Histoire de la philosophie

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Histoire de la philosophie

Message par Archange le Jeu 8 Mai - 19:15





Histoire de la philosophie


Sommaire


La philosophie est basée sur la capacité d’étonnement et sur la raison
Elle est née en Grèce pour expliquer le monde par la raison plutôt que par les mythes (les saisons…).
On peut donc 4 étapes dans « l’identification des possibles » : Le mythe (fondé sur la cohérence), philosophie (fondée sur raisonnement logique), la science expérimentale (fondée sur capacité de prévision), le postmodernisme (fondé sur le pragmatisme).


Les philosophes de la Nature (600-400 av JC)
Les « présocratiques » recherchent le principe premier de la nature. Celui-ci est différent de ce qui est créé (Anaximandre). Un principe premier éternel et immuable (Parménide) ou plutôt quatre éléments (Ampédocle) génèrent toute la diversité où « tout s’écoule » (Héraclite). Par exemple par l’assemblage d’atomes (mécanisme de Démocrite).

On retrouve également les prémices de la philosophie de Socrate avec par exemple le célèbre "deviens ce que tu es" de Pindare
Socrate, Platon et Aristote (400-300 av JC)
En 450 avant JC, Athènes devient capitale culturelle. L’étude de la nature fut supplantée par celle de l’homme.

  • Les sophistes sont des personnes cultivées. Il considèrent que le bien et le mal dépendent de la société.
  • Socrate au contraire considère que le bien et la raison sont éternels et immuables, tout comme ce qui appartient au monde des idées de Platon.
  • Platon (dualisme) privilégie les idées, la raison et les mathématiques (rationalisme comme Parménide mais aussi Socrate) alors qu’Aristote considère les sens comme premiers (comme Héraclite) et réhabilite la connaissance de la nature.

L’hellénisme (300 av JC + 400 ap JC)
Alexandre le grand relie à la Grèce, la Macédoine, la Syrie, l’Egypte jusqu’à l’Inde. Alexandrie est la capitale de la science et Athènes la capitale de la philosophie. Le modèle grec ignore les frontières. Les marchés regorgent de denrées et d’idées. C’est le règne de la mondialisation et du syncrétisme (mélange de religions).

  • La religion recherche comment échapper à la mort. La philosophie recherche la meilleure façon de vivre et de mourir (l’éthique).
  • On trouve 4 écoles : les cyniques (le bonheur, c’est d’être indifférent aux choses extérieures), les stoïciens (l’humanisme et le droit naturel, le monisme), les épicuriens (usage raisonné du plaisir, carpe diem) et les néoplatoniciens (seule la lumière divine existe, l’ombre et la matière ne sont qu’une absence de lumière).
  • Saint Paul fait du christianisme une religion mondiale et en quelques siècles tout le monde gréco-romain est christianisé. Comme les deux autres religions de l’écrit monothéistes, le christianisme est issu à l’origine de la culture sémitique. Il incorpore donc une vision linéaire de l’histoire dans laquelle Dieu réalise son dessein. Elle y ajoute la rémission des péchés, où le salut vient de Dieu grâce à la foi.

Le moyen âge (400-1400)
Le monde se scinde en trois : l’Occident (Rome, parlant romain, inspiré par le néoplatonisme du moins jusqu'à Saint Thomas d'Aquin), l’Orient (Constantinople, parlant grec) et le Sud (Alexandrie, parlant arabe, inspirée par Aristote). Une longue gestation des trois courants se déroule alors sur 1000 ans avant qu’il ne se réunissent à nouveau avec la « re-naissance »

  • Saint Augustin est néoplatonicien et « christianise » Platon. Il est le premier à inclure l’histoire. Dieu a choisi de sauver quelques hommes. L’église est le passage obligé pour le salut.
  • Saint Thomas d’Aquin « christianise » Aristote. Il y a deux chemins : la révélation ou la raison. Il n’y a qu’une seule vérité, même si elle peut avoir plusieurs représentations. Nous sommes sur une échelle ascendante qui mène des plantes à Dieu en passant par les animaux, les hommes et les anges.
  • Hildegard Bingen s’intéresse à Sophia, le coté féminin de Dieu qui a aussi pris une certaines importance pour les juifs et les orthodoxes.

