Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

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Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Dim 10 Sep - 11:04

Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Première conférence – Dornach, 23 novembre 1923

Ce que je vous ai exposé ces dernières semaines, je chercherai maintenant à l’atteindre d’un autre côté, et je vais aujourd’hui commencer par la vie de l’âme dans l’homme lui-même pour parvenir à la vision des secrets du monde.

Partons d’abord de ce qui est le plus simple ; observons la vie de l’âme telle qu’elle se présente quand l’homme s’efforce de réfléchir sur lui-même au-delà du point que j’avais spécialement en vue quand j’ai écrit dans le « Goetheanum » l’article sur la vie de l’âme. Aujourd’hui nous pénétrons davantage dans l’intimité de cette vie. Ce qui est dit dans les quatre articles du « Goetheanum » est une sorte d’introduction, de préparation à nos observations actuelles.

Quand nous réfléchissons sur nous-mêmes, d’abord en gros, en une vue d’ensemble, nous sommes amenés à voir comment, d’une certaine manière, cette vie de l’âme peut s’enrichir. Nous commençons par laisser le monde extérieur agir sur nous – nous le faisons dès l’enfance – puis nous transformons cette action extérieure en pensées. Par là, nous sommes essentiellement Homme, parce que cette action du monde extérieur nous la laissons survivre dans notre pensée, nous créons, dans nos pensées, un monde de représentations qui est présent intérieurement et qui reflète dans une certaine mesure les impressions reçues du dehors. Il n’est peut-être pas particulièrement bon que nous nous fassions trop d’idées sur la manière dont le monde extérieur se reflète en notre âme.
Nous n’arrivons ainsi à rien d’autre qu’à une ébauche confuse – dirais-je volontiers – de notre monde intérieur de représentations, lui-même. Cependant, notre réflexion sur nous même est meilleure quand nous insistons davantage sur le moment où jaillit la force de la pensée, quand nous essayons de nous fondre dans l’élément de la pensée, sans nous préoccuper du monde extérieur, et quand nous suivons plus avant ce qu’est devenue, dans cette pensée, une impression de l’extérieur. Selon ses dons personnels, l’un arrive à une pensée plus abstraite : il imagine un système du monde ou bien il établit des schémas de tout ce qu’il est possible de faire dans le monde et autres choses semblables. L’autre, en méditant sur les choses qui ont fait impression sur lui, va plus loin et associe ses pensées plutôt dans le sens de la fantaisie.

Nous n’envisageons pas davantage comment selon le tempérament, le caractère, les dispositions de chacun, cette pensée suit son cours intérieur sans le concours des impressions extérieures, mais nous remarquerons cependant que quelque chose de tout particulier se passe pour nous quand nous détournons nos sens du monde extérieur et que nous vivons dans nos pensées, dans nos représentations, en les enchaînant ne fut-ce qu’en vue de ce qu’il est possible de réaliser.

Bien des hommes trouvent parfaitement inutile de penser même aux réalisations possibles… de leur existence par exemple. Il arrive, souvent, même en ces temps difficile, de voir des gens, qui se sont occupés toute la journée de leurs affaires, de leur commerce, etc. – ce qui bien entendu est nécessaire – s’attabler alors par petits groupes pour jouer aux cartes, aux dominos et autres choses semblables, dans le but, comme on dit, « de passer le temps ». Mais il arrive fort rarement que ces gens se réunissent en groupes analogues et échangent leurs idées sur le tour qu’auraient pu prendre leurs affaires si telle ou telle chose s’était présentée autrement. Dans ce cas, ils se seraient moins amusés qu’au jeu de cartes, mais ils auraient enchaîné des pensées. Si l’on garde un sens du réel suffisamment sain, un tel essor de la pensée ne devient nullement fantaisiste.

Cette « vie dans la pensée » conduit finalement à ce que vous rencontrez quand vous lisez – de la manière qui convient – la « Philosophie de la liberté » ; vous devez faire connaissance avec ce sentiment : vivre dans la pensée. La philosophie de la liberté est une chose vécue dans le réel même ; mais elle est en même temps et de manière absolue, un produit de la pensée réelle. Et c’est pourquoi il faut voir en elle une expérience fondamentale. Cette Philosophie de la liberté, je l’ai conçue en 1880, écrite au début de 1890 et je puis bien dire que chez ces hommes qui auraient dû alors jeter au moins un regard sur le fond de cette philosophie, je n’ai trouvé partout qu’incompréhension. Cela tient à ceci :

Les hommes, même ceux qu’on appelle penseurs, n’arrivent, avec leur pensée, qu’à saisir en elle une copie du monde extérieur. Et alors, ils se disent : peut-être pourrait-il aussi surgir dans la pensée quelque chose d’un monde supra-physique, mais alors il faudrait que cela soit aussi comme la chaise, comme la table qui est là, et dont ma pensée affirme qu’elle existe au-dehors. Ainsi cette pensée, qui est à l’intérieur, pourrait en quelque façon saisir un suprasensible extérieur à l’homme, comme le son la table et la chaise. C’est à peu près ainsi qu’Edouard von Harmann se représentait le rôle de la pensée.

C’est alors qu’il trouva ce livre : « la philosophie de la liberté ». Là, la pensée est vécue de telle façon que l’expérience qu’on en fait ne peut guère conduire à autre chose qu’à se dire : Si tu vis correctement dans la pensée même, tu vis, bien que d’une manière imprécise d’abord, dans l’univers entier. Ce fait d’être relié, au plus intime de l’expérience de la pensée, avec les mondes occultes, voilà le fondement de la « philosophie de la liberté. Et c’est pourquoi on y trouve cette phrase : Dans la pensée on saisit le secret du monde par un bout.

C’est ce fait qu’on n’a pas pu comprendre. Quand on le saisit dans sa réalité, c’est qu’on s’est donné la peine de faire l’expérience vivante de la pensée et alors on n’est plus dans le monde où l’on était avant : on se trouve dans le monde éthérique, dans un monde dont on sait qu’il n’est pas limité de là à là, dans l’espace physique terrestre, mais qu’il s’étend jusqu’à la périphérie de l’univers. On se trouve dans la sphère éthérique du monde. On ne peut plus douter de l’existence légitime de la sphère d’éther cosmique quand on a embrassé le domaine de la pensée comme le fait la Philosophie de la liberté. Si bien qu’on atteint là ce que l’on peut appeler : l’expérience vivante de l’éthérique, et quand on est parvenu à cette expérience, on a fait un pas caractéristique pour sa vie entière.
Ce pas, je voudrais le caractériser ainsi : avec sa conscience ordinaire, si l’on est ici, dans cette pièce, on pense naturellement : table, sièges, hommes, etc. ; on pense peut-être encore autre chose, mais on pense d’abord les choses qui sont là, en dehors de nous. Il y a bien des choses en dehors de nous, nous disons donc que du point central de son être, on embrasse pour ainsi dire ces choses par la pensée. De cela, chacun est conscient : il peut par la pensée concevoir les choses.

Mais quand on fait cette expérience vivante de la pensée telle que je l’ai caractérisée, ce n’est pas le monde qu’on saisit ; on ne se blottit pas non pus –dirais-je – au centre de son Moi, il se passe tout autre chose : on a le sentiment, le sentiment très juste, qu’avec sa pensée, qui n’est localisée nulle part, on ramène tout vers l’intérieur, on sent qu’on palpe l’Homme intérieur. Ainsi, tandis qu’avec la pensée ordinaire on allonge, vers le dehors, des antennes spirituelles, avec cette pensée qui s’éprouve en elle-même, on revient toujours à l’intérieur de soi-même. On devient objet (de la pensée), on se fait « chose »*.

* Selon la philosophie de la liberté, quand l’homme pense, il unit spontanément et inconsciemment le concept intérieur à la perception extérieure d’un objet.

Mais lorsqu’il pense l’activité pensante est en fait objective ; c’est une activité de l’Esprit répandu dans le cosmos. Elle pénètre du dehors en l’Homme qui la ressent comme son bien propre et croit qu’elle émane de sa propre activité.


C’est une expérience très importante que d’arriver à se dire : Auparavant tu as toujours saisi le monde, maintenant que tu as fait l’expérience vivante de la pensée, tu dois te saisir toi-même. Et il arrive alors qu’au cours de cette expérience correcte de soi-même, la conscience ainsi renforcée franchit les limites de la peau.

De même qu’on se saisit au-dedans de soi, on saisit, en se tournant vers le dehors, l’éther cosmique total, pas dans ses particularités cela va de soi ; mais on acquiert la certitude que cet éther est répandu dans la sphère cosmique où l’on se trouve en même temps que les étoiles, le soleil, la lune, etc.

Il y a alors une deuxième chose que l’homme peut développer dans la vie intérieure de son âme ; si toutefois il n’enchaîne pas des pensées provoquées par le monde extérieur, mais qu’il se laisse aller à ses souvenirs. Quand il s’adonne à ses souvenirs et qu’il le fait vraiment, intérieurement ils e produit à nouveau une expérience très précise. Cette expérience vivante de la pensée, que je viens de décrire, nous dirige d’abord sur nous-mêmes. On se conçoit soi-même. Et on en ressent une certaine satisfaction. Quand on passe à la vie dans le souvenir, il arrive si l’on progresse bien intérieurement, que l’on revienne à Soi. On arrive à cela parce qu’on « pense » ses souvenirs (mais ce n’est pas ce qui est le plus important), et c’est d'ailleurs pourquoi, dans le cours de cette pensée, on trouve la liberté, car elle dépend entièrement de l’élément personnel dans l’homme. C’est aussi pourquoi une philosophie de la liberté doit provenir de l’expérience vivante de la pensée, car elle ramène l’homme à lui-même et il se ressent comme une libre personnalité. Avec l’expérience vivante du Souvenir, il n’en est pas ainsi.
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Message par obsidienne le Dim 10 Sep - 11:16

L’expérience vivante du souvenir nous conduit à la fin, quand on la prend très au sérieux et qu’on s’y plonge entièrement, à éprouver le sentiment qu’on se détache de soi, qu’on s’éloigne de soi. C’est pourquoi les souvenirs qui nous font oublier le présent nous procurent le plus de satisfactions. (Je ne veux pas dire qu’ils soient les meilleurs, mais dans bien des cas, ce sont eux-qui nous donnent le plus de satisfactions).

On acquiert une notion juste de l’efficacité du souvenir quand il s’en trouve qui nous ramènent au monde, alors que le présent ne nous satisfait absolument pas et que nous voudrions en sortir. Quand on peut s’adonner à des souvenirs tels que le goût de la vie en soit renforcé, on a alors un sentiment – qui est une préparation à ce que le Souvenir pourra devenir quand sa réalité sera intensifiée.

Voyez-vous, le Souvenir peut devenir réel, parce qu’il vous rapporte dans sa réalité la plus intense un fait que vous avez vécu il y a des années ou de dizaines d’années.

