L'éternité

Aller en bas

L'éternité

Message par Archange le Dim 2 Fév - 15:57

L'Eternité



Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil

Ame sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.

Là pas d'espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil




Arthur Rimbaud

_________________
Sois le changement que tu veux voir en ce monde
avatar
Archange

Messages : 2701
Date d'inscription : 01/04/2012

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

L éternité.

Message par oursagora le Lun 22 Jan - 12:00

Kairos, quel temps est il ?


Dans la Gréce Antique, il n' y avait pas Un mais deux temps. Le monde moderne ne connait que le temps Chronos : mesurable, linéaire, successif et répétitif, en un mot, quantitatif, avec pour critére, la durée. Or les Grecs vivaient aussi selon le temps Kairos : temps incommensurable, sphérique, holistique et unique, en un mot, qualitatif, et avec l' intensité pour critére. Une distinction qui recéle des implications immenses, aux points de vue épistémologique et ontologique, voire initiatique.


Hésiode disait que le Kairos est " Tout ce qu' il y a de mieux " et Euripide "qu' il  Est le meilleur des guides dans toutes les entreprises humaines." L' idée Antique et Traditionnelle selon laquelle " Le Kairos est une seconde d' éternité " peut également se comprendre, nous allons le voir, du point de vue de la science et de la philosophie modernes, dans ce qu' elles ont pu produire de meilleur : la physique quantique d' une part, la phénoménologie de Raymond Abellio d' autre part.

Chronos et Kairos : deux paradigmes existentiels et ontologiques.


La distinction entre Chronos et Kairos a été mise a profit, derniérement, par le biologiste Suédois Calleman.

" Pour comprendre le temps, constate ainsi Calleman, nous pourrions d' abord considérer le fait que les Anciens Grecs reconnaissaient deux aspects du temps, Chronos et Kairos : Chronos signifiait le temps mesurable quantitatif et Kairos était le " Bon moment " qualitativement parlant. Chronos pouvait étre mesuré en faisant des comparaisons avec des appareils mécaniques et des cycles astronomiques, alors que Kairos était uniquement percu en certaines occasions cruciales comme une opportunité ou une crise, comme si un processus évolutionnaire essayait de se manifester de force a ce moment précis dans le temps. Celui ci était alors considéré comme le " Bon " moment. Kairos exprime ainsi ce qui est " Dans l' air " et sur le point d' arriver, et si on ne comprend pas sa relation a l' évolution, il est souvent vécu comme un aspect Magique, ou du moins subjectif du temps. Kairos, ou " Temps évolutionnaire " est cependant l' aspect du temps qui nous octroie la véritable expérience du temps comme quelque chose qui est plus qu' une série de moments discrets et sans rapport." Calleman évoque ici, sans s' y attarder, le caractére aléatoire, et partout absurde, du temps Chronos : simple succession de durées relatives et circonstancielles ( a commencer par la rotation des planétes autour du Soleil, qui n' a rien d' un phénoméne perpétuel ou inaliénable ), il ne répond a aucune autre raison que de segmenter notre propre durée de vie humaine, dans un but d' encadrement social et d' organisation économique. Norbert Elias, l' un des rares sociologues a s' étre penché sur la question du temps, avait déja souligné le caractére purement social et conventionnel du temps Chronos, et partant, sa dimension aliénante. Le temps Chronos est tendanciellement artificiel, en décalage voire en opposition avec les rythmes naturels - a commencer par nos propres rythmes biologiques ( le rythme Circadien ) : il a donc un aspect potentiellement malsain, au sens propre et physiologique de ce mot."

D.L.

oursagora

Messages : 1573
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 57
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'éternité

Message par oursagora le Lun 22 Jan - 14:31


Dans son sens Biblique, le Kairos est le moment choisi par Dieu pour l' accomplissement de son dessein, le moment particulier de l' action Divine. Dans son éternité, Dieu ne connait pas le " Chronos " ( c' est a dire : " Le temps continu ") mais bien le " Kairos ", qui est le moment de son intervention dans le temps humain.

Cette intervention n' est pas obvie. L' épaisseur du temps humain et les multiples préoccupations de l' homme font qu' il lui est nécessaire de faire preuve de discernement pour reconnaitre dans sa vie ( ou celle du monde ) le Kairos Divin.

Ainsi, dans le Nouveau Testament, le mot " Kairos " revient 86 fois pour indiquer un " Moment ", une " Saison ", surtout celle de la moisson ( le moment est arrivé ), tandis que le mot " Chronos ", qui indique une certaine " Quantité " de temps, tel une " Journée " ou une " Heure ", est utilisé 54 fois.

D.L.

oursagora

Messages : 1573
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 57
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

L éternité.

Message par oursagora le Lun 22 Jan - 22:19

Jésus fait une distinction entre son " Moment " personnel et celui de ses disciples, son " Kairos " n' étant pas encore arrivé, tandis que celui des disciples ( également " Kairos ) est toujours disponible, banalisé dans la répétition et continuité.

Certains théologiens ont étendu le sens Biblique du mot " Kairos " a certains moments ou tournants majeurs dans l' histoire de l' église Universelle ( ou d' églises particuliéres ), considérées comme particuliérement marqués de la Grace Divine.

Dans son interprétation de l' histoire du Salut, le théologien Luthérien Paul Tillich utilise fréquemment ce concept Biblique. La venue du Christ dans l' histoire humaine est le " Kairos " par excellence. D' autres moments, de crises ou d' ouverture particuliére dans l' histoire, ont appelé a des décisions existentielles humaines parce qu' elles y ont percu le moment Divinement choisi. En philosophie certains, particuliérement Heidegger, ont emprunté la conception Biblique du Kairos - en ce cas le Kairos eschatologique ( le moment choisi pour Dieu pour le retour du Christ a la fin des temps ) - pour lui donner une application séculiére.

D.L.

oursagora

Messages : 1573
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 57
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'éternité

Message par oursagora le Mar 23 Jan - 0:05


Kairos, une action objective et transcendante.


" Mais puisque le monde moderne ne reconnait que l' aspect mesurable du temps, reprend Calleman, chaque fois que nous prenons part a des coincidences remarquables, nous avons tendance a les considérer comme mystérieuses." Et encore : a quel point peut on aussi avoir tendance a ignorer ces coincidences, les considérant comme de fugaces et innocentes absurdités ? Alors qu' en fait " De telles coincidences remarquables s' avérent étre les moments déterminants de la vie, qui servent a lui donner sa future direction." Les événements coincidents et synchroniques n' ont l' apparence du hasard que pour mieux défier nos repéres et bousculer nos habitudes - ébranler sur ses bases notre rationalité ordinaire - et jeter, comme une torche dans une cave obscure, une clarté aussi soudaine qu' inattendue sur la situation.

D.L.

oursagora

Messages : 1573
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 57
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

L' éternité.

Message par oursagora le Mar 23 Jan - 7:16

Ce sont la, typiquement, les synchronicités étudiées par Jung et Pauli : des expériences qui transcendent l' aspect linéaire et successif du temps au profit de sa tendance sphérique ou holiste et intégrative. L' expérience de Kairos, en effet, a ceci d' essentiel qu' elle donne du sens : elle implique l' individu dans un état de plénitude et du meme coup explique le sens, objectivement, de l' expérience vécue subjectivement. Kairos exprime ainsi, nous dit Calleman, " Le timing du cosmos, et il est clair que chaque fois que nous en faisons partie, nous avons des raisons d' admettre que nous faisons partie d' un dessein supérieur." Calleman adhére en effet a la théorie du " Dessein intelligent " ( intelligent design ) selon laquelle l' Univers a un but, une intention, et qu' il se manifeste, fonctionne et s' organise, avec une invraisemblable intelligence, en rapport avec ce but.

D.L.

oursagora

Messages : 1573
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 57
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

L éternité.

Message par oursagora le Mar 23 Jan - 22:26

" Meme si Kairos a toujours été percu comme un facteur subjectif, ou meme Magique " reléve justement Calleman, " On peut aussi voir cet aspect du temps comme une expression du rythme évolutionnaire global de l' Univers a tout moment donné. Le " Moment juste " serait alors celui ou telle opportunité s' impose, meme si cela peut étre vécu trés subjectivement ", alors qu' en fait " La raison pour laquelle de telles opportunités évolutionnaires se présentent en premier lieu est qu' un facteur objectif " et donc transcendant " Les pousse a se manifester au " Bon moment " c' est a dire au moment de cette manifestation qui donnera le plus de sens et de valeur, de pertinence et de cohérence a celle ou celui qui en aura été l' objet. Ce " Bon moment ", chez Calleman, a pour critére la qualité évolutionnaire : c' est un saut quantique améliorant les capacités cognitives et le niveau de conscience, l' autonomie et la complexité des organismes.

D.L.

oursagora

Messages : 1573
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 57
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'éternité

Message par oursagora le Sam 27 Jan - 0:19


« On peut prendre comme exemple de ce "timing cosmique" d’opportunités évolutionnaires , poursuit Calleman, un phénomène assez fréquent, à savoir les découvertes indépendantes et simultanées » dans les sciences et les techniques, « comme celle du calcul par Leibniz et Newton ou du téléphone par Bell et Gray. Si nous ne voulons pas considérer de telles synchronicités comme de simples curiosités, nous devons conclure qu’il existe un facteur qui sert à synchroniser les événements dans l’Univers et qui a un réel pouvoir sur nos vies . » Un facteur objectif et transcendant, qui donne du sens en exerçant une influence aussi bien verticale que radicale sur notre existence – et par-dessus le marché, de manière purement intérieure, sans aucun phénomène extérieur à observer, mesurer ni reproduire pour essayer d’y comprendre quelque chose : il n’en faut pas tant pour faire voler en éclats le dogme matérialiste et empiriste dans lequel la science moderne continue à piétiner."

D.L.

oursagora

Messages : 1573
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 57
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

L éternité.

Message par oursagora le Sam 27 Jan - 7:34

" Point d’inflexion " évolutionnaire et " saut quantique " de la conscience : Kairos peut-il avoir valeur initiatique ?

" Le kairos est le temps de l’occasion opportune. Il qualifie un moment ; en mathématiques, on pourrait dire un point d’inflexion, comme en physique, un moment de rupture dans un sens ou dans un autre ". C’est là une idée cruciale, déjà évoquée par Calleman (le temps Kairos est discontinu tandis que Chronos est continu), et qui renvoie évidemment à la granularité de l’espace-temps : le milieu spatio-temporel n’est lisse et continu qu’en apparence, il est en fait granulaire et discontinu. La raison en est simple. Le temps Chronos, qui sert à mesurer des durées, consiste essentiellement (Guénon l’avait rappelé) en événements : et par " événement ", on pourra entendre tout ce qui sert de borne – point de départ et point d’arrivée, début et fin – à une durée quelconque. Le temps, ainsi envisagé, n’est pas autre chose qu’une succession d’événements – de quelque nature, ampleur et intensité que ce soit – entre lesquels existent des durées que nous pouvons mesurer. Or un événement, quel qu’il soit, va autant, voire surtout, s’appréhender en termes qualitatifs (quelle est la qualité, le contenu, l’enseignement, le sens de cet événement) plutôt qu’en termes quantitatifs (de quelle durée cela est-il). La notion d’événement suffit, à elle seule, à faire comprendre l’importance de l’aspect Kairos du temps ; si les événements qui emplissent la vie et l’Univers n’étaient que de simples repères temporels, nous serions dans l’absurdité la plus épaisse (à quoi ça sert ?…). Or leur aspect qualitatif va bien évidemment primer sur leur aspect chronologique : c’est leur sens qui importe, c’est leur contenu symbolique, psychique (mental, moral, émotionnel, mémoriel) et aussi socioculturel, qui leur confère toute leur valeur – qu’il appartient à chacun de réaliser, de comprendre et d’assumer, selon sa volonté, ses moyens et sa disponibilité. (On pourra aussi noter au passage la quasi homophonie – qui n’a évidemment rien de fortuit – entre " événement " et " avènement ", suggérant le caractère proprement " épiphanique " de tout événement considéré du point de vue " kairologique " : une épiphanie en effet, au sens étymologique, est la " manifestation d’une réalité cachée ". Là réside bien le principe de Kairos, qui est de dévoiler un sens ou une direction au travers d’événements dont l’apparence aléatoire ou absurde ne peut jamais être qu’illusoire.

D.L.

oursagora

Messages : 1573
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 57
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

L éternité.

Message par oursagora le Sam 27 Jan - 18:56

Le " quantum de temps " : l’instant absolu ?

Raymond Abellio a pu tirer de substantiels développements de cette discontinuité temporelle fondamentale. Dans La Structure absolue , il introduit la notion de " quantum de temps ", et lui attribue un rôle décisif dans notre façon d’expérimenter et de comprendre le temps. A cette échelle, qui est celle de Planck (les ultimes et plus infimes mesures atteintes par le calcul), l’aspect quantitatif du temps perd sa raison d’être : une durée de 10-34 seconde, ça ne veut effectivement rien dire et ça ne sert à rien. Mais à suivre Abellio – et comme disent les physiciens –, tout se passe comme si ce quantum de temps n’était pas autre chose que "l’  instant éternel ", cet " éternel présent " dont parlent les traditions et les doctrines initiatiques, ou pour le dire autrement, l’infinitésimale étincelle de temps qui, au nom du principe holographique et fractal qui régit l’Univers, contient la totalité des événements possibles et potentiels qui auraient pu, pourraient ou pourront advenir dans l’Univers (de même que ceux qui sont advenus, adviennent et adviendront), dans un état de simultanéité que la science moderne a commencé à approcher (Erwin Schrödinger et à sa suite, John Bell, Alain Aspect, Nicolas Gisin) mais dont elle peine encore à tirer les implications.

D.L.

oursagora

Messages : 1573
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 57
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

L éternité.

Message par oursagora le Sam 27 Jan - 22:32

De la mélodie à l’harmonie, de la quantité à la qualité, de l’entropie à la néguentropie

Abellio, dans La Structure absolue , en a donné l’illustration et de probants aperçus. Il évoque le temps au travers du rythme, dans sa relation dynamique avec la mélodie (équivalent entropique de la potentialité amorphe et désordonnée) et l’harmonie (équivalent néguentropique de l’actualité manifeste et ordonnée). Le rythme est ainsi conçu comme " agent opérateur de la transmutation " d’un temps plat, mécanique et aliénant (consistant à ordonner le substrat mélodique) en un temps plein, organique et épanouissant (abolissant la durée par le caractère intégratif de sa qualité harmonique). Comment opère cette fonction rythmique d’intermédiation dynamique entre la mélodie (entropique) et l’harmonie (néguentropique) ?

Par rapport à la mélodie, explique Abellio, " le rythme procède par fondation (du verbe fonder), il additionne " (en mode chronologique) ; et par rapport à l’harmonie, " il procède par fusion (du verbe fondre), il totalise " (en mode kairologique). Abellio ajoute que " la mélodie n’est rien sans le temps " et que " le temps n’est rien sans l’harmonie. Le temps fonde la mélodie, l’harmonie fond le temps, elle se passe du temps, elle l’arrête, mais c’est parce qu’elle le remplit. Le comble du temps est la fin du temps. " C’est là jolie manière de décrire le passage de Chronos à Kairos – et de fait, il y a bien des rapports entre " ce passage d’un temps vide à un temps rempli " et les modes chronologique et kairologique du temps.


D.L.

oursagora

Messages : 1573
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 57
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

L' éternité.

Message par oursagora le Jeu 8 Fév - 8:11

Kairos est le Dieu de l' occasion opportune, du Right Time, par opposition a Chronos qui est le Dieu du Time. Il est souvent représenté comme un jeune homme ayant une épaisse touffe de cheveux a l' avant d' une téte chauve a l' arriére ; il s' agissait de " Saisir par les cheveux " lorsqu' il passait.....toujours vite. On le définit comme une allégorie de l' occasion favorable souvent représenté sous forme d' un éphébe aux talons et aux épaules ailés. Plusieurs auteurs utilisent le mot Kairos comme substantif pour désigner l' aptitude a saisir l' occasion opportune. Ce terme est utilisé en philosophie, en théologie, en psychologie et en pédagogie.

A.G.

oursagora

Messages : 1573
Date d'inscription : 01/09/2016
Age : 57
Localisation : aquitaine

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'éternité

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum