L'initiation, expérience de la "mort", cessation des impressions des sens et dilatation du moi aux dimensions du monde; renforcer l'âme en préparation à l'initiation afin de passer avec succès les épreuves

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

L'initiation, expérience de la "mort", cessation des impressions des sens et dilatation du moi aux dimensions du monde; renforcer l'âme en préparation à l'initiation afin de passer avec succès les épreuves

Message par Admin le Mar 29 Mai - 20:01

(Extrait du livre de Rudolf Steiner, "les Mystères de l'Orient et du Christianisme")



Expérience de la "mort" et expérience du "monde élémentaire"



Pour commencer, toute âme qui veut atteindre à un certain degré de l'initiation, de la nature des Mystères, doit connaître ce qu'on peut appeler "entrée en contact avec l'expérience de la mort". Essayez de vous représenter clairement le champ dans lequel vit l'homme sur le plan physique: dans ses impressions sensorielles et dans ses expériences psychiques ordinaires, c'est dans cela qu'il vit. Tout cela doit devenir un simple moyen dès qu'il pénètre dans la champ des Mystères. Que reste-t-il alors du sentiment que l'homme a de lui-même dans la vie ordinaire? Il n'en reste rien. Tout cela décline pour n'être plus qu'une réalité de second ordre. Donc tout ce que l'homme vit intérieurement, et naturellement aussi extérieurement dans la vie ordinaire, il faut qu'il s'en débarasse.
Représentez-vous donc: la voûte bleue du ciel devient transparente, elle disparaît, elle n'est plus là, toutes les limites que tracent les couleurs à la surface des choses disparaissent, elles ne sont plus là, les sonorités du monde physique s'éteignent, elles ne sont plus là, ce que le sens du toucher ressent disparaît, n'est plus là. Mais je vous prie d'en tenir compte: ceci devient une expérience vécue! Donc par exemple le sentiment de "se tenir sur ses pieds", qui n'est en effet rien d'autre qu'une expression du sens du toucher, cela cesse, et l'être humain a comme le sentiment que, le sol lui ayant été enlevé, il se trouve dans le vide. Cependant, il ne peut descendre, et il ne peut pas non plus monter tout d'abord. Et il en va de même pour toutes les impressions. Bref, tout ce que nous communique notre corps physique - , tout cela cesse.

Cette intensité dans la conscience - "Tu te trouves en dehors de toute expérience physique" - ne se produit en effet que dans l'initiation. Lors de l'élévation vers les mondes supérieurs, le moment vient où l'on se trouve en face de son corps physique, dont on peut, dans la vie de veille, mouvoir les mains, faire marcher les pieds, ployer les genoux, dont on peut ouvrir et fermer les paupières, etc. tandis que maintenant on a du corps physique tout entier le sentiment qu'il est pétrifié, qu'il est impossible de remuer les paupières, d'utiliser ses mains, de mouvoir ses jambes, etc. Ensuite, le moment survient où l'on sait que ce corps physique est pourvu d'yeux, mais qui ne servent plus à voir maintenant. D'un côté toutes les choses deviennent transparentes, et de l'autre la possibilité cesse complètement d'entrer en contact avec ces choses grâce aux moyens ordinaires dont on disposait jusqu'alors.

Essayez de saisir la contradiction: à l'instant où par exemple la voûte du ciel devient transparente, l'oeil perd complètement la possibilité de la voir. Le premier moment au niveau des Mystères, c'est celui où l'on parvient à surmonter la perception sensorielle et aussi l'activité pensante; mais ce que l'on doit obtenir par là vous est enlevé à l'instant même. On est parvenu par ses efforts au moment où quelque chose de nouveau va vous être donné, et à l'instant même cela vous est enlevé! Le monde des impressions nous est enlevé; ceci était désigné dans les Mystères de tous les temps, "la marche jusqu'au porche de la mort". Et l'on sait que l'on n'est rien d'autre à ce moment que toutes ces impressions, car au fond il n'y a rien d'autre que ces expériences intérieures, que ces impressions intérieures.

Il faut en venir au point où le monde extérieur vous refuse tout pouvoir, et il faut s'être développé intérieurement assez pour qu'à ce moment, par l'intensification de la confiance en soi, de sa fermeté intérieure, de sa présence d'esprit et de vertus analogues, on ait encore de la force, de l'énergie intérieure, si bien qu'au moment où le monde est enlevé, on dispose encore d'un surplus de cette énergie intérieure. Ceci détermine à cet instant une expérience importante, extrêmement importante.

On parvient jusqu'à la frontière où le monde devient transparent; et il vous est enlevé. On n'a rien pu sauver, on ne peut avoir sauvé rien d'autre qu'une certaine force intérieure obtenue en cultivant la confiance en soi, la présence d'esprit, l'absence de crainte,... Par cette voie on en vient à une expérience importante: Mais tu est seul au monde! Tu es tout à fait seul au monde! - Et cette expérience, que je ne puis caractériser autrement que par les mots: Tu es à toi seul le monde entier! - s'amplifie de plus en plus, devient de plus en plus forte, de plus en plus ample. Et le fait singulier, c'est que de cette exérience dans l'âme un monde tout nouveau peut naître, et doit aussi vraiment naître chez l'initié. On sent qu'on est parvenu jusqu'à une frontière où l'on s'est trouvé en face du néant, mais qu'on avait apporté soi-même une certaine force, qui est peut-être bien minime tout d'abord, mais qui grandit de plus en plus et qui s'étend de tous côtés. On commence à entrer dans le monde entier, à s'imprégner du monde entier, et plus l'on pénètre dans le monde avec son propre être, plus il vous apparaît comme se modifiant constamment. On guide la force que l'on a apportée vers l'une ou l'autre direction : suivant la façon dont on l'oriente, on fera une expérience différente. Mais pour commencer, ce qui est vécu là est ressenti par l'homme comme horrible parce que, dans le champ de cette expérience que l'on peut faire à ce moment, deux choses font entièrement défaut, deux choses dont l'absence à un certain degré de la connaissance n'est pas ressentie comme horrible avant qu'on ne l'éprouve consciemment, parce que dans l'expérience ordinaire du plan physique c'est toujours présent, et parce qu'en fait on n'en obtient une représentation que quand ce n'est plus là.

La première chose qui disparaît, c'est tout le sentiment de la matérialité, de la matérialité physique. Tout ce qui est existence matérielle a comme disparu dans le néant, n'est plus là. Le sentiment de se heurter à quelque chose de dur, ou aussi à quelque chose de souple comme l'eau ou l'air, bref le sentiment d'être environné de matière, disparaît, n'est plus là. On n'a plus affaire à des objets, mais seulement aux qualités des objets. Des corps physiques pesants, denses, il ne reste plus que la densité - mais non la substantialité; des corps fluides, il ne reste plus que la "fluidité" , mais non la substantialité, l'eau ou le liquide; de l'air il ne reste plus que le besoin de se dilater en tout sens, mais non la substantialité. On s'unit aux qualités des objets, mais on a le sentiment de ne rien faire d'autre, les objets disparaissent, toute matérialité cesse d'exister. Voilà la première chose qui disparaît.

La deuxième chose qui cesse à ce degré de l'expérience dont il est parlé maintenant, c'est toute liaison avec ce que dans la vie physique ordinaire on appelle les perceptions sensorielles. C'est ce qui se dégage déjà de ce qui a été exposé jusqu'à présent. Plus rien ne fait sur vous une impression, on est soi-même toute chose. L'impression qui existe encore, c'est tout au plus celle du "temps". Maintenant, tu n'es pas encore cela - et arès quelque temps, tu l'es. - Mais que des objets soient présents en dehors de nous, cela n'existe pas. Ou bien on est soi-même quelque chose ou bien il n'y a rien du tout. Tout ce qui se présente à nous, nous le sommes nous-mêmes; on disparaît dans tout cela, on se fond avec tout cela, et pour finir on est aussi grand que le monde qui est à notre disposition, on se fond en lui.

C'est ce qui ordinairement dans les lieux des Mystères on appelait "l'expérience du monde élémentaire". Deux choses sont alors possibles; ou l'initié a été correctement préparé; ou bien ça n'a pas été le cas, mais si c'est pas le cas, celui qui doit être initié, lorsqu'il a dilaté son être jusqu'à un certain point aux dimensions du monde, doit encore parvenir à conserver un reste de force. Si c'est le cas, si cetaines énergies qu'il a développées auparavant sont encore là, il fait maintenant l'expérience suivante.

Ordinairement, dans le monde habituel, l'être humain se trouve devant un objet, le regarde, et l'objet fait impression sur ses yeux, si bien qu'il en a connaissance; à partir du point de l'initiation qui vient d'être exposé, cela ne se produit plus. Car on n'a pas par exemple affaire à une reroduction du monde ordinaire - à savoir que les choses vous apparaissent comme celles du monde physique, simplement sans qu'on les ait vues auparavant - il faut maintenant, à partir d'un point déterminé, disposer encore de forces qu'on puisse ensuite déverser hors de soi-même. Donc, après avoir dépensé suffisamment de forces pour être un avec le monde, il faut en avoir en surplus pour les sécréter comme l'araignée sécrète sa toile. Vous voyez que tous les processus inhérents à la nature mystérique montrent combien il importe que l'on développe de puissantes énergies intérieures; car il faut avoir de bonnes réserves pour que tout cela puisse se faire.

Alors, il peut se produire ce qui suit. Naturellement, on n'a plus d'yeux physiques, lesquels font partie du corps physique que l'on a depuis longtemps laissé derrière soi. Mais du fait que l'on a sécrété quelque chose, et qu'on peut encore le faire comme l'araignée sécrète sa toile, il se forme comme des organes, et l'on peut observer qu'avec ce que l'on sécrète ainsi, il apparaît quelque chose de nouveau. Des objets vous apparaissent suivant un mode différent de la situation dans laquelle j'aurais ici la montre, et là-bas les yeux; c'est comme si l'oeil produisait un rayon qui pouvait prendre lui-même la forme de la montre, celle-ci se trouvant là grâce à l'activité de l'oeil.

Il ne s'agit pas là de construire ou de créer un monde subjectif, mais de sécréter en quelque sorte une substance d'âme. Et les mondes supérieurs auxquels nous nous adaptons pour y vivre doivent choisir ce détour pour que nous paraissions devant eux et que nous les connaissions. Il faut qu'ils se fraient un passage à travers notre propre substance d'âme, que nous avons mise à leur disposition. Dans le monde physique, les choses se placent devant nous sans notre participation. Mais dans les mondes spirituels, rien n'apparaît devant nous si nous ne mettons pas d'accord la substance de notre propre âme à leur diposition. C'est pourquoi, en ce point, il est si difficile de distinguer le subjectif de l'objectif. Car ce que nous sécrétons à partir de notre propre substance d'âme doit être subjectif; mais ce qui utilise la substance sécrétée pour être perçu doit être tout à fait subjectif.
avatar
Admin
Admin
Admin

Messages : 382
Date d'inscription : 31/03/2012
Localisation : Ici et là :)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum