Activation de la pensée, panorama de l'existence et pénétration des mondes spirituels (Rudolf Steiner)

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Activation de la pensée, panorama de l'existence et pénétration des mondes spirituels (Rudolf Steiner)

Message par Admin le Mer 23 Mai - 19:28

Extrait d'une conférence de Rudolf Steiner, 1923




Premiers pas vers la connaissance imaginative



"Il faut se rendre compte que l'état actuel de nos facultés pensantes sont passives. Le penser habituel reproduit les impressions telles que les sens les lui fournissent: ce qui, dans le monde des sens était avant demeure avant, ce qui était après demeure après, ce qui était en haut reste en haut, ce qui était en bas reste en bas. Et c'est ainsi que l'homme, non seulement dans la vie courante, mais encore dans la science, se borne à calquer passivement dans ses représentations le contenu des phénomènes qui se déroulent au dehors. Notre science en est venue à considérer comme un idéal cette détermination exacte des phénomènes extérieurs, excluant toute participation active du penser humain. Notre science se propose comme idéal des méthodes d'investigation qui rendent la pensée aussi passive que possible. Dans son domaine propre, elle a entièrement raison. Mais ce faisant, elle s'éloigne toujours davantage de ce qui est la véritable nature de l'homme. Car le premier pas à faire dans le chemin qui mène à la connaissance suprasensible, ce premier pas consiste à passer du penser purement passif à un penser intérieurement animé et actif.


Pour caractériser ce premier pas d'une manière tout à fait élémentaire, on peut dire ce qui suit: au lieu de nous laisser stimuler de l'extérieur pour former une représentation quelconque, prenons-en une que nous puiserons en nous-mêmes, dans le tréfonds de notre être, et plaçons-la au centre de notre conscience. Peu importe que cette représentation soit "vraie", il s'agit avant tout qu'elle soit tirée activement du centre de notre âme. Il ne serait donc pas bon de prendre un souvenir, car nos souvenirs sont entachés de réminiscences du monde sensible. Si nous tirons donc de nos souvenirs le contenu de notre méditation, nous risquons d'y admettre toutes sortes d'éléments passifs et nous ne sommes pas certains de la construire activement à l'intérieur de nous-mêmes.

(...)

On parvient, par ces procédés, à développer en soi un penser actif. L'essentiel est de ne jamais laisser faiblir l'énergie qui cherche le passage vers cette activité du penser. Il arrive tôt ou tard un moment où l'on découvre vraiment une toute nouvelle façon de penser, différant entièrement de celle qu'on avait pratiquée jusque-là. Ce nouveau penser ne se déroule plus en une suite d'images passivement acceptées; on découvre qu'il est entièrement actif, qu'il est une énergie dont on sait, qu'elle est de même nature que celle qui fait lever le bras ou tendre le doigt. On apprend à connaître une forme de penser au sein duquel on se sent plongé, comme dans un milieu qui serait porteur de l'essence humaine. Je ne m'exprime pas ici en symboles, j'expose la réalité concrète. Ce nouveau penser est de telle nature qu'il donne l'impression de pouvoir heurter quelque chose, et même de produire un choc. On sait très bien que le penser habituel ne peut produire de choc. Le penser ordinaire, qui est passif, ne heurte rien; il donne simplement une représentation du fait d'être heurté. Car ce penser passif n'est en rien une réalité. Il n'est qu'image. Alors que le penser auquel on peut parvenir de la manière dont j'ai parlé est une réalité: c'est un élément au sein duquel on vit. En activant son penser, on en fait un organe de toucher physique, on commence à se sentir plongé au sein d'une réalité, on pense comme on marcherait, comme on toucherait les objets. On sait que l'on vit en un être, non plus dans le penser habituel qui se contente de copier, mais dans une réalité, dans un organe de toucher physique avec lequel on s'est identifié totalement en tant qu'être humain.


C'est le premier pas à accomplir: transformer son penser à tel point que l'on peut avoir le sentiment d'être entièrement devenu celui qui pense; on est soi-même la force qui pense, cela s'agence en un tout. (...) Il s'agit d'une métamorphose de l'être humain en une entité toute nouvelle. Car on ne saurait percevoir ce qu'est l'homme en réalité tant qu'on ne reconnaît pas en lui une entité inaccessible aux sens terrestres. Ce qui se développe ainsi par l'activité du penser, c'est le premier élément constitutif suprasensible de l'entité humaine. On peut l'appeler corps éthérique ou corps des forces formatrices. Ce corps subtil est perceptible, en fait, à un sens supérieur du toucher qui naît du penser métamorphosé, et il est aussi tangible par ces sens que les objets physiques le sont par le toucher physique. Le penser s'est transformé en un toucher suprasensible. Et ce toucher suprasensible peut appréhender le corps éthérique de l'homme, dans une contemplation supérieure. (...) L'homme qui parvient dans le monde spirituel, qui le touche de la manière que j'ai exposée, est toujours capable de discerner s'il perçoit réellement, en vertu de son penser actif, ou s'il se représente seulement après coup ce qu'il a vécu grâce à ce penser.


La première expérience sur cette voie conduit à la véritable connaissance de soi. Tout ce qui se trouve autour de nous, cette table, ces chaises, etc. tout cela s'étale devant nos yeux dans l'espace extérieur, constituant une perception instantanée; de même notre penser devenu actif, devenu réel, perçoit tout d'abord le monde temporel qui est propre à notre soi. Tout ce qu'on a vécu, dont on ne conserve généralement qu'une image-souvenir, une représentation montée à la conscience, tout cela se présente aux yeux comme un tableau par lequel les choses les plus enfouies dans le passé redeviennent présentes. Ce phénomène a été décrit par des personnes qui avaient reçu un choc, par suite d'un danger de mort, d'une noyade par exemple; ces accidentés se trouvaient en danger de mort et ils ont vu se dérouler en esprit le tableau de leur existence terrestre. Ce tableau s'offre à celui qui a su activer son penser. Il voit surgir d'un seul coup devant son âme un panorama de son existence terrestre commençant au moment où il a appris à penser et allant jusqu'à l'instant actuel. Le temps devient espace. Le passé devient présent. On a devant soi une image. La connaissance que l'on reçoit est essentiellement imagée: c'est pourquoi j'appelle cette connaissance la connaissance imaginative, qui travaille dans un espace à deux dimensions, comme la peinture. (...) On voit tout ce qu'on a vécu dans sa vie terrestre se dérouler en une suite d'images frappantes, comme on l'a vécu de l'intérieur. (...) Il y a dans ce tableau quelque chose comme une immédiateté de l'expérience. Les événements ne s'y succèdent pas comme dans le souvenir, ils ne sont pas placés les uns après les autres, mais les uns auprès des autres dans un espace bidimensionnel.
Ce qu'on obtient par là, c'est une intensification de l'activité intérieure. Ce que l'on revit en ce tableau rétrospectif est empreint d'un élément subjectif de joie, même à l'égard des expériences qui dans la vie terrestre furent douloureuses. cette connaissance imaginative est liée à un sentiment d'immense bonheur.

(...)

Mais si l'on veut faire un nouveau pas en avant, il faut oublier pour l'instant ce bonheur. Après avoir dans un premier temps activé son penser par la méditation et la concentration, et avoir accédé au tableau de sa propre vie, il est nécessaire de chasser tout cela, de toute sa force, de la conscience. (...) Cette conscience vide qui d'habitude, provoque le sommeil, il faut la provoquer volontairement. Il faut demeurer éveillé malgré l'extinction complète de toutes les impressions conscientes. C'est là l'essentiel: il faut conserver toute sa force et toute son activité intérieure, quoiqu'on ne reçoive plus nulle impression du dehors. C'est l'établissement de la conscience vide, mais de la conscience vide dont on fait pleinement l'expérience. (...) Ce vide se transforme et et cesse d'être un vide; c'est en cet instant même qu'apparaît la seconde forme de connaissance suprasensible, le second degré, qu'on peut nommer la connaissance inspirée. Lorsque nous sommes parvenus après toutes ces préparations à une telle vacuité de la conscience, nous pouvons voir le monde spirituel se placer devant notre âme comme nous percevons dans la vie courante le monde visible avec nos yeux ou le monde sonore avec nos oreilles. Il ne s'agit plus de notre expérience propre, mais d'un monde spirituel objectif qui s'impose à nous, qui se situe en face de nous. Et si nous sommes assez forts pour évacuer de notre conscience non seulement des parties du tableau de notre existence, mais ce tableau dans sa totalité et en une seule fois, si nous sommes en mesure de le susciter puis de l'éteindre, accédant ainsi à une conscience vide, et si nous restons éveillés, la première chose qui s'introduit dans ce vide est l'expérience de la vie menée avant la naissance, avant la descente dans un corps terrestre. (...) Elle consiste à contempler sa propre existence préterrestre."


Extrait du livre "La connaissance initiatique".





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Re: Activation de la pensée, panorama de l'existence et pénétration des mondes spirituels (Rudolf Steiner)

Message par Archange le Lun 9 Juil - 16:19

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Re: Activation de la pensée, panorama de l'existence et pénétration des mondes spirituels (Rudolf Steiner)

Message par Archange le Dim 17 Nov - 15:28

Je trouve ce texte parmi les plus intéressants de Steiner concernant les exercices qu'il propose, car il démontre bien la passivité de la pensée lorsqu'elle est encore dominée par l'infiltration ahrimanienne, infiltration qui a également pour conséquence la division illusoire du penseur et de la pensée: il n'y a pas de penseur mais que la pensée. Il s'agit dès lors de réunifier ces deux composantes, de faire donc cesser l'illusion d'un "moi" séparé, moi illusoire comme l'ont démontré le Bouddha et bien d'autres traditions spirituelles, et de rejoindre le flot de ce Verbe intérieur, jusque-là muselé et écarté par ce verbe mort, mécanique, extérieur, purement ahrimanien, où les mots n'ont aucun contenu énergétique, où les mots séparent, coupent du réel.

La distanciation, la séparation, la souffrance de la séparation étant dûes à ce mental vérolé par cette infestation ahrimanienne.

Le Verbe intérieur, quant à lui est vivant et connecté aux réalités profondes...

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