Je vais expliquer comment cela peut se passer. Supposons que vous allez chercher votre trésor de vieilles choses et que vous exhumiez, disons, des lettres que vous avez écrites
dans une circonstance quelconque ; vous les placez devant vous, et guidé par elles, vous revivez le passa – ou mieux encore : vous ne prenez pas des lettres que vous ayez écrites ou qu’on vous ait écrites – car il y a toujours là quelque chose de trop subjectif – mais prenez, si vous les avez encore, vos vieux livres d’école et penchez-vous sur eux, comme vous le faisiez quand, assis sur le banc, vous peiniez vraiment sur eux ; vous ramenez ainsi effectivement un fait qui a existé dans votre vie. C’est très remarquable. Il suffit d’être un tout petit peu ingénieux : tout peut servir. Une dame peut retrouver dans quelque coin une robe qu’elle portait il y a vint ans, ou quelque chose d’analogue, elle la passe et se replonge dans les circonstances d’autrefois. Un fait du passé réapparaît ainsi dans le présent avec une réalité intense. Vous réussissez à vous abstraire complètement des circonstances présentes.

Dans cette expérience du souvenir, quand on le revit avec la conscience ordinaire, le moi actuel reste - dirais-je volontiers – trop près, pour obtenir un bon résultat. Il faut pouvoir s’éloigner. Or l’homme est plus éloigné de lui-même quand il dort que quand il veille, car quand il dort, il sort avec son Moi et son corps astral des corps physique et éthérique. C’est du corps astral, qui est en dehors du corps physique pendant le sommeil, que vous vous approchez quand vous évoquez dans toute sa réalité une expérience passée.

Au début vous ne le croirez pas parce que vous n’admettez pas qu’une expérience d’autrefois aussi insignifiante que la vieille robe dont j’ai parlé puisse avoir un effet aussi puissant. Mais il s’agit d’en faire une fois réellement l’expérience, et si vous la faites, si vous revivifiez comme par magie une expérience ancienne, et que vous la revivez au point d’oublier complètement le présent, vous verrez alors que vous vous rapprochez de votre corps astral, de votre corps astral tel qu’il est quand vous dormez.

Mais si vous croyez qu’il suffit de regarder à droite ou à gauche pour voir une forme nuageuse qui serait votre corps astral, vous vous faites des illusions, car les choses ne sont pas ainsi. Vous devez faire attention à ce qui se passe réellement, et ce qui se passe réellement dans ce cas, ce sera par exemple que, peu à peu, grâce à de telles expériences vous verrez l’Aurore d’une manière toute autre, vous sentirez un lever de soleil tout autrement que vous ne l’avez ressenti jusqu’alors. Dans cette voie, vous arriverez peu à peu à ressentir la chaleur de l’aurore comme quelque chose d’annonciateur, quelque chose qui dans une certaine mesure a en soi une force prophétique, une force prophétique naturelle. Vous commencerez à ressentir dans l’aurore une force spirituelle, et vous pourrez unir votre sens intérieur à cette force prophétique de telle sorte que vous obteniez l’impression – qui peut d’abord vous paraître une illusion - : l’aurore a quelque chose qui s’apparente à vous-même. Par de telles expériences il vous deviendra possible de ressentir en regardant l’aurore : oui, cette aurore ne me laisse pas isolé. Elle n’est pas simplement là et moi ici. Je suis intimement uni à cette aurore. Elle est une qualité de mon âme : en ce moment je suis moi-même aurore. Et quand vous vous serez ainsi uni à l’aurore au point de vivre en quelque sorte le rayonnement, l’éclat coloré, puis le lever du soleil qui monte dans ce rayonnement et cet éclat coloré, au point de ressentir dans votre cœur, en une impression vivante, un soleil se dégager peu à peu de l’aurore, alors en vous jaillira aussi cette idée que  vous suivez avec le soleil la courbe du Ciel, que le soleil ne vous laisse pas seul, qu’il n’est pas là et vous ici, mais que d’une certaine manière votre existence s’est élargie jusqu’à celle du soleil et que tout le long du jour vous avancerez avec la lumière.

Quand vous développez cette expérience du sentiment, en partant non de la pensée, qui ramène à l’homme – comme je l’ait dit – mais du souvenir de la manière indiquée, quand vous vivez cette expérience du souvenir, mieux encore : de la force du souvenir, alors les choses que vous avez auparavant perçues avec vos sens physiques commencent à prendre un autre aspect : elles commencent à devenir transparentes pour l’âme et l’esprit. Et il se trouve que quand on a une fois au moins réussi à éprouver le sentiment d’avancer avec le soleil, d’avoir reçu de l’aurore la force d’aller avec le soleil, on voit toutes les fleurs d’une autre manière. Les fleurs ne s’en tiennent pas à montrer les couleurs, jaune ou rouge de leur surface, elles commencent à parler, à parler à nos âmes d’une manière spirituelle.

La fleur devient transparente. Intérieurement un spirituel de la plante s’anime et la floraison devient une sorte de langage. On unit de cette manière effectivement son âme à la nature extérieure, et on reçoit ainsi l’impression que derrière cette nature il y a quelque chose, que la lumière à laquelle on s’est uni est portée par des entités spirituelles. On reconnaît alors dans ces entités peu à peu les traits des êtres que décrit l’Anthroposophie.

Réunissons maintenant les deux étapes de sentiment que je viens de décrire. Prenons la première expérience intérieure obtenue par la pensée : dans cette expérience vivante de la pensée l’espace s’élargit : on cesse de voir le sentiment d’être dans un espace étroit – l’expérience vivante de l’homme s’élargit – on sent très précisément qu’à l’intérieur de nous il y a un point qui s’étend dans le monde entier et qui est de la même substance que lui. On se sent un avec le monde entier, avec l’éthérique du monde. Mais on sent d’autre part qu’on est sur la terre, que le pied, la jambe sont attirés vers le bas par la force de la pesanteur terrestre ; on sent comment par tout son être l’homme on est relié à la terre ; cependant, au moment où l’on fait cette expérience vivante de la pensée on ne se sent plus relié à la terre ; on sent qu’on dépend de l’Espace cosmique. Tout vient de l’espace ; non d’en bas, non du centre de la Terre vers le haut, mais tout vient de l’espace. Et on le voit déjà dans l’homme : si l’on veut vraiment comprendre l’homme, il faut avoir présent ce sentiment d’être venu de l’espace.

Cela se retrouve jusque dans la forme humaine. Si je veux concevoir cette forme humaine à la manière d’un peintre ou d’un sculpteur, je ne puis en concevoir la partie inférieure que si je me la représente provenant de l’espace intérieur, de l’espace corporel de l’homme. Et je n’introduirai pas correctement l’Esprit dans cette forme, si je ne pense pas la partie supérieure comme apportée du dehors.

Notre front, notre voûte crânienne est toujours posée sur nous. Celui qui a regardé avec un sens artistique les peintures de la petite coupole dans notre Goetheanum disparu, a toujours pu observer comment il était partout nettement indiqué que le bas du visage provenait de l’homme, le haut de la tête était un don du Cosmos. A l’époque où l’on ressentait ces choses, l’art le révélait : vous ne comprendrez jamais la pastique d’une tête grecque sans y trouver ce sentiment à l’œuvre, car c’est lui qui guidait le sculpteur grec.
Ainsi donc, dans l’expérience vivante de la pensée on se sent relié à l’espace.  

Et maintenant on pourrait croire que cela va continuer, qu’on ira encore plus loin quand on passe de l’expérience de la pensée à celle du souvenir. Et bien non ! C’est autre chose.

Quand vous développez en vous cette expérience vivante de la pensée, elle vous conduit à l’impression de la 3e hiérarchie Ange, Archanges, Archées. Tout comme vous pouvez ressentir dans la pesanteur, dans la digestion des aliments, etc., la vie du corps humain ici sur la terre, vous pouvez aussi vous représenter les conditions de vie des êtres de la 3e hiérarchie, si dans cette expérience vivante de la pensée, au lieu de marcher sur la terre, vous sentez porté par les forces qui de l’extrémité du monde viennent à vous.
 
Expérience vivante de la pensée : 3e hiérarchie

Quand on passe de cette expérience de la pensée à celle du souvenir, la courbe extrême de la sphère cosmique – que je dessine – n’est pas la limite de l’espace qu’on peut atteindre par l’expérience. On peut atteindre une telle extrémité du monde quand on pénètre dans la réalité de cette pensée vivante, mais on ne va guère plus loin, car il se produit autre chose. Ici, par exemple, à l’intérieur de la courbe, on trouve un objet quelconque, un cristal, une fleur, un animal. Si l’on montre de l’expérience vivante de la pensée à ce qu’apporte celle d’un souvenir vivant, alors c’est dans l’objet lui-même qu’on regarde.

Le regard qui s’était perdu dans l’espace cosmique, quand il se continue à travers l’expérience vivante du souvenir, voit au-dedans des choses. Ainsi, vous n’avez pas pénétré plus avant dans un espace abstrait et imprécis ; non, le regard, ainsi prolongé (par le souvenir), voit au-dedans des choses. Il voit le Spirituel dans toutes les choses. Dans la lumière, par exemple, il voit les entités spirituelles actives dans la lumière, etc. Dans les ténèbres, il voit à l’œuvre, les entités spirituelles des ténèbres. Si bien que nous pouvons dire : l’expérience vivante du souvenir nous conduit à la 2e hiérarchie.
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Dim 10 Sep - 11:26

Expérience vivante du souvenir : 2e hiérarchie

Et maintenant il y a quelque chose dans la vie de l’âme qui va au-delà du souvenir. Faisons-nous en une idée claire : voyez-vous, le souvenir donne à notre âme son coloris. On peut très bien le savoir : Si on rencontre un homme qui juge tout de son haut, qui déverse son aigreur sur tout ce qu’on lui dit, qui quand on lui raconte quelque chose de vraiment beau, éprouve le besoin de raconter immédiatement quelque chose de vilain on peut savoir exactement que cela provient chez lui des ses souvenirs. Le souvenir donne à l’âme son coloris.

Nous approchons d’un homme qui accueille tout ce que nous lui disons avec une moue comique, ou bien qui fronce les sourcils, ou encore qui prend une mine renfrognée, un autre nous regarde amicalement et ce n’est pas tellement ce qu’il dit qui nous encoure, que son regard. Oui, voyez-vous, il est intéressant parfois, au cours d’une conférence, pendant un passage important, d’embrasser du regard tous les visages : de voir les moues qui se dessinent, les fronts qui se tendent, la fixité de certaines expressions, ou l’animation des autres, etc. Là ne se marque pas seulement ce que le souvenir a laissé dans l’âme, la nuance précise qu’il lui a donnée, mais bien ce que le souvenir a imprimé dans la physionomie, dans les gestes, dans toute l’attitude de l’homme. Bien sûr, il arrive que rien n’est resté, et qu’un homme vous montre un visage qui n’a rien recueilli des douleurs, des souffrances ni des joies que la vie lui a apportées : c’est aussi très caractéristique.

Un visage resté lisse est aussi caractéristique que quand il exprime le tragique ou le sérieux de la vie, ou encore les nombreuses satisfactions éprouvées. Là, les effets de la force du souvenir, qui autrement restent dans l’âme et l’esprit, modèlent le physique, et si fortement que, plus tard, ils déterminent, extérieurement, les gestes, la physionomie, et, intérieurement, le tempérament. Car nous n’avons pas toujours dans la vieillesse, le même tempérament que dans notre enfance. Dans la vieillesse, le tempérament est en grande partie le résultat de ce que nous avons éprouvé pendant la vie et qui est devenu, intérieurement, un souvenir de l’âme.

Ce qui entre ainsi dans l’homme peut être à nouveau retrouvé dans sa réalité bien que ce soit cette fois plus difficile à obtenir : il est relativement facile de rappeler devant le regard de notre âme ce que nous avons vécu dans notre enfance ou  il y a des années, et d’en raviver réellement le souvenir. Mais il est déjà plus difficile de se replonger dans le tempérament de son enfance, ou, en général, dans un tempérament antérieur.

Cependant c’est justement la réalisation d’un tel exercice qui peut apporter à l’homme quelque chose d’extrêmement important, et on y arrive d’autant mieux qu’on peut pénétrer aussi profondément dans l’âme que nous le faisons dans les souvenirs de notre vie extérieure.

On arrive déjà à quelque chose quand – disons vers 40 ou 50 ans – naturellement dans les limites qu’imposent les circonstances – on rejoue un jeu de son enfance : quand on saute comme on sautait autrefois, etc., quand on cherche à reconstituer l’expression du visage qu’on avait vers huit ans en prenant le bonbon qu’une tante vous donnait ou autres choses semblables. Se replonger en soi-même jusque dans les gestes et les attitudes, cela amène à nouveau dans notre vie quelque chose qui nous conduit directement au sentiment que le monde extérieur n’est autre que le monde intérieur et que le monde intérieur est aussi le monde extérieur.

Et alors nous entrons avec tout notre être dans une fleur par exemple et en plus de l’expérience de la pensée et de celle du souvenir, nous avons ce que je pourrais appeler dans le meilleur sens du terme l’expérience vivante du geste. Et par celle-ci nous arrivons à concevoir comment le spirituel agit directement partout dans le physique. Vous ne pouvez pas retrouver en pleine conscience les gestes que vous avez faits – il y a vingt ans par exemple – dans une circonstance quelconque sans que vous preniez la chose très au sérieux, dans sa réalité intérieure profonde et avec énergie, sans que vous n’arriviez en même temps à saisir en toutes choses la communauté du spirituel et du physique. Alors vous êtes arrivés à l’expérience vivante de la 1ère hiérarchie.

Expérience vivante du geste : 1ère hiérarchie

Par l’expérience du souvenir, nous nous identifions avec l’aurore que nous regardons. Elle nous fait sentir toute la chaleur de l’aurore, nous la vivons intérieurement. Mais quand on monte à l’expérience vivante du geste, ce qui, dans l’aurore, vient à nous – ainsi intérieurement – s’unit à ce que nous percevons en général objectivement : le coloris, la résonance…

Quand nous voyons simplement les objets environnants éclairés par le soleil, nous les voyons tels qu’ils apparaissent dans la lumière. Quand nous avançons peu à peu de l’expérience du souvenir à celle du geste, nous ne voyons pas l’aurore de cette façon : là se dégage de toute matérialité ce qui est expérience vivante de la couleur : celle-ci devient vivante, devient psychique, devient spirituelle, quitte l’espace dans lequel l’aurore physique extérieure nous apparaît. Et l’aurore commence à nous parler du mystère des rapports du Soleil avec la Terre, et nous découvrons comment agissent les êtres de la 1ère hiérarchie.

Quand nous dirigeons notre regard sur l’aurore et qu’elle nous apparaît encore presque telle que nous la voyons dans la simple expérience du souvenir, nous apprenons à connaître les Trônes. Et alors le rose de l’aurore se détache ; le coloris devient vivant, devient âme, devient esprit, devient être et nous parle de la relation du Soleil et de la Terre à l’époque de l’ancien soleil, de telle sorte que nous comprenons ce que sont les Chérubins.

Puis, quand enthousiasmés et pleins de respect, ravis de cette double révélation de l’aurore, celle des Trônes et celle des chérubins, nous la conservons vivante dans notre âme, alors pénètre en notre for intérieur, provenant de cette aurore vivante devenue entité, ce qui constitue l’être des Séraphins.

Expérience vivante de la pensée : 3e Hiérarchie (Anges, Archanges, Archées).
Expérience vivante du souvenir : 2e Hiérarchie (Puissances, Vertus, Dominations).
Expérience vivante du geste : 1ère Hiérarchie (Trones, Séraphins, Chérubins).


Maintenant, tout ce que je vous ai décrit aujourd’hui, je l’ai fait pour vous indiquer comment en suivant simplement la voie de l’âme – de la pensée jusqu’au geste plein de pensée et pénétré d’âme – l’homme peut par des sentiments (au début ce ne sont que des sentiments) atteindre les fondements spirituels du monde jusqu’à la sphère des Séraphins.
Ces observations ne sont aujourd’hui qu’une sorte d’introduction ; elles nous conduiront de la vie de l’âme jusque dans les étendues du cosmos spirituel.
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Mer 13 Sep - 0:24

Centres Initiatiques - Origines et influences

Deuxième conférence

Dornach, 24 novembre 1923


Si de la vie psychique à l’observation de laquelle nous nous sommes consacrés hier, nous cherchons à passer à l’action créatrice de l’âme dans le physique, et cela en rapport avec ce qui a été dit hier, nous nous trouvons amenés devant deux directions : le souvenir dirige l’âme en arrière vers les expériences antérieures ; la pensée le conduit, comme je l’ai montré, dans l’éthérique. Ce qui saisit alors l’homme encore plus fortement que le souvenir, qui le saisit si puissamment que les impulsions intérieures passent dans son corps, je l’ai appelé hier, le geste. Et en observant ce qui a trait au geste, nous avons avancé jusqu’à la manifestation du psychique et du spirituel dans le physique.

La pénétration de l’homme dans la vie physique terrestre est bien une saisie du physique par le psycho-spirituel ; et si nous nous en tenons d’abord au souvenir, il consiste à transporter dans un âge plus avancé ce qui a été vécu auparavant. La question se pose alors : pouvons-nous, - comme le fait le souvenir qui renvoie à des faits de la vie en cours, - pouvons-nous remonter plus loin que la vie humaine ? Pouvons-nous remonter à ce qui a précédé l’entrée de l’homme dans la vie terrestre ?

Nous arrivons alors à deux choses : d’abord, à ce que l’homme, en tant qu’âme et esprit, a traversé dans l’existence prénatale… réservons cela pour une étude ultérieure… Mais c’est déjà quelque chose d’autre, quelque chose qui dépend de l’incorporation physique, ce que l’individualité humaine porte dans un corps physique : c’est tout ce que, selon l’expression scientifique habituelle, nous désignons sous le nom d’hérédité.

L’homme porte en lui jusque dans les dispositions de son tempérament, - ce qui a déjà une forte action sur le psychisme - des tendances, des impulsions qui se rattachent à ce qui provient de ses ancêtres physiques.

Sans doute, l’humanité actuelle traite ces sujets plutôt superficiellement, on pourrait même dire : sans aucun discernement. J’ai justement lu ce matin, au cours d’une promenade, un livre qui parle d’un souverain, membre d’une famille régnante aujourd’hui tombée, et qui s’occupe de la question d’hérédité familiale. On y signale des dispositions qui se transmettent héréditairement depuis le 7e siècle. Seulement on y trouve aussi, à propos de cette hérédité, une phrase singulière. Elle dit quelque chose comme ceci : dans cette maison princière, il y a des gens qui révèlent une tendance marquante à l’extravagance, la débauche, la vie dévoyée, etc… mais il s’en trouve aussi qui n’ont rien de tout cela. Vous voyez cette singulière manière de penser ! On pourrait supposer que quelqu’un qui a fait cette remarque serait amené à se dire : on ne peut vraiment rien conclure de telles hypothèses sur l’hérédité ! Et pourtant, si vous parcourez la plupart des théories qui à l’heure actuelle prétendent aboutir à des « certitudes », vous trouverez bien des choses semblables.

Cependant, bien que les conceptions sur l’hérédité qui règnent aujourd’hui se montrent assez superficielles, on doit cependant reconnaître que l’homme porte en lui les signes de l’hérédité. C’est là un aspect de la question ; et l’homme a aussi souvent à lutter contre ces hérédités. Il doit en quelque sorte s’en dégager pour retrouver les aptitudes acquises pendant la vie qui a précédé son entrée dans l’existence terrestre.

Le second aspect qui retient notre attention, c’est ce que l’homme s’approprie par l’éducation, par son commerce avec les autres hommes, et aussi par ses relations avec la nature extérieure. Selon l’habitude prise d’observer les règnes inférieurs, on appelle cela : l’adaptation de l’homme aux conditions environnantes. Et vous savez bien que la science naturelle moderne considère ces deux impulsions : l’hérédité et l’adaptation au milieu, comme de toute importance pour tout être vivant.

Mais en fait, quand on pénètre dans ces problèmes et qu’on s’y adonne sans aucun préjugé, on sent très bien qu’en dehors de la voie qui va vers le monde spirituel, on n’arrive en somme à aucune solution. Aussi, aujourd’hui, allons-nous aborder ces questions que dans la vie on rencontre à chaque pas, à la lumière de la connaissance de l’Esprit.

Pour cela nous devons remonter à quelque chose qui nous a souvent occupés. Nous avons déjà indiqué, et je le fais à nouveau, que la Lune s’était séparée de la planète Terre. On peut expliquer à ce propos que la Lune était autrefois réunie à la Terre et qu’à une certaine époque elle en est sortie pour pouvoir l’influencer de loin. Mais j’ai aussi indiqué quelles étaient les forces spirituelles qui ont effectué ce départ de la lune. J’ai indiqué comment, autrefois, des entités supérieures à l’homme vécurent directement sur la terre et furent les premiers grands instructeurs de l’humanité. Ce qui provient d’eux est à la source de notre pensée humaine terrestre : c’est la sagesse primordiale dont on retrouve partout l’empreinte originelle et – fait significatif – qui nous inspire un profond respect ; même les vestiges de ce qui fut un jour le contenu de l’enseignement de ces maîtres supérieurs à l’homme au début de l’évolution humaine, imposent le respect.

Ces entités ont trouvé dans l’existence humaine les conditions de leur développement, et elles sont aujourd’hui unies à la lune : elles font pour ainsi dire partie des habitants de la lune. Or il s’agit maintenant du fait que l’homme qui a passé les portes de la mort passe par les étapes du monde planétaire relié à notre Terre. Nous avons déjà fait observer que l’homme qui a achevé son existence terrestre arrive d’abord dans le domaine des activités lunaires, puis dans les domaines de Vénus, Mercure, des activités solaires et ainsi de suite. Aujourd’hui intéressons-nous d’abord à la façon dont l’homme arrive dans le domaine des activités lunaires.

J’ai déjà indiqué qu’avec la vision imaginative on peut suivre la vie de l’homme au-delà des portes de la mort, et que, en fait, c’est ce qui est Spirituel en lui, qui apparaît quand après avoir déposé son corps physique il l’abandonne aux éléments terrestres. On voit d’abord son corps éthérique ressaisi par la sphère éthérique contiguë à la Terre et il ne reste alors de lui que le psychique et le spirituel, c’est-à-dire le Moi, le Corps astral, ce qui s’unit organiquement au Moi et au corps astral.

Mais quand avec la vision imaginative on observe ce qui a traversé les portes de la mort, cela se présente toujours avec une certaine configuration. C’est cette configuration qui donne à la matière physique que l’homme porte en lui sa forme appropriée. Comparée au robuste corps physique, cette forme apparaît à la sensation et la perception psychique comme une ombre, amis l’impression qu’elle fait est très forte, intense. Dans cette configuration, la tête humaine donne l’impression de s’effacer ; le reste est fortement marqué et peu à peu au cours de la vie entre la mort et une nouvelle naissance, il se transforme pour devenir la tête de l’incarnation suivante. Mais il faut dire de cette configuration perçue par la connaissance imaginative quand l’homme a passé la porte de la mort, qu’elle présente une certaine expression, une sorte de physionomie qui reproduit fidèlement pour ainsi dire le caractère bon ou mauvais de l’homme pendant sa vie terrestre physique.

Ici, dans la vie terrestre, l’homme peut dissimuler le bien ou le mal à l’œuvre dans son âme ; après la mort il ne le peut pas. Si on regarde cette configuration spirituelle restée après la mort, elle porte en elle la marque de ce que l’homme était sur la terre. Celui dont l’âme emporte au-delà de la mort une tare morale montre une physionomie qui extérieurement, si je puis dire, rappelle les traits des êtres ahrimaniens. Et pendant les premiers temps qui suivent la mort, les sensations, les perceptions de l’homme sont limitées à ce qu’il peut reproduire en lui-même. Si donc l’homme porte en lui-même la physionomie d’Ahriman parce que son âme a emporté le mal moral dans la mort, il ne peut reproduire, c’est-à-dire percevoir, que ce qui est semblable à Ahriman. Et il est pour ainsi dire aveugle vis-à-vis de ces âmes humaines qui ont passé le seuil de la mort avec des dispositions moralement bonnes. C’est même là le jugement le plus sévère qui attend l’homme après la mort, dans la mesure où il est mauvais : il ne peut plus voir que ses semblables parce qu’il ne peut reproduire en lui que la physionomie des hommes mauvais.

L’homme qui a passé le seuil de la mort, atteint le domaine de la lune. Là, il se trouve en présence d’entités supra-sensibles, supra-physiques, mais toujours de celles qui lui sont semblables, il se trouve donc dans le voisinage des être ahrimaniens – du moins, celui qui a emporté le mal au-delà de la mort -. Ce passage de certains hommes à travers le monde ahrimaniens, à une signification bien précise dans l’ensemble des événements cosmiques. Et nous saisirons ce qui se produit là, si nous envisageons le sens exact de ce qui s’est passé lorsque les instructeurs primordiaux ont émigré vers la colonie lunaire du Cosmos.

Voyez-vous, à l’évolution complète du monde, se rattachent aussi bien ces entités qui appartiennent aux règnes ahrimaniens et lucifériens, que celles des hiérarchies plus élevées, celles que nous appelons communément les Anges, Archanges, etc… ; ces entités coopèrent en parfaite liaison avec celles dont le développement est normal. Les entités lucifériennes travaillent continuellement à détourner de la matérialité physique tout ce qui a tendance à s’en approcher. Dans le domaine des hommes, elles utilisent toutes les occasions pour détacher l’homme de sa corporéité physique. Les entités lucifériennes s’efforcent de faire de l’homme un être purement spirituel, psychique et éthérique. Les créatures ahrimaniennes s’efforcent de soustraire à l’homme tout ce qui le porte vers l’âme et l’Esprit, comme cela doit se réaliser un jour dans le règne humain. Elles voudraient transmuer en quelque chose de spirituel, le sous –humain ce qui vit dans les appétits, les instincts, etc…, tout ce qui s’exprime par le corps. Faire de l’homme un être spirituel, c’est le désir des entités lucifériennes aussi bien que des ahrimaniennes. Mais les lucifériennes veulent extraire de l’homme ce qui est psychique et spirituel pour qu’il vive ainsi sans plus se soucier de s’incorporer sur la terre. Les entités ahrimaniennes aimeraient beaucoup mieux s’occuper, non pas du psychique et du spirituel de l’homme, mais de ce qui lui est donné comme enveloppe, comme vêtement, comme instrument physique et éthérique, pour le détacher et l’emporter dans leur monde.
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Mer 13 Sep - 0:29

L’homme se trouve donc d’un côté vis-à-vis des entités hiérarchiques normales ; mais inséré qu’il est dans l’existence totale, il se trouve aussi en face des êtres lucifériens et ahrimaniens. Et il arrive que, chaque fois que les être lucifériens s’efforcent d’approcher l’homme, c’est dans le but de le rendre étranger à la terre et de l’éloigner d’elle ; par contre quand les êtres ahrimaniens s’efforcent de le subjuguer, c’est qu’ils voudraient le rendre de plus en plus terrestre, bien qu’ils veuillent aussi, en les spiritualisant, maintenir la solidité de la substance terrestre et la résistance des forces terrestres.

Quand on parle de ces questions spirituelles on doit parfois employer des expressions qui peuvent paraître grotesques vis-à-vis de ces faits de l’Esprit, mais il nous faut bien utiliser le langage humain. C’est pourquoi, mes chers amis, permettez-moi de me servir des mots habituels pour exprimer ce qui est purement spirituel. Vous me comprendrez certainement : vous n’avez qu’à transposer dans l’Esprit ce que j’exprime ainsi.

En fait, ces entités, ces grands instructeurs qui autrefois, au début de l’existence terrestre ont apporté à l’homme la sagesse originelle, ils se retirèrent sur la lune, pour établir un rapport juste entre la vie humaine et les influences lucifériennes et ahrimaniennes, autant que cela était possible dans leur domaine. Pourquoi était-ce-nécessaire ? Pourquoi des entités aussi élevées que le furent ces premiers maîtres, choisirent-ils de quitter le domaine terrestre où ils avaient travaillé un certain temps, et d’aller sur la Lune, en dehors de la terre, pour, de là, établir autant que possible ce rapport juste entre l’homme et les influences lucifériennes et ahrimaniennes ?  
   
Voyez-vous, quand l’homme, qui était alors une entité psycho-spirituelle, descend de l’existence pré-terrestre sur la terre, il parcourt le chemin que j’ai décrit dans mes conférences sur la Cosmologie, Religion et philosophie. Il a une certaine existence psycho-spirituelle qu’il relie à ce que l’hérédité lui donne dans la pure lignée de ses père et mère ; il l’unit à l’existence physique embryonnaire. Les deux , le physique embryonnaire et le spirituel s’interpénètrent, s’unissent l’un à l’autre et l’homme pénètre ainsi dans l’existence terrestre. Mais ce qui vit dans la ligne d’hérédité, dans les marques héréditaires qui des ascendants se transmettent aux descendants, c’est justement ce qui donne aux entités ahrimaniennes l’accès à la nature humaine. Dans les forces de l’hérédité résident des forces ahrimaniennes.

Et si l’homme a en lui beaucoup de ces tendances héritées, il a une corporéité dont le Moi approche plus difficilement. C’est même le secret de bien des être humains : ils portent en eux trop d’hérédités. On appelle cela aujourd’hui : « porter le poids de l’hérédité ». Cela a pour effet d’empêcher le Moi de pénétrer entièrement dans le corps, dans les divers organes du corps et celui-ci déploie pour ainsi dire une activité propre, à côté des impulsions du Moi, activité qui est déjà à l’œuvre dans le corps. Et cela permet aux puissances ahrimaniennes qui s’efforcent de s’introduire le plus possible dans l’hérédité, de réussi à ce que le moi ne s’installe que d’une manière lâche dans l’entité humaine. C’est là le premier des faits.
     
Mais l’homme est aussi soumis à l’adaptation aux conditions extérieures. Vous réaliserez comment il dépend de son milieu en réfléchissant à l’influence qu’ont sur lui le climat et les autres conditions géographiques. Cette seule influence de l’entourage naturel est d’une importance extrême pour l’homme. Il y eut même un temps où cette influence du milieu naturel était utilisée de manière précise par les Sages qui dirigeaient l’humanité.

Quand par exemple on constate chez les Grecs anciens la différence tout à fait remarquable entre les Spartiates et les Athéniens, il faut se dire : cette différence – que  nos manuels d’histoire présentent d’une manière strictement extérieure –tient aux mesures prises dans les mystères antiques mais qui eurent des résultats tout différents sur les Spartiates et sur les Athéniens.

En Grèce on faisait beaucoup de gymnastique. La gymnastique avait le rôle principal dans l’éducation des enfants, parce que, par le détour du corps, que l’on traitait et que l’on entraînait d’une certaine manière, selon la méthode grecque, on agissait aussi sur l’âme et l’esprit. Mais la méthode était différente chez les Spartiates et chez les Athéniens. Chez les Spartiates, il s’agissait avant tout d’obtenir que par leurs exercices de gymnastique les enfants laissent se développer ce qui est élaboré intérieurement par le corps et par le corps seul. C’est pourquoi le jeune Spartiate était entraîné à pratiquer sa gymnastique sans se soucier des intempéries.

Il en était autrement chez les Athéniens. Ceux-ci veillaient beaucoup à ce que les exercices de gymnastique soient adaptés aux conditions atmosphériques ; ils veillaient à ce que le jeune garçon, pendant ses exercices, soit exposé comme il le fallait à la lumière solaire. Pour les Spartiates il était indifférent que la gymnastique soit faite par temps de pluie, ou par temps ensoleillé. Les Athéniens voulaient qu’un stimulant agisse sur l’homme, et en particulier celui de l’action solaire.
         
On traitait le jeune Spartiate de façon que sa peau devienne dure, pour que ce qu’il développait en lui-même, vienne de l’intérieur du corps. La peau du jeune Athénien n’était pas frottée de sable et d’huile, mais il était exposé à l’action du soleil. Par ce fait, le jeune Athénien recevait en lui ce qui peut venir du dehors, de l’action solaire en l’homme. Il était entrainé à parler, à s’exprimer en un beau langage. Le jeune Spartiate était enfermé en lui-même par des frictions à l’huile aussi fréquentes que possible, et ce traitement de la peau, à l’huile et au sable, l’amenait à tout développer en lui indépendamment de la nature extérieure. Cela l’engageait à concentrer à l’intérieur de lui-même toutes les forces que la nature humaine peut développer et à ne pas les extérioriser. Aussi ne devenait-il pas beau parleur comme le jeune Athénien, il était plutôt porté à être avare de ses mots, à parler peu, à rester silencieux. Et quand il exprimait quelque chose, cela devait être sensé, avoir un contenu valable. L’élocution spartiate (le laconisme) toujours concise, était appréciée pour la plénitude de son contenu ; l’élocution athénienne,  pour la beauté de sa forme (atticisme). Or cela provenait de la manière dont le système d’éducation adaptait l’homme à son milieu.

Vous pouvez constater cela aussi dans les relations qui s’établissent naturellement entre l’homme et son milieu. Les gens du Sud, qui sont plus particulièrement exposés à l’action solaire, font plus de gestes et parlent davantage. Leur langage est d’un style plus harmonieux parce qu’ils accordent leur chaleur intérieure à la chaleur ambiante. Les gens du Nord sont plus taciturnes parce qu’ils doivent maintenir l’impulsion à créer de la chaleur corporelle à l’intérieur d’eux-mêmes. Observez ces hommes du Nord ; ils sont réputés pour leur mutisme ; ils peuvent être assis des soirées entières, les uns prés des autres, sans se sentir poussés à prononcer un seul mot. L’un pose une question : l’autre répond « oui » ou « non » deux heures après, ou même le lendemain soir. Cela tient à ce que ces hommes du Nord doivent garder en eux des impulsions intérieures plus fortes pour créer de la chaleur, car cette chaleur ne leur vient pas du dehors.

Nous avons là ce que l’on peut appeler : l’adaptation spontanée de l’homme aux conditions extérieures. Et vous voyez alors, comment tout cela agissait autrefois, par l’éducation sur la vie psychique et spirituelle. Ainsi, tandis que les entités ahrimaniennes trouvent dans l’hérédité les conditions de leur influence essentielle, c’est l’adaptation qui fournit aux entités lucifériennes les bases de leur influence essentielle. C’est là où l’homme entre en contact avec le monde extérieur qu’elles peuvent s’approcher de lui. Elles enlacent le Moi humain dans le monde extérieur et troublent souvent ainsi ses rapports avec le karma. Donc alors que les entités ahrimaniennes introduisent du désordre dans les rapports du Moi humain avec ses prédispositions physiques, les entités lucifériennes créent du désordre vis-à-vis de son Karma, car ce qui vient là du monde extérieur ne fait pas entièrement partie du Karma, mais doit justement y être inséré par toutes sortes de liens pour qu’à l’avenir cela se retrouve dans le Karma.

C’est ainsi que l’élément ahrimanien et l’élément luciférien se relient intimement à la vie de l’homme, et cela doit être régularisé, en conformité avec l’évolution générale de l’homme. Voilà pourquoi il était devenu nécessaire que ces sages maîtres primordiaux de l’humanité quittent la terre d’où ils ne pouvaient pas régler ces influences, car elles ne pouvaient l’être pendant la vie humaine, et qu’en dehors du cette vie l’homme n’est justement pas sur la terre. Il fut donc nécessaire que ces sages maîtres s’éloignent de la terre pour mener leur existence sur la lune. Dès qu’ils furent sur la lune, - et ici je dois utiliser le langage humain pour une chose à laquelle j’aimerais donner une autre forme d’expression – ces instructeurs primordiaux, ces entités, cherchèrent à conclure un pacte avec les puissances ahrimaniennes et lucifériennes. L’intervention des puissances ahrimaniennes et lucifériennes après la mort aurait été particulièrement nuisible à l’homme ; il aurait été néfaste qu’à ce moment-là ces entités ahrimaniennes pussent prendre une influence réelle sur lui, car, voyez-vous, quand l’homme passe par la porte de la mort et emporte avec lui les effets d’une activité mauvaise quelconque, il se trouve, comme je vous l’ai dit, dans un entourage ahrimanien, avec une manière de voir ahrimanienne. Lui-même a des traits ahrimaniens dans sa physionomie, et il ne perçoit que les entités humaines qui ont cette même physionomie. Cela doit rester ainsi : c’est-à-dire une pure expérience de l’âme humaine, car si Ahriman pouvait intervenir dans le corps astral et l’influencer, cela deviendrait une force qu’Ahriman déclencherait dans l’homme, qui ne serait pas compensée peu à peu par le Karma mais qui rendrait l’homme de plus en plus apparenté à la terre, qui le lierait étroitement au domaine terrestre. C’est ce que les puissances ahrimaniennes s’efforcent de réaliser. Ces êtres humains qui sont porteurs de mauvais instincts après la mort, le rendraient possible et elles voudraient introduire cette force après la mort, alors que l’homme dans sa configuration spirituelle est encore semblable à sa forme terrestre.

Chez le plus grand nombre possible de ces êtres elles voudraient doter cette configuration spirituelle de forces qui les retiendraient dans l’existence terrestre et fonder pour ainsi dire une humanité terrestre ahrimanienne.


Dernière édition par obsidienne le Mer 13 Sep - 0:35, édité 1 fois
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Mer 13 Sep - 0:32

C’est à cause de cela, que les maîtres primordiaux de l’humanité, les actuels habitants de la lune, ont conclu un pacte avec les puissances ahrimaniennes, pacte auquel ils durent se résigner – pour des raisons que j’exposerai plus tard – et par lequel ils leur concédaient, dans le plein sens du terme et seulement dans la mesure où c’est possible, une influence sur la vie humaine avant que l’homme ne descende dans l’existence terrestre. Quand donc l’homme en descendant vers l’existence terrestre passe à nouveau dans la sphère lunaire, selon cet arrangement, les puissances ahrimaniennes peuvent exercer une certaine influence sur l’homme. Et cette influence se marque dans ce fait que l’hérédité est devenue possible. Ce domaine de l’hérédité leur ayant été attribué grâce à l’intervention des maîtres primordiaux, les entités ahrimaniennes ont dû renoncer à influencer ce qui vit après la mort en l’homme.

Inversement, un pacte intervient avec les entités lucifériennes pour que celles-ci n’aient d’influence qu’après sa mort, et non avant sa descente dans l’existence terrestre.
Ainsi fut réglée l’influence extra-terrestre d’Ahriman et de Lucifer par les soins de ces sages maîtres de l’humanité. Nous avons déjà vu et il suffit de considérer le fait pour qu’il devienne immédiatement clair : l’homme est dirigé vers la Nature parce que les entités ahrimaniennes ont une action sur lui. Avant sa descente sur la terre, il est exposé aux empreintes de l’hérédité, et parce que les entités lucifériennes peuvent agir sur lui, il est exposé aux influences de son milieu physique, du climat, etc… et aussi à celles de son entourage spirituel-psychique-social par l’éducation, etc… L’homme entre ainsi en relation avec la nature qui l’environne.

Et dans cet entourage naturel les éléments ahrimaniens et lucifériens trouvent leur champ d’action. Je voudrais maintenant parler de l’existence que mènent ces entités arhimaniennes et lucifériennes, aussi dans cette nature environnante.

J’ai déjà signalé ces choses en parlant du problème de Michaël. Maintenant, je veux en parler avec plus de précision. Représentez-vous ce changement qui s’opère autour de nous dans la nature quand nous assistons à la formation du brouillard. Des vapeurs humides montent du sol. Peut-être même vivons-nous dans une atmosphère saturée d’humidité. Dans ces vapeurs humides qui montent, celui qui emploie la vision spirituelle découvre que quelque chose peut vivre là qui, dans un courant centrifuge, porte l’élément terrestre vers le haut.

Voyez-vous, ce n’est pas sans raison que les hommes qui vivent dans le brouillard deviennent facilement mélancoliques ; car dans cette brume, nous sentons quelque chose qui pèse sur notre volonté. Dans le brouillard nous sentons notre volonté peser sur nous.
On peut, par d’autres exercices, diriger ses imaginations de façon à peser soi-même sur sa volonté : on peut, à l’aide d’exercices de  concentration sur certains organes du corps, provoquer un certain sentiment interne du muscle – l’impression est autre quand on marche – comme si en se concentrant debout le muscle se tendait.

Quand l’exercice devient habituel, quand il est fait comme je l’indique dans « L’initiation », on pèse sur la volonté par sa propre activité. Et alors devient visible ce qui est présent dans le brouillard qui monte, ce qui, dans ce brouillard peut rendre morose et mélancolique ; on voit de manière psychique et spirituelle comment dans le brouillard qui monte vivent certains esprits ahrimaniens. Et avec la connaissance de l’esprit, l’on peut dire que, dans le brouillard s’élèvent de la terre vers l’espace cosmique des esprits ahrimaniens dont l’existence s’élargit ainsi en ce qui concerne le terrestre.

Et à nouveau, quelque chose d’autre apparaît – ici, au Goethéanum, on a souvent de belles occasions de le faire – quand le soir ou le matin, on tourne les yeux vers l’espace et qu’on regarde les nuages, mais surtout la lumière solaire qui repose sur ces nuages. Il y a quelques jours, vous pouviez voir dans les dernières heures de l’après-midi une sorte d’or solaire rouge s’incorporer aux nuages et faire surgir les configurations les plus variées de façon étonnante. C’était ce même soir où l’éclat de la lune prit une intensité toute particulière. Mais vous pouvez le voir aussi chaque fois qu’il y a des nuages et que, sur eux, se pose la lumière, suscitant un jeu de couleurs d’un merveilleux éclat. Naturellement on peut le voir partout, je veux seulement dire, qu’ici, à Dornach, c’est particulièrement beau.

Dans cette lumière fluctuante qui se pose sur les nuages vivent les esprits lucifériens, comme dans le brouillard vivent les esprits ahrimaniens. Et, au fond, pour celui qui peut contempler avec la conscience de l’imagination, et qui réussit à laisser sa pensée habituelle accompagner les formes et les couleurs des nuages, qui au lieu de lui donner des contours nets, lui permet de se métamorphoser, de se transformer, qui laisse ses pensées elles-mêmes s’élargir, se rétrécir avec les formes nuageuses, épouser ces formes et ces couleurs, pour celui-là, ce jeu de couleurs sur les nuages, dans un ciel du soir ou du matin, apparaît comme une mer de couleur dans laquelle se meuvent des figures lucifériennes. Si le brouillard qui monte fait naître dans l’homme une humeur mélancolique, ici, la vue de cette mer luciférienne ruisselante de lumière amène sa pensée et aussi son sentiment à respirer dans une liberté supra-humaine. C’est une relation toute particulière avec son entourage que l’homme peut acquérir, car là il peut en fait s’élever jusqu’à ressentir que sa pensée est comme une respiration dans la lumière.

L’homme ressent sa pensée comme une respiration, mais une respiration dans la lumière. Si vous voulez expérimenter ceci, vous comprendrez mieux un passage de mes mystères où il est question d’êtres qui respirent la lumière. L’homme peut déjà avoir un pressentiment de ces êtres qui sont « respiration de la lumière » quand il passe par l’expérience que j’ai décrite.

Ainsi nous découvrons comment l’élément ahrimanien et luciférien s’insère dans la nature extérieure. Et si nous regardons dans l’entité humaine les manifestations d’hérédité et d’adaptation, nous voyons comment elles orientent l’être psychique et spirituel de l’homme vers la nature. Quand nous observons ces phénomènes naturels, que sont la brume qui monte et les nuages bordés de lumière ruisselante, nous voyons comment les entités lucifériennes et ahrimaniennes s’unissent à quelque chose de naturel. Mais quand l’âme et l’esprit humain s’approchent de la nature dans l’hérédité et l’adaptation au milieu, ils ne s’approchent que  de l’élément luciférien et ahrimanien. Ce qui dans l’homme a un caractère naturel est luciférien et ahrimanien et ce qui, dans les phénomènes naturels, comporte un élément dont les physiciens ne tiennent pas compte est à nouveau luciférien et ahrimanien. C’est là un point qui peut nous mener à une action naturelle qui s’exerce sur l’homme au-dessus de son existence terrestre. Aujourd’hui, maintenons cela fermement dans notre pensée : nous trouvons Ahriman et Lucifer dans l’hérédité humaine et dans l’adaptation au milieu ; nous trouvons Ahriman et Lucifer dans le brouillard qui monte et dans la lumière qui ruisselle sur les nuages et qu’ils retiennent prisonnière. Et dans l’homme, nous trouvons un effort pour créer un équilibre, un rythme entre l’hérédité et l’adaptation. Mais nous trouvons aussi dans la nature cet effort de créer un rythme entre les deux puissances dont je vous ai montré l’activité dans les phénomènes naturels.

Suivez ce qui se passe là, dans la nature, et vous y trouvez un spectacle merveilleux. Suivez l’effort des esprits ahrimaniens pour s’élever dans l’espace cosmique au moyen de ce brouillard qui monte : au moment où celui-ci se condense et s’arrondit en nuages, ils doivent renoncer à leur effort et redescendre sur la terre. Le nuage arrête l’effort présomptueux d’Arhiman. Dans le nuage, le brouillard disparaît et Arhiman n’y est plus chez lui. Mais dans le nuage il devient possible à la lumière de se poser ; là-haut sur le nuage Lucifer repose.

Saisissez cela dans toute sa portée. Représentez-vous bien la brume dans laquelle s’ébauchent des figures ahrimaniennes jaunâtres, la brume qui monte et qui plus haut se condense en masse arrondies de nuages et dans la lumière ruisselante qui les borde, des figures lucifériennes s’efforçant de descendre : vous avez là l’illustration dans la nature des éléments ahrimaniens et lucifériens.

Alors vous comprendrez aussi qu’au  temps où l’on avait un sentiment de ce qui est au-delà du seuil, de ce qui vit et qui œuvre dans le nuage lumineux, de ce qui vit et œuvre dans le brouillard qui s’arrondit en masses, qu’à ces temps-là un peintre par exemple était dans une disposition tout autre qu’il ne le fut plus tard. Le spirituel qu’il ressentait portait sa propre couleur et cette couleur trouvait sa juste place sur la toile. Le poète pouvait dire : parce qu’il était conscient de la divinité, de la spiritualité qui parlait en lui : « Chante, ô muse, le courroux d’Achille fils de Pelée », ou bien : « Chante pour moi Muse, l’homme qui fit de si longs voyages » (ainsi débutent les poèmes d’Homère). Ensuite, Klopstock qui ne  possédait plus le sens du divin ni du spirituel écrivit à la place : « Chante, âme immortelle, la rédemption de l’homme pécheur » (je l’ai souvent indiqué). Tout comme le poète des anciens temps pouvait revêtir de mots ce que lui disait l’esprit, et commencer ses poèmes de cette façon, les peintres anciens, même encore les contemporains de Léonard et de Raphaël, auraient pu dire aussi et l’ont ressenti à leur manière : « Peins, ô Muse, peins pour moi, ô force divine. Conduis ma main mets l’âme dans ma main pour que, par elle, tu puisses guider le pinceau que tiennent mes doigts. ».

Il s’agit réellement de comprendre cette union de l’homme et de l’esprit dans toutes les circonstances de la vie et surtout dans les circonstances les plus importantes.
Retenons donc bien que d’un côté, dans l’hérédité et l’adaptation au milieu, nous approchons l’élément humain lui-même des activités ahrimanienne et luciférienne, mais que de l’autre côté dans une vue pénétrante de la nature, nous voyons ces activités à l’œuvre dans la nature extérieure. Nous reprendrons donc demain notre étude de ce point de vue.
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Ven 15 Sep - 14:59

Troisième conférence. Dornach, 25 novembre 1923


Je vous ai dit comment l’homme est soumis dans sa vie à ce que la science appelle hérédité. Je vous ai montré en outre comment l’homme est soumis à l’action du monde extérieur, à l’adaptation au monde extérieur et comment tout ce qui est hérédité est relié à l’élément ahrimanien, tandis que l’adaptation au milieu dans le sens le plus large, l’est à l’élément luciférien. Mais je vous ai dit aussi comment dans l’Univers, c’est-à-dire parmi les entités spiriuelles sur lesquelles repose l’Univers, on veille à ce que ces éléments luciférien et ahrimanien puissent s’intégrer d’une manière juste dans la vie humaine. Poursuivons un peu plus avant ce qui a été dit, tout en nous remémorant encore une fois les explications données.

Nous avons remarqué comment le souvenir, et tout ce qui est du domaine de la mémoire, crée intérieurement dans l’homme comme une réserve psychique. Nous sommes, en tant qu’êtres psychiques, bien plus que nous le pensons, formés par nos souvenirs. Ce que sont devenus les souvenirs de nos expériences, c’est cela qui, en fait, a formé notre âme. On est plus qu’on ne le pense le résultat de la vie de ses souvenirs ; et celui qui peut pratiquer l’observation de soi-même jusqu’à pénétrer dans la vie des souvenirs verra combien les impressions de l’enfance jouent un grand rôle pendant toute la vie.

La manière dont nous avons passé cette enfance qui ne joue qu’un rôle restreint dans la vie consciente, le temps pendant lequel nous avons appris à parler, à marcher, pendant lequel nous avons mis nos premières dents, les dents héritées, toutes les impressions reçues pendant ces étapes de développement, jouent un rôle très grand pendant toute la vie terrestre de l’âme humaine. Et beaucoup de ce qui ayant trait au caractère se heurte intérieurement aux pensées rattachée à des souvenirs (et tout ce qui dans nos pensées ne vient pas du monde extérieur provient des souvenirs), tout ce qui par ces heurts nous cause de la joie ou de la douleur (ce sont généralement de légères nuances de joie ou de douleur qui accompagnent ces pensées spontanées), toute notre vie de souvenirs, notre corps astral l’emporte avec lui quand nous nous endormons. Et si avec la vision imaginative, on voit l’être psychique et spirituel de l’homme endormi, la chose se présente de la manière suivante.

On peut le dire ainsi : vous vous représentez la peau humaine avec à l’intérieur, pendant le sommeil, le corps éthérique et le corps physique ; le corps astral est à l’extérieur là tout près ; si on observe cela en lui faisant face pour ainsi dire, on voit nettement le corps astral composé de souvenirs. On voit simplement comment ces souvenirs qui vivent là dans le corps astral, en dehors de l’homme, s’entremêlent en tournoyant, dirais-je volontiers. Ce sont des expériences vécues très éloignées les unes des autres dans le temps, et aussi dans l’espace, qui se rapprochent ; à certaines d’entre elles, il manque bien des choses ; si bien que toute cette vie de souvenirs est transformée. Et si l’homme rêve, il le fait justement parce que cette vie transformée des souvenirs surgit dans sa conscience. Et c’est à la contexture du rêve qu’on peut concevoir ces amalgames tournoyant, percevoir intérieurement ce que la clairvoyance imaginative peut voir du dehors.

Mais autre chose se révèle encore : ce qui apparaît là comme souvenirs, du moment où  l’on s’endort jusqu’au réveil, ce qui  constitue le contenu principal de la vie astrale de l’âme humaine, s’unit durant le sommeil aux forces qui se trouvent derrière les phénomènes naturels. Et on peut dire : ce corps astral qui vit dans les souvenirs est en liaison avec les forces qui sont derrière le minéral, exactement à l’intérieur des minéraux, à l’intérieur des plantes, derrière les formations nuageuses, etc…

Pour celui qui voit cela, il est véritablement, dirais-je, effroyable que des gens viennent nous dire : derrière les phénomènes naturels, il y a des atomes matériels. Ce ne sont pas à ces atomes matériels que nos souvenirs s’unissent pendant le sommeil, mais à ce qui existe réellement derrière les apparences, aux forces spirituelles actives ; voilà à quoi s’unissent nos souvenirs pendant le sommeil ; c’est là qu’ils reposent.

Si bien que nous pouvons réellement dire : pendant le sommeil notre âme plonge avec ses souvenirs dans l’intérieur de la nature. Et vous ne dites rien de faux, rien d’inexact, quand vous vous exprimez ainsi : quand je m’endors je remets mes souvenirs, aux puissances spirituelles qui règnent dans le cristal, dans les plantes, dans tous les phénomènes naturels. Oui, vous pouvez faire une promenade et voir le long du chemin les fleurs jaunes, les fleurs bleues, l’herbe verte, les épis dorés, lourds de promesses, et vous dire : En venant vers vous pendant le jour, je vous vois de dehors ; pendant mon sommeil, c’est à l’intérieur e vous que je plongerai mes souvenirs. Ce que, des expériences de ma vie j’ai transformé en souvenirs, vous l’accueillez quand je dors. Et c’est sans doute là le plus beau sentiment de la nature que de ne pas s’en tenir à une relation tout extérieure avec le rosier, mais de se dire : j’aime le rosier parce qu’il à la particularité – (peu importe qu’il soit loin ou près, pendant le sommeil, nous empruntons un autre chemin vers lui) – parce qu’il a la particularité de recevoir les premiers souvenirs de notre enfance. Les hommes aiment la rose pour cela même, mais ils l’ignorent.

Quand nous étions enfants, les gens autour de nous étaient pleins d’amour. Nous leur faisions souvent des sourires. Nous l’avons oublié, mais nous le portons dans le coloris de notre âme, et le rosier recueille en lui—même pendant notre sommeil nocturne le souvenir que nous avons oublié. L’homme est bien plus qu’il ne le pense relié au monde de la nature, c’est-à-dire avec l’esprit qui règne dans ce monde. Ce qui a trait à ces souvenirs des premières années de l’enfance en rapport avec le sommeil humain est d’autant plus remarquable, qu’en fait ce qui est ainsi recueilli de ces années et des suivantes jusqu’au changement de dentition, vers 7 ans, relève uniquement du domaine de l’âme. En réalité parce que nous sommes des hommes, l’esprit de la nature ne prend en lui de notre enfance que ce qui est âme.

Naturellement il y a là aussi des choses qui ont une autre valeur : cet élément d’âme que nous avons développé pendant notre première enfance, notre cruauté par exemple cela existe aussi en nous ; mais ce sont les épines qui le reçoivent. Tout ceci est évidemment présenté d’une manière symbolique mais cela exprime une réalité très importante. Ce qui, de l’enfant, n’est pas recueilli à l’intérieur de la nature, nous allons l’aborder immédiatement dans ce qui suit.

Voyez-vous, pendant les sept premières années, tout ce qui est strictement corporel vient de l’hérédité. Les premières dents sont uniquement les dents héritées, parce que tout ce qui est matière en nous pendant les sept premières années est essentiellement dû à l’hérédité. Mais après sept ans, toute la substance matérielle est éliminée, et à nouveau formée. La forme de l’homme demeure sa forme spirituelle. Il rejette constamment ce qui est matériel et après sept ans, jusqu’à huit, tout est parti. A neuf ans, nous avons renouvelé l’homme que nous étions et nous l’avons reconstruit d’après les impressions venues de l’extérieur.

En fait, il est très important pour l’enfant d’avoir dans les premiers temps de sa vie, la possibilité de construire son nouveau corps, qui n’est plus hérité celui-là, mais formé de l’intérieur, avec de bonnes impressions venues de l’entourage, et avec une bonne adaptation.

Tandis que le corps que l’enfant reçoit en venant au monde dépend de la manière bonne ou moins bonne dont les impulsions héritées lui sont données, le corps qu’il revêt plus tard de 7 à 14  ans dépend très étroitement des impressions qu’il reçoit de son entourage. Tous les sept ans, nous renouvelons notre corps.

Mais là, c’est le Moi qui construit. Bien que le Moi, chez l’enfant de 7 ans, ne soit pas encore né pour le monde extérieur – il naît plus tard – il agit quand même car il est naturellement relié au corps, et c’est lui qui construit. Et il forme ce dont j’ai parlé, la physionomie, le geste, la révélation extérieure et matérielle de l’âme et de l’esprit dans l’homme. Il est très exact que l’homme qui prend une part active au monde, qui s’intéresse à beaucoup de choses et qui les élabore ensuite intérieurement, révèle matériellement dans l’expression de son visage, dans ses gestes, ce qu’il ainsi reçu et assimilé.

Chez l’homme qui porte au monde un vif intérêt, et qui lui consacre son activité intérieure on voit, à un âge plus avancé, dans chaque ride de son visage, comment lui-même s’est formé : on peut lire ainsi bien des choses, car c’est le Moi qui apparaît dans la physionomie et le geste. Chez l’homme qui passe devant le monde, indifférent ou blasé, le visage conserve toute la vie la même expression. Des expériences plus intimes ne se marquent pas dans la physionomie et le geste. Dans bien des visages on peut lire toute une biographie ; dans beaucoup d’autres, on ne peut guère lire autre chose sinon que l’homme a été autrefois un enfant, ce qui n’a rien de bien particulier.

Ce fait, que tous les 7 à 8 ans, l’homme rejette la substance matérielle et renouvelle son aspect extérieur a une signification très importante, car ce travail sur son apparence extérieure, sur sa physionomie et ses gestes, c’est à nouveau quelque chose que pendant le sommeil il apporte à l’intérieur de la nature.

Quand on regarde l’homme avec la clairvoyance imaginative – et que cette fois on observe le Moi, qui est en dehors du corps, endormi, on le voit essentiellement composé de physionomie et de gestes. Chez les hommes dont la physionomie et les gestes expriment la vie intérieure, le Moi est brillant, rayonnant ; et cette élaboration du geste, de la physionomie se lie, à nouveau, à ces forces qui sont à l’intérieur de la nature. Et voici comment : si nous avons eu souvent, au cours de la vie, l’occasion d’être affables, d’être aimables, dès que cette amabilité est devenue expression du visage, la nature tend à la prendre dans son être pendant notre sommeil. Nos souvenirs, elle les prend dans ses forces, l’expression de nos gestes, elle la prend dans son essence, dans son être même.

Si intime est le lien de l’homme avec la nature extérieure, que les souvenirs qui vivent en lui, aussi bien que l’extériorisation de son âme en gestes et en traits de physionomie, ont pour elle une importance énorme. Car cela continue à vivre à l’intérieur de la nature.
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Ven 15 Sep - 15:04

J’ai souvent cité, sans en donner le sens concret, cette parole de Goethe qui est en réalité une critique d’une phrase de Haller. Celui-ci avait dit : « Aucun esprit créé ne pénètre à l’intérieur de la nature. Heureux celui à ne pénètre à l’intérieur de la nature. Heureux celui à qui elle montre au moins son enveloppe extérieure ». A cela Goethe répond : « O philistin ! Partout nous sommes à l’intérieur ! Rien n’est dedans, rien n’est dehors : ce qui est dedans est dehors, ce qui est dehors est dedans (c’était la pensée de Goethe). C’est à toi qu’il faut demander si tu es toi-même le noyau ou l’écorce ». Goethe ajoute qu’il entend dire cela depuis 60 ans, et qu’il peste secrètement ; car Goethe sentait, il ne connaissait naturellement pas encore la science spirituelle, mais il sentait que celui qui a dit : « A l’intérieur de la nature, aucun esprit créé ne peut pénétrer » ne peut être qu’un philistin qui ignore complètement que l’homme, parce qu’il est un être fait de souvenirs, de gestes et de physionomie pénètre constamment dans l’intérieur de la nature. Nous ne sommes pas des entités qui restons à la porte de la nature et qui frappons en vain. C’est par notre être le plus intime que nous communiquons intimement avec l’intérieur de la nature. Mais pour l’enfant qui jusqu’à 7 ans ne possède qu’un corps hérité, rien de son Moi, de sa physionomie ni de ses gestes ne pénètre dans la nature. Nous ne commençons qu’avec le changement de dentition à pénétrer dans son essence : et là, après ce changement, nous acquérons peu à peu la maturité suffisante pour réfléchir sur un fait quelconque de la nature. Auparavant, ce sont des pensées puissantes qui montent dans l’enfant, mais qui n’ont rie à faire avec la nature ; c’est d’ailleurs pour cela qu’elles sont stimulantes. Le mieux que nous puissions faire pour l’enfant, c’est de faire appel à la poésie, de lui dire que les étoiles sont les yeux du ciel, etc… de lui parler de choses aussi éloignées que possible des réalités physiques.

Après le changement de dentition, seulement après, l’enfant entre peu à peu en contact avec la nature et ses pensées s’accordent graduellement aux siennes. Au fond, toute la vie entre 7 et 17 ans est une pénétration dans la nature, car outre les souvenirs qui proviennent de son âme il lui apporte encore ses gestes et sa physionomie. Et cela se poursuit pendant toute la vie. Pour l’intérieur de la nature, l’individualité humaine ne naît qu’avec le changement de dent.

C’est pourquoi ces entités que j’ai appelées les êtres élémentaires, les gnomes et les ondines, prêtent si volontiers l’oreille à ce que l’homme leur raconte de la vie de l’enfant jusqu’à 7 ans, car pour ces êtres de la nature l’homme ne naît qu’au changement de dentition.

C’est là quelque chose d’extrêmement intéressant. Pour les gnomes et les ondines, avant ce moment l’homme est un être de l’au-delà, et le voir apparaître déjà presque achevé, leur semble très énigmatique. Ce serait tellement vivifiant pour la pédagogie, pour la fantaisie pédagogique, si grâce à la connaissance spirituelle on pouvait s’engager à fond dans ce dialogue avec les esprits de la nature ; se déverser dans leur âme pour y saisir les pensées qu’ils ont à propos de ce qu’on leur raconte des enfants, car c’est de là que la fantaisie tire les plus beaux contes.

Les contes des temps anciens sont devenus si riches et si concrets justement parce que les poètes pouvaient parler avec les gnomes et les ondines et non simplement les entendre. Ces esprits de la nature sont parfois très égoïstes. Ils deviennent très silencieux quand on ne leur raconte pas ce dont ils sont curieux ; et pour eux, les meilleurs récits sont les faits et gestes des bébés. Alors on obtient d’eux des quantités de choses qui peuvent entrer dans les contes.

Oui, voyez-vous, ce qui paraît aujourd’hui complètement fantastique, peut devenir extrêmement important pour la vie spirituelle pratique. En fait ces dialogues avec les esprits de la nature grâce aux circonstances que j’ai indiquées, sont des plus instructifs aussi bien pour les uns que pour les autres.

Cependant, d’un autre côté, il est naturel que cela puisse inspirer une certaine crainte : lorsqu’il dort, l’homme crée constamment des reproductions de son être le plus intime. Derrière les choses de la nature, derrière les fleurs des champs jusque dans le monde éthérique se trouvent des empreintes de nos souvenirs, les bons et aussi les inutiles. La terre fourmille partout de ce qui vit dans l’âme humaine, et ce lien de la vie humaine avec ces choses est bien une réalité.

Nous trouvons donc d’abord les esprits de la nature, les entités dans lesquelles nous pénétrons avec le monde de nos gestes. Mais nous trouvons avec le monde de nos gestes. Mais nous trouvons aussi le monde des Anges, des archanges, des Archées. De la même manière, nous montons et nous plongeons en eux. Nous plongeons dans les actes du monde angélique par nos souvenirs. Nous plongeons dans les entités du monde angélique par ce que nous avons-nous-mêmes imprimé dans notre physionomie et nos gestes. Et l’expérience de cette vie pendant le sommeil nous amène à dire : quand nous pénétrons dans ce côté de la nature, la vie nous y apparaît telle que plus nous avançons plus nous entrons dans la région des Anges, des archanges et des archées, selon la direction du rayon (du cercle). Et là nous atteignons la 3e hiérarchie. Et quand, avec nos souvenirs et nos gestes, nous plongeons en dormant dans la mer fluctuante des entités qui tissent le monde : Anges, Archanges et Archées, quand nous plongeons dans cette mer, alors arrive sur le côté un flux d’entités spirituelles. C’est la 2e hiérarchie, Exusiaï, Kyriotetes, dynamis. Et si nous voulons mettre ce qui vient d’être décrit en accord avec ce qui existe extérieurement dans le monde, nous dirons que le chemin que suit la 2e hiérarchie, et par lequel elle croise la 3e, suit le cours du soleil qui pour nous va d’est en ouest pendant le jour.

La 3e hiérarchie, Anges, Archanges, Archées, plane, s’élève, s’abaisse, « se passe » « les seaux d’or », s’élève, s’abaisse, etc… Selon cette description la 2e hiérarchie va comme le soleil de l’est vers l’ouest – cela ne correspond pas à la conception moderne de Copernic – mais en fait c’est de l’est vers l’ouest qu’avance ce flot d’entités, comme le soleil le fait pendant le jour.