La renaissance (fin XIVème - XVIème)

  • L'homme revient au centre avec l'humanisme alors qu'au moyen âge tout est ramené à Dieu. On passe également d'une économie familiale à une économie monétaire

  • Plusieurs inventions bouleversent le monde : la boussole, la poudre, l'imprimerie et plus tard le télescope.
  • Une nouvelle méthode scientifique voit le jour : la méthode expérimentale basée sur le réductionnisme, grâce en particulier aux travaux sur la trajectoire des planètes autour du Soleil de Copernic (héliocentrisme), Brahe (mesures), Kepler (Lois de Kepler). Francis Bacon pose les bases de la méthode expérimentale qui vérifie la théorie par des expérimentations systématiques de ses prévisions. Galilée qui considère que la nature est écrite dans un langage mathématique, découvre les lunes de Jupiter grâce à sa lunette astronomique. "Mesure ce qui est mesurable et rend mesurable ce qui ne peut pas être mesuré". Enfin Newton découvre la gravitation universelle et suggère que le monde est régit par un petit nombre de lois physiques.

  • Tout cela crée une nouvelle relation plus personnelle à Dieu et pousse vers la réforme. Martin Luther considère que l'homme n'a plus besoin de passer par les prêtres ou la religion. Cependant, l'homme est détruit par son arrivée sur Terre et doit trouver son salut dans la piété et dans "l'écriture seulement".


L’époque baroque (XVIIème)

  • L'époque Baroque est marquée par une glorification de la vie ET une négation de la vie ; par une coexistence entre l'idéalisme ET le matérialisme. La vie y est vue comme un théâtre ou comme un rêve
  • René Descartes recherche une nouvelle méthode pour la philosophie, proche des mathématiques et faisant appel à la raison. Seuls les rapports mathématiques quantitatifs sont réels, les rapports qualitatifs dépendent de nos sens dont nous ne pouvons pas en tenir compte. Descartes est dualiste. Pour lui, il y a deux réalités : la pensée et l'étendue.
  • Baruch Spinoza est moniste. Il n'y a qu'une seule substance (appelée Dieu ou Nature) qui a au moins deux qualités : la pensée et l'étendue. D'autres peuvent exister même si elles nous sont inaccessibles. Dieu ne se manifeste qu'à travers ses lois et tout se produit par nécessité : Le réel est le seul monde possible (alors que pour Leibnitz le réel est le meilleur monde parmi ceux possibles)

L'empirisme (XVIIème - XVIIIème)
Contrairement au rationalisme continental de l'époque baroque, l'empirisme britannique considère comme Aristote (et contrairement à Platon) que rien n'existe dans la conscience qui n'ait existé avant dans les sens.

  • John Locke s'intéresse à l'origine des pensée et représentations (de la "tabula rasa" aux idées sensorielles simples puis aux idées réflexives) et à la fiabilité de nos sens (avec des qualités primaires indiscutables et des qualités secondaires qui diffèrent suivant les personnes). Il considèrent que certaines lois morales sont fondamentales et pousse un "droit naturel".
  • David Hume distingue les impressions immédiates et les idées qui en sont le souvenir. On peut aussi associer les idées et en faire des idées fausses (Pégase est un cheval avec des ailes). Il considère que les lois naturelles relèvent de l'habitude et non de la raison. Les enfants au contraire, constatent la succession des événements mais pas leur causalité car la nature n'est pas encore devenue une habitude. Contrairement aux rationalistes, Hume pense que ce sont les sentiments et non la raison qui nous poussent à agir.
  • George Berkeley considère que le monde matériel n'existe pas et que la seule chose qui est existe est ce que nous percevons. Mais notre perception et nos idées sont influencées par une cause extérieure à notre propre conscience : Dieu.


Le siècle des lumières (XVIIIème)
Le centre de la philosophie passe ensuite de l'Angleterre à l'Allemagne puis en France


  • Emmanuel Kant réconcilie le rationalisme et l'empirisme.


    • Si la conscience est formée à partir des choses, celles-ci sont à leur tour formées à partir de la conscience (la "révolution copernicienne" de Kant).
    • Il y a une différence entre "la chose en soi" (sur laquelle nous ne pouvons avoir aucune certitude) et "la chose en moi" (basée sur notre expérience par les sens et la raison. Nous concevons chaque événement dans l'espace et le temps, et dans un rapport de cause à effet).



    • La loi de causalité et la loi morale sont universelles et non prouvables. La causalité fait parti de la raison, on peut donc sentir et démontrer les lois naturelles. La loi morale implique que nous sommes libres car nous obéissons à une loi que nous nous sommes imposé.

    • Pour les problèmes fondamentaux (qui ne s'appuient pas sur une expérience sensible), la raison tourne à vide et produira toujours deux thèses équiprobables qui s'affronteront. L'existence de Dieu et le libre arbitre sont des "postulats pratiques".



  • Les philosophes français (Montesquieu, Voltaire, Rousseau...) développent le rationalisme sur la tradition humaniste. Il prônent la révolte contre l'autorité et veulent éclairer les couches profondes de la population (par exemple avec l'encyclopédie).
  • La religion est vue comme naturelle avec le déisme (Dieu a créé le monde et ne s'est pas manifesté depuis) et le droit naturel se développe (qui peut s'opposer parfois aux lois).


Le romantisme (fin XVIIIème - milieu XIXème)
Le romantisme développe les sentiments, l'imaginaire et la nostalgie comme contre poids à la raison. Il pratique le culte du moi et cherche à s'échapper par le rêve.

  • le génie artistique est la quintessence du romantisme. "L'activité artistique est un jeu où l'homme est libre car il invente ses propres règles" Schiller
  • La nature est un immense moi ("l'âme du monde", "l'esprit du monde"). Tout est un organisme vivant.

  • La nature et la conscience de l'homme sont deux formes d'expression de la même chose. On peut chercher l'esprit du monde aussi bien dans la nature qu'en soi même.
  • Il y a deux formes : le romantisme universel (l'âme du monde et le génie artistique) et le romantisme national (l'histoire comme processus vers un but et la culture populaire)

Hegel, Kierkegaard



  • Hegel pense que la somme de toutes les manifestations à caractère humain (sa version de "l'esprit du monde" par rapport à celle des romantiques qui le voit comme l'origine de l'existence), se développe. Il n'y a pas de vérité éternelle car on ne peut séparer un philosophe ou une pensée de son contexte historique. La philosophie doit comprendre le mouvement de l'histoire pour voir comment "l'esprit du monde" s'éveille vers une conscience de lui-même en trois stades :

    • il prend conscience de lui dans l'individu (raison subjective)
    • puis dans les "forces objectives" : la famille, l'état et les autres groupes (raison objective)
    • et atteint la conscience absolue dans l'art, la religion et la philosophie car il réfléchit alors à sa propre activité.


  • Hegel introduit également le processus dialectique avec la triade : thèse, antithèse, synthèse. "Penser négativement" permet d'avancer mais si on est pris à parti il est difficile d'arriver à la synthèse.


Le romantisme et l'historicisme allemand de Hegel marquent la fin des grands systèmes d'idées. La philosophie sera ensuite une philosophie de l'action.

  • Kierkegaard fait la promotion de l'individu sur la "masse" et de la religion sur la raison. Il utilise trois notions : l'existence, la vérité subjective et la foi pour critiquer le panthéisme du romantisme et l'historicisme de Hegel.


    • La recherche de la nature profonde des hommes et des choses ne présente pas d'intérêt et chacun doit rechercher ses propres "vérités subjectives" ce qui peut être une condition de vie ou de mort car c'est dans l'action et nos choix que nous existons.

    • Il définit trois stades face à l'existence : esthétique (le plaisir et le jeu mais qui amène une angoisse et un vide), éthique (grave et basé sur les critères moraux mais qui amène une lassitude) et religieux (qui permet de trouver la réconciliation tant espérée avec soi-même).



Le naturalisme : Marx, Darwin et Freud (Milieu XIXème - XXème)
La naturalisme est une conception de la nature qui ne reconnaît point d'autre réalité que la nature et le monde sensible : Pour Marx, notre idéologie est le produit des conditions matérielles de la société ; pour Darwin, l'homme est le produit d'une longue évolution biologique et pour Freud, les actions de l'homme sont souvent le fait de pulsions ou d'instincts.


  • Karl Marx propose une philosophie de l'action avec le matérialisme historique :


    • la superstructure (les modes de pensée, les institutions, la loi, la religion) est déterminée par les trois formes d'infrastructure (les conditions de production : climat, matières premières... - les moyens de production et les rapports de production : qui possède les moyens de production) Il y a en fait une relation dialectique entre les deux.

    • Il y a toujours eu deux classes, avec une lutte des classes. Mais la distinction entre ce qui est bien et ce qui est mal découle des moyens de production et est donc déterminé par la classe dirigeante. Le capitalisme est un système qui s'autodétruit.
    • Le communisme prône l'instauration d'une dictature du prolétariat pour ensuite arriver à une société sans classe (mais ce sont les hommes qui sont chargés de gérer le communisme et les hommes ne sont pas parfaits...)
    • Après la mort de Marx, le mouvement se scinde en deux : le Marxisme-Léninisme et la social-démocratie qui prône une révolution lente


  • Charles Darwin fut le premier a oser contredire la Bible. Il fut surnommé "l'homme le plus dangereux d'Angleterre" mais eut droit à des funérailles nationales. Il propose dans son ouvrage "de l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle" deux thèses principales :


    • L'évolution biologique : Il observe dans les îles Galapagos les différentes tortues et les différents becs des pinsons (qui dépendent du type de nourriture que l'on trouve sur chaque île). Charles Lyell a montré quelques temps avant en géologie qu'une évolution extrêmement longue permet à des changements minimes de conduire à de grands bouleversements. Darwin suggère que l'âge de la terre n'est pas de 6000 ans mais de 300 millions d'années (on considère 4,6 milliards d'années aujourd'hui)

    • L'évolution est due à une sélection naturelle. Thomas Maltus et Benjamin Franklin ont montré que s'il n'y avait pas eu de sélection, chaque espèce aurait envahie la terre. Il y a une lutte pour la survie et les plus adaptées survivent.
    • Les néo-darwinistes ont développé le principe de mutation par erreur dans la division cellulaire. Elle permet l'adaptabilité en proposant de nouvelles mutations dont certaines sont mieux adaptées à l'environnement même si celui-ci a évolué.
    • Voir l'évolution n'est pas facile : la vie est comme une loterie dont on ne voit que les lots gagnants. Il semble que la vie va dans la direction d'une complexité croissante. Nous en sommes un maillon pour transmettre toute l'histoire de notre évolution aux suivants.


  • Sigmund Freud développe la "psychologie des profondeurs" ou "psychanalyse" : Il existe une relation conflictuelle entre les pulsions et désirs de l'homme et les exigences du milieu ; entre le désir et la culpabilité.


    • Freud distingue : le "çà" (principe de pulsion et de plaisir), le sur-moi (qui intériorise les exigences morales du milieu et nous prévient quand nous avons des désirs "sales". On y retrouve la culpabilité) et le moi (qui a des fonctions de régulation). Les désirs non acceptables sont refoulés dans l'inconscient (ou subconscient).
    • L'inconscient réagit par des lapsus, en se justifiant (trouver une raison) ou en se projetant (voir chez autrui ce que l'on a refoulé)
    • Pour "forcer la porte" ou en ouvrir d'autres, Freud utilise les associations libres mais surtout l'interprétation des rêves. Il cherche à dépasser le contenu manifeste du rêve pour trouver le sens profond, le contenu latent constitué de la satisfaction masquée des désirs refoulés.
    • Freux a eu à partir de 1920 une influence sur les arts et la littérature. la créativité est une alliance de l'imagination (ouvrir les possibles) et de la raison (choisir).



L'époque contemporaine


  • Nietzsche a influencé le XXème siècle. Il s'élève contre l'historicisme d'Hegel et contre la "morale d'esclave" chrétienne. Les philosophes et la tradition chrétienne montrent le monde des idées et non plus le monde réel. Il souhaite opérer une "transmutation" de toutes les valeurs pour que l'épanouissement des forts ne soit pas entravé par les faibles.
  • Les existentialistes avec en particulier Jean-Paul Sartre part de l'homme mais il considère que "l'existence précède l'essence" : L'homme doit trouver du sens a sa propre vie après en avoir constaté le manque. Il n'existe aucune direction pour nous guider mais nous sommes responsable de nos actes. L'existentialisme a influencé la littérature et le théâtre en introduisant l'absurde pour amener le public a trouver une forme d'existence plus authentique.
  • D'autres courants de philosophie ont foisonné au XXème siècle, tel que le néo-thomisme, l'empirisme logique, le néo-marxisme, le néo-darwinisme, la psychanalyse... Le matérialisme considère que c'est en posant des questions insolubles que l'homme avance. D'autres considèrent que notre approche rationnelle et scientifique arrive à ses limite comme le courant écologique qui prend en compte les grands problèmes de la nature ou le new-âge qui veut redonner une nouvelle spiritualité.


