Geopolitique par les massacres : 1ére saison :DRESDE

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Geopolitique par les massacres : 1ére saison :DRESDE

Message par tchektuf le Jeu 24 Avr - 2:16

l'histoire depuis l'antiquité n'est pas avare en massacres petits et énormes pour mettre
le monde sous la volonté de quelques monstres ou confréries de monstres ,ayant obtenu le bon de sortie des sphéres "invisibles" pour égayer l'évolution sur terre.
Depuis la 2éme guerre mondiale les " usa" ,fer de bombardement du bloc anglo américain, se sont spécialisés pour échapper à la déroute économique, dans des conflits sur tout le globe ,y répandant ses bases militaires,prètes aux agressions,dont la liste est longue.

Les européens engoncés dans leurs décadence s'apercevront trop tard
l'efficacité du mantram de Victoria Nuland (sous-secrétaire d'État des usa pour l'Europe et l'Eurasie) « Fuck the UE ! ».

voici la  1ére saison :DRESDE qui a précédé la 2éme saison: HIROSHIMA_NAGASAKI

Pourquoi Dresde fut-elle détruite les 13-14 Février 1945 ?

Voici un texte de l’historien canadien d’origine belge le Dr Jacques R. Pauwels qui relate un fait historique que tout le monde croit connaitre et à travers lequel une bonne partie de l’actualité s’éclaire. Il est tiré de son livre Le mythe de la bonne guerre dont je vous conseille vivement la lecture, ne serait-ce que pour comprendre à quelle sauce nous serons mangés demain si les choses continuent telles quelles. Vous aussi vous pouvez être sacrifié juste parce que quelqu’un, quelque part, a envie de donner une leçon à son voisin.
**

Par le Dr Jacques R. Pauwels

Dans la nuit du 13-14 Février 1945, l’ancienne et belle capitale de la Saxe, Dresde, a été attaquée trois fois, deux fois par la RAF et une fois par l’USAAF, l’Armée de l’Air des États-Unis, dans une opération impliquant plus de 1000 bombardiers. Les conséquences ont été catastrophiques, car le centre historique de la ville a été réduit en cendres et entre 25 000 et 40 000 personnes ont perdu la vie. (1)

Dresde n’était pas un centre industriel ou militaire important et ne méritait donc pas l’effort considérable et inhabituel que les américains et les britanniques ont mis en commun dans le raid. La ville n’a pas été attaquée en représailles de précédents bombardements allemands sur des villes comme Rotterdam et Coventry, non plus. En revanche pour la destruction de ces villes, bombardées impitoyablement par la Luftwaffe en 1940, Berlin, Hambourg, Cologne et d’innombrables autres villes allemandes, petites et grandes ont déjà payé un lourd tribut en 1942, 1943 et 1944.

En outre, au début de 1945, les commandants alliés savaient parfaitement que même le bombardement le plus féroce ne parviendrait pas à « terroriser [les Allemands] au point de les soumettre » [2] de sorte qu’il n’est pas réaliste d’attribuer ce motif aux planificateurs de l’opération.  

Le bombardement de Dresde, alors, semble avoir été un massacre qui n’a aucun sens, et se profile comme une entreprise encore plus terrible que l’anéantissement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki qui, au moins, aurait conduit à la capitulation du Japon.

Ces derniers temps, cependant, le bombardement de pays et de villes est presque devenu un événement quotidien, rationalisé, non seulement par nos dirigeants politiques, mais aussi présenté par nos médias comme une entreprise militaire efficace et comme un moyen parfaitement légitime pour atteindre les objectifs prétendument valables.

Dans ce contexte, même la terrible attaque sur Dresde a été récemment réhabilitée par un historien britannique, Frederick Taylor, qui fait valoir que l’énorme destruction qui s’est abattue sur la ville saxonne n’a pas été conçue par les planificateurs de l’attaque, mais était le résultat inattendu d’une combinaison de circonstances malheureuses, dont les conditions météorologiques parfaites et les défenses aériennes allemandes désespérément inadéquates. [3]

Toutefois, les allégations de Taylor sont contredites par un fait qu’il précise lui-même dans son livre, à savoir qu’environ 40  » heavies  » américains s’était écartés de la trajectoire de vol et ont fini par larguer leurs bombes sur Prague au lieu de Dresde. [4] Si tout s’était déroulé comme prévu, la destruction de Dresde aurait sûrement été encore plus grande qu’elle ne l’était déjà. Il est donc évident qu’un degré inhabituellement élevé de destruction avait été prévu.
Plus grave est l’insistance de Taylor sur le fait que Dresde constitue une cible légitime, car ce n’était pas seulement un important centre militaire, mais aussi une plaque tournante de premier ordre pour le trafic ferroviaire et aussi une grande ville industrielle, où de nombreuses usines et ateliers produisaient toutes sortes d’équipements militaires importants.

Un ensemble de faits, toutefois, indiquent que ces objectifs «légitimes» ont à peine joué un rôle dans les calculs des planificateurs du raid. Tout d’abord, la seule installation militaire vraiment significative, l’aérodrome de la Luftwaffe à quelques kilomètres au nord de la ville, n’a pas été attaquée. Deuxièmement, la station de chemin de fer décrite comme ayant une importance cruciale n’a pas été marquée comme cible par les avions britanniques « Pathfinder » qui ont guidé les bombardiers. Au lieu de cela, les équipes ont été chargées de larguer leurs bombes sur la ville, située au nord de la station de chemin de fer. [5]
Par conséquent, même si les Américains ont fait bombarder la gare et d’innombrables personnes y ont péri, l’établissement a subi relativement peu de dommages structurels, si peu, en fait, qu’il était encore capable de gérer des trains transportant des troupes quelques jours seulement après l’opération. [6] Troisièmement, la grande majorité des industries militairement importantes de Dresde ne sont pas situées en centre-ville mais dans les banlieues, où aucune bombe n’a été lâchée, du moins pas volontairement. [7]


Il ne peut pas être nié que Dresde, comme n’importe quelle autre grande ville allemande, contenait des installations industrielles militairement importantes, et qu’au moins une partie de ces installations étaient situées dans le centre-ville et ont donc été anéanties dans le raid, mais cela ne conduit pas logiquement à la conclusion que l’attaque a été planifiée à cet effet. Les hôpitaux et les églises ont été détruits, et de nombreux prisonniers de guerre alliés qui se trouvaient dans la ville ont été tués, mais personne ne fait valoir que le raid avait été organisé pour cela.

De même, un certain nombre de Juifs et de membres de la résistance anti-nazi de l’Allemagne, en attente d’expulsion et / ou d’exécution, [8], ont pu s’échapper de la prison pendant le chaos provoqué par les bombardements, mais personne ne prétend que tel était l’objectif du raid. Il n’y a aucune raison logique, alors, de conclure que la destruction d’un nombre inconnu d’installations industrielles de plus ou moins grande importance militaire était la raison d’être du raid. La destruction de l’industrie de Dresde – comme la libération d’une poignée de Juifs – n’était rien de plus qu’une conséquence imprévue de l’opération.

Il est souvent suggéré, également par Taylor, que le bombardement de la capitale saxonne visait à faciliter l’avance de l’Armée rouge. Les Soviétiques eux-mêmes l’auraient demandé à leurs partenaires occidentaux au cours de la conférence de Yalta du 4 Février au 11 février 1945, pour affaiblir la résistance allemande sur le front de l’Est au moyen de raids aériens. Mais il n’existe aucune preuve qui confirme ces allégations. La possibilité de raids aériens anglo-américains sur des cibles en Allemagne de l’Est a en effet été discutée lors de la rencontre de Yalta, mais au cours de ces pourparlers, les Soviétiques ont exprimé la crainte que leurs propres lignes puissent être touchées par les bombardiers, ils ont donc demandé que la RAF et USAAF n’opèrent pas trop loin à l’est. [9] (La peur des Soviétiques d’être frappés par ce qui est maintenant appelé «tir ami» n’était pas injustifiée, comme ça a été démontré lors du raid sur Dresde lui-même, quand un nombre considérable d’avions ont bombardé par erreur Prague, située aussi loin de Dresde que les lignes de l’Armée Rouge l’étaient.) C’est dans ce contexte qu’un général soviétique sous le nom de Antonov a exprimé un intérêt général à « des attaques aériennes qui entraveraient les mouvements de l’ennemi», mais cela peut difficilement être interprété comme une demande d’infliger à la capitale saxonne – qu’il n’a , par ailleurs, pas mentionné du tout – ou à toute autre ville allemande le type de traitement que Dresde a subi le 13-14 Février.

Ni à Yalta, ni à toute autre occasion, les Soviétiques n’ont demandé à leurs alliés occidentaux le type de soutien aérien qui s’est matérialisé sous la forme de l’effacement de Dresde De plus, ils n’ont jamais donné leur accord au plan de bombarder Dresde, comme il est également souvent revendiqué. [10]. En tout cas, même si les Soviétiques avaient demandé une assistance aérienne, il est extrêmement peu probable que leurs alliés auraient répondu en déclenchant immédiatement la puissante flotte de bombardiers qui a servi à attaquer Dresde.

Afin de comprendre pourquoi il en est ainsi, nous devons regarder de plus près les relations entre les alliés au début de 1945. De mi à fin Janvier, les Américains étaient toujours impliqués dans les dernières convulsions de la « Bataille des Ardennes », une contre-offensive allemande inattendue sur le front occidental qui leur avait causé de grandes difficultés. Les Américains, les Britanniques et des Canadiens n’avaient pas encore franchi le Rhin, n’avaient même pas atteint la rive ouest de ce fleuve, et étaient encore séparés de Berlin par plus de 500 kilomètres. Alors que sur le front de l’Est, l’Armée Rouge avait lancé une offensive majeure le 12 Janvier et avait progressé rapidement à moins de 100 kilomètres de la capitale allemande. Le constat de la probabilité que les Soviétiques allaient, non seulement prendre Berlin, mais allaient pénétrer profondément dans la moitié ouest de l’Allemagne avant la fin de la guerre, perturbait beaucoup de dirigeants militaires et politiques américains et britanniques. Est-il réaliste de croire que, dans ces circonstances, Washington et Londres étaient impatients de permettre aux Soviétiques de réaliser encore plus de progrès ?

Même si Staline avait demandé de l’aide aérienne anglo-américaine, Churchill et Roosevelt auraient fourni une aide symbolique, mais n’auraient jamais lancé l’opération massive et sans précédent de la RAF-USAAF combinés que le bombardement de Dresde se révèle être. De plus, attaquer Dresde signifiait l’envoi de centaines de grands bombardiers à plus de 2000 kilomètres à travers l’espace aérien ennemi, approchant de si près des lignes de l’Armée Rouge qu’ils courraient le risque de lâcher leurs bombes par erreur sur les soviétiques ou d’être abattus par l’artillerie antiaérienne des russes.

Pouvait-on s’attendre à ce que Churchill ou Roosevelt investissent ces énormes ressources humaines et matérielles et  courent de tels risques dans une opération qui permettrait à l’Armée rouge de prendre Berlin et éventuellement atteindre le Rhin avant eux ? Absolument pas. Les dirigeants politiques et militaires américano-britanniques étaient, sans aucun doute, d’avis que l’avancée de l’Armée rouge était déjà trop rapide.

Vers la fin de Janvier 1945, Roosevelt et Churchill se préparaient à se rendre à Yalta pour une rencontre avec Staline. Ils avaient demandé une telle réunion parce qu’ils voulaient mettre en place des accords concernant l’Allemagne d’après-guerre avant la fin des hostilités. En l’absence de tels accords, les réalités militaires sur le terrain détermineraient qui contrôlerait quelles parties de l’Allemagne, et tout semblait montrer que, quand les nazis capituleraient, les Soviétiques auraient le contrôle de la majeure partie de l’Allemagne et ainsi seraient en mesure de déterminer unilatéralement l’avenir politique, social et économique de ce pays. Pour un tel scénario unilatéral, Washington et Londres avaient créé un précédent fatidique, à savoir quand ils ont libéré l’Italie en 1943 et ont catégoriquement refusé à l’Union soviétique toute participation à la reconstruction de ce pays; ils ont fait la même chose en France et en Belgique en 1944. [11] Staline, qui avait suivi l’exemple de ses alliés quand il a libéré les pays d’Europe de l’Est, n’a évidemment pas besoin ou envie d’un tel accord interallié par rapport à l’Allemagne, et donc d’une telle réunion. Il a accepté la proposition, mais a insisté pour que la rencontre ait lieu sur le sol soviétique, à savoir dans la station balnéaire de Crimée de Yalta.

Contrairement aux croyances traditionnelles au sujet de cette conférence, Staline s’y est montré le plus accommodant, acceptant une formule proposée par les Britanniques et les Américains et très avantageuse pour eux, à savoir, une division de l’Allemagne d’après-guerre en zones d’occupation, avec seulement environ un tiers du territoire de l’Allemagne – qui sera plus tard « l’Allemagne de l’Est » – étant attribué aux Soviétiques. Roosevelt et Churchill ne pouvaient pas prévoir cette issue heureuse de la Conférence de Yalta, dont ils reviendraient « dans un état d’exultation.» [12]
Dans les semaines qui ont précédé la conférence, ils s’attendaient à trouver un dirigeant soviétique, fort des récents succès de l’Armée rouge et bénéficiant de l’avantage de jouer à domicile, dans le rôle d’un interlocuteur difficile et exigeant. Un moyen devait être trouvé pour le ramener sur terre, le conditionner à faire des concessions en dépit d’être le favori temporaire du dieu de la guerre.

Il était extrêmement important de faire comprendre à Staline que la puissance militaire des Alliés occidentaux, en dépit des récents revers dans les Ardennes belges, ne doit pas être sous-estimée. L’Armée rouge certes comportait d’énormes masses d’infanterie, d’excellents chars, et une formidable artillerie, mais les Alliés occidentaux ont dans leurs mains un atout militaire que les Soviétiques étaient incapables d’offrir. Cet atout était leur armée de l’air, mettant en vedette la plus impressionnante collection de bombardiers que le monde ait jamais vue. Cette arme a permis aux Américains et aux Britanniques de lancer des frappes dévastatrices sur des objectifs qui étaient éloignés de leurs propres lignes. Si Staline avait conscience de cela, ne serait-il pas plus facile de traiter avec lui à Yalta?

C’est Churchill qui a décidé que l’annihilation totale d’une ville allemande, sous le nez des Soviétiques pour ainsi dire, enverrait le message souhaité au Kremlin. La RAF etl’USAAF ont pu, pendant un certain temps, porter un coup dévastateur contre n’importe quelle ville allemande, et des plans détaillés pour une telle opération, connue sous le nom «Opération coup de tonnerre», avaient été méticuleusement préparés. Pendant l’été 1944, cependant, lorsque l’avance rapide depuis la Normandie a permis de croire que la guerre serait probablement gagnée avant la fin de l’année, et que les pensées étaient déjà tournées vers la reconstruction d’après-guerre, une opération du style coup de tonnerre a commencé à être vue comme un moyen d’intimider les Soviétiques. En Août 1944, un mémorandum de la RAF a souligné que «la dévastation totale du centre d’une grande ville [allemande] … serait de nature à convaincre les alliés russes … de l’efficacité de la puissance aérienne anglo-américaine». [13]

Pour aboutir à la défaite de l’Allemagne, une opération coup de tonnerre n’était plus considérée comme nécessaire au début de 1945. Mais vers la fin de Janvier 1945, alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Yalta, Churchill a montré tout à coup un grand intérêt pour ce projet, a insisté pour qu’il soit exécuté ‘’Tout de Suite’’, et a spécifiquement ordonné au commandant en chef des bombardiers de la RAF, Arthur Harris, de rayer de la carte une ville à l’est de l’Allemagne. [14] Le 25 Janvier le Premier ministre britannique a indiqué où il voulait pulvériser les Allemands, c’est à dire quelque part  » dans leur retraite [à l’ouest] de Breslau [maintenant Wroclaw en Pologne] ». [15] En termes de centres urbains, cela correspondait à l’orthographe D-R-E-S-D-E-N. Que Churchill lui-même ait été derrière la décision de bombarder une ville à l’est de l’Allemagne est également mentionné en allusion dans l’autobiographie d’Arthur Harris, qui a écrit que « l’attaque de Dresde était à l’époque considérée comme une nécessité militaire par des gens beaucoup plus importants que moi-même. » [16] Il est évident que seules des personnalités de la trempe de Churchill étaient capables d’imposer leur volonté au tsar des bombardements stratégiques. Comme l’historien militaire britannique Alexander McKee l’a écrit, Churchill « voulait écrire [une] leçon dans le ciel nocturne [de Dresde] » à l’intention des Soviétiques.

Cependant, étant donné que l’USAAF a également fini par être impliqué dans le bombardement de Dresde, nous pouvons supposer que Churchill a agi avec la connaissance et l’approbation de Roosevelt. Les partenaires de Churchill au sommet de la hiérarchie politique et militaire des États-Unis, dont le général Marshall, ont partagé son point de vue; eux aussi ont été fascinés, comme l’écrit McKee, par l’idée «d’intimider les [soviétiques] communistes en terrorisant les nazis. » [17]
La ​​participation américaine dans le raid de Dresde n’était pas vraiment nécessaire, parce que la RAF était sans aucun doute capable d’anéantir Dresde dans une performance en solo. Mais l’effet « overkill » résultant d’une contribution redondante américaine était parfaitement fonctionnel dans le but de démontrer aux Soviétiques la létalité de la puissance aérienne anglo-américaine. Il est également probable que Churchill ne voulait pas que la responsabilité de ce qu’il savait être un terrible massacre soit exclusivement britannique; c’était un crime pour lequel il avait besoin d’un partenaire.

Une opération de style coup de tonnerre provoquerait bien sûr des dégâts aux éventuelles installations industrielles et militaires et aux infrastructures de communication qui se trouveraient dans la ville ciblée, et porterait donc inévitablement un nouveau coup à l’ennemi allemand déjà chancelant. Mais quand une telle opération a finalement été lancée, avec comme objectif Dresde, elle a été conçue beaucoup moins dans le but d’accélérer la défaite de l’ennemi nazi que dans le but d’intimider les Soviétiques. Pour utiliser la terminologie de l ‘«analyse fonctionnelle» de l’Ecole Américaine de sociologie, frapper les Allemands aussi durement que possible a été la fonction « évidente » de l’opération, tout en intimidant les Soviétiques, ce qui serait sa fonction « latente » ou « cachée », beaucoup plus importante. La destruction massive lancée sur Dresde a été prévue – en d’autres termes, était «fonctionnelle» – non dans le but de porter un coup dévastateur à l’ennemi allemand, mais dans le but de démontrer à l’allié soviétique que les Anglo-Américains avaient une arme que l’Armée rouge, quelles que soient sa puissance et son efficacité contre les Allemands, ne pouvait pas égaler, et contre laquelle elle n’avait pas de moyens de défense adéquats.

Beaucoup de généraux américains et britanniques et d’officiers de haut rang étaient sans doute au courant de la fonction latente de la destruction de Dresde, et ont approuvé une telle entreprise; cette connaissance a également atteint les commandants locaux de la RAF et de l’USAAF ainsi que les «maîtres bombardiers. » (Après la guerre, deux maîtres bombardiers ont affirmé se rappeler qu’il avait été clairement dit que cette attaque visait à «impressionner les Soviétiques avec la puissance de frappe de notre Commandement de Bombardement. ») [18] Mais les Soviétiques, qui avaient jusque-là fait la plus grande contribution à la guerre contre l’Allemagne nazie, et qui ont de ce fait non seulement subi les plus grandes pertes, mais aussi marqué les succès les plus spectaculaires, par exemple à Stalingrad, inspiraient beaucoup de sympathie parmi les militaires américains et britanniques subalternes, y compris les équipages de bombardiers. Cette catégorie aurait certainement désapprouvé tout type de plan destiné à intimider les Soviétiques, et très certainement un plan – l’effacement total d’une ville allemande – qu’ils auraient à effectuer. Il était donc nécessaire de camoufler l’objectif de l’opération derrière une justification officielle. En d’autres termes, parce que la fonction latente du raid était «indicible», une fonction évidente « dicible » devait être concoctée.

Et donc les commandants régionaux et les maîtres bombardiers ont été invités à formuler d’autres objectifs, que l’on espère crédibles, à l’intention de leurs équipages. Compte tenu de cela, nous pouvons comprendre pourquoi les instructions données aux équipages, pour ce qui concerne les objectifs, diffèrent d’une unité à l’autre et étaient souvent fantaisistes et même contradictoires. La majorité des commandants ont mis en avant des objectifs militaires, et ont cité des «cibles militaires» indéterminées, d’hypothétiques «usines de munitions vitales» et «dépôt d’armes et de matériel », un présumé rôle de Dresde comme «ville fortifiée», et même l’existence dans la ville de quelque « Quartier Général de l’armée allemande ». On retrouve aussi souvent de vagues références à des « installations industrielles importantes » et des « gares de triage ». Afin d’expliquer aux équipages pourquoi c’est le centre historique de la ville qui a été ciblé et non les banlieues industrielles, certains commandants ont parlé de l’existence d’un « siège de la Gestapo» et « d’une gigantesque usine de gaz toxique « . Certains intervenants étaient incapables d’inventer de telles cibles imaginaires, ou ne voulaient pas, pour quelque raison, être disposés à le faire; ils ont laconiquement dit à leurs hommes que les bombes devaient être larguées sur « le centre-ville de Dresde», ou «sur Dresde» tout court. [19] Que détruire le centre d’une ville allemande, dans l’espoir de semer autant de dégâts que possible aux installations militaires et industrielles et aux infrastructures de communication, est devenu l’essence de la stratégie du « bombardement de zone » pour les alliés, ou du moins pour les britanniques. [20]

Les membres des équipages avaient appris à accepter cette triste réalité de la vie, ou plutôt de la mort, mais dans le cas de Dresde beaucoup d’entre eux se sentaient mal à l’aise. Ils ont posé des questions sur les instructions en ce qui concerne les objectifs, et ont eu le sentiment que ce raid impliquait quelque chose d’inhabituel et de suspect et que ce n’était certainement pas une affaire de «routine», comme Taylor la présente dans son livre. Un opérateur radio d’un B-17, par exemple, a déclaré dans une communication confidentielle que «ce fut la seule fois » que « [il] (et d’autres) a estimé que la mission était inhabituelle ». L’angoisse vécue par les équipes a également été illustrée par le fait que dans de nombreux cas le briefing du commandant n’a pas déclenché les acclamations traditionnelles de l’équipage mais s’est heurté à un silence glacial. [21]

Directement ou indirectement, volontairement ou involontairement, les instructions et les séances d’information adressées aux équipages ont parfois révélé la véritable fonction de l’attaque. Par exemple, une directive de la RAF aux équipages d’un certain nombre de groupes de bombardiers, datant du jour de l’attaque, le 13 Février 1945, stipulait sans équivoque que l’intention ‘’était de montrer aux Russes, quand ils atteindraient la ville, ce que notre Bomber Command était capable de faire « . [22] Dans ces circonstances, il n’est guère surprenant que de nombreux membres de l’équipage ont bien compris qu’ils devaient rayer Dresde de la carte dans le but d’effrayer les Soviétiques. Un membre canadien d’une équipe de bombardier témoignait oralement pour un historien après la guerre qu’il était convaincu que le bombardement de Dresde avait pour but de faire comprendre aux Soviétiques « qu’ils devaient faire attention, sinon nous saurions leur montrer ce que nous pourrions aussi faire avec les villes russes « . [23]

Les nouvelles de la destruction particulièrement horrible de Dresde ont également provoqué un grand malaise parmi les civils britanniques et américains, qui partageaient la sympathie des soldats pour l’allié soviétique et qui, après avoir appris les nouvelles du raid, ont de même senti que cette opération dégageait quelque chose d’inhabituel et de suspect. Les autorités ont tenté d’exorciser le malaise du public en expliquant que l’opération était un effort pour faciliter l’avance de l’Armée rouge. Lors d’une conférence de presse de la RAF dans Paris libéré le 16 Février 1945, les journalistes ont été informés que la destruction de ce « centre de communication » situé près du « front russe » avait été inspirée par le désir de faire en sorte que les Russes « puissent continuer leur lutte avec succès.  » Le fait que ce n’était qu’une justification, concoctée après les faits par ceux qu’on appelle aujourd’hui les  » spin doctors « , a été révélé par le porte-parole militaire lui-même, qui a maladroitement reconnu qu’il  » pensait  » qu’il y avait  » probablement  » une intention d’aider les Soviétiques. [24]

L’hypothèse que l’attaque sur Dresde visait à intimider les Soviétiques explique non seulement l’ampleur de l’opération, mais aussi le choix de la cible. Pour les planificateurs de l’opération coup de tonnerre, Berlin était toujours posé comme la cible parfaite. Au début de 1945, cependant, la capitale allemande avait déjà été bombardée à plusieurs reprises. Pourrait-on s’attendre à ce qu’un autre bombardement, aussi dévastateur soit-il, ait l’effet escompté sur les Soviétiques quand ils se seront frayé un chemin jusqu’à la capitale ? Une destruction réalisée dans les 24 heures donnerait sûrement un effet considérablement plus spectaculaire si une ville assez grande, compacte, et « vierge » – c’est à dire qui n’a pas encore été bombardée – en était la cible. Dresde, qui avait eu la chance de ne pas avoir été bombardée jusque-là, avait maintenant l’infortune de répondre à tous ces critères. En outre, les commandants américains et britanniques s’attendaient à ce que les Soviétiques atteignent la capitale saxonne dans quelques jours, de sorte qu’ils seraient en mesure de voir très bientôt de leurs propres yeux ce que la RAF et l’USAAF pouvaient réaliser en une seule opération. Bien que l’Armée rouge soit entrée dans Dresde beaucoup plus tard que les Britanniques et les Américains avaient prévu, à savoir, le 8 mai 1945, la destruction de la capitale saxonne a eu l’effet désiré. Les lignes soviétiques étaient situées à seulement quelques centaines de kilomètres de la ville, de sorte que les hommes et les femmes de l’Armée Rouge ont pu contempler la lueur du brasier de Dresde à l’horizon nocturne. Le gigantesque incendie aurait été visible jusqu’à une distance de 300 kilomètres.

Si intimider les Soviétiques est considéré comme la fonction «latente», donc la fonction réelle de la destruction de Dresde, alors non seulement son importance mais aussi la date de l’opération fait sens. L’attaque était censée avoir lieu, du moins selon certains historiens, le 4 Février 1945, mais a dû être reportée en raison de conditions météorologiques défavorables, à la nuit du 13 au 14 Février. [25] La conférence de Yalta a commencé le 4 Février. Si les feux d’artifice de Dresde avaient eu lieu ce jour-là, cela aurait pu fournir à Staline de quoi alimenter sa réflexion à un moment critique. Le dirigeant soviétique, volant à haute altitude après les récents succès de l’Armée rouge, aurait été ramené sur terre par cet exploit des forces aériennes de ses alliés, et donc se serait révélé être un interlocuteur moins confiant et plus agréable à la table de la conférence. Cette attente a été clairement reflétée dans un commentaire fait une semaine avant le début de la conférence de Yalta par un général américain, David M. Schlatter:

« Je pense que nos forces aériennes sont notre atout majeur avec lequel nous allons aborder la table des négociations d’après-guerre, et que cette opération [le bombardement planifié de Dresde et / ou Berlin] ajoutera énormément à leur force, ou plutôt à la connaissance qu’a la Russie de leur force ». [26]

Le plan pour bombarder Dresde n’a pas été annulé, mais simplement reporté. Le genre de démonstration de puissance militaire qu’il était censé être conservait son utilité psychologique, même après la fin de la conférence de Crimée. On continuait à s’attendre à ce que les Soviétiques entrent bientôt à Dresde et ainsi soient en mesure de constater de visu l’horreur destructrice que les forces aériennes anglo-américaines ont pu causer à une ville loin de leurs bases en une seule nuit. Plus tard, quand les accords plutôt vagues conclus à Yalta devront être mis en pratique, les « gars dans le Kremlin » se souviendront sûrement de ce qu’ils avaient vu à Dresde, tireront des conclusions utiles de leurs observations, et se comporteront selon ce que Washington et Londres attendent d’eux. Lorsque vers la fin des hostilités les troupes américaines eurent l’opportunité d’entrer dans Dresde avant les Soviétiques, Churchill y opposa son veto : même à ce stade avancé où Churchill était très désireux que les Anglo-Américains occupent autant de territoire allemand que possible, il continue à insister pour que les Soviétiques soient autorisés à occuper Dresde, sans doute afin qu’ils puissent bénéficier de l’effet démonstratif du bombardement.



hiroshima

Dresde a été effacée afin d’intimider les Soviétiques avec une démonstration de la puissance de feu énorme qui a permis aux bombardiers de la RAF et de l’USAAF de déclencher la mort et la destruction à des centaines de kilomètres de leurs bases, avec en filigrane un message clair: cette puissance de feu pourrait viser l’Union soviétique elle-même. Cette interprétation explique les nombreuses particularités du bombardement de Dresde, comme l’ampleur de l’opération, la participation inhabituelle dans un seul raid à la fois de la RAF et l’USAAF, le choix d’une cible « vierge », l’énormité (volontaire) de la destruction, le moment de l’attaque, et le fait que la gare soi-disant d’une importance cruciale, les banlieues avec leurs usines et l’aérodrome de la Luftwaffe n’ont pas été ciblés. Le bombardement de Dresde avait peu ou rien à voir avec la guerre contre l’Allemagne nazie: c’était un message Anglo-Américain à Staline, un message qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes. Plus tard cette même année, deux autres messages codés, quoique de manière pas très subtile, suivront, provoquant encore plus de victimes, mais cette fois ce sont des villes japonaises qui ont été ciblées, et l’idée était d’attirer l’attention de Staline sur la létalité d’une terrible nouvelle arme de l’Amérique, la bombe atomique [27]. [color=#990033]Dresde avait peu ou rien à voir avec la guerre contre l’Allemagne nazie; elle a eu beaucoup, sinon tout, à voir avec un nouveau conflit dans lequel l’ennemi devait être l’Union soviétique. Dans la chaleur horrible des enfers de Dresde, d’Hiroshima et de Nagasaki, la guerre froide est née.
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Re: Geopolitique par les massacres : 1ére saison :DRESDE

Message par tchektuf le Jeu 24 Avr - 23:17

il est inutile d'énumérer tous les saisons des massacres géopolitiques; elles sont connues et restent dans l'impunité .
il est néanmoins des traitements personnalisés
qui font mouches (ou belzebuth) et qui sont peu connus du public.

Voici donc les oeuvres de quelqu'un qui a cassé la barak, question popularité ,
ovationné comme le messie aux usa  et provoquant une obamania en europe(spécialement dans le pois chiche français).









Pourquoi Obama est devenu le
président des drones

Invité de BibliObs
Par Invité de BibliObs
.
Dans son livre "The Drone Zone", Mark Mazzetti, du "New York Times", explique la "fièvre tueuse" d'un président humaniste. Et ça fait froid dans le dos.
Barack Obama annonçant une codification de l'usage des drones à Washington D.C., le 24 mai 2013 (Sipa) Barack Obama annonçant une codification de l'usage des drones à Washington D.C., le 24 mai 2013 (Sipa)
.
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« Ce n’est pas lié au fait d’essayer de ne pas conduire des gens à Guantánamo»: en ce 6 juin 2013, la syntaxe chantournée d’Eric Holder devant la sous-commission du Sénat trahit l’immense embarras du ministre de la Justice des États-Unis, qui s’efforce de défendre le programme d’assassinats ciblés du président Obama. Il n’est pas le seul des porte-parole de l’administration à peiner lorsqu’il faut répondre aux questions sur la politique américaine de largage de drones sur le monde.

1. La hantise des agents de la CIA

L’une des principales thèses du livre que Mark Mazzetti consacre au sujet est la suivante: la CIA et le Pentagone ont décidé de traquer et tuer les ennemis présumés pour éviter les méthodes extrajudiciaires de capture et d’interrogatoire adoptées par le prédécesseur d’Obama à la Maison-Blanche. L’auteur réitère l’accusation à de multiples reprises, avec un sens de l’euphémisme qui n’appartient qu’à lui:
" En l’absence de possibilités de placer en détention les suspects de terrorisme, et faute de goût pour les vastes opérations terrestres en Somalie, l’option de tuer était parfois bien plus attirante que celle de capturer."

Ou :
" L’exécution était le mode d’action privilégié en Somalie et, comme le confie l’un des agents impliqués dans la planification de la mission, "nous ne l’avons pas pris parce qu’il aurait été difficile de trouver un endroit où le mettre".

En d’autres termes, l’administration a mis le paquet sur ce qui ressemble fort à des exécutions extrajudiciaires, faute de mieux, après avoir fermé les sites de détention secrets de Bush et décidé de ne plus envoyer personne à Guantánamo, où le tiers environ de la centaine de grévistes de la faim a bénéficié d’une forme sinistre d’Obamacare, les tubes dans le nez.

Mazzetti apporte une autre explication, inexprimée et peut-être inexprimable, de l’escalade dans la guerre des drones: les membres de l’appareil du renseignement craignaient d’être un jour tenus pour pénalement responsables de l’usage de la torture, un crime dans le droit américain. A le croire, la multiplication des assassinats par drones fut en partie motivée par des murmures de rébellion au sein de la CIA, où règne une peur légendaire d’être désigné à la vindicte par des responsables politiques manipulateurs.

Au moment de la brillante entrée en fonctions d’Obama, l’agence était apparemment préoccupée à l’idée que des «agents officiant en secret dans les prisons de la CIA puissent être poursuivis pour leur travail». Cette crainte a refroidi l’enthousiasme des interrogateurs pour l’extorsion d’informations par la violence physique et psychologique:
Chaque coup reçu par la CIA concernant son programme de détention secrète et d’interrogatoires inclinait un peu plus ses dirigeants à faire ce calcul morbide: l’agence se porterait bien mieux si elle tuait les terroristes présumés plutôt que de les incarcérer.

Selon John Rizzo, un juriste de l’organisation, les responsables de l’administration Obama «ne sont jamais venus dire qu’ils allaient commencer d’assassiner les suspects parce qu’ils ne pouvaient pas les interroger, mais personne ne pouvait s’y tromper […]. À partir du moment où le temps des interrogatoires était révolu, il ne restait que l’assassinat».

Résumant ses entretiens avec Rizzo et d’autres membres du sérail, Mazzetti conclut:
" Les drones armés, et la politique d’assassinat ciblé en général, ont offert un nouveau cap à un service d’espionnage qui commençait de se sentir carbonisé par les années vouées à la politique de détention secrète et d’interrogatoires.
"

Voilà une façon incendiaire d’insinuer que la «critique de gauche» d’une politique de sécurité nationale certes inutilement dure et supervisée avec nonchalance, mais rarement mortelle, porte une certaine responsabilité dans le revirement d’Obama en faveur de la mort subite par drones.

Mazzetti lui-même ne l’évoque pas, mais la thèse selon laquelle les principes progressistes en la matière engendrent plus de cruauté qu’ils n’en évitent est depuis longtemps l’une des flèches préférées des conservateurs. Avant de devenir ministre de la Justice sous la seconde administration Bush, Michael Mukasey avait avisé les défenseurs des libertés civiles que le sang ne maculerait pas les mains des hommes qui torturaient les prisonniers de guerre mais les leurs. La gauche, affirma-t-il étrangement dans le «Wall Street Journal», se comportait de manière criminelle en plaidant pour le contrôle judiciaire des décisions de l’exécutif en matière de détention:
L’effet involontaire d’un avis de la Cour suprême qui étendrait sa juridiction sur les détenus de Guantánamo pourrait être de créer à l’avenir une préférence pour l’assassinat plutôt que la capture des terroristes présumés.

Tout ce qu’allaient obtenir ces défenseurs des droits, ce serait la mort des suspects, pas leur juste traitement.

Deux opérateurs de drones, pilotant des Predator au Moyen-Orient depuis des bases situées aux Etats-Unis. (Sipa/ AFP Imagesforum)

2. La revanche de John Brennan

Mais est-ce vraiment en suivant un scénario antilibéral écrit par les faucons de l’ère Bush qu’Obama a troqué la détention secrète pour le tir à vue? La supposition possède un accent de vérité. Le programme de drones armés a au minimum des liens de sang avec le programme Bush de détention sans inculpation. Une parenté dont témoigne notamment ce principe qu’elles ont en commun: les ennemis présumés ne méritent pas un procès leur permettant de prouver qu’ils sont innocents des charges retenues contre eux.

L’idée que les deux politiques procèdent de la même sensibilité est également étayée par la trajectoire professionnelle de John Brennan, un ancien de la CIA récemment devenu directeur de l’agence. Après avoir été son directeur exécutif adjoint sous George Bush, Brennan est revenu aux affaires publiques (il avait été entre-temps P-DG d’une officine privée de renseignement) en 2008 comme conseiller d’Obama pour la lutte antiterroriste et, selon certains, simili-confesseur, bénissant les frappes mortelles du président au nom de leur conformité avec la philosophie catholique de la guerre juste.

Quoi qu’il en soit, Brennan a joué un rôle clé dans la transformation spectaculaire de la CIA en «machine à tuer, organisation obsédée par la chasse à l’homme». Plus concrètement, la «liste des hommes à abattre», durant le premier mandat Obama, fut «coétablie dans le bureau de John Brennan au sous-sol de la Maison-Blanche».

John Brennan (Sipa)

Voilà qui donne un indice des origines de l’actuelle politique des drones. Brennan fut, sous Bush, un avocat déclaré de la détention illimitée, de la «restitution» illégale [rendition] des suspects à des pays connus pour leurs piètres performances en matière de respect des droits de l’homme, et de l’interrogatoire musclé (mais pas du waterboarding). Ce sont même précisément ces états de service – et cela nous ramène plus directement à notre sujet – qui ont fait capoter sa nomination à la tête de la CIA en 2008, suite au rejet du Sénat.

Il ne semble pas tiré par les cheveux d’imaginer que, meurtri par ce retour de bâton contre les pratiques antiterroristes de l’ère Bush, Brennan ait été l’un des cerveaux de la conversion aux machines à tuer téléguidées. Avec cette nouvelle méthode de lutte contre les combattants ennemis, les agents du renseignement étaient beaucoup moins guettés par le spectre de la responsabilité pénale et autres phénomènes torpilleurs de carrière. La trajectoire déviée de Brennan jusqu’à la direction de la CIA, surtout si l’on y ajoute sa déclaration stupéfiante de juin 2011 sur l’absence de victimes civiles des drones, semble ainsi confirmer l’hypothèse récurrente du livre de Mazzetti: la présidence «assassine» d’Obama s’est construite par souci d’impunité de la CIA.

3. Pour en finir avec l’Irak

Que les «opérations imprévues à l’étranger» d’Obama, au nom tellement inoffensif, descendent en ligne directe de la guerre globale contre le terrorisme de Bush ne devrait pourtant pas nous surprendre. Un changement de président ne provoque jamais de bouleversement de la politique de défense quand le jeu partisan, les pesanteurs bureaucratiques, les droits acquis et l’opinion publique ne bougent que légèrement – si d’aventure ils bougent – à la faveur de l’élection. Comme l’écrit Mazzetti:
Les fondations de la guerre secrète ont été posées par un président républicain conservateur et avalisées par un président démocrate progressiste tombé amoureux de l’héritage.

Mais pourquoi exactement Obama a-t-il fait de l’assassinat télécommandé la pièce maîtresse de sa politique antiterroriste? La question ne relève pas de la simple curiosité. Il faut commencer par tirer au clair les motivations de l’administration pour pouvoir jauger les justifications qu’elle présente à l’opinion.

Mazzetti a pris un bon départ, mais il passe à côté d’une bonne partie de l’histoire, qui commence avec la rupture entre Obama et la conception de la sécurité nationale qu’avait Bush. Cela va presque sans dire, mais le passage aux drones est le résultat logique de la promesse faite par le nouveau président de se désengager des guerres d’invasion et d’occupation de l’ère précédente

Après la crise financière de 2008, les responsables américains ont commencé à douter du bien-fondé de cette prodigalité pour des projets chimériques comme la réconciliation ethnique et religieuse en Irak ou la construction de l’État en Afghanistan. Ces deux guerres dévoraient encore une part démesurée des ressources limitées dont dispose le pays pour sa défense, à commencer par l’attention des plus hauts responsables.

Mais l’électorat américain était devenu de plus en plus indifférent à leur égard, et de plus en plus dubitatif sur leur contribution à la sécurité nationale. Quant aux décideurs politiques, ils voyaient à l’évidence l’invasion de l’Irak, ayant par mégarde enfanté un allié chiite de l’Iran, comme un fiasco absolu. Et, en Afghanistan, les soldats formés par les États-Unis commençaient à tirer sur leurs instructeurs, laissant entendre que la capacité de l’Amérique à transmettre des compétences dépassait de loin sa capacité à inspirer de la loyauté.

Obama s’est désolidarisé de Bush quand il a abandonné l’espoir de transformer les anciens États sponsors du terrorisme en alliés dignes de confiance. Et les événements postérieurs sont venus confirmer de manière retentissante qu’il était sage de circonscrire la lutte antiterroriste aux seuls acteurs non étatiques.

L'inquiétant flot d’armes qui s’est déversé des arsenaux de Kadhafi sur le Mali et la Syrie a ainsi rappelé aux responsables américains que le changement de régime anarchique nourrit parfois la prolifération. La chute d’un dictateur dans des régions rompues à l’art de la contrebande ne peut qu’inonder le marché noir d’armes dangereuses, proposées à des prix défiant toute concurrence. Heureusement pour les néocons obsédés par le terrorisme nucléaire, Saddam Hussein ne possédait pas l’arsenal dont ils avaient argué pour justifier l’opération de renversement du régime.

À vrai dire, pendant qu’Obama se démène pour gérer au mieux l’héritage de la destruction mutuelle assurée, la dissuasion nucléaire a pris une forme radicalement nouvelle. Les États puissants n’assurent plus la paix en menaçant de s’envoyer des armes incroyablement destructrices.

Ce sont les États faibles qui veulent la bombe pour agiter le spectre d’une perte de contrôle au cas où un pays étranger soutiendrait un brutal changement de pouvoir. La frappe israélienne contre le réacteur syrien en 2007 a empêché Bachar el-Assad de s’y essayer. Mais force est de se demander si son usage – à petite échelle, mais incontestable – du gaz sarin vise à faire frémir les puissances occidentales à l’idée des conséquences d’un effondrement de son régime.
4. L’exception Ben Laden

Obama a donc décidé d’en finir avec les guerres contre les États parrains présumés du terrorisme pour des raisons parfaitement claires. Mais pourquoi a-t-il autorisé l’usage offensif des drones? Est-ce, comme le prétendent ses partisans, parce que cette forme de belligérance est la manière la plus efficace de protéger les Américains contre des attentats particulièrement meurtriers?

Ce serait une excellente justification. Cette explication suppose malheureusement que le président dispose d’un moyen de calcul réaliste des effets de sa politique sur la sécurité nationale.

En parlant de la «fièvre tueuse» d’Obama, expression qu’il utilise ailleurs pour évoquer les carnages commis par les groupes terroristes, Mazzetti invite ses lecteurs au doute sur la sincérité de l’administration quand elle plaide pour les drones armés avec des arguments du type «votre-sécurité-s’en-trouve-améliorée». Lesquels doutes redoublent quand on lit que «la CIA avait l’aval de la Maison-Blanche pour mener des frappes au Pakistan, même quand ses "cibleurs" n’étaient pas certains de l’identité de l’homme qu’ils étaient en train de tuer».

Avant de reconnaître que «toute frappe de drone est une exécution», Richard Blee, l’ancien chef de l’unité de la CIA en charge de la chasse à Ben Laden, a confié à Mazzetti que l’agence avait mis la barre plus bas en matière d’identification des cibles parce que les espions américains ne «voulaient plus savoir qui nous assassinions avant qu’on appuie sur la détente».

Ils ne voulaient plus savoir. C’est un propos extraordinaire, cette ignorance volontaire ne pouvant qu’accroître le risque de responsabilité pénale au cas improbable où le jour du jugement dernier finirait par venir. Lire la suite sur BoOks.fr

Stephen Holmes
Article paru dans la «London Review of Books», traduit par Sandrine Tolotti
Dans "BoOks" ce mois-ci

«Rosita, la Vénus noire de Porto» En 1934, dans les allées de la première exposition coloniale du pays.
Par Filipa Lowndes Vicente, «Publico» (trad. Emilie Audigier)

«Dessins de captivité» Interné à Holzen, le Français Camille Delétang a dessiné clandestinement des dizaines de portraits de détenus.
Jens-Christian Wagner, «Die Zeit» (trad. Baptiste Touverey)

«Que la joie soit avec vous» L’homme moderne vit sans Dieu. Ce nouveau «sécularisme» n’empêche pas la joie mais peine à nous consoler de la condition humaine.
James Wood, «New Yorker» (trad. Laurent Bury)






Obama sommé de lever le secret sur les attaques de drones


Une cour d'appel de New York a ordonné lundi à l'administration Obama de rendre en grande partie public son mémo justifiant les attaques de drones contre des suspects de terrorisme, y compris des citoyens américains.

Dans un arrêt de 56 pages, la cour donne raison au New York Times et à deux de ses journalistes, qui réclament ces informations au nom de la loi américaine sur la liberté de la presse. Le quotidien était soutenu dans ce recours par la puissante organisation américaine de défense des libertés ACLU.

Les trois juges ont à l'unanimité "souligné que l'objectif des plaignants n'était pas de contester la légalité des attaques de drones ou des meurtres ciblés mais d'obtenir des informations sur ces attaques".

enfin voici le show d'Alex Jones qui   s'enflamme  contre les tueries humanitaire

du messie



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Re: Geopolitique par les massacres : 1ére saison :DRESDE

Message par Archange le Ven 25 Avr - 20:40

Ah oui, ça c'est sûr il y aurait de quoi remplir plusieurs pages sur un tel topic en énumérant les massacres géopolitiques  Evil or Very Mad 

Etant donné les conditions de terrible opacité sur cette planète, étant donné les tentations perpétuelles de satan  et se sachant corruptible et faible, l'homme devrait mettre en place un système qui le protège de lui-même en quelque sorte: la part raisonnable, rationnelle de l'homme doit inventer et mettre en place un système qui puisse empêcher sa part défaillante, faible et corruptible de le détruire, qui empêcherait qu'une poignée d'individus dans les coulisses mène la danse pour des milliards d'individus de part le monde, quitte à perpétuer un massacre ici ou là pour avancer leurs pions et leurs plans détestables. Ce que proposent des gens comme Etienne Chouard par exemple, sur le tirage au sort pour sortir du piège des élections qui mènent à la ploutocratie, au pouvoir des riches, au pouvoir des réseaux occultes; ou a minima une chambre tirée au sort pour surveiller une chambre parlementaire élue, et pouvoir virer ceux qui ne font pas leur boulot, qui trahissent le peuple, voilà un exemple de ce que le citoyen peut envisager lorsqu'il désire, enfin, mettre un terme, ou en tout cas limiter au mieux la toute puissance de satan dans le monde des hommes.

Car la méfiance d'une nation envers une autre est tout à fait légitime et il ne peut en être autrement dans un monde où l'homme, encore barbare, écrase systématiquement le plus faible. Quand on pense à un peuple zen et pacifique, comme les Tibétains, qui s'est fait massacrer par millions... la puissance de satan est grande pour diviser et mettre le chaos partout, pour attiser les mauvais feux (cupidité etc)  chez les hommes, et l'homme est faible et n'a pas de vision globale, l'homme n'est pas rationnel. Dans un monde donc, où la méfiance est inévitable, l'homme doit mettre en place un système qui le protège de lui-même (en attendant qu'il devienne raisonnable et sensé, Dieu sait combien de temps cela prendra encore), afin d'éviter les impondérables facteurs humains irrationnels qui mènent au chaos. S'il ne le fait pas, s'il ne prend pas sa destinée au sérieux et continue de laisser le pouvoir aux mains de psychopathes dans ce système démoniaque totalement verrouillé alors on va vers la guerre de tous contre tous et le Mal aura (encore !) réussi à assassiner l'humanité...

On dit parfois que le Mal est en fait un serviteur de Dieu, puisqu'il force les hommes à évoluer, par ce fameux aiguillon de la souffrance, vu le niveau d'horreur atteint sur cette planète il faut croire que même la souffrance ne suffit pas pour pousser les êtres à réfléchir, se remettre en question, devenir réellement, totalement bons, délaisser le démoniaque, il n'y a apparemment pas encore assez eu de souffrance pour que l'homme avance dans la maîtrise de lui-même et des forces qui se jouent de lui depuis des millénaires?! Mais, comme il n'y a pas que la souffrance mais également le plaisir, le dosage plaisirs/douleurs est si machiavéliquement dosé sur cette pauvre terre que l'humanité n'en finit pas d'agoniser, complètement paralysée. L'homme sait qu'il est mortel, il n'en continue pas moins de s'hypnotiser dans des activités sans intérêt et d'amasser des choses dont il devra se séparer à la mort. Cela démontre bien le degré d'hypnose que le monde de satan est capable d'entretenir en l'homme, c'est carrément hallucinant quand on y pense. Rester dans le périssable pour souffrir encore et encore, ne pas vouloir le réel, l'impérissable, tout ça pour quelques plaisirs ici ou là, voilà la triste condition humaine, qui reste telle quelle malgré les innombrables enseignements de grands avatars, Fils de Dieu et Maîtres spirituels venus présenter la Loi divine aux hommes. Mais il faut dire qu'il en faut du boulot pour sortir du marécage... il faut même souvent plusieurs vies... mais ya pas le choix, faut combattre.

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