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Message par oursagora le Mer 31 Jan - 8:37


La philosophie n' est évidemment pas sortie tout armée, un beau matin, de la téte des philosophes Ioniens, sur le littoral Asiatique de la mer égée. Elle émerge d' une période infiniment longue et obscure durant laquelle, cherchant a se situer dans un environnement énigmatique, effrayant et gratifiant tour a tour, les groupes humains se donnérent une ébauche d' explication. On ne reste pas indéfiniment sans rien comprendre a rien de ce qu' on subit et de ce qu' on fait. Il fallait, pour qu' elles soient supportables, que les choses eussent un sens " Numineux ", c' est a dire Sacré, imprégné de Divin. Mais cette préhistoire n' est pas, a proprement parler, une philosophie préhistorique, car cet effort plurimillénaire vers une cohérence de l' expérience n' avait pas encore recu sa dimension rationnelle. Ces toutes premiéres mises en formes de l' Univers, c' est ce que nous connaissons aujourd' hui sous le nom d' age du mythe. Le terme est aujourd' hui confus, et nous le définirons correctement qu' aprés y avoir un peu réfléchi.

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Message par oursagora le Mer 31 Jan - 14:26

De cette premiére distribution de l' expérience selon l' humain et le Divin, le permis et l' interdit, l' obligation et la transgression, nous ne savons ni ne saurons jamais grand chose, sinon au travers de ce qui en survécut bien plus tard dans des mentalités déja évoluées. Car cet effort d' élucidation et de justification, le propos historique ne l' accompagnait évidemment pas : le perpétuel présent ne comporte pas d' arriéres - pensées. Rien donc n' en a été consigné par personne parmi les contemporains, et ce qui nous reste des temps archaiques est et restera toujours aussi conjectural que notre vie intra - utérine. On connait ces dessins rupestres d' animaux sur les parois des grottes de Lascaux ou d' Altamira. Si nous les trouvons beaux, c' est que nous disposons de la catégorie esthétique. Mais allez savoir quelle était au juste l' intention des dessinateurs du Magdalénien, vingt mille ans avant nous ! On n' entre pas de plain - pied dans le mythe, qui fut vécu sans distance réflexive par les sociétés archaiques. Nous en sommes réduits aux hypothéses, et pour les vérifier, il faudrait que nous sachions ce qui se racontait a la veillée dans les grottes préhistoriques, a supposer qu' il s' y fut raconté quelque chose, et que nous fussions en état de le comprendre.

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Message par oursagora le Mer 31 Jan - 15:30


Lorsque nous découvrons qu' existait un certain Univers mental structuré - le monde mythique - c' est que l' histoire est déja la, donc la distance. Des générations d' inconnus ont déja commencé a parler, puis a écrire, sur ce qui, bien avant eux, était seulement vécu au jour le jour, sans autre chronométre que la perpétuelle succession des jours et des nuits, des hivers et des étés. Or, si tout cela était vécu par les hommes de ces temps infiniment lointains sans retour sur soi, c' était simplement qu' il n' y avait pas de soi sur quoi faire retour. Si bien que ce donné originel que nous postulons, nous ne l' appréhendons jamais que déja mis en forme par les générations qui suivirent, et qui l' accomodérent a leur sauce. Séparés par l' accumulation des couches chronologiques, nous sommes réduits a procéder par analogie, a partir de ce que nous livrent les peuplades, les ethnies encore étrangéres a nos cadres de pensée, et que nous qualifions aimablement de primitives. Mais cela n' est jamais qu' approximatif. De ce point de vue, les cinquante premiéres années du vingtiéme siécle auront été décisives. Grace aux travaux de Leenhardt, de Lévi - Strauss, de Van Der Leeuw, de Dumézil, de Dodds, de Mircea Eliade, de Gusdorf, on est actuellement arrivé a cette idée que le mythe était essentiellement un état d' esprit, une certaine disposition des hommes archaiques : cette organisation imaginaire des phénoménes permettait a ces gens de s' y retrouver, de conjurer les angoisses en les fixant, d' établir des constantes pour leur action, et ainsi de créer chaque fois un certain type, relativement stable, de culture. Longtemps aprés vint l' age du récit organisé, qu' on se transmet oralement de génération en génération, puis enfin l' age de l' écrit. Et alors seulement furent consignées par des mains anonymes, et sur des siécles, les grandes compositions mythiques que nous connaissons.

