Lucifer démasqué

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Lucifer démasqué

Message par Archange le Dim 1 Déc - 15:04




L'auteur, Jules Doinel (de son pseudonyme Jean Kostka), de ce livre paru en 1895, fut initié au Grand Orient, entra ensuite dans l'ordre martiniste de Papus. Il est également fondateur de l'Eglise Gnostique. mais il finit par revenir au catholicisme et se mit à dénoncer la nature de certaines sociétés initiatiques...

ceci est un témoignage très intéressant et qui plus est fort bien écrit, à chacun de se faire son opinion, ce témoignage à charge contre la franc-maçonnerie, peut bien sûr être contrebalancé par d'autres qui offrent un panorama plus élogieux de cette société secrète et de son rôle dans l'Histoire, qui suscite parfois les fantasmes les plus délirants, mais qui ne cesse de fasciner. La valeur de ce témoignage tient du fait qu'il provient d'un ancien maçon, il vaut comme témoignage subjectif, un point de vue parmi tant d'autres sur cette société initiatique.

Cela étant dit, il n'est pas dans l'idée de ce forum de participer à la diabolisation de quelque organisation, communauté que ce soit, je poste ici ce livre de par sa qualité littéraire, et le point de vue particulier qu'il offre, mais j'invite tout un chacun à rester lucide, mesuré et de confronter les sources avant de se faire une opinion.

Bonne lecture!



Extraits.

P. 164 "Les voyages sont achevés. Il est temps de montrer au compagnon Celui pour qui il a travaillé, l'Etoile Flamboyante, Lucifer lui-même. Du Centre de l'Etoile se détache la lettre G, la science du bien et du mal, le symbole de la Gnose, la lettre G, monogramme de l'orgueil spirituel qu'on épèle "Satan-Dieu" . Demander à un compagnon conscient, si la lettre G lui est connue c'est bien comme si on lui demandait: qui est Dieu: il répondra: Lucifer! Aussi l'on se prosterne, dans les arrière-loges américaines, devant la lettre G. C'est la réponse infernale de Lucifer à Michel quand Michel crie: quis ut Deus? Lucifer répond: Moi. Quant à la gnose, c'est en compagnonnage, la théologie satanique. Et les initiés décomposent ainsi les six lettres qui composent le mot gnosis. G(nosticis) N(oscitur) O(mnis) S(cienta) I(n) S(atana). Ce qui s'interprète: Le gnostique (le savant complet), sait que tout savoir réside en Satan."


P.16 "C'est au moment du serment, après le discours du chevalier d'éloquence, quand le Très-Sage et les chevaliers debout, dominent les récipendiaires, quand tous les glaives sont levés, que je sentis brusquement, soudainement, la PRESENCE; non plus insinuante, calme et morbide, comme dans la loge bleue, mais hautaine, arrogante et dominatrice. Oh! comme elle m'entoura! comme elle s'imposa! Lucifer était là chez lui, et il me recevait lui-même comme son élu, comme son chevalier. (...) d'étranges lueurs emplissaient les yeux du Très-Sage. On eût dit qu'il comprenait mon état d'âme."


Dernière édition par Archange le Jeu 11 Déc - 21:00, édité 3 fois

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Re: Lucifer démasqué

Message par Archange le Jeu 11 Déc - 20:54







Plus haut, plus haut encor ! Prends ton vol, ô mon âme
Vers ce pur idéal que Dieu t’a révélé !
Par delà tous les cieux, et ces mondes de flamme,
Vers l’absolu divin, je me sens appelé.
Poésie spirite, Jules Doinel.
Les Éons qu’il émane,
Émanent à leur tour.
UN et DEUX, c’est l’arcane
De l’Insondable Amour !
Divines hypostases !
Urnes ! Encensoirs ! Vases
Qui versent les extases !
Nuit qui devient le Jour !
« Cantique du Plérôme », Jules Doinel.
Jules Doinel – Ŧ Valentin II in ecclesia, ou sous ses différents pseudonymes : Jules Benoît ou Jules Stanislas Doinel du Val-Michel, Jean du Val-Michel, Jean Kostka, Kostoka de Borgia, Nova-lis –, est le fondateur de la Gnose Restaurée, l’Église gnostique contemporaine dont se réclament l’Église gnostique et une myriade d’autres ecclésioles. Nous avions brossé de lui un très bref portrait dans notre Histoire de l’Église Gnostique, et il nous paraît important de parcourir aujourd’hui plus avant sa vie et la genèse de la Gnose Rénovée…
Que l’on ne s’attende pas à trouver dans ces lignes de la gentillesse, car comme une photographie trop précise, l’image de Doinel que nous donnons ici se veut réaliste et non point artistique. Nous avons puisé aussi bien dans les sources traditionnelles que dans le Lucifer Démasqué car ce texte, dépouillé de son parfum idéologique, est le très exact témoignage du gnostique-catholique tourmenté qu’était Doinel.
Mais soyons présents en ce siècle. Doinel n’est autre qu’un chaote avant l’heure. Grugé, victime consciente ou illuminé, il a créé un système qui, aujourd’hui encore, luit dans les ténèbres. C’est bien le principal. Et donc ce témoignage – feuilleton d’après-guerre – doit bien être pris comme un hommage. Car véritable converti au catholicisme ou non, Doinel est une preuve qu’un esprit libre le demeure jusqu’à la fin de son rêve.
Le présent travail sera présenté en 3 parties.




 

Des débuts bien catholiques.





Jules Doinel

Jules Stanislas Doinel du Val-Michel est né à Moulins (dans l’Allier, en France) le 8 décembre 1842 dans une famille catholique pratiquante. Son père est Louis-Honoré Doinel, né le 8 février 1817 à Livry (Yvelines), architecte-voyer, et sa mère est Marie Passant (ou Passent). Il a deux sœurs, Marie-Antoinette, née le 19 avril 1851, qui entrera dans les ordres et Alice, employée des postes ; et deux frères, Lucien, né le 8 janvier 1848, et Charles.
En 1853, il entre au Petit Séminaire des Jésuites d’Yzeure. Ainsi que l’écrira Urban Fontil dans l’hommage qu’il lui rend : « De l’enseignement qu’il y reçoit, il conserva toute sa vie une tendance prononcée vers tout ce qui touche au domaine religieux et philosophique, et l’on peut dire, sans crainte d’exagération, que son existence entière fut agitée, tourmentée, torturée par la solution toujours apparente et toujours fuyante du grand problème de notre destinée. »
En 1859 il entre au noviciat de la province de la Compagnie de Jésus, à l’Hermitage, à Lons-le-Saunier. Mais vers 1860, il décide de quitter le noviciat. Il achève alors ses études secondaires au collège Stanislas à Paris, puis est admis, en 1863, à l’École des chartes. Il en sort en 1866, après avoir rédigé une thèse intitulée Essai sur la vie et les principales œuvres de Pierre de la Palu, patriarche de Jérusalem, 1275 ou 1280-1342.
Dans l’ouvrage Petites églises de Paris, l’auteur Pierre Geyraud, nous décrit Doinel comme :
« Assez corpulent, majestueux, l’air grave dans sa barbe en pointe. Il avait eu une existence assez mouvementée. Il était devenu prophète dans la religion monodiste, puis franc-maçon et martiniste. »
Revault d’Allones, un de ses amis, nous peint un portrait succinct de Doinel dans Psychologie d’une religion :
« Crédulité et fantaisie, voilà le fond sentimental de la vie bariolée de Jules Doinel. En quête d’un idéal religieux informulé, il crut successivement le trouver dans chaque théologie et dans chaque secte. Catholique, il fut deux fois sur le point de se faire moine et songea sérieusement à devenir dominicain tandis que sa femme (la première) voulait être dominicaine.
 

