Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

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Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Admin le Mer 12 Fév - 18:58

source: http://aval31.free.fr/orient/sionisme/sionisme.htm



Les vraies origines du sionisme et d'Israël

Qu’est ce que le  sionisme ?





Le sionisme est un mouvement politique incluant de nombreuses nuances et différentes factions, les différents commentateurs ont offert des définitions du sionisme variées en fonction de leurs objectifs. Il ne sont pas tous historiquement ou idéologiquement précis et ils font des généralisations.



Le "sionisme" a plusieurs significations différentes:

1. Une idéologie - l'idéologie sioniste soutient que le peuple juif est un peuple comme les autre et qu’il devrait se rassembler dans un seul pays. Le sionisme était identique aux mouvements de libération nationaux italiens et allemands du dix-neuvième siècle. Le terme "sionisme" a été apparemment inventé en 1891 par le publiciste autrichien Nathan Birnbaum, pour décrire cette nouvelle idéologie, il a été employé aussi à posteriori pour décrire les premiers efforts et idées visant à faire retourner les juifs vers leur patrie d’origine sur la base de différentes raisons. Le sionisme est une idéologie qui concerne aussi les chrétiens évangéliques voulant que le peuple juif retourne en Israël afin d'accélérer l’avènement de Jésus Christ.

2. Un terme précis -  le terme "sionisme" a été apparemment inventé en 1891 par le publiciste autrichien Nathan Birnbaum, pour décrire la nouvelle idéologie.  Il est également employé pour décrire n'importe qui croyant que les juifs devraient retourner vers leur patrie antique.

3. Un mouvement politique - le mouvement sioniste a été fondé par Théodore Herzl en 1897, incorporant les idées de premiers penseurs comme celles de l'organisation de l’Hovevei Tziyon ("les amoureux de Zion").

Une définition de sionisme - voici une définition de l'idéologie sioniste qui est historiquement correcte et n'exclue aucune tendance sioniste ni ne fait pas du sionisme la "propriété" d'une faction politique particulière :

Le sionisme est le mouvement national de renaissance des juifs. Il soutient que les juifs sont un peuple et ont donc le droit à leur auto-détermination dans leur propre foyer national. Il vise à fixer et à soutenir un foyer national légalement reconnu pour les juifs dans leur patrie d’origine et à lancer et stimuler une renaissance de la vie, de la culture et de la langue nationale juive.

Qu’est ce qui n'est pas du sionisme ?

Tous ce que le mouvement sioniste a accompli ou ce que les sionistes font ou disent n’est pas nécessairement du sionisme

Ce n’est pas uniquement une histoire d’état - le sionisme n'était pas, historiquement et officiellement un mouvement pour créer "un état juif." Le premier congrès sioniste à Bâle, Suisse, dans 1897 décrète :

Le sionisme cherche à établir un foyer légal pour le peuple juif en Palestine.

Les sionistes ont donc cherché l’accord des gouvernements pour établir un foyer national sous leur protection. Beaucoup ont pensé que les objectifs du programme de Bâle ont été réalisés avec la déclaration de Balfour de 1917 ainsi que le mandat pour la Palestine accordés par les Anglais en 1922. Cependant, les Anglais ont par la suite renoncé à leur obligation du mandat pour soutenant un foyer juif. En 1942, en opposition à la politique britannique, les résolutions de la conférence de Biltmore ont pour but de créer un état juif en Palestine. Ce fut dans un certain sens forcé par les circonstances mais ce n'était pas le but original du sionisme.

Ce n’est pas uniquement une histoire de religion - il y a beaucoup de Sionistes religieux et les premiers partisans du retour à Sion au 19ème siècle étaient des rabbins. Cependant, les fondateurs du mouvement sioniste n'étaient pas religieux et le mouvement sioniste n'est ni religieux ni un retour "à la terre promise."

Ce n’est pas une histoire de frontières - le sionisme ne s’est jamais préoccupé de frontières. Quelques programmes développé par les sionistes ont envisagé un foyer juif hors de la Palestine,  des Sionistes ont envisagé un état Bi-national (le parti du Mapam), alors que d'autres (les "Révisionnistes") insistaient sur le fait que l'état juif devait être établi des deux côtés du fleuve de la Jordanie, dans l’intégralité du territoire du mandat britannique.

Ce n’est pas une histoire de prendre à certains ou d’en rejeter d'autres - bien que l'histoire du sionisme se soit rapidement mélangé avec les aspirations nationalistes arabes, le sionisme n'était pas au sujet de prendre la terre à  d'autres ou d'exclure les autres. Le projet "colonial" sioniste a visé à acheter la terre en Palestine, pour ne pas la conquérir par la force.

Ce n’est pas une histoire de militarisme - bien que l'histoire d'Israël et de l’implantation des juifs en Palestine ressemble souvent à une longue guerre avec des interruptions, tous les Sionistes n’étaient pas des militaristes. La plupart des Sionistes ont cru que leur cause triompherait par seule la force morale. Un des premiers Sioniste a écrit :

Nous ne posséderons jamais des canons, même si les non-juifs s’opposent toujours les uns aux autres. Par conséquent, nous ne pouvons pas juste s’implanter dans notre tranquillement et vivre et laisser vivre "
(Meir Dizengoff (écriture en tant que "Dromi") "la question d'ouvriers," Hatzvi, septembre 21, 22, 1909)

Êtes-vous un Sioniste ?

Chaque juif  doit décider de lui même s'il est sioniste.

Que vous apparteniez ou non à n'importe quelle organisation sioniste, que vous acceptiez ou non n'importe quelle définition "officielle" du sionisme,  si vous habitez en Israël ou projetez d’habiter en Israël, si vous croyez que les juifs sont un peuple et soutenez que les juifs ont droit à un foyer national, ou bien alors, si vous êtes prêt à agir pour cela même si c’est un défi, alors vous pouvez vous appeler un Sioniste,

Les définitions du sionisme sur le Web

Voici quelques liens trouvé par Google et d'autres sources sur le Web pour les  définitions du sionisme.. Nous ne sommes pas responsables de la teneur idéologique ou de l'exactitude historique ou linguistique de ces définitions.

Sionisme : mouvement national de libération du peuple juif désirant l'établissement de l'état de l'Israël et voyant l’établissement d’un état juif, sioniste, démocratique et sûr comme étant la volonté et la responsabilité du peuple juif pour sa continuité et son futur.

Les bases du sionisme sont :

1. L'unité du peuple juif, ses liens historiques à sa terre d’origine Eretz Yisraël et l’importance fondamentale de l’état d’Israël et de Jérusalem sa capitale dans le vie de la nation.

2. L’Aliyah vers l'Israël depuis tous les pays et une intégration parfaite de tous les immigrés à la société israélienne.

3. Renforcer Israël en tant qu'état juif, sioniste et démocratique et en faire une société exemplaire avec un caractère moral et spirituel spécifique, marqué par le respect mutuel de la diversité du peuple juif, enraciné dans la vision des prophètes, essayant d'obtenir la paix et contribuant à l’amélioration du monde.

4. Assurer le futur et la particularité du peuple juif par l’éducation juive, hébreu et sioniste, promouvoir et stimuler les valeurs spirituelles et culturelles avec l'hébreu enseigné comme langue nationale ;

5. Consolider l’entraide juive, défendre les droits des juifs en tant qu’individus et nation, représenter les intérêts sionistes nationaux du peuple juif et lutter contre toutes les manifestations anti-sémites ;

6. L’implantation dans le pays est  l’expression pratique du sionisme.

 

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Qu'est-ce que le sionisme ?

Il existe toutes sortes de définitions du sionisme et toutes sortes de sionistes : religieux, athées, socialistes, de droite, de gauche, d'extrême droite, etc. Il ne me semble pas utile d'entrer dans le détail de toutes les nuances ou des divergences qui les séparent. Il suffit d'indiquer que le sionisme est une forme de nationalisme, donc une idéologie qui repose sur une communauté d'intérêts imaginaire entre des individus appartenant à des classes sociales différentes. Le sionisme tente de mobiliser de façon totalement acritique le peuple juif (à l'échelle internationale) et les citoyens juifs d'Israël derrière le gouvernement de l'Etat qui s'est édifié au Moyen-Orient depuis 1948.
 

Existe-t-il un peuple juif ?

Pour les deux lecteurs de Socialist Worker, les Juifs seraient uniquement les pratiquants d'une religion, au même titre que les catholiques, les protestants, les hindouistes ou les bouddhistes et il n'existerait donc pas de peuple juif. Par conséquent les Juifs n'auraient aucun « droit » à un Etat, du moins c'est ce que leur lettre sous-entend. Effectivement, si l'on nie qu'il existe un peuple juif, et que ce peuple a éventuellement droit à une terre quelque part sur la planète, il est bien plus facile de « résoudre » le problème… sur le papier. Malheureusement pour nos doctrinaires bornés, il existe bien un peuple juif, et aujourd'hui un peuple et un Etat israéliens. On ne peut plus revenir en arrière. Mais il faut approfondir un peu le problème. Les marxistes défendent depuis toujours le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes comme une revendication démocratique qui pourrait éventuellement débloquer certaines situations inextricables. C'est ainsi, par exemple, que Trotsky envisagea un moment la possibilité que les Noirs américains créent leur propre Etat, face au racisme indécrottable des Blancs. Ou que, d'un autre côté, Marx s'opposa aux luttes de libération nationale de certains peuples d'Europe centrale car elles ne lui semblaient pas aller dans le « sens de l'Histoire ».

Aujourd'hui, on peut tirer le bilan de ces positions : les révolutionnaires socialistes n'ont eu aucune influence sur le développement des différentes luttes de libération nationale et le XXe siècle a vu apparaître de multiples nouveaux États indépendants. Apparemment ce processus de morcellement en États-nations n'est pas terminé, y compris au sein de la vieille Europe où les mouvements autonomistes prospèrent, de l'Ecosse au Pays Basque et à la Catalogne en passant par la Corse. Cette volonté de repli sur soi, ce besoin d'identité locale, régionale ou nationale s'est malheureusement avéré beaucoup plus fort que l'internationalisme prolétarien, la solidarité de classe entre les exploités.

On peut le regretter, dénoncer le nationalisme comme une impasse, mais comment fermer les yeux sur ce phénomène et s'étonner que le peuple juif ait voulu, lui aussi, avoir son Etat ? Rien n'exclut un jour de penser que les Roms, minorité anti-étatique s'il en est jusqu'à présent, réclament un jour, eux aussi, d'avoir un Etat-nation quelque part sur la planète. C'est donc dans ce cadre plus général qu'il faut situer la force du nationalisme juif, l'intérêt renouvelé de beaucoup de Juifs laïcs ou athées pour leur culture et leur religion, etc. A cette situation générale est venue s'ajouter l'élimination de 6 millions de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

L'Holocauste n'a pu que convaincre (définitivement ?) les Juifs qu'ils ne devaient compter que sur eux-mêmes et que leur seul moyen de ne pas se faire massacrer encore une fois était de faire bloc, d'appuyer la constitution d'un Etat disposant d'une puissance militaire imposante et de conclure toutes les alliances militaires ou économiques possibles, y compris avec les États les plus crapuleux. Le nationalisme des opprimés est-il moins nocif que le nationalisme des oppresseurs ?

Ce qui se cache derrière le soutien souvent acritique aux mouvements de libération nationale, c'est à la fois l'idée que le nationalisme des vieilles nations serait plus nocif que celui des jeunes nations, mais aussi que les luttes de libération nationale pourraient accélérer l'avènement d'une révolution socialiste. Cette analyse est totalement erronée.

Aucun mouvement de libération nationale victorieux dans les pays du tiers monde n'a débouché sur une révolution sociale. Quant à la domination coloniale ou impérialiste, elle a été remplacée par des dictatures implacables sur la classe ouvrière et les classes exploitées, de la Chine à l'Algérie en passant par Cuba. Cela ne signifie pas pour autant qu'il ne fallait pas s'opposer aux guerres coloniales, mais cela fixe les limites du soutien que l'on peut apporter aux luttes de libération nationale et surtout aux organisations qui en prennent la tête, et aux illusions que font naître ces mouvements. En clair : soutenir le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes oui, porter les valises des futurs exploiteurs, non !

A moins que, à l'instar des tiers-mondistes indécrottables du Monde diplomatique, on veuille encenser des politiciens comme Nasser, Ben Bella, Torrijos, Chavez, Castro ou Noriega, en les parant de vertus socialistes ou anti-impérialistes que ceux-ci n'ont jamais eues.

Le sionisme est-il colonialiste ?

Oui. Israël est une colonie de peuplement dont l'évolution ressemble à celle des Etats-Unis, de l'Australie, voire, par certains côtés de l'Afrique du Sud. Cette dernière comparaison est cependant dangereuse car la situation des Palestiniens en Israël n'a, pour le moment, aucun rapport avec celle des Africains noirs en Afrique du Sud avant la fin de l'apartheid et qu'elle criminalise dangereusement non seulement le gouvernement mais tous les citoyens israéliens. Israël s'est construit sur l'expropriation violente des terres et des biens du peuple palestinien et ce processus ne s'est jamais arrêté. Le sionisme est-il impérialiste ?

Si l'on entend par là que l'Etat d'Israël a des visées expansionnistes, oui. Mais que dire alors de l'invasion du Koweit par l'Irak, du Liban par la Syrie, pour ne prendre que deux exemples dans la région ? Si l'on utilise le mot « impérialiste » dans le sens d'expansionniste, cela est vrai d'un nombre impressionnant d'États sur terre que les gauchistes ne passent pas leur temps à dénoncer à longueur de temps comme ils le font avec Israël. Mais les gauchistes emploient ce mot dans un autre sens également : ils considèrent qu'Israël serait un « valet de l'impérialisme américain ». Tout mouvement qui se réclame d'une idéologie nationale peut être amené à s'allier avec une ou plusieurs puissances dites impérialistes. C'est ce qu'ont fait le FNL algérien, le FLN vietnamien, tous les mouvements de guérilla d'Amérique latine et d'Afrique, l'Etat cubain, etc., avec l'impérialisme russe. C'est ce qu'ont fait les résistants afghans en acceptant l'aide américaine. Les gouvernements israéliens ont, eux, choisi l'impérialisme américain après avoir été directement aidés par les Soviétiques, au moment crucial de la création de l'Etat d'Israël, en 1948. Donc oui, l'Etat israélien a de fortes affinités avec les grandes puissantes impérialistes, mais cela ne fait pas de lui un impérialisme au sens économique et financier du terme. Ou en tout cas, il faudrait le démontrer, chiffres à l'appui, et ne pas se contenter d'invectives.

Le sionisme est-il raciste ?

Toute idéologie nationaliste peut, à un moment ou un autre, employer des arguments racistes. Et tout Etat national utilise à un moment ou un autre l'arme de la xénophobie ou du racisme. Le nationalisme, l'Etat et le racisme marchent parfois ensemble, parfois séparément mais il n'existe aucune incompatibilité majeure entre les trois. C'est d'ailleurs pourquoi les révolutionnaires sont favorables à la disparition des nations, des frontières et des États.

Donc, oui le sionisme a une dimension raciste potentielle, mais comme n'importe quelle autre idéologie nationale et nationaliste, y compris celle des Palestiniens, et pas davantage qu'une autre. Signalons d'ailleurs qu'au sein même d'Israël il existe de puissants préjugés racistes entre les Juifs eux-mêmes, préjugés dénoncés depuis des dizaines d'années par les Juifs orientaux ou éthiopiens, et sources de discriminations réelles en Israël.

Cependant, souligner constamment les tendances racistes du sionisme, tout en faisant l'impasse sur les tendances racistes des nationalistes palestiniens est extrêmement dangereux. L'utilisation systématique de cet argument est relativement nouvelle, comme l'a montré la conférence internationale de Durban sur le racisme où Israël fut condamné comme un Etat raciste par la majorité des présents. Ceux qui veulent absolument démontrer que le sionisme est une idéologie raciste jouent sur l'indignation morale qu'a suscitée l'Holocauste et essaient de la retourner contre Israël. Ce procédé est crapuleux car il aboutit, par touches successives, à faire un parallèle entre sionisme et nazisme. Et c'est justement ce que faisait Socialist Worker en comparant les Palestiniens de Jenine aux Juifs du ghetto de Varsovie et Socialisme en juxtaposant des photos de soldats nazis et israéliens. De telles comparaisons ne sont pas du tout innocentes, car elles constituent une des armes favorites des négationnistes et des antisémites qui veulent à tout prix montrer que les Juifs sont aussi racistes que les autres, voire davantage. Enfin, à force d'être banalisée, l'accusation de racisme devient une espèce de tarte à la crème qui lui enlève tout sérieux aux yeux de la majorité de la population, renforçant le nouveau credo des réactionnaires qui prêchent, sur le ton du bon sens, que tout le monde est raciste et que l'on ne pourrait rien y faire.

Un Etat ou deux États ?

Les lecteurs de Socialist Worker prônent la création d'un Etat qui regrouperait Juifs et Palestiniens. Leur position est incohérente. On ne peut pas à la fois prétendre que les Juifs ne seraient que les pratiquants d'une « religion », qu'ils occupent un territoire « étranger », que leur Etat est « raciste », « colonialiste » et fait le jeu de « l'impérialisme » et en même temps croire que les Juifs pourraient demain vivre sur le même territoire que les Palestiniens. Les lecteurs de Socialist Worker n'emploient même pas le terme d'Etat binational, ce qui est logique, puisqu'ils nient, du moins dans leurs lettres, qu'il existe un peuple juif et donc une nation juive.

Si les Juifs d'Israël sont les « pieds noirs » de la Palestine, ou bien une simple bande de religieux fanatiques ou illuminés, alors il faut en tirer la conclusion : ils doivent retourner dans les métropoles « impérialistes » d'où ils sont partis, comme c'est arrivé aux centaines de milliers de Français qui vivaient en Algérie ou aux Portugais qui habitaient l'Angola, le Mozambique ou la Guinée-Bissau. Rappelons que ce fut le credo de l'OLP pendant des dizaines d'années (cf. les déclarations de Choukeiry qui voulait « jeter les Juifs à la mer »), que son timide changement de position n'est que très récent (1988), et que c'est toujours la position des organisations terroristes comme le Hamas et le Djihad islamique qui posent des bombes en Israël.

Nos deux lecteurs le savent bien mais évitent soigneusement de poser le problème. Et pour rendre la situation encore plus inextricable, ils se réfugient derrière une résolution de l'ONU qui, si elle énonce un droit parfaitement juste, est inapplicable. On voit mal comment les 4 millions de Palestiniens de la Diaspora pourraient récupérer les terres et les maisons dont ils ont été expropriés ainsi que les emplois dont ils ont été privés. Où iraient les expropriateurs, c'est-à-dire les Israéliens ? Autant le versement d'une indemnisation semble raisonnable, autant le « droit au retour » est une aberration pour les Palestiniens - mais aussi pour les Juifs du monde entier.

Les Juifs ont constitué un Etat en s'appuyant sur la force, comme tous les peuples qui ont cherché à avoir un territoire à eux. La légende sioniste veut qu'ils soient arrivés dans une région inhabitée mais aujourd'hui même une partie des historiens israéliens ont démonté ce grossier mensonge. Les compromis auxquels il faudra bien arriver un jour seront forcément douloureux et injustes pour les deux parties. C'est pourquoi j'avais écrit à Socialist Worker que les Israéliens « n'occupaient pas un pays étranger » et que la situation était « plus complexe » qu'une occupation coloniale classique d'un lointain territoire. Les frontières de l'Etat d'Israël sont par nature extensibles puisqu'au départ ni cet Etat ni l'Etat de Palestine n'avaient d'existence reconnue et par conséquent de frontières claires.

Vu la situation actuelle, et l'idéologie nationaliste qui mobilise les deux peuples concernés, il semble impossible de concevoir que Palestiniens et Israéliens puissent vivre dans un même Etat. Il faudra donc bien deux États et non un seul.

L'Etat d'Israël fabrique-t-il de l'antisémitisme ?

Non, cette accusation est absurde. Ou bien seulement dans le sens où tous les États fabriquent de l'hostilité contre leurs ressortissants lorsque leurs armées commettent des actes criminels. L'intervention armée des Etats-Unis en Serbie, en Afghanistan, en Irak ou en Somalie fabrique de l'anti-américanisme : de nombreuses personnes, de toutes tendances politiques, méprisent globalement les Américains. Mais aussi on pourrait dire aussi que Chirac, en ce moment, suscite des réactions anti-françaises en Côte d'Ivoire ou que Mitterrand en a provoquées auparavant en Afrique et au Moyen-Orient.

C'est donc aux révolutionnaires de répéter inlassablement que l'on ne peut amalgamer les citoyens d'un Etat avec la politique de leur gouvernement et de faire connaître le combat des Israéliens qui s'opposent à leur gouvernement et luttent pour la paix, quitte à risquer la prison dans leur pays et à être considérés comme des traîtres par leurs compatriotes. Et c'est aux révolutionnaires d'expliquer les différences entre Israéliens (citoyens d'Israël), Juifs (membres du peuple juif) et juifs (pratiquants du judaïsme). Les crétins antisémites sont en fait mobilisés par leurs pulsions racistes et non par les actes criminels de l'armée israélienne.

Ce n'est pas l'Etat israélien qui fabrique l'antisémitisme, ce sont les antisémites eux-mêmes. La lutte contre l'antisémitisme a besoin d'explications sérieuses sur les origines du racisme pas de raisonnements tordus, à l'allure d'excuses.

L'État d'Israël va-t-il « nous » entraîner dans la guerre, voire dans une guerre mondiale ?

Cette façon de poser la question révèle une des principales raisons pour lesquelles le conflit israélo-palestinien suscite tant de passions en France, alors que cet affrontement, mineur par la taille des populations directement impliquées, demeure marginal et que d'autres conflits sont infiniment plus meurtriers sur la planète. Comme le disait la chanteuse Noa (par ailleurs fille d'Iztak Rabin), « En Israël, plus de gens meurent à cause des accidents de la route qu'à cause des attentats. » L'importance de l'affrontement israélo-palestinien se mesure plutôt à sa durée, au nombre de réfugiés et d'exilés concernés (plusieurs millions) et surtout à sa portée symbolique.

Beaucoup de gens ont l'impression que le monde occidental pourrait se trouver au bord du chaos ou en tout cas menacé par le terrorisme, à cause d'Israël (en clair à cause des Juifs). Le milliardaire Ben Laden les renforce dans cette vision en feignant de s'intéresser au sort des Palestiniens, c'est-à-dire en instrumentalisant leur situation, à l'instar de tous les dirigeants arabes. Mais, comme ils l'ont toujours fait, il les oubliera à la première occasion. L'absence de militants palestiniens dans les réseaux d'Al Qaida semble indiquer qu'ils ne sont guère dupes de la démagogie du personnage.

Traiter de la guerre à propos d'Israël, c'est toucher au problème de l'origine profonde des guerres. Même si cet État n'était pas né en 1948, les rivalités seraient très fortes dans cette région, qui connaît depuis l'effondrement de l'empire ottoman une situation d'instabilité géopolitique considérable. On le doit largement à l'action des grandes puissances impérialistes du XIXe siècle et du début du XXe siècle, qui ont cherché à se tailler des zones d'influence, à s'approprier des marchés et à contrôler les gisements de pétrole. La liquidation de toute puissance régionale et l'émiettement en États locaux plus ou moins artificiels favorisent les interventions extérieures et attisent les raisons de conflits internes. Ainsi, la guerre la plus grave dans la région, qui s'est produite indépendamment de l'existence d'Israël, a opposé l'Irak à l'Iran de 1980 à 1988. Elle a représenté pour les pays impliqués une saignée équivalente à celle causée par la première guerre mondiale en Europe. Tous les États occidentaux, ainsi que l'URSS, ont soutenu l'agression irakienne contre le régime islamiste iranien. L'État français y fut même cobelligérant, en prêtant des avions de guerre et des pilotes à l'Irak. Les attentats terroristes de 1986 furent d'ailleurs une conséquence du contentieux de l'État français avec l'État iranien, aggravé par la question d'un financement que les Français ne voulaient pas restituer. Qui dans ce pays a dénoncé cette désastreuse diplomatie ?

On peut admettre que l'existence d'Israël et sa dépendance économique totale vis-à-vis des États-Unis compliquent la situation, mais elles ne sont pas à l'origine des tensions multiples qui déchirent la région, bien que les dirigeants de Tel Aviv essaient d'en jouer. Ceux qui voudraient prendre Israël comme bouc émissaire, et voir en lui l'obstacle à la paix dans le monde, oublient les deux guerres mondiales, la guerre froide et toutes les guerres coloniales depuis un siècle. Pour poser la question autrement, Israël fait-il ou non partie du monde occidental ? Et si c'est bien le cas, ce fragment imbriqué au monde arabo-musulman peut-il aspirer le monde occidental dans un conflit avec l'ensemble de cette aire ? Quoi qu'il arrive, tout se passe comme si l'Europe avait tenté de résoudre son problème avec les Juifs sur le dos des Palestiniens. La responsabilité historique des Européens est donc encore plus lourde que celle des Américains. L'aggravation de la situation en Palestine n'est pas le produit d'un machiavélique cynisme chez quelques politiciens israéliens, ni de l'inconscience criminelle d'un Arafat. Ces gens-là prospèrent plutôt sur un terreau de problèmes inextricables que tous nos gouvernants ont tissé depuis un ou deux siècles. Comme nous persistons à les laisser en place, il n'y a aucune raison que les choses s'arrangent.

Le rassemblement des Juifs dans un Etat séparé constitue-t-il une démission devant l'antisémitisme ?

Non. Pendant quelques dizaines d'années, des centaines de milliers d'ouvriers et d'intellectuels juifs ont cru au socialisme, voire à la révolution sociale. Aussi bien en Europe qu'en Amérique du Nord et en Amérique latine, le mouvement ouvrier a compté de très nombreux militants et théoriciens juifs, athées et révolutionnaires, aussi bien dans les mouvements anarchistes que marxistes. Mais vu la passivité ou l'inefficacité du mouvement ouvrier international devant les persécutions et les massacres des Juifs notamment avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, on peut comprendre que la majorité des Juifs tirent un constat d'échec des tentatives d'une forte minorité d'entre eux de résoudre la prétendue « question juive » par une révolution socialiste. Le moins qu'on puisse dire est que l'Union soviétique, considérée comme un exemple par l'immense majorité des gens de gauche sur la planète pendant des décennies, n'a pu que servir de repoussoir, vu l'importance de l'antisémitisme dans ce pays et la façon dont les staliniens l'ont utilisé, y compris dans les démocraties populaires.

Ce que les gauchistes demandent aux Juifs c'est de leur faire confiance les yeux fermés, de croire que les petits groupuscules révolutionnaires, si jamais leurs idées s'emparaient des masses, ne commettraient pas les mêmes crimes et rendraient, pourquoi pas, l'humanité meilleure. C'est beaucoup demander, non ? Surtout lorsqu'on sait qu'une (petite) partie des négationnistes français vient des rangs de l'extrême gauche. Cette même extrême gauche n'hésite pas à défiler avec des groupes qui brandissent les drapeaux du Hamas et qui crient « Mort aux Juifs » dans les rues de Paris. Encore récemment, le samedi 12 octobre, un appel à manifester en « solidarité avec les Palestiniens », appel signé par des dizaines d'organisations d'extrême gauche et de gauche dénonçait justement la politique israélienne actuelle mais sans mentionner une seule fois les attentats terroristes qui ont fait des centaines de victimes en Israël. De plus, qui peut affirmer sérieusement que l'antisémitisme disparaîtrait dans un monde socialiste, si jamais celui-ci voit le jour ?

Enfin, il est faux de prétendre que l'Etat israélien ne combat pas l'antisémitisme. Au contraire, il ne fait que cela depuis 50 ans. Il mobilise toutes les énergies contre l'antisémitisme à l'échelle internationale. Que cette propagande ne fasse pas disparaître l'antisémitisme, c'est une évidence (mais quelle propagande le pourrait ?) ; qu'elle ait imposé des limites à son expression publique dans les pays démocratiques occidentaux est difficilement contestable.

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Admin le Mer 12 Fév - 19:04

Sionisme et création de l’Etat d’Israël




Le sionisme est un mouvement politique qui s’affirme à la fin du XIXe siècle, visant à la création d’un Etat rassemblant l’ensemble du peuple juif en Palestine. Le mouvement prend toujours plus d’importance dans la première moitié du XXe siècle avant d’aboutir à la naissance de l’Etat d’Israël en 1948.



L’origine du sionisme


La volonté de former un Etat juif s’inscrit dans le contexte de revendications égalitaires inspiré de l’idéologie des Lumières au XVIIIe siècle, et des évolutions liées à la révolution industrielle au XIXe siècle. Les Juifs d’Europe vivent alors en collectivité dans des ghettos. Leur assimilation dans la société est rendue difficile par une série de lois discriminatoires leur interdisant, par exemple, l’accès à certains métiers ou limitant leurs droits à la propriété.