Cette partie a été construite entre autre à partir du livre de Jostein Gaarder, « le monde de Sophie », H. Aschehoug & CO (W. Nygaard) Oslo, 1971 - traduction française, le Seuil, paris 1995
Voir également la page sur "quelques courants philosophiques" et les idées et méthodes du dictionnaire Imago Mundi, encyclopédie gratuite en ligne

_________________
Sois le changement que tu veux voir en ce monde
avatar
Archange

Messages : 2694
Date d'inscription : 01/04/2012

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Histoire de la philosophie

Message par Archange le Jeu 8 Mai - 19:23




Cinq courants, fondés sur les notions d'esprit, de matière, de raison, d'humanité et d'individu, se combattent ou s'associent.



Le courant spiritualiste

Ce courant qui inclus (Platon, Saint Augustin, Bergson) professe que l'«esprit» est une réalité distincte de la matière et supérieure à tout ce qui est perçu par les sens. L'âme, indépendante du corps et plus aisée à connaître que celui-ci, est immatérielle, invisible, indivisible et immortelle. «Le corps, dit Platon, est un tombeau.» Notre vie terrestre doit donc préparer notre âme, retenue ici-bas dans sa prison charnelle, à sa libération dans un autre monde.Le courant matérialiste n'admet point d'autre réalité que la matière, dont les transformations déterminent nécessairement tous les phénomènes, soit mécaniquement (matérialisme mécaniste de l'Antiquité, avec Démocrite, Epicure, Lucrèce), soit dialectiquement (selon Marx et Engels). Ce qu'on appelle «âme» n'est rien d'autre que la faculté, pour le corps, de sentir et d'agir. La mort étant l'anéantissement total de cette faculté, nous n'avons nulle vie future à espérer ou à craindre.


Le courant rationaliste

Ce courant, dont Descartes est considéré, à juste titre, comme l'initiateur, s'accomplit avec Spinoza (Éthique) et Hegel (la Logique). Selon ces philosophes, il existe en l'homme un pouvoir indépendant de l'expérience: la raison. Celle-ci consiste en principes a priori, irrécusables, évidents, sur lesquels repose toute connaissance certaine. Les sens, pour leur part, ne peuvent fournir que des indications particulières et contingentes. La connaissance empirique n'offre ainsi qu'une vue confuse de la vérité. Bien que Descartes mît initialement à part les vérités révélées par Dieu, pour un penseur rationaliste nulle autorité n'est supérieure à celle de la raison ou du «bon sens» qui, selon l'auteur du Discours de la méthode, est «la chose du monde la mieux partagée».


Le courant humaniste


Ce courant va de Montaigne à Auguste Comte en passant par Kant. Pour ces philosophes, l'humanité – hors de nous, mais d'abord en nous – est la seule réalité digne de ce nom, la seule source, sinon la seule mesure, de toute valeur.


Le courant existentialiste

Ce courant désigné par un terme d'origine récente, représente la lignée des penseurs proches des théologiens et souvent en guerre ouverte contre la philosophie. Ils placent au cœur de la réflexion le tragique de l'existence individuelle: la «misère sans Dieu» (Pascal), la terrible responsabilité de l'homme «sous le regard de Dieu» (Kierkegaard) ou la «facticité» du monde d'où Dieu est absent (Sartre). L'idée d'homme, dans un tel contexte, est indéterminée. Il appartient à chacun de croire ou de ne pas croire (Pascal), d'accepter ou de refuser les normes sociales du Bien et du Mal (Kierkegaard), d'assumer sa liberté ou de s'abandonner à l'immoralité des «salauds» (Sartre).Les trois grandes questions fondamentales, qui concernent respectivement la connaissance, l'action et la croyance, se rapportent en fin de compte à une seule et même interrogation: «Qu'est-ce que l'homme?» Celle-ci peut être considérée, avec Kant (Critique de la raison pure), comme la question philosophique qui résume toutes les autres.


La philosophie et les sciences humaines

L'homme est le principal objet de la philosophie mais aussi des sciences dites «humaines»: l'ethnologie, la sociologie, l'histoire, la géographie humaine, la psychologie, la psychiatrie, et d'autres disciplines qui se sont progressivement détachées de la philosophie, étudient l'homme sous certaines conditions et dans des limites déterminées de temps et de lieu. Quant à l'anthropologie, elle prétend même à une connaissance globale de l'homme. Ainsi, au moins à titre de simples projets, les sciences humaines, l'anthropologie et la philosophie pourraient être confondues comme ayant le même objet, à savoir l'homme, sous toutes les latitudes et dans toutes ses particularités. Cependant, tandis que l'homme est, en effet, pour ces diverses sciences, un objet d'étude particulier, c'est-à-dire un donné empirique, objectivement offert à toutes les investigations et à toutes les manipulations expérimentales, il est en revanche pour la philosophie le contraire d'un donné ou d'un objet: la philosophie le conçoit comme une idée dont aucun sondage ne peut rendre compte, dont aucune investigation objective, aucune enquête empirique, si vaste et si rigoureuse soit-elle, ne peut fonder l'universalité. Au contraire, aucune enquête, aucun sondage ne peut être entrepris au sujet de l'homme sans une idée préalable de ce qu'il peut être. L'idée de l'homme qui préside à la réflexion philosophique est dépouillée de toute particularité et se fonde sur un jugement de valeur (positif, négatif ou indéterminé) à visée universelle. En ce sens, elle est indépendante des investigations de l'anthropologie en général et des sciences humaines en particulier. Loin d'être particulière, elle s'inscrit paradoxalement à la fois dans l'universalité de la pensée et dans la singularité de toute existence. Les grandes philosophies, auxquelles on reproche parfois d'être de pures abstractions, ont en effet ceci en commun qu'elles concernent l'homme dans son humanité intrinsèque, mis à part ses particularités, qui le rattachent à tel ou tel groupe ethnique, religieux, économique ou culturel. En revanche, les grandes options fondamentales (spiritualisme, matérialisme, rationalisme, existentialisme, humanisme), loin de s'exclure absolument, s'entrecroisent dans le champ doctrinal de la philosophie. Elles ont ainsi produit et ne cessent de produire, par alliance ou par détachement, de nombreux courants philosophiques particuliers, qui se rangent sous de nouvelles étiquettes (néoplatonisme, empirisme, positivisme, etc.). Mais au sein même de chacun de ces ensembles surgissent à nouveau de vigoureuses individualités. De sorte qu'il n'y a pas, à vrai dire, deux philosophes qui soient, par exemple, spiritualistes, matérialistes ou rationalistes de la même façon. C'est ce qui justifie une nomenclature beaucoup plus fine des doctrines, désignées par référence à leur fondateur: le platonisme, le cartésianisme, le spinozisme, le kantisme, l'hégélianisme, le marxisme, etc.


Du sujet à l'universel

Penseur singulier, chaque philosophe vise cependant à l'universel. Tel est le paradoxe de la philosophie, qui constitue la raison principale pour laquelle ses adversaires ne souscrivent pas à son projet en insistant sur l'énorme distance qui sépare sa visée objective (l'universel) de sa source subjective (l'individu singulier). Cependant, c'est précisément cette visée à l'universel excluant la moindre concession à la particularité qui est l'essence même de la philosophie.Chaque fois que le «Je pense, donc je suis» (Cogito, ergo sum) cartésien est mis en question, c'est qu'il y a doute quant au «je», sujet des verbes «penser» et «être»: si ce «je» n'était que celui de Descartes, il prouverait certes à Descartes qu'il est ou existe, du moins aussi longtemps qu'il pense, mais il ne prouverait rien d'autre. Il ne lui permettrait nullement d'affirmer l'existence de la pensée en dehors et au-delà de cet exercice singulier qu'effectue ce «je». Mais chacun peut refaire pour son propre compte l'expérience singulière du cogito. Sans cela, loin de donner immédiatement accès à d'autres vérités, le fait que «je pense» risquerait de m'enfermer dans ma subjectivité et de me condamner au solipsisme, c'est-à-dire à cette forme extrême d'idéalisme subjectif qui consisterait pour un sujet pensant (et parlant) à s'affirmer lui-même comme la seule réalité. Or le solipsisme, simple fiction philosophique révélant l'extravagance de l'idéalisme, n'a jamais existé. Don Quichotte lui-même ne se croyait pas seul au monde. C'est pourquoi la signification du «Je pense, je suis» doit être cherchée dans une autre direction que celle de la subjectivité étroitement individuelle. Ainsi, quand Nietzsche objecte à Descartes qu'il vaudrait mieux dire «il pense en moi» plutôt que «je pense», il ne fait que traduire autrement l'expérience cartésienne de la pensée. En revanche, Spinoza avait remarqué à juste titre: Descartes commence par la pensée.» Pour Descartes, en effet, l'âme pense toujours et toute son essence n'est que de penser. Or penser, c'est échapper à la particularité des circonstances de temps et de lieu, dans lesquelles nous confine notre corps, pour accéder à l'universalité des idées.L'universalité est consubstantielle à la pensée de tout objet, comme la singularité l'est à toute existence humaine. Or les sciences ne nous font connaître que des généralités. La difficulté, pour la connaissance, est précisément, en partant de l'universalité, de cerner tout objet à connaître, quel qu'il soit, dans son individualité singulière. Comme l'indiquait déjà Aristote: «Il n'y a de science que du général, et il n'y a d'existence que du singulier.» Inversement, la difficulté, en morale, comme l'indiquera Kant, est de référer une conduite nécessairement individuelle à une valeur universelle.Le singulier et l'universel sont les deux pôles de réflexion de toute philosophie, en dehors de tout repos ou de tout enlisement dans la particularité sociologique, économique, religieuse, ethnique ou raciale d'une fraction de l'humanité. La philosophie se tient constamment dans le rapport qui unit un sujet singulier à la pensée de l'universel, soit comme son fondement, soit comme son couronnement. Ainsi, le discours hitlérien de Mein Kampf, important document historique fondé sur une idéologie raciste, n'est à aucun titre un ouvrage philosophique. C'est donc dans un sens extrêmement vague du mot «philosophie» qu'Emmanuel Levinas proposait, en 1934, quelques réflexions sur la «philosophie de l'hitlérisme». Pour sa part, après avoir lu Mein Kampf, Jean Cavaillès écrivait, à la même date: «C'est caractéristique pour ce peuple qu'avant même d'être au pouvoir – ou en retraite comme Napoléon – son chef ait éprouvé le besoin de pondre six cents pages serrées; tout finit par la pseudo-philosophie.» Georges Canguilhem préférait parler de «contre-philosophie», car «le principe de cette systématisation, improvisée aux fins de conditionnement collectif, consistait dans la haine et le refus absolu de l'universel». C'est en effet dans son rapport à l'universel qu'un sujet, délivré des contingences, des avatars et des limites de son individualité, peut véritablement penser, en transcendant sa subjectivité dans l'anonymat des idées. En ce sens, la philosophie se distingue radicalement de la littérature, où l'originalité de l'expression est appréciée pour elle-même. Il est pourtant arrivé à quelques grands penseurs de vouloir rivaliser avec la poésie elle-même.

_________________
Sois le changement que tu veux voir en ce monde
avatar
Archange

Messages : 2694
Date d'inscription : 01/04/2012

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Histoire de la philosophie

Message par oursagora le Dim 25 Sep - 17:05

bonjour .

je suis véritablement subjuguée de ton oeuvre archange !
que de ressources !

ma passion est justement la philosophie .
je n' ai pas totalement pris connaissance de ton topic .
mais pour l' heure , cela demande des recherches et du clavier !

je te suis reconnaissante de cet apport d' infos qui vont mettre trés utiles a l' avenir .

passes une agréable soirée archange .
a trés bientot du plaisir certain de te lire .

amitié oursagora .

oursagora

Messages : 1143
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 56
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Histoire de la philosophie

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum