Sublime : William Basinski, Disintegration Loops 3

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Sublime : William Basinski, Disintegration Loops 3

Message par Archange le Dim 1 Déc - 16:54





William Basinski


Né en 1958, William Basinski reçoit une formation de clarinettiste classique et étudie le saxophone et la composition jazz à l'Université de North Texas à la fin des années 1970. En 1978, inspiré par les minimalistes comme Steve Reich et Brian Eno, il commence à développer son propre vocabulaire musical en utilisant des boucles de bandes magnétiques et des plates-formes de transfert de bobine à bobine. Il développe un style méditatif et mélancolique en expérimentant avec des courtes boucles mélodiques jouées sur elles-mêmes afin de produire un feedback.

Pendant les années 1980, Basinski produit de nombreux travaux expérimentaux à l'aide de boucles magnétiques et de systèmes de delay, de sons trouvés et de parasites d'ondes radio. Il est membre de plusieurs groupes, dont Gretchen Langheld Ensemble et House Afire. En 1989, il ouvre son propre espace de représentation, « Arcadia ». Dans les années 1990, il joue et produit les disques et spectacles de divers artistes de la scène new-yorkaise, comme Antony, Diamanda Galás, Rasputina, The Murmurs et son propre groupe, Life on Mars. En 2000, il réalise un film, Fountain avec les artistes James Elaine et Roger Justice.

Sa première production, Shortwavemusic, bien que créée en 1983, n'est éditée sur disque vinyl qu'en 1998 sur le label Raster-Noton. Plusieurs réalisations de Basinski sortent dans les années suivantes, la plupart sur le label 2062.

En août et septembre 2001, Basinski débute un travail sur un ensemble de quatre œuvres intitulées The Disintegration Loops. Les enregistrements sont basés sur de vieilles bandes magnétiques dont la qualité se dégrade. En tentant de sauver ces enregistrements sur un support numérique, les bandes se désagrègent progressivement1,2.

C’est après le travail de remembrement de ses anciens enregistrements que William Basinski va saisir le sens de l’histoire. Nous sommes le 11 septembre 2001. William Basinski est à New-York. De son appartement situé à Brooklyn, il aperçoit une épaisse fumée qui s’élève dans le ciel. Il saisit alors sa caméra et filme de loin la fumée des tours du World Trade Center en écoutant the disintegration loops. La musique constituera la bande sonore de notre monde qui se dissout dans une incroyable mélancolie : l’entropie de l’anthropie (Xavier Boissel, précis de désintégration, revue littéraire et philosophique Inculte, no 18, p. 150-154). (Wikipédia)






Un article assez intéressant sur la musique de Basinski:


"Melancholia  est un disque froid.

Lent, lancinant, angoissant parfois, cet opus du compositeur américain William Basinski est d’une simplicité radicale qui effraie mais retient tout à la fois. C’est le piano d’abord, en apesanteur, comme prisonnier de l’écho glacial qu’il génère, qui interpelle. Puis c’est son dialogue, de loin en loin, avec un laptop aux sonorités digitales frigides, comme ennamourées du néant, qui finit par convaincre. L’oreille entend vite qu’elle vient d’être saisie par une grande oeuvre aux lignes épurées, aux propos concentrés. Un chef d’œuvre de méditation glacée.

Quand on parle d’association entre piano et sons digitaux, on pense paresseusement aux travaux communs d’Alvo Noto et Sakamoto (Vriion, Insen, Revep). Mais la comparaison doit s’arrêter là. C’est bien plus l’esprit du In a Landscape de John Cage qui est ici convoqué. L’indétermination, la place laissée au hasard et la composition de paysages minimaux faits de gouttes de pluies suspendues font immédiatement référence au maître américain. On pense aussi au Satie des Gymnopédies pour ses petits bouts de mélodies claudicantes et fragiles, ses cathédrales de silence de guingois mais graciles. On pense enfin à Brian Eno, à sa musique discrète, à sa musique-parfum se dégageant d’une toile marine ou d’un papier peint défraîchi. On pense aussi que cette musique est surtout une musique qui pense. Une musique qui respire au rythme des yeux clos, des paupières lourdes et des épaules douloureuses. On pense que Melancholia est un disque pour vivre avec le poids du monde sur les épaules. On pense, à l’écouter et à le réécouter encore, qu’Atlas, lorsqu’il portait le monde, était sûrement mélancolique.

On pense et pourtant la torpeur est réelle. Melancholia produit à la fin cet effet-là. Une torpeur maladive. Presque autiste.

Et si dans un premier temps on a tenté de nommer, on a cherché à trouver des parentés, à déterminer un âge, si on a tenté de cerner l’âme, de donner corps à ce que percevaient nos oreilles, on a eu tort, on le sait désormais. Melancholia est bien plus que ce que le critique ou le mélomane peuvent en dire. Melancholia est une musique sans corps. Une musique sans colonne vertébrale, floue, flottante, à peine constituée de quelques notes, d’échos, de nappes se perdant dans le brouillard de l’écoute, une musique à peine là, une musique, pour dire les choses plus directement, se niant elle-même. Une musique qui se dissoudrait pour devenir la mélancolie elle-même.

En fait, c’est la médecine qu’il faut convoquer ici. Car ce disque de Basinski n’est pas seulement triste. Ce disque de Basinski n’est pas seulement sombre . On ne fait pas ici dans le gothique de fanfreluche. Dans le dark-ambiant de supermarché. Basinski parvient avec cette oeuvre à donner une traduction sonore à la mélancolie dans ce qu’elle a de plus extrême, de plus pathologique. Il touche à ce que les médecins nomment le « délire des négations » ou « délire de Cottard ». Cottard a été le premier médecin à pointer du doigt cette pathologie. Dans ses textes, il décrit des patients niant tout d’eux-mêmes : leur famille, leur corps, leurs organes, leur âme, Dieu et jusqu’à leur existence et celle du monde en général. Déjà morts, les êtres qu’il suit ne peuvent mourir. Encore vivant, ils aspirent à un anéantissement qui ne vient pas. Leur corps, inexistant à leurs yeux, déjà mort, et pourtant encore trop présent, vit alors dans un présent éternel. Le patient et son corps vivent dans une immortalité vécue comme un châtiment. Une damnation sans fin. Un présent qui ne passe pas. Et la musique de Basinski est comme ça. Elle est une musique qui veut se laisser mourir. Elle est une musique (ses Disintegration Loops  aussi d’ailleurs) qui se désagrège, qui se détruit. Qui se réduit aux plus simples des motifs, des rythmes, des arrangements. Une musique maigre. Si maigre. Mais elle reste une musique qui reste là. Qui se répète. Qui se redit. Qui rumine. Qui reste là. Éternellement là. Interminablement là. Condamnée à errer comme une âme en peine, comme un vagabond qui se sait déjà mort et qui se sent ne jamais pouvoir mourir."

http://www.laptitemaison.com/ptitemaison/article.php3?id_article=433



Pour ma part j'évoquerais plus le caractère quasi transcendant de la musique de Basinski, céleste, où la décrépitude et l'abandon de la chair permet d'entrevoir un spirituel qui était toujours là, discret, soutenant le monde; les notes de notre monde bancal qui s'effritent, se désagrègent, laissant percer dans l'espace entre ces notes, une immensité jusque là insoupçonnée... un "hors-du-temps", une porte vers l'éternité... Like a Star @ heaven 
 

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