Krishnamurti: la révolte

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Krishnamurti: la révolte

Message par Archange le Jeu 8 Jan - 18:48

La révolte ne consiste pas à prendre une arme pour descendre son prochain; cela ne relève que d'une sinistre, épouvantable perpétuation du vieux schéma ahrimanien de la société humaine; perpétuer ainsi l'ancien n'est ni révolte ni révolutionnaire, mais simplement l'action de l'impuissance du désespoir dans une société étouffoir sous emprise ahrimanienne. L'être humain a fort à faire dans ce combat contre ces puissances obscures ennemies de l'homme, ennemies de la liberté et du bonheur humain. Pour les vaincre c'est d'une véritable révolte dont nous avons besoin; une révolte qui embrase la totalité de notre être, de notre conscience, qui révolutionne la totalité de notre conscience. Les vieux schémas qui ne cessent de nous ronger, de nous TUER, doivent être éliminés intégralement; là sont nos véritables ennemis. Il n'est plus possible qu'en 2015, le monde croule encore sous les antagonismes nationaux, religieux. Cela n'est plus tolérable, cela fait bien, bien longtemps que ça n'est plus tolérable du reste. Il faut saisir l'opportunité des temps présents; la porte est ouverte aussi bien à davantage de chaos qu' à davantage de lumière, d'amour, d'unité, de prise de conscience.  Ne laissons pas le chaos triompher; on ne peut passer à côté des opportunités d'une époque telle que celle que nous vivons. Maître DK signalait, suite à l'espoir de renouveau après la seconde guerre mondiale que si nous relâchions notre vigilance et laissions les vieux schémas, conditionnements, et divisions nous engloutir totalement à nouveau, une nouvelle longue, longue ère de ténèbres ne manquerait de s'abattre sur l'humanité.

Laissons la véritable révolution agir en nous...








Krishnamurti: la révolte




Question : Si tous les individus étaient en révolte, ne croyez-vous pas que le monde serait plongé dans le chaos?


Krishnamurti : Écoutez d'abord la question, car il est très important de comprendre la question et de ne pas se contenter d'attendre une réponse. La question est celle-ci : si tous les individus étaient en révolte, le monde ne serait-il pas dans le chaos?


Mais la société actuelle baigne-t-elle dans un ordre à ce point parfait que, si tout le monde se révoltait contre elle, ce serait le chaos? Le chaos n'est-il pas déjà là en ce moment même? Tout est-il magnifique, exempt de corruption? Tout le monde mène-t-il une existence heureuse, pleine et riche? L'homme ne se bat-il pas contre son semblable? N'est-ce pas le règne de l'ambition, de la compétition sauvage? Le monde vit déjà dans le chaos : telle est la première constatation à faire. Ne prenez pas pour acquis le fait que cette société soit en ordre - ne vous laissez pas hypnotiser par les mots. Que ce soit ici en l'Europe, ou en Amérique, ou en Russie, le monde est en voie de décadence. Si vous voyez cette décadence, vous êtes face à un défi, vous êtes mis au défi de trouver une solution à ce problème urgent. Et la façon dont vous relevez ce défi a de l'importance, n'est-ce pas?... Vous ne pouvez répondre de manière complète et adéquate que si vous êtes sans peur, si vous ne pensez pas en tant qu'hindou, communiste ou capitaliste c'est en tant qu'être humain intégral que vous vous efforcez de résoudre le problème.


Un esprit conditionné n'a aucun sens de l'urgence de la situation. Il est désensibilisé. Il vit dans une identification à des modèles sociaux qui proviennent d'une représentation fragmentaire du réel. La pensée fragmentaire a des vues courtes, elle est en fait adaptée à la mesure de la volonté de puissance de l'ego. La pensée fragmentaire, c'est aussi la dualité qui produit dans la pensée la séparation, séparation qui produit l'ennemi. La pensée fragmentaire sème le chaos. Il n'y a donc pas de possibilité de transformation du réel sans un changement de la pensée, ce qui suppose un rejet radical du conditionnement. La révolution du Réel n'est pas une simple rébellion consistant à s'en prendre aux choses, aux institutions, aux personnes. La rébellion c'est un objectif trop petit. Elle manque d'audace, de Passion, de lucidité et par-dessus tout d'amour.


Q. Se révolter, apprendre, aimer, s'agit-il de trois processus distincts ou simultanés ?


K. Bien entendu, il ne s'agit pas de trois processus distincts, mais d'un processus unitaire.


Se révolter, apprendre et aimer, n'est pas simplement se sentir vivre ? N'est-ce pas quand la Passion coule dans nos veines que la vie est réellement vécue ? C'est être déjà mort que de ne plus trouver en soi-même le sens de la révolte, c'est être mort en esprit que de plus avoir passion d'apprendre, c'est être déjà un cadavre que ne plus savoir aimer. Et la plus haute sagesse est précisément de l'avoir compris.

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Re: Krishnamurti: la révolte

Message par tchektuf le Sam 10 Jan - 2:20

il y a bien des sujets de révolte.

je n'ai jamais été convaincu depuis l'enfance que ce monde des humains est sérieux et le systéme d'évolution où nous sommes plongés de fait notre conscience  n'émerge que vers 3 ans et le fer rouge du condionnement a déjà marqué notre noyau psychique qui sera le moteur de notra existence sans que notre conscience non éveillée ait eu son mot à dire .Ce simple fait montre que le dogme celeste de la liberté est un mensonge puis que le conditionnnement préconscience de notre enfance  nous enferme dans des schémas comportementaux .Beaucoup se contentent de se calibrer avec l'insanité du karma qui n'est que le garde_fou mechanique  qui, en ce kali yuga persistant ,nous ratatine dans les consequences du passé.

Quand j'ai stoppé mes études universitaires de philo, car je n'ai rencontré aucun philosophe, et être un distributeur automatique de la pensée des autres me paraissait comme la négation de la philo. j'ai envoyé tout valser boulot études et j'ai créé de toutes  piéces mon bilan méta sociologique par ma propre pensée en voyant la comédie humaine, non à la Balzac, comme une description sociologique,   mais en essayant de trouver le champ de liberté disponible pour l'humain qui cherche.comprendre sa condition dans la condition du monde..Je suis arrivé à une conclusion inattendue surprenante pour moi, car je cherchais dans une tout autre direction.

c'est la vie de couple qui est apparue comme le 1er laboratoire accessible de la liberté parce qu'il est la cellule de la reproduction du corps social  qui nous a conditionné via la cellule familiale.
or cette cellule familiale.n'est vécue que trop souvent ,comme le refuge dans la normalité minimale qui donne l'illusion terriante de vivre sa vie d'humain alors que l'on ne fait que faire comme les animaux en assurant les fonctions animales :le toit ,la gammelle ,le sommeil, et la sexualité.
Reconduire la duplication biologique auréaulée de la rémanence sociologique de sa lignée, en adhesion ,friction ou répulsion.
il devient grotesque  de parler d'aventures lorsqu'il s'agit que de satisfaire "le génital" .
la vraie aventure ,Krishnamuti en présente une version à sa façon,celle d'un esprit qui s'est libéré sur le tremplin de vies surtout en orient.
Mais l'aventure peut commencer dans le couple où chaque partenaire sert de miroir à l'autre partenaire pour se débarasser des condionnements , du conformisme et de l'égoîsme ..... Mais la magie de la séduction ne va pas au delà de 2_3  ans et beaucoup de couples se séparent aujourd'hui à cette echéance montrant ;montrant ainsi la nature mondaine opportuniste et consommatricede bien des couples aujourd'hui, même si des enfants sont nés.


Ceci vient du fait que la quête ontologique est encore inexistante chez beaucoup et que le conformisme est choisi
pour être identifiable et visible par les autres  afin d'avoir conscience d'appartenir au régne humain.
nous en avons un exemple maintenant avec charlie
qui au temps d'harakiri contestait les orientations sociales et
culturelles décadentes. Ce journal a été détourné comme le journal libération vers un conformisme négatif cointreproductif, participant de ce fait à la décadence.


Aprés avoir fait ce bilan méta sociologique ,jai fait beaucoup de schemas avec les enseignements ésoteriques du moment Hpb et Bailey Jai notammant crée une horloge de l'incarnation humain avec unités de temps superposées sur l'horloge : le jour, la semaine, l'année ,l'incarnation.
Alors m'est apparue clairement en activant cette horloge ce qu'était une incarnation humaine : une plaisanterie métaphysique pathétique et tragique que l'on fait semblant
de prendre au sérieux par nécessité de stabilité et de viabilité
existentielle conformiste .Oui le Pére noël est vraiment une ordure. Quand j'ai couplé l'activation de l'horloge avec les déplacement de l'humain dans l'espace pendant les jours mois années vie.Alors une vie principalement Ahrimanienne m'a explosé à la figure: c'est ça l'incarnation !!! ?

On nous vente notre nature immortelle à tire_larigo et nous
végétons dans la décadence d'un marigot spacio_temporel
rikiki_rokoko_archicucu; avec cà on n'est pas dans le kaka
pour uluberlu !!!! Où sont les turlututus chapeau_ pointus qui se sont affaissés dans ce systéme d'évolution ?
En train de siroter des barils de sagesse  et des citernes de compassion,dans les mondes de perfection ?

on comprends pourquoi krishnamurti s'est bien gardé de parler de représentants de la spiritualité car la seule compassion significative d'envergure qui a pu se manifester publiquement c'est celle du Christ et le christ n'a pas  choisi
ces maitres spirituels qui restent dans le spirituel comme disciples  mais des être vivant la condition humaine de leur temps.
R.Steiner en a été un digne représentant au 20  éme siécle


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Re: Krishnamurti: la révolte

Message par Archange le Sam 10 Jan - 17:54

tchektuf a écrit:le systéme d'évolution où nous sommes plongés de fait notre conscience  n'émerge que vers 3 ans et le fer rouge du condionnement a déjà marqué notre noyau psychique qui sera le moteur de notra existence sans que notre conscience non éveillée ait eu son mot à dire .Ce simple fait montre que le dogme celeste de la liberté est un mensonge puis que le conditionnnement préconscience de notre enfance  nous enferme dans des schémas comportementaux .Beaucoup se contentent de se calibrer avec l'insanité du karma qui n'est que le garde_fou mechanique  qui, en ce kali yuga persistant ,nous ratatine dans les consequences du passé.

La notion de libre-arbitre est plus ou moins une arnaque, elle reste très minime au vu de l'état de limitation et de conditionnement humain. La pseudo liberté individuelle reste en réalité qu'une possibilité (gracieuseté luciférienne), quittant l'ordre divin, de faire des erreurs, de s'enfoncer toujours plus avant dans l'erreur et de s'exposer ainsi à de très graves dangers. Expérimenter l'enfer, et revenir consciemment vers le Seigneur, cette fois riche du trésor de ses expériences. Voilà comment on nous vend le truc même si c'est difficile à sonder, à cerner.



tchektuf a écrit:Aprés avoir fait ce bilan méta sociologique ,jai fait beaucoup de schemas avec les enseignements ésoteriques du moment Hpb et Bailey Jai notammant crée une horloge de l'incarnation humain avec unités de temps superposées sur l'horloge : le jour, la semaine, l'année ,l'incarnation.
Alors m'est apparue clairement en activant cette horloge ce qu'était une incarnation humaine : une plaisanterie métaphysique pathétique et tragique que l'on fait semblant
de prendre au sérieux par nécessité de stabilité et de viabilité
existentielle conformiste .Oui le Pére noël est vraiment une ordure. Quand j'ai couplé l'activation de l'horloge avec les déplacement de l'humain dans l'espace pendant les jours mois années vie.Alors une vie principalement Ahrimanienne m'a explosé à la figure: c'est ça l'incarnation !!! ?

On nous vente notre nature immortelle à tire_larigo et nous
végétons dans la décadence d'un marigot spacio_temporel


Nous sommes comme piégés dans cet univers mécanique - enfin, mécanique en tout cas sur ce plan physique qui n'est selon DK que le plan le plus bas du plan physique cosmique. Autrement dit nous sommes au fond du tonneau. Piégés dans la mécanique ahrimanienne oui. Comme en a si bien parlé Krishnamurti la seule chose qui permette de donner un sens explosif, hors du temps, créatif et donc hors de portée des griffes d'Ahriman c'est l'amour. Tout ce qui n'est pas amour doit être rejeté. C'est ainsi seulement que l'on peut goûter à une vie divine, sacrée.

Ainsi, on s'aperçoit que la pensée nie l'amour. Que la peur détruit l'amour. Krishnamurti l'a répété maintes fois, la pensée n'est pas sacrée. Mais il est possible d'atteindre un intemporel, une dimension que la pensée n'a pas touchée, à jamais hors de portée de la pensée...

Il parle souvent aussi de ne pas perdre la flamme du mécontement. Car à force de compromis avec le faux, le laid, voilà dans quelle société inhumaine nous végétons... ces compromis avec ce qu'on devrait rejeter avec force si on était vraiment vivants, vigilants, révoltés, c'est comme un lent grignotage, un étouffement subtil et lent, une infection; bientôt nous sommes paralysés, ligotés, et la médiocrité voire l'horreur règnent en maîtres, nous faisant oublier complètement notre glorieux visage originel.

Si nous ne sommes pas alertes, révoltés, actifs, créatifs, si nous ne restons pas vivants, l'ennemi a tôt fait de nous étouffer sans même qu'on n'ait eu le temps de se rendre compte comment ou même de s'en rendre compte.....

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Re: Krishnamurti: la révolte

Message par Archange le Mar 13 Jan - 19:29

Déjà posté sur un autre topic, je remets ici ce texte si représentatif de ce qu'il se passe sur cette pauvre terre au sein d'une pauvre humanité se dévorant elle-même, coupée, bannie de la Vie Universelle, adorant le Faux, le Mensonge, prisonnière de multiples égrégores qui lui retirent le peu de flamme spirituelle qu'il lui reste...


________________




Extrait de Voyage dans l'inconnu (Claude Deplace)




"La société est en train de se dévorer. Elle se mange elle-même, devenue psychiquement anthropophage. Ce processus est effrayant et personne n'a l'air de s'en apercevoir.


La majorité des êtres qui peuplent ce monde de la surface sont coupés des véritables nourritures spirituelles, seules capables de les aider à se transformer pour rejoindre l'Universel.


Tous ces pauvres êtres errent, malgré leurs apparences extérieures, qui ont développé pour eux un personnage.


Ils en sont réduits à aimer, à vénérer ce qui est faux et mensonger. Ils ne prennent même pas conscience de leur misère intérieure, pourtant immense car ils continuent, malgré nombre d'avertissements, à faire confiance à ces forces extérieures; ils sont devenus des prisonniers dociles et enfermés au sein d'un vaste égrégore de forces aveugles.


Ces êtres se rattachent à ces forces qui ne leur donnent rien et qui au contraire les volent, leur soutirent par mille moyens le peu de spirituel qu'il leur reste. La plupart, d'ailleurs, vivent à l'intérieur de ce vaste égrégore sans jamais en sortir, bien qu'ils puissent s'y déplacer en long et en large, en hauteur et en profondeur.


Il y a, cependant, disséminés, quelques points lumineux: foyers de forces spirituelles, qui essaient courageusement de combattre l'envahisseur mais ils sont trop peu nombreux hélas! Phénomène étrange, ces points lumineux sont anonymes et travaillent en secret; ils n'ont rien à voir avec d'autres points qui sont censés être lumineux car: officiels. Mais ils ne le sont point et cependant beaucoup le croient. Cette société, en étant coupée des lois réelles: des Lois Cosmiques, est devenue une sorte d'être gigantesque, psychiquement indépendant de ses habitants mais qui se nourrit d'eux, de leur vitalité, de leurs forces mentales et de leurs forces spirituelles.


A l'intérieur, presque tous vivent un rêve qu'ils croient être la seule réalité, que viennent confirmer leurs sens. Les informations fusent de partout cependant elles sont calculées pour n'être jamais assez fortes pour les réveiller, alors que jadis, il y avait les messages vivants de ceux inspirés par Dieu.


Tout, dans cette société, est rationalisé et uniformisé. Les êtres qui la constituent en arrivent même à se faire la guerre au sein d'un rêve collectif, tellement ils sont privés d'amour, de compréhension et de contact. Et on prône la vie qui s'y déroule comme la réalité, le présent.


Leur révolte n'embrase pas la totalité d'eux-mêmes; elle ne vise qu'à améliorer leurs conditions de vie ou à renverser un régime, un tyran mais après, à nouveau, le processus recommence ailleurs. C'est la révolte totale qu'il faut entreprendre en soi pour briser la coquille du rêve, pour émerger enfin, avoir l'éveil.


Oui, tous ces pauvres êtres monstrueusement privés d'amour, de compréhension et de contacts réels ne peuvent que se nourrir psychiquement les uns des autres ou alors ils engendrent des idoles, grand réservoir d'énergie psychique en vue d'une identification désirable, adulée. Il y a bien là une sorte d'anthropophagie psychique monstrueuse!" "

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Re: Krishnamurti: la révolte

Message par Archange le Dim 22 Mar - 16:43






« Le mécontentement créatif »



Quand vous écoutez une chanson, comment l’écoutez-vous? Il se peut que vous aimiez le chanteur, qu’il ait un beau visage et que vous suiviez le sens des paroles ; mais derrière tout cela, lorsque vous écoutez une chanson, vous écoutez les sons, et le silence entre les notes, n’est-ce pas? De même, essayez de rester assis très calmement, sans vous agiter, sans bouger les mains ni même les orteils, observez simplement votre esprit. C’est très amusant. Si vous essayez d’en faire un jeu, vous vous apercevrez que l’esprit commence à se calmer, sans le moindre effort de votre part pour le contrôler. A ce moment-là il n’y a plus ni censeur ni juge ni évaluateur; et lorsque l’esprit est ainsi si spontanément tranquille et silencieux, vous découvrez ce qu’être joyeux. Savez-vous ce qu’est la gaieté? C’est rire, tout simplement, se réjouir de tout et de rien, c’est connaître la joie de vivre, sourire, regarder l’autre droit dans les yeux sans aucun sentiment de peur.


Avez-vous jamais vraiment regardé quelqu’un bien en face – votre professeur, votre père ou votre mère, le haut fonctionnaire, le domestique, le pauvre coolie – et vu ce qui se passe? Nous avons généralement peur de regarder les autres droit dans les yeux, et ils ne veulent pas que nous les regardions de cette façon, car ils ont également peur. Personne ne veut se dévoiler, nous sommes tous sur nos gardes, nous dissimulant derrière des épaisseurs successives de détresse, de souffrance, de nostalgie et d’espoir, et très peu sont capables de vous regarder en face et de vous sourire. Or, il est très important de sourire, d’être heureux car, voyez-vous, si l’on n’a pas le cœur qui chante, la vie devient très terne. On peut aller d’un temple à l’autre, passer d’un conjoint à l’autre, on peut toujours se trouver un nouveau Maître spirituel, un nouveau gourou, mais sans cette joie intérieure la vie n’a guère de sens. Et il n’est pas facile de trouver cette joie intérieure car, pour la plupart d’entre nous, le mécontentement reste superficiel.

Etre mécontent, qu’est-ce que cela veut dire? Le savez-vous? Il est très difficile de comprendre le mécontentement car en général nous le canalisons dans une certaine direction et l’étouffons par là même. Autrement dit, notre unique souci est de nous installer dans une position de sécurité, avec des intérêts et un prestige bien assis afin de ne pas être dérangés. Cela se produit au sein des foyers comme à l’école. Les professeurs ne veulent pas être dérangés, c’est pourquoi ils suivent la bonne vieille routine ; car dès l’instant où l’on est vraiment mécontent et où l’on se met à vouloir savoir, à remettre les choses en question, les perturbations sont inévitables. Mais on ne prend l’initiative que sur la base d’un mécontentement réel.


Avez-vous une idée de ce qu’est l’initiative? Vous prenez l’initiative lorsque vous mettez en route, que vous démarrez quelque chose sans qu’on vous y incite ; le geste n’est pas forcément très grand ni très spectaculaire en soi – cela peut venir par la suite – mais l’étincelle d’initiative est là quand vous plantez un arbre par vos propres moyens, quand vous êtes spontanément bon, que vous souriez à un homme qui porte une lourde charge, quand vous ôtez une pierre du sentier, ou que vous flattez un animal en chemin. C’est le modeste début de la formidable initiative que vous devez prendre si vous voulez connaître cette chose extraordinaire qu’on appelle la créativité.





La créativité prend sa source dans l’initiative, qui ne naît qu’en présence d’un mécontentement profond.




La créativité prend sa source dans l’initiative, qui ne naît qu’en présence d’un mécontentement profond.


N’ayez pas peur du mécontentement, mais nourrissez-le jusqu’à ce que l’étincelle devienne une flamme et que vous soyez perpétuellement mécontent de tout – de votre travail, de votre famille, de la traditionnelle course à l’argent, à la situation, au pouvoir – de sorte que vous vous mettiez vraiment à penser, à découvrir. Or, en vieillissant, vous vous rendrez compte qu’il est très difficile de maintenir cet esprit de mécontentement. Vous avez des enfants à nourrir, et les exigences de votre travail à prendre en compte, l’opinion de vos voisins, de la société qui se referme sur vous, et très vite vous commencez à perdre cette flamme ardente du mécontentement. Quand vous êtes mécontent, vous allumez la radio, vous allez voir un gourou, vous récitez la puja, vous vous inscrivez à un club, vous buvez, vous courez les femmes – tout est bon pour étouffer la flamme du mécontentement.


Or, voyez-vous, sans cette flamme du mécontentement, vous n’aurez jamais l’initiative qui est le commencement de la créativité. Pour découvrir la vérité, vous devez être en révolte contre l’ordre établi. La créativité ne consiste pas simplement à peindre des tableaux et à écrire des poèmes – ce qui est bien, mais reste minime en soi.


L’important est d’être mécontent de fond en comble car ce mécontentement global est le début de l’initiative qui devient créative à mesure qu’elle mûrit ; et c’est la seule manière de découvrir ce qu’est la vérité, ce qu’est Dieu, car Dieu n’est autre que l’état créatif.


Il faut donc éprouver ce mécontentement total, mais dans la joie – comprenez-vous ? Il faut être complètement mécontent, sans se plaindre, mais avec joie, avec gaieté, avec amour. La plupart des mécontents sont mortellement ennuyeux : ils se plaignent sans cesse du manque de justesse de telle ou telle chose, ou bien ils souhaiteraient avoir une meilleure situation, ou bien ils voudraient que les circonstances soient autres, car leur mécontentement reste très superficiel. Quant à ceux qui ne sont pas du tout mécontents, ils sont déjà morts.


Si vous pouvez être en révolte tandis que vous êtes jeunes, et en vieillissant nourrir votre mécontentement de toute la vitalité de la joie et d’une immense affection, alors cette flamme du mécontentement aura une portée extraordinaire, car elle bâtira, elle créera, elle fera naître des choses nouvelles.


Mais il faut pour cela que vous receviez une éducation adéquate, qui n’est pas celle qui vous prépare simplement à décrocher un emploi ou à gravir l’échelle du succès, mais une éducation qui vous aide à penser et qui vous donne de l’espace – pas sous forme d’une chambre plus vaste ou d’un toit plus haut, mais un espace où votre esprit puisse croître sans être entravé par une quelconque croyance ni une quelconque peur.


(…)


Donc, d’une certaine manière, le mécontentement empêche effectivement de penser clairement. Lorsque votre mécontentement vise à un résultat, ou que vous essayez d’étouffer ce mécontentement parce que votre esprit a horreur d’être dérangé […] , alors toute lucidité est impossible. Mais si vous êtes mécontent de tout – de vos préjugés, de vos croyances, de vos peurs – et que vous ne courez pas après un résultat, alors ce mécontentement même suscite un recentrage de votre pensée, pas sur un objet particulier ni dans une direction particulière, mais de telle manière que tout votre processus de pensée devient très simple, très direct et très clair.

Jeunes ou vieux, nous sommes presque tous mécontents, simplement parce que nous voulons quelque chose – plus de connaissances, un meilleur travail, une plus belle voiture, un salaire plus élevé. Notre mécontentement se fonde sur le désir du « plus ». C’est uniquement parce que nous voulons  plus que nous sommes pour la plupart mécontents. Mais ce n’est pas à cette forme de mécontentement que je fais allusion. C’est le désir du « plus » qui fait obstacle à la pensée claire. Alors que, si nous sommes mécontents non pas parce que nous voulons quelque chose, mais sans savoir ce que nous voulons, si nous sommes insatisfaits de notre travail, de la course à l’argent, de la réussite sociale, du pouvoir, de la tradition, si nous sommes insatisfaits de ce que nous avons et de ce que nous pourrions éventuellement avoir, si nous sommes insatisfaits non d’une chose en particulier mais de tout, alors je crois que vous découvrirons que notre insatisfaction est source de clarté. Quand nous n’acceptons plus, que nous ne suivons plus, mais que nous remettons en question, que nous enquêtons, que nous allons au fond des choses, il surgit de là une vision lucide qui est source de créativité et de joie.



Jiddu Krishnamurti,  Le sens du bonheur





http://www.krishnamurti-france.org/La-creativite-prend-sa-source-dans






C’est l’idée que nous devons être en paix avec nous-mêmes qui rend le mécontentement douloureux



"C’est l’idée que nous devons être en paix avec nous-mêmes qui rend le mécontentement douloureux. Vous pensez que vous devez être quelque chose n’est-ce pas ? - Un individu responsable, un citoyen utile et tout le reste...

C’est, en fait, parce que l’esprit part d’une conclusion, d’une croyance, d’une expérience, d’un savoir qu’il se fait prendre par la routine, le filet de l’habitude, et étouffe ainsi le feu du mécontentement."



http://www.krishnamurti-france.org/Ne-devez-vous-pas-vous-degager-de




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Re: Krishnamurti: la révolte

Message par Archange le Mar 9 Juin - 13:04



La vraie révolte, la vraie révolution



Dès votre naissance, dès les premières impressions que vous recevez, votre père et votre mère ne cessent de vous dire ce qu’il faut faire et ne pas faire, ce qu’il faut croire et ne pas croire, on vous dit que Dieu existe, ou qu’il n’y a pas de Dieu, mais que l’État existe et qu’un certain dictateur en est le prophète. Dès l’enfance, on vous abreuve de ces notions, ce qui signifie que votre esprit, qui est très jeune, impressionnable, curieux, avide de connaissances et de découvertes, est petit à petit enfermé, conditionné, façonné de telle sorte que vous allez vous conformer aux schémas d’une société particulière, au lieu d’être un révolutionnaire. Et comme cette habitude d’une pensée formatée s’est déjà ancrée en vous, même si vous vous « révoltez » effectivement, c’est sans sortir du cadre des schémas établis. A l’image de ces prisonniers qui se révoltent pour être mieux nourris, avoir plus de confort - mais en étant toujours dans l’enceinte de la prison. Lorsque vous cherchez Dieu, ou que vous voulez découvrir ce qu’est un gouvernement équitable, vous restez toujours dans le cadre des schémas de la société qui dit : « Telle chose est vraie, telle autre est fausse, ceci est bien et cela est mal, voici le leader à suivre, et voilà les saints à prier. » Ainsi votre révolte, comme la prétendue révolution suscitée par des gens ambitieux ou très habiles, reste toujours limitée par le passé. Ce n’est pas cela, la révolte ; ce n’est pas cela, la révolution : il s’agit là simplement d’une forme exacerbée d’action, d’un combat plus courageux que d’ordinaire - mais toujours dans le cadre des schémas établis.


La vraie révolte, la vraie révolution consiste à rompre avec ces schémas et à explorer en dehors d’eux. Tous les réformateurs — peu importe qui ils sont - ne s’intéressent qu’à l’amélioration des conditions dans l’enceinte de la prison. Jamais ils ne vous incitent au refus du conformisme, jamais ils ne vous disent : « Abattez les murs de la tradition et de l’autorité, franchissez-les, dépouillez-vous du conditionnement qui emprisonne l’esprit. » Or la véritable éducation consiste à ne pas simplement exiger de vous la réussite aux examens en vue desquels on vous a bourré le crâne, ou la retranscription de choses apprises par coeur, mais à vous aider à voir les murs de cette prison dans laquelle votre esprit est enfermé. La société nous influence tous, elle façonne notre pensée, et cette pression extérieure de la société se traduit peu à peu sur le plan intérieur ; mais aussi profond qu’elle pénètre, elle agit toujours de l’extérieur, et l’intérieur n’existe pas pour vous tant que vous n’avez pas brisé l’emprise de ce conditionnement. Vous devez savoir ce que vous pensez, et savoir si c’est en tant qu’hindou, musulman ou chrétien que vous pensez - c’est-à-dire en fonction de la religion à laquelle vous vous trouvez appartenir. Vous devez être conscients de ce que vous croyez ou ne croyez pas.


C’est de tout cela que sont faits les schémas de la société, et si vous n’en prenez pas conscience, vous en êtes prisonniers, même si vous croyez être libres. Mais dans la plupart des cas, nous ne nous préoccupons que d’une révolte circonscrite à l’enceinte de la prison ; nous voulons de meilleurs repas, un peu plus de lumière, une plus grande fenêtre pour voir un plus grand pan de ciel.




http://www.krishnamurti-france.org/La-vraie-revolte-la-vraie

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Re: Krishnamurti: la révolte

Message par Archange le Sam 17 Oct - 18:14








J. KRISHNAMURTI


L'éducation et le sens de la vie


Le sens de la révolte





Le voyageur qui fait le tour de la Terre constate à quel point extraordinaire la nature humaine est identique à elle-même aux Indes, en Amérique, en Europe, en Australie, partout. Et cela est surtout vrai dans les collèges et les universités. Nous sommes en train de produire, comme au moyen d'un moule, un type d'être humain dont l'intérêt principal est de trouver une sécurité, ou de devenir quelqu'un d'important, ou de passer agréablement son temps, en pensant le moins possible.L'éducation conventionnelle ne nous permet d'atteindre que très difficilement à une pensée indépendante. La conformité mène à la médiocrité. Être différent du groupe ou résister au milieu n'est pas facile et est souvent dangereux dans la mesure où nous rendons un culte au succès. L'aspiration au succès - cette poursuite d'une récompense dans le monde matériel ou dans le monde soi-disant spirituel, qui est une recherche de sécurité extérieure ou intérieure, le désir d'un confort ou d'un réconfort - tout ce processus étouffe le mécontentement, met fin à la spontanéité, et engendre la peur. Et la peur bloque la compréhension intelligente de la vie. Puis, avec l'âge, s'installent la paresse de l'esprit et l'indifférence du cœur.


En recherchant le confort, nous trouvons en général un coin tranquille dans la vie, où existe un minimum de conflits, et ensuite nous craignons de sortir de cette réclusion. Cette peur de la vie, cette peur de la lutte et des expériences nouvelles, tue en nous l'esprit d'aventure. Toute notre éducation, toutes les influences de notre milieu nous font redouter d'être différents de nos voisins, redouter de penser en opposition aux valeurs établies de la société, et nous rendent faussement respectueux de l'autorité et de la tradition.Il est heureux que quelques personnes sincères existent, qui acceptent d'examiner nos problèmes humains sans les préjugés de droite ou de gauche ; mais chez la majorité d'entre nous il n'y a pas un réel esprit de mécontentement, de révolte.


Lorsque, sans intelligence, nous cédons au milieu, l'esprit de révolte qui est en nous doit forcément dépérir et, bien vite, nos responsabilités l'achèvent.


La révolte est de deux sortes: il y a la révolte violente qui n'est qu'une réaction inintelligente contre l'ordre existant, et la profonde révolte psychologique de l'intelligence. L'on voit de nombreuses personnes ne se révolter contre les orthodoxies établies que pour tomber dans des orthodoxies nouvelles, dans de nouvelles illusions, dans des satisfactions personnelles inavouées. Ce qui se produit en général c'est que nous ne rompons avec un groupe ou un ensemble d'idéals que pour rejoindre un autre groupe et embrasser Je nouvelles idéologies. Nous créons ainsi un nouveau type de pensée, un moule contre lequel il nous faudra encore une fois nous révolter. Une réaction ne peut qu'engendrer une opposition ; toute réforme engendre la nécessité de nouvelles réformes.


La révolte intelligente n'est pas une réaction: elle accompagne la connaissance de soi, cette connaissance qui est perception aiguë de nos pensées et de nos sentiments. Ce n'est qu'en affrontant l'expérience telle qu'elle vient à nous, sans chercher à fuir ce qu'elle a de troublant, que nous réussissons à maintenir l'intelligence sur le qui-vive. Cette intelligence hautement éveillée est l'intuition, notre seul vrai guide dans la vie.


Or, quel est le sens de la vie? Quels sont les mobiles qui nous font vivre et lutter? Si nous n'avons été élevés que pour obtenir des honneurs, occuper de bons emplois, être efficients, dominer le plus possible, nos vies sont creuses et vides. Si nous n'avons été instruits que pour être des hommes de science, des universitaires plongés dans des volumes, ou des spécialistes de diverses connaissances, nous contribuons à la destruction et à la misère du monde.


La vie a, en fait, un sens plus élevé et plus vaste que tout cela, et de quelle valeur est notre éducation, si nous ne le découvrons jamais? Alors même que nous serions extrêmement instruits, nous n'aurions pas pour autant une intégration profonde de la pensée et du sentiment, nos vies seraient encore incomplètes, contradictoires, déchirées par des peurs de toute sorte. Tant que l'éducation ne cultivera pas une vue intégrale de la vie, elle n'aura donc que peu de valeur.


Dans notre actuelle civilisation, nous avons divisé la vie en tant de compartiments que l'instruction n'a pas beaucoup de sens, si ce n'est celui d'enseigner une technique particulière ou une profession. Au lieu d'éveiller dans l'individu une intelligence intégrée, l'éducation l'encourage à se conformer à quelque modèle et, de ce fait, l'empêche de se comprendre lui-même en tant que processus total. Tenter de résoudre les nombreux problèmes de l'existence à leurs niveaux respectifs, isolés tels qu'ils sont dans leurs catégories, indique un manque complet de compréhension.


L'individu est composé d'entités différentes, mais accentuer leurs différences et encourager le développement d'un type défini, conduit à d'innombrables complexités et contradictions. L'éducation devrait produire l'intégration de ces entités séparées, car faute d'intégration la vie devient une succession de conflits et de douleurs. Que vaut la capacité des hommes de loi lorsqu'ils perpétuent les querelles? Que vaut la connaissance qui fait durer la confusion? Quelle valeur ont les compétences techniques et industrielles si nous les utilisons pour nous détruire les uns les autres? Quelle signification a notre existence si elle engendre la violence et l'affliction? Bien que nous puissions, peut-être, avoir de l'argent ou savoir en gagner, jouir de nos plaisir et de nos religions organisées, nous sommes dans de perpétuels conflits.


Il nous faut distinguer entre le personnel et l'individuel. Le personnel est l'accidentel: j'entends par là les circonstances de la naissance, le milieu dans lequel il se trouve que nous avons été élevés, avec son nationalisme, ses superstitions, ses distinctions de classes, ses préjugés. Le personnel ou accidentel n'est que momentané, encore que ce moment puisse durer toute une vie humaine ; et comme le système actuel est basé sur le personnel, l'accidentel, le momentané, il tend à pervertir la pensée et à inculquer des peurs auto-défensives.


Nous avons tous été entraînés, par l'éducation et le milieu, à rechercher un profit et une sécurité personnels, à nous battre pour cela. Bien que nous revêtions ce fait de noms agréables, nous avons été dressés à exercer des professions dans les cadres d'un système basé sur l'exploitation et sur les acquisitions qu'exige la peur. Une telle éducation doit nécessairement engendrer la confusion et la misère pour nous et pour le monde, car elle crée en chaque individu des barrières psychologiques qui l'isolent de ses semblables.
L'instruction ne doit pas être un simple entraînement de l'esprit. Entraîner l'esprit c'est le rendre efficient, ce n'est pas le mener à la plénitude. Un esprit qui n'a été que dressé est le prolongement du passé et, façonné de la sorte, ne peut jamais découvrir le neuf. Voilà pourquoi, en vue de savoir ce que doit être la vraie éducation, nous devrons nous interroger sur l'entière signification de la vie.


Pour la plupart d'entre nous, cette interrogation n'est pas d'une importance primordiale et nos systèmes d'éducation accordent la primauté à des valeurs secondaires qui aboutissent à nous rendre compétents en certaines matières. Bien que le savoir et l'efficience soient nécessaires, leur accorder la primauté ne conduit qu'à des conflits et à la confusion.


Il existe une efficience basée sur l'amour, qui va bien plus loin et qui est beaucoup plus grande que l'efficience de l'ambition. Sans l'amour qui engendre une compréhension intégrale de la vie, l'efficience conduit à la brutalité. N'est-ce point cela qui se produit partout dans le monde? Nos systèmes actuels d'éducation sont embrayés dans l'industrialisation et la guerre. Leur but principal est l'efficience. Nous sommes pris dans cette machine de cruelles concurrences et de destructions mutuelles. Et si l'éducation mène à la guerre, si elle nous apprend à détruire ou à être détruits, n'a-t-elle pas fait faillite?


Pour instaurer une éducation vraie, il est évident qu'il nous faut comprendre la signification de la vie dans sa totalité, et pour cela il nous faut être capables de penser, non pas avec une consistance logique, mais directement et dans un esprit de vérité. Un penseur trop logique est en vérité irréfléchi car il se conforme à un modèle, il répète des phrases et sa pensée suit une ornière. Il est impossible de comprendre la vie d'une façon abstraite ou théorique. Comprendre la vie c'est nous comprendre nous-mêmes, et voilà le commencement et la fin de l'éducation.


La véritable instruction ne consiste pas à acquérir des connaissances, à enregistrer et cataloguer des faits, mais à voir la signification de la vie en tant que totalité. Or la totalité ne se laisse pas approcher par une de ses parties, et c'est cependant ce qu'essayent de faire les gouvernements, les religions organisées, les partis autoritaires.


La fonction de l'éducation est de créer des êtres humains intégrés, donc intelligents. Nous pouvons acquérir des diplômes et être mécaniquement efficients sans être intelligents. L'intelligence n'est pas une capacité d'emmagasiner des informations, elle n'a pas sa source dans des bibliothèques, et ne consiste pas non plus en brillantes réponses d'auto-défense ou en assertions agressives. Celui qui n'a pas étudié peut être plus intelligent que l'érudit. Nous avons érigé les examens et les grades universitaires en critérium d'intelligence et avons cultivé des esprits rusés, habiles à éviter nos problèmes vitaux. L'intelligence est la capacité de percevoir l'essentiel, le « ce qui est ». Éveiller cette capacité en soi-même et chez les autres, c'est cela l'éducation.


L'instruction devrait nous aider à découvrir des valeurs durables, de sorte que nous ne dépendions plus de formules et ne répétions plus de slogans. Elle devrait nous aider à briser nos barrières nationales et sociales au lieu de les renforcer, car ces barrières engendrent l'antagonisme entre l'homme et l'homme. Malheureusement, les systèmes actuels d'enseignement font de nous des êtres soumis, mécaniques et profondément frivoles. Bien qu'ils éveillent notre intellect, ils nous laissent intérieurement incomplets, cristallisés et stériles.


Si nous ne parvenons pas à une compréhension intégrée de la vie, nos problèmes individuels et collectifs ne feront que s'approfondir et s'étendre. Le but de l'éducation n'est pas de produire des érudits, des techniciens ou des quêteurs d'emplois, mais des hommes et des femmes intégrés et libérés de la peur, car ce n'est qu'entre de tels êtres que la paix pourra s'instaurer.


C'est en la compréhension de nous-mêmes que la peur cesse d'exister. Si l'individu doit être aux prises avec la vie d'instant en instant, s'il est obligé d'affronter ses complications, ses misères et ses soudaines exigences, il doit être infiniment souple et par conséquent libre de toute théorie et de tout modèle de pensée.


L'éducation ne devrait pas encourager l'individu à se conformer à la société ou à être négativement en harmonie avec elle, mais l'aider à découvrir les vraies valeurs qui surgissent lorsqu'un esprit, conscient de son propre conditionnement, examine une question en toute honnêteté. Lorsqu'il n'y a pas connaissance de soi, l'expression individuelle n'est qu'assertion personnelle avec tout ce que cela comporte de conflits agressifs et ambitieux. L'éducation devrait éveiller la capacité de se percevoir soi-même et non une complaisance pour l'expression de la personnalité.


A quoi bon apprendre, si dans le fait de vivre nous nous détruisons nous-mêmes? Et, comme nous subissons une succession interminable de guerres dévastatrices, il nous faut admettre qu'il y a quelque chose de radicalement faux dans la façon dont nous élevons nos enfants. Je crois que, pour la plupart, nous sommes conscients de ce fait, mais nous ne savons pas comment l'aborder.


Les systèmes - politiques ou éducatifs - ne se modifient pas mystérieusement ; ils se transforment lorsque se produit un changement fondamental en nous. L'individu est de première importance, non le système ; et lorsque l'individu ne se comprend pas en tant que processus total, aucun système, fût-il de droite ou de gauche, ne peut apporter au monde l'ordre et la paix.

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Re: Krishnamurti: la révolte

Message par Archange le Mer 21 Oct - 17:42


Révolte, nécessité de la liberté



La liberté est un état d'esprit, non le fait d'être affranchi de "quelque chose" ; c'est un sens de liberté ; c'est la liberté de douter, de remettre tout en question ; c'est une liberté si intense, active, vigoureuse, qu'elle rejette toute forme de sujétion, d'esclavage, de conformisme, d'acceptation.

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