Il fut ensuite franc-maçon. Plus tard, il fit des conférences contre la franc-maçonnerie, fut lié avec Léo Taxil et écrivit un livre intitulé Lucifer démasqué. Il s’était converti au protestantisme. À l’époque où il écrit ce livre, il est possible que, dégagé du protestantisme et du monodisme, il soit revenu au catholicisme. C’était un homme gai, naïf, un peu faible de caractère, doué d’une mémoire surprenante. Historien, il était amoureux de Jeanne d’Arc ; poète, il avait de l’élan et de la candeur ; conférencier, il avait une voix faible et douce, et son charme un peu archaïque attirait une vraie foule à ses causeries du boulevard des Capucines. Archiviste du département du Loiret, ses opinions le firent exiler à Carcassonne, où il mourut. »
Durant les années 1860-70, parallèlement à son travail d’archiviste, il publie différents ouvrages sur l’histoire médiévale, notamment, sur Jeanne d’Arc, Blanche de Castille, Hugues Le Bouteiller et les Croisades.
En 1866, il est nommé à Aurillac et se marie à Levallois-Perret, en juillet 1868, avec une actrice de théâtre, Stéphanie-Françoise le Clerc (1835-1873), fervente catholique qui ramène son époux dans la pratique religieuse.
Il lui dédie un court sonnet publié dans la Revue française de mai 1866 :
« Les Dieux vous ont donné, chère petite femme,
Un front calme, un œil fier et des cheveux légers,
Tels qu’en ont au pays divin des orangers
Les vierges d’Ischia, dont le cœur est de flamme.
Enfant, Anacréon, dans un épithalame,
Eût chanté, croyez-moi, sur le ton lydien,
L’ovale ferme et pur, moule de votre sein,
Et ton corps. — Moi, je veux-ne chanter que ton âme ;
Cette âme qui rayonne à travers tes grands yeux,
Ce chaste et doux amour, ce dévouement sans borne,
Par qui l’espoir fleurit mon existence morne.
L’âme ! Je la préfère, elle descend des cieux.
Ne crains pas toutefois que jamais je me prive
Des baisers clandestins dans l’alcôve furtive. »
Il s’installe à Niort où il prend la charge de bibliothécaire-archiviste. Doinel et son épouse sont catholiques fervents et ne manquent jamais la messe. Un jour de 1868, son épouse reçoit « en plein cœur » un flot de sang « de la blessure du Sacré-Cœur dont elle avait eu la vision imaginative » et lui-même a la vision de la Vierge Marie.
La même année, il fait paraître, anonymement, une pièce sous forme de cascatelle, une farce, Les Dieux à Aurillac. La pièce est présentée au public et obtient un certain succès.
En septembre 1873, son épouse meurt « en odeur de sainteté » selon son mari. Doinel a alors le projet d’entrer chez les Dominicains, mais son directeur de conscience l’en dissuadera.
L’année suivante, il se remarie avec Clémence Marie-Louise Chaigneau issue du milieu anti-clérical et de la franc-maçonnerie. Il lui dédie un poème dans La Mandore, « Le sommeil de bébé ». Le 8 octobre 1875, naît leur premier enfant : Stanislas-Marie-Xavier-Eugène. Ils auront encore deux autres enfants : Maximilien Marie François, qui deviendra collecteur du secours mutuel des PTT, et Pierre Émile.
En 1875, il fait la rencontre de Léon Denis, un spirite adepte et continuateur d’Allan Kardec en France, et ami de l’abbé Roca.

L’Élue d’outre-tombe.


On le sait, Doinel était un spirite convaincu, ayant des dispositions particulières dès son plus jeune âge : « j’ai été malheureusement moi-même un médium auditif et voyant. J’avais comme voisine de campagne, une dame, veuve d’un médecin, qui avait lié avec moi et les miens des relations de douce et sérieuse amitié » (Lucifer Démasqué). Il y décrit également une expérience de visitation d’une amie morte.
Dans sa jeunesse, il était souvent l’objet de visions et d’expériences extrasensorielles : « uniformément, je voyais les choses revêtir l’apparence de rêves, c’est-à-dire de forme fantômale… J’oubliais la vie ambiante et je pénétrais dans une sorte de prolongation du moi ; comme si je fusse devenu partie intégrante de la nature… » Il a des visions, il entend des paroles, de la musique… Deux femmes se montrent souvent à lui : Diane et Aphrodite ; la chasteté et la volupté qui marqueront de manière indélébile Doinel.
En 1867, il publie une nouvelle spirite, « Fernande », dans la Revue Spirite, journal d’études psychologiques, où l’on découvre en germe les ferments de son parcours spirituel :
« J’étais devenu, depuis l’apparition de Fernande, un adepte résolu de la science d’outre-tombe. Pourquoi, du reste, en aurais-je douté ? L’homme a-t-il le droit de marquer des limites à la pensée, et de dire à Dieu : Tu n’iras pas plus loin ?
 

 

N’oublions jamais, ô frères, que Dieu est Esprit, et que plus on devient Esprit, plus on se rapproche de Dieu. Il n’est pas permis à l’homme de briser violemment les liens de la matière, de la chair et du sang. Ces liens supposent des devoirs ; mais il lui est permis de s’en détacher peu à peu par l’idéalisme de ses aspirations, par la pureté de ses intentions, par le rayonnement de son âme, reflet sacré dont le devoir est le foyer, jusqu’à ce que, libre colombe, son Esprit dégagé des chaînes mortelles s’envole et plane dans les espaces agrandis. »
Doinel, revue spirite, 1867 (repris du Moniteur du Cantal des 23 et 30 mai, 6, 13 et 20 juin 1866).
C’est d’ailleurs, comme nous le verrons bientôt, par une séance spirite qu’il recevra la consécration épiscopale des cathares et se verra confier la mission de restaurer la Gnose. Mais le spiritisme va d’abord guider les pas de notre clairaudiant vers le prophétisme de l’Église réformée nouvelle…

Le Christ nouveau est arrivé.


En 1882, il rejoint la secte de Guillaume Monod, ministre réformé qui se prétendait nouveau Christ. Arrêtons-nous un instant sur cet étrange personnage, il se peut qu’il nous aide à comprendre un peu mieux la démarche spirituelle de Doinel.
En 1832, ce fils de pasteur doit être interné en maison de santé : il s’était présenté aux Tuileries en prétendant devoir transmettre au roi Louis-Philippe un avertissement divin. Alors qu’il est interné, il entend une voix lui crier : « Tu es Jésus-Christ. »
« Les disciples de M. G. Monod qui, sans parti pris, ont étudié de près cette époque de sa vie sont arrivés à la conviction bien arrêtée que cette folie n’a été qu’une apparence, une dispensation mystérieuse et significative voulue de Dieu, par laquelle Dieu a confondu la sagesse des sages, manifesté la folie du monde incrédule et pécheur, et mis dans tout son jour la parfaite obéissance, la sainteté et la profonde sagesse de son Fils. Toutefois, cette prévention de folie, et l’opposition, l’incrédulité universelle dont elle a été le prétexte ont encore eu pour effet d’accomplir la prédiction des nuées dont le Christ devait être enveloppé à son retour et de le dérober pour un temps aux regards prévenus de son Église. » (Louis Cuvier, Lettres sur le retour de Jésus-Christ d’après les Écritures, Paris, 1880, p. IX)
Après une longue rémission, en 1872, il réaffirme sa qualité de Christ. Dans une lettre de 1875, il déclare à un membre de sa famille : « je t’affirme que depuis l’an 1833, c’est-à-dire depuis quarante-deux ans, je n’ai jamais cessé, même pendant une seconde, d’avoir l’assurance que je suis le Christ. » (Guillaume Monod, Le Christ rejeté par son Église, Paris, 1876, p. 38).
Guillaume Monod signe alors ses textes d’un discret « Votre Sauveur », et, malgré son âge, il entreprend l’organisation de l’Église réformée nouvelle.
Jean-François Mayer écrit : « Les membres de l’Église réformée nouvelle pouvaient donc se sentir attirés par certaines des doctrines monodistes. Certains d’entre eux exerçaient la fonction de prophète et recevaient donc aussi des révélations — lesquelles étaient soumises le cas échéant au tri de Guillaume Monod, qui déclarait celles qui étaient authentiques et celles qui ne l’étaient pas. Parmi ses fidèles, certains présentaient le profil typique des chercheurs spirituels un peu instables, par exemple l’archiviste Jules Doinel (1842-1902), qui veut d’abord devenir prêtre, devient franc-maçon avant de dénoncer plus tard virulemment la franc-maçonnerie, tente d’être reçu dans l’Église vieille-catholique d’Utrecht, fréquente les milieux occultistes, se retrouve patriarche d’une Église gnostique sous le nom de Valentin II… » (J.-F. Mayer, « Un Messie au 19e siècle : Guillaume Monod »).
L’engagement de Doinel dans l’Église est actif, il y tient la charge de prophète sous le nom de Néhémie dont il se pensait la réincarnation. Un jour, il entendit « une voix articulée perçue par son oreille », phénomène que Doinel rapporte promptement au Nouveau Christ : « le Maître reçut une lettre de Néhémie lui disant qu’il avait pour la première fois entendu une voix articulée perçue par son oreille. »
Le rôle joué par Doinel comme prophète monodiste était assez important. Voici un autre passage d’une prophétie :
« Paroles données à M. Doinel.
Lundi 3 décembre 1883, 10 heures 20 minutes du soir.
L’Éternel me parle et me dit : Invoque-moi du fond de ton âme, et moi ton Dieu j’exaucerai… Voici, j’ai dit à mon fils Néhémie qu’il a été Néhémie et qu’il sera Néhémie, restaurateur du Temple et constructeur de la muraille. C’est lui qui sera la consolation de mon Fils bien-aimé. C’est sur lui que la main du Christ revenu s’appuiera. Mon Fils l’aime d’un amour de Christ, car mon Fils seul connaît encore ce que j’ai décidé de faire par Néhémie. Amen.
Dieu dit ces paroles pour toutes ses Églises et Dieu veut que ces paroles soient enregistrées dans la Bible nouvelle et dans la troisième révélation. »
Le monodisme fait appel aux transes prophétiques, l’Esprit descend de manières diverses sur les inspirés, mais le mode privilégié y est l’audition. Le but est pour les membres de l’Église d’atteindre à l’état prophétique :
« L’initiation prophétique de Guillaume Monod lui-même, de Sara, de Doinel, est tout individuelle. Un tempérament émotif et oratoire cultivé par le spiritisme, par le salutisme, par un mysticisme poétique, produisit l’inspiration chez Sara, Julie, Doinel. Quant à Guillaume Monod, c’était un prêtre, chez qui des hallucinations religieuses éclatèrent ; un tempérament psychopathique, trente-deux ans de piété, la spéculation théologique, le modèle des prophètes bibliques et du Christ, l’entraînement professionnel à la prédication inspirée accentuèrent son ministère évangélique jusqu’au messianisme. » (Revault d’Allones, Psychologie d’une religion, Paris, 1908). 
Les monodistes utilisent l’imposition des mains et la consécration dramatique. L’état prophétique induit la transfiguration prophétique, le prophète devient un être divin. Le prophète a le sentiment alors que la sainteté l’habite et consacre à ses yeux, poétise, divinise ses impulsions et conceptions familières. Le prophète est également habité par le sentiment de sa rénovation intellectuelle : il se sent plus intelligent qu’autrefois, et dans cette exaltation de sa pensée, il voit un don divin.
Doinel ne quittera le monodisme qu’en mars 1893, bien après la fondation de la Gnose restaurée.

Doinel maçonne.


Fin 1884, Doinel, alors nommé à Orléans, est reçu par Gavot et Rachet, deux dirigeants de la loge « les Émules de Montyon ». Le 5 novembre 1884, il est reçu apprenti maçon au Grand Orient de France, dans le temple du 22 de la rue des Turcies. Il est élevé à la maîtrise le 21 avril 1885. Une vie nouvelle commence pour notre archiviste. Suite à des difficultés internes (conflit entre les déistes et les rationalistes), le 12 octobre 1885, les « Émules de Montyon » décident leur mise en sommeil et leur reconstitution sous le titre « les Adeptes d’Isis-Montyon », Doinel étant, selon ses propres dires, le promoteur du titre sous l’impulsion de la déesse. Le 14 décembre 1892, Jules Doinel en est élu vénérable maître en chaire, puis réélu en 1893.
Le 29 mars 1893, il est reçu chevalier Rose-Croix au Chapitre de l’« Étoile Polaire » à Paris.
De 1890 à 1893, il fut membre du Conseil de l’Ordre et archiviste de l’obédience, bibliothécaire-conservateur du musée maçonnique. Il s’affilie également à l’ordre Martiniste de Papus en mai 1890 et collabore à L’Initiation, à la Revue théosophique et à L’Etoile.
Il figure encore jusqu’en août 1895, au tableau de la loge des « Adeptes d’Isis Montyon », mais avec la mention « radiation demandée », suite à sa conversion au catholicisme et à sa publication du Lucifer Démasqué. Le 10 août 1895, la loge « les Adeptes d’Isis-Montyon » se réunit pour interroger Doinel, accusé d’avoir divulgué les secrets maçonniques dans son ouvrage. Le 14 août 1895, il est exclu à l’unanimité.
Suite au scandale du Lucifer Démasqué, la loge change de nom et devient « le Réveil des Émules de Montyon ».

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Re: Lucifer démasqué

Message par Archange le Jeu 11 Déc - 20:55

Une visitation du Paraclet.


La lecture du texte cathare de 1022 l’illumina. En lui-même le document n’est pas véritablement mystique, il s’agit purement et simplement d’une cession domaniale, mais la charte est de la main du chancelier épiscopal cathare Étienne, exécuté par ordre du roi Robert : Stephanus scripsit, est-il dit in fine. Qui est cet Étienne ? Tout bonnement l’un des quatorze martyrs qui furent brûlés le 28 décembre 1022, à Orléans, pour avoir professé et pratiqué la doctrine cathare.
« Précieuse, unique dépouille du chef de la Gnose française ! s’écrie Doinel. Les caractères en ont été tracés par l’auguste main de la victime du féroce successeur d’Hughes Capet et des Évêques du Synode d’Orléans, ses complices. » (Doinel, cité par Papus : Traité Méthodique de Science Occulte, Paris, 1891, p. 634.)
Dès lors, fasciné par le martyr des cathares, il se mit à étudier leurs doctrines ainsi que celles de ceux dont ils s’étaient inspirés, notamment les bogomiles, les pauliciens, les manichéens et surtout les gnostiques. Ainsi qu’il l’écrira dans Lucifer Démasqué : « une sorte d’inspiration m’envahit, pénétra tout mon être ; et j’écrivis tout d’un trait, comme dans l’extase, un article sur Simon le Mage, article qu’on peut considérer comme le premier manifeste de la Gnose restaurée. »
Il s’était tellement bien imprégné de cette littérature qu’une nuit de 1888, il eut la vision de l’« éon Jésus » lequel le chargea de fonder une nouvelle église. Persuadé par le principe tout gnostique que « le sacerdoce peut être conféré dans toute sa plénitude par simple influx divin, sans l’action d’aucun signe initiatique, » Doinel se persuada être le dépositaire de la plénitude de l’initiation gnostique, sans avoir à demander le secours d’un quelconque cénacle initiatique ou sacerdotal. Ainsi qu’il le dira ensuite : « c’est l’Éon Jésus lui-même qui m’imposa les mains et me sacra Évêque de Montségur ! »


Lady Caithness

Toutefois, Doinel fera appel au spiritisme afin d’entrer plus directement en contact avec des esprits cathares. Ces séances spirites ont lieu dans les salons de Lady Caithness (Maria de Mariategui, duchesse de Medina Pomar), une riche théosophe, disciple du Dr. Anna Kingsford. C’est sans doute l’abbé Roca, fervent spirite, qui met les deux personnages en contact. Les manifestations spirites le confortent dans sa mission. Nous reproduisons ici la description que fait Doinel dans Lucifer Démasqué :
Il y avait, devant le médium, une tablette en forme de cadran qui contenait les 24 lettres de l’alphabet. Trois coups secs se firent entendre, venant des profondeurs du bois. Lady X… prit la baguette d’ivoire, qu’elle tint suspendue sur les lettres. Aussitôt les coups se précipitèrent, s’accordant avec les lettres qui formaient les mots, et l’idée de l’extra-monde se déploya devant les yeux de notre intelligence, traduite par le crayon fidèle de celle qui écrivait. Voici cette révélation :
« Je m’adresse à toi, car tu es mon ami, mon serviteur et le prélat de mon Église albigeoise. Je suis exilé du Plérôme, et je suis celui que Valentin nomma Sophia-Achamôth. Je suis celui que Simon le Magicien appela Hélène-Ennoia ; car je suis l’Éternel Androgyne. Jésus est le Verbe de Dieu ; je suis la Pensée de Dieu. Un jour, je remonterai vers mon Père, mais j’ai besoin d’aide pour ce faire ; la supplication de mon Frère Jésus est requise pour intercéder pour moi. Seul l’Infini peut sauver l’Infini, et seul Dieu est capable de sauver Dieu. Écoute bien : L’Un a produit d’abord l’Un, ensuite Un. Et les Trois ne sont qu’Un : le Père, le Verbe et la Pensée. Établis mon Église Gnostique. Le Démiurge sera impuissant contre elle. Reçois le Paraclet ».
Les coups s’arrêtèrent. Nous étions tombés à genoux. Un nouveau souffle passa sur notre front. Et moi je sentis distinctement l’impression d’une lèvre sur ma lèvre.
Récit complété par Doinel, dans la Revue du monde invisible, dans son texte « La duchesse » :
« … L’aura nous enveloppa comme un tourbillon et une voix cristalline prononça ces paroles :
QUE LE PLÉRÔME vous BÉNISSE ! QUE LES ÉONS vous BÉNISSENT ! NOUS vous BÉNISSONS, COMME NOUS BÉNISSIONS LES MARTYRS DE MONTSÉGUR. AMEN ! AMEN ! AMEN !
Tout bruit cessa alors. La table demeura muette. Le magique portrait reprit son apparence morte. Les évêques du Paraclet avaient disparu. »
Nous nous tournons maintenant vers l’un des rares témoins « du dehors », Georges Polti qui fut le secrétaire de la Duchesse de Pomar. Il relate, dans un article paru dans le Mercure de France, en réponse à Fabre des Essarts, qu’il reçut un jour une lettre enflammée de Doinel adressée à la Duchesse dans laquelle celui-ci marquait son engouement pour la Gnose. Par jeu ou par malice, Polti avec l’assentiment de la Duchesse, décide donc de jouer un tour pendable au pauvre archiviste mystique…
« C’est alors que je lui suggérai une idée infernale. Ne voulait-il pas être le pape du nouveau culte, l’expression du Paraclet ? Il fallait donc (entre nous) qu’il en reçût la communication, de notre Déité, au moyen du baiser de paix des anciennes cérémonies, si chaudement peintes par Lombard. Toutefois, je le prévenais charitablement qu’il ferait bien d’en expliquer, au préalable la nécessité à la comtesse.
Cette idée électrisa notre homme. Il écrivit aussitôt à ma “divine” Patronne l’épître la plus enflammée, la plus délirante. Il annonçait son arrivée immédiate. II chantait son ivresse à la pensée de recevoir le saint plérôme dans ce baiser ineffable. Et, fidèle à ma recommandation, il haletait en explications persuasives. Déjà son train sortait des Aubrais.
L’air candide et embarrassé, j’allai trouver Mme d’A. Madame, voici une lettre de M. Doinel, à laquelle je ne sais trop comment répondre. Je vous supplie de la lire.
Elle l’eut à peine parcourue qu’elle jeta un cri d’horreur.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? Je ne veux pas voir cet homme ! Dites-lui qu’il s’en aille, c’est affreux. M. Polti, M. Polti, débarrassez-moi de ce fou.
J’étais aux anges ! Des lettres ajournèrent, ajournèrent indéfiniment l’entrevue, mais dans lesquelles toutefois j’entretenais malicieusement, sous prétexte de pitié, d’égards, j’attisais les désirs du pauvre archiviste. Quelques mois plus tard, j’abandonnai l’occultisme pour des fonctions moins facétieuses ; je n’ai donc pas été témoin direct du dénouement.
Mais ce que je puis affirmer hautement, c’est qu’à coup sûr la belle et pure comtesse n’a jamais, au grand jamais, accordé à notre “assis” la faveur si désirée. La communication, que lui-même jugeait indispensable du Paraclet ne s’est donc pas faite. Et voilà comment, faute de ce baiser, l’Église gnostique pèche par la base, et la tiare de M. Fabre des Essarts, disciple de Doinel, n’est pas d’aplomb sur sa tête.
À moins de nous jeter, selon l’échappatoire ordinaire des sociétés secrètes et chapelles plus ou moins clandestines, dans la si commode “nuit des temps” ; cas où je suis tout prêt à admettre que la tiare de notre Patriarche lui vient, en droite ligne et pour légitime usage, de feu Saïtaphernès ».
On ne peut douter de la crédibilité de ce témoignage, d’autant que Polti avoue n’avoir assisté au dénouement et qu’il n’a joué que les intermédiaires. On ne peut que très difficilement remettre en doute la séance spirite qui eut lieu chez lady Caithness ; Doinel relate à différentes périodes cet épisode, et aucun des participants jamais ne niera les faits. En outre, dans l’un de ses derniers textes, publié dans la Revue du monde invisible, il écrit :
« On se demandera pourquoi j’acceptais aussi facilement l’intervention spirite, puisque j’avais mon inspiration personnelle et les manifestations intimes, variées et fréquentes d’Hélène. Je réponds que la Duchesse le voulait ainsi. Et puis, dans une parole intérieure, Hélène m’avait dit : “Le Plérôme se manifeste par des voies diverses. Le but est grand, mon bien-aimé, que t’importe le monde extérieur, qui t’apportera mes volontés !”
Cette parole d’Hélène m’avait décidé à accepter d’assister aux graves manifestations qui se préparaient pour moi chez lady Caithness et dont je vais parler maintenant avec plus de détails que je ne l’ai fait dans Lucifer Démasqué. » (« La Duchesse », Revue du monde invisible, 1908)
Et plus loin :
« Elle consentit au sacre. Il eut lieu dans son oratoire. Dès lois, je signai : Jules, évêque gnostique de Montségur. Au lieu de la croix, je mis le tau devant mon nom, et je pris pour armes un champ d’azur au tau d’argent, accosté d’une colombe de même, figurant le Paraclet, et d’un casque d’or, symbolisant l’Albigéisme des Cathares du douzième siècle. Ma devise était : Levavi oculos meos ad montes. Ce sceau épiscopal est maintenant entre les mains vénérées d’un cardinal de la sainte Église qui m’a réconcilié et tiré de l’abîme. Je pris les gants violets, je portai le tau sur la poitrine, et les dames gnostiques brodèrent elles-mêmes mon pallium. Ce pallium était en soie violette, brodé d’argent, avec une colombe aux ailes épandues. »
Lors d’une autre séance, en septembre 1889, le « Très Haut Synode des Évêques du Paraclet », constitué par 40 Évêques cathares, se manifeste et donne le nom de ses membres, qui furent contrôlés et prouvés corrects dans les registres de la Bibliothèque Nationale (dans le recueil de Doat à la Bibliothèque nationale). Le chef du Synode est Guilhabert de Castres, qui s’adresse à Doinel et lui instruit de reconstituer et d’enseigner la doctrine gnostique en fondant une Assemblée du Paraclet qui sera appelée Église Gnostique. Hélène-Ennoia devait l’assister et ils devaient être spirituellement mariés. L’assemblée est composée de Parfaits et de Parfaites et prend comme livre saint le Quatrième Évangile, celui de Saint Jean. L’Église est administrée par des Évêques masculins et des Sophia féminines qui sont élus et consacrés suivant le Rite gnostique. Au sein de « la Colombe du Paraclet », Doinel officie, habillé en patriarche, portant l’anneau d’améthyste, une bavette violette et un tau symbolique.
« C’est là que celui qui écrit ces lignes fut consacré évêque de Bordeaux par S. G. Valentin, avec les évêques de Toulouse et de Concorezzo comme assesseurs. Le cérémonial et les costumes sacrés étaient alors réduits à leur strict minimum. Le consécrateur avait pour unique ornement une large écharpe de soie violette, bordée de galons d’or, avec une colombe d’argent entourée de rayons, brodée sur la partie qui recouvrait les épaules. Les trois évêques imposèrent les mains au récipiendaire, puis pratiquèrent les symboliques apolytroses et lui firent prêter serment de fidélité à l’Église gnostique, serment qu’il a rigoureusement observé jusqu’à présent, et qu’il espère observer toujours, avec l’aide des T. S. (Très Saints) Éons. » (Fabre des Essarts, l’Église gnostique)

Blason épiscopal gnostique de Doinel dressé par Tau Héliogabale

La « tradition » — ou la légende dorée – veut que Doinel ait été également consacré évêque par deux prêtres orthodoxes dans le salon de la duchesse de Pomar (confer Déodat Roché). Sans entrer dans les détails théologiques, même si cela fut, cette consécration n’est absolument pas apostolique, licite ni valide. Une autre version, colportée par Augustin Chaboseau, voudrait que Doinel ait été en contact avec les Vieux-Catholiques d’Utrecht dont il aurait obtenu la consécration apostolique. Cette version, rapportée par Marie-France James dans Ésotérisme et christianisme autour de René Guénon, a été démentie par Robert Amadou dans Problèmes de Gnose de Jean Borella.
En 1890, Jules Doinel, conforté par ses initiations astrales, fonde l’Église Gnostique Universelle, et décrète l’an 1890, « l’an 1 de la Restauration de la Gnose ». Valentin organise le culte, rétablit les trois sacrements : le Consolamentum, la Fraction du Pain et l’Appareillamentum. Il organise la hiérarchie gnostique par la nomination de onze évêques titulaires, dont une sophia, d’un évêque-femme et d’un grand nombre de diacres et de diaconesses.
MANDEMENT DE SA GRÂCE GNOSTIQUE, L’ÉVÊQUE DE MONTSÉGUR
JULES, par la miséricorde des Éons, et la grâce du divin Plérôme, évêque de Montségur, primat de l’Albigeois, grand-maitre de la colombe du Paraclet aux parfaits et aux parfaites de l’Assemblée gnostique, salut et consolation en Notre-Dame Pneuma-Agion.
Le Dieu bon, nos très chers frères et nos très chères sœurs, a daigné, en ces derniers temps, manifester sa puissance par la restauration de la très sainte Gnose. Et nous avons pu relier à notre époque orageuse et troublée la chaîne d’or de la pure doctrine de Jean telle que l’a expliquée le profond et harmonieux Valentin. Les saints Éons ont renouvelé la face de ce monde hylique et fait entendre dans les ténèbres la parole de lumière et de vie. Et c’est nous qu’ils ont choisis malgré notre indignité, pour être l’instrument de cette résurrection glorieuse.
Vous le savez, nos Bien-Aimés ! Depuis la chute sanglante de l’église albigeoise, depuis le martyre des évêques nos prédécesseurs sur la colline abrupte de Montségur, la clarté mystique du Paraclet semblait éteinte. Nulle voix ne s’élevait dans le désert, et la colombe gémissante, réfugiée dans les trous de la pierre, était muette. Mais voici que la solitude a refleuri et que le lis a germé. Voici que la source intarissable du Plérôme a coulé de nouveau dans le jardin déserté par l’époux et que la rose gnostique s’est épanouie sous les rayons de Christos et de Sophia-Céleste.
Que de larmes n’aviez-vous point versées, nos très chères sœurs, vous les élues des Puissances sur la ruine des églises cathares ! Que de supplications n’aviez-vous point adressées, au Dieu-Bon, à l’Abîme, vous, nos très chers frères ! Et ces larmes et ces supplications n’ont pas été perdues. Des visions des voix surnaturelles, des manifestations diverses sont venues en foule. Le ciel intelligible s’est ouvert. Le démiurge a été repoussé ! Hélène — Ennoïa, le Saint-Esprit s’est pleinement communiqué à nous, et le Thabor a rayonné sous les gloires triomphantes de Sophia.
Mais nous serions les plus ingrats des Élus, si nous ne consacrions par une fête solennelle la réapparition de la doctrine de Valentin. Il ne suffit pas de reconstituer les églises, de rétablir les sacrements gnostiques, de restaurer la sainte hiérarchie. Il faut encore et surtout prier avec instance le divin Plérome de convertir le monde psychique, aveuglé par son orgueil, sa fausse science et sa vanité. Il faut aussi, par une néoménie suppliante, obtenir de lui que la vérité se répande et que les manifestations des Puissances se multiplient.
Il faut enfin, songer à l’élection de celle qui doit représenter sur la terre, la céleste Sophia exilée du Plérome et gouverner cette assemblée fidèle.
À ces causes, et le nom du divin Plérome invoqué, nous avons voulu et voulons, réglé et réglons, ordonné et ordonnons, décrété et décrétons ce qui suit :
ARTICLE I. — Dans les huit jours qui suivront la réception de ce mandement, le cantique au Plérome sera chanté dans les assemblées.
ARTICLE II. — Les diacres et les diaconesses déjà élus administreront le consolamentum aux Parfaits et aux Parfaites.
ARTICLE III. — Les élus et les élues sont invités à nous soumettre leurs idées sur le choix de Sophia-Achamoth.
ARTICLE IV. — La formule de la foi sera signée par tous les membres de l’Assemblée et sera ainsi conçue : je crois au salut par la Gnose et à la doctrine de l’Émanation.
Car tel est le bon plaisir d’Hélène.
Donné à Montségur, le 17e jour du 5e mois de l’an premier de la restauration de la Gnose.
Ŧ JULES, évêque de Montségur.
Le diacre référendaire.
RENÉ DE X…
La diaconesse référendaire,
Princesse MARIE X…
Guilhabert de Castres s’adresse ensuite, in persona, à Doinel :
« Nous sommes venus à vous du plus lointain des cieux empyrées. Nous vous bénissons.
Que le principe du bien, Dieu, soit éternellement loué et adoré, béni et glorifié. Amen. Nous sommes venus à vous, à Bien-Aimés ! Toi, sous le nom de Valentin, tu fonderas l’assemblée gnostique, l’église du Paraclet. Tu choisiras entre toutes les femmes la Sophia terrestre qui sera le chef féminin de l’Église et qui représentera dans le monde la Sophia céleste.
Tu as reçu Hélène pour esprit assistant. Tu te fianceras à elle. Tu seras son époux et elle sera ton épouse. La doctrine valentinienne est la fleur de la doctrine absolue. L’Évangile de Jean est l’évangile de l’amour. L’Esprit-Saint vous enverra ceux et celles qu’il doit vous envoyer. Nous vous apportons la joie et la paix, la joie de l’esprit et la paix du cœur. Maintenant à genoux, ô vous qui êtes les prémices de la Gnose.
Nous allons vous bénir. »

Sceau d’évêque gnostique de Doinel

En juin 1893, il reçoit une nouvelle communication d’Hélène-Ennoïa : « mes joies et mes souffrances sont réelles. Je souffre et je jouis en vous, les pneumatiques. Tombés comme moi et avec moi, vous serez avec moi et comme moi, réintégrés dans l’unité. Mon histoire est la vôtre, et la tragédie dont je suis l’éternelle héroïne, se joue avec votre sang et avec vos larmes. » Cette communication se terminait par cet aphorisme mystique, qui est le second prononcé par Hélène : « Valentinus vivit adhuc, infula donatus episcopali. Qui potest capere capiat ».
Lors d’un synode, tenu le 12 septembre 1893, il fut élu Patriarche sous le nom mystique de Ŧ Valentin II, en hommage à Valentin, le plus grand des gnostiques et suite à l’aphorisme reçu d’Hélène…
La même année est institué, par bref patriarcal, l’Ordre des chevaliers faydits de la Colombe du Paraclet, afin de dresser un pont entre la Gnose et le catharisme chevaleresque du 12e siècle. L’ordre comprenait trois grades, en dehors de la Grande-Maîtrise, qui appartenait au Patriarche : les commandeurs, les chevaliers et les bacheliers. Le cordon était bleu et la décoration consistait en une colombe blanche au vol abaissé. Le Pallium patriarcal orné de cette colombe brodée en soie, était l’insigne du Grand-Maître. Douze Commanderies sont instituées : Albigeois, Aquitaine, Bourgogne, Île de France, Slavie, Albion, Languedoc, Italie, Espagne, Flandre, Normandie et Armorique. La Grande-Maîtresse prenait le nom d’Esclarmonde, en mémoire de la comtesse de Foix. La formule d’arme était celle-ci : « Par Saint-Jean et par les Martyrs, je te fais chevalier. Sois fidèle, loyal et pur ! ». Le mot d’Ordre était : « Montségur ! » Le mot de passe des chevaliers était : « ad spiritum, per Helenam ! »
En septembre 1893, l’abbé Roca, ex-chanoine de la cathédrale de Perpignan, meurt. Interdit par l’évêque, le clergé catholique lui refuse ses bénédictions. Les portes de l’église de Neffiach se ferment devant le passage de son convoi funéraire. Le Synode accorda alors le Consolamentum à l’abbé Roca : « Valentin réunit en esprit, à huit heures et demie du soir, la grande Assemblée composée des évêques de Montségur, de Toulouse, de Béziers, d’Avignon, du coadjuteur de Sa Grâce le patriarche-évêque de Milan, du coadjuteur de Toulouse, évêque de Concorezzo et de sa Seigneurie, la Sophia. Tous, au même instant, imposèrent les mains et proférèrent l’invocation par laquelle dut être bénie et délivrée l’enveloppe astrale du défunt » (Jordan, « Les gnostiques modernes », La Nouvelle Revue, mai 1900).
 

Cependant, fin 1894, Doinel démissionne de sa fonction, et c’est Léonce Fabre des Essarts qui devient Patriarche sous le nom de Ŧ Synésius le 3 janvier 1896.

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Re: Lucifer démasqué

Message par Archange le Jeu 11 Déc - 20:58

Une conversion à rebours.

En décembre 1894, la nouvelle étonnante atteint le milieu gnostique : « Doinel a abjuré la foi gnostique entre les mains de l’évêque catholique d’Orléans. Il lui a remis ses insignes patriarcaux, s’est confessé et a communié solennellement dans la cathédrale. »
Le journal le Peuple français en fait écho dans son numéro du 4 janvier 1895, sous le titre « Une nouvelle conversion dans la franc-maçonnerie » :
Nous apprenons, de source certaine, qu’un membre important du Grand Orient de France vient de suivre l’exemple de M. Margiotta. Des raisons, que nos lecteurs comprendront, nous interdisent de publier pour le moment le nom du nouveau converti ; mais nous sommes en mesure d’affirmer d’une façon absolue l’heureux événement qui réjouira le cœur de tous les catholiques français. 
C’est lundi 31 décembre que ce dignitaire de la secte, éclairé par un miracle de la grâce, a démissionné auprès du Grand Orient, et sa retraite cause un vif émoi chez ses anciens collègues, qui voudraient bien le faire revenir sur sa détermination. Ils en seront pour leurs démarches ; car il ne s’agit pas d’une démission ordinaire, mais d’une conversion complète, et que nous avons tout lieu de croire sincère.
Le nouveau converti, Vénérable d’une des loges les plus actives, était, il n’y a pas longtemps, membre, du Conseil de l’Ordre, et son zèle et son érudition étaient haut cotés dans la secte ; les bulletins secrets et les revues maçonniques se disputaient l’honneur de reproduire ses discours prononcés au sein des loges ; la Chaîne d’Union, notamment, est remplie de ses conférences sur le symbolisme. Il était au nombre des députés au dernier couvent du Grand Orient de France (septembre 1894). Enfin, il était, avec le titre de Patriarche, le chef d’un des rites secrets greffés sur la maçonnerie des imparfaits initiés ; les maçons occultistes sont donc les plus directement atteints par cette conversion tout à fait imprévue.
Celle illumination soudaine d’une âme si longtemps plongée dans les plus épaisses ténèbres serait due à Notre-Dame de Lourdes, si nous en croyons une information particulière qui nous a été communiquée.
Nous recommandons aux prières de nos lecteurs le nouveau converti ; que Dieu, dans sa bonté infinie, lui accorde maintenant la grâce de la persévérance !
T. M.
Le n° 186 du Voile d’Isis du 16 janvier 1895 s’en fait l’écho, en publiant une annonce du Synode de l’Église gnostique :
Le patriarche gnostique, primat de l’Albigeois, vient de démissionner des hautes fonctions que le T. H. Synode lui avait confiées. Nous ne pouvons, étant donné le respect que nous professons pour la liberté de conscience, qu’approuver la grave décision que notre frère a dû prendre.
Les délégués du T. H. Synode, considérant les importants services que notre frère a rendus à la cause spiritualiste, proposeront, à la prochaine convention du Synode, de lui voter des remerciements spéciaux.
En attendant cette assemblée, qui aura lieu à l’équinoxe d’automne de 1895, nos frères les évêques sont confirmés dans tous leurs pouvoirs.
Ŧ VINCENT (Papus), évêque de Toulouse
Vice-Président du T. H. Synode.
L’Almanach du Magiste de l’année 1896 s’en fait également l’écho, de manière un peu plus acerbe :
« La Gnose, Le TEMPLE. — L’Église gnostique a été cette année, ainsi que le christianisme ésotérique fortement éprouvée par la défection de son patriarche, J. Doinel, se convertissant inopinément. On a beaucoup parlé des changements d’opinion de MM. Doinel, Jeunet et François, et on s’est perdu en conjectures sur les motifs réels de leur volte-face : elle s’explique très simplement, si l’on considère que tout effort mal dirigé retourne fatalement contre celui qui l’émit : M. Jeunet ne fut jamais enthousiaste que de la sonorité des vocables hébraïques ; M. Doinel nous a appris spontanément qu’il est un médium voyant et auditif ; enfin des savants reprochent à M. François un contrôle insuffisant dans ses expériences. »
En effet, Doinel fait sa contrition et abjure sa foi gnostique devant l’évêque d’Orléans, Mgr. Touchet. Doinel offre son pallium en ex-voto à Ars, pour être placé sur l’autel de sainte Philomèle. M. le chanoine Gonvers, curé d’Ars, a certifié par une lettre du 29 avril 1910, avoir reçu en effet un pallium qui lui fut envoyé par l’archevêché de Lyon. Il le fit défaire et s’en servit pour couvrir l’autel de la Sainte Vierge dans la vieille église d’Ars, où il est encore.
Ses amis et frères en épiscopat gnostique ne peuvent y croire. Comment ? Doinel, le patriarche lui-même ! Abjurer la foi gnostique et rentrer dans le giron romain ?!

Frontispice du Lucifer démasqué
Sous le pseudonyme de Jean Kostka, il se met à écrire dans la Vérité française une série d’articles virulents antimaçonniques et quelque temps après sort le Lucifer Démasqué, où se trouvent les détails sur l’Église gnostique et un aperçu du rituel liturgique.
M. Georges Bois, l’Univers du 18 avril 1908 :
« Doinel, homme d’une intelligence étendue, et d’une culture littéraire distinguée, mais aussi d’un tempérament ardent, avait commis l’erreur, après une éducation chrétienne, de faire quelques pas imprudents dans une voie mauvaise : le spiritisme, l’occultisme, les initiations maçonniques et gnostiques. Là, il avait trouvé des complices, des amis et des chefs qui étaient charmés du parti qu’on pouvait tirer de lui. Emporté de son côté par la fougue qui lui était naturelle, il avait marché à pas de géant dans les sentiers défendus, y avait usé sa jeunesse et son âge mûr. Il sortit de ce mauvais pas au déclin de la maturité. Il fut dans son repentir aussi résolu qu’il l’avait été dans l’erreur.
C’est lui qui signait du pseudonyme de Jean Kotska, dans la Vérité, une série d’articles très remarqués, il y a près d’une dizaine d’années. Il s’appelait de son vrai nom Jules Doinel du Val Michel. Il était archiviste départemental, fondateur d’une loge d’Orléans, haut dignitaire de la franc-maçonnerie et de la gnose… Je n’ose me flatter d’avoir été l’instrument de la conversion de Doinel, mais il me sut gré d’avoir tendu vers lui une main cordiale. Sa sincérité n’était pas douteuse… »
Ayant été exclu, comme nous l’avons vu plus haut, de la maçonnerie, il tombe en disgrâce dans son ministère qui l’envoie à Carcassonne dans le courant de l’année 1896. Il est éloigné de sa famille, ses émoluments sont réduits, il ne peut plus donner de conférence. Il doit vivre chichement dans une pension, dans une quasi-misère. Les radicaux catholiques font alors de Doinel-Kotska l’icône du combat antimaçonnique, le martyr désigné de leur lutte. L’événement est relaté par le journal La Croix du 19 février 1896 :
« On se rappelle la conversion de M. Doinel, le savant archiviste d’Orléans, qui a abandonné les rêveries des gnostiques et la franc-maçonnerie pour rentrer dans le sein de l’Église.
 Pour se venger, les sectaires lui avaient d’abord interdit de continuer ses conférences publiques à Orléans, et voici qu’à la suite d’articles haineux du Républicain Orléanais, M. Doinel est renvoyé en disgrâce, archiviste à Carcassonne. C’est, ainsi que les francs-maçons appliquent l’article de leur règlement :
“Nul ne sera inquiété, même pour ses opinions religieuses.”
Lâches hypocrites ! »
Pour à la Croix, sous la plume de « l’âne de Balaam », la conversion est une certitude et le signe évident de l’intercession des prières de sa sœur :
« La sœur du célèbre Jules Doinel, Marie-Antoinette, communiait et priait tous les jours, tous les jours s’offrait en victime avec larmes, pour la conversion de son frère. Dieu a accueilli ses prières et son sacrifice, elle est morte chez moi et Jules Doinel s’est converti. » (La Croix, supplément des 18 et 19 août 1895).
Et cependant, le 31 décembre 1899, puis le 9 janvier 1900, Doinel – signant Simon, primat de Samarie et épiscope de Gitthoi – écrit à Synésius afin, tout d’abord, de nier son abjuration et, ensuite, de proclamer la résurrection (sic !) de la gnose samaritaine. Afin de ne pas créer de schisme dans l’Église gnostique valentinienne, il obtient sa réincardination dans l’Église gnostique comme simple évêque et il reçoit les évêchés d’Alet et Mirepoix.
En 1901, il rédige un hymnaire pour l’Église gnostique, l’« Hymnarium gnosticum oratorii Electensis et Mirapiscencis dioceseos, editum jusu illustrissimi et honoratissimi D. D., episcopi ».
Quelle est la raison de ce nouveau revirement ? Si Doinel ne nous a laissé aucune déclaration quant à son choix, nous pouvons retracer certains indices remontant au Lucifer Démasqué. En 1895, Léo Taxil, de son vrai nom Jogand-Pagès, lance une nouvelle revue antimaçonnique, à la suite de l’affaire Diana Vaughan et le Diable au 20e siècle, l’Anti-Maçon, et il recrute Doinel qui écrit quelques articles sous le pseudonyme de Kostka de Borgia. Ensemble, le 19 novembre 1895, ils fondent le Labarum antimaçonnique, sorte de société secrète dédiée au Sacré-Cœur, dont Doinel, sous le pseudonyme de Kostka de Borgia, devient le Grand-maître honoraire.
Il fréquente à cette époque l’Institut d’Études Cabalistiques de Louis Le Chartier à Toulouse, également fréquenté par Léo Taxil et Henri de Guillebert des Essars. Il commet deux interventions dans La Légitimité, une revue royaliste, catholique et antimaçonnique.
L’année suivante, Taxil met fin à 12 années de farce, et devant une assemblée stupéfaite, avoue avoir inventé toute l’histoire du Palladisme et du complot luciférien maçonnique… Il se peut que Doinel ait eu la tentation de l’imiter, et de se jouer de Rome et des anti-maçons virulents… S’agirait-il alors d’une œuvre d’infiltration gnostique visant à discréditer le combat antimaçonnique de l’Église catholique ?
La question essentielle serait plutôt : a-t-il réellement abjuré la Gnose à ce moment-là en 1896 ?
 

La fin, mais pas de la polémique.

Dans sa chambre d’hôtel à Carcassonne, Doinel meurt, d’une crise d’emphysème cardiaque pulmonaire, dans la nuit du 16 au 17 mars 1902 ; sa logeuse le trouve à genoux sur son lit, son chapelet passé autour du cou.
Il est inhumé le 20 mars en la paroisse Saint-Michel à Carcassonne.
À nouveau la controverse éclate : Doinel vrai ou faux converti ? Certains voient dans le chapelet un signe de son esprit gnostique ; d’autres, une preuve irréfragable de sa conversion catholique…
Dans ses derniers mois, il avait pris l’habitude d’écrire à l’Abbé Emmanuel Barbier, à qui il se confiait en ces termes :
« Cher monsieur et ami, merci de votre lettre. Elle m’apporte un vrai parfum d’amitié chrétienne… Je suis comme tout le monde entre les mains de Dieu. Une bonne confession générale m’y a mis plus que jamais. Je me suis rappelé votre parole : il est bon d’être toujours prêt. Vous rappelez-vous ? C’est ainsi qu’il est bon d’être aimé par des amis chrétiens. » (22 janvier 1902)
« L’exemple que vous me citez m’a fait mieux encore apprécier les bontés de Dieu pour nous. Vous d’ailleurs, vous n’avez pas à expier de longues années de péché, d’occultisme et de révolte. Quant au bonheur que vous me souhaitez, il ne repose que sur celui qui nous a aimés et qui a versé son sang pour nous. Le reste est sacrifié depuis longtemps. » (26 février 1902)
« Je vais assister le 7 à la fête de saint Thomas d’Aquin chez les Dominicains. Je descends… Si vous avez quelque chose à me dire, écrivez-moi là. » (3 mars 1902)
Dans l’Écho du Merveilleux, revue certes antimaçonnique, la foi catholique de Doinel ne semble faire aucun doute :
« Très désireux de savoir dans quelles conditions notre pauvre ami avait quitté ce monde, nous allâmes voir le supérieur des Carmes de Carcassonne, avec lequel nous savions que l’archiviste avait eu plusieurs entretiens. Ce respectable moine nous apprit que M. Doinel était venu le visiter plusieurs fois, qu’il avait quelquefois assisté à la messe célébrée par lui-même dans la chapelle du couvent, mais que, ayant été obligé de s’absenter pour son ministère, il avait conseillé à notre ami de s’adresser en son absence à son confrère de Toulouse, et qu’il ignorait les relations de ce dernier avec Doinel.
Consulté par nous, le Carme de Toulouse nous dit avoir confessé et communié Doinel quelques jours avant sa mort, après de nombreux entretiens préparatoires, et il nous montra des rédactions de pièces qui étaient de véritables rétractations. »
Confession et communion auprès d’un prélat catholique peu avant sa mort, voilà bien de drôles de signes d’une fausse conversion, ne trouvez-vous pas ? Et les accents de Resurgant, poème écrit quelques temps avant son décès, ne signent-ils pas définitivement le choix d’un homme tourmenté par l’angoisse d’une mort prochaine ?
« Et que le chef du nom Jan ou Michel
Dise : C’est un chrétien, puisque c’est un Doinel ! »
Mais l’affaire de la conversion de Doinel ne s’arrête pas là…

La postérité…

L’abjuration de Doinel a eu pour conséquence une division au sein de l’Église gnostique. Tandis que Ŧ Synésius continua à nier la conversion de Doinel au catholicisme, Joanny Bricaud, S. B. le Patriarche Ŧ Jean II, en soutint, quant à lui, la sincérité en le déclarant incapable de supercherie.
Ainsi, Ŧ Jean II écrit, en réponse à Synésius, en mars 1909 :
« Il n’est pas bon de laisser se créer des Légendes. Nous comprenons fort bien à quel mobile a obéi M. Fabre des Essarts, en essayant de nier la conversion de Ŧ Valentin II. Mais la vérité importe avant tout. Disons-le hautement, nous ne croyons pas à la protestation énergique de notre regretté frère Doinel. Mystique, dans toute la force du terme et par-dessus tout sincère et franc, il était incapable de jouer un “double jeu”. Sa conversion fut réelle ».
Trou de mémoire sans doute, car le même écrivait le 17 avril 1902 :
« … Extérieurement – comme il l’écrivit à Sophronius –, il abjura, mais il resta toujours gnostique.
… Sa parente le crut converti, et en fit courir le bruit. Mais en réalité il fut toujours gnostique. »
Mais Ŧ Synésius devait également avoir la mémoire courte, lui qui, dans l’Aurore du 1er avril 1900, comme pour se contredire, écrivait :
« De notre tente de Montségur, le 29 mars 1900.
Très cher frère,
Je vous suis profondément reconnaissant da l’aimable écho que vous consacrez â l’Église gnostique et à son catéchisme. Permettez-moi, toutefois, de relever deux petites inexactitudes,
L’auteur du Catéchisme, c’est bien Sophronius, évêque de Béziers, mais ce nom mystique abrite une tout autre personnalité que la mienne.
Quant à Synésius, ce n’est nullement l’Archiviste Doinel, qui fut si spirituellement portraituré par Jules Bois en ses Petites Religions, mais qui depuis… hélas ! a fait solennellement abjuration entre les mains de l’évêque romain d’Orléans, et dont nous déplorons encore la douloureuse apostasie ! Synésius, c’est le modeste signataire des présentes, qui prie le T.-S. Plérome de répandre ses grâces et ses bénédictions sur l’Aurore et sa vaillante phalange, et vous envoie son salut fraternel et reconnaissant.
Fabre des ESSARTS,
Ŧ SYNESIUS,
Patriarche de l’Église Gnostique. »
Mais, au-delà, un schisme apparaît bien vite entre les deux hommes ; schisme qui verra naître l’Église Gnostique Universelle de Ŧ Bricaud, dissociée de celle de Ŧ Synésius.
À la fin de l’année 1907, le Réveil gnostique est fondé par Ŧ Bricaud, tandis que Ŧ Synésius fonde La Gnose, revue mensuelle, à la fin de 1909.
M. Bricaud (Ŧ Jean II) explique ainsi la différence entre son Église, l’Église Gnostique Universelle (ou catholique gnostique), et celle de Ŧ Synésius ; l’Église néo-valentinienne :
« Nous devons dire aussi que nous ne sommes en aucune façon le successeur de S. G. Ŧ Doinel qui sous le nom mystique de Ŧ Valentin II tenta de rénover une Église gnostique Néo-Valentinienne. Nous n’avons jamais connu le patriarche Valentin II. Sa tentative de rénovation Valentinienne ne donna pas de résultat pratique et fut en grande partie désorganisée par suite de sa conversion à l’Église romaine. Nous n’avons connu S. G. Ŧ J. Doinel que comme évêque de Carcassonne ; après son retour au Gnosticisme chrétien moderne et non Valentinien. Il s’était rallié d’une façon complète à la Gnose moderne préconisée par S. G. Tau Sophronius. Voilà pour ce qui concerne S. B. Valentin II.
Quant à l’Église gnostique universelle (catholique gnostique), qui date de trois ans à peine, elle n’a par conséquent jamais eu aucun rapport avec l’ancienne Église Néo-Valentinienne. Elle a adopté les principes et le symbole de l’Église gnostique moderne tels qu’ils ont été fixés au Concile de Toulouse en 1903 par S. G. Ŧ Sophronius, et auxquels, ainsi que nous l’avons dit plus haut, S. G. Ŧ Doinel avait donné son adhésion. Nous sommes le Ier Patriarche de cette Église. C’est donc bien à tort que certains journaux croient devoir faire remarquer que nous ne sommes pas le successeur de S. B. Valentin II. Nous ne prétendons nullement l’être. »
 
 

Hypothèse en guise de conclusion.

L’éternel féminin, le couchant violet
Ont la pure douceur des affections saintes,
Des langueurs, des soupirs, des larmes et des plaintes,
Et sont de l’infini le mystique reflet.
La Mandore.
Comme nous l’avons vu dans les dernières lignes de cet article, la conversion de Doinel est problématique à plus d’un titre, c’est un enchevêtrement de déclarations contradictoires, de récupérations idéologiques et de manipulations.
Doinel abjura-t-il véritablement et très sincèrement la gnose devant l’évêque d’Orléans pour, ensuite, abjurer le catholicisme deux ans avant son décès ; a-t-il, enfin abjuré une dernière foi la gnose sur son lit de mort ? À notre sens, et sans aucune preuve matérielle en notre possession, nous ne le pensons pas ; nous voulons dire : Doinel n’a jamais renié ni l’un ni l’autre ! Cela semble assez difficile à concevoir, et pourtant, tout s’explique naturellement si l’on revient sur la vie du patriarche de Montségur et l’épicentre de ses tourments mystiques : l’angoisse de la mort et l’extase de l’amour ! Une thanatérose aiguë, si l’on me permet ce barbarisme.
Il semble avoir toujours été marqué par la mort et l’au-delà depuis son enfance ; puis par son engouement pour le spiritisme ; ensuite la mort de sa première épouse qui lui fait entrevoir une entrée dans l’ordre des Bénédictins.
« Devant la traduction catégorique faite par nous du symbolisme adopté par l’évêque albigeois, et en face d’une discussion serrée de la doctrine gnostique, Doinel nous avoua que, s’il était un apôtre militant, il n’était pas un ministre convaincu, et que son esprit était torturé par le doute, angoissé par les problèmes de l’au-delà, que sa conversion aux dogmes et à la morale catholiques était peut-être plus rapprochée que ne le laissait supposer sa conduite ; mais qu’il ne pouvait s’arracher aux séductions d’orgueil et d’impureté que lui suggérait la personne de l’ange noir qui parlait et prononçait intérieurement dans son esprit. » (Guillebert des Essarts, in Revue internationale des Sociétés secrètes, n° du 5 avril 1913)
Des visions d’Aphrodite et de Diane à celle d’Hélène, en passant par Sophia, c’est toujours de « Celle qui doit venir » dont il est question dans le cœur et l’esprit de Doinel. Ainsi que l’écrit Robert Amadou dans son introduction au Lucifer Démasqué : « la plus grande force magique est le sexus. C’est pourquoi il y a un rapport entre ésotérisme et érotisme. » Et durant tout le cours de sa vie, Doinel fut tiraillé entre l’Idée de la Femme chaste – la Pucelle d’Orléans, Diane, Fernande, sa première épouse – et celle de la Femme voluptueuse – Hélène, Sophia, Lucibel… De même il ne put jamais définitivement quitter les rivages du catholicisme, allant du spiritisme à la gnose, en passant par le monodisme ; spirite, prophète, rose-croix, martiniste, franc-maçon, patriarche gnostique, catholique re-converti, évêque samaritain, toujours, sous ses masques ne dissimule son Amour spirituel :
« Jésus, fleur du Plérôme, racheta l’Esprit, car le salut vient de la Gnose et non de la Foi. Éros racheta la chair. La Science et l’Amour inaugurèrent l’œuvre sublime qui se poursuit à travers les Temps et les Espaces.
Le Salut vient de la Connaissance et non de la Foi. La Foi sans la Connaissance est morte. Hors de la Gnose, pas de salut. Mais, comme l’ont pensé les docteurs, la Connaissance se résout en Amour. »
Dans la genèse même de l’Église gnostique, on retrouve un peu des parfums d’Éros : « … une dangereuse volupté se glissait dans nos conversations, dans nos cérémonies, dans nos lettres » ainsi que l’écrira Doinel en parlant de lady Caithness, l’Hélène idéale de la gnose Restaurée ?
Il fera aveu de son ambivalente pulsion charnelle et spirituelle dans son « Aveu d’un occultiste », texte qui, presque à lui seul, est à même de résumer le cas Doinel :
« Ce qui distingue de la vérité toutes ces doctrines théosophiques, ésotériques, occultistes, etc., c’est qu’elles sont impuissantes à reformer la vie, & vaincre la volupté. Voilà une pierre de touche infaillible. La volupté se glisse dans leurs raffinements les plus éthérés. Ainsi dans la gnose, nous avions certainement la prétention d’êtres purs. Nous parlions un langage très exquis. On nous eut pris pour des pures intelligences, des Éons, comme nous disions. Je vous avoue que c’était un leurre.
Certainement, nous n’allions pas jusqu’au but charnel comme dans ces sectes gnostiques de haut Maçonnisme, dans le Satanisme, ou dans les conventicules analogues. Mais cependant, une dangereuse volupté se glissait dans nos conversations, dans nos cérémonies, dans nos lettres. Plus éthérée, plus distinguée, plus subtile ; mais peut-être plus perfide. Il était admis d’ailleurs que les pneumatiques ne pouvaient plus pécher. Et nous avions le sacrement de l’Appareillamentum, dont vous avez pu lire la formule dans Lucifer Démasqué, un livre sincère et qui dépeint la Gnose sur le vif. Cette doctrine ne s’adressait qu’aux natures cultivées, aux femmes du monde, aux névrosés et aux intellectuels au contraire de la religion catholique qui s’adresse à tous. Mais qui veut faire l’ange, fait la bête. Et d’ailleurs, nous ne faisions l’ange qu’à la façon de l’archange tombé.
J’ai appris depuis que la petite comtesse X… qui avait des extases, avait aussi des chutes. Et que de déséquilibrées chez la Duchesse !
Non, on ne peut être vraiment pur, en dehors de l’Église catholique. Et le mysticisme le plus éthéré conduit fatalement aux désordres quand il n’est pas orthodoxe et quand il ne s’appuie pas sur la pénitence ». (Jean KOSTKA, « Aveux d’un occultiste », Revue du monde invisible, 1898)
Et donc, selon nous la question de la conversion réelle ou non de Doinel, de ses abjurations, n’a aucun sens, absolument et définitivement aucun. Et si le patriarche de la Gnose Restaurée a douté, c’est une bénédiction, car comment un gnostique ne douterait-il pas ?! Armé de certitudes, il se serait perdu à la Quête de son Inaccessible Étoile !
« Pour que l’Éternité nous ouvre son asile,
Cherchons en haut, cherchons une étoile immobile
Et plaçons-y l’AMOUR que nous avons rêvé. »
Noctium phantasmata.
Et tout le reste appartient au secret de son cœur et à Dieu.
Le lecteur est renvoyé aux annexes ci-jointes pour un ensemble de documents illustrant le présent travail.
Ŧ Héliogabale, évêque errant de l’Église gnostique, juillet-août 2014 au Nadir de Libertalia.

SOURCES

 
A – Œuvres de Jules Doinel :
 
Histoire :
 
–       Les Dieux à Aurillac, 1867.
–       Histoire de Blanche de Castille, Tours, 1873.
–       Note sur la formule « Sanctae sedis apostolicae gratiâ episcopus » dans les diplômes des évêques d’Orléans, Orléans : Impr. de Puget et Cie, 1875.
–       « Note sur une maison de Jeanne d’Arc », Orléans : H. Herluison, 1876.
–       La Mandore, sonnets, H Herluison, 1878.
–       Mémoires d’une aliénée, publiés par É. Le Normant des Varannes (avec une préface de Jules-Stanislas Doinel) -P. Ollendorff (Paris)-1883
–       Hugues le Boutellier et le massacre des clercs à Orléans en 1236, Orléans : H. Herluison, 1887.
–       « Discours sur l’histoire de la Franc-Maçonnerie orléanaise », 23p. Orléans, 1887.
–       Inventaire des titres du monastère royal de N.-D. de Prouille de l’ordre de Saint Dominique, Carcassonne : G. Labau, 1899.
–       Note sur le roi Hildérik III, Carcassonne, 1899.
–       Jeanne d’Arc telle qu’elle estn 1892.
–       Le clocher de l’Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune, Fribourg, Imp. cath. Suisse, 1900.
 
Gnose :
 
–       « Hymnarium gnosticum oratorii Electensis et Mirapiscencis dioceseos, editum jusu (“sic”) illustrissimi et honoratissimi D. D., episcopi », 1901, 16 p.
–       « Première Homélie. Sur la Sainte Gnose », 1890.
–       « La gnose de Valentin » (extrait du Traité méthodique de science occulte de Papus), 1891, t. II, p. 627-634).
–       « La Gnose et l’Inquisition », Revue L’Initiation, août 1891. Recueil : Études gnostiques, Cariscript, 1983.
–       « Les Philosophumena », Revue L’Initiation, août 1892.
–       « La Gnose Ophite ou Naassénienne », Revue L’Initiation, août 1892.
–       « La Gnose d’Amour », Revue L’Initiation, juin 1893.
–       « Rituel gnostique de l’appareillamentum », Revue L’Initiation, juin 1894.
 
Sous pseudonymes :
 
–       Jean KOSTKA, Lucifer Démasqué, introduction de Robert Amadou, édition Slatkine, édition Dualpha, 2009, 408 p.
–       NOVA-LIS, Noctium phantasmata, sonnets, 16 pages, tiré à 25 exemplaires, 1869.
 
B – Livres :
 
–       René LE FORESTIER, L’Occultisme en France aux XIXe et XXe siècles. L’Église gnostique, ouvrage inédit publié par Antoine Faivre, Milan, Archè, 1990.
–       Marie-France JAMES, Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et christianisme.
–       Pierre GEYRAUD, Petites églises de Paris.
–       Louis CUVIER, Lettres sur le retour de Jésus-Christ d’après les Écritures, Paris, 1880.
–       PAPUS, Traité Méthodique de Science Occulte, Paris, 1891.
–       Fabre des ESSARTS, l’Arbre Gnostique.
–       Fabre des ESSARTS, Les Hiérophantes.
–       Jean BORELLA, Problèmes de Gnose, L’Harmattan.
–       Jean-Pierre LAURANT, L’ésotérisme Chrétien en France au XIXe siècle.
–       Emmanuel KREIS, Quis ut Deus ?, thèse de doctorat, 2011.
–       Revault d’ALLONES, Psychologie d’une religion, Paris, 1908.
–       Abbé Emmanuel BARBIER : Les Infiltrations Maçonniques dans l’Église.
–       SIMON et THEOPHANE, Les Enseignements secrets de la Gnose.
 
 
C – Revues et articles :
 
–       Chanoine JOUBERT, « Jules Doinel, Archiviste du Cantal et la fondation de l’Église Gnostique », Revue de Haute-Auvergne, avril-septembre 1966, pages 201-203
–       Ŧ Héliogabale, « Histoire de l’Église Gnostique », 2001-2014.
–       Jacques BONNET, « Jules Doinel à la recherche d’une Église », Bulletin de la Société archéologique et historique de l’Orléanais, tome IV, 1965.
–       Jules-Marie SIMON, « Jules Doinel, franc-maçon et propagandiste républicain », La République du Centre, août 1961.
–       Robert AMADOU, « Jules Doinel et la franc-maçonnerie », Institut d’études et de recherches maçonniques, n° 33, 2e semestre 1984.
–       Robert AMADOU, « Doinel franc-maçon », Le monde Inconnu, décembre 1979.
–       Robert AMADOU, « L’Église Gnostique – histoire, doctrine, rites », L’Autre Monde, mai 1982
–       Robert AMADOU, préface à Lucifer démasqué, Slatkine, 1983.
–       JORDAN, « Les gnostiques modernes », La Nouvelle Revue, mai 1900.
–       Jules Marie SIMON, La République du Centre, 1954, 1958 et 1961.
–       Jean-Pierre BONNEROT, « Déodat Roché et l’Église Gnostique ».
–       Jean-Pierre BONNEROT, « Un aventurier de la gnose occultiste : Jules Doinel », Le monde Inconnu, décembre 1979
–       Charles NICOULLAUD, L’Initiation dans les Sociétés Secrètes, 1914.
–       Revue spirite, journal d’études psychologiques, 1866-1867.
–       J.-F. MAYER, « Un Messie au 19e siècle : Guillaume Monod ».
–       Georges POLTI, Mercure de France.
–       Revue du monde invisible, 1908.
–       Peuple français, « Une nouvelle conversion dans la franc-maçonnerie », 4 janvier 1895.
–       Voile d’Isis n° 186 du 16 janvier 1895
–       L’Almanach du Magiste de l’année 1896
–       La Croix du 19 février 1896.
-       Maurice SARAZIN, « L’Archiviste Jules Doinel, fondateur de l’Église gnostique : une vie en quête de spirituelle », Études bourbonnaises, 17e série, n°296, 2 – 2003.

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