Les pogroms de 1881-1882 contre les Juifs suite à l’assassinat du Tsar Alexandre II en Russie font prendre conscience à certains penseurs de l’impossibilité de leur intégration dans le pays. Deux millions et demi de Juifs sont obligés de quitter la Russie dont un grand nombre partent vers les Etats-Unis. Des intellectuels juifs cherchent alors des solutions pour favoriser le renouveau de l’identité juive. Leo Pinsker (1821-1891), médecin d’Odessa, envisage ainsi en 1882 dans son manifeste-pamphlet Auto-émancipation, l’acquisition d’un territoire pour y établir un Etat permettant enfin l’émancipation du peuple juif et de le placer sur un pied d’égalité avec les autres peuples. Ce territoire ne peut alors être que la Palestine, la terre ancestrale. Il s’agit alors pour les Juifs de prendre leur destin en main pour assurer leur sécurité. Leo Pinsker forme l’association Hovévé Sion (les Amants de Sion) et organise la première aliyah (montée) dans les années 1880-1890 durant laquelle environ 30 000 Juifs d’origines russe, polonaise et roumaine s’installent en Palestine. L’association est chargée de récolter des fonds afin d’acheter des terres en Palestine. Toutefois, l’action de Pinsker trouve un écho encore limité et l’immigration reste peu structurée.


L’attachement des Juifs à la Palestine


La volonté de rassembler la communauté juive en Palestine n’est pas nouvelle. En effet, le mouvement sioniste s’appuie sur l’attachement du peuple juif à la Terre Sainte et à Jérusalem qui est au cœur du judaïsme. Le mot sionisme vient de Sion, une colline de Jérusalem. Le rêve d’un retour à Sion, et donc à Jérusalem, après la dispersion du peuple juif chassé par Rome en 135 après J.-C. est sans cesse rappelé dans la religion juive. Chaque fête rappelle la nostalgie de Sion et le rêve d’un retour en Terre Sainte, en Palestine. La formule « l’an prochain à Jérusalem » est répétée par exemple lors des fêtes de Pâques et du Nouvel An. Les Juifs pratiquants attendent alors la venue d’un messie libérateur qui est décrit dans les Ecritures et qui ramènera le peuple juif en Terre Promise. Le sionisme est cependant un mouvement laïc et cherche, contrairement au messianisme, à ce que le peuple juif prenne son destin en main et s’organise pour un retour en Palestine. Pour cette raison, les différentes tentatives d’immigration en Palestine sont rejetées par les milieux religieux, du moins dans un premier temps. C’est le cas, par exemple, des actions de l’Alliance israélite universelle créée en France en 1864 et qui tente d’implanter des colonies juives dans l’Empire ottoman.


Théodor Herzl et l’essor du sionisme national


Cependant, c’est véritablement sous l’impulsion du journaliste et écrivain juif d’origine hongroise Théodor Herzl (1860-1904) que le sionisme national se constitue et se développe. Alors qu’il est envoyé à Paris comme correspondant pour le grand journal autrichien « Neue Freie Presse » à partir de 1894, Herzl prend pleinement conscience avec l’Affaire Dreyfus de l’ampleur de l’antisémitisme en Europe et de l’impossibilité de l’assimilation. Il devient alors clair pour lui que la seule perspective d’avenir pour le peuple juif réside dans la création d’un Etat juif indépendant. Il expose ses théories dans son ouvrage L’Etat juif paru en 1896. Il y reprend les thèses sionistes et affirme que la formation d’un Etat juif est le seul moyen de permettre au Juifs de vivre en sécurité et d’améliorer l’image du Juif en Europe. Mais Herzl s’interroge également sur les moyens de mettre en œuvre le projet sioniste. Il propose la constitution de plusieurs organes : la Société des Juifs établirait les bases politiques et culturelles de l’Etat alors que la Compagnie juive serait chargée de lui apporter des moyens financiers. Par ailleurs, il envisage la mise en place d’une monarchie ou d’une république aristocratique ne croyant pas qu’une démocratie serait capable d’établir un Etat solide. Il ne précise pas vraiment la langue officielle, considérant que l’hébreu n’est pas assez moderne et le yiddish pas assez sophistiqué. Le lieu du futur Etat reste alors à déterminer. La Palestine serait bien sûr l’idéal mais Herzl envisage également l’Argentine ou l’Ouganda. L’ouvrage obtient un succès certain auprès de la jeunesse intellectuelle juive d’Europe centrale et orientale. Le sionisme national trouve un large soutien auprès des masses mais provoque également la méfiance des Juifs occidentaux et des milieux religieux qui considèrent les thèses sionistes contraires au judaïsme.


Le développement et le succès du sionisme


Herzl met rapidement tout en œuvre pour favoriser la création de l’Etat juif. Il organise, du 29 au 31 août 1897, le premier congrès sioniste mondial à Bâle où est créée l’Organisation sioniste mondiale dont il prend la tête. L’objectif du mouvement est clairement défini : il s’agit d’établir en Palestine un « foyer » légitimé par le droit international, puis, dans un second temps, d’organiser l’immigration libre des Juifs en Palestine. Le programme du sionisme ne fait alors aucune référence religieuse et insiste plus sur l’histoire commune des Juifs. La même année il fonde le journal Die Welt qui devient l’organe officiel du mouvement. Le sionisme se diffuse alors rapidement dans le monde. En 1899, on compte plus d’un millier de sections sionistes dans le monde. Il ne trouve cependant pas d’appui auprès des banquiers juifs qui ne croient pas réellement dans le mouvement. La Jewish colonial trust, puis le Fonds national juifs en 1901, sont créés pour financer l’acquisition des terres en Palestine. Les terres achetées deviennent la propriété de l’Organisation qui les met ensuite à la disposition des colons.


Par ailleurs, Herzl se lance dans une importante activité diplomatique et multiplie les contacts avec les puissances européennes pour obtenir des concessions territoriales. Il tente de trouver des appuis auprès des souverains européens tels que du sultan ottoman Abdul Hamid II, l’empereur d’Allemagne Guillaume II et le roi d’Italie, sans grand succès. Herzl parvient cependant à sensibiliser les différents souverains au projet sioniste en leur démontrant que la mise en place d’un foyer juif ne peut qu’aller dans le sens de leurs intérêts. Cette action diplomatique favorise le succès et le développement du sionisme dans le monde. A partir de 1902, il arrive à obtenir le soutien du ministre britannique des colonies, Joseph Chamberlain qui propose aux sionistes l’établissement d’un foyer juif dans une de leurs colonies telle que l’Ouganda. Herzl présente le projet britannique lors du sixième congrès mais l’idée est aussitôt rejetée. Une deuxième série de pogrom en 1904 en Russie entraine une nouvelle aliya jusqu’en 1914. 40 000 immigrants, surtout d’origine russe, rejoignent la Palestine et accélèrent l’installation des Juifs dans la région.


Au sein même du sionisme, on peut cependant noter différentes tendances qui s’opposent au sionisme politique de Herzl. C’est le cas du sionisme « pratique » qui cherche à accélérer l’immigration en Palestine sans attendre une garantie juridique internationale, ou du sionisme « culturel » qui tente du revaloriser la culture juive en Palestine en se fondant sur la langue hébraïque. Enfin, le sionisme territorialiste souhaite établir un Etat juif sur n’importe quel territoire. Malgré ses divergences internes, le sionisme connait un développement certain et s’organise parallèlement à la montée du nationalisme arabe dans la région. En 1917, la déclaration Balfour apporte à l’Organisation une première grande victoire avec une garantie juridique de portée internationale pour l’établissement d’un Foyer national juif en Palestine. Les persécutions et le génocide nazi des années 1930-1940 contre la communauté juive légitiment toujours plus son besoin de constituer un Etat. En 1948, le sionisme aboutit finalement à la création d’Israël, Etat juif en Palestine. Aujourd’hui 40 % de la communauté juive mondiale vit en Israël.



Bibliographie



Michel Abitbol, Juifs et Arabes au XXe siècle, Paris, Editions Perrin, 2006.

Jean-Pierre Alem, La Déclaration Balfour, aux sources de l’Etat d’Israël, Bruxelles, Editions Complexe, 1999.

Vincent Cloarec, Henry Laurens, Le Moyen-Orient au 20e siècle, Paris, Armand Colin, 2005.

Alain Dieckhoff (dir.), L’Etat d’Israël, Paris, Fayard, 2008.

Dominique Perrin, Palestine, une terre, deux peuples, Paris, Presses Universitaires du Septentrion, 2000.

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Admin le Mer 12 Fév - 19:08



Judith Butler: judéité et sionisme


Avec son dernier essai, Vers la cohabitation – Judéité et critique du sionisme, Judith Butler poursuit une réflexion politique et éthique développée de manière explicite dans certains de ses livres antérieurs mais qui traverse en fait l’ensemble de sa recherche. La question du pouvoir et de la transformation des relations de pouvoir est présente dès son premier livre traduit en français (La vie psychique du pouvoir), mais aussi dans le plus célèbre Trouble dans le genre, où la réflexion sur la construction du genre est inséparable d’une logique politique : qu’est-ce que le genre et comment agir sur les relations de genre pour modifier les relations de pouvoir qu’elles impliquent ? Ce serait peut-être la question générale du travail de Judith Butler : comment s’exerce le pouvoir et comment agir sur les relations de pouvoir ? Il s’agirait de mettre au jour certains des mécanismes du pouvoir que nous subissons, mais surtout d’accompagner les résistances à ces mécanismes, l’analyse théorique n’étant pas ici séparée de la capacité d’agir.

Dans Vers la cohabitation, cette réflexion et ses dimensions pratiques concernent les relations israélo-palestiniennes, relations de pouvoir évidemment conflictuelles et violentes. Une des questions qui guident ce livre regarde la possibilité d’une critique qui ne serait pas antisémite de la politique israélienne à l’égard des Palestiniens. Si certaines des critiques faites à l’encontre de cette politique s’appuient sur des idées effectivement antisémites, l’Etat israélien lui-même affirme sur ce point un discours assimilant toute dénonciation à une position antisémite. Un des enjeux de ce livre est donc de fonder la possibilité d’une critique de la politique israélienne qui ne serait pas antisémite et s’appuierait au contraire sur un certain nombre de penseurs juifs ainsi que sur l’histoire, la culture et la pensée juives : « (…) il existe des ressources juives susceptibles d’être mobilisées pour une critique de la violence d’Etat, une critique de l’assujettissement colonial des populations, de l’expulsion et de la dépossession ». Il s’agit pour l’auteur de réfléchir aux conditions de possibilité d’une cohabitation entre Israéliens et Palestiniens, aux conditions qui pourraient rendre une telle cohabitation pensable et possible – la question de cette cohabitation incluant, dans ce livre, une réflexion plus large de philosophie politique.

Judith Butler – elle-même en partie formée par la culture juive – mobilise des penseurs et écrivains tels qu’Hannah Arendt, Emmanuel Levinas, Primo Levi, Martin Buber, Franz Kafka, Walter Benjamin, Franz Rosenzweig, mais aussi des auteurs non juifs comme Edward Saïd ou Mahmoud Darwich. Si tous ces auteurs ont vis-à-vis du sionisme ou de la politique d’Israël à l’égard des Palestiniens des positions différentes et parfois opposées, il s’agit pour Butler d’analyser leurs œuvres pour y trouver ce qui rendrait pensable et légitime, dans une perspective juive (mais pas uniquement), la cohabitation entre Israéliens et Palestiniens. L’originalité de ce livre est de penser la légitimité de la cohabitation, de la poser comme un droit et donc un devoir, en recherchant des arguments chez des penseurs juifs ou non mais qui permettent de concevoir la judéité et ce qu’elle inclut, du point de vue éthique, politique et subjectif, au sujet du rapport à soi et à l’autre. Judith Butler montre ainsi que la cohabitation entre Israéliens et Palestiniens ne serait pas réductible à un fait, à une simple option politique, ni même à la meilleure solution possible, mais qu’il s’agit, du point de vue de la judéité, d’un droit et d’un devoir : un droit à reconnaître et un devoir à respecter pour les Juifs en tant que Juifs (« la judéité doit rester liée à la lutte pour la justice sociale »).

Judith Butler (DR)

Les interrogations sur le sionisme ne datent pas d’aujourd’hui et Vers la cohabitation rappelle les positions contrastées, parfois réservées, voire critiques, de certains penseurs juifs vis-à-vis du projet sioniste, et ceci dès l’origine. Si Butler, en privilégiant certains d’entre eux, retrace dans ses grandes lignes l’histoire des critiques juives du sionisme, analysant leur complexité et leurs présupposés, c’est d’abord pour mettre en évidence le caractère problématique de ce projet d’un point de vue non pas extérieur mais juif. Le sionisme serait une position non évidente pour les Juifs eux-mêmes, avant de l’être pour des non Juifs aux intentions éventuellement antisémites. Ce rappel est important pour au moins trois raisons : il permet de s’appuyer sur une pensée critique juive du sionisme, de développer un point de vue critique de la politique israélienne à l’égard des Palestiniens sans rejeter toute attache avec la judéité ; il met en évidence que n’existe pas un unique discours juif concernant le rapport aux Palestiniens ou la question d’un Etat israélien, mais que cette question et ce rapport sont l’objet de discours pluriels, divergents, contrairement à ce que pose le point de vue antisémite essentialisant ; il met en évidence le caractère infondé et dangereux du discours de l’Etat israélien qui, en présupposant que toute critique de sa politique à l’égard des Palestiniens est par définition antisémite, à la fois occulte l’histoire et la pensée réelles juives mais utilise lui-même la fiction d’un seul discours nécessaire, d’une seule position juive légitime, retrouvant sur ce point une homologie avec ce qu’il dénonce, à savoir l’essentialisme antisémite.

Judith Butler montre que le rapport aux non Juifs peut d’autant moins être l’objet d’un discours unique et unilatéral que ce rapport, la question de ce rapport et de ses modalités, sont constitutifs de la judéité. La réalité diasporique de l’histoire juive implique que les subjectivités juives soient indissociables du rapport aux non Juifs : être Juif ne se distingue pas de la nécessité d’être avec l’autre, de vivre avec l’autre, à l’intérieur d’une cohabitation nécessaire, sans cesse à repenser et à produire. L’identité juive est fendue en son centre puisqu’elle implique toujours le rapport au différent, à ce qui n’est pas soi, être Juif ne pouvant se penser qu’à partir d’une prise en compte déstabilisante de l’autre, d’un accueil de cet autre comme condition de soi, d’une forme de responsabilité vis-à-vis de l’autre. Il est bien question de penser la possibilité d’une éthique et d’une politique (les deux étant indissociables) élaborées du point de vue d’une judéité débarrassée du nationalisme de l’Etat israélien, une éthique et une politique impliquant la cohabitation, c’est-à-dire « une vie commune façonnée ensemble ».


Butler, ici, croise des préoccupations qui traversaient déjà certains de ses livres, à savoir élaborer les conditions d’une éthique et d’une politique inclusives, penser une « éthique de la dissémination » (au sens de Derrida), « un mode d’existence dans lequel l’altérité est constitutive de ce que l’on est », ce qui appelle l’accueil de l’autre, une politique de l’hospitalité (dans un sens, là encore, proche de Derrida). Rattachée à ceci, on retrouve la question centrale de l’identité et du pouvoir, l’analyse de la production d’identités nécessaires à un certain type de rapport de pouvoir – l’identité juive produite par l’Etat israélien ou, dans Trouble dans le genre, l’identité de la femme et de l’homme produite par l’hétérosexisme, ou l’identité de l’ennemi dans Ce qui fait une vie, etc. –, mais surtout la déconstruction des identités (« l’identité ne revient jamais pleinement à elle-même »), la mise en évidence de leurs présupposés, des rapports de pouvoir qui les produisent, de leur caractère relationnel, relatif et ouvert : des identités toujours produites à l’intérieur de rapports, inséparables du non identique et donc toujours précaires, provisoires, questionnables.

S’il s’agit, pour Judith Butler, de penser une judéité distincte du sionisme (ce qui ne revient pas du tout à faire la promotion de l’idée antisémite d’une disparition d’Israël), il s’agit aussi de montrer en quoi les termes du conflit israélo-palestinien renvoient à des questions et problèmes constitutifs de la judéité qui permettraient de penser ce conflit et la légitimité de la cohabitation : la question du rapport à l’autre, la question de la frontière, celle de l’identité ou de la cohabitation, ainsi que la reconnaissance des obligations éthiques et des droits et devoirs politiques impliqués par la judéité, font partie de ce que, selon Butler, signifie être Juif. Vouloir penser ce conflit en occultant ce que la judéité implique comme éthique de l’altérité et comme politique inclusive est au contraire le propre du sionisme nationaliste de l’Etat israélien : penser que la judéité et les conditions de l’identité juive ne sont possibles qu’à la condition de nier l’autre, de l’exclure, voire de l’opprimer – comme cela est le cas dans la violence politique, sociale, économique et militaire subie par les Palestiniens – revient non seulement à imposer à l’autre une souffrance que l’on espère ainsi, mais en vain, s’épargner, mais aussi à confisquer les termes de la judéité pour les rabattre sur ceux d’un Etat-nation militaire et guerrier, niant par là même, de manière violente, l’histoire juive et ses implications éthiques, politiques et subjectives. Pour Butler, il s’agit au contraire de « défaire l’association […] entre l’Etat d’Israël et le peuple juif, voire les valeurs juives », de remettre « en cause le droit de l’Etat d’Israël à parler au nom des valeurs juives, voire du peuple juif » – cette dissociation étant non seulement une condition d’une critique juive de l’Etat israélien mais surtout de la paix.

Hannah Arendt (DR)

Butler trouve chez les auteurs qu’elle mobilise les moyens de développer toutes ces questions et perspectives ainsi que leurs implications. C’est le cas, par exemple, avec Hannah Arendt, dont le rapport à Israël et la position critique à l’égard du sionisme sont longuement analysés : « Pour Arendt […] nous n’avons pas le droit de choisir avec qui cohabiter sur terre. La population de la Terre, par sa diversité, nous précède toujours […]. Il n’est pas de fraction de la population qui puisse, pour elle-même, revendiquer la Terre. Revendiquer cela équivaut à initier une politique génocidaire. Cela signifie que la proximité non voulue et la cohabitation non choisie sont les conditions préalables à notre existence politique, ce qui fonde la critique arendtienne de l’Etat-nation (qui suppose une nation homogène) et implique l’obligation de vivre sur terre dans le cadre d’un régime politique qui établisse des formes d’égalité pour une population nécessairement hétérogène ». Vouloir choisir avec qui cohabiter, revendiquer la Terre pour soi, est ce qu’a fait le nazisme et entre dans la définition du crime nazi indissociable aujourd’hui de la judéité : comment se penser Juif aujourd’hui sans avoir conscience d’appartenir à une population que l’on a voulu exterminer, à laquelle a été refusée la possibilité de vivre parmi les autres, que l’on a dépossédée de tout jusqu’à vouloir la déposséder de son existence? Si l’histoire n’enseigne rien, elle est pourtant l’occasion d’une définition de soi, d’une conscience de ses droits mais aussi de ses devoirs (« implique l’obligation »), qui ici ne sont pas fondés abstraitement mais à partir d’une situation constitutive. La judéité est indissociable de ses conditions historiques et le rapport à la Shoah impliqué par la judéité implique lui-même une éthique de l’altérité, une politique de l’hospitalité et de la responsabilité, la reconnaissance de l’obligation éthique et politique de la cohabitation.

Autrement dit, si la formule « Plus jamais ça » a un sens lorsqu’elle est appliquée à soi, elle ne peut avoir réellement de sens que si elle vaut également pour l’autre. Si la conscience de la Shoah est constitutive des subjectivités juives – comme elle devrait l’être des subjectivités non juives – cette conscience de l’expropriation, de la déportation et de la solution finale devrait ouvrir à la reconnaissance de soi mais aussi de l’autre comme ne devant pas être l’objet d’une expropriation, d’une déportation, d’une politique meurtrière (Butler, via Arendt, rejoignant ici les critiques classiques de la notion de « droit du plus fort » et certains aspects des théories du contrat social). C’est cette reconnaissance que, selon Butler, l’Etat israélien exclut, c’est précisément de cette reconnaissance dont sont exclus les Palestiniens – exclusion qui est donc illégitime du point de vue du droit politique autant qu’elle est en contradiction avec ce qui serait une position éthique juive consciente d’elle-même (sur ce point Butler relève et critique d’étranges formulations de Levinas).
Même si « à Gaza […] les conditions de vie sont mutilées et paupérisées, calquées sur le modèle concentrationnaire », il ne s’agit évidemment pas de justifier une identification entre Israël et le nazisme, identification historiquement non opératoire, politiquement stérile, et qui est une des stratégies actuelles de l’antisémitisme. Au contraire, mettre en évidence, comme Butler ne cesse de le faire, la distinction entre la judéité et le sionisme nationaliste, entre une éthique juive réelle et l’Etat-nation israélien, évite les présupposés de l’antisémitisme et permet l’analyse critique des fondements actuels de la politique israélienne à l’égard des Palestiniens, la déconstruction des discours nationalistes israéliens, la mise en évidence, dans une perspective juive, de l’obligation éthique et politique de la cohabitation entre Israéliens et Palestiniens.

Primo Levi (DR)

On l’aura compris, dans ce livre Judith Butler analyse de manières multiples et riches la violence inhérente à l’Etat-nation israélien et son décalage par rapport à la judéité, manières que nous ne pouvons ici qu’évoquer. Par exemple, en s’appuyant sur l’œuvre de Primo Levi, Butler montre la façon dont cet Etat se rapporte à la Shoah pour justifier sa propre violence et produire des subjectivités qui ne peuvent que vouloir cette violence, pour produire une identité juive qui ne peut se poser que contre l’autre. Dans cette optique, la Shoah apparaît instrumentalisée, disparaissant comme événement absolu de l’histoire juive – et mondiale – pour n’être plus qu’un moyen au service d’une violence militaire et politique.

A travers une analyse fine des écrits du même auteur, Butler met également en évidence la façon dont le souvenir de la Shoah sans cesse réactivé par l’Etat israélien, la façon dont le traumatisme de la Shoah omniprésent dans le discours politique israélien, produisent des subjectivités se définissant par un traumatisme qui ne renvoie pas à un objet actuel, des subjectivités vivant au présent un traumatisme sans référent présent et percevant ce présent, de manière quasi-hallucinatoire, à travers un souvenir qui non seulement occulte la réalité de l’événement passé, la mémoire de cet événement, mais rejoue au présent les conditions de ce traumatisme en produisant incessamment la figure de l’ennemi auquel s’opposer et contre lequel se défendre : « nous pouvons voir se manifester sur les deux bords du débat politique en Israël une certaine instrumentalisation stratégique […] qui vise à produire une accusation qui soit paralysante. Le moyen discursif par lequel l’Holocauste est réinvoqué est une façon, précisément, de réactiver la douleur associée à cette réitération même, et d’instrumentaliser cette réitération et cette douleur à d’autres fins. La question est de savoir si cette réitération, instrumentalisée à des fins politiques, n’a pas pour conséquence de déplacer la douleur (de combler l’écart historique entre le présent et le passé) et d’abandonner le référent lui-même ». L’Etat israélien produirait un oubli de la Shoah en tant qu’événement réel, un oubli des millions d’individus juifs réellement déportés, gazés et brûlés, coupant par là la judéité de son référent contemporain central.

La critique et la déconstruction du discours politique israélien menées par Judith Butler implique donc une critique de la représentativité de l’Etat israélien, de sa capacité à incarner une identité juive, la question étant alors : comment, en tant que Juif, peut-on se reconnaître dans l’Etat-nation israélien ? Le livre de Butler développe ainsi une critique de l’Etat-nation, de l’identité nationale et nationaliste, mais cette critique en implique également d’autres, des élaborations conceptuelles originales concernant l’histoire, les minorités, la mémoire, le témoignage, ou les notions de frontière, de territoire, d’universalité, de vie, d’hétérogénéité, de traduction, etc. – comme elle implique la mise en avant de « personnages » habituellement laissés dans l’ombre par le discours et les mécanismes du pouvoir : l’apatride, le vaincu, le déporté… Ainsi, est mobilisé, examiné et redistribué tout un contenu philosophique extrêmement riche et intéressant, Vers la cohabitation apparaissant aussi, par-delà la réflexion sur le rapport israélo-palestinien, comme un livre important de philosophie et de philosophie politique et éthique.

Judith Butler (DR)

Répétons-le : si Butler indique parfois de façon explicite les solutions qui lui paraissent préférables, son livre ne se présente pourtant pas comme un ensemble de recettes qu’il suffirait d’appliquer pour faire cesser d’un coup le conflit israélo-palestinien. Vers la cohabitation a essentiellement pour finalité de rendre pensable la cohabitation entre Palestiniens et Israéliens, de réfléchir aux conditions de possibilité d’une telle cohabitation – la réflexion développée par Butler, à la fois théorique et pratique, visant surtout à permettre une critique de la politique israélienne, critique développée d’un point de vue juif et non antisémite en s’efforçant de répondre à la question : comment penser le présent et agir au présent ? Les conditions de cette cohabitation, donc d’une politique inclusive, sont indissociablement politiques et éthiques, Butler développant ici une philosophie politique inséparable de l’éthique, et nécessitent la refondation d’une éthique juive qui a pourtant vocation à valoir pour d’autres que les populations juives : d’une part parce que cette éthique concerne le rapport à ces autres, d’autre part parce que ses maximes possibles peuvent être reprises, transposées, « traduites » et reconnues par d’autres. Si, pour que les conditions de la cohabitation soient possibles, il est nécessaire de distinguer la judéité du sionisme, cette distinction n’a de sens qu’à partir d’une reconnaissance éthique nouvelle et de la critique de l’Etat-nation, cette critique de l’Etat-nation et tout ce qu’elle implique comme questionnement et déconstruction nécessaires – examen critique du nationalisme, de l’identité nationale, de la notion de peuple ou de frontière, du recours à la violence légitime par l’Etat, etc. – pouvant également servir de directions pour une réflexion qui ne concernerait pas que le rapport entre Israéliens et Palestiniens. En ce sens, ce livre de Judith Butler se présente effectivement comme un livre important de philosophie politique et éthique puisqu’il engage la déconstruction – déconstruction déjà initiée par Butler dans ses autres textes – et la refonte d’une grande partie de ce qui fonde aujourd’hui la pensée éthique et politique et empêche le refus que certains revendiquent la Terre pour eux seuls.
 
Judith Butler, Vers la cohabitation – Judéité et critique du sionisme, éditions





Dernière édition par Admin le Mer 12 Fév - 19:18, édité 1 fois

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Admin le Mer 12 Fév - 19:15

Critique du sionisme, Norman Finkelstein se voit refuser le poste de professeur titulaire à une université américaine







Une attaque contre la liberté de recherche


WSWS, 13 juillet 2007.



Au début du mois de juin, l’université DePaul de Chicago a refusé le poste de professeur titulaire à Norman Finkelstein, un professeur de science politique qui a rédigé de nombreux ouvrages critiquant la politique d’Israël et les accusations mal placées d’antisémitisme dirigées contre les adversaires du sionisme. Le refus d’attribuer le poste à Finkelstein et de ce fait sa mise à pied à DePaul, est une attaque claire et nette contre la liberté de recherche et le harcèlement d’un professeur en raison de ses idées politiques.

Le rejet de la candidature de Finkelstein à DePaul, une université catholique qui est l’une des plus grandes universités privées du pays, fut confirmé le 8 juin par une lettre du président de DePaul, Dennis Holtschneider. Holtschneider se base sur un vote 4 contre 3 de la commission d’attribution de postes et de promotion. Dans une démarche exceptionnelle, la commission a réprouvé à la fois le comité de la politique scientifique de la faculté et le conseil des facultés de l’université, qui tous deux avaient soutenu la candidature de Finkelstein. La candidature de Finkelstein fut rejetée par le doyen de la faculté des Arts et des Sciences, Charles Suchar.

« Je possède les qualifications requises pour le poste à DePaul, mais cela n’a pas suffi à surmonter l’opposition politique des propos que j’ai tenus sur le conflit israélo-palestinien, » a dit Finkelstein. Il qualifia cette décision de « violation exceptionnelle » de la liberté de recherche.

Le professeur Mehrene Larudee, qui travaille dans un autre domaine, s’est également vu refuser un poste pour s’être investi dans le soutien à Finkelstein. Larudee avait reçu le soutien unanime du conseil de la faculté et du doyen Suchar.

Durant les mois qui ont précédé le vote en juin, l’opposition à la candidature de Finkelstein s’était transformée en une campagne nationale dont le fer de lance était le professeur Alan Dershowitz de l’université de Harvard. Dershowitz, qui avait pour la première fois remporté une certaine notoriété quand il s’était prononcé pour la torture, avait été la cible de nombreux ouvrages de Finkelstein.

Finkelstein, le fils de survivants de l’holocauste, est professeur à DePaul depuis 2001. Il est surtout connu pour son livre (2000) intitulé The Holocaust Industry, (L’industrie de l’holocauste) dont le sujet principal est l’exploitation de l’holocauste à des fins qui n’ont rien à voir avec la vérité historique ou les victimes du génocide nazi, y compris le soutien pour Israël et les appels au paiement de réparations. Finkelstein a également rédigé des études critiques sur le livre de Daniel Goldhagen Hitler’s Willing Executioners, (Les bourreaux volontaires de Hitler), qui affirmait que la cause de l’holocauste pourrait avoir sa source dans l’antisémitisme inhérent au peuple allemand dans son ensemble.

Dans son tout dernier livre Beyond Chutzpah : On the Misuse of Anti-Semitism and the Abuse of History (Au delà du Chutzpah : sur l’usage contestable de l’antisémitisme et l’abus de l’histoire), Finkelstein continue à traiter ces mêmes sujets ainsi qu’à documenter en détail les violations des droits de l’homme par l’Etat d’Israël. Parmi les personnes ciblées dans le livre, publié par les Presses de l’université de Californie, figurent Dershowitz et d’autres personnes qui ont recouru à l’accusation d’antisémitisme pour étouffer toute critique de la politique israélienne.

La campagne de répression contre les opinions de Finkelstein n’a pas débuté par les efforts entrepris pour rejeter sa candidature. La première publication de son livre, The Holocaust Industry fut accompagnée d’une attaque brutale des médias américains. Une revue du professeur Omer Bartov, publiée dans le New York Times, le diffama comme étant « une nouvelle variante d’une falsification antisémite, "Les protocoles des sages de Sion". » D’autres revues n’étaient pas moins tendancieuses en cherchant à créer un faux amalgame entre Finkelstein et les négationnistes antisémites de l’holocauste.

Alors que Finkelstein cherchait à faire publier Beyond Chutzpah, Dershowitz lança une campagne pour en empêcher la publication, en menaçant de poursuites judiciaires coûteuses pour diffamation quiconque déciderait de le publier. Il écrivit même à Arnold Schwarzenegger dans une vaine tentative de faire intervenir le gouverneur de Californie pour empêcher que l’UC ne publie le livre.

Lorsque la candidature de Finkelstein fut sur le point d’être examinée, Dershowitz rédigea un mémorandum l’attaquant qu’il envoya au corps enseignant et au personnel administratif. Néanmoins, Finkelstein bénéficia d’un fort soutien de ses collègues enseignants et d’éminents érudits dans ce domaine, y compris Raul Hilberg, qui est jugé être le père de l’étude sur l’holocauste.

Etant donné ce soutien, les qualifications de Finkelstein en matière de savoir ne pouvaient pas correspondre à celles avancées par l’université pour rejeter sa candidature. Au lieu de cela, les membres de la commission d’attribution de postes et de promotion de l’université, tout comme le doyen Suchar et le président Holtschneider, se concentrèrent sur la nature prétendument « blessante » des ouvrages de Finkelstein et leur soi-disant manque de respect du principe de « collégialité ».

Dans la déclaration expliquant le refus de candidature, le comité a reconnu que Finkelstein est « un érudit internationalement connu et un intellectuel public, considéré être un provocateur, relevant les défis et intellectuellement intéressant. » Le comité écrivit aussi, « Sous tous rapports c’est un excellent professeur, apprécié des étudiants et compétent en classe. »

Toutefois, le comité poursuivit en déclarant, sans fournir le moindre exemple, « certains pourraient interpréter son savoir comme "délibérément blessant’ et provocateur, visant plus un effet incendiaire que la critique minutieuse des faits acceptés. » Employant prudemment la voix passive afin d’éviter toute accusation, il a déclaré : « Des critiques ont été formulées en raison de son style incendiaire et ses attaques personnelles contenues dans ses écrits et dans ses débats intellectuels... Quelques-uns se sont interrogés sur le fait de savoir si le docteur Finkelstein apportait une contribution efficace au débat public sur les questions sensibles de la société. »

Tout en ne fournissant aucune indication quant aux gens qui entrent dans la catégorie des « quelques-uns » et en niant que le comité avait subi des pressions en raison de la campagne contre Finkelstein, il est clair que le comité et le personnel administratif de l’université au plus haut niveau ont réagi aux pressions exercées par Dershowitz et ses influents financiers, parmi lesquels se trouvent indubitablement certains donateurs bien connus de DePaul.

Le souci qu’ont ressenti ceux qui se sont efforcés de rejeter la candidature de Finkelstein n’avait rien à voir avec la « collégialité ». S’il avait existé un groupe tout à fait capable d’évaluer les résultats de Finkelstein à cet effet, cela aurait été sans aucun doute ses collègues à DePaul, dont le jugement fut ignoré par l’université dans sa prise de décision. De toute manière, de telles raisons ne suffisent en général pas pour rejeter la candidature d’un professeur, surtout quand il s’agit d’un professeur qui bénéficie du soutien de ses collègues de faculté et des étudiants.

Le président Holtschneider termina sa lettre à Finkelstein en expliquant la décision par ce commentaire incroyable : « D’aucuns examineront cette décision dans le contexte de la liberté de recherche. En fait, la liberté de recherche est vivante et bien portante à DePaul. »

Si la décision est définitive, comme il le semblerait, Finkelstein passera un an de plus à DePaul avant d’être révoqué. La faculté de DePaul envisage de passer un vote de non-confiance à l’encontre du doyen Suchar et du président Holtschneider. Les étudiants ont organisé une grève sur le tas dans le bureau du président mais ils furent chassés du campus par la police et menacés d’expulsion la semaine dernière.

L’attaque perpétrée contre Finkelstein est loin d’être un cas isolé. D’autres universitaires ont été victimes de harcèlement en raison de leurs opinions sur le conflit israélo-palestinien, y compris Joseph Massad de l’université de Columbia et Sami al-Arian de l’université de Floride du Sud. Al-Arian fut emprisonné et devrait être déporté pour des chefs d’accusation pour complot, montés de toutes pièces.

Des étudiants des instituts universitaires technologiques qui se sont associés à la campagne pour le retrait des investissements d’Israël ont été accusés d’antisémitisme et des organisations ont été mises en place, y compris le site web Campus Watch de Daniel Pipes, dans le but d’espionner et d’intimider des professeurs critiques à l’égard de la politique d’Israël et des Etats-Unis. Ces campagnes font partie d’un effort pour réprimer tout débat en cherchant à intimider tout sentiment oppositionnel dans les universités américaines.

Joe Kay

Article original anglais paru le 18 juin 2007.


- Source : WSWS www.wsws.org



Extrait de la préface à Tuer l’espoir, de Norman Finkelstein, par Jean Bricmont.


Lorsqu’il travaillait à sa thèse à l’université de Princeton, Finkelstein découvrit le caractère frauduleux d’un livre (From Time Immemorial, de Joan Peters) qui prétendait montrer que la Palestine était relativement peu peuplée lorsque les sionistes y sont arrivés et qui avait été applaudi par une bonne partie de l’intelligentsia [1].

Il fit part de cette trouvaille à une vingtaine d’universitaires qui avaient exprimé de la sympathie pour la cause palestinienne. Un seul lui répondit : c’était Noam Chomsky. Il l’encouragea à approfondir ses recherches mais l’avertit aussi de ce qui allait se passer et que le reste de la vie de Finkelstein allait confirmer.

En cherchant à publier sa découverte, Finkelstein rencontra un rabbin se décrivant lui-même comme « sioniste libéral », qui se disait impressionné par son érudition, et qui demanda à Finkelstein s’il faisait partie de l’équipe de Chomsky. Lorsque Finkelstein exprima son admiration pour Chomsky, les contacts furent immédiatement rompus. Néanmoins, sans les encouragements de Chomsky, Finkelstein n’aurait sans doute pas persévéré. Mais trouver quelqu’un qui accepte de diriger la thèse d’un tel étudiant n’est pas facile. En effet, Finkelstein ne se contentait pas de dénoncer les erreurs de Joan Peters mais attaquait

aussi la culture intellectuelle qui l’avait portée au pinacle. Les professeurs, l’un après l’autre, tous de gauche bien sûr, évitaient de porter ce fardeau. Il a ainsi appris une leçon importante de la vie universitaire : trop souvent, les gens de gauche n’y ont pas plus de principes que ceux de droite. Être de gauche à l’université revient, dans la plupart des cas, à exprimer de nobles sentiments sans lien avec une quelconque action politique et à se donner ainsi bonne conscience à peu de frais. L’impact de Chomsky sur Finkelstein (comme d’ailleurs sur l’auteur de cette préface) s’explique en grande partie par le contraste entre sa rigueur intellectuelle et morale et le mélange de prétention et de vacuité qui caractérise une bonne partie de la gauche intellectuelle.

Depuis la défense de sa thèse portant sur le sionisme, en 1988, et jusque récemment, Finkelstein a travaillé essentiellement comme professeur auxiliaire, c’est-à -dire payé à l’heure, sans contrat au-delà de l’année en cours, sans assurance médicale et souvent sans bureau. Un jour, ayant eu un accident, il se rendit à l’infirmerie de son université. Après avoir attendu son tour pour voir un médecin, on lui expliqua que les auxiliaires n’avaient droit à être vu que par des infirmières.

Notons qu’aux Etats-Unis, pas mal de cours sont donnés par de tels auxiliaires et l’on peut craindre que les autorités européennes ne découvrent un jour ou l’autre la nécessité de « réformes » généralisant chez nous ce système.

Jamais Finkelstein n’a donné de cours sur sa spécialité, le Moyen-Orient, et jamais il n’a reçu d’argent pour effectuer des recherches sur ce sujet. Néanmoins son livre sur l’industrie de

l’holocauste a été traduit en quinze langues. Il enseigne aujourd’hui dans une université catholique, qui a au moins le courage de le garder, contrairement à la plupart des universités où il a travaillé précédemment et qui ont fini par l’exclure, malgré les nombreux éloges des étudiants sur la qualité de son enseignement. Pendant qu’il donnait son derniers cours(d’ailleurs filmé par les autorités) dans un de ces établissements frileux, la police à cheval attendait hors du bâtiment. Dans un autre, les étudiants, ayant plus d’humour que les autorités académiques, lui ont offert à cette occasion une peinture représentant un homme montant au ciel sur un escalier où était déployé un drapeau rouge. Lors de ses nombreuses mésaventures universitaires, il a pu constater l’absence de soutien de la part des professeurs et des étudiants les plus verbalement à gauche.

On pourrait transposer à Norman Finkelstein les propos suivants de l’écrivaine indienne Arundhati Roy : « Quand j’ai commencé à lire Chomsky, je me suis dit que son déploiement d’arguments, leur quantité, leur implacabilité, étaient un peu, comment dire, insensés. Un quart des arguments qu’il avait amassé auraient suffi à me convaincre. J’avais l’habitude de me demander pourquoi il devait travaillertant. Mais maintenant je comprends que l’amplitude et l’intensité du travail de Chomsky est un baromètre de l’amplitude, de l’étendue et de l’implacabilité de la machine de propagande à laquelle il fait face » [2]. Beaucoup d’universitaires affirment qu’un autre monde (à venir) est possible. Peut-être ; mais un autre monde académique serait dèjà réalisé si des gens comme Finkelstein ou Chomsky étaient pris comme modèles plutôt que d’être marginalisés, démonisés ou réduits à l’état de parias.

Les parents de Finkelstein n’ont jamais voulu profiter de ce qu’il appelle l’industrie de l’holocauste, bien qu’ils auraient pu le faire. En effet, cette « industrie », identifiant communisme et fascisme, était parfaitement fonctionnelle dans le discours de la guerre froide et heurtait la mémoire de ceux qui, comme eux, n’ont jamais oublié que c’était l’Union Soviétique qui avait vaincu le nazisme et libéré les survivants d’Auschwitz. Pendant la guerre du Viêt-Nam, sa mère ne supportait pas de regarder les actualités, car elle voyait dans les bombardements américains une continuation de ce dont elle avait elle-même souffert. Il est d’ailleurs curieux qu’on reproche souvent à Finkelstein de nier ou de minimiser l’holocauste, alors qu’en réalité il est est obsédé par cette tragédie, comme l’était d’ailleurs sa mère.

Mais la leçon que Finkelstein et ses parents ont tiré des souffrances juives est radicalement universaliste : s’opposer à toute injustice, et plus particulièrement à celles dont nous sommesles plus directement responsables, c’est-à -dire celles liées à l’impérialisme occidental, comme le Viêt-Nam ou la Palestine.

Finkelstein est d’ailleurs un des rares intellectuels à se poser réellement des questions éthiques. Un des rares ? Les librairies ne sont-elles pas remplies de livres « éthiques », condamnant le totalitarisme, dénonçant le fanatisme musulman (et parfois même américain) ou l’aveuglement passé des communistes ? Mais les questions que se pose Finkelstein sont différentes. Lorsqu’il enseigne à des enfants noirs et qu’il essaie d’établir des contacts avec la communauté noire américaine, il sait que, dans une société raciste, toute démarche de ce genre est inévitablement déséquilibrée : je peux montrer mes bons sentiments et ma générosité en allant vers l’autre, mais lui ne le peut pas. Il n’a pas de solidarité à m’offrir. Finkelstein se rend chaque année en Palestine, mais il sait qu’il peut sortir de cet enfer- les Palestiniens pas. Quel droit a-t-il alors de condamner les attentats-suicides ? Quelles que soient les réponses que l’on apporte à ce genre de questions, ce sont les seules qui méritent d’être posées.

La réflexion de Finkelstein illustre bien l’idée que la morale est quelque chose que l’on s’impose à soi-même, pas quelque chose qu’on fait aux autres.

Évidemment, le ton de Finkelstein est dur et sans concession. Mais il faut savoir que des sionistes lui envoient des messages lui souhaitant de mourir du cancer, et vite, ou se réjouissant de la leucémie réelle dont souffre Edward Said.

Jean Bricmont


- Pour en savoir plus :





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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Admin le Mer 12 Fév - 19:21

Les piliers de l’État sioniste : la Torah et le Talmud


A partir de la fin de l’année 1920, l’Organisation sioniste mondiale, qui disposait des fonds internationaux, s’inspira directement de l’idéologie religieuse de  la Torah , qui voyait dans  « Eretz Israël »  l’accomplissement inexorable de la destinée du peuple juif sur la terre. Le mouvement sioniste « socialiste », celui qui avait lutté pendant des dizaines d’années pour l’implantation de colonies juives pratiquant directement le socialisme (par l’autogestion dans les coopératives agricoles) était à la remorque des éléments les plus radicalisés, ceux qui voyaient dans la Torah l’accomplissement de la destinée du peuple juif ! Il faut cependant nous arrêter ici sur la signification de «socialiste» appliquée aux colonisateurs juifs : s’il est vrai que formellement les colons juifs qui travaillaient la terre achetée par le Fonds social juif unifié appliquaient entre eux indiscutablement des techniques socialistes (autogestion, rotation des tâches, salaires identiques etc.), cela était un moyen de populariser avant la guerre de 1940 le départ pour la Palestine qui était très difficile à généraliser.
Un certain nombre de juifs d’Europe (y compris de Juifs communistes), une fois arrivés dans la terre de « leurs ancêtres »,déchantèrent au contact de la dure réalité du terrain et de la confrontationavec les masses arabes. De plus, la pratique des Kibboutz était loin de la vision idyllique que l’on peut en avoir. Le rachat des terres à des propriétaires habitant en général les villes et souvent au delà des frontières (la Jordanie, la Syrie, le Liban) se traduisit par l’expulsion de milliers et de milliers de métayers puisque évidemment il était exclu pour les Kibboutz d’utiliser une main-d’œuvre arabe) ! Et puis d’où venait l’argent récolté pour ces achatsde terre ?
On retrouvera ce problème bien exposé dans le Manifeste communiste, écrit par Marx et Engels un siècle avant la naissance de l’Etat israélien. Parlant de ces bâtisseurs, de ces utopistes rêvant de s’expatrier dans des colonies faciles à conquérir, et de briser avec leur existence nationale, ils écrivent : « Dans leurs rêves ils ne cessent de faire l’expérience de leurs utopies sociales, de fonder des Home Colonies, d’établir une petite Icarie –  édition in-douze  de la nouvelle Jérusalem(…) Et pour donner corps à tous ces châteaux en Espagne, ils sont forcés de faire appel à la charité des cœurs et des bourses de la bourgeoisie (…). Ils s’opposent donc avec acharnement à tout mouvement politique des travailleurs… »
Ce texte semble avoir été écrit pour annoncer… la création du futur État d’Israël : précisément avant la guerre de 1940 les colonies juives en Palestine ressemblent étrangement à une « édition in-douze » de la nouvelle Jérusalem. En effet, les Juifs qui émigrent en Palestine pour y travailler la terre ont besoin des subsides octroyés par le Fonds social juif unifié.
Le système d’appropriation des terres mis au point par le sionisme a toujours été marqué par l’idée de conquête d’un « home » pour le «peuple juif ». L’appropriation des terres arabes s’est toujours réalisée par le biais du Fonds social juif, de sorte que cela représente en même temps l’inaliénable propriété du peuple juif. Les sionistes n’ont jamais caché leur intention, même avant 1921, et le docteur Eder, membre de la commission sioniste, avait hardiment indiqué à la Cour d’enquête de l’époque (Court of Enquiry) « que la Palestine ne pouvait être qu’une patrie nationale et que la population juive la dirigerait (…) dès lors qu’elle serait prépondérante. » Comment a été organisée cette « prépondérance » ?
On peut répondre : avec obstination et persévérance durant un demi siècle. Tout a commencé avant la guerre de 1914 par l’émigration de petits groupes de Juifs fortement localisés, fondant des colonies juives agricoles les –Yishouv — « dans le format in-douze », et composées exclusivement de Juifs.Dès les premiers temps du Yishouv, on vit se réaliser les éléments de la mise en place militaire ou, disons, para-militaire. Ce fut d’abord l’organisation Ha-Shomer (le Gardien) qui recruta ses partisans avant la Première Guerre mondiale, et continua ses activités dans la clandestinité durant la guerre. Ce fut la Légion juive qui combattit aux côtés des Britanniques, ce fut également le NILI, organisation d’espionnage probritannique dissoute en 1929, puis ensuite à partir de juin 1920 ce fut la Haganah qui regroupa les différentes tendances et organisa les Juifs valides vers l’autodéfense et la résistance contre les différentes révoltes arabes, à commencer par celle de 1920, celle plus importante de 1929, et enfin celles plus considérables encore de1936-1939. Comme l’écrivent les manuels d’histoire israéliens « les émeutes arabes de 1920-1921 confirmèrent la population juive dans l’idée qu’elle ne pouvait dépendre des autorités britanniques pour se protéger ».
Ainsi, dès le début des Yishouv, la mise en place progressive de la défense armée constitua le point de départ de la création d’un Etat juif, auquel s’opposaient les Arabes qui constituaient pourtant à l’époque 85 à 90 % de la population ! L’universitaire Zwi Werblovsky (qui fut doyen de l’université hébraïque de Jérusalem) est tout à fait explicite quand il écrit :« Pour les Juifs, l’Etat d’Israël n’existe pas par droit de conquête, mais par droit historique. » Et comment concilier ce droit historique avec le droit de conquête ?
«La victoire des armées n’est que secondaire, bien que – post factum – sa portée puisse difficilement être exagérée, car si elle n’a pas (et ne le peut pas ) prouvé le droit d’Israël sur cette terre,elle a pu prouver (…) qu’Israël est prêt à combattre et à mourir pour ce qu’ilsait être le centre actuel de son histoire. » Ce galimatias est intéressantà relever aujourd’hui : il n’y est évidemment pas du tout question du droit des Palestiniens qui n’existent pas, mais il y a de grandes phrases sur le droit d’Israë là exister… et sur l’aspect « secondaire » (mais néanmoins indispensable) des conquêtes militaires.
L’article écrit dans un style pompeux voudrait faire oublier au lecteur le poids décisif, sanglant, du droit militaire du plus fort, c’est à dire des Israéliens !
La question décisive, lancinante, vers laquelle tout concourt pour s’opposer aux légitimes revendications des Palestiniens, c’est cette volonté persévérante du noyau dirigeant de l’Etat israélien, de constituer– contre vents et marées (à long terme) – un Etat hébraïque en Palestine.
Après la guerre de 1939-1940, les Juifs, forts de leur « droit» de victimes du génocide nazi, ont par tous les moyens colonisé la Palestine. Nous avons vu précédemment comment, à partir de 1946, ils se sont attaqués à leurs anciens défenseurs, les Britanniques.
Et c’est sans doute cette lutte qui plut tant à Staline, pour qu’il soutienne en 1947 la création de l’Etat israélien à l’O.N.U. ! En avril 1948, quelques semaines avant la création de l’Etat israélien, des massacres ont été organisés par les autorités israéliennes, semant la terreur auprès des populations palestiniennes. C’est ainsi que les massacres délibérément organisés par la future armée israélienne à Deir Yassin causèrent la mort de 250 victimes, toutes civiles, massacrées froidement par la Haganah… Il y eut plusieurs autres massacres jusqu’au déclenchement de la guerre avec les Etats arabes. Tous avaient un même but : pousser les Palestiniens à fuir le nouvel Etat israélien. Après le 15 mai 1948, jour de la création officielle de l’Etat israélien, plus de 500 villages palestiniens furent entièrement détruits et rasés, et 750 000 Palestiniens, contraints à l’exil, s’enfuirent en Cisjordanie, à Gaza, et dans les pays arabes alentour (Syrie, Liban, Jordanie.) Les Palestiniens appellent cela la « Nakbah », c’est-à-dire la catastrophe, celle d’un exil massif et contraint, sans aucun appel, sans rémission.
Sans rémission, car tout citoyen arabe qui s’enfuit et laisse des biens (immobiliers et mobiliers) dans le futur Etat israélien se voit déchu de l’ensemble de ses biens qui deviennent nationaux, et il n’a plus le droit de revenir en Israël. C’est devenu un apatride, sans toit ni droits, un laissé pour compte. C’est,au fond, exactement la même situation impartie aux Juifs que le troisième Reich hitlérien avait poussés à émigrer après la « nuit de cristal » du 9 novembre1938... 25 000 juifs allemands (sur un total de 275 000) après leur internement dans des camps de concentration durant quelques semaines furent obligés de s’expatrier. Vingt ans plus tard, lors de la guerre dite des Six-Jours (juin 1967), le même scénario se reproduisit. En quelques jours, 100 000 réfugiés de la guerre de1948 et 200 000 Palestiniens de Cisjordanie ayant acquis entre-temps la nationalité jordanienne sont contraints de fuir les terres de Cisjordanie et  la bande de Gaza conquises par Israël, pour se réfugier dans des terres sous contrôle arabe. Enfin, la clef de l’hébraïsation réside dans l’arsenal juridique qui se met en place entre 1949 et 1953 pour empêcher le retour des réfugiés palestiniens et régler définitivement leur expropriation :
– La loi sur le retour donne le droit à tout Juif de toute nationalité de s’installer en Israël et d’acquérir automatiquement e timmédiatement la nationalité israélienne.
– La loi sur la « propriété des absents » permet le transfert des biens des « absents » (les réfugiés) aux organismes juifs.(ainsi, après trois ans d’absence, un bien immobilier palestinien est exproprié par l’autorité israélienne, au mépris du droit international…)
– La « loi d’exception sur les zones de sécurité » donne,enfin, le droit aux autorités israéliennes de créer des zones militaires de sécurité auxquelles les Palestiniens expulsés n’ont plus accès : il suffit à l’Etat israélien de créer en permanence des zones de sécurité pour exproprier les familles palestiniennes. Cette technique est toujours utilisée, notamment pour créer des colonies nouvelles qui viennent exproprier les familles palestiniennes…
On ajoutera la loi sur la gestion des terres abandonnées, et la «loi sur l’acquisition des terres » (permise uniquement au profit des colons juifs.)


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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Admin le Mer 12 Fév - 19:31




 
A propos du sionisme : messianisme et nationalisme



Ce texte a paru dans le N° 9 (Hiver 2007-2008) de l’Agenda de la pensée contemporaine, publié par les Centres Roland-Barthes et Marcel-Granet de l’Institut de la pensée contemporaine aux Editions Flammarion, en tant que compte-rendu des ouvrages suivants :

Jacqueline Rose, The Question of Zion, Princeton University Press, 2005.

Idith Zertal, La nation et la mort. La Shoah dans le discours et la politique d’Israël, Traduit de l’anglais par Marc Saint-Upéry, Editions La Découverte, 2004.

Amnon Raz-Krakotzkin : Exil et souveraineté. Judaïsme, sionisme et pensée bi-nationale, traduction par Catherine Neuve-Eglise, La Fabrique, 2007 (préface de Carlo Ginzburg).


Au moment où l’expropriation des « territoires occupés » par Israël achève de vider de son contenu l’hypothèse des deux Etats en Palestine, détruisant et morcelant le pays de façon apparemment irréversible, et où le conflit comme tel perd largement de son autonomie dans le cadre d’un état de guerre régional que polarise l’affrontement entre l’impérialisme américain, ses alliés et ses divers opposants (islamistes ou non), à quoi bon de nouvelles analyses de fond à propos de la constitution du sionisme ? Le décalage paraît abyssal entre leurs références historiques et théoriques complexes, la distance qu’elles établissent par rapport aux stéréotypes, et la brutalité des choix qu’un siècle de guerres et de violences, de manœuvres diplomatiques et de fausses solutions politiques, offre finalement aux parties en présence : élimination ou « transfert », à court terme, des populations arabes à l’exception de quelques zones de concentration et de surveillance, ou à plus long terme des populations juives au prix d’une nouvelle émigration massive. Ou l’une d’abord, et l’autre ensuite. [1]

Pourtant de telles analyses importent à plusieurs titres et je suis convaincu qu’il faut toujours prendre le temps de les conduire et de les discuter. D’une part elles révèlent les contradictions internes d’une idéologie et d’une politique qui, dans des conditions et des rapports de forces donnés, auront contribué comme peu d’autres à « faire l’histoire » dont nous sommes aujourd’hui les sujets - où que nous nous trouvions dans le monde. On peut certes s’en servir comme d’arguments polémiques contre tel ou tel, mais on peut aussi y voir l’indice des potentialités de division qui se sont cristallisées dans le passé, et pourraient le faire à nouveau si les circonstances s’y prêtent, contribuant à éviter le pire. L’essor de la pensée critique (dite parfois globalement « post-sioniste ») en Israël dans la petite minorité qui s’oppose vraiment à la colonisation et recherche l’action commune avec la résistance palestinienne est à vrai dire impressionnant. D’autre part, elles ouvrent à la réflexion des possibilités de comparaison entre un cas « extrême », sinon unique en son genre, et une multiplicité de formations étatiques qui associent elles aussi, bien que tout autrement, des composantes « messianiques » et des composantes « nationales », dans une synthèse de plus en plus problématique aujourd’hui. D’un côté, par conséquent, il s’agit de faire ressortir contre l’évidence l’indétermination logée au cœur d’une situation déterminée. De l’autre, il s’agit de contribuer à une réflexion globale sur les forces et les représentations impliquées dans les changements de notre horizon cosmopolitique. Dans les deux cas, il faut faire droit au passé agissant au sein du présent, en appliquant le maximum de rigueur à l’intelligence de ses pouvoirs.

C’est dans cette perspective que je voudrais confronter ici trois ouvrages récemment parus à propos du sionisme, qui domine toujours le « sens commun » des perceptions de la question juive et de son intrication avec l’histoire et les fonctions de l’Etat d’Israël. Dans la différence de leurs positions sur des points névralgiques, ils ont en commun de remettre en question l’idée d’une coupure entre le religieux et le politique, et de montrer dans la trajectoire d’Israël, non pas sans doute une histoire sainte, mais une histoire des puissances du sacré dans le monde profane, et de ses effets sur ceux-là mêmes qui s’en servent. Ils ont aussi l’intérêt d’articuler avec l’actualité une conjoncture intellectuelle étonnante, qui a vu tour à tour converger et s’opposer, autour de la critique de l’idée d’un « Etat Juif » en Palestine, les tenants d’un sionisme culturel alternatif et ceux d’un cosmopolitisme enraciné dans l’expérience juive de l’exclusion : l’épisode le plus frappant à cet égard étant la confrontation entre Scholem et Arendt au lendemain de la publication par celle-ci de son « rapport » sur le procès Eichmann.

Le premier ouvrage auquel je me réfère ne vient pas d’Israël, même si son auteur y entretient de multiples relations : c’est celui de Jacqueline Rose, The Question of Zion, issu de conférences données en 2003 à l’Université de Princeton. [2] Dans son premier chapitre (« The apocalyptic sting »), Rose commence par s’intéresser au fond messianique du sionisme politique en s’inspirant des analyses aujourd’hui classiques (mais toujours controversées) de Gershom Scholem sur l’histoire de la Kabbale et du messianisme juif. [3]

C’est Scholem lui-même qui, dès son installation en Palestine, avait opéré un rapprochement entre le sionisme et le sabbataïsme, dans lesquels il voyait les deux moments politiques de l’histoire du peuple juif à l’époque moderne. Le caractère « historique » de la rédemption dans le judaïsme (par opposition à l’idée chrétienne d’un salut dans l’autre monde), associé à l’espérance d’une fin des persécutions endurées dans l’exil et l’esclavage d’Israël, engendre une idéologie révolutionnaire que Scholem appelle « utopique » et « apocalyptique ». Résultat d’une « attente messianique intense » [4], cette idéologie se représente l’âge messianique comme le moment d’un « affrontement final d’Israël et des Nations », une conflagration dotée d’une signification cosmique dont les cataclysmes forment la condition de la renaissance nationale. A cette représentation (qui se retrouvera dans le marxisme) du rôle de la violence dans l’histoire, identifié aux souffrances d’un enfantement, une tradition particulière issue de la Kabbale ajoute une dimension spécifiquement antinomique  : l’ère messianique n’est pas seulement celle de la réunion au sein de la divinité des parties du monde « brisé » depuis la création, c’est aussi, en vue de « hâter la fin », celui d’une inversion de la loi ou de sa réalisation à travers sa transgression (« c’est en violant la Torah qu’on l’accomplit »), forme spécifique de « l’activisme [prenant] l’utopie comme levier en vue de l’instauration du royaume messianique » - si indécise d’ailleurs que demeure la figure du messie lui-même. [5]

Le judaïsme traditionaliste et rationaliste (Maïmonide) a toujours vivement résisté à cette conception révolutionnaire - dans laquelle Scholem n’hésite pas à lire un « circuit d’influences mutuelles » du judaïsme et du christianisme millénariste. [6] Mais l’épisode de l’avènement, de la reconnaissance et de l’apostasie du « faux messie » Sabbataï Zevi, dont le retentissement a été immense au XVIIe siècle dans les communautés juives et dans le monde chrétien, est venu lui apporter une vérification spectaculaire. La « rédemption par le péché » y forme le lien « politique » entre le pouvoir charismatique du messie et l’espérance du peuple, allant jusqu’à l’autodissolution de ses traditions et débouchant sur une conception nihiliste de la destruction comme voie de la rédemption. [7] Scholem lui-même a vu dans cet épisode une première manifestation du nationalisme juif et de ses projets de libération, anticipant le sionisme de Herzl. Il n’a cessé, en conséquence, de mettre en garde contre l’identification du retour des Juifs exilés en Palestine avec la rédemption, cherchant à « neutraliser » la dimensions apocalyptique du messianisme, mais sans le liquider, en maintenant séparés le moment politique lié aux structures nationales, étatiques, territoriales, et le moment spirituel, et en recherchant une interprétation mystique de la rédemption comme rétablissement de l’unité et de l’harmonie du monde. [8] Ses interventions tendent à définir cet écart, en particulier dans les années où il s’associe à Martin Buber, au rabbin Judah Leib Magnes (fondateur de l’Université hébraïque de Jérusalem) et à d’autres intellectuels installés en Palestine au sein du mouvement Brit Shalom qui combat le ralliement du sionisme aux perspectives de conquête prônées par le « révisionnisme » de Jabotinsky. [9] L’une des plus remarquables est une lettre à Franz Rosenzweig de 1926, dans laquelle il s’inquiète des conséquences pour la langue sacrée, mais aussi pour la conscience collective et l’avenir des Juifs établis en Palestine, de la transformation de l’hébreu en langue nationale : « Dieu ne restera pas silencieux », c’est-à-dire que malgré l’apparente sécularisation de la langue, les puissances apocalyptiques recélées par l’invocation des récits sacrés tendront à se réaliser - quels qu’en soient les obstacles et le prix humain. [10]

Jacqueline Rose se sert de la conception de Scholem pour interpréter la trajectoire du sionisme depuis la rédaction du roman utopique de Herzl, Altneuland (1902), jusqu’à la fondation d’Israël comme « Etat juif » sur la terre de Palestine (1948) et à la situation actuelle d’occupation et d’anéantissement progressif de la société palestinienne. Elle y voit une réalisation de l’élément antinomique du messianisme transformé en programme d’action politique, à la fois destructeur et autodestructeur. Les analogies entre la personnalité maniaco-dépressive de Sabbataï Zevi et celle de Herzl constituent un des points d’appui de son argumentation, qui n’a pas manqué de susciter la polémique. [11] Mais l’essentiel porte sur les rapports entre deux questions : celle du territoire national comme « terre de rédemption » assignée au peuple par la révélation ou par l’histoire, mais suspendue à une appropriation interminable, toujours « insuffisante » et donc d’autant plus éradicatrice des traces historiques antérieures ; et celle du narcissisme collectif susceptible de transformer tout « corps étranger » en ennemi et de faire d’un peuple de victimes un peuple d’oppresseurs. Rose conduit sa réflexion à la lumière des conceptions psychanalytiques (Freud, Bion, Lacan) de l’identité collective et des mécanismes de défense contre la réalité qu’elle engendre. Tout tourne donc autour des figures de l’extrême violence et de son élaboration imaginaire. Le mythe d’une Palestine « terre sans peuple » - dénégation qui peut porter soit sur la présence physique des « nomades » (en réalité des paysans), soit sur la légitimité de l’implantation historique des Arabes dans la « terre de la Bible », soit sur l’identité nationale même des Palestiniens - doit être forcé dans la réalité contre les « puissances du mal » qui lui résistent. Cependant que la réalité historique de l’antisémitisme et son aboutissement traumatique dans le génocide se retournent dans la conviction que les victimes du sionisme sont en réalité ses persécuteurs. [12] C’est ainsi que toute manifestation d’hostilité devient une menace d’anéantissement (physique, mais aussi symbolique : déchéance et « honte » collective, traduisant l’impuissance des Juifs, telle que la Shoah a été longtemps présentée en Israël), contre laquelle tous les moyens sont sanctifiés (« tout soldat de la milice juive est une actualisation du messie »). [13]

Le cœur de cette analyse est donc une réflexion psycho-politique sur la façon dont l’antisémitisme en est venu à constituer, non seulement (comme Herzl n’avait de cesse de le répéter) l’allié objectif du sionisme, anéantissant les illusions d’assimilation et persuadant les Juifs que la persécution est pour eux le seul destin en dehors de « leur » Etat, mais le schème projectif d’une conception mélancolique de soi, dans laquelle le groupe se voit (et redoute en même temps de se voir) comme victime absolue, objet de la haine meurtrière d’un Autre à la fois omniprésent et radicalement méchant. Cette conception de l’identité collective évite toute remise en question de sa propre politique et permet par avance de verser la critique au compte de l’hostilité. Elle n’est évidemment pas la seule possible bien que, dans des circonstances déterminées qui « libèrent » l’élément antinomique de l’inconscient lui-même, elle soit peut-être irrésistible. C’est pourquoi Rose confère une importance essentielle, au centre de son livre, à l’alternative pour laquelle plaida au sein du sionisme le courant « spirituel » inauguré par Ahad Ha’am (Asher Ginzberg) [14], en qui elle voit non seulement l’inspirateur précoce, en face de Herzl, d’une critique du nationalisme exclusif qui rend invisibles les occupants antérieurs de la terre promise, mais (anticipant le Freud du Malaise dans la civilisation en même temps qu’il poursuit une tradition rabbinique) l’initiateur d’une « clinique » des identifications mélancoliques, qui libérerait la conscience collective de la plainte et de l’injonction sans pitié des ancêtres. [15]

C’est aussi du rapport aux ancêtres que nous parle, selon une tout autre méthode, l’ouvrage d’Idith Zertal, La nation et la mort. La Shoah dans le discours et la politique d’Israël, qui me semble n’avoir reçu jusqu’à présent qu’une attention biaisée ou insuffisante. [16] Idith Zertal s’intéresse en historienne à la constitution et aux fonctions de la mémoire collective, puisant aux travaux de Maurice Halbwachs et, plus récemment, de Benedict Anderson et d’autres historiens de la culture nationale. Elle rejoint en conclusion les positions d’Arendt qu’elle essaye d’adapter aux conditions de la politique israélienne actuelle.

La plus grande partie de son livre est une étude détaillée de la façon dont a été construit et incorporé à tout un ensemble de commémorations et d’institutions éducatives le « lien crucial et exclusif » entre la mémoire de la Shoah et la politique de défense de l’Etat d’Israël. [17] Son effet pervers est l’inscription au cœur de la conscience collective d’une équivalence entre le monde arabe (aujourd’hui, de plus en plus : musulman) et un nouvel hitlérisme, martelée dans les discours de l’élite politico-militaire (sauf par Rabin avant son assassinat…) et largement adoptée par l’opinion publique. Il est à noter ici, pour prévenir les hauts cris, que Zertal (pas plus que Rose précédemment) ne conteste qu’Israël ait des ennemis, ni que ses ennemis souhaitent ou fantasment son élimination. [18] Elle ne conteste pas non plus que, dès l’époque du Yishouv et pendant la Deuxième guerre mondiale, des dirigeants palestiniens aient imaginé une alliance avec le nazisme contre « l’ennemi commun » [19] et que le révisionnisme ou le négationnisme soient largement encouragés aujourd’hui dans le monde arabo-islamique. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit mais de la construction endogène d’une image collective de soi [20] par la superposition, autour de certains événements symboliques, de deux systèmes de représentations dont l’un reconstruit l’histoire ancienne ou récente, et l’autre interprète politiquement le contemporain, qui échangent en permanence leurs pouvoirs de figurer le réel, pour légitimer la déshumanisation de l’ennemi. Ce n’est pas forcer le sens de l’argumentation de Zertal, par conséquent, que de lui attribuer pour mobile non pas une sous-estimation de l’importance de la Shoah dans la conscience et l’histoire juives contemporaines, mais bien une révolte devant son instrumentalisation et finalement sa banalisation [21], qui la prive de sa réalité historique et dépossède ses victimes au profit de son imminence imaginaire dans une tout autre conjoncture politique - rendant par là-même, eu égard à la disproportion, invisibles et impensables les violences et les crimes du présent.

Son analyse articule plusieurs moments. Le premier porte sur la fiction d’une chaîne de sacrifices héroïques pour la patrie, initiée bien avant la proclamation de l’indépendance et la guerre de 1948, appropriant au cas d’Eretz Israël le modèle européen du lien sacré entre « la terre et le sang » - à ceci près qu’il s’agit en Palestine, pour une part essentielle, de créer, déplacer et défendre la frontière contre un ennemi intérieur - dont le modèle est la résistance jusqu’à la mort des colons de Tel Haï en Haute Galilée contre leurs assaillants arabes (1920). [22] Avec les deux autres exemples-clés, celui de l’exaltation de l’insurrection du ghetto de Varsovie (1943) comme un « combat sioniste pour l’honneur d’Israël » [23] et celui de la tragédie de l’Exodus gérée par la direction de l’Agence juive en vue d’influer sur les débats de la Commission de l’ONU en 1947, on passe déjà à une seconde question, encore plus délicate, celle du tri effectué par la politique israélienne entre les témoignages et même les personnes des survivants. Son point d’aboutissement est une discussion de la façon dont la construction étatique de la mémoire a refoulé ce quelle considérait comme « honteux » du point de vue de l’homme nouveau et construit des boucs émissaires au sein des victimes elles-mêmes, en exonérant au passage de véritables collaborateurs. [24] Ce qui se dégage alors, suivant l’expression frappante de Zertal, c’est une « mémoire sans sujets » (p. 121), un « mélange d’appropriation et d’exclusion » (p. 36) dont le sens idéologique est de construire une « religion civique » (p. 82) et de « purifier » Israël lui-même de la « honte juive » que représenterait la mort infâme des victimes impuissantes (pp. 91, 115).

Sans restituer pour autant aux survivants le droit à la parole, dont l’Etat (et secondairement l’armée, les organisations de colons) se feront à leur place les « héritiers patentés » (p. 237), l’officialisation du culte des morts de la Shoah dont le procès Eichmann de 1961 a constitué la plaque tournante procédera néanmoins sur ce point à un déplacement significatif. La Shoah n’est plus rangée du côté de la dégénérescence et de la « passivité » du juif de ghetto en face de laquelle se dresse « l’homme nouveau » qu’incarne le pionnier sioniste, elle est transfigurée en événement fondateur de la renaissance nationale et signe négatif de l’élection d’Israël, garantissant a priori la sainteté de ses objectifs et des moyens (notamment militaires) destinés à les atteindre. [25] Son « unicité » n’est plus discutée (comme ce fut encore le cas à l’époque du Biafra) mais revendiquée et sacralisée. [26] A nouveau donc, et sur une beaucoup plus grande échelle, une situation est lue systématiquement dans l’ombre d’une autre, instituant une psychologie collective angoissée qui déborde toutes les circonstances particulières susceptibles de l’alimenter (guerres régionales, attentats-suicides, revendication palestinienne du « droit au retour »), et aboutissant à la conscience de soi d’Israël comme une « nation réfugiée » placée en permanence sous le signe de l’extermination. « Dans cet univers où toutes les significations sont inversées et toutes les projections permises, les peuples conquis deviennent conquérants, les persécuteurs sont transformés en persécutés, les criminels en victimes, et ce monde à l’envers est sanctionné par le sceau suprême d’Auschwitz. » [27]

On comprend dans ces conditions que l’intervention d’Arendt s’exprimant « en tant que juive » dans son compte-rendu et son interprétation du procès Eichmann, mais refusant toute affiliation de groupe [28], ait fait scandale, et que ce scandale dure encore. Après avoir pour la première fois publié en hébreu la lettre d’Arendt à Scholem que celui-ci s’était engagé à faire paraître avec la sienne, Idith Zertal consacre un long chapitre à cette apologie de la pensée libre (Selbstdenken, formule tirée de Lessing) contre « la catastrophe du messianisme politique », et s’en inspire dans ses conclusions. A ses yeux, par delà la critique du manque de parole du grand historien, la polémique est exemplaire de la façon dont le courant passé par l’utopie de l’entente judéo-arabe se divise entre un nationalisme culturel, impuissant à se dissocier des extrapolations mythiques de l’histoire, alors même qu’il en étudie savamment la généalogie, et une « citoyenneté du monde » pour qui le problème politique essentiel est celui des conditions historiques de cohabitation entre les diverses exigences d’autodétermination, comme telles aussi inconditionnellement justifiées que mutuellement antagonistes.

La controverse Scholem-Arendt occupe aussi une place centrale dans notre troisième ouvrage, celui d’Amnon Raz-Krakotzkin : Exil et souveraineté. Judaïsme, sionisme et pensée bi-nationale. [29] Mais, sur le fond de l’amitié commune avec Walter Benjamin, dont chacun des deux écrivains s’est en quelque sorte attaché à l’un des côtés de la pensée, elle est réexaminée à partir de la « théologie politique » qui sous-tend la construction de l’Etat d’Israël et son expansion coloniale jusqu’aux limites (d’ailleurs indéterminées) del’Eretz Israël biblique. Troisième perspective, donc, recoupant et déplaçant les précédentes. [30] Il ne saurait être question de rendre compte ici intégralement d’un texte éminemment discutable (espérons qu’il le soit), mais éblouissant d’érudition et d’ambition théorique. Après avoir indiqué en quel sens l’auteur entend la notion qui figure dans son titre et commande ses conclusions pratiques, je concentrerai mes remarques sur trois points transversaux.

Krakotzkin prend soin de distinguer ce qu’il appelle la « pensée binationale » d’une solution institutionnelle quelconque du conflit israélo-palestinien dans la forme d’un ou de deux Etats. Esquissée dans l’entre-deux-guerres autour de Buber, Magnes, Scholem, Arendt, et survivant aujourd’hui en Israël dans la minorité qui se bat pour les droits des Palestiniens, elle consiste d’abord dans une reconnaissance effective de la présence des Arabes [31] comme premiers occupants de la terre en Palestine, ensuite dans l’idée que « les droits des Juifs et des Arabes forment un tout » de sorte qu’on ne peut faire progresser la démocratie qu’en « traitant simultanément les deux facettes » (p. 209), et ne raisonnant plus en termes de souveraineté exclusive, mais limitée ou partagée. Enfin, ce qui est plus difficile, elle pose que pour les Juifs eux-mêmes « la Palestine est un pays d’exil », comme elle l’est devenue pour les Palestiniens, de sorte qu’il n’y a pas d’identification eschatologique possible entre le « retour » des Juifs en Palestine et la construction d’un Etat au sein du Moyen-Orient. [32] Elle constitue donc à la fois une « réforme intellectuelle et morale » et une méthodologie politique dans la situation d’aujourd’hui, sans fin prévisible.

Dans cette perspective, la première thèse du livre est que la distinction admise entre un camp « laïque » et un camp « religieux » en Israël est dénuée de sens. Car c’est le nationalisme laïque et notamment le socialisme, dominant au moment de la fondation de l’Etat et responsable de sa politique, seul ou en coalition, pendant des décennies, qui a réalisé la « sécularisation » et la conservation des schèmes théologico-politiques : sacralisant les symboles nationaux (le drapeau à l’étoile de David), faisant de la Bible la référence absolue pour la représentation des frontières, et de la terre d’Israël un lieu d’élection qui ne peut être approprié que par les Juifs. Krakotzkin résume dans un Witz cette sécularisation à rebours : « Dieu n’existe pas, mais il nous a promis cette terre ». Cette théologie déniée mais omniprésente combine donc étroitement l’aspect politique, l’absolutisation de la formation nationale étatique, avec une déviation religieuse apocalyptique [33] au regard de l’idée de la condition humaine comme exil, qui constituerait le fond éthique et mystique du judaïsme, communiquant avec l’interdiction de « hâter la fin ». [34] Elle entraîne comme conséquence paradoxale qu’il faut plutôt chercher les opposants au messianisme politique du côté des penseurs et des partis « religieux » qui s’opposent à l’idée du territoire israélien comme terre sainte, que du côté des « laïques » autoproclamés. [35]

La négation de l’exil, cette fois dans un sens directement historique, est aussi au cœur de la critique par Krakotzkin de « l’orientalisme » (au sens de Said) qui selon lui imprègne les images de soi et les politiques culturelles de l’Etat d’Israël. Le paradoxe est qu’une nation née de la persécution subie par les Juifs en Europe se conçoive (dès les écrits de Herzl) comme l’avant-garde d’une européanisation du Moyen-Orient et, retournant contre elle-même - non sans une extrême ambivalence - le système des « stigmates » inventés par l’orientalisme, en vienne à pourchasser avec acharnement dans son histoire, ses traditions culturelles, sa composition ethnique, tout ce qui évoque l’altérité par rapport aux modèles de communauté développés par les nations et les empires coloniaux européens. Cet orientalisme « délocalisé » ou projeté hors de son lieu d’origine vaut naturellement pour la négation systématique des droits et de l’existence des occupants arabes de la Palestine et pour la représentation de l’Islam sous les traits de l’arriération et du fanatisme. Mais il vaut aussi pour la violence symbolique dont font l’objet les Juifs « orientaux » et l’effacement systématique de la culture judéo-arabe, populaire aussi bien que savante, pourtant liée au grand moment de renaissance du judaïsme médiéval entre Bagdad et Cordoue. [36] Un paradoxe pour un Etat qui se construit en plein Moyen-Orient et dont, outre les 20% d’Arabes israéliens, près de la moitié de la population majoritaire provient du Yemen, d’Irak et du Maghreb ! Plus profondément encore il vaut pour la façon dont, reniant une conception spécifiquement juive de l’historicité (telle que Benjamin tentera de la retrouver) au profit du « grand récit » de la modernisation étatique, le discours dominant en Israël présente l’essentiel de l’histoire juive millénaire, dans les conditions de la diaspora, comme une longue parenthèse négative et une expérience d’aliénation de l’identité collective. La construction de l’homme nouveau devient ainsi, non seulement l’instrument de « l’éradication du passé », mais le processus dans lequel sont assimilés et entérinés les stéréotypes de l’antijudaïsme européen.

A la pointe extrême de cette critique, Krakotzkin en vient alors, développant une intuition de Scholem contre Scholem lui-même, à argumenter en faveur de la thèse selon laquelle la « théologie politique sécularisée » qui commande la politique israélienne, n’est pas tant l’effet d’une déviation interne du messianisme juif que le résultat de son imprégnation par des schèmes spécifiquement chrétiens : depuis l’appropriation des principes protestants de lecture littéraliste et d’autorité exclusive de la Bible jusqu’à l’utilisation de l’extermination comme moment théophanique fondateur, signe de Dieu dans l’histoire profane, en passant par la représentation de la « fin de l’exil » comme une « rentrée dans l’histoire » au sens progressif et positif du terme. [37] C’est contre une telle inversion des perspectives, beaucoup plus aliénante que la « dégénérescence » à laquelle elle prétend mettre fin, que Krakotzkin invoque l’idée benjaminienne d’une histoire de la rédemption comme « histoire des vaincus » (ou, dans le langage d’Arendt, des « parias »). [38] Elle n’a d’ailleurs rien de purement spéculatif, puisqu’elle commande à ses yeux la possibilité même d’exercer une responsabilité politique des conséquences pour les autres et pour soi de la conquête sioniste, dont dépendent les chances à vrai dire bien ténues de ne pas en payer collectivement le prix fort. [39]

Pour conclure, je voudrais insister sur deux problèmes qui appellent à l’évidence de nouvelles réflexions. Un point commun aux analyses de Rose, de Zertal et de Raz-Krakotzkin, que la divergence même de leurs méthodes fait ressortir avec plus de force (et même de violence), c’est la prégnance de l’antisémitisme et la profondeur des effets différés que son intériorisation ne cesse de produire dans la conscience de soi ou Selbstthematisierung indissociable de la construction nationale israélienne. Sans doute admettra-t-on qu’aucune forme (et l’on sait qu’il y en a plus d’une…) d’identification au judaïsme et à la judéité ne peut en être indemne. Le traumatisme de la Shoah, transmis de génération en génération, lui ajoute une dimension de fatalité très difficilement résistible. Mais la situation est qualitativement différente pour la conscience nationale israélienne parce que le rapport du « soi » à « l’autre » (l’étranger, l’ennemi) y fait l’objet d’une construction institutionnelle, d’une appropriation politique, et que cette construction se déroule dans les conditions d’une colonisation, donc d’une dénégation « vitale » de la condition d’oppresseurs des anciennes victimes (ou plutôt - ce qui n’est pas tout à fait la même chose - de leurs héritiers). Tout se passe alors - effet de « dette perverse », dit Zertal - comme si la formule de Sartre : « c’est l’antisémite qui fait le Juif », avait trouvé une réalisation différée : c’est l’antisémitisme qui construit la judéité pour l’Israélien, à la fois dans la définition de ce qu’il rejette hors de lui-même et dans ce à quoi il s’identifie - la catégorie suprêmement ambivalente de « victime » rassemblant paradoxalement les deux aspects.

La conséquence pratique qui semble s’en dégager est double, et bien entendu ne concerne aucunement les seuls juifs, ou Israéliens. D’une part, il faut approfondir, comme avaient commencé à le faire chacun à sa façon Hilberg, Arendt, Poliakov, Arno Mayer, la nature du lien historique entre antisémitisme et extermination, qui n’a rien de logique ou de linéaire. D’autre part il faut inscrire une lutte idéologique sans merci contre les formes présentes de l’antisémitisme (en Orient comme en Occident) à l’ordre du jour de toute tentative de contribuer à une solution du conflit israélo-palestinien par la « neutralisation », autant que faire se peut, du messianisme nationaliste : car celui-ci se nourrit de toute circonstance dans laquelle le réel s’offre à vérifier son imaginaire. Ce qui n’implique pas de céder au chantage auquel est exposé tout examen critique de l’histoire et de la politique israélienne. La difficulté vient de ce que l’antisémitisme est certes utilisé tactiquement par Israël, mais forme beaucoup plus profondément un point d’ancrage inconscient de son identité, originairement associé au discours du sionisme, que les obstacles et les démentis n’affaiblissent pas mais renforcent.

Sur un autre plan, les analyses de nos auteurs réactivent une question complexe mais cruciale : en quoi la formation idéologique désignée ici comme « messianisme nationaliste » ou sacralisation de la nation par « l’ange de la mort » est-elle spécifiquement israélienne ? Une partie de la fascination qu’exerce le sionisme, en Occident ou ailleurs, sur des esprits qui n’ont pas de sympathie particulière pour la colonisation, mais qui, en revanche, sont attachés à une conception « civique » ou « républicaine » de la nation et à la façon particulière dont elle conjugue universalisme et communautarisme, égalitarisme et exclusion, ne vient-elle pas de ce que le nationalisme israélien porte à l’extrême (et au point de rupture) une formation idéologique qui ne lui est pas - ou pas entièrement - propre ? Dans un moment où se voit partout remise en question la combinaison de messianisme et de nationalisme qui est plus ou moins indissociable de la traduction d’une identité historique en politique d’Etat, et s’attache selon les cas aux idées de mission civilisatrice, d’Elect nation, de « terre de résurrection » sur laquelle naît l’homme nouveau, ou de « nation victime de l’histoire » (France, USA, URSS, Pologne, Inde, Iran…), le cas particulier d’Israël apparaît comme le bastion d’une certaine image de la souveraineté, et comme le lieu où elle est (toujours déjà) dans l’ombre de la mort. [40] La formule très spinozienne du rabbin Haïm Grodzinski que rapporte Krakotzkin : « Israël est un Etat comme les autres », prend alors une autre signification. [41] Elle commande une enquête plus complète sur tout ce que le couple de la terre des ancêtres et du patriotisme sacrificiel, exacerbé par le nationalisme israélien, doit en réalité à l’histoire européenne des nationalismes (Barrès !). Mais aussi, évidemment, sur le fait que celle-ci n’a cessé de réactiver et d’exploiter les modèles bibliques : et l’on retrouve le « circuit d’influences mutuelles » dont parlait Scholem. Enfin, elle demande que nous posions le problème de la spécificité et de la singularité (de l’unicité, si l’on veut) de l’histoire juive en Israël et en dehors d’Israël, non pas en termes d’essences ou d’identités, mais en termes de relations et d’altérités internes, au passé comme au présent. Tout Etat est « comme les autres », mais aucune histoire nationale n’est comme une autre, puisqu’elle reflète en son sein toutes les autres.

Notes

[1] Voir, pour ne faire état sur ce point que de nos hypothèses personnelles : Etienne Balibar et Jean-Marc Lévy-Leblond : « Guerre en Orient ou paix en Méditerranée ? », Le Monde du 19 août 2006 (version non abrégée disponible sur le site http://www.lemonde.fr/web/article/0...).

[2] Sa traduction a été refusée par un grand éditeur français. Professeur à l’Université de Londres, J. Rose est notamment l’auteur de The Haunting of Sylvia Plath, 1991, Virago ; Why War - Psychoanalysis, Politics and the Return to Melanie Klein, 1993, Blackwell (en coll.) ; On Not Being Able to Sleep - Essays on Psychoanalysis in the Modern World, 2003, Chatto ; ainsi que d’une introduction à la nouvelle traduction anglaise des essais de Freud sur la « psychologie des masses » (Penguin Books).

[3] Voir en particulier, en français, Gershom Scholem : Le messianisme juif. Essais sur la spiritualité du judaïsme (Calmann Lévy, 1974) (où figure l’essai sur « La rédemption par le péché »), et Sabbataï Tsevi, le messie mystique 1626-1676 (Verdier 1990). La présentation la plus complète de la trajectoire intellectuelle de Scholem est celle de David Biale : Gershom Scholem. Cabale et contre-histoire, Editions de l’éclat 2001. Voir également Pierre Bouretz : Témoins du futur. Philosophie et messianisme, Gallimard 2003, chap. IV (« Gershom Scholem : la Tradition entre connaissance et réparation »).

[4] Voir Le messianisme juif, op. cit., p. 27.

[5] Ibid., p. 40.

[6] Ibid., p. 42.

[7] Ibid., p. 139 sq., et Sabbataï Tsevi…, cit.

[8] Sur la thématique de la « neutralisation du messianisme » chez Scholem, cf. Biale, cit., p. 132 sq.

[9] Voir Martin Buber : Une terre et deux peuples, la question judéo-arabe, Lieu Commun, Paris 1985.

[10] L’essentiel des interventions politiques de Scholem entre 1916 et 1974 est traduit dans le recueil Le prix d’Israël, Editions de l’Eclat, Paris 2003. La lettre à Rosenzweig, longtemps ignorée, joue aussi un rôle central dans les analyses beaucoup plus critiques de Raz-Krakotzkin, soulignant que c’est à partir d’une « interprétation typiquement messianique de la situation » que Scholem « met en garde contre le danger messianique que cache la laïcisation » (Exil et souveraineté, p. 133). Le rapport « ambivalent » (selon Carlo Ginzburg) de Krakotzkin à l’œuvre et à la personnalité de Scholem est influencé par les critiques de la nouvelle génération de spécialistes de la Kabbale contre sa conception « nationale » du messianisme ancien (cf. Moshe Idel : Messianisme et mystique, Paris 1994 ; Mystiques messianiques de la kabbale au hassidisme, XIIIe-XIXe siècle, Paris 2005).

[11] Voir en particulier l’échange avec Shalom Lappin dans la revue online www.democratiya.com/review.a....

[12] J. Rose renvoie ici à l’article essentiel d’Edward Said (à la mémoire duquel son livre est dédié) : « Zionism from the point of view of its victims » (1979).

[13] Formule du dirigeant socialiste Shmuel Yavne’eli, datant de 1918, citée par Rose p. 150. Le thème de la « honte nationale » est également analysé par Idith Zertal. Il est rattaché par Krakotzkin à une problématique plus générale de l’abjection du juif « exilique », notoirement insistante dans la formation du caractère national israélien.

[14] dont s’est aussi réclamé Scholem (avant 1933) : « Je suis à cet égard un ahad-haamiste religieux », cit. in Le prix d’Israël, p. 163. Voir également D. Biale, cit., p. 40 sq., 171-175.

[15] Rose, cit., p. 96 sq.

[16] Auteur de nombreuses études sur l’histoire de l’Etat d’Israël et sur l’émigration en Palestine, Idith Zertal a été professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem et au Centre interdisciplinaire d’Herzliya. Elle enseigne aujourd’hui à Bâle. Son ouvrage le plus récent (en collaboration avec Akiva Eldar) est : The War Over Israel’s Settlements in the Occupied Territories, 1967-2007, Nation Books 2007.

[17] Sur l’institution du « lien exclusif » entre la mémoire de la Shoah et le site de Jérusalem par la loi Yad Vashem, et son rapport à d’autres politiques des « lieux de mémoire », cf. Zertal, p. 120. Sur les réticences de certains rescapés de la Shoah, p. 130 sq.

[18] Ce point est particulièrement important en ce qui concerne la propagande nassérienne dans les jours qui précédèrent l’attaque de juin 1967, présentée dès lors comme un cas de légitime défense préventive. Cf. Zertal, cit., p. 166.

[19] Ibid., p. 144 sq., en particulier sur les démarches du grand Mufti Hadj Amin Al-Husseini.

[20] Les sociologues d’inspiration luhmanienne emploieraient ici la catégorie difficilement traduisible de « Selbstthematisierung » ou « auto-caractérisation » (cf. Ulrich Bielefeld : Nation und Gesellschaft. Selbstthematisierungen in Frankreich und Deutschland, Hamburg 2003).

[21] Sur le « long processus de banalisation de la Shoah », cf. pp. 88, 156, etc.

[22] Dans la version la plus étendue du récit mythique, qui noue les épisodes modernes à l’Antiquité (la destruction du Second Temple, la révolte de Bar Kokhba et la bataille de Massada), cette chaîne permet aussi de conforter l’idée d’une identité nationale et territoriale millénaire, dans laquelle la diaspora n’aurait représenté qu’une « non histoire » ou une parenthèse tragique avant la reconquête. Raz Krakotzkin de son côté discute la fiction de la révolte de Bar Kokhba et son opposition à la tradition rabbinique : Exil et souveraineté, p. 100 sq.

[23] Zertal, cit., p. 36 sq. Après d’autres, Zertal souligne que le principal dirigeant survivant du Ghetto de Varsovie, Marek Edelman, s’est toujours opposé à cette transfiguration de l’insurrection en épisode d’héroïsme « sioniste », et plus généralement à l’idée que la création de l’Etat d’Israël puisse représenter non seulement une conséquence historique, mais le « sens » révélé a posteriori de la Shoah (pp. 47 sq.).

[24] En particulier en vertu d’une loi de 1950 « contre les criminels de guerre et les auteurs de crimes contre l’humanité » présents en Israël même : Zertal, p. 83 sq. Dans la pratique, elle avait pour cible des Juifs, eux-mêmes survivants de la Shoah (comme les anciens kapos et responsables de chambrées des camps de concentration), mais aboutissait à exonérer largement les notables qui négocièrent avec les nazis au nom des Judenräte d’Europe centrale. Elle déboucha sur le scandale du procès Kastner (1952), dont Ben Gourion conçut le procès Eichmann comme la réparation symbolique (p. 112 sq.).

[25] Selon Zertal, qui suit sur ce point Arendt, mais aussi d’autres historiens (dont le britannique Trevor Roper, très favorable aux objectifs d’Israël), le procès a été rigoureusement conçu en ce sens.

[26] Sur l’assimilation des massacres du Biafra en 1968 et du génocide juif, et le dilemme moral alors affronté par Israël, cf. Michal Givoni : « Des victimes pas comme les autres. Réactions israéliennes face à la catastrophe du Biafra », in Israël et l’autre, sous la direction de William Ossipov, Editions Labor et Fides, Genève 2005.

[27] Zertal, p. 268-269 (« L’ange de la mort d’Auschwitz »). Rappelons qu’Edward Said, à contre-courant de son propre camp, avait appelé les Palestiniens et les Arabes à tenir compte de cette psychologie et, au-delà, à faire du génocide juif et des droits qu’il entraîne (dont ne faisaient pas partie à ses yeux celui de déposséder les autres) une des conditions de la solution du problème israélo-palestinien : The Question of Palestine (Londres, 1981) ; The Politics of Dispossession (Londres, 1994).

[28] Ce dont témoigne sa controverse avec Scholem à propos de « l’amour d’Israël » ou « amour du peuple juif » (Ahavat Israel), auquel elle oppose non « l’amour de l’humanité » mais celui des individus et des amis : voir Les origines du totalitarisme, suivi de Eichmann à Jérusalem, Gallimard 2002, p. 1342 sq., ainsi que G. Scholem, Fidélité et utopie. Essais sur le judaïsme contemporain, Calmann Lévy, 1978, p 213-228. Sur la conception de la « question juive » chez Arendt avant et après le procès Eichmann, voir Martine Leibovici, Hannah Arendt, une Juive. Expérience, politique et histoire (préface de P. Vidal-Naquet), Desclée de Brouwer, 1998.

[29] L’auteur est senior lecturer d’histoire du judaïsme à l’Université de Beersheva. Ses publications antérieures portent notamment sur la censure catholique et les transformations de la pensée juive qu’elle entraîne dans l’Europe classique.

[30] L’étroitesse des échanges réciproques entre Scholem et Benjamin sur la théologie et la philosophie de l’histoire (jusqu’aux « Thèses » de 1940, remises à Arendt et publiées par elle) fait l’objet du livre d’Eric Jacobson : Metaphysics of the Profane. The Political Theology of Walter Benjamin and Gershom Scholem, Columbia University Press 2003. Lire également Michael Löwy : Avertissement d’incendie. Une lecture des thèses « Sur le concept d’histoire », Paris 2001.

[31] au milieu desquels vivaient de tout temps des communautés juives, soumises par l’Empire Ottoman au statut minorisant de dhimmis

[32] Ce qui revient à critiquer la notion inscrite dans la Constitution israélienne d’un Etat « démocratique » parce que « juif » (et pour les juifs exclusivement). Cette idée du « pays d’exil » est liée à une élaboration « séculière » de la tradition religieuse pour qui la terre d’Israël ne constitue pas le lieu ou l’instrument du salut, mais celui où les juifs tentent de continuer à « vivre en exil » aussi longtemps que toute l’humanité n’est pas libérée de l’esclavage ou de l’oppression. Elle rejoint la critique de l’étatisme chez Benjamin et l’opposition tracée par Arendt entre la position du « parvenu » et celle du « paria ». Cf. p. 199-201.

[33] Puisqu’elle en vient à préférer l’autodestruction au partage de la terre : voir le développement sur « l’option de Samson » et le tabou de nomination portant sur l’arme nucléaire israélienne, p. 152 sq.

[34] Ibid., p. 45 sq., 197 sq.

[35] Ibid., p. 196-203 (avec référence à Baruch Kurzweill et Yeshayahou Leibowitz). Bien entendu les partis nationalistes religieux sont le fer de lance de la colonisation des territoires occupés.

[36] Krakotzkin parle de « désarabisation forcée » : p. 83. Il s’appuie en particulier sur l’œuvre de Gil Anidjar, philosophe et historien élève de Derrida, auteur de « Our Place in Al-Andalous » : Kabbalah, Philosophy, Literature in Arab Jewish Letters, Stanford 2002 ; de The Jew, the Arab : A History of the Enemy, Stanford 2003 ; et tout récemment de Semites : Race, Religion, Literature, Stanford 2008). Le refoulement israélien de l’élément judéo-arabe au cœur de sa propre identité historique est l’envers de la façon dont le discours de l’Europe « chrétienne » a fantasmatiquement installé le Juif et l’Arabe, depuis la Renaissance au moins, dans la position d’ennemis absolus, intérieur et extérieur, qui profondément ne font qu’un.

[37] Voir en particulier les chapitres I (« La négation de l’exil dans la conscience sioniste ») et II (« Le retour à l’histoire »). Scholem discute notamment des rapports entre messianisme juif et millénarisme chrétien dans Sabbataï Tsevi, cit., p. 105 sq.

[38] Voir essentiellement le chapitre VII : « Arendt, Benjamin, Scholem et le binationalisme ».

[39] Soigneusement distinguée d’une culpabilité  : voir pp. 206 sq.

[40] On lira, je pense, une idée de ce genre sous-jacente à certains écrits récents de Jean-Claude Milner : voir Les penchants criminels de l’Europe démocratique, Verdier 2003, en particulier § 55, p. 97 sq. : « En vérité, il n’y a qu’un seul obstacle réel [à l’expansion de la « paix » européenne, synonyme de « société illimitée »] (…) c’est l’existence d’un Etat nommé Israël. Car Israël se présente comme un tout limité, dans la forme d’un Etat-nation, réclamant des frontières sûres et reconnues. Un tel langage est réputé intrinsèquement guerrier… ».

[41] Raz-Krakotzkin, cit., p. 111, 199. Cette formule me frappe d’autant plus qu’à l’époque de la perestroïka, au philosophe Lucien Sève qui me demandait avec une fausse naïveté (et une véritable angoisse) : « que penses-tu de l’URSS ? », j’avais répondu précisément cela : « C’est un Etat comme un autre… »

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Admin le Mer 12 Fév - 19:36




Qu’est-ce que le sionisme ?




Une mafia qui empêche la liberté de pensée démocratique par des moyens coercitifs ! Toutes les idéologies peuvent être critiquées ouvertement, être mises en question, et soumises à l’analyse. Mais il y a une exception : le sionisme.

Chaque critique consciencieux du sionisme est considéré comme » antisémite « , comme ayant de la haine envers les juifs, un mépris pour les juifs en tant que peuple. Dans ces conditions, la liberté de pensée n’existe pas en ce qui concerne le sionisme.

La thèse principale de la propagande sioniste consiste en ceci : Israël est sacro-saint, il est une vache sacrée dont toute critique quelle qu’elle soit est malvenue. Et puisque Israël est un état sioniste, on est tenu suivant une logique imparable, de ne pas critiquer le sionisme. Ce simple argument est d’une valeur redoutable dans les débats publics ce qui arrange bien Israël et sa propagande mais constitue une atteinte à la liberté de pensée.

Les sionistes et leurs partisans qui sont souvent dénués de sens critique et dépourvus d’une connaissance élémentaire ont compris depuis longtemps que si le sionisme était remis en question et pouvait être analysé d’une façon critique, l’existence légale d’Israël elle-même vacillerait sur ses bases et que la sympathie éprouvée envers les Palestiniens expulsés ou opprimés s’accroîtrait d’autant. Ce ne serait alors plus qu’une question de temps pour voir Israël isolé et la catastrophe pour les sionistes serait complète.

Tout le monde sait que, sans l’aide de l’Occident et particulièrement des USA, Israël, devrait déposer, en moins d’un an, son bilan. Ce serait la banqueroute et il ne pourrait plus exister en tant qu’état muni d’une machine de guerre démesurée.

Une telle éventualité doit être écartée à tout prix du point de vue sioniste. Cela va de soi. Et ceci explique l’intensité et la force de frappe de la propagande sioniste qui utilise des moyens de pression énormes par le biais des différents lobbies juifs. Israël ne doit en aucun cas être boycotté comme l’Afrique du Sud !

Un procédé malhonnête utilisé depuis longtemps par les sionistes est l’identification de l’anti-sionisme avec l’antisémitisme et le nazisme.. Le sionisme est une espèce de reflet de l’anti-sémitisme ; les juifs jouent ici le rôle des seigneurs de la race supérieure et les Palestiniens celui de la nation qui est bafouée sur son propre sol.

Qu’est donc ce sionisme qu’il n’est pas permis de critiquer à cause de l’intimidation de la propagande médiatique ?

1. Le sionisme n’est en aucune façon un nationalisme local, limité aux frontières de l’état sioniste d’Israël. Si c’était le cas, la création d’Israël n’aurait pas pu avoir lieu et dans l’affirmative il n’aurait pu en aucune façon durer longtemps. Non, le sionisme est une idéologie d’extension mondiale, un mouvement politique puisque les sionistes exigent la loyauté de tous les juifs du monde à l’égard de l’état d’Israël.

Ceci est répété inlassablement aux juifs de tous les pays par des moyens tels que des congrès mondiaux, diverses rencontres (comme les Bilderberg, par exemple), qui, d’année en année, sont tenus une fois dans tel pays une fois dans tel autre. Le tragique, si l’on peut dire, de cette situation pour beaucoup de juifs, réside dans le fait que le sionisme les considère comme une cinquième colonne et cloue au pilori les juifs anti-sionistes comme étant des traîtres à la cause nationale

2. Le sionisme est colonisateur et impérialiste. Il est colonisateur parce que l’état d’Israël est une création de juifs vivant à l’étranger qui a été entreprise de telle manière qu’un groupe de population, en l’occurrence les Palestiniens qui y habitaient depuis toujours a été chassé de son pays par la force brutale ou s’ils sont restés, ont été réduits à la situation de citoyens de seconde zone. Il est impérialiste aussi parce que Israël est en fait suspendu aux basques des sionistes du monde entier et spécialement de ceux des USA.

3. Le sionisme est une politique d’arrogance et de répression parce que l’Israël sioniste viole impunément toutes les résolutions de l’ONU et les principes de cet ONU qui pourraient entraver ses agissements. De plus Israël peut miser sur l’aide du lobby juif qui le fait soutenir par les Etats Unis qui possèdent un droit de veto au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il existe des tas de documents prouvant la puissance politique des sionistes aux USA.

4. Les médias occidentaux se trouvent sous la puissante influence sioniste. C’est le cas surtout pour les films, la télévision et autres branches de loisirs américaines dont les productions inondent le monde entier. Pour Israël ,ceci est d’une importance inestimable car il est toujours représenté par des images le décrivant comme un pays menacé par ses affreux voisins, constamment visé par les perfides terroristes palestiniens, lui, le petit Israël, héroïque, qui mène une guerre en dentelles contre toutes les canailles arabes usurpatrices !

5. Un autre brandon allumé sans arrêt par la propagande sioniste est le présentation continuelle des anti-sionistes comme de fous avides de sang, une horde de » juivivores » aux dents acérées, qui n’ont rien d’autre dans la tête que d’enfourner le plus possible de juifs dans des chambres à gaz.. Avec cette histoire-là , les propagandistes charlatans sionistes ont atteint leur but le plus important, celui de placer le sionisme sous une protection naturelle et de le soustraire ainsi à tout examen critique, ce qui fait que chaque anti-sioniste est traité d’idiot, de débile mental, dogmatique ou simplement d’ antisémite haineux enragé. Tout à fait à l’opposé, les sionistes se posent en quelque sorte comme les fleurons de l’humanité, sans parler de leur intelligence supérieure, comme des esprits remplis de tolérance et des modèles éclairés de l’humanité.

6. Le sionisme est une idéologie et une politique et non une communauté nationale. Aussi, une critique à son encontre, si forte soit elle, ne peut en aucune façon être considérée comme une expression de haine envers une communauté de peuple.

Or logiquement, le sionisme est raciste puisque en son nom la Palestine est occupée par lui et est affublée du nom d’Israël, afin que s’accomplisse la promesse que Yahvé a faite à son peuple suivant l’Ancien Testament. N’a-t-il pas donné à son peuple l’ordre de chasser ou d’exterminer les occupants de ce pays qui porte le nom de Canaan ?

Dans ses effets concrets, le sionisme a une ressemblance frappante avec la politique d’apartheid puisque les juifs, sont privilégiés en Israël de même que dans les territoires qu’ils occupent et qu’ils privent les Palestiniens de leurs droits en les contestant.

7 .Le sionisme est une espèce de mafia ou de franc-maçonnerie militante et conspiratrice puisqu’il tente d’organiser la population juive partout dans le monde au service d’une puissance étrangère. Ces activités sont exercées en coulisse et ne font jamais l’objet de discussions publiques, comme dans les réunions des BILDERBERGERS.

Les critiques à ce sujet sont interdites par les sionistes et elles sont réfutées avec le vocable liberticide habituel d’antisémitisme et le journaliste courageux qui informe légitimement ses concitoyens se retrouve devant la justice.

Aujourd’hui il existe en Israël des religieux de droite et d’extrême droite qui commentent le Talmud et l’orientent d’une manière raciste, comme par exemple la secte Kahane et la Ligue de Défense Juive qui en est issue, avec l’aide du CRIF et des associations sionistes de France.

Il faut donc souligner, au risque de déplaire à certains, la collusion objective entre l’Hitlérisme et le Sionisme extrême. Les accords d’Haavara (« le transfert ») entre le Reich hitlérien et l’agence juive pour faciliter l’émigration des Juifs en Palestine des Juifs allemands (Cf. Hirszowicz « Nazi Germany and the partition plan » – dans Middle Eastern Studies, vol.1, n°1 octobre 1964.) eurent bien lieu. En 1942, on vit des représentants sionistes de droite ( le célèbre Yitzhac Shamir au nom du groupe LEHI) négocier et proposer aux Nazis le départ de milliers de Juifs d’Europe centrale vers la Palestine, au prix d’un traité entre l’Allemagne et la Palestine (hébraïque) donnant ainsi à la nation germanique « un pouvoir au Proche Orient … »

On voit clairement quel était le degré « de souplesse » des éléments de la droite et de l’extrême droite israélienne. Cette affaire montre la collusion objective du Sionisme avec la droite et l’extrême droite, puisque le LEHI n’a jamais été réellement dénoncé pour ces pratiques honteuses.

Les lobbies sionistes disposent d’un grand avantage : ils font appel régulièrement à la lutte contre « l’antisémitisme », ils tentent de donner – notamment aux jeunes juifs d’Israël et du reste du monde – l’image d’une société israélienne « encerclée par l’antisémitisme », en proie aux pires dangers, et ne devant son salut qu’à sa détermination et à son courage !

Comment, sur la question de la lutte contre l’antisémitisme, fonctionne le lobby sioniste en France ?

Il est représenté par le CRIF et par ses différents alliés dont par exemple la LICRA. Des associations « bidon » existent, qui au gré des circonstances sont utilisées pour l’anti-antisémitisme. Ainsi l’association « Avocats sans frontières » en France attaque systématiquement tous ceux qui se permettent d’émettre des critiques contre la politique menée par l’Etat d’Israël à l’encontre des Palestiniens. Goldnagel, avocat de l’ambassade israélienne à Paris, défend l’association « Avocats sans frontières » qui cite ainsi à comparaître Daniel Mermet et Jean Marie Cavada le 31 mai 2.003 devant le Tribunal de Paris, appuyés par l’Union des Etudiants Juifs de France et la LICRA, avec à l’appui, des témoins de poids (que nous retrouverons plus loin) et qui s’appellent Alain Finkielkraut, (qui intervient chaque semaine durant une heure sur France-Culture), Pierre André Taguieff, Alexandre Adler ( journaliste et intervenant sur France Culture) et Roger Cukierman ex- président du CRIF. Peu importe si le procès est gagné ou perdu (il est perdu dans la plupart des cas), mais seule importe la stratégie générale qui vise essentiellement les milieux juifs, cherchant à les associer à cette lutte « surhumaine » et « impitoyable » contre l’antisémitisme qui éclate de tous côtés ! Le dernier procès d’un homme connu et respecté, ancien résistant, a été celui d’Edgar Morin (de son vrai nom Vidal – nom juif sépharade). Bien entendu, Edgar Morin a gagné son procès… Après trois années !

Revenons à la politique « anti-antisémite », à son « rôle exemplaire », telle qu’elle est menée en France :

En France grâce au CRIF et aux différentes associations sionistes, les mots sionistes et antisémites sont confondus volontairement dans l’esprit des personnes.

Dès que l’on dit la vérité sur les crimes sionistes, ils vous accusent d’antisémitisme. Leur haine les aveugle tellement qu’eux-mêmes et donc MANUEL VALLS, ignore le sens du mot « antisémite ».

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Jeu 13 Fév - 17:24

A tout ceci on pourrait ajouter les propos de maître DK via les livres d'Alice Bailey sur le sionisme et ses dangers pour la paix mondiale. Il faudrait que je retrouve les extraits... il explique que les forces de lumière étaient opposées à l'établissement de l'état sioniste dans les conditions que l'on sait; expliquant que suite à la fin de la seconde guerre mondiale, les juifs auraient été accueillis à bras ouverts dans tous les pays et auraient pu s'assimiler. L'esprit séparatiste doit cesser pour que la paix soit possible sur cette planète...

Pour moi il n'y a pas de communautés distinctes nous sommes tous des humains, hélas le sentiment d'appartenance à une communauté distincte et la fallacieuse jouissance qui va avec (qu'il s'agisse de se dire chrétien musulman juif français russe etc) sont des obstacles sérieux à l'établissement d'une paix réelle. L'Histoire ne fait que se répéter... la névrose humaine semble n'avoir pas de fin.


Dans cette vidéo, Schlomo Sand parle de son livre "Comment le peuple juif fut inventé":



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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Jeu 13 Fév - 17:27

Source: http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/SAND/16205


Comment fut inventé le peuple juif



Les Juifs forment-ils un peuple ? A cette question ancienne, un historien israélien apporte une réponse nouvelle. Contrairement à l’idée reçue, la diaspora ne naquit pas de l’expulsion des Hébreux de Palestine, mais de conversions successives en Afrique du Nord, en Europe du Sud et au Proche-Orient. Voilà qui ébranle un des fondements de la pensée sioniste, celui qui voudrait que les Juifs soient les descendants du royaume de David et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars.


par Shlomo Sand, août 2008


Tout Israélien sait, sans l’ombre d’un doute, que le peuple juif existe depuis qu’il a reçu la Torah (1) dans le Sinaï, et qu’il en est le descendant direct et exclusif. Chacun se persuade que ce peuple, sorti d’Egypte, s’est fixé sur la « terre promise », où fut édifié le glorieux royaume de David et de Salomon, partagé ensuite en royaumes de Juda et d’Israël. De même, nul n’ignore qu’il a connu l’exil à deux reprises : après la destruction du premier temple, au VIe siècle avant J.-C., puis à la suite de celle du second temple, en l’an 70 après J.C.

S’ensuivit pour lui une errance de près de deux mille ans : ses tribulations le menèrent au Yémen, au Maroc, en Espagne, en Allemagne, en Pologne et jusqu’au fin fond de la Russie, mais il parvint toujours à préserver les liens du sang entre ses communautés éloignées. Ainsi, son unicité ne fut pas altérée. A la fin du XIXe siècle, les conditions mûrirent pour son retour dans l’antique patrie. Sans le génocide nazi, des millions de Juifs auraient naturellement repeuplé Eretz Israël (« la terre d’Israël ») puisqu’ils en rêvaient depuis vingt siècles.

Vierge, la Palestine attendait que son peuple originel vienne la faire refleurir. Car elle lui appartenait, et non à cette minorité arabe, dépourvue d’histoire, arrivée là par hasard. Justes étaient donc les guerres menées par le peuple errant pour reprendre possession de sa terre ; et criminelle l’opposition violente de la population locale.

D’où vient cette interprétation de l’histoire juive ? Elle est l’œuvre, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, de talentueux reconstructeurs du passé, dont l’imagination fertile a inventé, sur la base de morceaux de mémoire religieuse, juive et chrétienne, un enchaînement généalogique continu pour le peuple juif. L’abondante historiographie du judaïsme comporte, certes, une pluralité d’approches. Mais les polémiques en son sein n’ont jamais remis en cause les conceptions essentialistes élaborées principalement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe.

Lorsque apparaissaient des découvertes susceptibles de contredire l’image du passé linéaire, elles ne bénéficiaient quasiment d’aucun écho. L’impératif national, telle une mâchoire solidement refermée, bloquait toute espèce de contradiction et de déviation par rapport au récit dominant. Les instances spécifiques de production de la connaissance sur le passé juif — les départements exclusivement consacrés à l’« histoire du peuple juif », séparés des départements d’histoire (appelée en Israël « histoire générale ») — ont largement contribué à cette curieuse hémiplégie. Même le débat, de caractère juridique, sur « qui est juif ? » n’a pas préoccupé ces historiens : pour eux, est juif tout descendant du peuple contraint à l’exil il y a deux mille ans.

Ces chercheurs « autorisés » du passé ne participèrent pas non plus à la controverse des « nouveaux historiens », engagée à la fin des années 1980. La plupart des acteurs de ce débat public, en nombre limité, venaient d’autres disciplines ou bien d’horizons extra-universitaires : sociologues, orientalistes, linguistes, géographes, spécialistes en science politique, chercheurs en littérature, archéologues formulèrent des réflexions nouvelles sur le passé juif et sioniste. On comptait également dans leurs rangs des diplômés venus de l’étranger. Des « départements d’histoire juive » ne parvinrent, en revanche, que des échos craintifs et conservateurs, enrobés d’une rhétorique apologétique à base d’idées reçues.

Le judaïsme, religion prosélyte

Bref, en soixante ans, l’histoire nationale a très peu mûri, et elle n’évoluera vraisemblablement pas à brève échéance. Pourtant, les faits mis au jour par les recherches posent à tout historien honnête des questions surprenantes au premier abord, mais néanmoins fondamentales.

La Bible peut-elle être considérée comme un livre d’histoire ? Les premiers historiens juifs modernes, comme Isaak Markus Jost ou Leopold Zunz, dans la première moitié du XIXe siècle, ne la percevaient pas ainsi : à leurs yeux, l’Ancien Testament se présentait comme un livre de théologie constitutif des communautés religieuses juives après la destruction du premier temple. Il a fallu attendre la seconde moitié du même siècle pour trouver des historiens, en premier lieu Heinrich Graetz, porteurs d’une vision « nationale » de la Bible : ils ont transformé le départ d’Abraham pour Canaan, la sortie d’Egypte ou encore le royaume unifié de David et Salomon en récits d’un passé authentiquement national. Les historiens sionistes n’ont cessé, depuis, de réitérer ces « vérités bibliques », devenues nourriture quotidienne de l’éducation nationale.

Mais voilà qu’au cours des années 1980 la terre tremble, ébranlant ces mythes fondateurs. Les découvertes de la « nouvelle archéologie » contredisent la possibilité d’un grand exode au XIIIe siècle avant notre ère. De même, Moïse n’a pas pu faire sortir les Hébreux d’Egypte et les conduire vers la « terre promise » pour la bonne raison qu’à l’époque celle-ci... était aux mains des Egyptiens. On ne trouve d’ailleurs aucune trace d’une révolte d’esclaves dans l’empire des pharaons, ni d’une conquête rapide du pays de Canaan par un élément étranger.

Il n’existe pas non plus de signe ou de souvenir du somptueux royaume de David et de Salomon. Les découvertes de la décennie écoulée montrent l’existence, à l’époque, de deux petits royaumes : Israël, le plus puissant, et Juda, la future Judée. Les habitants de cette dernière ne subirent pas non plus d’exil au VIe siècle avant notre ère : seules ses élites politiques et intellectuelles durent s’installer à Babylone. De cette rencontre décisive avec les cultes perses naîtra le monothéisme juif.

L’exil de l’an 70 de notre ère a-t-il, lui, effectivement eu lieu ? Paradoxalement, cet « événement fondateur » dans l’histoire des Juifs, d’où la diaspora tire son origine, n’a pas donné lieu au moindre ouvrage de recherche. Et pour une raison bien prosaïque : les Romains n’ont jamais exilé de peuple sur tout le flanc oriental de la Méditerranée. A l’exception des prisonniers réduits en esclavage, les habitants de Judée continuèrent de vivre sur leurs terres, même après la destruction du second temple.

Une partie d’entre eux se convertit au christianisme au IVe siècle, tandis que la grande majorité se rallia à l’islam lors de la conquête arabe au VIIe siècle. La plupart des penseurs sionistes n’en ignoraient rien : ainsi, Yitzhak Ben Zvi, futur président de l’Etat d’Israël, tout comme David Ben Gourion, fondateur de l’Etat, l’ont-ils écrit jusqu’en 1929, année de la grande révolte palestinienne. Tous deux mentionnent à plusieurs reprises le fait que les paysans de Palestine sont les descendants des habitants de l’antique Judée (2).

A défaut d’un exil depuis la Palestine romanisée, d’où viennent les nombreux Juifs qui peuplent le pourtour de la Méditerranée dès l’Antiquité ? Derrière le rideau de l’historiographie nationale se cache une étonnante réalité historique. De la révolte des Maccabées, au IIe siècle avant notre ère, à la révolte de Bar-Kokhba, au IIe siècle après J.-C, le judaïsme fut la première religion prosélyte. Les Asmonéens avaient déjà converti de force les Iduméens du sud de la Judée et les Ituréens de Galilée, annexés au « peuple d’Israël ». Partant de ce royaume judéo-hellénique, le judaïsme essaima dans tout le Proche-Orient et sur le pourtour méditerranéen. Au premier siècle de notre ère apparut, dans l’actuel Kurdistan, le royaume juif d’Adiabène, qui ne sera pas le dernier royaume à se « judaïser » : d’autres en feront autant par la suite.

Les écrits de Flavius Josèphe ne constituent pas le seul témoignage de l’ardeur prosélyte des Juifs. D’Horace à Sénèque, de Juvénal à Tacite, bien des écrivains latins en expriment la crainte. La Mishna et le Talmud (3) autorisent cette pratique de la conversion — même si, face à la pression montante du christianisme, les sages de la tradition talmudique exprimeront des réserves à son sujet.

La victoire de la religion de Jésus, au début du IVe siècle, ne met pas fin à l’expansion du judaïsme, mais elle repousse le prosélytisme juif aux marges du monde culturel chrétien. Au Ve siècle apparaît ainsi, à l’emplacement de l’actuel Yémen, un royaume juif vigoureux du nom de Himyar, dont les descendants conserveront leur foi après la victoire de l’islam et jusqu’aux temps modernes. De même, les chroniqueurs arabes nous apprennent l’existence, au VIIe siècle, de tribus berbères judaïsées : face à la poussée arabe, qui atteint l’Afrique du Nord à la fin de ce même siècle, apparaît la figure légendaire de la reine juive Dihya el-Kahina, qui tenta de l’enrayer. Des Berbères judaïsés vont prendre part à la conquête de la péninsule Ibérique, et y poser les fondements de la symbiose particulière entre juifs et musulmans, caractéristique de la culture hispano-arabe.

La conversion de masse la plus significative survient entre la mer Noire et la mer Caspienne : elle concerne l’immense royaume khazar, au VIIIe siècle. L’expansion du judaïsme, du Caucase à l’Ukraine actuelle, engendre de multiples communautés, que les invasions mongoles du XIIIe siècle refoulent en nombre vers l’est de l’Europe. Là, avec les Juifs venus des régions slaves du Sud et des actuels territoires allemands, elles poseront les bases de la grande culture yiddish (4).

Ces récits des origines plurielles des Juifs figurent, de façon plus ou moins hésitante, dans l’historiographie sioniste jusque vers les années 1960 ; ils sont ensuite progressivement marginalisés avant de disparaître de la mémoire publique en Israël. Les conquérants de la cité de David, en 1967, se devaient d’être les descendants directs de son royaume mythique et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars. Les Juifs font alors figure d’« ethnos » spécifique qui, après deux mille ans d’exil et d’errance, a fini par revenir à Jérusalem, sa capitale.

Les tenants de ce récit linéaire et indivisible ne mobilisent pas uniquement l’enseignement de l’histoire : ils convoquent également la biologie. Depuis les années 1970, en Israël, une succession de recherches « scientifiques » s’efforce de démontrer, par tous les moyens, la proximité génétique des Juifs du monde entier. La « recherche sur les origines des populations » représente désormais un champ légitimé et populaire de la biologie moléculaire, tandis que le chromosome Y mâle s’est offert une place d’honneur aux côtés d’une Clio juive (5) dans une quête effrénée de l’unicité d’origine du « peuple élu ».

Cette conception historique constitue la base de la politique identitaire de l’Etat d’Israël, et c’est bien là que le bât blesse ! Elle donne en effet lieu à une définition essentialiste et ethnocentriste du judaïsme, alimentant une ségrégation qui maintient à l’écart les Juifs des non-Juifs — Arabes comme immigrants russes ou travailleurs immigrés.

Israël, soixante ans après sa fondation, refuse de se concevoir comme une république existant pour ses citoyens. Près d’un quart d’entre eux ne sont pas considérés comme des Juifs et, selon l’esprit de ses lois, cet Etat n’est pas le leur. En revanche, Israël se présente toujours comme l’Etat des Juifs du monde entier, même s’il ne s’agit plus de réfugiés persécutés, mais de citoyens de plein droit vivant en pleine égalité dans les pays où ils résident. Autrement dit, une ethnocratie sans frontières justifie la sévère discrimination qu’elle pratique à l’encontre d’une partie de ses citoyens en invoquant le mythe de la nation éternelle, reconstituée pour se rassembler sur la « terre de ses ancêtres ».

Ecrire une histoire juive nouvelle, par-delà le prisme sioniste, n’est donc pas chose aisée. La lumière qui s’y brise se transforme en couleurs ethnocentristes appuyées. Or les Juifs ont toujours formé des communautés religieuses constituées, le plus souvent par conversion, dans diverses régions du monde : elles ne représentent donc pas un « ethnos » porteur d’une même origine unique et qui se serait déplacé au fil d’une errance de vingt siècles.

Le développement de toute historiographie comme, plus généralement, le processus de la modernité passent un temps, on le sait, par l’invention de la nation. Celle-ci occupa des millions d’êtres humains au XIXe siècle et durant une partie du XXe. La fin de ce dernier a vu ces rêves commencer à se briser. Des chercheurs, en nombre croissant, analysent, dissèquent et déconstruisent les grands récits nationaux, et notamment les mythes de l’origine commune chers aux chroniques du passé. Les cauchemars identitaires d’hier feront place, demain, à d’autres rêves d’identité. A l’instar de toute personnalité faite d’identités fluides et variées, l’histoire est, elle aussi, une identité en mouvement.


Shlomo Sand

Historien, professeur à l’université de Tel-Aviv, auteur de Comment le peuple juif fut inventé, à paraître chez Fayard en septembre.



(1) Texte fondateur du judaïsme, la Torah — la racine hébraïque yara signifie enseigner — se compose des cinq premiers livres de la Bible, ou Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome.


(2) Cf. David Ben Gourion et Yitzhak Ben Zvi, « Eretz Israël » dans le passé et dans le présent (1918, en yiddish), Jérusalem, 1980 (en hébreu) et Ben Zvi, Notre population dans le pays (en hébreu), Varsovie, Comité exécutif de l’Union de la jeunesse et Fonds national juif, 1929.


(3) La Mishna, considérée comme le premier ouvrage de littérature rabbinique, a été achevée au IIe siècle de notre ère. Le Talmud synthétise l’ensemble des débats rabbiniques concernant la loi, les coutumes et l’histoire des Juifs. Il y a deux Talmud : celui de Palestine, écrit entre le IIIe et le Ve siècle, et celui de Babylone, achevé à la fin du Ve siècle.


(4) Parlé par les Juifs d’Europe orientale, le yiddish est une langue slavo-allemande comprenant des mots issus de l’hébreu.


(5) Dans la mythologie grecque, Clio était la muse de l’Histoire.

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Jeu 13 Fév - 17:33


Source: http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article5352


L’historien Shlomo Sand affirme que l’existence des diasporas de Méditerranée et d’Europe centrale est le résultat de conversions anciennes au judaïsme. Pour lui, l’exil du peuple juif est un mythe, né d’une reconstruction a posteriori sans fondement historique, qui fait des populations juives un peuple, uni par une même origine et possédant une histoire nationale commune. Il a développé ses points de vue dans un ouvrage publié en septembre 2008 aux éditions Fayard : Comment le peuple juif fut inventé.

Shlomo Sand est né en 1946 à Linz (Autriche) et a vécu les deux premières années de sa vie dans les camps de réfugiés juifs en Allemagne. En 1948, ses parents émigrent en Israël, où il a grandi. Il finit ses études supérieures en histoire, entamées à l’université de Tel-Aviv, à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Depuis 1985, il enseigne l’histoire de l’Europe contemporaine à l’université de Tel-Aviv [1].

Après une courte vidéo de Shlomo Sand avec Daniel Mermet, vous pourrez prendre connaissance d’un entretien que Shlomo Sand a donné en 2008 dans lequel il expose les réflexions qu’il développe dans son ouvrage.



Shlomo Sand : l’exil du peuple juif est un mythe

par Ofri Ilani, Haaretz, 21 mars 2008 [2]



Parmi la profusion de héros nationaux que le peuple d’Israël a produits au fil des générations, le sort n’aura pas été favorable à Dahia Al-Kahina qui dirigea les Berbères de l’Aurès, en Afrique du Nord. Bien qu’elle fût une fière juive, peu d’Israéliens ont entendu le nom de cette reine guerrière qui, au septième siècle de l’ère chrétienne, a unifié plusieurs tribus berbères et a même repoussé l’armée musulmane qui envahissait le nord de l’Afrique. La raison en est peut-être que Dahia Al-Kahina était née d’une tribu berbère convertie semble-t-il plusieurs générations avant sa naissance, vers le 6e siècle.

D’après l’historien Shlomo Sand, auteur du livre Comment le peuple juif a été inventé, la tribu de la reine ainsi que d’autres tribus d’Afrique du Nord converties au judaïsme sont l’origine principale à partir de laquelle s’est développé le judaïsme séfarade. Cette affirmation, concernant les origines des Juifs d’Afrique du Nord à partir de tribus locales qui se seraient converties - et non à partir d’exilés de Jérusalem - n’est qu’une composante dans l’ample argumentation développée dans le nouvel ouvrage de Sand, professeur au département d’Histoire de l’Université de Tel Aviv.

Dans ce livre, Sand essaie de démontrer que les Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël et en d’autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l’époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l’Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines. Non seulement les Juifs d’Afrique du Nord descendraient pour la plupart de païens convertis, mais aussi les Juifs yéménites (vestiges du royaume Himyarite, dans la péninsule arabique, qui s’était converti au judaïsme au quatrième siècle) et les Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est (des réfugiés du royaume khazar converti au huitième siècle).

A la différence d’autres « nouveaux historiens » qui ont cherché à ébranler les conventions de l’historiographie sioniste, Shlomo Sand ne se contente pas de revenir sur 1948 ou sur les débuts du sionisme, mais remonte des milliers d’années en arrière. Il tente de prouver que le peuple juif n’a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune mais qu’il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l’Histoire, ont adopté la religion juive. D’après Sand, chez certains penseurs sionistes, cette conception mythique des Juifs comme peuple ancien conduit à une pensée réellement raciste : « Il y a eu, en Europe, des périodes où, si quelqu’un avait déclaré que tous les Juifs appartenaient à un peuple d’origine non juive, il aurait été jugé antisémite séance tenante. Aujourd’hui, si quelqu’un ose suggérer que ceux qui sont considérés comme juifs, dans le monde (...) n’ont jamais constitué et ne sont toujours pas un peuple ni une nation, il est immédiatement dénoncé comme haïssant Israël » (p. 31).

D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque - par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes - afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).

Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l’approche de Sand ? « Dans l’Allemagne du 19e siècle, à un certain moment, des intellectuels d’origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste’ du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple "rétrospectivement", avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l’historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l’histoire du judaïsme comme l’histoire d’un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. »


Entretien

Shlomo Sand, historien du 20e siècle, avait jusqu’à présent étudié l’histoire intellectuelle de la France moderne (dans son livre « L’intellectuel, la vérité et le pouvoir », Am Oved éd., 2000 - en hébreu), et les rapports entre le cinéma et l’histoire politique (« Le cinéma comme Histoire », Am Oved, 2002 - en hébreu). D’une manière inhabituelle pour des historiens de profession, il se penche, dans son nouveau livre, sur des périodes qu’il n’avait jamais étudiées - généralement en s’appuyant sur des chercheurs antérieurs qui ont avancé des positions non orthodoxes sur les origines des Juifs.
• En fait, l’essentiel de votre livre ne s’occupe pas de l’invention du peuple juif par le nationalisme juif moderne mais de la question de savoir d’où viennent les Juifs.

Mon projet initial était de prendre une catégorie spécifique de matériaux historiographiques modernes, d’examiner comment on avait fabriqué la fiction du peuple juif. Mais dès que j’ai commencé à confronter les sources historiographiques, je suis tombé sur des contradictions. Et c’est alors ce qui m’a poussé - je me suis mis au travail, sans savoir à quoi j’aboutirais. J’ai pris des documents originaux pour essayer d’examiner l’attitude d’auteurs anciens - ce qu’ils avaient écrit à propos de la conversion.
• Des spécialistes de l’histoire du peuple juif affirment que vous vous occupez de questions dont vous n’avez aucune compréhension et que vous vous fondez sur des auteurs que vous ne pouvez pas lire dans le texte.

Il est vrai que je suis un historien de la France et de l’Europe, et pas de l’Antiquité. Je savais que dès lors que je m’occuperais de périodes anciennes comme celles-là, je m’exposerais à des critiques assassines venant d’historiens spécialisés dans ces champs d’étude. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas en rester à un matériel historiographique moderne sans examiner les faits qu’il décrit. Si je ne l’avais pas fait moi-même, il aurait fallu attendre une génération entière. Si j’avais continué à travailler sur la France, j’aurais peut-être obtenu des chaires à l’université et une gloire provinciale. Mais j’ai décidé de renoncer à la gloire. »
• « Après que le peuple ait été exilé de force de sa terre, il lui est resté fidèle dans tous les pays de sa dispersion et n’a pas cessé de prier et d’espérer son retour sur sa terre pour y restaurer sa liberté politique » : voilà ce que déclare, en ouverture, la Déclaration d’Indépendance. C’est aussi la citation qui sert de préambule au troisième chapitre du livre de Shlomo Sand, intitulé « L’invention de l’Exil ». Aux dires de Sand, l’exil du peuple de sa terre n’a en fait jamais eu lieu.

« Le paradigme suprême de l’envoi en exil était nécessaire pour que se construise une mémoire à long terme, dans laquelle un peuple-race imaginaire et exilé est posé en continuité directe du "Peuple du Livre" qui l’a précédé », dit Sand ; sous l’influence d’autres historiens qui se sont penchés, ces dernières années, sur la question de l’Exil, il déclare que l’exil du peuple juif est, à l’origine, un mythe chrétien, qui décrivait l’exil comme une punition divine frappant les Juifs pour le péché d’avoir repoussé le message chrétien. « Je me suis mis à chercher des livres étudiant l’envoi en exil - événement fondateur dans l’Histoire juive, presque comme le génocide ; mais à mon grand étonnement, j’ai découvert qu’il n’y avait pas de littérature à ce sujet. La raison en est que personne n’a exilé un peuple de cette terre. Les Romains n’ont pas déporté de peuples et ils n’auraient pas pu le faire même s’ils l’avaient voulu. Ils n’avaient ni trains ni camions pour déporter des populations entières. Pareille logistique n’a pas existé avant le 20e siècle. C’est de là, en fait, qu’est parti tout le livre : de la compréhension que la société judéenne n’a été ni dispersée ni exilée. »
• Si le peuple n’a pas été exilé, vous affirmez en fait que les véritables descendants des habitants du royaume de Judée sont les Palestiniens.

« Aucune population n’est restée pure tout au long d’une période de milliers d’années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l’ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à l’insurrection arabe, savaient qu’il n’y avait pas eu d’exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s’en vont pas tant qu’on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l’Etat d’Israël, a écrit en 1929, que "la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays". »
• Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?

« Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l’influence de l’hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu’à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au 4e siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs. On peut supposer que beaucoup de Juifs apparus autour de la mer Méditerranée sont devenus chrétiens. Mais alors, le judaïsme commence à diffuser vers d’autres régions païennes - par exemple, vers le Yémen et le Nord de l’Afrique. Si le judaïsme n’avait pas filé de l’avant à ce moment-là, et continué à convertir dans le monde païen, nous serions restés une religion totalement marginale, si même nous avions survécu. »
• Comment en êtes-vous arrivé à la conclusion que les Juifs d’Afrique du Nord descendent de Berbères convertis ?

« Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes avaient pu apparaître en Espagne. J’ai alors vu que Tariq Ibn-Ziyad, commandant suprême des musulmans qui envahirent l’Espagne, était berbère et que la majorité de ses soldats étaient des Berbères. Le royaume berbère juif de Dahia Al-Kahina n’avait été vaincu que 15 ans plus tôt. Et il y a, en réalité, plusieurs sources chrétiennes qui déclarent que beaucoup parmi les envahisseurs d’Espagne étaient des convertis au judaïsme. La source profonde de la grande communauté juive d’Espagne, c’étaient ces soldats berbères convertis au judaïsme. »

Aux dires de Sand, l’apport démographique le plus décisif à la population juive dans le monde s’est produit à la suite de la conversion du royaume khazar - vaste empire établi au Moyen-âge dans les steppes bordant la Volga et qui, au plus fort de son pouvoir, dominait depuis la Géorgie actuelle jusqu’à Kiev. Au 8e siècle, les rois khazars ont adopté la religion juive et ont fait de l’hébreu la langue écrite dans le royaume. A partir du 10e siècle, le royaume s’est affaibli et au 13e siècle, il a été totalement vaincu par des envahisseurs mongols et le sort de ses habitants juifs se perd alors dans les brumes.

Shlomo Sand revisite l’hypothèse, déjà avancée par des historiens du 19e et du 20e siècles, selon laquelle les Khazars convertis au judaïsme seraient l’origine principale des communautés juives d’Europe de l’Est. « Au début du 20e siècle, il y a une forte concentration de Juifs en Europe de l’Est : trois millions de Juifs, rien qu’en Pologne », dit-il ; « l’historiographie sioniste prétend qu’ils tirent leur origine de la communauté juive, plus ancienne, d’Allemagne, mais cette historiographie ne parvient pas à expliquer comment le peu de Juifs venus d’Europe occidentale - de Mayence et de Worms - a pu fonder le peuple yiddish d’Europe de l’Est. Les Juifs d’Europe de l’Est sont un mélange de Khazars et de Slaves repoussés vers l’Ouest. »
• Si les Juifs d’Europe de l’Est ne sont pas venus d’Allemagne, pourquoi parlaient-ils le yiddish, qui est une langue germanique ?

« Les Juifs formaient, à l’Est, une couche sociale dépendante de la bourgeoisie allemande et c’est comme ça qu’ils ont adopté des mots allemands. Je m’appuie ici sur les recherches du linguiste Paul Wechsler, de l’Université de Tel Aviv, qui a démontré qu’il n’y avait pas de lien étymologique entre la langue juive allemande du Moyen-âge et le yiddish. Le Ribal (Rabbi Yitzhak Bar Levinson) disait déjà en 1828 que l’ancienne langue des Juifs n’était pas le yiddish. Même Ben Tzion Dinour, père de l’historiographie israélienne, ne craignait pas encore de décrire les Khazars comme l’origine des Juifs d’Europe de l’Est et peignait la Khazarie comme la "mère des communautés de l’Exil" en Europe de l’Est. Mais depuis environ 1967, celui qui parle des Khazars comme des pères des Juifs d’Europe de l’Est est considéré comme bizarre et comme un doux rêveur. »
• Pourquoi, selon vous, l’idée d’une origine khazar est-elle si menaçante ?

« Il est clair que la crainte est de voir contester le droit historique sur cette terre. Révéler que les Juifs ne viennent pas de Judée paraît réduire la légitimité de notre présence ici. Depuis le début de la période de décolonisation, les colons ne peuvent plus dire simplement : "Nous sommes venus, nous avons vaincu et maintenant nous sommes ici" - comme l’ont dit les Américains, les Blancs en Afrique du Sud et les Australiens. Il y a une peur très profonde que ne soit remis en cause notre droit à l’existence. »
• Cette crainte n’est-elle pas fondée ?

« Non. Je ne pense pas que le mythe historique de l’exil et de l’errance soit la source de ma légitimité à être ici. Dès lors, cela m’est égal de penser que je suis d’origine khazar. Je ne crains pas cet ébranlement de notre existence, parce que je pense que le caractère de l’Etat d’Israël menace beaucoup plus gravement son existence. Ce qui pourra fonder notre existence ici, ce ne sont pas des droits historiques mythologiques mais le fait que nous commencerons à établir ici une société ouverte, une société de l’ensemble des citoyens israéliens. »
• En fait, vous affirmez qu’il n’y a pas de peuple juif.

« Je ne reconnais pas de peuple juif international. Je reconnais un "peuple yiddish" qui existait en Europe de l’Est, qui n’est certes pas une nation mais où il est possible de voir une civilisation yiddish avec une culture populaire moderne. Je pense que le nationalisme juif s’est épanoui sur le terreau de ce "peuple yiddish". Je reconnais également l’existence d’une nation israélienne, et je ne lui conteste pas son droit à la souveraineté. Mais le sionisme, ainsi que le nationalisme arabe au fil des années, ne sont pas prêts à le reconnaître.

« Du point de vue du sionisme, cet Etat n’appartient pas à ses citoyens, mais au peuple juif. Je reconnais une définition de la Nation : un groupe humain qui veut vivre de manière souveraine. Mais la majorité des Juifs dans le monde ne souhaite pas vivre dans l’Etat d’Israël, en dépit du fait que rien ne les en empêche. Donc, il n’y a pas lieu de voir en eux une nation. »
• Qu’y a-t-il de si dangereux dans le fait que les Juifs s’imaginent appartenir à un seul peuple ? Pourquoi serait-ce mal en soi ?

« Dans le discours israélien sur les racines, il y a une dose de perversion. C’est un discours ethnocentrique, biologique, génétique. Mais Israël n’a pas d’existence comme Etat juif : si Israël ne se développe pas et ne se transforme pas en société ouverte, multiculturelle, nous aurons un Kosovo en Galilée. La conscience d’un droit sur ce lieu doit être beaucoup plus souple et variée, et si j’ai contribué avec ce livre à ce que moi-même et mes enfants puissions vivre ici avec les autres, dans cet Etat, dans une situation plus égalitaire, j’aurai fait ma part.

« Nous devons commencer à œuvrer durement pour transformer ce lieu qui est le nôtre en une république israélienne, où ni l’origine ethnique, ni la croyance n’auront de pertinence au regard de la Loi. Celui qui connaît les jeunes élites parmi les Arabes d’Israël, peut voir qu’ils ne seront pas d’accord de vivre dans un Etat qui proclame n’être pas le leur. Si j’étais Palestinien, je me rebellerais contre un tel Etat, mais c’est aussi comme Israélien que je me rebelle contre cet Etat. »
• La question est de savoir si, pour arriver à ces conclusions-là, il était nécessaire de remonter jusqu’au royaume des Khazars et jusqu’au royaume Himyarite.

« Je ne cache pas que j’éprouve un grand trouble à vivre dans une société dont les principes nationaux qui la dirigent sont dangereux, et que ce trouble m’a servi de moteur dans mon travail. Je suis citoyen de ce pays, mais je suis aussi historien, et en tant qu’historien, j’ai une obligation d’écrire de l’Histoire et d’examiner les textes. C’est ce que j’ai fait. »
• Si le mythe du sionisme est celui du peuple juif revenu d’exil sur sa terre, que sera le mythe de l’Etat que vous imaginez ?

« Un mythe d’avenir est préférable selon moi à des mythologies du passé et du repli sur soi. Chez les Américains, et aujourd’hui chez les Européens aussi, ce qui justifie l’existence d’une nation, c’est la promesse d’une société ouverte, avancée et opulente. Les matériaux israéliens existent, mais il faut leur ajouter, par exemple, des fêtes rassemblant tous les Israéliens. Réduire quelque peu les jours de commémoration et ajouter des journées consacrées à l’avenir. Mais même aussi, par exemple, ajouter une heure pour commémorer la "Nakba", entre le Jour du Souvenir et la Journée de l’Indépendance. »

Ofri Ilani

Notes

[1] Shlomo Sand a également publié en français : L’Illusion du politique. Georges Sorel et le débat intellectuel 1900 (La Découverte, 1984), Georges Sorel en son temps, avec J. Julliard (Seuil, 1985), Le XXe siècle à l’écran (Seuil, 2004), et Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël (Fayard, 2006).

[2] Publication originale Haaretz, le 21 mars 2008 :Shattering a ’national mythology’, traduit par Michel Ghys pour Protection Palestine : http://contreinfo.info/article.php3....

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Sam 15 Fév - 13:38




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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Sam 15 Fév - 13:42

Luc Ferry sur Shlomo Sand, sionisme, Khazars et invention du peuple juif:



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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Jeu 20 Mar - 20:24


Discours de Benjamin Freedman à l'hôtel Willard (1961)  


Dans son discours à l'hôtel Willard, Benjamin Freedman (fiche wikipedia), un juif ashkénaze converti au christianisme, expose en 1961 les raisons d'une possible Troisième Guerre mondiale qui verrait une nouvelle fois l'utilisation des Etats-Unis pour aider les Juifs, dit-il, à "tenir la Palestine comme point d'appui pour leur gouvernement mondial"...





Le témoignage historique de Freedman a relevé un lobbying concerté des milieux sionistes internationaux durant la Première Guerre mondiale en vue de la création d'un futur état juif en Palestine par le moyen d'une manipulation des alliances et des oppositions diplomatiques entre pays. Des sionistes seraient venus trouver le gouvernement de Grande-Bretagne en 1916, à un moment où l'Allemagne triomphait sur tous les fronts et où les britanniques envisageaient de signer l'armistice que leur proposa le Kaiser, en leur proposant de promettre la Palestine (alors sous domination ottomane et où la Grande-Bretagne n'avait aucun droit) comme un foyer de peuplement juif en échange d'une entrée en guerre des États-Unis aux côtés de la Triple-Entente. (Ndlr. Cette trahison, ainsi que l'engagement non tenu de l'Angleterre d'aider les Arabes à fonder un Etat arabe unifié, est également abordée dans le livre "Lauwrence d'Arabie – Le rêve fracassé" de Benoist-Méchin, 1961).

Selon Freedman, les États-Unis à cette époque étaient pro-allemands mais les relais sionistes dans la presse américaine firent leur possible pour retourner l'opinion publique et la pousser à la guerre. Après l'entrée en guerre des États-Unis contre l'Allemagne, des opérations militaires réussies par la Grande-Bretagne en Palestine contre l'armée ottomane permirent que la promesse britannique prenne forme dans la Déclaration Balfour de 1917. Vu d'un point de vue allemand, ces affirmations renforceraient la théorie du « coup de poignard dans le dos » car l'Allemagne de ce fait aurait ainsi été trahie par sa communauté juive. Son témoignage rejoint celui d'Henry Ford sur la volonté des milieux sionistes d'instrumentaliser le conflit à leur bénéfice.

Freedman prétendit que les juifs ashkénazes descendaient des anciens Khazars, royaume caucasien de l'époque du Moyen Âge, convertis en masse au judaïsme à la suite de leur roi, en l'an 838. Après la destruction du royaume khazar, les nombreux « Juifs » de Russie, et de toute l’Europe orientale, n’étaient plus connus comme « des Khazars », mais comme « les populations yiddish/ashkénaze » de tous ces pays. Les implications de ce postulat sont audacieuses : la communauté ashkénaze représentant la majorité de la communauté juive actuelle, elle infirmerait les mythes fondateurs du sionisme du « retour à Sion » étant donné qu'il n'y aurait pas de lien du sang avec les anciens hébreux et donc dénierait tout droit ou prétention à l'établissement de ceux-ci en Palestine et discréditerait et décrédibiliserait l'état d'Israël actuel. L'utilisation du terme « sémite » ne pourrait donc pas s'appliquer à la communauté juive dans son ensemble mais uniquement aux sépharades, tout comme son corollaire « antisémite », de plus cette théorie vide de signification tout un pan de l'idéologie antisémite raciste en général et du national-socialisme en particulier.

Pour Freedman, plus de 90 % des juifs actuels descendent des Khazars, en tenant compte des mariages entre les communautés ashkénazes et sépharades. Ce postulat, ainsi que ses vues critiques sur le Talmud, que l'on pouvait lire en langue anglaise dès 1935 suite à une traduction intégrale officielle (agréée par le rabbinat) et annotée, jouèrent un rôle décisif dans sa conversion au christianisme. Freedman interpréta aussi négativement certaines traditions juives comme le Kol Nidre, durant la célébration de Yom Kippour, qui, selon son interprétation, absout les juifs pratiquants de tous leurs serments faits durant l'année écoulée, comme une porte ouverte à la déloyauté. Cette nouvelle religion lui donna une sensibilité exacerbée des attaques contre le christianisme qu'il trouva dans le Talmud ou qu'il considéra comme tel et qu'il répertorie et cite dans ses pamphlets sur la critique du Talmud.


http://christroi.over-blog.com/article-discours-de-benjamin-freedman-a-l-hotel-willard-1961-109123688.html

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Jeu 20 Mar - 20:28




http://www.egaliteetreconciliation.fr/L-incroyable-pacte-entre-sionistes-et-nazis-dans-l-entre-deux-guerres-21625.html



L’incroyable pacte entre sionistes et nazis dans l’entre-deux-guerres


« Chaïm Arlosoroff, directeur du département politique de l’Agence juive et proche collaborateur de Ben Gourion, a effectué un voyage en Allemagne au mois de juin 1933. Ami d’enfance de la femme de Goebbels, Chaïm Arlosoroff a probablement joué de ses relations pour préparer le terrain de la négociation. À peine rentré en Palestine, plusieurs semaines avant que l’accord ne soit signé, il fut accusé par un journal de s’être “roulé aux pieds d’Hitler” et assassiné, le même jour, sur une plage de Tel-Aviv. »



Tom Segev, historien israélien, in Le Septième Million. Les Israéliens et le Génocide



Dans l’avant propos de son livre Le Pacte germano-sioniste, Jean-Claude Valla écrit :


« Dans aucun manuel d’histoire vous ne trouverez mention d’un pacte germano-sioniste. Seuls quelques livres spécialisés, pour la plupart anglo-saxons ou israéliens, évoquent la réunion du 7 août 1933 au ministère allemand de l’Économie, au cours de laquelle des représentants de l’Agence juive et de l’Organisation sioniste mondiale ont signé avec de hauts fonctionnaires du Reich ce que l’on a appelé pudiquement l’accord de la haavara (du mot hébreu haavara qui signifie : transfert). »

De quoi s’agissait-il ?


« (…) d’organiser le transfert vers la Palestine de capitaux que les Juifs allemands, candidats à l’émigration, souhaitaient emporter avec eux. Cet accord technique, nous le verrons, ne fut que le premier acte d’une étroite collaboration et joua un rôle décisif dans le développement économique de cette région sous-développée qu’était la Palestine. »

Cette collaboration inimaginable pour beaucoup de nos contemporains est pourtant confirmée par l’historien israélien Eliahu Ben Elissar :


« Personne ne connaît et sans doute ne pourra jamais déterminer avec précision ni la date où fut prise la décision fatale d’exterminer physiquement les Juifs ni les circonstances réelles dans lesquelles elle intervint. Tout cependant tend à prouver que bien après son accession au pouvoir, le Führer poursuivait encore une politique qui ne devait pas obligatoirement déboucher sur une issue de cette nature. »

Et Jean-Claude Valla d’indiquer :


« La gêne des historiens à évoquer librement cette affaire tient au fait que la Shoah occupe aujourd’hui une place considérable dans les esprits et que cette hypertrophie de la Mémoire déforme complètement la vision que l’on peut avoir des événements qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale. Si la Shoah est “indicible” comme certains le prétendent, il devient presque impensable de dire que des sionistes ont collaboré avec le IIIe Reich. »

C’est ce que l’auteur démontre pourtant dans son livre Le Pacte germano-sioniste (7 août 1933) (éditions Dualpha, Collection « Les Cahiers Libres d’Histoire ») dont le titre est un clin d’œil au pacte germano-soviétique du 23 août 1939 :


« Dans un cas comme dans l’autre, nous avons affaire à des ennemis jurés qui jugent plus profitable de s’entendre, peut-être parce que, au-delà d’une convergence momentanée d’intérêts, ils présentent plus de caractéristiques communes qu’on ne le croit. Entre le national-socialisme et le sionisme, les similitudes abondent également, d’autant plus frappantes qu’elles prennent souvent la forme d’une convergence idéologique. Mais la comparaison entre les deux pactes s’arrête là. Ils n’ont pas eu les mêmes conséquences pour la bonne raison que les sionistes de Palestine, peu nombreux et encore sous tutelle britannique, n’avaient pas dans le monde le même poids ni la même influence que les communistes russes. En signant un pacte de non-agression avec Staline, Hitler a réussi à neutraliser momentanément l’Internationale communiste, voire même à la faire travailler à son profit, notamment en France par le sabotage de l’effort de guerre, tandis que son accord de collaboration avec les sionistes, qui ne représentaient alors qu’eux-mêmes, n’a en rien désarmé l’hostilité de la communauté juive internationale à l’égard du IIIe Reich. »

Jean-Claude Valla, (1944-2010) a été le premier directeur de la rédaction du Figaro Magazine et l’auteur de nombreux livres d’histoire. De même, il fut le directeur de Magazine Hebdo (1983-1985) avant de diriger La Lettre de Magazine Hebdo. Ancien collaborateur d’Historia, d’Historama, du Miroir de l’histoire et d’Enquête sur l’histoire, il collaborait depuis 2002 à la Nouvelle Revue d’histoire de Dominique Venner. Il fut président d’honneur du Comité français des fils et filles de victimes des bombardements de la Seconde Guerre mondiale (2001-2005).

Ses Cahiers libres d’histoire ont, dès leur parution, rencontré un énorme succès qui ne se dément pas et sont sans cesse réédités.


Commander l’ouvrage : francephi.com

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Lun 24 Mar - 21:15



Sionisme, racisme légal...



"Le 14 Novembre 2011, Daniel Horowitz écrivait sur son blog :

« Certains observateurs de la politique israélienne déclarent de bonne foi être antisionistes, tout en se défendant d'être antisémites. A ceux qui leur disent que l'antisionisme n'est qu'un antisémitisme recyclé, ils opposent qu'il est injustifié de taxer ainsi une opinion qui ne fait somme toute que récuser le sionisme en tant que projet politique. Ils estiment donc que l'antisionisme relève de la liberté d'expression. »

http://blogs.mediapart.fr/blog/daniel-horowitz/141111/antisionisme-et-antisemitisme

Jusqu’à présent, je pensais naïvement que l’antisémitisme était une forme de racisme : un racisme très particulier car il s’attache à démontrer l’existence d’une race juive et la considère comme inférieure.

Monsieur Horowitz prétend que l’antisionisme est une forme « recyclée » de cet antisémitisme. Ce qui signifierait que les antisionistes ont une perception raciale des sionistes.

Monsieur Horowitz se méprend gravement. Ce sont les sionistes qui ont depuis plus d’un siècle, une conception raciale d’un prétendu peuple juif.

Certes des millions de « juifs » ont été persécutés et atrocement massacrés par les hordes nazies qui agissaient au nom d’une idéologie nationaliste raciste et plus particulièrement antisémite. Ces nazis étaient convaincus de l’existence de la race juive et voulait l’exterminer. D’où le massacre aussi de nombreuses personnes qui n’étaient plus de confession « israélite » mais dont le nom les rattachait à cette communauté. La conception raciale permettait ainsi de réduire davantage de gens en esclavage et de les exterminer sans avoir à prendre en compte les convictions religieuses.

Or les nazis avaient-ils inventé ce concept de race juive ?

Les sionistes depuis longtemps avaient conçu une théorie nettement raciale pour élaborer un nationalisme « juif ».

L’un des premiers théoriciens Moses HESS (1812-1875) écrivait dans Rome et Jérusalem: "La race juive est une race pure qui a reproduit l'ensemble de ses caractères, malgré les diverses influences climatiques. Le type juif est resté le même à travers les siècles"… "Il ne sert à rien aux Juifs et aux Juives de renier leur origine en se faisant baptiser et en se mêlant à la masse des peuples indogermaniques et mongols. Les caractères juifs sont indélébiles".

La notion de peuple-race a été, dès le 19ème siècle, au cœur d’une idéologie nationaliste qui deviendra le sionisme. Déjà en 1879, c'est à dire peu d'années après la création de l'Empire allemand, Heinrich von Treitschke, historien célèbre à l'époque, dénonce cette conception raciale de l’histoire : "Lisez, je vous prie, L'Histoire des Juifs de Graetz: quelle fureur fanatique contre l'ennemi héréditaire, le christianisme, quelle haine mortelle précisément contre les représentants les plus purs et les plus grands de l'identité allemande, de Luther à Goethe et à Fichte! Et quel élan d'estime de soi superficielle et blessante! (...) Et cette haine rigide pour les "goys" allemands n'est en aucun cas l'état d'esprit d'un fanatique isolé..."

La guerre entre ces nationalismes avait donc commencé bien avant qu'un Adolf Hitler ne la reprenne pour flatter le sentiment nationaliste allemand!

Le sionisme d’abord soutenu par les Britanniques, s’est imposé après la seconde guerre mondiale, grâce notamment aux divers sentiments de culpabilité du monde occidental et chrétien, et sans doute aussi pour servir des intérêts économiques inavouables."

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Lun 24 Mar - 21:24




Les Palestiniens, les Séfarades, les Mizrahim... et le Sionisme


Tanya Reinhart soulignait que depuis l’occupation de 1967, les responsables politiques et militaires israéliens débattaient de la meilleure façon de conserver le maximum de terres avec le minimum d’arabes. Israël avait en effet réussi à coloniser le Golan, la Cisjordanie, la bande de Gaza et le Sinaï. Le Golan peu peuplé était une proie facile pour l’annexion. Sur ses 100 000 habitants, 90 % s’enfuirent ou furent chassés pendant la guerre, et les colonies établies là par Israël s’implantèrent sur une terre vidée de sa population. Le 14 décembre 1982, la Knesset vota une loi mettant le Golan sous la législation et l’administration israéliennes, ce qui équivalait à une annexion pure et simple qui ne comportait aucun risque.

La Cisjordanie et la bande de Gaza surpeuplées posaient et posent jusqu’à nos jours un tout autre problème : L’annexion pure et simple aurait transformé les Palestiniens qui y vivent en citoyens israéliens à part entière, ce qui aurait provoqué un désiquilibre démographique, tant redouté. Pour surmonter cette difficulté, deux solutions différentes furent élaborées.

Le premier plan consistait à annexer 30 à 40 % des territoires. le reste étant placé soit sous souveraineté jordanienne, soit sous une forme quelconque d’autodétermination. Dans une interview de 1983 Rabin déclarait : "J’affirme que nous sommes prêts à abandonner environ 65 % de la Cisjordanie et toute la bande de Gaza". Ce plan représentait l’avantage de grignoter une bonne partie des territoires occupés, d’ émousser la lutte armée et de garantir l’équilibre démographique. L’expulsion de masse,sur le modèle de 1948 ne leur semblait plus réalisable vu l’évolution de l’opinion publique internationale...

L’autre approche était celle de Sharon et des milieux militaires, elle consistait d’abord à briser la résistance palestinienne en détruisant toute forme d’organisation, toute base de pouvoir, comme il fut le cas au Liban en 1982. Le deuxième volet du plan visait le transfert du plus grand nombre possible de Palestiniens des territoires occupés vers la Jordanie par exemple.

Avec Oslo, c’est la première approche qui semblait l’emporter. Rabin était partisan de cette ligne. En échange de l’engagement pris par Arafat de contrôler son peuple et de garantir la sécurité d’Israël, il était prêt à accepter que l’Autorité palestinienne régisse ses enclaves sur le mode de l’autodétermination. De là , la fameuse solution des deux états : un état-seigneur et un état-vassal, un état coiffant un peuple de maîtres et un état sous-traitant des masses d’esclaves.

Depuis l’arrivée de Sharon au pouvoir et jusqu’à aujourd’hui nous assistons à une combinaison des deux approches. D’un coté l’état à la tête des bantoustans continue à vivoter avec un pouvoir éxecutif, vidé de toute substance, transformé en garde-chiourme au service de l’occupant. De l’autre coté l’assassinat d’Arafat a provoqué le vide politique tant escompté, Jérusalem-Est est presque vidée de sa population palestinienne alors que 500 000 colons ont progressivement investi la Cisjordanie, repoussant, asphyxiant les palestiniens qui tentent de survivre comme ils peuvent sur les 22% des terres qui leur restent... en attendant le pire...

L’enchevêtrement des deux approches a le mérite de camoufler la réalité des faits : Israel continue une politique d’épuration ethnique sur le modèle de 1948 tout en présentant aux yeux du monde la fausse image de deux états souverains. Il faut reconnaître que ce gros mensonge fut l’arme la mieux fourbie par Israel et les puissances occidentales pour liquider de manière définitive et subtile la cause palestinienne. L’autorité palestinienne, cependant, ne semble pas encore se rendre compte. Depuis 1993, de négociation en négociation, de concession en concession, elle offre à Israel le moyen de continuer sa besogne. Même Hamas est tombé dans le piège en participant au "pouvoir" et en s’entre-tuant avec Fatah pour un mirage, ce qui a permis, entre autre, aux sionistes de se dégager de leur responsabilité de pays colonisateur.

Il est donc clair que la politique israelienne n’a pas varié d’un iota par rapport à 1948 et qu’elle reste fidèle à ses "principes" : "Un peuple sans terre pour une terre vidée de son peuple". Les deux approches sionistes offrent en fait aux palestiniens le choix entre l’expulsion et les murs de l’apartheid. Toute la mascarade de ce processus de paix qui perdure sert en réalité à entériner le fait accompli.

Ce qui distingue cette forme de colonialisme, c’est sa frénésie à éliminer physiquement et de manière systématique le colonisé. Des massacres comme ceux de Dir Yassine, de Sabra et Chatila, de Jenine et de Gaza... ne sont que quelques exemples des crises de folie meurtrières qui ont jalonné et jalonneront encore le parcours de cette entité. A chaque fois l’horreur qu’ils suscitent à travers le monde est vite éludée grâce à l’énorme appareil de propagande et aux grands médias occidentaux. L’épuration ethnique est doublée d’une sorte d’élimination magique : Depuis la création d’Israel et pendant plus de trente ans, les mots Palestine et Palestiniens ont totalement disparu du vocabulaire politique et médiatique en Europe et aux Etats Unis. Seules quelques tribus arabes nomades presque préhistoriques parsèment les contrées arides de cette "terre sans peuple". Encore aujourd’hui, les palestiniens restés à l’intérieur de la ligne verte après la colonisation continuent à être appelés "arabes israeliens".

Si le monde se rend de plus en plus compte du traitement barbare infligé aux palestiniens, il ne nous vient jamais à l’idée que la societé israelienne, ce modèle parfait de démocratie implanté au beau milieu de la barbarie arabo-musulmane soit autre chose qu’un espace de rassemblement, de retrouvailles et de fraternité entre les différentes ethnies juives qui ont tant et tant souffert de l’injustice des autres. Non, malheureusement, les sionistes, majoritairement d’origine européenne, ne l’entendent pas de cette oreille. Ce sont bien eux qui ont semé la terreur en Palestine depuis les années trente ; c’est toujours eux qui continuent l’oeuvre de Ben Gorian et qui détiennent bien qu’ils soient minoritaires presque tous les pouvoirs. Tout le dédain, le mépris et la persécution dont ont souffert les juifs en Europe a produit chez certains d’entre eux un sentiment ambivalent fait de haine et d’admiration à l’encontre de leurs persécuteurs. Ils s’empressent d’adherer à l’idéologie coloniale, adoptant sa mythologie du progrès, ses hiérarchies ethniques et épistémologiques. Leurs mépris à l’égard des non-européens n’a d’égal que la haine qu’ils ont d’eux-même, de leur image, de leur origine. Si l’attitude haineuse et raciste à l’égard des palestiniens peut s’expliquer comme faisant partie d’une stratégie coloniale, ce qu’endurent les juifs Séfarades et les juifs Mizrahim, deux éthnies de culture orientale, peut-il avoir un sens ?

Oui, les sionistes s’apparentent plus à leur culture européenne et à l’idéologie coloniale euro-centrée et raciste qu’à leur judaïté.

Les faits sont d’une clarté aveuglante :

Le professeur Michel Abitbol, de l’Université hébraïque de Jérusalem cite dans son livre "Le Passé d’une discorde" un article du quotidien Haaretz, datant de 1949, qui parle des juifs de l’Afrique du nord, où l’on peut lire : « Race primitive et ignorante, sans aucune spiritualité, dont le niveau général n’est guère plus élevé que celui des Arabes, des nègres ou des Berbères de chez eux, sans racine juive très profonde... Leurs demeures sont immondes : ils s’y adonnent aux jeux de cartes, à la boisson et à la prostitution. Ils sont des fainéants chroniques et détestent le travail manuel ».

Un discours aux relents ô combien évocateurs !...

Rien qu’en septembre 2008, l’écrivain et chercheur Elana Maryles Sztokman publie un article(1) à propos du système éducatif en Israel. Elle dit entre autre :

"... Ce qui se passe dans l’école de Beit Ya’acov n’est rien de moins qu’une officialisation du racisme
.
Ici, l’école applique une politique qui ne permet pas aux filles Séfarades d’être dans une même classe que des filles Ashkénazes ou Hassidiques. Elles ont des enseignants différents , des classes différentes et même des heures de récréation différentes et une clôture entre leurs cours de récréation pour s’assurer que les deux groupes ne se mêlent pas pendant les pauses..."

David Benchetrit, juif séfarade d’origine marocaine, réalisateur du film "Rouah Kadim - Khronika marokaït" (Vent d’Est - Chronique marocaine) raconte l’histoire des Juifs séfarades, de leur émigration vers Israël dans les années cinquante et soixante à nos jours. Benchetrit lève un voile cruel sur les maabarot [camps de transit], les enfants marocains aspergés de DDT à leur arrivée en Israël, les émeutes séfarades du Wadi Salib et des manifestations des Panthères Noires israéliennes, un mouvement de contestation de juifs Mizrahim.

Commentant son film, David Benchetrit dit :

"... la plupart des sionistes sont des êtres poursuivis par le démon de la persécution, par la malédiction historique de l’Europe orientale : l’antisémitisme et le racisme. Ce démon n’existe pas chez les Orientaux. Leur persécution est directement le fruit du mouvement sioniste. Ce mouvement voulait bâtir ici un endroit normal et sain. Mais tout ce qu’il est parvenu à créer, c’est un monde aliéné où tout ce qui est différent est persécuté : Palestiniens, Orientaux, Haredim et Bédouins. Tant que l’élite ashkénaze donnera le ton, cet endroit continuera à vivre dans la haine de soi et dans la schizophrénie..."

La sociologue juive mizrahim d’origine irakienne, Ella Habiba Shohat, se dit être une arabe juive. Dans son livre "Le sionisme du point de vue de ses victimes juives elle souligne la haine qu’éprouvent les sionistes pour l’orient et son impact sur les juifs orientaux :

"... En niant l’Orient arabe, musulman et palestinien, le sionisme a nié les juifs orientaux qui tout comme les palestiniens ont eux aussi été spoliés du droit à la représentation..."

Au train où vont les choses, les sionistes finiront peut-être par se débarrasser des palestiniens, mais il y a une chose dont ils ne pourront jamais se débarrasser : c’est la haine qui les habite, la haine de soi qu’ils plaquent sur l’altérité !

A qui donc le tour après les palestiniens ?!

Si les opprimés pouvaient se reconnaitre au lieu de se renier, ils verraient que les vrais clivages sont ailleurs. Ils s’apercevraient alors qu’ils représentent une force extraordinaire : une force morale, la seule capable d’éradiquer ce mal qui gangrène l’Orient.


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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Lun 24 Mar - 21:37






il n’y a pas de pires antisémites que les sionistes 

Theodor Herzl, de son nom hébreu   (בנימין זאב), né le 2 mai 1860 à Budapest et mort en 1904,  fut un journaliste,  d’abord partisan de l’assimilation des Juifs au sein de leurs terres d’accueil.
Il avait été éduqué dans cet esprit des Lumières qui respirait dans la société bourgeoise de Vienne. Il vénérait la culture non-juive et souhaitait ardemment s’y associer. C’était pour lui, l’incarnation de l’idéal humain. Aussi n’a-t-il jamais circoncis son fils Hans.  Il méprisait les juifs qui se cantonnaient à rester observer la Torah et la Tradition. Pour lui, « les prêtres chrétiens étaient au top de l’échelle » car ils n’étaient pas attirés par l’argent. « Les simples chrétiens valaient plus que les Rabbins »
.
En 1893, il proposa dans son  journal sa solution :
« Voici environ deux ans, j’ai entrepris de résoudre le problème juif, au moins en Autriche avec l’aide de l’église catholique. J’ai demandé l’aide des hauts prélats de l’église autrichienne, afin d’obtenir par leur biais, une entrevue avec le Pape Léon XIII pour lui demander de nous aider contre l’antisémitisme. Je déclencherais un mouvement formidable parmi les juifs, qui se convertiront de façon fière et spontanée au christianisme. » Herzl décrit ainsi dans les moindres détails la cérémonie de conversion de masse qu’il avait préparé. « La conversion sera effectuée en plein jour, un dimanche midi, dans la cathédrale St Stéphane par une procession joyeuse au son des cloches. »
Les juifs pour lui étaient porteur du mal : « Les juifs riches dirigent le monde. Ils gèrent le destin des gouvernements et des nations. Ils les incitent à être les uns contre les autres. Pendant ce temps, eux s’enrichissent. »  Herzl légitimait ainsi la thèse antisémite. La même qui faisait écrire en prison en 1927, dans son livre Mein Kampf, Adolphe Hitler : « le judaïsme de l’argent, qui sème la zizanie parmi les peuples et les provoque à la guerre, pendant que le juif en tire profit…. Mais si le judaïsme de la finance internationale réussissait en Europe ou ailleurs, à entraîner de nouveau les peuples à une nouvelle guerre mondiale, le résultat ne serait pas une victoire du judaïsme mais la destruction de la race juive européenne. »
.
En 1894, l’accusation de trahison d’ Alfred Dreyfus, fit comprendre à Herzl que l’assimilation n’était pas une solution viable, car le monde chrétien qu’il chérissait pourtant, ne cherchait pas assez à s’ouvrir aux juifs comme lui.
Il décida  donc de vouer toute son énergie à l’élaboration d’un état juif et d’une théorie sioniste qu’il énonça dans Altneuland (une nouvelle ancienne terre). Son état juif devait rejeter toutes les traditions juives, ses commandements, le yiddish, son sens du parasitisme. Il le rêvait ressemblant à un état européen. Haïm Hazaz, un idéologue de la direction sioniste, écrivit en 1943 que le sionisme et le judaïsme n’étaient pas la même chose et surement contradictoires. Le sionisme était un mouvement laïc qui donnait une définition laïque de l’identité juive. C’était un véritable déracinement, une destruction même qui ne faisait pas de place aux religieux. Le plus redoutable adversaire du sionisme n’était-il pas le judaïsme religieux ? Herzl ne rêvait effectivement ni de centre spirituel ni de peuple élu. Mais de l’affranchissement de la Torah, des commandements et de l’annulation de la morale religieuse. Des leaders tels que Mendelssohn, en cette époque dite des Lumières, diffusèrent ce dicton « soit juif chez toi et homme à l’extérieur ». Ce qui signifiait en réalité que le juif valait moins qu’un homme. Ils avaient en tête qu’il était nécessaire que les juifs d’Europe de l’est se nettoient de leurs poux et de la crasse de leurs corps.
 
Mais pour entraîner tous les juifs dans ce mouvement, le sionisme dut se proclamer être un mouvement de rédemption
Il sut toutefois se distinguer du messianisme, tout en gardant comme dénominateur commun, de conclure l’histoire et de réaliser la promesse divine. C’était en fait très paradoxal. D’un côté ils étaient nombreux à  penser que Dieu n’existait pas mais cela ne les empêchaient pas de juger qu’il fallait tout de même réaliser ses promesses. Ils définissaient le sionisme comme la réalisation des désirs de toutes les générations précédentes. Et pour se faire, ils utilisèrent volontairement une terminologie religieuse afin d’enthousiasmer les juifs respectueux des Mitzvot (la Torah compte 613 mitzvot ), alors qu’en fait, leur véritable ambition était de créer un état qui renierait tout idéal religieux. C’est sans doute ce qui peut expliquer l’aveuglement de certains, qui considérèrent Herzl comme un Messie.  Ou l’appelait le « Roi des Juifs ».  C’est ainsi que le drapeau israêlien, si on lui enlève son étoile de David, il lui reste son Tallith (un drap blanc avec deux bandes bleues). Alors que normalement tout Tallith a des bandes blanches ou noires. Mais en utilisant le bleu on symbolisait la rédemption du peuple israélien.
 
Dans les années 20, le mouvement sioniste socialiste s’empara de l’hégémonie en terre d’Israël, pour créer une nouvelle terre juive :
Des mots tels que Travail, Construction et Renouvellement, furent transformés en valeurs suprêmes et inculqués à la jeunesse. « Un vieux monde allons nous détruire, un vieux monde allons nous construire. »  Yossef Haïm Brenner, écrivait en 1919 : « Notre caractère  national est corrompu depuis toujours, nous n’avons jamais été un peuple productif. Nous avons toujours vécu une vie de gitans et de chiens. Oui, nous ne sommes que des saletés, pourritures, des œufs pourris… pas des êtres humains. »  Les textes des premiers sionistes étaient donc particulièrement antisémites, méprisant le juif éxilé.
« Les peuples européens méritent tous les honneurs même s’ils nous étranglent sans pitié. Tout notre héritage spirituel n’est qu’un moustique mort. Mais devrons-nous permettre que nos rues soient envahies par tous ceux des ghettos ? La pourriture du genre humain ? » Zeev Jabotinsky, le père du mouvement révisionniste consignait en 1919, dans le journal Haaretz : « Dans notre maison Nationale nous déclarerons tous ces juifs qui n’ôteront pas cette rouille de l’exil, qui refuseront de raser leur barbe et de couper leur papillotes, être des citoyens de seconde zone. Ils n’auront pas le droit de vote. » David Ben Gourion (1886-1973), le fondateur et chef de l’état durant de nombreuses années, écrivit  dans son livre : Juif et but   « Les exilés qui se réuniront en Israël seront comme de la tourbe, sans langue, sans éducation, sans racine. On les transformera en une population cultivée. Pour cela,  Israël a besoin d’une population sélective. Le sionisme n’est pas une œuvre de bienfaisance. Nous avons besoin de juifs de qualité supérieure pour qu’ils développent la Maison Nationale. »
 
Cette attitude des leaders du sionisme socialiste, dont le programme n’était pas de secourir les juifs, mais de former une nouvelle identité juive, s’est manifestée de la manière la plus extrême pendant la seconde guerre mondiale, quand affluèrent les nouvelles de l’extermination juive.
L’idée d’un refuge pour tous les juifs fut abandonnée. En 1943, alors que les juifs mourraient de faim dans les ghettos d’Europe, et que des millions d’entre eux étaient envoyés dans des camps, Yitzchak Greenbaum, leader sioniste chargé des opérations de secours et ministre de l’intérieur du gouvernement Ben Gourion, déclara : « Quand on m’a demandé de donner l’argent du Kéren Hayésod pour sauver les juifs de l’étranger, j’ai répondu non. Quand on m’a proposé deux possibilités : Le secours des masses juives d’Europe ou bien la rédemption en Israël, j’ai choisi la rédemption… Trop parler de massacres, diminue notre détermination. Si nous avions aujourd’hui la possibilité d’acheter des caisses de nourriture avec l’argent du Kéren Hayésod pour les acheminer vers Lisbonne, nous ne le ferions pas. Car le sionisme passe avant. » Pour Ossishkin (1863-1941), un des chefs du mouvement sioniste et directeur du Kéren Kayémet Leisraël dans les années 20 (extraits de la Shoah du ciel) «Les victimes qui meurent dans les terres de l’exil sont d’un peuple agonisant. Leur mort n’a pas de sens. De même que leur vie. Mais les victimes mortes sur notre terre, nous les admirons avec fierté. » Haïm Weizmann (1874-1952) Ier président de l’état d’Israël déclarait en 1937 (La marque de Caïn page 105) : «Je souhaite sauver 2 millions de jeunes. Les vieux iront à leur perte à la rencontre de leur destin. Ils ne sont que poussière humaine, économiquement et moralement dans un monde cruel. Seule la jeunesse survivra. Les vieux doivent le comprendre et l’accepter. » David Ben Gourion (du livre de Tom Segev  Les jours des anémones) : « Si j’apprenais que l’on peut sauver tous les enfants d’Allemagne en les transférant en Angleterre, ou seulement la moitié mais en terre d’Israël, je choisirais la seconde solution. »  A la veille de la guerre, Ben Gourion attaqua durement les juifs d’Europe : « Appelez moi antisémite, mais je suis obligé de le dire, nous sommes plein de honte devant ce qui se passe en Allemagne, en Pologne en voyant ces juifs n’osant même pas se battre. Nous n’appartenons pas à ce peuple juif. Nous nous rebellons contre lui. »
 
L’attitude du sionisme envers le sauvetage des juifs pendant la 2nde guerre mondiale fut bien navrante !
Par exemple, le 25 avril 1944, Eichmann convoqua à son bureau Yoël Brand, un sioniste, membre du comité de secours de Budapest, pour lui faire une proposition :  "Tu sais qui je suis, celui qui extermine les juifs en Allemagne, en Pologne et en Tchécoslovaquie, maintenant je vais m’en prendre à ceux de la Hongrie. Mais je serais toutefois prêt à te vendre 1 million de juifs contre des marchandises : 10 000 camions, du café etc… Tu iras à Istanbul négocier cet accord avec l’Agence Juive. Et je ferais même sauter les fours crématoires d’Auschwitz. A chaque lot de 1000 camions tu auras 100 000 juifs en échange." Brand alla donc à Istanbul rencontrer Haïm Berles. Ce dernier le convainquit d’aller à Jérusalem pour que les anglais puissent aussi entendre sa proposition. Mais dans le train, il fut approché par Yaakov Grippel (un représentant religieux d’Israël) et par Y. Kellermann (représentant révisionniste) qui le mirent en garde de ne pas quitter la Turquie car les envoyés de l’Agence Juive lui tendait un piège. Brand, ne pouvant soupçonner ses camarades du parti Mapaï,  continua son voyage. Il fut arrêté par les services secrets britanniques et envoyé au Caire durant de nombreux jours pendant que l’extermination de ses semblables continuait. Délivré, ce fut au tour des envoyés de l’Agence Juive de le retenir. Quand il put atteindre Jérusalem, il n’y avait plus aucune organisation en charge du sauvetage. Il ne sut qu’après, que le 25 mai 1944, alors qu’il était retenu au Caire, l’Agence Juive avait décidé de ne rien faire pour sauver ce million de juifs hongrois. Bien entendu, après la guerre, les membres du Mapaï, firent en sorte que personne n’apprenne l’existence de Brand. Mais au procès de Greenwald-Kastner, Brand dut y témoigner. Malgré des vols de documents, ce terrible secret de non assistance de la shoah fut exposé en pleine lumière. Dans ses mémoires, Brand ajouta comment des dirigeants de l’état d’Israël avaient tenté de falsifier son témoignage et l’avait menacé de l’emprisonner dans un asile. Un jour raconte-t-il, invité dans un hôtel de luxe par Teddy Kollek et Ehud Avriel (assistant de Ben Gourion), entre deux plats,  ils avaient essayé de le soudoyer en lui proposant un poste de porte-parole à  l’institut Weizmann s’il cessait d’écrire son livre (Le diable et l’esprit).
 
Un autre document secret rédigé par Apolinery Hartglas (futur 1er directeur général du ministère de l’intérieur d’Israël) démontre cette attitude sioniste pendant la guerre :
Il y est noté : « Notre comité de secours ne peut pas sauver les 7 millions de juifs destinés à être éliminés. Il faut au mieux pouvoir en tirer un bénéfice politique. Des instructions vont donc être données pour ne sauver que des jeunes appartenant au mouvement travailliste, le Mapaï. » N’est-il pas étonnant de voir qu’ils sélectionnaient ceux qui allaient être sauvés, de la même façon que les Allemands les triaient dans les camps ? Même l’immigration des personnes âgées de Téhéran fut organisée dans ce sens. Il n’était pas question de prendre les juifs qui n’avaient aucun rapport avec le sionisme. Yigal Ben David (ancien de l’Agence juive devenu religieux) confirma les mensonges des  dirigeants sionistes qui ordonnaient de sauver les juifs : « faites en sorte qu’ils soient tous de notre parti. Evitez autant que possible d’amener des éléments non-sionistes vers Israël. »  Quand arrivait un groupe de religieux sionistes (Mafdal), on les prenait suivant un quota de 5 à 10%. Mais s’ils étaient des mouvements No’ham du parti travailliste Mapaï, Dror, Chomer Hatzaïr, Dror ils passaient tous. Mais des Haredim (non sionistes) aucun.
 
La décision des Nations Unies du 29 novembre 1947 de créer l’état d’Israël :
Cela  mit fin au mandat anglais sur les terres palestiniennes depuis 1920,  par 33 votes pour, 13 contre et 10 abstentions.  Les sionistes mirent alors à l’écart les religieux. Et une forme de répression plana autour des juifs sépharades. Non seulement ils étaient d’Orient (sémites) mais aussi religieux. Tout l’opposé du sionisme. On décida alors d’essayer de les endoctriner. Et pour plus d’efficacité, on sépara les enfants des parents. On leur inculqua des programmes pédagogiques modernes. Les papillotes furent coupées et ils durent faire une croix sur leur culture arabo-juive pour la remplacer par le Travail, l’Argent et la Nourriture. Ceux qui n’adhéraient pas à la Histadrout n’avaient pas à manger. Les Yéménites qui étaient aussi religieux quand ils arrivèrent, furent embarqués de force dans des campements de tentes. On leur envoya des jeunes des Kibboutz pour les éduquer. Extrait du guide du Chomer (décembre 1956) : « comment se conduire avec les élèves religieux des camps ? Il faut leur faire comprendre que leur foi en Dieu est dénuée de logique et de fondement. Que la religion n’est que le fruit de régimes réactionnaires… »
 
Après 50 ans, rien n’a changé :
Zehava Galon, du parti Meretz au Parlement, demandait toujours la séparation de la religion de l’état, la suppression du grand Rabbinat, l’abrogation des lois des Tribunaux Rabbiniques, les Conseils religieux etc…Aucun parti religieux ne devait siéger. Le député Yossef Lapid (chef du parti Chinouï) clamait qu’ils étaient en danger, car les religieux allaient engloutir l’état nous faisant revenir au Moyen Age.
 
Pourtant au départ, que n’avait-on pas promis aux religieux : que leurs filles ne seraient pas appelées par l’armée, que le Shabbat serait un jour férié national, qu’ils jouiraient d’une certaine autonomie éducative, que le statut du Rabbinat ne serait pas lésé, qu’il n’y aurait pas de mariages civils ni de constitution laïque. Toutes ces promesses ne furent pas tenues par le premier ministre Ehud Barak. Le statu quo fut brisé. Le vote d’une loi interdisant le travail le jour du Shabbat était considéré comme illégitime. Mais si un parti socialiste imposait un jour de repos obligatoire, cela l’était. Comment peut-on alors parler d’un état juif ?
 
Les medias en Israël forment un bloc unique, semblant être animés par une seule source :
Lorsque vous demandez à un étudiant de faire une recherche sur les nouvelles d’une journée, 95% d’entre elles sont écrites avec le même style et le même point de vue. Haïm Cohen (ancien vice-président de la Cour Suprême) s’en offusquait : « Les medias empiètent vraiment sur le terrain de nous tous. On a l’impression qu’il n’y a plus besoin d’enquêteurs, ni de procureurs, les médias nous dictent ce qu’il faut  penser. Ils adorent faire passer les Haredim (les religieux) pour des monstres qui menacent de dévorer la démocratie. »  Grâce à la manipulation des médias, à l’utilisation de la Cour Suprême et à l’habitude d’esquiver les instances démocratiques, les sionistes arrivaient ainsi à modeler le caractère de l’état en opposition aux valeurs du Judaïsme. Tout était fait pour liquider la démocratie israélienne en transférant les pouvoirs à la Cour Suprême. Les lois du Parlement ne sont plus que des recommandations. C’est ainsi que dans les années 80, la Cour Suprême se mit à adopter une méthode d’activisme judiciaire qui consistait à s’ingérer dans tous les domaines. Pour Aaron Barak, « Il n’y a pas de domaine non juridique. Le monde entier est juridique. » La Cour ne se privait pas de rejeter les lois du Parlement. Ses membres faisaient partie des éclairés (les sages).  Me Gidi Firshtik remarquait que dans les 14 verdicts rédigés par Barak, pas une seule citation n’était de source juive. Mais souvent d’origine américaine, indienne etc… Pour Yaakov Maletz (ancien juge de la Cour Suprême) : « La Cour suprême a dépassé les bornes. » Alors que pour le Prof Ruth Gabizon : " aucun tribunal au monde ne s’est approprié de telles prérogatives. "  (1995). En 1999, Me Aaron Papo remarquait que ce tribunal était devenu le porte drapeau contre la religion.
 

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Dim 20 Juil - 15:30






« Le Dr Herzl et ceux qui pensent comme lui sont des traîtres à l’histoire juive, qu’ils ont mal lue et mal interprétée. Ils sont même les coauteurs de l’antisémitisme qu’ils clament vouloir abattre. » (Laurie Magnus, Aspects of the Jewish Question, 1902, p. 18.).
Le grand rabbin de Vienne, le Dr Güdemann, déclare dans son livre Nationaljudentum (Judaïsme national) : « Depuis la diaspora, Israël est une pure communauté religieuse. »
Le Pr Louis Grossman affirme pour sa part que l’agitation sioniste contredit les fondements mêmes du judaïsme : « Le mouvement sioniste est quelque chose d’artificiel qui ne provient pas du cœur du judaïsme, ni avant ni maintenant. » (Hebrew Union College Journal, décembre 1899, p. 72.)
L’historien Ludwig Geiger, représentant des Juifs libéraux de Berlin et fils du rabbin réformiste Abraham Geiger, rend compte d’une prise de position significative des Juifs allemands. Geiger s’adresse en ces termes à ses compatriotes juifs : « Le Juif allemand, qui a sa voix dans la littérature allemande, doit considérer l’Allemagne comme sa patrie, et l’allemand comme sa langue maternelle. Cette nation doit demeurer la seule dans laquelle il a placé tout son espoir. Tout souhait d’une communauté avec des coreligionnaires situés à l’extérieur de l’Allemagne serait de l’ingratitude à l’égard de la nation dans laquelle il vit. Le Juif allemand est un Allemand dans sa particularité nationale. Sion est pour lui le pays du passé et non celui de l’avenir. » (The Jewish Encyclopedia, t. II, p. 673.)
L’écrivain juif Isaak Deutscher argue : « Même en Europe de l’Est, où ils évoluaient dans de grandes communautés homogènes, (…) les Juifs se considéraient comme des citoyens du pays dans lequel ils vivaient.Ils voyaient leur avenir dans leur pays, et non pas en Palestine.Une bonne moitié des Juifs d’Europe de l’Est, principalement ceux appartenant à leurs grands et puissants mouvements ouvriers, considéraient l’idée d’habiter en Palestine avec une répugnance consciente et irréconciliable108. » (Isaac Deutscher, die ungelöste Judenfrage, Berlin, 1977, p. 79.)
« Le judaïsme est une religion, alors que le sionisme est un mouvement politique fondé par les mêmes Juifs qui constituaient la force du communisme. L’objectif du sionisme est un gouvernement mondial sous le contrôle des sionistes et de la haute finance juive internationale. » (Jack Bernstein, Das Leben eines amerikanischen Juden in rassistischen, marxistischen Israel, (La vie d’un Juif américain dans l’Israël raciste et marxiste), Steinkir­chen, 1985, p. 17.)
Le Dr Leo Wertheimer assure dans son livre paru en 1918, Der Judenhass und die Juden (La haine des Juifs et les Juifs) : « L’antisémitisme est l’ange sauveur des Juifs, qui s’applique par des moyens radicaux à ce que les Juifs restent des Juifs.(…) Les antisémites ont créé la conscience juive auprès de beaucoup de Juifs qui n’en voulaient pas. » (Dr Franz Scheidl Israel : Traum und Wirklichkeit, Vienne, 1962, p. 18.)
« Plus il y a d’injustices envers les Juifs dans le monde, plus ils sont pourchassés, plus les chances de réussite du sionisme sont grandes. » (J.G. Burg, Schuld und Schicksal (Culpabilité et destin), Oldenburg, 1972, p. 32.)
« Le plus grand danger pour le judaïsme et l’unité juive réside dans un antisémitisme défaillant.» (26e rencontre du congrès mondial sioniste en Israël, le 30 décembre 1964.Citation du Dr Franz Scheidel, Israel : Traum und Wirklichkeit (Israël : rêve et réalité), Vienne, 1962, p. 28.)
En 1951, le Pr Bruno Blau, historien, affirme : « Aussi étrange que cela puisse paraître, l’État d’Israël est contraint de remercier le Reich. Sans l’impact de l’antisémitisme et du national-socialisme, les Nations Unies n’auraient jamais pris la décision de construire un État juif dans la Palestine arabe.» (Pr Bruno Blau, Der Staat Israel im Werden (L’État d’Israël en devenir), Frankfurter Hefte, décembre 1951.)
Uri Avnery, politicien israélien, membre de la Knesset et antisioniste, rapporte dans son livre Israël ohne Zionisten (Israël sans les sionistes) que, pendant la guerre, la direction sioniste est peu zélée à secourir les Juifs d’Europe. Les mesures philanthropiques, comme le sauvetage de Juifs allemands peu fortunés, n’offrent aucun avantage à l’accord Haavara. Ces Juifs allemands qui, comme réfugiés, avaient uniquement acquis une autorisation d’émigrer, sont considérés comme du « matériel humain indésirable ». Les responsables de l’émigration allemande en Palestine sont du même avis : « Pour la Palestine, 90 % d’entre eux sont inutiles. » (Tom Segev, Die Siebte Million – Der Holocaust und Israels Politik der Erinnerung (Le septième million – L’holocauste et la politique israélienne du souvenir), Hambourg, 1995, p. 115.)
À Jérusalem, un document du comité de sauvetage, classé dans les archives sionistes, pose des questions pour le moins choquantes : « Qui vaut la peine d’être secouru ? Devrions-nous aider toutes les personnes dans le besoin, et quelles que soient leurs qualités ? Ou ne devrions-nous pas mener une action sioniste-nationale et sauver en première ligne ceux qui peuvent être utiles à Israël et au judaïsme134 ? Si nous sommes en situation de prêter assistance à 10 000 hommes et femmes capables de construire le pays, au lieu de sauver un million de Juifs qui deviendraient une charge ou, dans le meilleur des cas, constitueraient un élément apathique, nous devons alors sauver les 10 000. Et ce malgré les demandes de l’autre million. Les jeunes pionniers et tous ceux qui sont formés pour effectuer du travail de sioniste valent d’être secourus. » Le document qualifie ces personnes de « meilleur matériel » (Tom Segev, Die Siebte Million – Der Holocaust und Israels Politik der Erinnerung (Le septième million – L’holocauste et la politique israélienne du souvenir), Hambourg, 1995, p. 139.)
Chaïm Weizmann a uniquement en vue l’émigration vers la Palestine. Ce représentant sioniste de premier plan certifie : « Je veux plutôt voir le naufrage des Juifs allemands que d’assister au naufrage d’Israël pour les Juifs. » (J.G. Burg, Schuld und Schicksal, Oldenburg, 1972, p.5.)
Trois semaines après la Nuit de Cristal, qui se déroule du 9 au 10 novembre 1938, David Ben Gourion déclare : « Si j’avais su que, par l’acheminement vers l’Angleterre, il était possible de sauver tous les enfants juifs d’Allemagne et que, par le transport vers la Palestine, seulement la moitié d’entre eux auraient pu être secourus, j’aurais opté pour la dernière action. » S’agissant de la Nuit de Cristal, David Ben Gourion pense que la « conscience humaine » est susceptible de conduire plusieurs pays à ouvrir leurs frontières à des réfugiés juifs provenant d’Allemagne. Il y voit une menace pour la construction du foyer juif en Palestine et avertit : « Le sionisme est en danger ! » (David Ben-Gourion, lors d’une séance du comité central, le 7/12/1938.)
L’historien Benny Morris, de l’université hébraïque de Jérusalem, expose : « La nouvelle historiographie a enfoui ou détruit une série d’arguments centraux du mythe sioniste établissant que les Palestiniens ont volontairement laissé leur terre, ou y ont été contraints par leurs dirigeants arabes. Dans mes livres, j’oppose ce point de vue à une autre réalité démontrant que la plupart des Arabes ont été poussés à l’exode par la menace militaire et sous la pression des Juifs. Il est important de rappeler que 852 000 Arabes quittèrent le pays lors de la première guerre, et seulement 156 000 restèrent en territoire israélien.» (Issam A.Sharif, Die Instrumentalisierung der Juden im Machtspiel der Grossmächte, ein neues analytisches Bild der jüdischen Geschichte (L’instrumentalisation des Juifs dans le jeu de pouvoir des grandes puissances, une nouvelle image analytique de l’histoire juive), Vienne, 1996.)
Issam A.Sharif, Die Instrumentalisierung der Juden im Machtspiel der Grossmächte, ein neues analytisches Bild der jüdischen Geschichte (L’instrumentalisation des Juifs dans le jeu de pouvoir des grandes puissances, une nouvelle image analytique de l’histoire juive), Vienne, 1996.
Dans le New-York Daily News du 28/2/1994 (page 6), le rabbin Yacov Perrin affirme : « Un million d’Arabes ne valent pas un ongle juif. »
Le Jerusalem Post du 18/10/2010 rapporte une partie du sermon d’Ovadia Yosef, ancien grand rabbin d’Israël, décisionnaire rabbinique de grande renommée pour les séfarades et leader spirituel du parti politique israélien Shass : « La vie des non-Juifs en Israël est protégée par la divinité, pour empêcher des pertes aux Juifs. » « Les goyim sont nés uniquement pour nous servir. Sans cela, ils n’ont aucune place dans le monde, seulement servir le peuple d’Israël. » « En Israël, la mort n’exerce aucune emprise sur eux. Avec les Gentils, c’est comme avec n’importe quelle autre personne. Ils doivent mourir mais Dieu leur donne la vie longue. Pourquoi ? Imagine si l’âne de quelqu’un mourrait, il perdrait son argent. » « C’est son serviteur… C’est pourquoi, il a une longue vie, pour bien travailler pour le Juif ». Ce rabbin est en charge des conversions dans l’armée israélienne. En effet, il a dressé la feuille de route pour convertir les soldats à plus d’orthodoxie religieuse : davantage d’études des textes sacrés et plus de rigueur religieuse. Le contenu réel de la feuille de route n’a pas été rendu public.(Jerusalem Post du 14/1/2011)
L’écrivain Zeev Sternhell mentionne à ce propos qu’Ytshak Katzenelson, mort en 1944, rendu célèbre pour la composition du Chant du peuple juif assassiné, présenté comme une victime de l’Holocauste, « exécrait particulièrement le mot « cosmopolitisme ».Pour lui, il était coupable non seulement de répandre l’illusion d’une égalité possible entre les hommes au moyen de leurres ou de chimères, mais il dénaturait l’homme.(…) La nation était pour lui la référence absolue et tout autre lien, social ou de classe, devait lui être entièrement soumis. » (Zeev Sternhell, Aux origines d’Israël, Paris, Fayard, 1996, p. 245.)
Dans les colonnes du journal israélien HaOlam HaZeh du 15 mai 1974, le rabbin Abraham Avidan, lieutenant-colonel et membre de l’État-major israélien, corrobore : « Nos Écritures montrent de manière claire qu’un non-Juif, un goy, aussi civilisé et évolué soit-il, n’est pas digne de crédit. On doit se tenir sur ses gardes et reconnaître qu’un non-Juif demeure notre ennemi. C’est pourquoi il est tout à fait manifeste que ceux qui prêtent assistance à l’ennemi ou l’excitent à la révolte, se comportent comme un ennemi et doivent être tués. » Avidan avance pareillement : « En aucune circonstance, nous ne pouvons faire confiance à un Arabe, même quand il donne l’impression d’être un humain civilisé.» (Israel Shahak, Das Buch vom zionistischen Terror (Le livre de la terreur sioniste), Israël, 1995, p.70.)
Avidan expose aussi que, d’après la loi juive, « il n’existe pas la moindre obligation de différencier des soldats du camp adverse de civils ennemis.(…) En état de guerre, il est un devoir de tuer ces civils ennemis, ainsi que ceux paraissant d’un naturel bon et honorable ».Pour finir, Avidan cite le Talmud, où il est mentionné que même « le non-Juif qui craint le Seigneur doit être tué. » (Israel Shahak, Das Buch vom zionistischen Terror (Le livre de la terreur sioniste), Israël, 1995, p. 70.)
Dans le journal Yediot Aharonot du 20 décembre 1974, le rabbin Moshe Ben-Zion Ushpizaï questionne : « Comment devons-nous vaincre et annihiler les terroristes arabes et le fléau palestinien ? Les défaitistes et les pessimistes n’apportent aucune réponse. Il leur manque l’espoir. Pour quiconque a étudié la loi juive, il n’existe rien sur quoi la Thora n’apporte aucune réponse.(…) La loi d’Israël est très précise au sujet des peuples qui vivent dans le pays de Canaan. Ils doivent être le bétail d’Israël.(…) La Thora nous impose de conquérir le pays d’Israël, d’exterminer ses habitants et de le coloniser. Israël ne peut pas se soustraire à ce commandement, et il est strictement interdit de livrer le pays aux non-Juifs. Il n’y a sur cette terre aucune place pour d’autres peuples que celui d’Israël. »
En 1972, Yeshayahou Ben Porat, membre de la Knesset, proclame : « Il est exact qu’il n’y a aucun sionisme, aucune colonisation des Juifs et aucun État juif sans expulsion des Arabes ni confiscation de leur terre. »
Extrait de Robin de Ruiter & Laurent Glauzy,
Témoins de Jéhovah, les missionnaires de Satan,
2013, La Maison du Salat.

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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Dim 20 Juil - 15:40

L'Oligarchie et le Sionisme - Israel (Documentaire complet)





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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Lun 15 Sep - 11:47



Conférence de l’écrivain Jacob Cohen donnée à Luxembourg le 27 mars 2014 sur le thème :

« La Palestine, un siècle de mystification. »





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Re: Qu'est-ce-que le sionisme? Différents points de vue sur le sionisme

Message par Archange le Lun 24 Nov - 3:21

Un petit aperçu de l'éclairage porté sur la question par maitre DK:




La sagesse Sans Âge: Histoire et Notion de Race



Les livres que le Tibétain a écrits, avec la collaboration d’Alice Bailey entre 1919 et 1949, constituaient la phase intermédiaire d’une parution en trois parties de la Sagesse Éternelle, prévue par la Hiérarchie pour précéder et conditionner le Nouvel Age, l’ère du Verseau.

En regardant la scène mondiale, on peut voir l’importance considérable du rôle joué par le Peuple juif et par l’État d’Israël, particulièrement dans le courant des cent dernières années. Ceci peut en partie, expliquer pourquoi le Tibétain a porté une telle attention aux Juifs.


C’est parce que l’objectif du Plan est l’établissement de relations justes entre tous les aspects de notre vie planétaire qu’est rendue essentielle la réalisation d’une paix juste et durable au Moyen-Orient, réalisation qui est le pivot de tant de conflits dans le monde d’aujourd’hui.


L’Histoire, selon l’interprétation de la Sagesse Sans Âge


L’étude de l’Histoire des Juifs telle qu’elle est présentée par la Sagesse Sans âge, peut apporter une compréhension plus profonde, à la fois, de la grandeur de leur accomplissement et de leur dette karmique.

Les origines du Peuple juif remontent, dit le Tibétain, à une période beaucoup plus ancienne que celle dont on nous parle dans l’Ancien Testament.

La position des Juifs est si ancienne dans la destinée de la race humaine que le Tibétain a dit : « le Juif incarne en lui-même, symboliquement, l’histoire de l’humanité ».

L’Histoire, telle que l’interprète la Sagesse Sans Âge, couvre un laps de temps si vaste qu’elle peut être rendue incompréhensible pour l’esprit humain.

Selon le Plan, l’humanité, en tant que quatrième royaume intermédiaire dans le développement évolutif de la vie terrestre partant de la matière la plus dense pour aboutir au pur esprit, joue un rôle crucial et central. L’humanité moderne, en accord avec la Sagesse Éternelle, est entrée dans une nouvelle ère connue sous le nom du Verseau.

Dans l’époque très antérieure qui était régie par la constellation des Gémeaux, l’apogée de la réussite humaine fut réalisée par un groupe de disciples Juifs dont on dit qu’ils furent les fondateurs du Peuple juif moderne.

Selon l’ancien enseignement spirituel, ce groupe très évolué se rebella contre « le commandement à se présenter à l’admission, libre et sans entraves, dans le lieu où se tient la lumière ». Ils cherchèrent à conserver ce qu’ils avaient accumulé et à le consacrer au service de Dieu ». (Psychologie Ésotérique I, p. 397).

Trois de ce groupe qui « se révolta contre la tragédie du détachement » sont devenus les fondateurs du Peuple juif moderne.

Replacer cet événement dans son contexte historique est pratiquement impossible, comme le dit le Tibétain : « Cette race est si ancienne qu’il n’est pas de nation aujourd’hui dans le monde, qui n’ait ses racines dans ce groupe qui – dans la vieille Lémurie – avait si bien évolué que ses habitants les plus avancés, se tenaient tous, sur le chemin du disciple.

Il n’y a pas de souches raciales dans le Monde occidental qui ne soit pas une ramification de ce peuple ancien et raffiné, à l’exception des Finlandais et des Lapons et de ces nations qui sont, d’une manière déterminée, de souche mongoloïde. « Les trois disciples d’origine et leurs groupes familiaux furent les ancêtres des trois groupes raciaux majeurs, ce qui peut être généralisé comme suit :

1. La race Sémitique ou les races de l’époque Biblique et moderne ; les Arabes, les Afghans, les Maures et leurs ramifications et croisements, y compris les Égyptiens modernes. Ceux-ci sont tous les descendants de l’aîné des trois disciples.

2. Les peuples Latins et leurs différentes branches à travers le monde, ainsi que les races Celtiques où qu’ils se trouvent. Ceux-ci sont les descendants du deuxième des trois disciples.

3. Les Germains, les Scandinaves, et les Anglo-Saxons, qui sont les descendants du troisième des trois disciples.
(Voir Psychologie Ésotérique I, p. 400).

Cette origine commune, cette histoire karmique partagée par un si grand nombre de personnes dans le monde d’aujourd’hui, a été perdue de vue, et clairement, ce point de vue qui précède l’histoire documentée, ne peut être vérifié par la science.

Mais si l’on se rapproche de cet enseignement de manière intuitive, il peut aider à faire la lumière sur les raisons de la Sagesse Sans Âge qu’elle adopte pour estimer le rôle des Juifs, qui constituent seulement un petit pourcentage de la population actuelle du monde, comme si important.

Ceci aide également à expliquer pourquoi les Juifs, « dans leur ensemble, constituent le plexus solaire du Logos planétaire ; nous utilisons aujourd’hui leur problème pour cibler, qualifier et conditionner, la nature du ressenti mondial et les réactions émotionnelles, émanant de la nature sensitive de l’humanité et du Logos planétaire.

N’oublions pas que la Personnalité de notre Logos planétaire n’est pas encore parfaite, et que de ce fait, la planète, son corps de manifestation, n’est pas considérée comme faisant partie des planètes sacrées.

À travers le Peuple juif dans le monde entier, le ressenti – la sympathie ou l’hostilité, ce qui est propre à susciter l’amour ou la haine – est collecté au foyer central du plexus solaire de la planète, en préparation d’un grand et permanent changement.

C’est pour cette raison que j’ai dit à certains de mes élèves que lorsque l’humanité aura résolu correctement le problème Juif, et quand cela aura été fait d’une manière humanitaire et complète, l’énergie du centre planétaire du plexus solaire aura été élevée jusqu’au cœur et une grande transmutation aura pris place » ( Extériorisation de la Hiérarchie, p. 87).

Nous voudrions souligner cette déclaration du Tibétain, « C’est à travers le Peuple juif partout dans le monde que la notion d’émotion… est mise en évidence…».

Ceci implique que la nature émotionnelle de tous les êtres humains, pas seulement ceux actuellement incarnés dans des corps Juifs, est stimulée quand ils réagissent aux problèmes centrés sur la situation des Juifs. Nous avons tous mis la main à la création de ce problème au cours de millénaires, et il appartient à toutes les personnes de bonne volonté de le résoudre grâce à une pensée juste, une attitude aimante, et une identification sans faille avec le fait de l’humanité une.


La Notion de Race selon la Sagesse sans Âge


Un autre défaut d’interprétation fréquent, de la Sagesse sans Âge, réside dans le terme « Aryen », donné à la famille des langues indo-européennes et de leurs locuteurs qui fut beaucoup plus tard, dévoyé quand l’Allemagne nazie l’appliqua à une race spécifique.

L’enseignement ésotérique utilise ce terme pour désigner un stade évolutif de la conscience.

Citons le Tibétain à ce sujet : « Lorsque j’utilise le mot ‘race’, je ne tiens pas compte des différenciations artificielles ou pseudo-scientifiques qui ont été faites à propos des nations, des races ou des types humains.

Je traite d’un état de conscience qui est la conscience Aryenne ou conscience mentale ou état de la pensée, qui trouve son expression et ses ‘membres de race’ dans tous les pays, sans aucune distinction ou exclusion.

Ce dont je voudrais que vous vous souveniez bien, c’est que sous l’angle géographique, il n’y a pas de nouvelle race en cours d’apparition ; il y a seulement une distribution générale de personnes dotées de caractéristiques de ce qu’on a appelé la sixième race-racine. Cet état de conscience trouvera son expression dans des peuples aussi distants racialement parlant, que les Japonais et les Américains ou les Noirs et les Russes. Il postule à leur propos, d’une capacité à fonctionner avec une clarté sur le plan mental, recueillir des informations, interpréter à juste titre et rapporter cette information, et créer les formes-pensées ou concepts nécessaires à ces interprétations ». ( Les Rayons et les Initiations, pp 593-94).

Pour beaucoup, un autre sujet de préoccupation est l’opposition inébranlable du Tibétain au Sionisme. Il pensait que le problème Juif ne pouvait être résolu que par l’intégration des Juifs dans les nations du monde, plutôt que par leur mise à part, dans une nation distincte. De fait, la quasi-totalité de ses écrits, élaborés avec la collaboration d’Alice Bailey, a été achevée avant que l’État d’Israël n’ait été fondé en 1948, Israël ne devenant une réalité que depuis soixante ans.

La situation ne s’est pas améliorée non plus, suite au développement d’une pensée critique et haineuse envers les citoyens israéliens ou envers leurs voisins. C’est pour faire pièce à cet état d’esprit que toutes les personnes de bonne volonté sont tenues d’apporter toute la compréhension et la compassion nécessaires à l’ensemble des personnes touchées par la souffrance résultant, au Moyen-Orient, d’un conflit de longue date.

Tous ceux qui épousent les valeurs spirituelles, doivent aborder la situation du Moyen-Orient avec une évaluation réaliste de la situation actuelle et une vision convergente en direction d’un changement innovateur qui mènera à de meilleures conditions pour toutes les parties concernées. C’est un défi difficile mais pas impossible. Chaque once d’effort vaut la peine d’être mise en jeu pour donner naissance à une juste résolution, afin que « L’humanité ayant résolu le problème Juif (avec la collaboration compréhensive des Juifs) et surmonté les anciennes antipathies et les haines, contribuant ainsi à unifier le problème à l’intérieur d’une vaste orientation humanitaire. ( Extériorisation de la Hiérarchie, p. 77).


Bonne Volonté et Libre Arbitre selon la Sagesse sans Âge

Dans le cadre du Plan divin pour notre monde, l’humanité est laissée libre de travailler à son propre destin. Pour citer le Tibétain une dernière fois : « La Race Juive est un symbole de l’humanité dans son acception de masse ; dans la résolution de ses conflits et l’adoption de l’action juste, aura lieu un grand pas en avant vers la libération de l’homme » ( Les Rayons et les Initiations, p. 640).



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