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Message par enerlibr le Mar 6 Fév - 0:19

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Message par oursagora le Mer 12 Déc - 16:04


Il est a remarquer que les grands récits mythiques s' ouvrent généralement sur une référence aux Origines - du Monde, des hommes, et parfois meme des Dieux : " En ce temps la.....Il y a bien longtemps.....", ou plus radicalement par : " Au commencement....." Ce préambule souligne bien que l' époque dont va parler le narrateur n' est pas la sienne. Ce que le récitant évoque, dans l' épopée ( Sumérienne ) de Gilgamesh, dans la Genése, dans la Théogonie d' Hésiode, dans l' Lliade d' Homére, dans l' Eneide de Virgile, dans les Métamorphoses d' Ovide ou d' Apulée, ce n' est pas un aujourd' hui ni meme un hier : c' est un temps révolu ou se déroulérent des événements qu' on ne reverra plus, car ils n' ont eu lieu qu' une fois, " En ce temps la." Bref, il s' agit d' un temps hors du commun, mais qui pourtant conditionne censément l' aujourd' hui du narrateur. Nous constatons donc par rapport a nous un double décalage : entre ces temps mystérieux et celui du narrateur, et entre le narrateur et le notre. La naissance des Dieux, la Création du Monde et des Hommes, le déluge, le feu et le soufre de Sodome et Gomorrhe, la révolte des Titans qui voulurent escalader les Cieux, Kronos dévorant ses enfants, Phaeton qui prétendit conduire sans permis le char du Soleil, la tour de Babel, etc - tout cela s' est passé " En ce temps la." Autrement dit, ceux qui en parlent s' avouent déja dans la meme situation que nous. Ce ne sont pas des témoins, mais des conteurs, puis des exégétes. Ces textes qui rapportent les mythes Originels, ils sont en train, déja, de les interpréter a l' usage de leurs auditeurs, en fonction d' un certain présent. Bref, les narrateurs Sacrés délivrent a la société de leur temps, et avec une idée derriére la téte, un Message, qui est censé procéder d' un en - deca du temps : le temps de la Cité Terrestre s' enracine dans le temps des Dieux.
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Message par oursagora le Mer 12 Déc - 20:07


Cette premiére vue sur les mythes en implique une autre, a savoir que le Message ainsi délivré en provenancer des Cieux, a une fonction : ce qui s' est passé " En ce temps la " a des effets qui durent toujours. Si bien qu' en écoutant le récit Sacré de leurs Origines, les auditeurs découvrent qu' ils sont issus du Dieu Un Tel ou de la Déesse Une Telle, et que ce lignage les met a part de leurs voisins, qui n' ont pas cette chance. Les bénéficiaires du mythe se voient comme les seuls a avoir été favorisés de cette relation la, et cette parenté privilégiée a pour premier et double effet de doter ce groupe humain la d' une identité Originale par rapport a tous les autres, et de le pourvoir d' une cohésion entre ses membres. Athénes est fille de la vierge Athéna, sortie tout armée du crane de Zeus préalablement fendu, sur la demande de l' intéressé, par son fils Héphaitos. Ephése est la Cité de l' Artémis aux seins multiples, et encore au temps de Saint Paul, des siécles plus tard, les fabricants de statuettes provoqueront une émeute le jour ou des étrangers prétendront précher Jésus sur la chasse gardée d' Artémis. Le Dieu de la Bible fut d' abord concu par les Juifs comme le Dieu d' Abraham, d' Isaac et de Jacob. C' est lui qui marche a la téte des douze tribus et, si le peuple est fidéle a l' Alliance, il ira de victoire en victoire sur ses voisins. Ce n' est que bien plus tard qu' Israel conceva l' idée révolutionnaire que son Dieu est le seul qui soit, ceux des Nations n' étant en définitive que des faux, des idoles, autrement dit des images.
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Message par oursagora le Mer 12 Déc - 21:29


Homogénes aux milieux ou ils ont pris naissance, les récits mythiques en épousent évidemment les structures. Les Dieux ne s' adressent pas a un nomade comme a un agriculteur, a un agriculteur comme a un artisan. Le récit mythique s' inscrira donc dans le genre de Vie des groupes considérés ; il s' accordera a l' économie, a dominante agricole ou artisanale, a la division familiére du temps, a l' alimentation Traditionnelle, aux habitudes sexuelles, aux loisirs, aux folies et aux phobies autochones. Tout cela apparait donc Sacralisé par la volonté d' En - Haut, et un espace - temps s' affirme, hors duquel commencent la transgression......Et ses ennuis. On mesure a partir de la l' intérét ethnologique des récits mythiques. Comme le dit Henry Duméry " La religion est un miroir anthropologique parfait." Bref, dis moi qui tu adores et je te dirai sinon qui tu es, du moins ce qu' est toute la bande dont tu fait partie.
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Message par oursagora le Jeu 13 Déc - 1:24

Visible aussi est l' action du mythe comme intériorisation des contraintes. Les prescriptions et les interdits, parce qu' ils apparaissent comme enracinés dans le temps des Origines, celui des Dieux et des premiers hommes, sont percus comme autant d' Absolus exigeant non seulement l' obéissance externe, policiére en quelque sorte, mais encore l' adhésion intérieure. Et la réitération rituelle de ces commandements et de ces défenses au cours des célébrations liturgiques, fait ressortir et réactive leur caractére Sacré, donc incontournable, sauf a se mettre en dehors du groupe devenu communauté d' esprit en meme temps que d' intéréts. Cela dit, il est certain que cette intériorisation des contraintes par Voie de Sacralisation joue un role disciplinaire et politique appréciable, et jusque dans le détail.
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Message par oursagora le Dim 16 Déc - 2:33


Revenons un moment sur les rapports de l' individuel et du social dans le Monde Antique, auxquels j' ai fais allusion plus haut a propos du mythe de Narcisse. En effet, si en ces temps, l' emprise du mythe était totalitaire, ne laissant guére de place a l' initiative individuelle, c' est qu' elle s' exercait sur une collectivité, qui est une sorte d' immense personnalité Unique forte de tous ses membres, qui s' entre - confortent les uns les autres. Ce qui prime, dans l' Antiquité, ce n' est pas l' individu, le Moi : c' est le Clan, le groupe, la famille, le peuple, la Cité. On ne se définit pas indépendamment de ses appartenaces fondamentales. Spontanément, on pense : " Nous, les Athéniens.....Nous, les Juifs.....Nous, les Romains....." - et non pas comme aujourd' hui. On est du peuple d' Athéna, dont le Temple illustre domine l' Acropole, ou bien on est Spartiate. Si bien que la petite Lueur d' individualité de chacun, cette étroite conscience de n' avoir qu' une peau, ne subsiste qu' autant qu' elle émane du Foyer commun de la Cité si l' on est Grec, ou du Temple de Jérusalen si l' on est Juif, etc.
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Message par oursagora le Mer 26 Déc - 1:00





Mais quand apparait la Sagesse d' une lecon a tirer des vieux mythes, c' est qu' ils ont déja commencé a reculer dans la conscience des sociétés, cédant a une autre maniére de se retrouver dans l' environnement, de s' y reconnaitre, d' y agir. Cette mutation des mentalités vient de ce qu' on a découvert d' autres distributions de l' espace et du temps. On s' est assuré d' autres prises sur un entourage vu maintenant comme une Nature, et qui a des Lois. On se met alors a spéculer en termes de causes, d' effets et de fins. Bref, on voit le Monde - le fameux " Monde " - autrement, et c' est vraiment un autre Monde, né d' un autre équipement intellectuel venu avec le temps. C' est l' heure de la philosophie, qui implique une physique embryonnaire et laisse les hommes, sinon indépendants, du moins plus autonomes par rapport a la sphére du Sacré. C' est ce que nous allons voir plus loin en examinant les premiéres systématisations rationnelles, a partir du sixiéme siécle av.J.C.
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Message par oursagora le Mer 26 Déc - 11:06





Mais cette premiére Philosophia restera toute bruissante de la parole des Dieux : il n' y a pas d' émancipation Absolue a l' égard des mythes. Simplement, ils ne seront plus vécus " A plein temps ", mais dans le temps. Devenus un corps de Sagesse, la Sagesse des Anciens, les mythes vont poursuivre leur carriére indéfiniment, mais sous une autre forme. Ils seront interprétés par les initiés, les gens d' étude. Alors que la masse de la société gardera aux vieux mythes une croyance de plus en plus vague et cultuelle, liturgique en quelque sorte, les gens instruits - poétes, philosophes - liront les textes avec d' autres yeux. Ils en reprendront les légendes pour en dégager des lecons subtiles. On y découvrira des symboles, on y verra des allégories, ce qui signifie qu' on leur fera dire Allon, autre chose, plus en rapport avec les requétes de l' époque. Le mythe de Kronos, dévorant ses enfants devient, en jouant sur la premiére lettre, la réalité du temps, Chronos, anéantissant tout ce qui nait de lui. Il se trouvera meme des gens astucieux pour se demander si, aprés tout, les Dieux n' auraient pas été de simples hommes, mais si remarquables en leur temps que la mémoire des générations les aurait Divinisés. C' est ce qu' enseignait le poéte philosophe Evhémére au quatriéme siécle avant J.C, d' ou le nom d' Evhémérisme pour désigner cette théorie.
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Message par oursagora le Mer 26 Déc - 23:06




Viendra enfin le temps ou les vieux mythes s' éteindront tout doucement dans la piété des hommes. Qui croit encore aujourd' hui a Jupiter, a Junon, a Minerve ? Non, certes, que l' age du mythe ait pour autant fait place a l' age de la raison triomphante, comme l' avait imaginé Auguste Comte, mais simplement, les vieux mythes auront fait place a de nouveaux. Et sans doute en ira t il ainsi jusqu' a la fin des temps. Chaque age a ses mythes, et il semble bien qu' on ne puisse jamais s' en affranchir. Les hommes justifient leur courte présence en ce Monde en se donnant des images, ou ils projettent leurs craintes et leurs espérances, et meme quand ils en ont atténué le Divin. Parvenus a ce point de notre réflexion, nous voyons au moins ce que les mythes ne sont pas. Ils ne sont jamais des fantaisies gratuites, sorties par jeu de l' imagination des premiers hommes. Les rédacteurs de ces histoires Sacrées - qui ne sont d' ailleurs pas des histoires au sens ou nous l' entendons - ne se sont pas mis a concocter des légendes comme un homme de lettres décide aujourd' hui de pondre un roman ou une plaquette de poémes. Ils répercutent en esprit de Foi des Traditions remontant a la nuit des temps, et ils donnent a ce Corpus fait de piéces et de morceaux une forme adaptée aux requétes et aux usages de chaque époque. De meme aurons nous compris qu' on ne saurait parler des mythes en termes de vérité et d' erreur, de réalité et de fiction : catégories anachroniques que tout cela, puisque le mythe vécu l' est toujours au présent. Pour les gens qui s' y meuvent, le mythe est bien ce qu' il y a de plus vrai parce qu' il exprime ce qu' il y a de plus actuel, ou pour parler comme aujourd' hui, de plus réel. C' est a nos yeux que ce réel, cette vérité, sont devenus des fictions. Nous aurons du meme coup compris que les hommes de ces époques révolues n' étaient ni des demeurés ni des inférieurs ( en quel sens ? ), ni meme des enfants a l' age du Pére Noel. Avec le temps est venue une certaine distanciation, ou mythe et raisonnable se sont mis a coexister.
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Message par oursagora le Ven 28 Déc - 1:31




D' un point de vue positif, nous pouvons maintenant comprendre que le mythe, c' est l' imagination a l' oeuvre dans sa fonction adaptative, créatrice dans un but pratique d' une projection collective de l' humain. Encore une fois, on ne vit pas dans l' incohérence. Pourquoi la naissance ? Pourquoi la Vie ? Pourquoi la mort ? Pourquoi la foudre ? Pourquoi les Dieux ? Pourquoi tout - et, au fait, pourquoi pourquoi ? C' est pour répondre a tout cela et a bien d' autres questions dont nous n' auront jamais l' idée exacte, que les hommes se sont pourvus de ces images d' eux memes, valorisantes parce que fondées sur le Divin, éclairant leurs rapports avec ce que bien plus tard, a l' age de la raison, on appellera la Nature. Avec aussi leurs semblables et leurs ennemis ; avec les générations passées et a venir. Les Dieux, qu' on savait étre a l' Origine de ce tout, lui donnaient finalement un sens acceptable parce que sécurisant. Et donc, entre le corps et l' esprit - ou du moins ce que plus tard on répartira ainsi -, entre le passé et le présent, entre le présent et l' avenir, entre la Vie et la mort, entre le Visible et l' Invisible, il y avait ce lien vécu, qui s' était noué aux Origines. Tout baignait dans un éternel présent qui était une éternelle présence. C' était " En ces temps la, il y a bien longtemps......" C' était " Au commencement......" - et aujourd' hui, le Soleil était déja haut dans le Ciel.
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Message par oursagora le Ven 28 Déc - 11:49




Il y a donc, dans cet état de la pensée humaine que nous appelons aprés coup l' age du mythe, une premiére mise en place du réel, une premiére organisation mentale ou les Destinées acquiérent une cohérence par le fait d' étre intégrées a un ensemble Sacré. Naturel et Surnaturel - ou du moins ce que nous distinguons ainsi - s' expliquent l' un par l' autre jusqu' a donner a toutes choses un sens plausible et finalement rassurant. Définissant ce nouvel état, Georges Gusdorf propose une notion que nous pouvons retenir : " Le mythe s' affirme comme la forme spontanée de l' étre au Monde." Il est " Un formulaire ou une stylistique du comportement humain dans son insertion parmi les choses." Et la philosophie ne procédera pas d' une autre source. La conscience philosophique est issue de la conscience mythique, sur laquelle les hommes se sont pris a réflechir du jour ou ils se sont avisés que les mythes ne saturaient plus leur besoin de comprendre.
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Message par oursagora le Ven 28 Déc - 16:56




Cela meme n' abolissait pas du jour au lendemain les mythes : dans l' histoire de la pensée, un nouvel Univers mental ne périme jamais l' autre, comme s' éteignent les dispositions d' un décret en Vertu d' un nouveau décret ou d' une circulaire. Les nouvelles données se fraient un chemin dans des consciences encore hantées par l' ordre Ancien. Conditionnés par des millénaires a voir le Monde sous un certain angle, les hommes ne se mettent que lentement a le voir sous un autre, jusqu' a ce qu' intervienne une nouvelle vision, et ainsi de suite. Il n' y a cependant pas, quoi qu' on ait dit, " D' homme éternel ", qui subsisterait toujours semblable en son fond, des cavernes aux satellites habités. Il y a des couches chronologiques successives, peuplées de consciences diversement conditionnées, des strates qui ont chacune leur vérité et leurs erreurs, leur idée du possible et de l' impossible, du concevable et de l' absurde, et c' est seulement pour la commodité - ou pour le confort intellectuel - que nous englobons toutes ces consciences disparates sous le meme concept d' Homme. Facons de parler, bien sur, mais qu' il faut se garder de convertir en fixisme métaphysique. Ce serait prendre un risque. C' est ainsi qu' aux sixiéme - cinquiéme siécles avant J.C, dans le Monde Grec, se manifesta l' ébauche d' une rationalisation de l' expérience : la Philosophia, comme on devait dire par la suite, en proposait une nouvelle lecture, ou l' influence encore vivace des mythes dut composer avec celle d' une raison s' affirmant de plus en plus autonome. On savait désormais distinguer, comme diront Pindare, puis Socrate, le Muthos, le mythe, et le Logos, autrement dit le discours organisé selon les requétes de la raison.
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Message par oursagora le Ven 28 Déc - 19:47




De cet enseignement, on ne connait la teneur que par des fragments ou des on - dit. Tout cela a été répercuté plus ou moins fidélement, par d' autres textes, et réuni au cours des ages dans ces collections de morceaux choisis qu' on appelle Doxographies, mot a mot : catalogues d' opinions, dont les écoles firent leurs choux gras au long de l' Antiquité. Le lecteur de langue Francaise a maintenant la chance de disposer, avec les Présocratiques de Jean Paul Dumont, ( Gallimard, la Pleiade, 1988 ), d' une documentation exhausive et d' un adéquat instrument de travail, puisque le volume couvre en traduction, utilement annotée, l' intégralité des philosophes antérieurs a Socrate. Un travail cyclopéen, et de plus, plein de charme. On devine que cette transmission des premiers penseurs de la Gréce a travers les ages a couru bien des hasards, et sur différents plans. Matériel d' abord : les supports étaient fragiles. Si ces fragments la furent sauvés de la moisissure, des souris, du feu, de l' oubli - quand ce n' est pas de la destruction volontaire par quelques imbéciles - combien d' autres ont totalement disparu ! Il a pu se faire aussi que tel probléme, qui a fait fureur le temps d' une génération, ait brusquement cessé d' intéresser et n' ait plus été repris par la suite. D' autre part, ces textes sont écrits dans une langue Archaique, malaisée a reconstituer, prétant au contresens : les sous - entendus abondent, que les générations immédiatement suivantes, a cent ans de distance, peinaient déja a comprendre. Cette difficulté meme vouait les textes aux aléas des interprétations. Une obscurité dans un texte appelant toujours une fausse clarté pour la remplacer, les Anciens en usérent comme nous faisons nous memes : a ces vieilles pensées qui s' étaient exprimées pour étre comprises, mais dans un autre contexte, ils appliquaient leurs propres cadres intellectuels ; ils les transposaient en fonction de leurs besoins dans leurs propres philosophies, qui étaient " La philosophie moderne " d' alors. Simplicius, qui écrivait a la fin de l' Empire Romain, déplorait déja qu' Aristote, huit bons siécles avant lui, n' ait pas exactement compris ce qu' avait enseigné Parménide un siécle plus tot, parce que, dit il, il lui a appliqué sa propre logique et surtout ses propres vues sur l' étre ! Bref, disons qu' un texte indéchiffrable ne le reste pas longtemps : il devient vite un texte mystérieux, a quoi des armées d' exégétes ont tot fait d' imposer le sens qui les arrange. Les modernes ne sont d' ailleurs pas les moins acharnés a ce jeu qui consiste a faire dire aux textes ce qu' on aimerait qu' ils aient raconté, parce que cela les arrange. On pourrait faire ce que Jean Bollak appelle une " Histoire de l' incompréhension des oeuvres " : je gage qu' on s' enrichirait l' esprit.
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