La vision pénétrante

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La vision pénétrante

Message par Archange le Mar 26 Aoû - 20:36



Ce qu'est réellement la méditation.

Le stade de la vue pénétrante dans la méditation.




Par vue pénétrante, nous entendons une vision claire, une perception claire de la nature intrinsèque des choses - ce que la terminologie bouddhiste traditionnelle appelle les choses « comme elles sont véritablement ». En d'autres termes, et pour utiliser une phraséologie plus abstraite et plus philosophique, c'est la perception directe de la Réalité elle-même. C'est ce qu'est la méditation à son plus haut niveau - c'est ce qu'est la vue pénétrante ou vision. Une telle perception a deux aspects. C'est la vue pénétrante de ce qui est conditionné (c'est-à-dire du « monde » ou de ce qui est terrestre, transitoire, et ainsi de suite) ; et c'est la vue pénétrante qui est Inconditionnée et transcende le monde : l'Absolu, l'Ultime.

La vue pénétrante du conditionné comprend trois choses, ou a trois aspects. Nous voyons tout d'abord que ce qui est conditionné, ce qui est du monde, ne peut, de par sa nature, donner une satisfaction qui soit permanente et durable. Pour cela, il nous faut chercher ailleurs. Deuxièmement, nous voyons que tout ce qui est conditionné est impermanent. Nous ne pouvons rien posséder pour toujours. Et enfin troisièmement, nous voyons que tout ce qui est conditionné n'a qu'une existence relative. Tout cela n'existe pas dans l'absolu, ne possède pas de réalité permanente et ultime.

La vue pénétrante de l'Inconditionné elle, consiste en ce qui est connu, selon une certaine formulation, sous le nom des Cinq connaissances, ou des Cinq sagesses. Il ne s'agit pas de connaissance dans le sens ordinaire, mais de quelque chose qui est bien au-delà. Il y a tout d'abord ce que nous ne pouvons décrire que comme la connaissance de la totalité des choses, pas tant dans l'agrégat de leur particularité que dans et à travers leur profondeur ultime et leur essence spirituelle - dans la lumière de leur principe unificateur commun. Il y a ensuite la connaissance de toutes les choses, conditionnées et Inconditionnées sans aucune trace de distorsion subjective. Cette connaissance est parfois appelée la Connaissance du miroir . Elle est appelée ainsi parce que, comme un grand miroir, elle reflète tout exactement tel quel, sans subjectivité ou préjugé, sans atténuation, sans rien cacher ou obscurcir. Les choses sont vues exactement comme elles sont. Troisièmement, il y a la connaissance des choses dans leur ressemblance et leur identité absolue - ne voir partout qu'un esprit, une réalité, une shunyata. Quatrièmement, il y a la connaissance des choses dans leur différence. L'unité absolue n'efface pas la différence absolue, mais nous les voyons aussi dans leur multiplicité absolue, dans le fait que chacune est totalement unique. Nous les voyons des deux manières à la fois. Et, finalement, il y a la connaissance de ce qu'il faut faire pour le bien-être spirituel des autres êtres vivants.

Ces Cinq connaissances, ces Cinq sagesses, sont symbolisées dans l'iconographie bouddhiste par ce qu'on appelle le mandala des cinq Bouddhas. Si nous visualisons ce mandala, nous voyons tout d'abord une grande étendue de ciel bleu, très profond et très brillant. Au centre de cette étendue, nous voyons apparaître un Bouddha d'un blanc pur, qui tient dans sa main une brillante roue dorée. Puis, à l'est, nous voyons un Bouddha d'un bleu sombre et profond, qui tient à la main un vajra, un « sceptre de diamant ». Au sud, nous voyons un Bouddha jaune or qui tient un joyau rutilant. A l'ouest, nous voyons un Bouddha rouge foncé tenant un lotus rouge. Et au nord, nous voyons un Bouddha vert, qui tient deux « sceptres de diamant » croisés.

Lorsque les Cinq connaissances apparaissent, l'Éveil est atteint. Nous devenons nous-même l'incarnation de ces cinq Bouddhas. A ce stade, la vue pénétrante a été complètement réalisée, la méditation a été pratiquée jusqu'à ses limites extrêmes, et nous avons compris par nous-même ce qu'est réellement la méditation.


http://www.centrebouddhisteparis.org/Meditation/Ce_qu_est_reellement_la_medita/vue__penetrante.html

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Re: La vision pénétrante

Message par Archange le Mar 26 Aoû - 20:44

http://www.barbier-rd.nom.fr/KrishnamurtiVisionpenetra.html



Krishnamurti et la vision pénétrante


Gabriel SALA

La conférence du Pr. G. Sala a été retranscrite par Sabine Lévi (GREK)



Gabriel Sala est anthropologue, professeur à l'Université de Vérone, analyste, psychanalyste. Il serait peut-être intéressant qu'il établissent un parallèle entre la façon dont Krishnamurti travaille au niveau de l'âme humaine et la psychanalyse.



- Excusez-moi de parler aussi mal votre langue! Dans un premier temps, j'adhèrerai aux thèses de Krishnamurti Je sais bien que parler de Krishnamurti, c'est tout simplement le contredire. Cependant je n'ai pas le choix car je suis incapable de produire une parole équivalente à la sienne. Une parole extrêmement précise, si vibrante qui procède toujours du négatif pour arriver au positif. Il dit à ce propos que c'est la seule voie. Parfois il procède comme un détective qui enquête à la recherche de traces. Il insiste souvent sur le fait de ne pas répondre immédiatement par oui ou par non. Il nous invite à aller un peu plus loin que les opérations et les définitions. "Les mots ne sont pas les choses." C'est pour cela que je commencerai à m'interroger tout en adoptant son langage, me référant contamment à sa biographie, à ses écrits et à ses conférences.

Le titre de mon exposé est La vision pénétrante. Les mots voir et vision chez Krishnamurti sont équivalents. Ecouter, observer, comprendre, prendre conscience de, percevoir ont également le sens de voir, voir complètement et totalement.

Etymologiquement, dans toutes les langues indo-européennes, voir est en relation avec savoir. Voir veut dire savoir en italien. Du latin videre, la forme substantive du sanskrit est veda, en grec idein; la racine est veid. Voir et savoir veulent dire la même chose. C'est là l'héritage de nos langues.

Pour Krishnamurti voir est essentiel. Voir est une affaire d'attention. Seule l'inattention donne naissance à un problème. Il est important de comprendre la nature et la beauté de l'observation, de la vision. Tant que l'esprit est déformé par des impressions, des sentiments frôlant des névroses, par la peur, la tristesse, le souci, la santé, l'ambition, le snobisme, la recherche de puissance, il est incapable d'écouter, d'observer, de voir. C'est un point de connaissance qu'il nous faudrait approfondir. Non seulement verbalement mais intérieurement et profondément. C'est le programme que préconise Krishnamurti: "Toujours nous voyons les choses partiellement, dit-il. D'abord parce que nous sommes inattentifs, secondement parce que nous les regardons à partir de nos préjugés, d'images verbales et psychologiques accompagnant ce que nous voyons. Jamais nous n'observons quoique ce soit d'une façon complète. C'est chose ardue que de regarder objectivement même la nature. Regarder une fleur sans qu'il n'y ait aucune image, aucune notion botanique, simplement l'observer. Cela devient assez difficile parce que notre esprit vagabonde et ne s'intéresse à rien. Et même s'il s'intéresse, il contemple la fleur avec certaines appréciations, certaines descriptions verbales qui donnent à l'observateur le sentiment d'avoir vraiment regardé. Regarder de propos délibéré, c'est ne pas regarder. Donc jamais nous ne voyons la fleur, nous la voyons seulement à travers son image."

Cependant il nous est plus facile d'observer quelque chose qui ne nous touche pas profondément. Quant à nous observer nous-mêmes sans l'image, l'image qui est le passé, qui est faite de notre expérience et de notre savoir accumulé, cela ne nous arrive que bien rarement. Nous avons de nous-mêmes une image. Nous nous figurons devoir faire ceci et non cela. Nous avons construit de nous-mêmes une image préconçue et c'est à travers elle que nous nous contemplons. Cette façon de voir les choses n'est pas bien sûr constante. Krishnamurti nous dit: "le triomphe du passé, le triomphe du modèle. Alors voir devient devoir ou vouloir." N'est-ce pas?

Il faut maintenant considérer une autre liaison étymologique qui nous fera progresser. Image est toujours en relation avec imitation. Imitare, imiter, du Latin imitari a donné par extension imare, imago, imagine. La racine est im qui veut dire double fruit double production Racine d'origine indo-iranienne, celtique et baltique.

L'image et l'imitation sont toujours une répétition. En découle la tradition grecque, citons Platon, et toutes les histtoires d'image et d'idée. Par la suite, il y eut les iconoclastes. On peut d'ailleurs se demander si Krishnamurti était un iconoclaste. Comme toujours Krishnamurti nous porte à regarder les choses. Si image c'est idéa, alors elle est liée à quelque chose de très précis qui est l'idéal. L'idéal me renseigne. "Partir chercher un idéal, dit Krishnamurti L'idéal c'est quand nous étions meilleurs." Lorsque nous avons le sentiment de progresser, d'avancer vers un monde meilleur. Mais ces prétendus mouvements n'en sont pas parce que le but que nous nous proposons d'atteindre est une projection de notre propre misère, de notre confusion, de notre avidité, de notre envie. Un but qui est à l'opposé de ce qui existe. En conséquent cela donne naissance au conflit entre ce qui est et ce que nous croyons devrait être. Là est l'origine de notre confusion fondamentale. Et oui c'est par idéalisme que nous croyons aller de ce qui est à ce qui devrait être.

Je ne crois pas que seul l'homme religieux soit idéaliste; le gauchiste l'est aussi. Dans le passé, je fus anarchiste et "ce qui devrait être" a fortement marqué ma jeunesse, notre jeunesse. Et ces mouvements - je peux en témoigner - sont une idée, une pure vue de l'esprit. "Si vous comprenez ce qui est quel besoin de ce qui devrait être?" nous demande Krishnamurti

Le changement particulier que Krishnamurti introduit, c'est de relier le voir avec l'épanouissement, la destruction et la mort en faisant un lien avec la liberté. N'importe quelle page des Carnets est pleine de cette façon de voir, de cette façon d'écouter les choses. Prenons une page quelconque, au hasard: "Chaque pensée, chaque sentiment doivent s'épanouir pour vivre et mourir; tout doit s'épanouir dans l'être, l'ambition, l'avidité, la haine comme la joie, la passion; c'est dans leur épanouissement que se trouvent leur mort et la liberté. Toute chose ne peut s'épanouir que dans la liberté, non dans le refoulement la contrainte et la discipline, qui ne font que corrompre et pervertir. L'épanouissement et la liberté sont la bonté et la vertu totale. Il n'est pas facile de permettre à l'envie de s'épanouir; elle est condamnée ou nourrie, mais n'est jamais laissée libre. Ce n'est que de la liberté que le fait de l'envie révèle sa couleur , sa forme, sa profondeur et ses caractéristiques; elle ne se révèlera pas pleinement, librement, dans le refoulement. Quand elle est complètement dévoilée, elle ne prend fin que pour révèler d'autres faits qui sont le vide, la solitude, la peur; quand chaque fait est libre de fleurir dans son intégralité, le conflit cesse entre l'observateur et l'observé; alors il n'y a plus de censeur, seule demeure l'observation, la vue de la chose. (...)"

J'aime souligner ici comment Krishnamurti qui se déclare toujours contre toute méthode est plein de ressources pour faire face à la vie. Ce texte est très important pour mon travail psychanalytique. Le refoulement n'est pas recommandé au contraire, c'est "l'épanouissement de la pensée" qui "met fin à toute pensée, car ce n'est que dans la mort que naît le neuf. Le neuf ne peut exister sans liberté à l'égard du connu. La pensée, le passé, ne peut susciter le neuf; elle doit mourir pour que le neuf soit. Ce qui fleurit doit mourir."

Pour Krishnamurti on ne peut voir que dans une libération du passé, que dans la liberté. Le premier point, dit-il quelque part est la liberté. Nous sommes devant un être qui s'est senti libre, qui a parlé, écrit et agit en sentant la liberté, en voyant ce qui est. Mais cela lui a apporté beaucoup d'opposition;

nous sommes les représentants d'une extraordinaire culture de la tradition. Citons René Guénon: "Si Krishnamurti était effectivement libéré, il ne s'identifierait point à la vie." Il ne s'agit pas là d'identification à la vie mais d'une sorte d'immanentisme vital.

Nous pouvons nous demander sérieusement d'où parle-t-il? Où est-il arrivé? Je crois que ses Carnets nous permettent de le comprendre. Ils sont plein de sa manière de comprendre et de voir: "15 novembre 1961. C'était l'aurore; les collines étaient dans les nuages et chaque oiseau chantait et lançait des appels, des cris aigus, une vache meuglait et un chien a hurlé. C'était un matin agréable, la lumière était douce et le soleil caché derrière les collines et les nuages. Sous le vieux banian, il y avait un joueur de flûte, un petit tambour l'accompagnait. la flûte dominait le tambour et emplissait l'air de son chant; elle semblait pénétrer tout l'être de ses notes très douces et tendres; on l'écoutait malgré la présence d'autres bruits; les battements changeants du petit tambour nous parvenaient sur les vagues de la flûte avec le cri discordant du corbeau. Chaque son nous pénètre, nous résistons à certains et en accueillons d'autres, selon que nous les trouvons désagréables ou agréables, et ainsi nous perdons quelque chose. La voix du corbeau est venue avec le tambour et le tambour était porté par la note délicate de la flûte, ainsi le son entier pouvait pénétrer en profondeur, au-delà de toute résistance, de tout plaisir. Et il y avait dans tout cela une grande beauté qui n'est pas celle que connaissent la pensée, le sentiment. Et sur ce ton est venue la méditation explosive; et dans cette méditation, la flûte, le tambour palpitant, le croassement discordant du corbeau et toutes les choses de la terre se sont unies, donnant ainsi profondeur et espace à l'explosion. L'explosion est destructrice et la destruction est la terre est la vie, comme l'amour. (...) Mais l'amour n'est pas une sensation, une chose que le sentiment puisse capturer. Ecouter complètement, sans résistance, sans aucune défense, c'est permettre le miracle de l'explosion qui ébranle le connu; écouter cette explosion sans motif, sans direction, c'est pénétrer là où la pensée, le temps, ne peuvent se maintenir. (...) C'était un soir de rose pâle et de lourds nuages. Dès le seuil franchi, alors que nous parlions de choses très différentes, cet "otherness", cet inconnaissable était là. Sa présence était inattendue, car nous étions en pleine conversation sérieuse et il était là avec une telle insistance que l'entretien cessa très facilement, naturellement. L'autre personne n'ayant pas remarqué de changement dans la qualité de l'atmosphère, dit encore quelque chose qui ne demandait pas de réponse. Nous avons marché longtemps, presque sans un mot, accompagné, enveloppé, immergé. C'est l'inconnu total, malgré ses venues, ses départs; toute tentative de reconnaître a cessé car reconnaître relève encore du connu. Chaque fois la beauté est plus grande, plus intense et la force impénétrable. Ceci est également la nature de l'amour."

Nous pouvons nous demander où Krishnamurti est arrivé? D'où il parle? Comment est-il arrivé à rencontrer cet "otherness"? Lui-même, ses amis ainsi que ses biographes indiquaient dans le processus le début de cette libération. Et il est pour moi important de parler de ce "processus" car c'est par lui que j'ai commencé à mieux comprendre Krishnamurti en faisant le lien entre ce dont il témoigne et des pratiques et des compréhensions anthropologiques et psychanalytiques.

C'est comme tout le monde le sait à partir du jour où le processus a commencé, le 17 août 1922, que sa vie s'est profondément transformée, s'est "révolutionnée". La traduction française que j'ai trouvé est "intoxiqué de Dieu", en italien c'est traduit par "ivre de Dieu" _ cela me rappelle Le bateau ivre aussi je préfère "ivre de Dieu". Racontons ici les étapes de ce processus. Krishnamurti commença par trembler puis devint très malade. Quand il était allongé, il s'agitait, gémissait; il éprouvait une grande douleur. Il recommençait à gémir pendant que son corps était parcouru de frissons et de tremblements. Il grinçait les dents et serrait les poings pour prévenir le tremblement. Cela dura d'abord trois jours, puis plusieurs mois pour finalement se manifester quotidiennement comme en témoigne ses Carnets et son Journal. Certains d'entre nous ont une expérience dans leur vie, d'autres plusieurs; pour Krishnamurti les expériences étaient quotidiennes! Lors de ces expériences, il demeurait à demi conscient parlant d'Adyar et échangeait avec des personnes comme si elles avaient été présentes dans la pièce. "J'étais suprêmement heureux car j'avais vu, écrit-il dans une lettre. Plus rien ne sera jamais plus comme avant. Je me suis désaltéré à la source originelle des eaux claires et ma soif est apaisée. Plus jamais je ne pourrai avoir soif. Plus jamais je ne pourrai être les ténèbres ultimes, j'ai vu la lumière, j'ai touché la compassion qui guérit de toutes les peines et de toutes les souffrances. Cela non pas pour moi mais pour tout le monde", etc. ( coupure de bande)

"J'eus alors la première de mes expériences, la plus extraordinaire. Il y avait un homme occupé à réparer la route. J'étais cet homme. J'étais la pioche qu'il tenait dans ses mains. J'étais le caillou sur lequel il tapait pour le casser, la fragile poussée d'herbe était mon être profond et j'étais aussi l'arbre planté juste à côté de cet homme. Egalement je pouvais sentir et penser comme lui et aussi sentir le vent qui traversait les feuilles de l'arbre et aussi la petite fourmi qui grimpait sur l'herbre, les oiseaux, la poussière et même les bruits faisaient parti de moi", etc. On retrouve cela de nombreuses fois dans son cahier. Ensuite Krishnamurti décrivit les tortures physiques qu'il devait endurer nuit après nuit pendant trois mois. Elles sont déchirantes. Citons " Nitya est comme une ombre brûlée sur un bûcher, la lueur" etc. Je crois que tout le monde s'en souvient, n'est-ce pas? Mais ce qu'il y a de plus intéressant, à mes yeux, ce sont ses dialogues. En effet, Krishnamurti commença à converser avec certains êtres invisibles ou parfois avec ceux d'entre eux qui semblaient venir toute la nuit conduire les opérations. Lorsqu'il parlait, il n'employait pas le mot "il" ou "eux" il semblait recevoir des indications à l'avance: "Oh cela va être difficile ce soir, très bien cela ne me dérange pas, je suis prêt à présent, continuons." Etc. Et dans le même temps, au cours d'une soirée particulièrement difficile, Krishnamurti grogna et dit: "Oh mère! Pourquoi m'as-tu donné naissance si c'est pour tout ceci?" Plus loin, il dialogue toujours avec ses personnages qui l'appellent "il" et parfois Krishnamurti rie de très bon cÏur. Très souvent il parle de lui-même à la troisième personne: "S'il vous plaît Krishna revenez!" Il rencontre même des personnages très importants. Il dit entre autre "qu'il allait recevoir un grand invité le soir même. N'est-ce pas le Seigneur Maitreya qui" avait-il dit " était déjà venu une ou deux fois." Etc, etc.

Ces dialogues se termineront, lorsque Krishnamurti, toujours inconscient dit: "Mais à présent tout sera différent, la vie ne sera plus jamais la même pour aucun d'entre nous. Je l'ai vu, lui, mère et plus rien n'a d'importance à présent." Lorsque cela s'arrêta le corps, à la surprise de tous, commença à bavarder avec la voix d'un enfant. Il parla de quatre incidents survenus au cours de son enfance. Chaque soirée après le processus le petit garçon bavardait avec sa mère (il prenait Rosalind pour sa mère) des évènements de son enfance. Les discussions prendront fin lorsqu'il arrivera à décrire la mort de sa mère. Cette dernière était malade et lorsqu'il vit le médecin lui faire prendre un médicament, Krishnamurti la pria: "Ne le prenez pas mère, c'est une préparation dégoûtante, elle ne vous fera aucun bien! Je vous prie! Ne le prenez pas! le médecin ne serait rien de rien, sinon malpropre." Un peu plus tard la voix chargée d'horreur, il dit: "Pourquoi restez-vous aussi immobile mère? Que s'est-il passé? Et pourquoi Père recouvre-t-il votre visage avec ses doigts? Mère répondez-moi! Mère!

Bien, il était important pour moi de rappeler tout cela pour entrer dans cette expérience. Merluchi se demande: " Qu'était donc le "processus"? Bien sûr de nombreux mystiques ont eu des visions et entendu des voix. Mais ces phénomènes ont-ils jamais été accompagnés d'une telle souffrance physique?"

Reportons-nous au récit autobiographique de la passion de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus qui montra des stigmates. Elle dit à son confesseur: "Même si cette douleur a la durée seulement d'une demi-heure, le corps est abîmé jusque dans ses jointures et les os ainsi émiétés qui vont même presque tomber." "Cela fait surgir en elle, dit son confesseur, une grande douleur qui certes éclate en gémissant et en même temps elle est si douce que l'âme ne voudrait jamais en être privée."

Nous retrouvons cela chez Krishnamurti: une souffrance suivie d'une extase. Si on examine soigneusement la description du "processus", il existe une entité externe qui opère sur Krishnamurti Cela se passe dans un état d'immersion total, de béatitude ou de peur. L'expérience de Krishnamurti montrant des épreuves, des voyages, une transe, peut être comparée aux initiations chamaniques. D'autres mystiques témoignent d'une expérience similaire.

Pour Krishnamurti rêver, c'est contraindre le cerveau à mettre de l'ordre dans une vie quotidienne désordonnée. Je suis très étonné par cette conception car elle est très moderne! Quand on lui a posé la question si il rêvait, il a répondu: " Non jamais." La solution qu'il propose est de faire la révision du soi, une mise en ordre. "Cela, dit-il, peut être fait par une constante observation tout au long de la journée et alors avant le sommeil la mise en ordre de tout ce qui a été fait dans le courant de la journée. De cette façon le cerveau ne s'endort pas dans le désordre." J'ai retrouvé cette même conception chez Ignace de Loyola, je montrerai un peu plus loin la différence entre ces deux penseurs.

Le rêve chamanique est la rencontre avec son propre masque. Ou bien le masque est-il l'étrangeté qui fait irruption en nous-même? Je peux bien sûr donner une explication plus complexe du masque. Le masque peut être plusieurs choses. Le masque est fait pour cacher, nous avons tous un masque, en ce moment même j'ai un masque qui cache ce qu'il y a dessous. Très souvent nous disons que sous le masque il y a le visage. Par ailleurs le masque permet d'exprimer, de faire sortir quelque chose. Mais le masque, comme les chamanes l'utilisent, c'est aussi quelque chose qui nous possède, nous ne sommes plus nous mais quelque chose qui entre en nous. montre la capacité du chamane de se créer un double. L'acte de rêver, l'entrée du chamane dans le rêve, c'est la formation du double du sujet. Ce double aura l'inquiétante étrangeté. En allemand c'est "lum amlik". Il y a un extraordinaire écrit de freud sur "lum amlik". Le masque prendra la forme d'une figure mythique de sa culture: animal, ancêtre démon, dieu, Christ ou Maîtrejar. Pour les Chrétiens, le masque du masque est celui du Christ. Pour Krishnamurti, la figure qui a le plus marqué sa jeunesse est celle de Maîtrejar. C'est ce masque, ce double qui me permet la construction de l'autre, familier ou étranger, jumeau semblable et différent, présence qui devient habituelle et effrayante. Mythologie qui toujours se confirme, passé qui se reproduit avec toute sa force d'attraction; c'est ce que m'a fait comprendre Krishnamurti Il y a une force d'attraction formidable qui envahit le présent pour s'assurer relation, lien de possession d'amour et de haine. Chaque masque qui fait irruption dans le présent demande seulement d'être reconnu et oblige à faire n'importe quel type de transfert pour mettre en acte. Ces passions sont passées mais ce à quoi il s'adresse, c'est toujours le présent. Le présent s'est ...lé dans le passé, dans l'histoire de chacun comme dans la grande histoire mythique. Mais alors pourquoi la souffrance? Pour se détacher, se défaire, se débarasser, "se libérer du passé"; nous devons passer par l'initiation à travers quelque chose de l'ordre du masque ou une analyse qui a affaire avec la souffrance. Et très souvent les douleurs intérieures sont bien plus atroces que les douleurs physiques.

Je suis obligé pour pouvoir poursuivre, de me référer à une thèse de Freud: Au delà du principe de plaisir. La chose à laquelle nous retournons sans cesse, c'est l'expérience douloureuse. Il n'y a aucun plaisir, ce qui est déjà arrivé, le passé qui est présent dans le présent ne pourra jamais s'épuiser parce qu'il n'a pas de nom, il n'a pas de visage. Il est engouffré dans l'enfance - infans qui a tout d'abord désigné l'enfant qui ne parle pas - où il est sans parole. Alors le processus vécu par Krishnamurti serait semblable aux initiations chamaniques. L'épreuve à travers laquelle est passée son corps et les séquences de dialogues me font penser à une véritable initiation. Mais la surprise, la chose étonnante, c'est de constater que Krishnamurti ne fait référence à aucune mythologie ni théologie. Le processus n'aboutit pas à un à autre ordre, un autre règne, à quelque soutien. Au contraire lorsqu'il parle d'extase, il la lie à une libération créatrice qui permet de vivre intensément chaque relation.

Cette absence de référence mythologique et théologique rend Krishnamurti différent de la plupart des mystiques et de leurs méthodes. Faisons une comparaison avec Ignace de Loyola et les Exercices spirituels que ce dernier propose. Pour Ignace, chaque contemplation dans toutes ses parties - premier et deuxième préambule - chaque exercice et chaque conversation entrevue a le but de composer à travers la vue de l'imagination, péché et pénitence, pour pouvoir contempler l'image du Christ, celle de notre Dame ou d'un saint présente dans la scène et converser avec eux comme avec un ami ou comme un esclave avec son maître ou encore un fils avec son père ou sa mère. En mobilisant constamment mémoire, intellect et volonté qui sont les trois puissances qu'Ignace préconise pour méditer. Et cela afin de produire quoi? Ce point là est très important car nous le retrouvons de nombreuses fois chez Krishnamurti Afin de produire: images, figures, personnages nous permettant de revoir notre propre passé, d'organiser son futur et dans le même temps d'obtenir quelque chose, c'est un échange. Je dois recréer en moi-même une scène et regardez elle a très bien fonctionnée: Ignace voulait faire à la fois curé de campagne et militant de Dieu. La compagnie de Jésus lui a montré que tout cela fonctionnait très bien.

Krishnamurti va au delà de ce monde, c'est-à-dire non influencé par la louange de ses propres images et des figures sacrées. Il va au-delà du monde, des masques et arrive à un hic et nunc, un ici et maintenant dans lequel méditer ce n'est ni vouloir ni chercher ni enseigner ni cultiver ni désirer ni demander mais seulement voir ce qui est. Il existe un rapport entre la passion, la joie et l'extase lesquelles ne sont pas plaisir. Dans le plaisir, il y a toujours un élément subtil d'effort, une recherche, une lutte, une exigence, un effort pour le conserver, pour l'obtenir. J'aimerais souligner cela et le faire lire à mes amis analystes; c'est pour moi la première fois que je comprends cette différence entre passion et désir . Dans la passion il n'y a aucune exigence et par conséquent aucune lutte. Il n'y a pas l'ombre d'un accomplissement; il ne peut donc y avoir ni souffrance ni frustation. La passion est la libération du moi, le centre de tout accomplissement et de toute souffrance; elle est sans exigence. Mais je ne parle pas d'une chose statique, la passion c'est l'austérité de l'abnégation personnelle, un état où le vous et le moi n'existe pas et par conséquent elle est le sens même de la vie. C'est elle qui se meut et vie. En ceci il y a la beauté de la passion qui est l'abandon total du moi. Et c'est ce sentiment qui constamment accompagnait Krishnamurti Même si le processus a commencé, comme beaucoup d'initiations, à travers une incarnation - dans sa propre chair, il a dû faire passer des personnages, des masques, avons-nous dit. Ce mythe qu'ensuite il l'abandonne. On peut interprêter la création de ce mythe comme la perte d'une figure jumellaire. C'est encore une fois une douleur très grande pour Krishnamurti lorsque son frère Nitya meurt. On peut imaginer qu'il furent comme Castor et Pollux. Mais la chose la plus importante est de comprendre d'où Krishnamurti part et où il arrive, il en vient à accomplir l'épuisement de chaque théologie, de chaque mythologie. Nous savons comment il était libéré de chaque forme de sujétion, de toute autorité; il a accepté l'irruption de l'autre, l'inquiétante étrangeté, la "lum amlik". En étant libre, il peut voir ce qui est dans la totalité. Il peut recevoir chaque jour la présence, cette fois sans masque, de "l'otherness" de la bénédiction, de l'inconnaissable, sans nom qui est là. J'aime trouver en Krishnamurti quelqu'un qui a traversé les masques jusqu'à les épuiser et y mettre fin.

Ma conception de l'homme est qu'il est comme un oignon, peau sur peau jusqu'au rien, masque sur masque où derrière le masque on ne trouve pas le visage mais un autre masque jusqu'au vide. Alors traverser le masque, c'est faire le vide. Au-delà du masque il n'y a plus ni moi, ni soi, ni égo, reste comme unique médiateur le silence. Alors l'esprit tranquille peut écouter et voir
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Re: La vision pénétrante

Message par Archange le Dim 22 Mar - 18:28




Médiocrité VS Passion

Passion et vision pénétrante




I. : La tradition nous conditionne à croire qu’il existe des hommes à part, dont la conscience est dépourvue de contenu, c’est donc très difficile pour quelqu’un comme moi de penser qu’on puisse réellement en être complètement affranchi.

K. : Voyez-vous, vous n’avez pas écouté. X vous dit « Ecoutez d’abord, n’apportez pas toutes ces objections. Écoutez simplement ce qu’il vous dit. A savoir que ce qui est important dans la vie, c’est la suprême excellence qui a sa propre essence. » C’est tout. Et demander ne veut pas dire prier ou supplier, obtenir quelque chose de quelqu’un.

I. : Le problème, c’est qu’on s’aperçoit qu’on confond demande et désir .

K. : C’est évident.

I. : Il ne doit pas y avoir de croyances.

K : Pas de croyances, pas de désir .

I. : Voyez-vous, quand les gens sentent qu’ils veulent renoncer au désir alors il y a un danger qu’ils renoncent aussi à cette demande.

K. : Comment dire ? Trouvons un mot adéquat. Le mot Passion conviendrait -il ? On a une passion pour cela, la passion de l’excellence.

I. : Cela implique-t-il que cette passion n’ait pas d’objet ?

K. : Vous voyez comment vous formulez immédiatement une conclusion ! Une passion brûlante -pas une passion pour quelque chose. Les communistes se passionnent pour leurs idées. C’est une passion très, très mesquine et limitée. Les chrétiens ont une passion pour l’oeuvre missionnaire -cette passion est née de l’amour pour Jésus. Là encore, ce n’est pas la passion, c’est très étroit. Je laisse tout cela de côté, et je dis : « La Passion. »

I. : Comme vous le disiez justement, les gens ont eu une vision, ont rêvé de quelque chose, et cela a suscité une grande énergie. Mais vous dites qu’il ne s’agit pas d’un rêve, d’une vision ; mais c’est néanmoins une certaine perception de cette excellence.

K. : Toutes ces passions nourrissent l’ego, nourrissent le moi, me gonflent d’importance, consciemment ou inconsciemment. Nous éliminons tout cela. Il y a un jeune garçon qui a la Passion de se transformer en grandissant en un être humain extraordinaire, en quelque chose d’original.

I : Il voit que c’est possible.

K. : Oui.

I. : Et donc il a la Passion.

K : Oui, c’est exact. C’est possible. Est-ce cela qui manque à la plupart des êtres humains ? Non pas la passion, mais cette vague déferlante... je ne sais comment le dire. Il y a une passion dans un être humain qui demande la suprême excellence, non pas dans les livres qu’il écrit, mais le sentiment d’excellence. Vous le savez, n’est-ce pas ? Cela peut pulvériser tout le reste. Encore une fois, cet être humain, lui, n’a rien demandé. Il dit : « Je ne l’ai même pas demandé. »

I. : C’est peut-être dû au conditionnement. Nous sommes conditionnés à la médiocrité, à ne pas avoir ce genre d’exigence. C’est ce que vous entendez par médiocrité.

K. : Oui, bien sûr. La médiocrité est cette absence de grande passion -il ne s’agit pas de passion pour Jésus, Marx ou autre.

I. : Nous ne sommes pas seulement conditionnés à la médiocrité, mais à suivre une direction, de sorte que la demande est toujours censée avoir une direction.

K. : La demande est une direction, en effet.

I. : Avoir une demande sans aucune direction...

K. : C’est ça... J’aime le mot « demande », parce que c’est un défi.

I. : Une demande qui n’a pas de direction, cela n’implique-t-il pas qu’elle n’est pas dans le temps ?

K. : Bien sûr. Elle ne demande ni direction, ni temps, ni personne. Alors, la vision pénétrante (insight) suscite-t-elle cette passion ? La vision pénétrante est cette Passion".





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Re: La vision pénétrante

Message par Archange le Dim 22 Mar - 18:47





Quelle est l’action qui n’est pas un prolongement du souvenir ? C’est la vision pénétrante.


Quelle est l’action qui n’est pas un prolongement du souvenir ? C’est la vision pénétrante.

La vision pénétrante n’est pas la déduction minutieuse de la pensée, son processus analytique ou la nature temporelle de la mémoire. c’est la perception sans celui qui perçoit ; elle est instantanée. L’action intervient à partir de cette perception instantanée. A partir d’elle l’explication de tout problème est précise, sans appel, et vraie. il n’y a ni regrets ni réactions. elle est absolue. Il ne peut y avoir vision pénétrante sans qu’il y ait amour. La vision pénétrante n’est pas quelque chose d’intellectuel à prouver ou à breveter. Cet amour là est la plus haute forme de sensibilité, c’est quand tous les sens s’épanouissent ensemble. Ce n’est pas la sensibilité relative à nos désirs, nos problèmes et à toutes les mesquineries de notre vie personnelle. Lorsqu’il n’y a pas la sensibilité qui est amour, la vision pénétrante est évidemment tout à fait impossible.

La vision pénétrante est holistique, c’est-à-dire qu’elle implique la totalité de l’esprit. L’esprit c’est toute l’expérience de l’humanité, la vaste somme de savoir avec son habileté technique, ses douleurs, son angoisse, sa souffrance, son chagrin et sa solitude. La vision pénétrante n’est pas un mouvement continu. Elle ne peut être capturée par la pensée. La vision pénétrante est l’intelligence suprême et cette intelligence se sert de la pensée comme d’un outil. La vision pénétrante est l’intelligence avec sa beauté et son amour. Les deux sont réellement inséparables. Elles ne font vraiment qu’un. Cela est la totalité, ce qui est le plus sacré .


Lettres aux écoles, 16, Courier du livre, p. 54.

*« La vision pénétrante » ou « insight ».




Pour que la vision soit totale, il faut que le cerveau soit en état de négation absolue



L’aptitude suscite la vanité, l’envie, et son accomplissement devenant primordial, elle engendre l’inimitié, le désordre, la souffrance ; elle n’a de valeur que dans une conscience totale de l’existence. La vie ne se limite pas au niveau fragmenté que sont le domaine alimentaire, celui du sexe, de la prospérité ou de l’ambition ; la vie n’est pas fragmentaire ; quand elle le devient, elle se transforme en désespoir absolu, en souffrance sans fin.

Le cerveau fonctionne en se spécialisant dans la fragmentation, dans des activités qui l’isolent dans le champ limité du temps. Il est incapable de voir la totalité de la vie ; aussi éduqué soit-il, le cerveau n’est qu’une partie et non l’ensemble.



Seul l’esprit voit la totalité et dans son domaine est inclus le cerveau ; celui-ci, quoiqu’il fasse, ne peut contenir l’esprit.



Pour voir totalement, le cerveau doit se trouver en état de négation. La négation n’est pas l’opposé de l’affirmation ; tous les opposés sont reliés entre eux. La négation n’a pas d’opposé. Pour que la vision soit totale, il faut que le cerveau soit en état de négation absolue ; il ne doit pas intervenir par ses évaluations, justifications, condamnations et défenses. Il faut qu’il soit silence, sans aucune contrainte, laquelle ferait de lui un cerveau mort, uniquement capable d’imiter et de se conformer.

C’est en état de négation qu’il se trouve dans une immobilité sans choix. C’est alors seulement que se produit la vision totale. L’esprit est alors pleinement éveillé et cet état ne comporte ni observateur ni observé, mais seulement lumière, clarté. La contradiction et le conflit entre penseur et pensée prennent fin.


Carnets. Pages 192 et 193. Le 25 septembre 1961. Editions du Rocher. 1976.




Ce n’est qu’à partir du vide que la vision est possible.



La méditation n’est pas une recherche ; elle n’est point quête, sondage, exploration. Elle est explosion et découverte. Non le domptage du cerveau par une discipline, ni l’analyse introspective du soi ; elle n’est certainement pas l’entraînement à la concentration ; laquelle inclut, choisit et refuse. Elle vient naturellement quand toutes affirmations et réalisations, positives ou négatives, ont été comprises et tombent d’elles mêmes, facilement. Elle est vide total du cerveau. C’est ce vide qui est essentiel et non ce qu’il contient. Ce n’est qu’à partir du vide que la vision est possible. Toute vertu en jaillit, mais non la moralité, ni la respectabilité sociales. C’est de ce vide que nait l’amour, sinon ce n’est pas l’amour. Le fondement de la vertu se trouve dans ce vide. Elle est la fin et le commencement de toutes choses.


Carnets p 104 Editions du Rocher



Pour voir clairement il faut qu’il y ait liberté et non une vision contrôlée



Question. - Ne dites-vous pas tout simplement que pour regarder convenablement il faut être objectif ?

Réponse. - Oui, mais le mot objectif ne suffit pas. Ce dont nous parlons n’est pas l’impitoyable objectivité du microscope mais un état où il y a compassion, sensibilité et profondeur. La discipline, comme nous l’avons dit, c’est connaître, connaître l’austérité n’entraîne pas la violence, ni vis-à-vis de soi-même ni vis-à-vis des autres. Or, la discipline telle qu’elle est comprise habituellement est une action de la volonté, laquelle est violente.

La plupart des gens à travers le monde semblent croire que la liberté est le fruit d’une longue discipline. Voir clairement est sa propre discipline. Pour voir clairement il faut qu’il y ait liberté et non une vision contrôlée. Et c’est ainsi que la liberté n’est pas à la fin, mais la compréhension de la liberté comporte sa propre discipline.

Ce sont deux choses inséparables ; si vous prétendez les séparer il y a conflit. Pour surmonter ce conflit, il faut une action de la volonté qui engendre de nouveaux conflits. C’est une chaîne sans fin.

Ainsi, la liberté est au commencement et non à la fin : ou encore le commencement est la fin. Connaître tout ceci est une discipline spontanée. Cela exige de la sensitivité. Si vous n’êtes pas sensitif à vous-même - à votre milieu, à vos rapports - si vous n’êtes pas sensitif à tout ce qui se passe autour de vous, à la cuisine ou dans le monde extérieur, alors, quelque discipline que vous vous imposerez, vous ne ferez que devenir de plus en plus insensitif, de plus en plus centré sur vous-même - et alors vous verrez proliférer les problèmes. Connaître c’est être sensitif à l’égard de soi-même, du monde qui vous entoure, parce que le monde qui vous entoure c’est vous-même. Si vous êtes sensitif vis-à-vis de vous-même, forcément vous le serez vis-à-vis du monde. Cette sensitivité est la cime de l’intelligence, ce n’est pas la sensitivité d’un spécialiste - docteur, savant ou artiste.


De telles fragmentations font obstacle à la sensibilité.

Le changement créateur. Pages 99 et 100. Chapître : Discipline. Editions Delachaux et Niestlé.1972.




Quand il y a une vision, une compréhension du fait qui n’est ni verbale ni théorique, quand celui-ci est vu comme tel, apprendre a lieu d’instant en instant et cet acte est sans fin ; c’est cela qui importe le plus et non les échecs, les réussites ou les erreurs.



Apprendre sur soi-même n’est pas accumuler du savoir sur soi-même

Celui qui apprend afin d’accumuler cesse d’apprendre

Connaître, apprendre sur soi-même n’a ni commencement ni fin, alors que le savoir en a. Le savoir est fini et l’acte d’apprendre, de connaître n’a pas de fin

Quand il y a une vision, une compréhension du fait qui n’est ni verbale ni théorique, quand celui-ci est vu comme tel, apprendre a lieu d’instant en instant et cet acte est sans fin ; c’est cela qui importe le plus et non les échecs, les réussites ou les erreurs.

Seul le voir existe, et non celui qui voit et ce qu’il voit.


Carnets - Editions du Rocher.




Quand vous tirez une conclusion d’un fait vous mettez fin à la perception.


« Savez vous ce que cela signifie que d’avoir une perception intérieure, une vision, et ce qui se passe quand se produit une telle vision ? Mettons, par exemple, que vous ayez la perception globale de toute l’organisation religieuse — vous voyez ce qu’elle implique, combien elle est corrompue, combien elle est fausse. Une telle perception vous ne pouvez l’avoir qu’avec un esprit non conditionné, un esprit dégagé de toute forme particulière de croyance. Eh bien ! maintenant, ayant eu une telle perception des structures religieuses, vous en tirez une conclusion — d’accord ? Quand vous tirez une conclusion d’un fait vous mettez fin à la perception.

« Il faut que j’explique ceci très clairement afin que vous le compreniez. J’ai une vision, une perception instantanée d’un état de choses — il ne s’agit pas d’idées livresques qui me viennent de mes lectures — mais je vois directement. De cette perception je tire une conclusion. Eh bien ! ayant tiré une conclusion j’ai mis fin à la perception instantanée et mon action est dérivée d’une conclusion et non pas d’une vision, et mon action issue d’une conclusion est mécanique.

Alors je me dis : comme c’est affreux de vivre mécaniquement ! Et je veux m’en évader. Je m’engage dans une communauté. Je deviens ce que je fais, m’évadant du processus mécanique de l’existence lequel est le résultat d’une conclusion qui m’est venue au moment où j’avais la vision de quelque chose. Donc quand j’agis à partir d’une conclusion, mes activités sont par force constamment mécaniques, bien qu’à l’origine j’ai pu avoir une perception directe...

Mais un esprit qui ne tire pas de conclusions à la suite d’une perception directe, et qui agit, est inséré dans le mouvement d’une perception continue et constante. Or, cette perception constante qui ne connaît aucune formule, aucune conclusion, c’est l’action créatrice. Je vous en prie, regardez tout cela, entrez en vous-même. Il est étonnamment intéressant et beau de constater comment l’esprit, lequel est pensée, est absent dès l’instant où vous avez une perception directe. La pensée est incapable de perception directe, celle-ci n’existe que lorsque l’esprit ne s’active pas mécaniquement dans la structure de la pensée...

Je voudrais vous transmettre cette constatation qu’un esprit agissant constamment à partir d’une conclusion devient inévitablement mécanique et que, dès lors, il est voué aux évasions, aux illusions, à la mythologie, à un quelconque cirque religieux. Ceci vous le savez, vous en avez une perception directe et vous dites : comme c’est vrai !

Eh bien ! si vous tirez une conclusion de votre perception vous avez changé de position, mais vous êtes encore dans le mécanisme. Tandis que si votre vision directe est constante, sans conclusion, cet état d’esprit est créateur. Il est tout autre que l’esprit plongé dans le conflit et qui, à partir de ce conflit, produit des tableaux, des livres ; l’esprit plongé dans le conflit ne peut jamais être créateur. Nous cherchons à découvrir si chacun de nous peut être créateur dans le sens le plus profond du mot, non pas par son expression en écrivant des poèmes ou toute autre chose, mais en se mouvant constamment de vision en vision, d’action en action. C’est là la spontanéité. »


Saanen 1972 - Bulletin 15




Le passé agissant dans le présent crée ce que nous appelons l’avenir, le futur.



Question. - Mais qu’entendez-vous par être libéré du passé ?

Réponse. - Le passé c’est l’accumulation de tous nos souvenirs. Ces souvenirs, ces mémoires agissent sur le présent et donnent naissance à des espérances et des craintes pour l’avenir. Ces espérances et ces craintes sont l’avenir psychologique ; sans elles pas d’avenir. Ainsi le présent c’est l’action du passé, et l’esprit est ce mouvement du passé. Le passé agissant dans le présent crée ce que nous appelons l’avenir, le futur. Cette réaction du passé est involontaire, elle n’est ni sollicitée ni invitée, elle est sur nous avant même que nous ne le sachions.

Question. - Dans ce cas, comment pourrons-nous jamais nous en libérer ?

Réponse. - Percevoir ce mouvement, en prendre conscience avec une totale lucidité sans qu’existe la moindre nuance de choix - parce que le choix appartient à ce mouvement du passé - c’est observer le passé en pleine activité : une telle observation n’est pas un mouvement du passé. Observer sans aucune image créée par la pensée c’est une action où le passé a pris fin. Observer l’arbre en dehors de toute pensée c’est une action dégagée du passé. Observer cette activité du passé est encore une action affranchie du passé. La nature de la vision est plus importante que ce qui est vu. Prendre conscience du passé par une observation qui n’est entachée d’aucun choix n’est pas seulement agir différemment, c’est être différent. Dans une telle prise de conscience, une telle perception, la mémoire peut agir sans obstacle et avec efficacité. Etre religieux, c’est percevoir sans qu’il y ait choix et ainsi il y a libération du connu, alors même que le connu agit là où il y a lieu de le faire.

Question. - Mais le connu, le passé, agit peut-être aussi quand il n’y a pas lieu de le faire ; il agit encore de façon à engendrer le conflit.

Réponse. - Prendre conscience de ceci c’est encore être dans un état d’inaction à l’égard du passé qui agit. Ainsi, la libération du connu est véritablement la vie religieuse. Ceci ne veut pas dire que l’on efface le connu mais que l’on pénètre dans une dimension entièrement différente à partir de laquelle on l’observe. Cette action de vision, d’où tout choix est absent, est l’action de l’amour. La vie religieuse est cette action, toute vie est cette action, et cet esprit religieux est cette action. Ainsi la religion, l’esprit, la vie et l’amour, sont une seule et même chose.


Krishnamurti Le changement créateur La vie religieuse (p. 68-69)




A la vérité, une intelligence mesurable n’est pas l’intelligence



Prasad - Une fois éveillée, l’intelligence grandit-elle ? Gagne-t-elle en profondeur ? Sinon, à quoi bon vivre longtemps ?

Krishnamurti - Ce qui est important, c’est l’éveil de l’intelligence authentique. Mais ne croyez pas que celle-ci obéisse aux lois de la physique... A la vérité, une intelligence mesurable n’est pas l’intelligence. Bien loin d’être issue de la pensée, l’intelligence naît par le truchement de la vision intérieure. Elle ne relève ni de l’habileté ni de l’accumulation du savoir. En un mot, elle n’entretient aucune relation avec la pensée. La capacité à construire des ponts ou des ordinateurs, le développement des connaissances et le savoir-faire qui en résulte - tout cela n’a rien à voir avec l’intelligence.

Je parle d’une intelligence jaillie de la vision intérieure. Et lorsque s’éveille cette intelligence, apparaît la compassion authentique. Toutes nos capacités doivent agir en harmonie avec cette compassion. Car celle-ci possède sa propre intelligence.


Ultimes paroles. Entretiens avec Lakshmi Prasad. Pages 87 et 88. Editions Albin Michel - L’éveil de l’intelligence.




Voir et faire, c’est tout un. L’intervalle entre le voir et le faire est un gaspillage d’énergie, énergie qui est nécessaire pour voir — autrement dit pour faire.






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Re: La vision pénétrante

Message par Archange le Jeu 26 Mar - 20:52




La vision pénétrante




"La vision pénétrante, c'est l'esprit qui se perçoit lui-même, c'est l'esprit qui se connaît lui-même, sans barrière entre celui qui voit et ce qui est perçu, sans qu'il y ait entre le sujet et l'objet une action. La notion d'un observateur qui fait l'acte de percevoir quelque chose a complètement disparu, c'est ce que l'on appelle une auto-connaissance : l'esprit se perçoit lui-même, on voit quelque chose, mais il n'y a rien qui est vu par quiconque."



Guendune Rinpoché. Les bases de la pratique.

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