Friedrich Nietzsche, la sociologie allemande et le relativisme

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Friedrich Nietzsche, la sociologie allemande et le relativisme

Message par Archange le Jeu 6 Fév - 20:32

http://storage.canalblog.com/71/29/745353/77790833.pdf



Extrait :


Dans   son   examen   de   la   crise   du   droit   naturel,   c'est-à-dire   de   la   fin   d'une   morale
transcendante, de l'impossibilité désormais pour les individus de se référer à un étalon commun afin
de   juger   les   opinions   comme   les   actes
,   Leo   Strauss   identifie   trois   causes:   l'historicisme,   la
distinction entre fait et valeur et le conventionnalisme. Si ce dernier, qui fait découler tout socle
normatif d'un accord entre les membres d'une communauté politique, résulte essentiellement de la
philosophie contractualiste, celle de Rousseau et des penseurs libéraux, les deux premiers ont trouvé
une expression concomitante dans les sciences sociales modernes que le philosophe allemand décrie
avec véhémence. L'historicisme procède du postulat philosophique que toute morale, toute valeur,
est  nécessairement   historique,   n'est   finalement  que  le produit   d'un développement  particulier  et
unique, qui ne souffre donc pas la comparaison. L'historicisme contredit la possibilité de normes
universelles,  dans  lesquelles  tout  individu,  quelle que  soit   sa culture,   puisse  se   reconnaître.  La
distinction entre fait et valeur est liée à la séparation entre les sciences de la nature et l'interrogation
éthico-normative:   le   savant   doit   se   garder   de   tout   jugement   de   valeur   lorsqu'il   évalue   les
phénomènes,   sans  quoi   il   risque de  dénaturer   son objet.  Cet  objectif   d'impartialité,  auquel   les
sociologues s'efforcent à leur tour de se conformer, Strauss le considère comme dangereux, car il
interdit tout questionnement sur les finalités, le savant devant se cantonner à l'évaluation des actes
en termes de moyens.

Sous la plume de Strauss, un nom revient à plusieurs reprises, comme celui qui aurait réalisé
la   synthèse   entre   ces  deux  tendances,   véritable   fondateur   du  relativisme  moderne:   il   s'agit   de
Friedrich Nietzsche.
Les travaux de Raymond Aron sur la   philosophie critique de l'histoire, dont
étaient   imprégnés  les   sociologues  allemands du début du XXe  siècle,   révèlent  cette  parenté,  à
travers la remise en cause constante de la possibilité de saisir l'histoire comme totalité, ainsi que
dans   la   « redécouverte »  de  la   subjectivité,   notamment   dans   la   détermination  des   valeurs.  Par
exemple,  ce  propos de Ernst  Troeltsch,   relevé par  Aron  (1981; 371),  est  à  la  fois  typiquement
relativiste et  nietzschéen: « Toutes  les  représentations dogmatiques  incarnent  à  leur manière  la
vérité,   toutes  elles  contribuent  à  sublimer   les   impulsions   vitales  en volontés  morales;   toutes,
efficaces et historiquement contingentes, marquent un moment de l'éducation du genre humain. »
Les différentes conceptions du Bien se valent toutes, puisqu'en effet,  toutes les morales dérivent
également   de   la   volonté   de  puissance;   elles   en  sont   à   la   fois   la  manifestation   rationalisée  et
l'endiguement même de cette volonté de puissance,  car la morale tend  toujours à contraindre  la
force, à la rabaisser, par l'éducation. Une morale particulière n'est finalement que le produit d'un
rapport de forces particulier; la prétention d'une morale à l'universalité n'est jamais que le masque
de la victoire d'une volonté sur une autre.  Max Weber, en dépit d'une certaine indépendance par
rapport   aux courants   dominants  de  la   pensée   sociale   de  son  époque2,   n'a  pas  échappé  à  cette
influence. Peu de temps avant sa mort, le sociologue allemand déclarait ainsi « l’honnêteté d’un
intellectuel   d’aujourd’hui,  et  avant  tout  d’un philosophe  d’aujourd’hui,  peut   se  mesurer  à  son
attitude face à Nietzsche et à Marx.

attitude face à Nietzsche et à Marx. Celui qui ne concède pas qu’il n’aurait pu mener des parties
essentielles de son œuvre sans le travail que ces deux-là ont accompli se trompe lui-même et les
autres. Le monde dans lequel nous existons nous-mêmes intellectuellement est en bonne partie un
monde formé par Marx et Nietzsche
».

_________________
Sois le changement que tu veux voir en ce monde
avatar
Archange

Messages : 2694
Date d'inscription : 01/04/2012

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum