pas beaucoup plus précises que par exemple celle qu’emploie l’anatomie en parlant des « ailes des poumons » (Note 9 : En allemand « Lungenflügel ». En français, on dit par exemple les « ailes du nez » (N.d.t.).) En réalité, il ne s’agit pas d’« ailes ». Dans les deux cas, on n’a à faire qu’à des analogies. Chez un individu fruste, ces « fleurs de lotus » sont de couleurs sombres, figées, inertes, tandis que, chez le clairvoyant, elles sont en mouvement et de couleurs lumineuses. Chez le médium, elles présentent un peu un aspect analogue, mais pour des causes tout autres, que nous ne pouvons expliquer ici.
Lorsqu’un étudiant commence à pratiquer des exercices, le premier effet qui se produise est que les « fleurs de lotus » s’éclairent; elles ne commenceront à tourner que plus tard, et c’est alors seulement que poindra la faculté de clairvoyance. Ces fleurs sont en effet les organes sensoriels de l’âme et leur rotation correspond au fait qu’on a des perceptions suprasensibles (Note 10 : Il faut appliquer à cette sensation de « rotation » les mêmes remarques que plus haut pour la « vision des couleurs ».)
On ne saurait contempler quoi que ce soit de suprasensible avant que les sens astrals n’aient été formés de cette manière.
L’organe sensoriel de nature spirituelle qui se trouve au voisinage du larynx permet de voir en esprit la manière de penser d’un autre homme; il permet aussi de jeter un regard profond dans les véritables lois qui sous-tendent les phénomènes naturels. L’organe qui avoisine le cœur ouvre un sens clairvoyant pour connaître l’état d’esprit d’autrui ; quiconque le développe peut aussi découvrir certaines forces profondes chez les animaux ou chez les plantes. Par le sens qui est situé près du creux de l’estomac, on perçoit les facultés et les talents dont sont doués les hommes; en outre, on découvre le rôle que les animaux, les plantes, les pierres, les métaux, les phénomènes atmosphériques, jouent dans l’économie de la nature.
L’organe voisin du larynx possède seize « pétales » ou « rayons »; celui de la région du cœur, douze; celui du creux de l’estomac, dix.
Or, au développement de ces organes suprasensibles se rattachent certaines activités de l’âme. Et celui qui met en œuvre avec méthode ces activités contribue à l’éclosion de ces organes spirituels.
Dans la « fleur à seize pétales », huit pétales ont déjà été formés dans un passé très lointain, à une étape antérieure de l’évolution. L’homme n’a pas pris une part personnelle à cette formation. Il l’a reçue comme un don naturel alors qu’il était encore dans un état de conscience vague et voisin du rêve. A cette étape de l’évolution, les huit premiers pétales étaient en activité. Mais cette sorte d’activité n’était adaptée précisément qu’à cet état de conscience obscur. Lorsque la conscience humaine s’est éclairée, les pétales se sont obscurcis et leur activité s’est arrêtée. Quant aux huit autres pétales, c’est à l’homme lui-même de les développer par des exercices conscients. La fleur tout entière devient ainsi lumineuse et mobile. Au développement de chacun des seize pétales est liée l’acquisition de certaines qualités. Mais, comme nous l’avons déjà dit, il n’y en a que huit que l’homme puisse consciemment développer; les huit autres apparaissent ensuite d’eux-mêmes.
Ce développement se produit de la manière suivante : il faut diriger toute son attention et tous ses soins vers certaines activités de son âme auxquelles on ne prête habituellement pas d’attention. Ces activités sont au nombre de huit. Ce sont :
En premier lieu, la manière d’acquérir ses représentations. On a l’habitude en cela de s’abandonner entièrement au hasard. D’après ce qu’on entend ou ce qu’on voit, au petit bonheur, on se forge ses idées, ses concepts. Aussi longtemps qu’on agit ainsi, la fleur à seize pétales demeure inerte. Elle n’entre en activité que lorsqu’on prend en main sa propre éducation en ce sens. Pour ce faire, il faut veiller à ses représentations. Chacune d’elles doit prendre de l’importance. Il faut y voir un message précis, une information touchant les choses du monde extérieur, et ne pas se contenter de représentations qui n’auraient pas cette valeur. Toute l’activité conceptuelle doit tendre à être un reflet fidèle du monde extérieur et il faut bannir de l’âme les représentations inexactes.
La deuxième activité de l’âme est celle qui concerne la manière de prendre ses décisions. On ne doit se déterminer, même dans les petites choses, que d’après des raisons sérieuses et bien fondées; on doit écarter tout acte irréfléchi, toute action sans but. Il faut avoir des motifs sérieux pour agir ou renoncer à ce qui n’aurait pas de raisons valables.
La troisième activité s’exprime dans la manière de parler. Toute parole qui sort de vos lèvres doit avoir sens et signification. Rien ne vous écarte autant de la voie que la funeste habitude de parler pour parler. Il faut éviter cette banalité de conversation qui consiste à effleurer et mêler tous les sujets. Mais on ne doit pas pour autant se couper de tout commerce avec ses semblables; c’est précisément dans ces échanges qu’on apprend à donner du sens à ses paroles. On parle et répond à tous, mais on le fait en y pensant et en réfléchissant aux conséquences. Jamais on ne dit quelque chose en l’air, ou s’applique à ne dire ni trop ni trop peu.
La quatrième activité de l’âme concerne la manière d’ordonner ses actions extérieures, afin qu’elles s’harmonisent avec l’ensemble du milieu et les actions des autres hommes. L’étudiant en occultisme doit renoncer à ce qui peut troubler les autres, entrer en contradiction avec ce qui se fait autour de lui. Il s’efforce d’organiser sa vie de façon à ce qu’elle s’accorde harmonieusement avec tout ce qui l’entoure. Lorsqu’un motif extérieur le détermine à agir, il doit examiner avec soin les moyens de réaliser le mieux possible sa détermination. Lorsqu’il agit de lui-même, il pèse avec le maximum de clarté les conséquences de son comportement.
Le cinquième point consiste dans l’organisation à donner à la vie tout entière. L’étudiant essaie de vivre conformément aux lois de la nature et de l’esprit. Il évite également la hâte et l’indolence. Entre la précipitation et la nonchalance, il garde un juste milieu. Il voit la vie comme un moyen de travailler et se comporte en conséquence. Le soin qu’il prend de sa santé, les habitudes qu’il contracte, ont pour but de rendre cette vie harmonieuse.
La sixième activité concerne la manière de régler l’effort humain. Le disciple examine consciencieusement ses facultés, ses possibilités, et se comporte d’après cette connaissance de lui-même. Il ne cherche pas à exécuter ce qui est au-delà de ses forces; mais il ne néglige rien non plus de ce qui est dans les limites de ses moyens. D’autre part, il se fixe des buts qui font partie intégrante de l’idéal et des devoirs supérieurs de l’être humain. Il n’accepte pas de jouer dans la machine sociale le rôle d’un rouage aveugle, mais il cherche à comprendre quelles sont ses tâches et à voir plus haut que la vie de tous les jours. Il s’efforce en cela de s’acquitter de ses obligations d’une manière toujours meilleure, toujours plus parfaite.
Par la septième activité de son âme, il s’évertue à profiter du mieux possible des leçons de la vie. ien ne vient à lui sans lui apporter l’occasion d’acquérir une expérience précieuse. S’il a agi d’une manière injuste ou imparfaite, il sera porté à redresser ses torts à une autre occasion. C’est dans le même but qu’il regardera agir les autres; il essaiera de s’amasser ainsi un précieux trésor d’expérience pour en tirer conseil à l’avenir, et il ne fera rien sans se référer aux expériences qui peuvent lui être d’un secours quelconque pour ses décisions à prendre et sa manière d’agir.
Enfin, en huitième lieu, l’étudiant en occultisme doit de temps à autre faire l’examen de son âme, se plonger en lui-même, tenir conseil avec lui-même, établir et examiner les principes qui dominent son existence, passer en revue ses connaissances, peser ses devoirs, en un mot méditer sur le sens et le but de son existence. Nous avons déjà parlé de toutes ces choses dans ce qui précède; nous n’y revenons ici qu’en fonction du développement de la « fleur à seize pétales ». Véracité, droiture, loyauté, sont des forces constructives; mensonge invétéré, fausseté, déloyauté, sont des forces destructives qui entravent en particulier l’éclosion de la fleur à seize pétales. Le disciple doit savoir en ce domaine que ce n’est pas seulement la « bonne intention » qui compte, mais le fait, la réalité. Si je pense ou si je dis quelque chose qui ne corresponde pas à la réalité, je détruis un des éléments de mes organes spirituels, si excellente que puisse d’ailleurs me sembler mon intention. Il en va comme de l’enfant qui se brûle s’il touche au feu, alors même qu’il n’agit que par ignorance.

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Message par Archange le Dim 18 Jan - 15:22

Lorsqu’on stimule ces activités de l’âme de la façon que nous venons de décrire, la « fleur à seize pétales » commence à rayonner de couleurs merveilleuses et à prendre une allure régulière. Toutefois, remarquons ici que le don de clairvoyance ne peut apparaître avant que la formation de l’âme n’ait atteint un certain niveau. Tant que cela coûte encore d’orienter sa vie dans cette direction, ce don n’apparaît pas. Tant que les activités qui viennent d’être décrites réclament une vigilance particulière, on n’est pas mûr pour la perception spirituelle. Il faut en être arrivé au point de vivre de cette manière aussi spontanément que l’homme ordinaire vit suivant ses habitudes, pour que se manifestent les premiers rudiments de la clairvoyance. Il faut trouver toute naturelle cette façon de vivre, et qu’elle ne coûte plus d’effort. On ne doit pas avoir besoin de se reprendre et de se stimuler constamment pour agir comme il convient; cette nouvelle manière d’être doit devenir une habitude.

Il existe des sortes de « recettes » pour développer d’une autre manière la « fleur à seize pétales ». Mais la véritable science occulte les rejette, car elles ont le fâcheux résultat de ruiner la santé du corps et d’abolir le sens moral. Elles sont peut-être plus faciles à mettre en pratique que les indications données ci-dessus dont l’observation parfois astreignante demande des efforts; mais celles-ci conduisent sûrement au but et fortifient moralement.

La formation anormale d’une « fleur de lotus » a pour conséquence d’engendrer non seulement des illusions et des phantasmes au cas où apparaît une certaine clairvoyance, mais encore toutes sortes de troubles dans la vie ordinaire. Elle peut rendre susceptible, envieux, arrogant, vaniteux, égoïste, même si l’on n’avait auparavant aucun de ces défauts. Comme on l’a dit, huit des pétales de la « fleur à seize pétales » ont déjà été formés dans un passé lointain et ils se remettent d’eux-mêmes en mouvement au cours de la discipline occulte. Les efforts que l’on fait doivent donc se concentrer sur les huit autres pétales.

Si l’entraînement est mal pratiqué, les pétales développés dans le passé se remettent facilement en action, et ceux qui devraient être formés demeurent inertes. C’est le cas notamment lorsqu’on ne fortifie pas assez la pensée logique et le bon sens au cours de l’entraînement. Il est de la plus grande importance que l’étudiant en occultisme ait une pensée ouverte et claire et non moins important que cette clarté se reflète dans ce qu’il dit. Ceux qui commencent à entrevoir quelque lueur des mondes suprasensibles bavardent volontiers sur ces sujets. Ils entravent par là leur évolution normale. Moins on en parle et mieux cela vaut. Celui qui est parvenu à un certain degré de clarté devrait seul avoir le droit d’en parler.

Au début de l’enseignement, les étudiants sont généralement étonnés de voir que les récits qu’ils font de leurs expériences n’éveillent guère la curiosité de ceux qui ont déjà une formation spirituelle. Le plus sain pour eux serait certainement de garder le silence sur ce qu’ils ont ressenti et de parler uniquement de la difficulté ou de la facilité qu’ils éprouvent à pratiquer des exercices et des règles de conduite. Car pour juger de leurs progrès celui qui a déjà une formation spirituelle puise à de tout autres sources qu’à ce qu’ils disent d’eux-mêmes. Ces récits ont toujours pour résultat de durcir un peu les huit pétales en question qui devraient demeurer essentiellement souples et flexibles. Un exemple va nous faire comprendre. Pour plus de clarté, empruntons-le non pas à la vie suprasensible, mais à la vie ordinaire. Supposons que j’apprenne une nouvelle et qu’aussitôt je me forge un jugement, une opinion à ce sujet. Si, peu de temps après, j’apprends sur le même événement d’autres nouvelles qui contredisent la première, me voici forcé de modifier mon jugement. Cette hâte à juger exerce une influence fâcheuse sur ma « fleur de lotus à seize pétales ».

La chose eût été tout autre si je m’étais tu, intérieurement dans mes pensées, extérieurement dans mes paroles, jusqu’à ce que je fusse assez sûrement documenté pour édifier mon jugement. Ce qui doit devenir progressivement une des caractéristiques du disciple, c’est sa manière circonspecte de former et de formuler ses jugements. Par contre, il est de plus en plus réceptif à l’égard des impressions et des expériences qu’il laisse silencieusement défiler devant lui pour recueillir toutes les données d’un jugement, s’il y a lieu d’en porter un. Cette prudence fait apparaître dans les pétales de la « fleur de lotus » une coloration d’un rouge bleuté ou rosé, tandis qu’au cas contraire, le rouge devient sombre ou orangé.

La formation de la « fleur de lotus à douze pétales » dans la région du cœur se fait d’une manière analogue à celle de la fleur à seize pétales (Note 11 : Dans les conditions indiquées pour le développement de la fleur « à seize pétales », on reconnaîtra des enseignements du Bouddha à ses disciples au sujet du « Sentier ». Mais ici nous ne nous proposons pas d’enseigner le bouddhisme. Nous décrivons les conditions du développement qui découlent de la science spirituelle. Si elles concordent avec certaines instructions du Bouddha, cela n’empêche pas qu’elles soient vraies par elles-mêmes.) Chez elle aussi, la moitié des pétales étaient en activité lors d’une phase antérieure de l’évolution humaine. Ces six pétales n’ont donc pas besoin d’une culture spéciale de la part de l’étudiant. Ils apparaissent et entrent en rotation spontanément dès qu’il travaille sur les six autres. Pour favoriser cette croissance, il doit donner consciemment à certaines activités intérieures une orientation particulière.

Il faut bien se rendre compte que les informations fournies par chacun de ces sens spirituels ou psychiques ont toutes des caractères différents. Les perceptions de la fleur à douze pétales sont tout autres que celles de la fleur à seize pétales. Celle-ci perçoit des formes. Les pensées des hommes et les lois d’un phénomène naturel lui apparaissent sous forme de figures. Ce sont toutefois des formes immobiles, mais mouvantes et remplies de vie. Le clairvoyant qui a développé ce sens peut, pour chaque pensée, pour chaque loi de la nature, en reconnaître la forme. Une pensée de vengeance, par exemple, prend une forme acérée, comme une flèche, tandis qu’une pensée bienveillante a souvent la forme d’une fleur qui s’ouvre, et ainsi de suite. Des pensées précises, pleines de sens, ont des contours symétriques et réguliers. Ceux des concepts confus sont indécis et vagues.

De tout autres perceptions naissent de la fleur à douze pétales. On peut les caractériser d’une manière approximative en disant qu’elles produisent une sensation psychique équivalente à celle du chaud ou du froid. Les figures qu’un clairvoyant perçoit lorsqu’il possède la fleur à seize pétales lui procurent alors un effet psychique de chaud ou de froid. Imaginez un clairvoyant qui ne possède encore que la fleur à seize pétales, mais pas la fleur à douze pétales. Devant une pensée bienveillante, il ne verra que la figure décrite ci-dessus. Mais celui qui a développé les deux organes ressent en plus cette émanation que l’on ne peut qualifier autrement que comme chaleur d’âme.

Remarquez en passant que dans la discipline occulte on ne développe jamais un sens isolément, de sorte que l’exemple que nous venons de prendre, tout à fait exceptionnel, était seulement destiné à nous faire mieux comprendre.

Par l’épanouissement de la « fleur à douze pétales », le clairvoyant acquiert une compréhension profonde à l’égard des phénomènes naturels. Tout ce qui exprime une croissance, un développement, dégage pour lui de la chaleur psychique : tout ce qui se flétrit, dépérit et meurt, fait un effet de froid psychique.

Ce sens est cultivé de la façon suivante :

Le premier point auquel le disciple s’attache est de régler le cours de ses pensées. De même que la fleur à seize pétales est stimulée par des pensées véridiques et pleines du sens de la réalité, la fleur à douze pétales est influencée par la maîtrise de l’âme sur le cours des idées. Des pensées vagabondes qui s’enchaînent au hasard sans rime ni raison déforment la structure de cet organe. Une suite conséquente de pensées exemptes de tout illogisme conserve à cet organe la forme qui convient. Quand on entend exprimer des pensées illogiques, on doit se représenter immédiatement ce qu’en serait la forme logique. On ne doit pas par égoïsme rompre avec un milieu de gens illogiques dans l’intention de favoriser son progrès personnel. On ne doit pas non plus se sentir poussé à corriger sur-le-champ tout ce qui se dit d’illogique autour de soi. Qu’on s’efforce plutôt silencieusement de donner une forme logique aux pensées qui fondent sur vous du dehors et de conserver en toutes circonstances cette orientation logique.

En deuxième lieu, il s’agit de rendre son comportement tout aussi conséquent. C’est le contrôle du comportement. Toute instabilité, toute discordance dans les activités a pour effet de ruiner la fleur de lotus dont nous parlons. Après une action, l’étudiant en occultisme veillera à ce que l’action suivante soit la suite logique de la première. Celui qui agit aujourd’hui d’une manière et demain d’une autre ne pourra jamais former ce sens.

La troisième qualité consiste à cultiver la persévérance. L’étudiant ne se laissera détourner par aucune influence du but qu’il poursuit, aussi longtemps qu’il peut le considérer comme juste. Les obstacles le stimuleront au lieu de l’entraver.

La quatrième qualité est la patience ou la tolérance à l’égard de ses semblables, des autres êtres, et aussi des événements. L’étudiant réprimera toute critique superflue vis-à-vis de ce qui est imparfait, méchant ou mauvais. Il cherchera plutôt à comprendre tout ce qui l’approche. De même que le soleil ne retire pas sa lumière au méchant, de même la sympathie compréhensive de l’occultiste s’exerce sur tout ce qui vient à lui. S’il se trouve en présence de quelque chose qui lui paraît mauvais, il ne se laisse pas aller aussitôt à le condamner, mais il en accepte la nécessité et cherche à le tourner en bien dans la mesure de ses forces. Quant aux opinions différentes de la sienne, il ne les considère pas seulement à son propre point de vue, mais s’efforce de se mettre à la place de l’autre.

La cinquième qualité est l’absence de prévention envers les phénomènes de la vie. On l’appelle aussi « foi » ou « confiance ». L’occultiste va au-devant de chaque être humain, de chaque être vivant avec cette confiance spontanée dont il imprègne toutes ses actions. Il ne se dit jamais lorsqu’on lui apprend quelque chose : « Je ne crois pas cela, car c’est contraire à mes opinions. » Il est, bien plutôt, toujours prêt à reconsidérer et à réformer au besoin sa propre manière de voir. Il se maintient dans un état de réceptivité vis-à-vis de tout ce qui se présente à lui. Et il a confiance en l’efficacité de ce qu’il entreprend. L’hésitation et le doute sont bannis de son caractère. S’il a un projet, il a foi dans la force de ce projet. Cent échecs ne sauraient lui retirer cette foi; c’est là « la foi qui transporte les montagnes ».

La sixième qualité consiste à acquérir un certain équilibre (égalité d’humeur). L’occultiste s’efforce de garder son humeur dans la peine comme dans la joie. Il perd l’habitude d’osciller entre l’abattement sombre et la joie immodérée. Le malheur et le danger le trouvent aussi maître de lui que le bonheur et la prospérité.

Les lecteurs d’ouvrages de science spirituelle reconnaissent dans ce que nous venons de décrire les « six attributs » que doit développer le candidat à l’initiation. Il fallait qu’ils soient ici mis en rapport avec la « fleur à douze pétales ».

La discipline occulte peut donner là encore des prescriptions spéciales pour l’épanouissement de cette fleur de lotus. Mais même dans ce cas, la formation de la structure normale de cet organe sensoriel dépend du développement des qualités énoncées plus haut. Si l’on a négligé de les cultiver, cet organe peut être complètement déformé et lorsqu’une certaine clairvoyance apparaît, ces qualités peuvent tourner non plus en bien, mais en mal. L’homme peut devenir notamment intolérant, critique, négatif. Il peut, par exemple, ressentir les états d’esprit des autres hommes et de ce fait les fuir ou les haïr. Il peut en venir, à cause du froid psychique qui le submerge en face d’opinions contraires à la sienne, à ne plus pouvoir les entendre proférer ou à en prendre immédiatement le contre-pied.

Si l’on ajoute à tout ce que nous avons dit l’observation de certaines règles que l’instructeur ne peut communiquer qu’oralement au disciple, le développement de la « fleur » peut en être accéléré; toutefois les indications données ici font entrer pleinement dans la véritable discipline occulte. Il est très précieux, même pour celui qui ne veut pas ou ne peut pas se soumettre à cette discipline, d’orienter son existence dans le sens indiqué, car l’effet sur son organisme psychique se produit sûrement, quoique lentement. Quant au disciple, l’observation de ces préceptes est pour lui indispensable.

S’il travaillait à sa formation occulte sans se conformer à ces principes, il pénétrerait dans les mondes supérieurs sans être capable d’y voir clair; au lieu de percevoir la réalité, il serait victime d’erreurs et d’illusions. Sans doute, il serait devenu clairvoyant dans un certain sens, mais au fond plus aveugle que par le passé. Car auparavant il trouvait du moins dans le monde sensible une base solide, tandis qu’à présent, ce qu’il voit derrière le monde sensible lui fait commettre des erreurs sur la réalité physique, avant d’avoir acquis l’assurance nécessaire dans les mondes supérieurs. Il pourrait arriver à ne plus distinguer le vrai du faux et à perdre toute direction dans l’existence.

Précisément pour cette raison, la patience est indispensable dans ce domaine. Il faut toujours songer que la science spirituelle n’a pas le droit d’aller plus loin dans son enseignement tant que le disciple n’est pas décidé vraiment à un développement normal des « fleurs de lotus ». Car on verrait surgir de véritables caricatures de ces organes, s’ils arrivaient à s’épanouir avant d’avoir acquis, par une maturation progressive et calme, la forme qu’ils doivent avoir. Les indications spéciales que donne la science spirituelle amènent la maturation de ces formes, mais la régularité de leur structure dépend de la manière de vivre que nous avons tracée.

La culture de l’âme que nécessite le développement de la « fleur à dix pétales » est d’un caractère particulièrement délicat. Car ici, il s’agit d’arriver à maîtriser, à contrôler les impressions sensorielles elles-mêmes. Ce contrôle est particulièrement nécessaire dans les débuts de la clairvoyance. C’est seulement ainsi qu’on pourra éviter une source d’illusions innombrables et d’actions arbitraires dans le monde spirituel.


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Message par Archange le Dim 18 Jan - 15:22

L’homme ne se rend généralement pas un compte exact des influences qui déterminent les idées ou réminiscences qui lui viennent à tout bout de champ; il ne voit pas ce qui les a provoquées. Prenons un exemple : quelqu’un voyage en chemin de fer. Il est absorbé par une idée; mais subitement sa pensée suit une autre piste. Il se souvient d’une chose qui lui est arrivée il y a fort longtemps; ce souvenir fait irruption et se mêle à ses pensées actuelles. Or il n’a pas remarqué qu’en regardant par la fenêtre, ses yeux sont tombés sur une personne qui ressemblait à un acteur de l’histoire qui lui est ainsi revenue en tête. Il n’a aucune conscience de ce qu’il a vu, mais seulement des conséquences de cette rapide impression. Il croit donc de bonne foi que ce souvenir est revenu « tout seul » à son esprit. Que de choses arrivent ainsi dans la vie, que de fois les souvenirs de nos expériences et de nos lectures reviennent sans que nous en voyions le rapport ! Il arrive par exemple que quelqu’un ne puisse supporter une certaine couleur, et ait complètement oublié que s’il en est ainsi, c’est que, quand il était petit, le précepteur qui l’a tourmenté portait un vêtement de cette couleur-là. D’innombrables illusions reposent sur des associations de ce genre; d’innombrables impressions s’inscrivent dans l’âme sans être montées jusqu’à la conscience.

Le cas suivant peut également se produire : quelqu’un lit dans le journal l’annonce qu’une personnalité connue est décédée. Et il soutient qu’il a eu la veille le pressentiment de cette mort, bien qu’il n’ait rien vu ni entendu qui pût lui en donner l’idée. Il est exact que, la veille, l’idée lui est venue d’elle-même que cette personne ne tarderait pas à mourir. Mais il n’a pas pris garde à un petit fait : quelques heures avant que cette pensée ne le traverse, il s’est trouvé en visite chez un ami. Un journal était déplié sur la table; il ne l’a pas lu, mais inconsciemment ses yeux ont enregistré la nouvelle que cette personne était gravement malade. L’impression est entrée en lui tout à fait à son insu, mais elle a été la cause de son « pressentiment ».

Si l’on songe à ces choses, on mesurera quelle source abondante d’illusions et de fantaisies elles contiennent. Il faut arrêter cette source si l’on veut voir éclore la « fleur à dix pétales ». Car cette fleur permet d’entrer dans les âmes humaines pour percevoir leurs qualités profondément cachées. Toutefois, il ne faut tenir ces perceptions pour vraies que si l’on est complètement libéré des illusions dues aux impressions inconscientes. Dans ce but, il est nécessaire d’acquérir la maîtrise et le contrôle des impressions qui nous viennent du monde extérieur. Il faut en arriver au point de pouvoir se fermer à des sensations auxquelles on ne veut pas donner accès. On ne peut obtenir ce contrôle que par un renforcement de la vie intérieure. Il doit dépendre de notre volonté que seuls les objets sur lesquels nous dirigeons notre attention aient le pouvoir de nous impressionner et que nous nous dérobions aux impressions dont nous ne voulons pas. Il faut voir ce que l’on veut voir et là où nous ne dirigeons pas notre attention, il ne doit en réalité rien se passer pour nous. Plus le travail intérieur de l’âme devient énergique et intense, plus on atteint cette faculté.

L’étudiant en occultisme ne doit pas se laisser aller sans pensée à voir ou à entendre n’importe quoi. Pour lui n’existe que ce qu’il veut regarder, écouter. Il doit s’exercer au milieu du plus grand tumulte à rester sourd à tout ce qu’il ne veut pas entendre, à fermer son regard aux objets qu’il n’observe pas intentionnellement; son âme doit être en quelque sorte cuirassée à l’égard de toutes les impressions inconscientes.

Il devra s’attacher avec un soin particulier à surveiller directement de cette manière le cours de ses pensées. Qu’il choisisse une pensée quelconque et ensuite qu’il essaie de ne suivre, en pleine conscience et en parfaite liberté, que ce qui peut se rattacher à cette pensée. Qu’il rejette toute distraction. Si, à une pensée, il se sent tenté d’en rattacher une autre, qu’il recherche soigneusement d’où lui est venue cette seconde pensée.

Il peut aller encore plus loin. Quand il ressent par exemple une antipathie caractérisée envers un quelconque objet, il la combat et cherche à établir avec cet objet un rapport conscient. De la sorte il entre dans sa vie intérieure toujours moins d’éléments inconscients. Ainsi, par cette rigoureuse éducation de soi-même, la « fleur à dix pétales » acquiert la forme qu’elle doit avoir. La vie intérieure de l’occultiste doit être vigilante; par contre, les choses auxquelles il n’a pas besoin d’être attentif et n’a pas à l’être, doivent demeurer en dehors du champ de l’attention.

Lorsqu’à cette éducation de soi-même on ajoute encore une méditation inspirée par la science spirituelle, on voit mûrir d’une manière correcte la fleur de lotus voisine du creux de l’estomac et, là où les sens spirituels précédemment décrits n’avaient vu que forme et chaleur, apparaissent maintenant lumière et couleur. Alors se dévoilent, par exemple, les talents et les facultés de l’âme, les forces et les attributs cachés de la nature. L’aura colorée des êtres vivants devient par là visible. Toutes les choses qui nous entourent nous révèlent leurs qualités psychiques.

Il est évident que, précisément à cette phase du développement, la plus grande attention est nécessaire, car le jeu des souvenirs inconscients est ici incroyablement intense. Si ce n’était pas le cas, beaucoup de gens posséderaient le sens en question, car il surgit presque aussitôt que l’on contrôle les impressions de ses sens au point de les soumettre uniquement à la volonté de faire attention ou non. Toutefois ce sens psychique reste inerte tant que la vivacité des sensations physiques l’assourdit et l’obnubile.

La « fleur à six pétales » située au milieu du corps est d’une culture plus malaisée; elle réclame la maîtrise totale et consciente de l’être tout entier, si bien que le corps, l’âme et l’esprit forment une harmonie parfaite. Les fonctions du corps, les inclinations et les passions de l’âme, les pensées et les idées de l’esprit, tout doit être mis à l’unisson. Le corps doit être purifié et ennobli au point que ses organes ne soient soumis à nulle pression, si ce n’est au service de l’âme et de l’esprit. L’âme ne doit pas être poussée par le corps vers des désirs et des passions qui contredisent une pensée pure et noble, mais de son côté l’esprit ne doit pas vouloir tyranniser l’âme par ses lois et ses exigences. C’est de son plein gré que l’âme doit se soumettre à ce que le devoir exige. Le devoir doit apparaître au disciple non pas comme un dogme auquel il obéit à contrecœur, mais comme une règle qu’il pratique parce qu’il l’aime. Ce qu’il doit acquérir, c’est une âme libre qui se maintienne en équilibre entre la vie des sens et la vie de l’esprit. Il doit en arriver à pouvoir se confier à ses sens parce que ceux-ci sont suffisamment purifiés pour avoir perdu le pouvoir de l’abaisser. Il n’a plus à brider ses passions parce que celles-ci prennent d’elles-mêmes le bon chemin. Tant qu’il lui est nécessaire de se mortifier, le disciple ne saurait dépasser un certain degré de développement. Une vertu qu’il faut se forcer à pratiquer n’aura pas de valeur en occultisme tant que survivront les désirs inférieurs ; ils troublent l’entraînement alors même que l’on s’efforce de n’y pas céder. Peu importe, en ce cas, que les désirs montent du corps ou de l’âme. Si, par exemple, quelqu’un évite de recourir à un certain excitant pour se purifier en se privant de cette jouissance, ce sacrifice ne lui est utile que si son corps n’en souffre pas; car, si le corps en souffre, cela prouve qu’il réclame cet excitant et la privation perd alors toute valeur. Dans ce cas il peut être meilleur pour l’individu de renoncer momentanément au but poursuivi et d’attendre que des conditions plus favorables apparaissent dans son organisme sensible, peut-être seulement dans une autre vie. On avance davantage, en certains cas, si l’on renonce par raison que si l’on s’obstine à poursuivre un but inaccessible. Ce renoncement raisonnable sert mieux à l’évolution que l’attitude contraire.

L’éclosion de la « fleur à six pétales » permet d’entrer en rapport avec des êtres qui appartiennent aux mondes supérieurs, mais à condition que leur existence se manifeste jusque dans le monde des âmes. Toutefois la discipline ne recommande pas de développer cette « fleur » avant que l’occultiste ne soit très avancé sur le chemin par lequel il peut élever son esprit vers une région de l’univers plus haute encore. Cette pénétration dans le monde spirituel proprement dit doit toujours accompagner l’éclosion des « fleurs de lotus », sinon le disciple tombe dans la confusion et l’incertitude. Il apprendrait sans doute à voir, mais il lui manquerait les moyens de savoir apprécier ce qu’il aurait vu.

Certes les conditions nécessaires à l’éclosion de la fleur à six pétales constituent déjà une certaine garantie contre la confusion et l’instabilité. Car il ne sera pas facile d’induire en erreur celui qui aura établi un parfait équilibre entre ses sens (le corps), ses passions (l’âme), et ses idées (l’esprit). Cependant, il faut plus encore que cette garantie pour que l’éclosion de cette fleur fasse percevoir des êtres, doués d’une vie autonome, appartenant à un monde si profondément différent de celui qui tombe sous nos sens physiques. Pour posséder dans ces régions la certitude voulue, la formation des « fleurs de lotus » ne suffit pas; il faut disposer d’organes encore plus affinés. C’est de ceux-ci que nous devons parler maintenant. Nous pourrons alors aborder ensuite l’étude des autres « fleurs » et de la structure à donner en outre au corps psychique (Note 12 : Il ressort à l’évidence du rapprochement même des mots que l’expression « corps psychique » renferme en soi une contradiction, comme bien d’autres termes de la science spirituelle. Cependant nous employons cette expression parce que la connaissance clairvoyante perçoit quelque chose qui donne dans le spirituel l’impression que procure le corps physique dans le monde physique.)


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Re: De quelques effets de l'initiation

Message par Archange le Dim 18 Jan - 15:23

L’organisation du corps psychique, telle que nous venons de la décrire, rend possible à l’homme la perception des phénomènes suprasensibles. Celui qui veut prendre vraiment pied dans le monde supérieur ne doit toutefois pas en rester là. Il ne suffit pas d’avoir imprimé un mouvement aux « fleurs de lotus ». Il faut être en état de régler et de contrôler par soi-même et en pleine conscience le mouvement de ces organes spirituels; sinon on deviendrait le jouet de forces et de puissances extérieures. Pour éviter ce danger, il faut acquérir la faculté d’entendre le « verbe intérieur », et développer non seulement le « corps psychique », mais aussi le « corps éthérique ». C’est un corps subtil qui apparaît au clairvoyant comme une sorte de double du corps physique. Il fait en quelque sorte transition entre ce dernier et le corps psychique (Note 13 : Il faut se reporter ici aux descriptions qui sont données par l’auteur dans « Théosophie, une introduction … ».) Si l’on est doué de clairvoyance, on peut en pleine conscience faire abstraction du corps physique de l’être qu’on a devant soi. C’est au fond l’exercice sur l’attention, transposé sur un plan supérieur. De même que l’homme peut détourner son attention de ce qu’il a devant lui, si bien qu’il ne le voit pas, le clairvoyant est capable d’éliminer en quelque sorte un corps physique pour sa perception, si bien que celui-ci devient pour lui physiquement transparent. S’il observe ainsi l’être qui est devant lui, au regard de son âme n’apparaît plus que ce qu’on appelle le corps éthérique et le corps psychique (ou astral) qui pénètre et dépasse l’être physique et éthérique. Le corps éthérique présente à peu de chose près la même taille et la même forme que le corps physique, de sorte qu’il remplit approximativement le même espace que lui. C’est un organisme d’une structure extrêmement subtile et délicate (Note 14 : Je prie le physicien de ne pas se choquer de cette expression « corps éthérique ». Le mot d’éther est simplement un moyen d’exprimer la subtilité de cette formation. Il n’a pas à être mis en rapport pour le moment avec l’éther dont s’occupent les hypothèses scientifiques.) Sa couleur fondamentale ne ressemble à aucune des sept couleurs qu’offre l’arc-en-ciel. Celui qui peut le percevoir fait la découverte d’une couleur nouvelle qui n’existe pas dans le champ de l’observation sensible. Tout au plus pourrait-on la comparer à la nuance de la fleur de pêcher nouvellement éclose.

Si l’on veut concentrer son observation sur le seul corps éthérique, il faut également abstraire le corps astral du champ de sa vision par un exercice d’attention analogue à celui que nous avons déjà décrit. Car si l’on ne pouvait réaliser cette abstraction, l’aspect du corps éthérique serait modifié par le corps astral qui le pénètre de toutes parts.

Les moindres parties du corps éthérique sont chez l’homme sans cesse en mouvement. D’innombrables courants le parcourent dans tous les sens. Ces courants entretiennent et coordonnent la vie. Tout corps qui vit possède un corps éthérique. Les plantes et les animaux en ont un, et l’observateur attentif en découvre même des traces chez les minéraux.

Au début, ces courants et ces mouvements échappent entièrement à la volonté et à la conscience humaines, de même que dans le corps physique les fonctions du cœur ou de l’estomac, par exemple, ne dépendent pas de la volonté.

Tant que l’homme n’a pas décidé de se développer pour acquérir des facultés suprasensibles, cette indépendance persiste. Car à un certain niveau, le développement consiste précisément à adjoindre aux courants et mouvements éthériques indépendants de la conscience d’autres courants que l’on met soi-même en action.

Lorsque l’entraînement occulte atteint le point où les fleurs de lotus commencent à se mouvoir, l’étudiant a déjà rempli plusieurs des conditions voulues pour provoquer dans son corps éthérique l’éveil de mouvements et de courants déterminés. Le but est alors de constituer dans le voisinage du cœur physique une sorte de centre dont partent des courants et des mouvements qui ont des couleurs et des formes spirituelles infiniment variées. En réalité, ce centre n’est pas un simple point, mais une formation très complexe, un organe prodigieux. Il brille et scintille spirituellement de mille couleurs et engendre des formes d’une grande régularité, capables de se modifier rapidement. D’autres formes, d’autres courants colorés partent de cet organe vers toutes les autres parties du corps, elles le dépassent même pour parcourir le corps psychique de leur forme et de leur rayonnement. Mais les plus importants de ces courants vont vers les fleurs de lotus. Ils circulent dans chaque pétale, en ordonnent la rotation, puis gagnent les pointes et de là fusent au dehors pour se perdre dans l’espace. Plus un homme est évolué et plus le champ où ces courants rayonnent s’étend autour de lui.

Des rapports particulièrement étroits unissent à ce centre la « fleur à douze pétales ». C’est vers elle que les courants vont directement et c’est après l’avoir traversée qu’ils se ramifient pour aboutir d’un côté aux fleurs à seize et à deux pétales, de l’autre, vers le bas du corps, aux fleurs à huit, six et quatre pétales. C’est à cause de cette disposition que la formation de la « fleur à douze pétales » réclame dans l’entraînement spirituel une attention toute particulière. Si une faute était commise, l’ensemble s’épanouirait d’une façon anormale.

On peut se rendre compte, d’après ce que nous venons de dire, de la nature extrêmement intime et délicate de cet entraînement. Il faut s’y prendre avec grande exactitude pour que tout évolue normalement. Et sans aller plus loin, il est aisé de comprendre également que celui-là seul peut donner des indications sur l’entraînement des facultés suprasensibles qui a expérimenté sur lui-même ce qu’il doit stimuler chez autrui et qui est, par suite, pleinement en mesure de reconnaître si ses indications aboutissent vraiment au juste résultat.

Si l’étudiant en occultisme accomplit ce qui lui est ainsi recommandé, il provoque dans son organisme éthérique des courants et des mouvements qui sont en harmonie avec les lois et l’évolution universelles auxquelles l’homme est soumis. C’est pourquoi ces recommandations sont toujours conformes aux grandes lois de l’évolution. Elles conseillent les exercices de méditation et de concentration qui ont été mentionnés, et d’autres semblables, qui, bien exécutés, sont capables de produire les effets attendus. L’étudiant doit, à des moments choisis, se pénétrer profondément du contenu de ces exercices, en remplir en quelque sorte toute son âme. Il commence par des exercices simples et faits avant tout pour donner une force plus dense, plus intérieure à la pensée cérébrale dont l’activité est encore intellectuelle et rationnelle. Par eux la pensée se libère et s’affranchit des impressions et des expériences sensorielles. Elle se concentre en quelque sorte sur un point que l’on tient bien en son pouvoir. Ainsi est créé un centre provisoire pour les courants du corps éthérique. Ce point central n’est pas encore situé dans la région du cœur, mais dans la tête. Il apparaît au clairvoyant comme l’instigateur de certains mouvements.

Seule une discipline occulte qui commence par créer ce centre réussit complètement. Si, dès l’abord, ce point était transféré dans la région du cœur, le candidat pourrait bien avoir certains aperçus fragmentaires sur les mondes supérieurs, mais il lui manquerait le coup d’œil d’ensemble pour relier les mondes supérieurs à notre monde sensible. C’est pour l’homme, dans la phase actuelle de l’évolution, une nécessité absolue. Le clairvoyant ne doit pas devenir un rêveur; il doit conserver sous ses pieds un sol ferme.

Le centre situé dans la tête, lorsqu’il est suffisamment consolidé, est transféré ensuite vers le bas, tout d’abord dans la région du larynx. Ce déplacement résulte de la pratique persévérante des exercices de concentration. A ce moment, c’est de cette région que rayonnent les mouvements issus du corps éthérique qui vont éclairer l’espace astral autour de l’être humain.

En continuant les exercices, l’étudiant pourra déterminer par lui-même la position de son corps éthérique. Auparavant cette position dépendait des forces qui viennent de l’extérieur et du corps physique. Par l’entraînement, l’homme se rend capable de faire tourner son corps éthérique de tous les côtés. Cette faculté est due à des courants qui coulent à peu près le long des deux mains et qui ont leur centre dans la « fleur de lotus à deux pétales » située dans la région des yeux. Cette circulation se fait lorsque les rayons émanant de l’organe du larynx revêtent des formes arrondies qui se dirigent en partie vers la « fleur à deux pétales » d’où elles se propagent en ondes vers les mains.

Une autre conséquence de cet exercice est que ces courants éthériques donnent naissance de la manière la plus délicate à des embranchements, puis à des ramifications qui s’entrelacent en une sorte de réseau formant la limite du corps éthérique. Auparavant, celui-ci ne possédait aucune frontière, pour ainsi dire, vers le dehors, si bien que les courants vitaux entraient et sortaient directement, reliés à l’océan universel de vie. À présent, les influx du dehors doivent traverser cette pellicule; par là l’être humain devient sensible à ces courants extérieurs qui lui sont désormais perceptibles.

Le temps est venu de donner la région du cœur pour centre à tout ce système circulatoire de courants et de mouvements. On y parvient de nouveau en continuant ses exercices de concentration et de méditation; et l’être humain atteint également le niveau où il est doué d’audition à l’égard du « verbe intérieur ». Toutes choses revêtent pour lui désormais un sens nouveau. Leur essence la plus intime devient pour ainsi dire audible à l’oreille spirituelle. Elles font entendre leur être véritable. Les courants éthériques mettent l’occultiste en relation avec l’intérieur de l’univers auquel il appartient. Il commence à ressentir la vie des choses qui l’entourent et peut prolonger l’écho de cette vie dans les mouvements de ses « fleurs de lotus ».

L’homme entre ainsi dans le monde spirituel. Parvenu à ce point, un sens nouveau s’ouvre en lui pour les paroles prononcées par les grands Maîtres de l’humanité. Les discours du Bouddha, les Évangiles, par exemple, lui font un effet tout autre qu’auparavant. Ils le pénètrent d’une félicité qu’il ne soupçonnait pas, car la résonance de ces paroles s’harmonise avec les rythmes et les mouvements qu’il a fait naître en lui-même. Il peut vérifier maintenant par une expérience directe que des hommes tels que le Bouddha ou les Évangélistes n’ont pas exprimé de simples révélations personnelles, mais celles que l’essence même des choses déversait en eux.

C’est ici l’occasion de signaler un fait qui est seulement compréhensible à la lumière de ce qui vient d’être dit. Pour les hommes du niveau actuel de culture, les nombreuses répétitions qui émaillent les discours du Bouddha sont surprenantes. Pour le disciple, elles deviennent des sortes de pauses où son sens intérieur goûte un temps de repos, car elles correspondent à certains mouvements de nature rythmique du corps éthérique et, si on les observe dans un calme intérieur parfait, les mouvements de ce corps vibrent à l’unisson. Et comme ces rythmes intérieurs reproduisent certains rythmes de l’univers qui comportent de même à certains moments la répétition et le retour aux motifs antérieurs, en goûtant le style du Bouddha, l’homme vit en harmonie avec les mystères du monde.

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Re: De quelques effets de l'initiation

Message par Archange le Dim 18 Jan - 15:24

La science spirituelle enseigne que l’homme doit acquérir quatre qualités sur le chemin de probation qui l’élève à la connaissance supérieure :

La première est la faculté de distinguer dans les pensées entre le réel et l’illusoire, la vérité et la simple opinion. La deuxième consiste à savoir apprécier avec justesse la différence entre le vrai, le réel et le faux semblant, l’apparence. La troisième qualité tient dans l’acquisition des six attributs décrits plus haut : contrôle des pensées, contrôle des actions, persévérance, tolérance, confiance, égalité d’humeur. La quatrième, c’est l’amour de la liberté intérieure.

Une compréhension purement intellectuelle de ce qui réside dans ces qualités n’est d’aucune utilité. Elles doivent s’incorporer à l’âme au point d’engendrer des habitudes intérieures. Prenons par exemple la première : le discernement entre le réel et l’apparence. L’homme doit se former à distinguer par lui-même, dans un objet qui se présente à lui, les éléments accessoires de ceux qui ont de l’importance. On ne peut toutefois se discipliner ainsi qu’en reprenant inlassablement cet exercice, à chaque observation du monde extérieur, avec calme et patience. À la fin, le regard atteint aussi naturellement l’authentique réalité qu’auparavant il se contentait de l’apparence. « Tout ce qui passe n’est que symbole. » Cette vérité devient pour l’âme une constatation évidente. Et il doit en aller ainsi des trois autres qualités.

Sous l’influence de ces quatre habitudes de l’âme, la nature subtile du corps éthérique se modifie réellement. Discerner entre le réel et l’apparence engendre dans la tête le centre éthérique et prépare celui du larynx. À vrai dire, pour leur véritable édification, il faut encore ajouter les exercices de concentration dont nous avons parlé plus haut et qui donnent forme à ce que la culture des quatre qualités fait mûrir.

Quand le centre au voisinage du larynx est préparé, c’est alors que le corps éthérique dispose librement de lui-même et qu’il forme autour de lui un réseau qui fait office d’épiderme. Il le doit à la faculté d’apprécier avec justesse la valeur du réel en face de l’apparence. L’être humain qui s’est élevé à cette appréciation exacte perçoit progressivement les faits spirituels. Il ne doit cependant pas croire qu’il ne puisse plus accomplir que des actions logiquement considérées comme importantes. L’acte le plus minime, le moindre geste, a un sens pour l’économie universelle et il s’agit seulement d’avoir conscience de cette importance. Il ne faut pas sous-estimer les petites choses de la vie ordinaire, mais les estimer à leur juste valeur.

Nous avons déjà parlé des six vertus qui composent la troisième qualité. Elles se rapportent au développement de la « fleur à douze pétales » dans la région du cœur. C’est là, comme on l’a dit, que le courant vital du corps éthérique doit être dirigé.

La quatrième qualité, le désir d’acquérir la liberté intérieure, sert à porter à maturité l’organe éthérique qui avoisine le cœur. Quand cette disposition est devenue une habitude fondamentale de l’âme, l’homme se libère de tout ce qui se rattache exclusivement à sa nature personnelle. Il cesse de considérer les choses à son point de vue particulier. Les limites de son petit moi qui l’enchaînaient à ce point de vue particulier disparaissent. Les mystères du monde spirituel trouvent l’accès de son être intérieur. Et c’est en cela que consiste la vraie libération. Car ces chaînes obligent l’homme à considérer les choses et les êtres sous l’angle de sa personnalité, et ce jugement personnel est précisément l’entrave dont l’étudiant en occultisme doit se rendre indépendant, libre.

On peut conclure de ce qui précède que les règles données par la science spirituelle atteignent par leur action le tréfonds de la nature humaine. Celles qui se rapportent aux quatre qualités ont particulièrement cette influence. Elles se retrouvent, sous une forme ou sous une autre, dans tous les grands systèmes qui traitent du monde spirituel. Ce n’est pas dans un sentiment confus de la vérité que les fondateurs de ces visions du monde ont donné ces règles aux hommes. Ils y ont été amenés parce qu’ils étaient de grands initiés. C’est dans la connaissance même qu’ils ont puisé ces règles morales. Ils en connaissaient l’action sur les éléments subtils de la nature humaine et ont voulu permettre à ceux qui les pratiqueraient de conduire peu à peu ces éléments à leur point de perfection. Vivre selon cette sagesse, c’est travailler à son perfectionnement spirituel et c’est le seul moyen de servir l’univers. Il n’est pas égoïste de vouloir se perfectionner, car l’homme imparfaitement évolué ne saurait être qu’un serviteur imparfait de l’humanité et de l’univers. On est d’autant plus utile que l’on est soi-même plus avancé dans l’évolution. C’est ici que se vérifie le proverbe : « La rose qui s’orne elle-même, orne aussi le jardin. »

Les fondateurs des grands systèmes se révèlent par là être de grands initiés. Ce qui vient d’eux se répand dans les âmes humaines et, à la suite de l’humanité, c’est le monde entier qui progresse. Les initiés ont travaillé en pleine conscience à cette marche de l’humanité. On ne comprend leurs enseignements que si l’on sait voir qu’ils les ont puisés dans une connaissance des régions les plus profondes de la nature humaine. Les initiés étaient de grands savants, et ils ont tiré de leurs connaissances l’idéal proposé à l’humanité. L’homme se rapproche de ces grands maîtres lorsque, travaillant sur lui-même, il s’élève progressivement à leur hauteur.

Chez un être humain qui a entrepris de donner à son corps éthérique la formation que nous venons de décrire, une vie toute nouvelle commence. Il doit recevoir de l’enseignement occulte, au moment voulu, les explications qui vont lui permettre de s’adapter à cette nouvelle existence. Par exemple, lorsqu’il perçoit, au moyen de la « fleur de lotus à seize pétales », des formes qui proviennent d’un monde suprasensible, il doit se rendre compte que ces formes diffèrent les unes des autres suivant les choses ou les êtres qui les ont engendrées. La première chose qu’il observe, c’est que certaines de ces formes sont influencées par ses propres pensées et sentiments, tandis que d’autres ne le sont pas, ou presque pas. Certaines sortes de figures se transforment si l’observateur pense en les apercevant : « C’est beau », puis en poursuivant son observation : « C’est utile. » Les forces qui émanent de minéraux ou d’objets fabriqués ont notamment la particularité de se transformer avec chaque pensée, chaque sentiment qui traverse l’âme de celui qui les regarde. C’est déjà moins le cas chez les formes qui viennent des plantes et encore moins chez celles qui correspondent aux animaux. Elles aussi sont mobiles et pleines de vie. Mais cette mobilité provient en partie seulement de l’influence exercée par les pensées et les impressions de l’observateur; elle a encore d’autres causes sur lesquelles l’homme est sans action.

Au sein de ce monde des formes se trouve une espèce particulière qui est d’abord presque entièrement soustraite à l’influence de l’homme. L’occultiste peut se convaincre que ces formes n’émanent ni de minéraux, ni d’objets fabriqués, ni de plantes, ni d’animaux. Pour s’en rendre clairement compte, il n’a qu’à considérer les formes dont il est sûr qu’elles sont nées de sentiments, d’instincts et de passions venant d’hommes autres que lui. Ses propres pensées et sentiments n’exercent plus sur celles-ci qu’une action minime, bien qu’encore appréciable. En fin de compte, il rencontre toujours, dans le monde des formes, un « reste » sur lequel son influence n’a pas de prise. Ce « reste » constitue même, dans les débuts, une très grande partie de ce qu’il perçoit. Il ne peut arriver à s’expliquer ce genre de perceptions que lorsqu’il s’examine lui-même. Il découvre alors quelles sont les formes qui sont engendrées par lui, car ce sont ses actes, ses volontés, ses désirs à lui qui se manifestent par ces formes. Un instinct qui réside en lui, un désir qu’il ressent, un projet qu’il nourrit, tout se fait jour sous cette apparence. Bien plus, son caractère même s’imprime dans ce monde des formes. Ainsi, par sa pensée et ses sentiments conscients, l’homme peut exercer une influence sur toutes les formes qu’il n’a pas personnellement créées. Quant à celles que lui-même engendre dans le monde suprasensible, il n’a plus d’action sur elles dès l’instant qu’elles sont sorties de lui.

Il résulte de ce que nous venons de dire que, pour la perception supérieure, la vie intérieure de l’homme, le monde entier de ses instincts, de ses passions, de ses représentations, s’exprime par des figures extérieures, exactement comme d’autres objets ou d’autres êtres. Le monde intérieur devient, pour la connaissance suprasensible, une partie du monde extérieur. Comme dans le monde physique, si l’on est environné de miroirs, on peut contempler sa forme corporelle, ainsi dans le monde suprasensible on se trouve face à face avec son être psychique extériorisé qui se présente à vous tel un reflet dans la glace.

A cette étape de son évolution, le temps est venu pour l’occultiste de surmonter l’illusion qui naît des limites étroites de sa personnalité. Ce qui se passe au-dedans de cette personnalité, il peut le considérer maintenant comme faisant partie du monde extérieur au même titre que ce qui jusqu’ici tombait sous ses sens. Cette expérience le conduit progressivement à savoir se traiter lui-même comme il traitait autrefois les êtres qui l’entouraient.

Si son regard s’ouvrait sur les mondes spirituels avant qu’il ne soit suffisamment préparé à reconnaître les êtres qui le peuplent, il se trouverait devant le tableau de son âme tout d’abord comme devant une énigme. Ses instincts et ses passions s’offriraient à sa vue sous des formes qui lui donneraient l’impression d’être parfois animales, parfois (plus rarement) humaines. En fait, les formes animales de ces régions ne ressemblent jamais que de loin à celles du monde physique, mais un observateur inexpérimenté voit surtout les rapprochements à faire.

Il faut donc acquérir une toute nouvelle façon de juger quand on pénètre dans ces régions, car non seulement les éléments de la vie humaine intérieure prennent une forme extérieure, mais encore ils se présentent renversés comme une image « en miroir ». Lorsqu’on lit par exemple un nombre, il faut le lire en le renversant. Si l’on voit dans l’astral le nombre 265, cela signifie en réalité 562. De même une sphère est perçue comme si l’observateur se trouvait à son centre. Il faut donc apprendre à traduire en conséquence les données de cette perception intérieure des choses. Les phénomènes de l’âme sont eux aussi reflétés sous forme renversée. Un souhait dirigé vers un objet extérieur se présente comme une forme qui se retourne vers l’être même qui émet ce souhait. Les passions qui ont leur siège dans la nature inférieure de l’homme peuvent revêtir la forme d’animaux ou d’êtres du même genre qui se ruent avec une extrême violence sur leur auteur. En réalité, ces passions sont bien sorties de lui et cherchent l’objet de leur assouvissement dans le monde extérieur. Mais, étant donnée la propriété de la substance astrale d’agir comme un miroir, le reflet de cette tendance vers l’extérieur se projette sur l’homme de passion comme une attaque.

Si l’on a appris à se connaître soi-même par une observation calme et objective, même avant de s’élever à la perception suprasensible, on trouve aussi la force et le courage nécessaires pour se conduire comme il convient au moment où les images de la vie intérieure viennent à vous du dehors. Ceux qui ne se sont pas suffisamment confrontés avec eux-mêmes, par cet examen lucide, ne se reconnaîtront pas dans le reflet du miroir et ils le prendront pour étranger à eux. En outre, ce spectacle leur donnera de l’angoisse et, comme ils ne pourront le supporter, ils essaieront de se persuader que tout cela n’est qu’une production chimérique, ne pouvant mener à rien. Dans les deux cas, si l’on parvenait à ce stade de la discipline sans la maturité qui doit lui correspondre, il se produirait un arrêt funeste dans le développement.

Avant de s’élever plus haut, il est donc indispensable que le regard spirituel du disciple puisse percer à jour sa propre âme. Car c’est en lui-même au fond qu’il possède cette part d’âme et d’esprit qu’il est le mieux à même de juger. S’il a d’abord acquis, dans le monde physique, une solide connaissance de sa personnalité et qu’il rencontre dans les mondes suprasensibles en premier lieu le reflet de cette personnalité, il peut les comparer l’un à l’autre. Il est en mesure de rapporter l’expérience supérieure à une donnée connue et de partir ainsi d’un sol ferme. Car sinon, quelles que soient les autres entités spirituelles qu’il rencontrerait, il n’aurait aucun critère pour en apprécier la nature et la réalité. Il sentirait bientôt le sol se dérober sous ses pieds. On ne saurait par conséquent assez souvent redire que l’entrée la plus sûre dans le monde suprasensible se fait au moyen de la connaissance impartiale et approfondie de sa propre nature.

Des images spirituelles, voilà donc ce que l’homme rencontre en premier lieu sur sa route vers les mondes supérieurs. Quant au prototype auquel se rapportent ces images, il est en lui-même. Il faut que le disciple soit par conséquent suffisamment mûr pour ne pas demander des réalités tangibles à cette première étape de la recherche, mais pour accepter que ce qu’il rencontre à ce niveau ne soit que … des images. Toutefois, au sein de ce monde d’images, il découvre bientôt quelque chose de nouveau. Son moi inférieur se tient devant lui, lui aussi reflet en miroir certes, mais dans ce reflet se projette la réalité véritable du Moi supérieur. De la personnalité inférieure, ainsi contemplée en image, se dégage la forme du Moi spirituel et c’est de lui seul qu’émanent des liens capables de vous unir à d’autres réalités spirituelles.

Le temps est venu maintenant de se servir de la « fleur de lotus à deux pétales » située dans la région des yeux. Lorsqu’elle commence à entrer en mouvement, l’homme trouve par elle la possibilité de mettre son Moi supérieur en contact avec des entités spirituelles qui sont au-dessus de lui. Les courants issus de cette « fleur de lotus » se dirigent vers ces entités supérieures, et de telle manière que l’on a pleine conscience de leur mouvement. De même que la lumière rend les objets physiques visibles à l’œil, de même ces courants rendent visibles à l’âme les êtres spirituels des mondes supérieurs.

En se plongeant dans les représentations qu’il tire de la science spirituelle et des vérités fondamentales qu’elle contient, l’étudiant en occultisme apprend à mettre en mouvement et à diriger les courants qu’émet cette « fleur de lotus à deux pétales ».

C’est à cette phase de l’entraînement que se révèle toute la valeur d’un jugement sain, d’une discipline claire et logique. Il suffit de songer en effet que le Moi supérieur, qui jusqu’ici a dormi dans l’homme comme une graine inconsciente, vient de naître à la vie consciente. Et ce n’est pas là un symbole; il s’agit réellement d’une naissance dans le monde de l’esprit. Pour être viable, cet être spirituel doit venir au monde pourvu de tous les organes, de tous les rudiments nécessaires à sa future existence. De même que la nature doit doter le petit enfant nouveau-né d’yeux et d’oreilles bien constitués, de même les lois de notre développement personnel doivent veiller à ce que le Moi supérieur vienne à la vie avec toutes les facultés nécessaires. Et les lois qui garantissent ainsi la formation des organes spirituels ne sont autres que les saines lois de la raison et de la morale qui règnent dans notre monde physique. Ce Moi spirituel mûrit dans la personne physique comme l’enfant dans le sein maternel. La santé de l’enfant dépend de l’action normale des lois naturelles dans le sein de sa mère. De même, la santé de l’homme spirituel est déterminée par les lois de l’entendement habituel et de la raison qui s’exerce dans la vie physique. Nul ne saurait enfanter un Moi supérieur sain s’il ne vit et ne pense pas sainement dans le monde physique. Une vie conforme à la nature et à la raison est la base de tout véritable développement spirituel.

Dans le sein maternel, l’enfant vit déjà selon les forces naturelles dont ses organes sensoriels perçoivent l’action après sa naissance; ainsi le Moi spirituel vit déjà conformément aux lois du monde spirituel au sein de l’existence physique, et de même que l’enfant guidé par un obscur instinct vital s’assimile les forces de vie, l’homme peut s’assimiler des forces spirituelles avant que son Moi supérieur ne soit né. Bien plus, il doit le faire pour que ce Moi naisse parfaitement conformé. Il serait inexact de dire : je ne puis accepter les enseignements de la science spirituelle avant d’être clairvoyant moi-même. Car sans approfondir cette science spirituelle, on ne pourra jamais parvenir à la vraie connaissance supérieure. On se trouverait alors dans la même situation qu’un enfant qui refuserait de prendre pendant la Vie embryonnaire ce que lui transmet l’organisme maternel et voudrait attendre de pouvoir se le procurer par lui-même. L’embryon de l’enfant a la sensation confuse que ce qu’il reçoit est bon pour lui. L’homme qui ne voit pas encore en esprit pressent la vérité des enseignements de la science spirituelle. Il existe une sorte d’intuition fondée sur le sentiment de la vérité et sur les jugements d’une raison claire, saine et étendue, qui permet de pénétrer cet enseignement, alors même qu’on ne perçoit pas encore les choses de l’esprit. Il faut d’abord acquérir les connaissances mystiques; car cette étude vous prépare à la voyance. Celui qui parviendrait à la voyance avant de s’y être préparé de cette manière ressemblerait à un enfant venu au monde avec des yeux et des oreilles, mais point de cerveau. Le monde des couleurs et des sons s’étendrait tout entier devant lui, mais il ne saurait qu’en faire. Ainsi, tout ce qu’on a reçu dans la vie physique comme une évidence, grâce au sens de la vérité, à l’intelligence, à la raison, tout cela prend à ce stade une valeur d’expérience vécue.

Le disciple possède maintenant une connaissance directe de son Moi supérieur. Et il découvre que ce Moi est en relation avec des entités spirituelles d’une nature transcendante; il forme un tout avec elles. Il constate ainsi que sa personnalité inférieure provient d’un monde plus haut, mais il voit que sa nature supérieure la surclasse et lui survit. Il peut maintenant lui-même différencier en lui ce qui passe de ce qui demeure. Cela revient à vérifier par expérience personnelle ce qu’on enseigne, à savoir que le Moi supérieur s’incarne dans une forme inférieure. Il voit alors qu’il fait partie d’un ensemble spirituel qui détermine son caractère et son destin. Il contemple la loi de sa vie, le Karma, et reconnaît que son moi inférieur, dans son existence actuelle, n’est qu’une des formes que peut prendre son être supérieur. La possibilité de travailler du haut de son individualité spirituelle à se perfectionner de plus en plus lui apparaît clairement. Il constate les grandes différences qui séparent les êtres humains sous ce rapport. Certains sont au-dessus de lui à des degrés auxquels il ne parviendra que plus tard. Il se rend compte que leurs paroles et leurs actions découlent d’une source supérieure. Toutes ces expériences, il les doit au premier regard qu’il peut personnellement diriger vers le monde spirituel. Ceux qu’on appelle les « grands initiés de l’humanité » vont commencer à être pour lui des réalités.

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Re: De quelques effets de l'initiation

Message par Archange le Dim 18 Jan - 15:25

Tels sont les dons que confère au disciple cette phase de son évolution : vision du Moi supérieur, de son incarnation dans un moi inférieur, des lois qui ordonnent la vie dans le monde physique selon les harmonies spirituelles (Karma), — finalement de l’existence des grands initiés.

C’est pourquoi l’on dit d’un disciple qui a atteint ce niveau que le doute n’existe plus pour lui. S’il avait jadis possédé une foi fondée sur des raisons logiques et sur une pensée saine, à la place d’une croyance apparaît maintenant un savoir intégral et une vue intuitive que rien ne peut ébranler.

Les religions dans leurs cérémonies, leurs sacrements et leurs rites, ont fourni des symboles extérieurement visibles pour les êtres et les événements du monde spirituel. On ne peut le nier que si l’on ne les a pas encore étudiées dans toute leur profondeur. Celui qui plonge directement son regard dans la réalité spirituelle comprend la haute signification de ces actes cultuels extérieurement visibles. Il voit dans le service religieux un reflet des relations de l’homme avec le monde de l’esprit.

Voilà dans quel sens le disciple qui s’est élevé à ce niveau est véritablement devenu un nouvel homme. Par les courants de son corps éthérique, il peut s’efforcer maintenant d’acquérir peu à peu la maîtrise du principe supérieur de sa vie, et atteindre ainsi à un haut degré de liberté vis-à-vis de son corps physique.

TRANSFORMATION DANS LA VIE DE REVE DU DISCIPLE

Un avertissement que le disciple vient d’atteindre ou va atteindre le degré d’évolution décrit au chapitre précédent, c’est la transformation qui se produit dans sa vie de rêve. Auparavant ses rêves étaient confus, sans suite. Ils commencent à prendre maintenant un caractère régulier. Les tableaux s’enchaînent comme les représentations de la vie ordinaire. On peut y reconnaître un ordre, des causes et des effets. Le contenu du rêve se modifie également. Tandis qu’auparavant on n’y trouvait que des échos de la vie quotidienne, des impressions déformées, tirées du milieu environnant ou de ses propres états organiques, à présent des images émergent d’un monde jusqu’alors inconnu. Au début persiste évidemment le caractère général de la vie de rêve : le rêve se distingue de la représentation de veille en ce qu’il traduit par un symbole ce qu’il veut exprimer. Ce symbolisme ne peut échapper à l’observateur attentif des rêves. On rêve, par exemple, que l’on vient d’attraper un animal répugnant et l’on éprouve dans la main un sentiment de dégoût : en se réveillant, on remarque que l’on tient serré dans la main un coin de la couverture. La perception ne s’exprime donc pas sans se déguiser : elle recourt au symbole. Ou bien l’on rêve que quelqu’un vous poursuit : on court, on est angoissé. Au réveil, on constate que l’on a été pris de palpitations pendant le sommeil. L’estomac qui digère péniblement est une cause de cauchemars. Ce qui se passe dans l’entourage du rêveur se reflète symboliquement dans ses songes. Le tic-tac d’une montre peut évoquer l’image d’une troupe en marche qui avance au son du tambour. Une chaise qui tombe peut être l’occasion de tout un drame où le bruit de la chute se transforme en coup de feu, et ainsi de suite.

Lorsque le corps éthérique commence à s’organiser, le rêve, tout en conservant d’abord ce caractère symbolique, prend un aspect plus ordonné. Mais il cesse de refléter simplement des faits de la vie physique ou de la vie organique. Comme on voit s’ordonner les rêves qui ont leur origine dans ces impressions, on voit s’y mêler progressivement des images par lesquelles s’exprime un autre monde. Ainsi se font les premières expériences qui sont inaccessibles à la conscience normale.

Il ne faudrait cependant pas croire qu’un vrai mystique prenne jamais pour des communications très importantes du monde spirituel ce qu’il voit ainsi en rêve. Il ne considère ces expériences de rêve que comme le signe précurseur d’un degré plus haut dans son évolution.

Bientôt ce signe est suivi d’un fait nouveau : les images du rêve ne sont plus comme auparavant soustraites au contrôle de l’intelligence. La réflexion les gouverne et leur imprime un certain ordre comme cela se passe pour les représentations et les sensations à l’état de veille. La différence entre la conscience de rêve et l’état de veille s’efface de plus en plus. Le rêveur est éveillé, au vrai sens du mot, pendant sa vie de rêve, ce qui veut dire qu’il se sent le maître et l’ordonnateur de ses représentations symboliques.

Tandis qu’il rêve, l’homme vit dans un milieu tout différent de celui auquel appartiennent ses sens physiques, et s’il n’a pas développé ses organes spirituels il ne peut refléter ce milieu que dans les images chaotiques dont on parlait plus haut. Ce monde n’existe pas plus pour lui que le monde sensible pour un être qui ne posséderait que les premiers rudiments des organes visuels. C’est pourquoi cet autre monde ne peut se refléter qu’en images et en projections de la vie ordinaire, comme sur un écran. Si l’on voit ces images en rêve, c’est parce que l’âme elle-même projette ses perceptions de jour sur la substance dont est tissé cet autre monde. Il faut bien voir, en effet, que parallèlement à son activité quotidienne conscience [ndé : « consciente » ?], l’homme en exerce inconsciemment une autre dans l’autre monde en question. Tout ce qu’il perçoit, tout ce qu’il pense, il le grave dans ce monde. Les empreintes ainsi déposées ne sont certes visibles qu’après l’éclosion des « fleurs de lotus ». Mais il existe toujours, chez tout homme, certains rudiments primitifs des « fleurs de lotus ». A l’état de conscience normale, on ne saurait rien percevoir par ce moyen, parce que les impressions qu’on en reçoit sont très faibles. C’est pour une raison semblable que pendant le jour on ne perçoit pas la clarté des étoiles. Elle est éclipsée par l’éblouissante lumière solaire. Ainsi les faibles impressions spirituelles sont éteintes par l’action puissante des sens physiques. Mais pendant le sommeil, lorsque les sens extérieurs sont fermés, ces impressions astrales se mettent à luire, bien que d’une façon désordonnée. Le rêveur prend alors conscience des expériences faites dans un autre monde. Toutefois, comme nous l’avons dit, ces expériences ne sont au début rien de plus que les empreintes gravées dans le monde spirituel par les représentations dues aux sens physiques. Seul, le développement des « fleurs de lotus » permet d’enregistrer des messages qui soient vraiment indépendants du monde physique. A mesure que le corps éthérique s’organise, la pleine connaissance de ce qui émane d’un autre monde s’affirme. Ainsi débutent les relations de l’homme avec un monde nouveau.

Il doit maintenant, en suivant les indications de l’entraînement, atteindre un double but. En premier lieu, il doit devenir capable de conserver parfaitement à l’état de veille les observations faites pendant le rêve. Et quand ce résultat est acquis, il doit être à même de renouveler des observations de nature identique également pendant la veille. Il faut simplement veiller à ce que ces impressions spirituelles ne s’effacent plus devant les impressions physiques ; les premières persisteront alors d’une manière durable à côté des secondes.

Si le disciple acquiert cette faculté, le tableau que nous avons décrit au chapitre précédent commence à apparaître à son regard spirituel. Désormais, il peut discerner ce qui dans le monde spirituel est la cause du physique et c’est ainsi qu’avant tout il reconnaît au sein de ce monde son Moi supérieur.

Son premier devoir consiste maintenant à greffer sur ce Moi supérieur tout son développement futur, c’est-à-dire à le considérer réellement comme son être véritable et à se comporter en conséquence. Il se pénètre toujours plus de l’idée et du sentiment vivant que son corps physique et ce qu’il appelait auparavant son « moi » ne sont plus qu’un instrument du Moi supérieur. Vis-à-vis du moi inférieur, il a l’impression que ressent un homme limité au monde sensible vis-à-vis de l’outil ou du véhicule dont il se sert. De même que ce dernier ne considère pas la voiture qui le transporte comme un des éléments de sa personnalité, même s’il dit : « Je roule », comme il dirait : « Je marche », de même l’homme évolué qui se dit : « Je vais vers la porte », se représente en réalité ceci : « Je porte mon corps vers la porte. » Mais cette notion doit être pour lui si évidente qu’il ne perde pas un instant le sol ferme du monde physique et qu’il ne laisse aucune place en lui pour un sentiment d’éloignement envers le domaine des sens. Si le disciple ne veut pas être « dans la lune », il faut que sa conscience supérieure ne vienne pas appauvrir sa vie dans le monde physique, mais l’enrichisse, de même que l’on enrichit sa vie de facilités nouvelles en prenant un train pour voyager au lieu d’aller à pied.

Si le disciple est parvenu à cette vie dans le Moi supérieur, et même au stade où il s’assimile cette conscience, il comprend alors comment il peut éveiller à l’existence la force spirituelle de perception dans l’organe constitué au voisinage du cœur et comment il peut diriger cette sensibilité à travers les courants que nous avons décrits dans le chapitre précédent. Cette force de perception est un élément de la substance spirituelle qui émane de l’organe en question. Puis il inonde de beauté lumineuse les « fleurs de lotus » mises en mouvement ainsi que les autres canaux du corps éthérique évolué, rayonne au dehors dans tout le champ spirituel environnant et le rend spirituellement visible, tout comme la lumière du soleil tombant sur les objets physiques les rend visibles à l’œil.

Comment cette force de perception est-elle produite dans l’organe du cœur, on ne le comprend qu’au fur et à mesure de son perfectionnement.

Le monde spirituel, avec toutes ses réalités, ne devient en fait perceptible que si, grâce à son corps éthérique, on sait diriger cet organe de perception vers le dehors pour éclairer les objets à percevoir. La perception consciente d’un objet du monde spirituel n’est donc possible que si l’homme projette lui-même de la lumière spirituelle. Au fond, le Moi qui produit cet organe de perception réside non pas au-dedans du corps physique, mais, comme nous venons de le dire, au dehors. L’organe du cœur n’est que le lieu où le Moi vient allumer du dehors cet organe spirituel lumineux. S’il l’allumait ailleurs qu’à cet endroit, les perceptions spirituelles ainsi produites n’auraient aucun rapport avec le monde physique. Mais l’homme doit précisément mettre chaque force spirituelle en rapport avec le monde physique et la faire agir dans ce monde par lui-même. C’est justement par le truchement de l’organe du cœur que le Moi suprasensible s’empare du moi sensible pour l’avoir en main et en faire son instrument.

En fait, la sensation que produit un objet spirituel est très différente de celle que le monde terrestre procure à l’homme physique. Celui-ci a conscience d’être en un certain lieu du monde sensible, et il perçoit les objets « en dehors » de lui. Par contre, l’homme spirituellement développé se sent comme uni aux objets spirituels de sa perception et « au-dedans » d’eux. Il passe effectivement d’un lieu à un autre dans l’espace spirituel; c’est pourquoi dans la langue occulte on l’appelle « l’errant ». Il n’est tout d’abord nulle part chez lui.

S’il en restait là, il ne pourrait situer avec certitude aucun objet dans l’espace spirituel; car dans ce monde nouvellement atteint, comme dans le monde physique, pour déterminer avec précision un objet ou un lieu, il faut partir d’un certain point. Le disciple doit donc chercher quelque part un endroit qu’il soumette à une investigation approfondie et dont il prenne pour ainsi dire la possession spirituelle. Dans ce lieu, il doit se fonder un foyer spirituel, et y rapporter toutes ses découvertes. De même, dans le monde physique, on perçoit toute chose sous l’angle du lieu où l’on vit. Tout naturellement un Berlinois décrira Londres autrement qu’un Parisien. Il y a une seule différence entre le foyer spirituel et le foyer physique : c’est involontairement qu’on vient au monde et qu’on prend instinctivement pendant sa jeunesse une série d’empreintes qui donnent à toutes choses par la suite une coloration involontaire. Tandis que l’on fonde soi-même et en pleine conscience le foyer spirituel. On le choisit comme point de départ de ses jugements dans un état de liberté claire et entière. Cette élection d’un foyer spirituel s’appelle en occultisme « se construire une demeure ».

A cette étape, le regard de l’esprit atteint tout d’abord les réalités suprasensibles correspondant au monde physique, dans la mesure où elles se trouvent dans la sphère astrale. Dans cette sphère se rencontre tout ce qui, par essence, est apparenté aux instincts, aux sentiments, aux désirs et aux passions. En effet, tous les objets qui nous environnent sont animés de forces apparentées aux forces humaines : par exemple, un cristal est façonné, modelé par des forces qui, pour le regard spirituel, sont comparables aux instincts qui agissent en l’être humain. Des forces semblables font circuler la sève dans les vaisseaux de la plante, éclater les bourgeons, germer les graines. Toutes ces forces prennent forme et couleur pour les organes de la perception spirituelle, tout comme les objets physiques pour les yeux physiques. A cette phase de son évolution, le disciple perçoit non seulement le cristal ou la plante, mais aussi les forces spirituelles dont on vient de parler. Il voit les instincts des animaux et des hommes, non seulement comme les manifestations des êtres, mais aussi comme des réalités extérieures, ainsi qu’il voit dans le monde physique des tables ou des chaises. Le monde entier des instincts, désirs, souhaits, passions d’un animal ou d’un homme devient comme une nuée astrale qui enveloppe l’être, et c’est ce qu’on appelle : l’aura.

Le clairvoyant parvenu à ce stade de son évolution perçoit ensuite des phénomènes qui sont impossibles ou tout au moins malaisés à appréhender au moyen des sens physiques. Par exemple, il peut noter la différence astrale qui sépare un espace presque entièrement rempli d’hommes aux instincts bas et un autre où sont présents des êtres d’une mentalité élevée. Un hôpital se distingue d’une salle de bal par son atmosphère, non seulement physique, mais encore spirituelle. L’ambiance astrale d’une cité commerçante est tout autre que celle d’une ville universitaire. Au début, la perception clairvoyante n’est que faiblement sensible à ces phénomènes. Comparées aux perceptions ordinaires des sens, ces perceptions supérieures apparaissent d’abord comme, pour l’homme physique, le rêve comparé à l’état de veille; puis, progressivement, même en ce domaine, la conscience s’éclaire.

La plus haute conquête d’un clairvoyant parvenu à ce degré, c’est la manière dont se révèlent à lui les réactions dans l’astral des passions et des instincts humains ou animaux. Une action pleine d’amour s’accompagne d’une forme astrale tout autre qu’une action inspirée par la haine. Un désir aveugle suscite une « contre-image » astrale hideuse, tandis qu’un sentiment élevé en produit une très belle. Ces « contre-images » sont faibles pendant la vie physique, car l’existence terrestre en réduit la puissance; par exemple, le désir qu’on a d’un objet projette en quelque sorte sa « contre-image » dans le monde astral; mais si le désir vient à être satisfait ou du moins si l’on entrevoit la possibilité qu’il le soit, cette contre-image en est très affaiblie. Elle ne se manifestera pleinement qu’après la mort, lorsque l’âme, conformément à sa nature, revivant toujours ce désir, ne pourra plus le satisfaire, parce que l’organe et l’objet physiques du désir auront disparu. Par exemple, un gourmand éprouvera encore après sa mort le désir des jouissances de la table; mais il ne pourra plus le satisfaire, parce que l’organe du goût aura disparu chez lui. Par suite, le désir engendrera une contre-image astrale particulièrement vive dont la vue tourmentera l’âme. Celte reviviscence des passions faite dans le monde astral, après la mort, au moyen des contre-images issues des basses régions de l’âme, constitue ce qu’on appelle la traversée du monde psychique et particulièrement de la région des désirs. Elle ne cesse que lorsque l’âme s’est purifiée de tout désir inférieur dirigé vers la vie terrestre. Alors cette âme passe dans une région plus haute qui est le monde spirituel proprement dit.

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Re: De quelques effets de l'initiation

Message par Archange le Dim 18 Jan - 15:25

Si faibles que soient ces contre-images des désirs humains chez l’homme qui vit encore de vie physique, elles n’en existent pas moins. Ces désirs potentiels l’auréolent comme une queue accompagne la comète. Le clairvoyant peut les percevoir lorsqu’il a atteint le degré d’évolution correspondant.

C’est par tout cela que passe le disciple à ce stade du développement. Il ne peut pas encore s’élever à des expériences plus hautes; il doit pour cela réaliser encore de nouveaux progrès.

COMMENT S’ACQUIERT LA CONTINUITE DE LA CONSCIENCE

La vie humaine passe alternativement par trois états : la veille, le sommeil visité de rêves et le sommeil profond sans rêves. On peut comprendre comment s’acquiert la connaissance des mondes supérieurs quand on se fait une idée des changements qui doivent survenir dans ces trois états chez l’homme qui recherche cette connaissance. Avant de s’être soumise à la discipline qu’elle exige, la conscience se trouve constamment interrompue par les entractes du sommeil, pendant lesquels l’âme ignore le monde extérieur et s’ignore elle-même. De temps à autre, il émerge de cet océan d’inconscience les îlots des rêves, se rapportant soit aux événements extérieurs, soit à des états organiques. On ne voit tout d’abord dans les rêves qu’une expression particulière de l’état de sommeil et, par conséquent, l’on ne tient compte en général que de deux états, le sommeil et la veille. Mais pour la science occulte, le rêve a son importance à côté des deux autres états.

Nous avons déjà décrit les modifications qu’apportent dans les rêves humains les progrès réalisés vers la connaissance supérieure. Les rêves perdent leur caractère insignifiant, incohérent et chaotique. Ils constituent progressivement un monde ordonné, cohérent. A un degré supérieur d’évolution, non seulement les rêves ouvrent sur un univers qui ne le cède en rien à la réalité sensible, mais encore ils révèlent des faits qui traduisent une réalité supérieure, au vrai sens du mot. Toutes sortes d’énigmes et de mystères sont cachés derrière la réalité sensible. Ce monde physique montre bien qu’il est le résultat de certains faits de nature supérieure : mais l’homme limité aux perceptions sensibles ne peut pas atteindre ces causes. Le disciple les voit se révéler partiellement à lui quand il est dans l’état qui part du rêve ordinaire, mais bientôt le dépasse.

Il ne doit, il est vrai, tenir pour valables ces révélations que lorsqu’elles lui sont confirmées par sa perception consciente à l’état de veille. A cela aussi, il peut parvenir. Il est alors capable de transposer dans l’état de veille ses perceptions de rêve : alors le monde sensible prend à ses yeux une coloration toute nouvelle. Comme un aveugle-né qu’on opère voit, après son opération, le monde physique s’enrichir de toutes les données visuelles, de même l’homme devenu clairvoyant perçoit dans ce qui l’environne des qualités, des choses et des êtres nouveaux. Il n’a plus besoin maintenant d’attendre de rêver pour vivre dans un autre monde; il peut se mettre, quand il le juge bon, dans l’état de conscience nécessaire à la perception supérieure. Cet état a ensuite pour lui une importance analogue à celle des perceptions qu’on a dans la vie ordinaire quand les sens sont actifs, comparées à celles qu’on a quand les sens sont relâchés. On peut dire littéralement que le disciple ouvre les sens de son âme et contemple les choses qui doivent rester cachées à ceux de son corps.

Or, cet état n’est encore qu’une transition vers les étapes supérieures de la connaissance. Si l’étudiant poursuit avec persévérance son entraînement occulte, il découvrira en temps voulu que cette profonde transformation n’influe pas seulement sur sa vie de rêve, mais encore sur le sommeil profond qui était auparavant sans rêve. Il remarque que l’état d’inconscience absolue où il se trouvait jusqu’ici pendant qu’il dormait est maintenant coupé par des épisodes conscients. Bientôt des ténèbres profondes du sommeil émergent des perceptions d’un caractère qu’il n’a pas connu auparavant. Il est naturellement malaisé de décrire ces perceptions. Notre langue, faite pour le monde sensible, ne peut exprimer que de très loin les choses qui ne sont pas de ce monde. Il faut pourtant avoir recours aux mots pour donner une idée de ces réalités et l’on n’y parvient qu’en prenant des comparaisons symboliques. On peut y recourir pour la raison que tout se tient dans l’univers. Les êtres et les choses qui existent dans les mondes supérieurs sont tellement apparentés au monde sensible qu’on peut toujours arriver par des comparaisons à se le représenter approximativement, même en employant le langage ordinaire. Il ne faut seulement pas oublier qu’une bonne partie de ces descriptions des mondes suprasensibles ne peut être que symbolique. C’est pourquoi la discipline occulte ne recourt que partiellement aux mots ordinaires; pour le reste, si l’on veut progresser, on est obligé d’étudier le langage symbolique, qui parle par l’évidence. Il faut se l’assimiler au cours de l’enseignement occulte. Cela n’empêche pas d’ailleurs que, par des récits en langue ordinaire tels qu’ils sont donnés ici, on puisse arriver à se faire une idée approximative des réalités spirituelles.

Si l’on voulait prendre une comparaison au sujet des premières impressions qui émergent de l’océan d’inconscience totale où l’on est plongé pendant le sommeil profond, c’est à des phénomènes d’audition que l’on pourrait le mieux les comparer. On peut parler d’une perception de sons et de paroles. De même que les expériences du rêve ressemblent à un genre de vision et peuvent être mises en rapport avec la perception visuelle, de même les réalités du sommeil profond se rapprochent des impressions auditives. (Remarquons en passant que dans le monde spirituel la vision est également une activité plus haute que l’audition. Les couleurs sont dans ce monde aussi quelque chose de plus élevé que les sons ou les paroles. Mais ce que le disciple perçoit d’abord dans ce monde au cours de son entraînement, ce ne sont pas encore les phénomènes supérieurs de couleurs, mais les phénomènes inférieurs de sonorités. Si l’homme perçoit en premier lieu les couleurs, c’est uniquement parce que la ligne d’ensemble de l’évolution l’apparente davantage au monde qui se révèle dans le rêve. Tandis qu’il n’est pas encore aussi bien adapté au monde supérieur qui s’exprime dans le sommeil profond. Ce monde lui parle donc au début en sons et en mots; plus tard, le disciple accédera également aux formes et aux couleurs.)

Dès que le disciple remarque qu’il a des expériences de cette nature, à l’état de sommeil profond, son premier devoir est de les rendre aussi claires et aussi précises que possible. La chose est tout d’abord très malaisée, car la perception de ce qu’il vit en cet état est au début extraordinairement faible. Il sait bien au réveil qu’il lui est arrivé quelque chose, mais il est incapable de se le rappeler clairement. L’essentiel, pendant cette période préliminaire, est de rester calme et détaché sans se laisser aller un seul moment à l’agitation ou à l’impatience, car ces dispositions en tout cas ne pourraient qu’être nuisibles. Loin d’accélérer le progrès, elles l’entraveraient. Il faut s’abandonner en quelque sorte avec sérénité à ce qui vient vers vous et ne rien brusquer. Si, à un moment donné, on ne peut se souvenir des expériences du sommeil, il faut attendre avec patience que cela devienne possible; ce moment arrivera certainement, et plus on se sera montré calme et patient, plus on aura de chances de posséder d’une façon sûre cette faculté de perception, tandis qu’en la forçant, on obtiendra d’elle peut-être une fois un résultat, mais elle pourra disparaître ensuite complètement et pour longtemps.

Si cette faculté de perception apparaît et que les expériences du sommeil ressurgissent en pleine clarté devant la conscience, il faut diriger son attention sur le point suivant. Parmi ces expériences, on en distingue de deux sortes : les premières paraissent totalement étrangères à tout ce qu’on a connu jusqu’alors. Certes, on peut tout d’abord y trouver un sujet de joie; on travaille ainsi à son édification, mais mieux vaut pour l’instant les laisser tranquilles. Ce sont les premiers messagers du monde spirituel supérieur, auquel on n’accédera que plus tard. Quant à la seconde sorte d’expériences, l’observateur attentif y découvrira une certaine parenté avec le monde ordinaire dans lequel il vit. Les problèmes sur lesquels il réfléchit au cours de l’existence, le mystère des choses environnantes qu’il désire percer mais ne peut pas scruter avec l’intellect ordinaire, se trouvent éclaircis par ces expériences du sommeil. Pendant la journée, l’homme réfléchit à ce qui l’entoure; il essaie de se représenter les rapports qui existent entre les choses. Il cherche à se faire des concepts de ce que ses sens perçoivent. C’est à ces représentations, à ces concepts, que se rapportent les expériences du sommeil. Ce qui n’était encore qu’un concept obscur et vague commence à prendre une sonorité, une vie qu’on ne saurait comparer dans le monde sensible qu’à des sons ou à des paroles. Il semble de plus en plus au disciple que la solution des problèmes qu’il se pose lui vient d’un plan supérieur, en sons et en paroles, et il acquiert la possibilité de relier ces révélations d’un autre monde aux phénomènes de la vie ordinaire. Ce qu’il ne pouvait atteindre qu’en pensée devient maintenant pour lui une expérience vécue aussi concrète que celles du monde sensible. Car les choses et les êtres de ce monde sensible ne sont pas uniquement ce qu’ils semblent être pour la perception sensorielle : ce sont au fond l’expression, l’émanation des réalités spirituelles. Et ce monde spirituel, qui était jusqu’ici caché, on l’entend résonner de toutes parts autour de soi.

Il est facile de comprendre que cette faculté de perception supérieure ne peut être bienfaisante que si l’on a développé normalement et régulièrement les sens spirituels. Il en est comme pour l’homme physique qui ne saurait demander à ses instruments sensoriels ordinaires des observations exactes que s’ils sont normalement constitués. Les sens spirituels, c’est l’homme lui-même qui les édifie par les exercices que lui indique la discipline occulte.

Parmi ces exercices figure la concentration, c’est-à-dire l’art de diriger son attention sur des représentations et sur des concepts très précis, se rapportant aux mystères de l’univers. Il faut y ajouter la méditation, c’est-à-dire l’art de vivre dans ces idées et de se plonger en elles complètement, de la manière décrite. Concentration et méditation sont les moyens par lesquels l’homme travaille sur son âme. Il éveille ainsi les organes psychiques de perception. Pendant qu’il accomplit ces exercices de concentration et de méditation, son âme se développe dans son corps comme l’embryon de l’enfant dans le sein de la mère. Et lorsqu’apparaissent pendant le sommeil les expériences décrites plus haut, le moment de la naissance approche où l’âme libérée devient littéralement un nouvel être que l’homme a mûri en lui.

Les règles qui concernent ces exercices n’ont une telle importance et ne doivent être observées si exactement que parce qu’elles contiennent les lois de la croissance et de la maturation pour la nature supérieure de l’âme humaine. Cette nature doit être dès sa naissance un organisme construit d’une manière harmonieuse et juste. Mais si dans les prescriptions quelque chose est mal observé, ce n’est pas un être viable qui naît dans le monde spirituel, c’est un être inviable; la naissance est manquée.

On comprend aisément que la naissance de cette âme supérieure se passe pendant le sommeil profond si l’on songe qu’un organisme encore si délicat et si peu résistant, s’il apparaissait dans les conditions de la vie journalière, serait incapable de s’affirmer en face des phénomènes trop rudes de cette vie. Son activité serait étouffée par celle du corps physique, tandis que dans le sommeil, pendant le repos de ce corps dont dépend la perception sensible, l’activité de l’âme supérieure, presque imperceptible au début, peut naître et se manifester.

Remarquons pourtant encore une fois que le disciple ne saurait considérer ces expériences du sommeil comme des connaissances valables que lorsqu’il est en état d’intégrer dans la conscience de jour l’âme supérieure qui vient de s’éveiller. S’il peut le faire, il devient également capable de percevoir, dans les expériences physiques et entre elles, le monde spirituel dans son caractère propre, c’est-à-dire d’entendre avec l’âme, sous forme de sons et de paroles, les mystères qui l’entourent.

Parvenu à ce stade, il faut se rendre compte que l’on n’a affaire au début qu’à des phénomènes spirituels isolés, plus ou moins incohérents. C’est pourquoi il faut se garder de vouloir édifier là-dessus tout un système de connaissances; car on se trouverait facilement amené à introduire dans le monde psychique des notions et des idées purement imaginaires; on se construirait ainsi un univers sans rapport avec le véritable univers spirituel. Le disciple doit constamment pratiquer un contrôle très rigoureux de lui-même. La meilleure méthode est de rendre toujours plus conscientes les quelques expériences spirituelles authentiques que l’on peut avoir et d’attendre patiemment que d’autres se présentent spontanément et viennent se rattacher comme d’elles-mêmes aux précédentes.

Il se produit en effet, sous l’action du monde spirituel dans lequel on vient d’entrer, et par l’usage des exercices correspondants, un élargissement toujours croissant de la conscience pendant le sommeil profond. Des expériences de plus en plus nombreuses émergent de l’inconscience dans laquelle restent pris des fragments toujours plus réduits de la vie de sommeil. Ainsi s’agrègent progressivement les unes aux autres les perceptions isolées, sans que ce travail naturel d’agrégation soit gêné par des combinaisons et des associations d’idées qui ne pourraient s’inspirer que d’habitudes intellectuelles tirées du monde sensible. Moins on introduit dans le monde spirituel à tort et à travers des routines de pensée et mieux cela vaut. Si l’on se comporte ainsi, le moment approche, sur le sentier de la connaissance supérieure, où des états qui auparavant étaient plongés dans l’inconscient du sommeil sont transmués en une suite ininterrompue d’expériences conscientes. Pendant le repos du corps, on vit d’une vie aussi réelle que pendant la veille. Il est à peine besoin de remarquer que pendant le sommeil on a affaire à une réalité tout autre que le milieu sensible où se trouve le corps. Pour que le disciple ne perde jamais pied dans ce milieu sensible, il doit à tout prix établir un lien entre les profondes expériences du sommeil et l’entourage sensible, même si au début la nature de ce qui se révèle pendant le sommeil est une découverte toute nouvelle.

L’étape importante qui consiste à acquérir la conscience pendant le sommeil s’appelle dans la science occulte la « continuité de la conscience » (Note 15 : Ce que nous décrivons ici est, à une certaine époque de l’évolution, une sorte d’« idéali » qui vient au terme d’une longue route. Ce que le disciple connaît d’abord, ce sont ces deux états : en premier lieu, la conscience relativement éveillée à la place des rêves incohérents; en second lieu, le sommeil sans conscience et sans rêves.)

Chez celui qui atteint ce degré, la faculté de percevoir n’est pas suspendue pendant les périodes où son corps physique repose et où les organes des sens ne transmettent à son âme nulle impression du dehors.

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Message par Archange le Dim 18 Jan - 15:26

DISSOCIATION DE LA PERSONNALITE AU COURS DE L’ENTRAINEMENT OCCULTE

Pendant le sommeil, l’âme humaine ne reçoit pas d’informations des organes physiques des sens. Dans cet état, les perceptions du monde extérieur ne l’atteignent pas. Elle est vraiment, à un certain égard, en dehors de cette partie de la nature humaine qu’on appelle le corps physique et qui, à l’état de veille, transmet les perceptions sensorielles et la pensée. Elle n’est plus reliée qu’aux corps subtils (éthérique et astral), lesquels échappent à l’observation physique. Or l’activité de ces corps subtils est loin de s’arrêter pendant le sommeil. De même que le corps physique est en relation avec les choses et les êtres du monde physique sur lesquels il agit et qui agissent sur lui, de même l’âme vit dans le monde supérieur et cette vie n’est pas interrompue par le sommeil. Car pendant ce temps, l’âme est pleinement active. Mais l’homme ne peut rien savoir de cette activité tant qu’il ne possède pas d’organes de perception spirituelle, grâce auxquels il puisse observer pendant le sommeil ce qui l’entoure et ce qu’il fait lui-même, aussi bien qu’à l’état de veille il observe le milieu physique avec ses sens. La discipline occulte consiste, comme on l’a vu dans les précédents chapitres, à aider l’éclosion de ces sens spirituels.

Or, si l’homme parvient par cette discipline à transformer le caractère du sommeil dans le sens que nous avons indiqué, il se trouve à même de suivre consciemment tout ce qui se passe autour de lui quand il est dans cet état, et il peut se conduire à son gré dans ce milieu comme il le fait à l’état de veille à l’aide des sens. Il est bon toutefois de remarquer que la perception consciente du milieu physique ordinaire suppose déjà un degré supérieur de clairvoyance. Nous en avons déjà parlé plus haut. Tandis que, au début de l’entraînement, l’étudiant en occultisme perçoit seulement les réalités d’un autre monde sans pouvoir retrouver leur lien avec les objets de son milieu familier.

Les caractères particuliers du songe et du sommeil se retrouvent constamment dans toute la vie. L’âme vit sans interruption en contact avec les mondes supérieurs, et y est active. Elle y puise les impulsions par lesquelles elle ne cesse d’agir sur son corps physique. Chez l’homme ordinaire, cette vie dans le monde spirituel reste inconsciente. L’occultiste, lui, en prend conscience et c’est ce qui transforme son existence. Aussi longtemps que l’âme n’est pas clairvoyante, elle est menée par des êtres qui la dépassent, mais de même qu’un aveugle-né, une fois opéré, voit son existence se transformer et devenir tout autre dès qu’il peut se conduire sans guide, de même la formation occulte métamorphose la vie de l’être humain. Désormais, il n’a plus besoin de guide, il doit se prendre en main. Par là, il devient évidemment sujet à bien des erreurs que la conscience ordinaire ne soupçonne pas. Il tire ses mobiles d’action d’une sphère où jusqu’alors, sans qu’il en ait conscience, il était soumis à des puissances supérieures intégrées dans l’harmonie universelle. Le disciple se retire donc de cette harmonie et maintenant c’est par lui-même qu’il doit accomplir des actes que l’univers accomplissait auparavant pour lui et sans sa participation consciente.

C’est bien pour cette raison que, dans les écrits qui traitent de l’occultisme, il est si souvent parlé des dangers liés à l’essor dans les mondes supérieurs. La description de ces dangers semble faite pour remplir d’effroi les âmes timides à l’égard de cette nouvelle vie. Mais il faut dire que ces dangers existent seulement pour celui qui n’observe pas les règles nécessaires de prudence. Quand ces règles sont observées et que le disciple a suivi de point en point les avis du véritable occultisme, alors, si son essor est marqué par des expériences qui dépassent en puissance et en grandeur tout ce que la plus audacieuse fantaisie peut imaginer, on ne saurait cependant parler de danger réel pour la santé ni pour la vie. Certes l’homme découvre des forces terribles qui menacent la vie sous toutes ses formes; il devient capable de se servir lui-même de certaines forces et d’êtres qui échappent à la perception sensorielle. La tentation est grande de les asservir à son intérêt personnel d’une manière indue, ou de les employer à tort, faute de connaissances suffisantes. Nous en reparlerons dans le chapitre sur le « gardien du seuil ».

Il faut bien se rendre compte d’ailleurs que ces forces ennemies de la vie existent, alors même qu’on les ignore; il est vrai qu’en ce cas leur relation avec l’humanité est soumise à des lois supérieures. C’est cette relation qui change quand l’homme pénètre consciemment dans ce monde qui lui était jusqu’alors caché. Toutefois, il renforce par là sa propre existence et enrichit dans une mesure incroyable sa sphère de vie. Il n’y a de vrai danger que si le disciple s’impatiente ou se surestime, s’il veut se mesurer trop tôt tout seul avec certaines expériences sans attendre que son esprit se soit suffisamment pénétré des lois spirituelles. L’humilité et la modestie sont encore bien moins des mots vides dans ce domaine que dans la vie quotidienne. Quand le disciple les possède vraiment, il peut être assuré que son essor dans les mondes supérieurs ne comportera aucun danger pour ce qu’on appelle habituellement la vie et la santé.

Avant tout, il faut éviter les dissonances entre les expériences supérieures et les exigences de la vie quotidienne. C’est sur la terre que les devoirs de l’homme sont à remplir et ce serait manquer à coup sûr sa destinée que de vouloir échapper à ces devoirs terrestres pour s’évader dans un autre monde.

Mais ce que les sens perçoivent n’est toutefois qu’une partie du monde, et les entités qui s’expriment au travers des phénomènes sensibles sont de nature spirituelle. Il faut participer à la vie de l’esprit pour être à même de transférer ses manifestations en ce monde d’ici-bas. L’homme transforme la terre en y implantant les germes de l’esprit recueillis dans le monde supérieur. Là est sa mission. Il doit tendre à s’élever jusqu’au niveau de l’esprit précisément parce que le monde sensible est né du spirituel et qu’on ne peut agir efficacement sur cette terre qu’en ayant part à ce monde spirituel qui recèle toute énergie créatrice. Si l’on applique dans ce sens la discipline occulte sans dévier un seul moment de la direction que l’on s’est fixée, alors on n’a pas à redouter le moindre danger. Une perspective de danger d’ailleurs ne doit détourner personne, mais uniquement encourager à acquérir les qualités qui font le véritable étudiant en occultisme.

Après ces remarques préliminaires qui peuvent dissiper toute crainte, nous allons passer maintenant à la description de quelques-uns de ces prétendus « dangers ». Il se produit de grands changements dans les corps subtils du disciple. Ces changements résultent des processus évolutifs des trois grandes forces de l’âme : volonté, sentiment et pensée. Avant que l’on n’entreprenne un entraînement spirituel, ces trois forces se trouvent normalement dans une relation qui dépend des lois universelles. L’homme ne peut pas sentir, penser ou vouloir n’importe comment. Par exemple, lorsqu’une représentation se fait jour dans la conscience, elle s’associe tout naturellement à un certain sentiment, ou bien elle entraîne une certaine décision. Si l’on entre dans une chambre où l’air est étouffant, on ouvre la fenêtre; si l’on s’entend appeler par son nom, on répond à cet appel; on vous interroge, vous répondez; si l’on voit un objet qui sent mauvais, on éprouve un sentiment désagréable.

Ce sont là des rapports simples, spontanés, entre la pensée, le sentiment et la volonté. Or, dès que l’on regarde la vie humaine dans son ensemble, on constate qu’elle repose tout entière sur ces liens. Bien plus, une vie ne semble être « normale » que si l’on peut y constater la présence de ces liens naturels entre les forces de l’âme. On considérerait comme en contradiction avec les lois de la nature humaine qu’un homme, par exemple, éprouvât un sentiment agréable en respirant une mauvaise odeur ou qu’il ne répondît pas à une question. Les résultats que l’on peut escompter d’une bonne éducation ou d’un enseignement correct, c’est précisément d’affermir chez l’élève ces liens naturels entre la pensée, le sentiment et la volonté. Les notions que l’on inculque à un enfant sont destinées à être solidement reliées pour l’avenir au réseau de sa sensibilité et de sa vie volontaire.

La cause en est que dans les « corps » subtils de l’âme les centres de ces trois forces coïncident entre eux pour former un tout cohérent. Cette même union se retrouve d’ailleurs dans le corps physique matériel. Car là aussi les organes qui servent à la volonté se trouvent naturellement reliés à ceux qui expriment la pensée et le sentiment. C’est ainsi que telle pensée appelle normalement le sentiment ou l’acte volitif correspondant. Or, il vient un moment, dans l’entraînement occulte, où les liens qui unissent entre elles ces trois forces fondamentales ne jouent plus. Cet arrêt ne se produit d’abord que dans le subtil organisme psychique; mais la séparation se répercute, au stade suivant, jusque sur le corps physique. Le cerveau d’un homme spirituellement évolué se dissocie par exemple littéralement en trois éléments distincts. Cette séparation n’est d’ailleurs pas perceptible aux sens ordinaires, ni vérifiable par les instruments les plus précis. Elle se produit pourtant et le clairvoyant a le moyen de l’observer. Le cerveau du clairvoyant avancé se dissocie en trois natures indépendantes l’une de l’autre : le cerveau-pensée, le cerveau-sentiment et le cerveau-volonté.

Les organes de la pensée, du sentiment et de la volonté sont désormais parfaitement autonomes. Nulle loi innée ne règle plus leurs rapports et c’est à la conscience supérieure éveillée en l’homme que revient la charge de les harmoniser.

L’étudiant en occultisme constate ce changement; il remarque qu’il n’existe plus chez lui aucun lien entre une représentation et un sentiment ou entre un sentiment et une volition — à moins qu’il ne crée lui-même ce lien. Nulle impulsion ne le mène plus d’une idée vers une action, s’il ne la crée pas lui-même en lui. Il peut maintenant rester insensible devant un phénomène qui lui inspirait auparavant un amour vibrant ou une haine violente; il reste sans réaction à l’égard d’une pensée qui auparavant l’aurait porté avec enthousiasme vers l’action. D’autre part, il peut accomplir volontairement des actes pour lesquels il n’existe chez l’homme ordinaire aucune raison d’agir. Il a réalisé cette grande conquête de la discipline occulte : la maîtrise parfaite de la coordination entre les trois forces de l’âme. Mais en retour, c’est lui qui est désormais responsable de cette coordination.

L’homme ne peut entrer en relations conscientes avec certaines forces et certains êtres suprasensibles que s’il a ainsi transformé sa nature interne. Car il existe une parenté entre certaines forces fondamentales de l’univers et les forces personnelles de son âme. Par exemple, celle qui réside dans la volonté peut agir sur des êtres et des objets précis du monde spirituel, et les percevoir. Mais elle ne le peut que lorsqu’elle s’est libérée de toute union intime dans l’âme avec le sentiment et la pensée. Dès que ce lien est rompu, l’action de la volonté s’extériorise. Et il en va de même pour les forces de la pensée et du sentiment. Par exemple, si un homme dirige vers un autre un sentiment de haine, ce sentiment est visible au clairvoyant sous la forme d’un léger nuage lumineux d’une coloration particulière. Le clairvoyant peut détourner ce sentiment de haine tout comme dans le monde sensible un homme physique peut détourner le coup qui le menace. La haine devient dans le monde supérieur un phénomène visible. Et si le clairvoyant peut le percevoir, c’est parce qu’il est capable d’extérioriser la force qui réside dans sa sensibilité, de même que l’homme physique tourne vers le dehors la sensibilité de son œil quand il veut voir. Or, il en est de même pour des faits encore bien plus importants de la vie sensible. L’homme peut établir avec eux un rapport conscient dès que les trois forces fondamentales de l’âme sont rendues indépendantes l’une de l’autre.

Cette séparation entre pensée, sentiment et volonté peut engendrer, si l’on oublie les règles du véritable occultisme, trois sortes de dangers de nature à troubler le progrès de l’être humain. Le premier désordre peut se produire si les liens sont rompus avant que la conscience supérieure soit assez avancée dans la connaissance pour pouvoir imprimer elle-même l’orientation qui assurera l’accord libre et harmonieux des forces qui se sont dissociées.

Car, en règle générale, ces forces ne sont pas toutes les trois, au même moment, à un degré égal de maturité. Chez celui-ci, c’est la pensée qui est la plus développée, chez celui-là, c’est le sentiment ou la volonté. Tant que la coordination des forces reste maintenue par les lois universelles, la prédominance de l’une d’entre elles ne saurait provoquer de perturbation importante. Chez l’être de volonté, par exemple, les lois universelles permettent à la pensée et au sentiment de compenser les excès auxquels pourrait se porter une activité volontaire exagérée. Si cet être de volonté entreprend de suivre un développement occulte, cette influence compensatrice du sentiment et de la pensée cesse toutefois de freiner la volonté qui se livre à des débordements terribles, et si l’homme n’est pas parfaitement maître de sa conscience supérieure au point de rétablir l’harmonie, alors la volonté ne connaît plus de frein et ne cesse de tyranniser l’âme. Le sentiment et la pensée sont réduits à une impuissance totale. Fouetté par une activité volontaire dominatrice, l’homme est son esclave. Une nature de violence s’est créée, qui passe sans frein d’une action à une autre.

La deuxième aberration peut apparaître si le sentiment se dérègle outre mesure. Une personne naturellement encline à la dévotion et au respect envers d’autres êtres peut par exemple tomber dans une dépendance totale à leur égard jusqu’à en perdre sa volonté et sa pensée personnelles.

Au lieu d’acquérir la connaissance supérieure, cette âme s’anémie et se vide misérablement. Elle peut aussi, si elle laisse la bride à une vie affective portée à la piété et aux sentiments religieux, tomber dans un mysticisme exalté, déréglé.

Le troisième désordre résulte du développement exagéré de la pensée. Il apparaît alors un état d’âme contemplatif, introverti, hostile aux manifestations de la vie. Pour ces êtres-là, le monde ne semble plus avoir d’importance que dans la mesure où il offre des occasions de satisfaire leur avidité dévorante de connaissances. Nulle pensée ne saurait plus les inciter à l’action, ni éveiller un sentiment. Ils observent toutes choses avec froideur et détachement. Ils fuient le contact avec la réalité quotidienne, qui leur répugne, ou tout au moins qui a perdu tout sens pour eux.

Telles sont les trois impasses dans lesquelles le disciple peut s’égarer : la volonté de puissance, les exaltations du sentiment, une recherche de connaissance froide et sans amour. Pour l’observateur superficiel, et même pour la médecine matérialiste, un être en proie à l’une de ces erreurs ressemble de très près à un fou ou tout au moins à un « grand nerveux ». Il est évident que le disciple doit éviter cette ressemblance. Et il le peut s’il développe les trois forces de l’âme d’une manière harmonieuse avant de détacher leurs liens innés et de les placer sous l’unique contrôle de la conscience supérieure.

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Re: De quelques effets de l'initiation

Message par Archange le Dim 18 Jan - 15:27

Car dès qu’une faute a été commise et que l’une des forces fondamentales est livrée à elle même, la naissance de l’âme supérieure ne peut plus produire qu’un être anormal et incomplet. La force déchaînée remplit la personnalité tout entière et il ne sera pas possible d’ici longtemps de songer à remettre tout en équilibre. Chez celui qui n’entreprend pas de se perfectionner, le fait d’être une nature volontaire ou sentimentale, ou méditative, apparaît comme un trait de caractère inoffensif. Mais ces prédominances exclusives prennent chez le disciple des proportions telles qu’il y perd l’intégrité de sa nature humaine et se trouve désemparé dans l’existence.

Le danger ne devient d’ailleurs sérieux qu’au moment où le disciple acquiert la faculté de reproduire à l’état de veille des expériences semblables à celles du sommeil. Tant qu’il n’a pas dépassé le stade où le sommeil est entrecoupé d’éclaircies, la vie sensible gouvernée par les lois cosmiques rétablit elle-même l’équilibre. C’est pourquoi il est si nécessaire que la vie du disciple à l’état de veille soit une vie normale, saine et réglée à tous égards. Mieux il répond aux exigences naturelles en maintenant son corps, son âme et son esprit en état de vigueur et de santé, et mieux cela vaut pour lui. Par contre, si la vie quotidienne contribue à l’exciter ou à le déséquilibrer et que cette influence pernicieuse vient du dehors ajouter un effet destructeur aux grands changements qui se font dans sa vie intérieure, le résultat peut être mauvais. Il doit donc rechercher tout ce qui correspond au jeu normal de ses facultés et de ses forces, tout ce qui peut favoriser des conditions de vie harmonieuses avec son entourage. Il doit, par contre, éviter tout ce qui pourrait troubler cette harmonie et introduire dans son existence inquiétude ou agitation. Il ne s’agit pas tant de résorber les manifestations extérieures de cette agitation que de veiller à ce que la vie intérieure, les idées, les états d’âme, la santé, ne subissent pas constamment des chocs.

Tout cela n’est plus si facile à observer quand on a entrepris un développement occulte. Car les expériences supérieures qui enrichissent maintenant la vie exercent une action continue sur l’existence entière. Et s’il y a dans ces expériences supérieures quelque chose d’anormal, un désordre vous guette et peut à tout moment vous jeter hors du droit chemin. Aussi le disciple ne doit-il rien négliger de ce qui lui assurera la maîtrise sur tout son être. Jamais ne doivent lui faire défaut la présence d’esprit ou le calme nécessaires pour aborder quelque situation où la vie le place. D’ailleurs une discipline occulte véritable fait naître par elle-même toutes ces qualités. Elle vous instruit des dangers en vous donnant au moment voulu la pleine force nécessaire pour les conjurer.


Rudolf Steiner


http://wn.rsarchive.org

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