Si bien que l’homme qui le voit – s’il est clairvoyant – pénètre pendant son sommeil dans cette 3e hiérarchie. Mais celle –ci est continuellement traversée par le côté, des grâces de la 2e hiérarchie et celle-ci a aussi de la valeur pour la vie de notre âme.

Je vous ai signalé avant-hier l’importance qu’a pour nous le retour à des expériences de jeunesse. Vous en aurez un sentiment très profond si vous reprenez les mystères et qu’avec une compréhension peut-être plus grande qu’avant, vous réalisez ce qui est indiqué sur l’apparition de la jeunesse de Johannès : c’est-à-dire que l’homme peut rendre son être intime plus activement, plus intensément perceptible pour lui-même quand il retourne aux faits de sa jeunesse. Je vous ai dit : on prend en main de vieux livres scolaires dans lesquels on a appris quelque chose –ou si vous voulez, on n’a rien appris, l’essentiel n’est pas qu’on y ait appris quelque chose ou l’essentiel n’est pas qu’on y ait appris quelque chose ou non, mais qu’on s’y replonge comme on l’a fait autrefois) ; on arrive déjà ainsi à des expériences très personnelles. J’ai pu, il a deux ans, me replonger ainsi dans une circonstance de ma jeunesse et cela fut pour moi d’une importance énorme à un moment où j’avais besoin de renforcer ma pénétration spirituelle. J’avais exactement onze ans et l’on m’avait donné un livre d’école. La première chose que je fis fut de renverser par inadvertance un encrier et deux pages furent tachées au point que je ne pouvais plus les lire. C’est un incident que j’ai, il y a des années, souvent revécu : ce livre avec ses pages gâchées, et tout ce que j’ai enduré alors ; car ce livre, il avait dû être racheté par une famille pauvre. C’est quelque chose d’affreux tout ce que l’on peut ressentir à propos d’un livre scolaire, avec d’énormes taches d’encre. Mais comme je l’ai dit, il ne s’agit pas d’être devenu plus raisonnable en réveillant ce souvenir mais bien de le revivre intensément.

Si vous essayez de revivifier ainsi un fait, de le retrouver dans toute son intensité intérieure, vous éprouverez encore quelque chose d’autre, vous aurez la vision réelle d’une scène que vous avez vécue intérieurement et qui surgira devant votre âme. La nuit venue, quand il fer sombre autour de vous, quand vous serez seul avec vous-même, vous verrez apparaître comme dans l’espace les circonstances dans lesquelles vous vous trouviez un peu avant ou après la scène revécue ; donnons un exemple : vous avez évoqué devant votre âme une scène qui s’était passée un jour à onze heures. Ensuite vous êtes allé quelque part où vous vous êtes assis en face de personnes quelconques. Vous êtes assis, là, et les gens sont autour. Vous avez fait remonter un souvenir vécu intérieurement, mais ce qui, extérieurement, était à ce moment autour de vous, réapparaît comme un tableau spatial. Il faut considérer ces rapports, on peut y faire d’importantes découvertes. Je suppose qu’à l’âge de 17 ans, vous preniez vos repas dans une pension dont les clients changeaient souvent. Et maintenant vous évoquez une scène que vous avez vécue là, intérieurement. Vous la revivez intensément. La nuit, vous ferez cette expérience : vous vous voyez assis à une table, et autour de vous sont assis ces gens que vous n’avez vu que rarement car dans une pension ils se renouvellent fréquemment. Or, un de ces visages vous amène à reconnaître que ce que vous voyez là est exactement ce que vous avez vécu autrefois. Ce qui était extérieurement dans l’espace s’ajoute à ce qui était intérieurement dans l’âme au moment où on revit ses souvenirs, où on les rend comme présents.

Voyez-vous cela veut dire en fait : vivre avec ce courant qui va d’Est en Ouest. Car vous arrivez de plus en plus à ce sentiment : là, dans ce spirituel où vous entrez en dormant, vous ne vivez pas seulement ce qui monte avec vous ; mais vous y trouvez aussi ce qui est déjà là de soi-même, c’est-à-dire ce qui se reflète extérieurement au moment où vous apparaissent : les clients de la pension, assis autour de la table. Vous avez oublié cela depuis longtemps et pourtant c’est là. Vous pouvez le contempler comme vous pouvez contempler les faits que retrace souvent la chronique de l’Akasha. Au moment où vous avez ce tableau devant vous, vous avez saisi ce courant qui va de l’est vers l’Ouest : le courant de la deuxième hiérarchie, dans lequel vit ce qui est visible dans sa forme, pendant le jour.
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Ven 15 Sep - 15:08

Mais le jour varie au cours de l’année. Au printemps il s’allonge, en automne, il diminue. C’est en été qu’il est le plus long, et en hiver qu’il est le plus cours. Cela vient d’un courant de sens opposé et qui va de l’Ouest vers l’Est. C’est celui de la première hiérarchie des Séraphins, des Chérubins et des Trônes. Suivez la manière dont le jour varie au cours de l’année, passez du jour à l’année, et alors, mes chers amis, vous arriverez dans ce courant opposé qui vient à votre rencontre pendant votre sommeil.

En fait, il est exact que quand nous dormons nous pénétrons dans le monde spirituel dans le sens du rayon et non selon la courbe qui va de l’est vers l’ouest, ni celle qui va de l’ouest vers l’est. Si ce tableau est bien net devant votre âme, nous devons d’après ce que je vous ai dit, placer l’hiver devant notre âme quand elle revit intensément un souvenir.

Mais il en est de même quand nous devenons conscients de notre volonté, or devenir conscient de sa volonté c’est justement ce qui se passe dans la physionomie et les gestes. Pour les Eurythmistes ce qui je dis là a une certaine importance, bien que l’eurythmie n’ai naturellement pas pour but de mettre en valeur ce que je veux dire maintenant. Quand l’apparence extérieure d’un homme est de plus en plus conforme à son être intérieur, quand son Moi s’exprime toujours davantage dans sa physionomie et ses gestes, il ne reçoit pas seulement une impression du jour, il ne passe pas seulement d’un souvenir intérieur vivant à la vision des choses extérieures de l’espace, il ne revit pas seulement ce qu’il a appris à 17 ans à quoi s’ajoute le tableau des clients de la pension groupés pour un repas – comme on peut voir les images dans la chronique de l’Akasha -, cela c’est l’expérience du jour – mais il peut aussi avoir l’expérience de l’Année -, Et alors cela se passe ainsi :

Si l’on prête attention au fait qu’il est relativement facile de disposer de sa volonté quand on a chaud, alors qu’il est difficile de commander à son corps quand il fait froid (une  subtile de soi-même le révèle clairement), on peut ressentir intérieurement le lien exact qui se noue entre la volonté et le fait d’avoir chaud ou froid, et il devient peu à peu possible de parler d’une volonté d’hiver et d’une volonté d’été en soi-même.

On constate notamment que ce qui caractérise le mieux cette volonté, ce sont les saisons. Pensons par exemple à cette volonté qui transporte pour ainsi dire nos pensées dans l’univers qui facilite la maîtrise du corps au point que dans les mouvements de celui-ci, les pensées sont comme emportées dans l’espace, elles s’échappent par le bout des doigts : on sent très précisément combien il est facile de projeter sa volonté. On est en face d’un arbre, quelque chose là-haut nous plait particulièrement, si notre volonté s’échauffe, les pensées sont portées jusqu’à la cime de l’arbre… Oui, souvent même elles vont jusqu’aux étoiles quand par une nuit d’été on se sent pourvu d’une chaude volonté.
Quand la volonté se refroidit intérieurement, alors il semble que toutes les pensées restent uniquement dans notre tête, et ne peuvent passer ni dans les bras, ni dans les jambes. Tout va dans la tête. La tête supporte le froid de la volonté, et si celui-ci ne domine pas au point de glacer le sentiment, la tête s’échauffe par sa réaction interne – et alors elle développe des pensées -.  

On peut donc dire : la volonté d’été nous conduit dans les espaces cosmique. La volonté d’été, la volonté chaude, emport partout nos pensées. La volonté d’hiver, elle, ramène nos pensées dans notre tête, notre « chef ».

On peut ainsi distinguer deux volontés ; celle qui nous porte partout dans le cosmos, nous la sentons apparentée au cours de l’été ; celle qui maintient nos pensées dans notre tête, nous la sentons apparenté à l’hiver. Comme on peut avoir l’expérience vivante du jour, on a, dans la volonté, celle de l’année.

Et voyez-vous, il est possible de ressentir la réalité pratique des mots que voici :

O images des mondes
Vous flottez vers moi
Du fond des espaces.
Vous tendez vers moi,
Vous faites pénétrer
Dans ma tête
Les forces de la pensée.

Ce ne sont pas des abstractions. Si l’homme sent sa volonté unie à la nature, il peut ressentir, quand vient l’hiver, que, de l’espace, lui reviennent les expériences intimes qu’il avait transmises à la nature. Et, sur les ondes cosmiques que je vous indique, on peut ressentir les expériences intimement vécues qu’on avait confiées à la nature. C’est là l’expérience de la volonté d’hiver.

O images des mondes,
Vous flottez vers moi
Du fond des espaces.
Vous tendez vers moi,
Vous faites pénétrer
Dans ma tête
Les forces de la Pensée.
(Volonté d’hiver)

Mais on peut ressentir la volonté d’été qui répand nos pensées dans l’univers.

Vous, forces d’âme
Créatrices d’images dans ma tête
Vous remplissez mon être corporel.

Cela signifie que les pensées vécues au début dans la tête, passent dans tout le corps, le remplissent d’abord, puis ressortent du corps.

Vous sortez de mon être
Vous vous répandez dans l’espace,
Et vous m’unissez moi-même
Aux puissances créatrices des mondes.
(Volonté d’été)

C’est ce que veut exprimer en nous la volonté d’été, apparentée à l’été, apparenté à l’été.
Quand nous sentons : J’ai extrait de ma vie, intérieure le souvenir d’un fait depuis longtemps oublié ; le jour avec sa nuit me l’a rapporté en le complétant par la vision extérieure de l’espace, ceci correspond au courant qui va de l’Est vers l’Ouest. Et nous pouvons dire en nous, la volonté d’hiver se métamorphose en volonté d’été, la volonté d’été en volonté d’hiver. Nous ne sommes plus apparentés au jour, avec son alternance de lumière et d’obscurité, nous sommes en affinité avec l’année par notre volonté et par là, avec le courant Ouest-Est de la première hiérarchie : les Séraphins, les Chérubins, les Trônes.

Nous verrons plus loin comment l’homme peut être entravé ou poussé dans cette marche en union avec l’intérieur de la nature, par l’hérédité et l’adaptation au milieu. Car tout ce que je viens de vous expliquer concerne ce fait que, quand les forces lucifériennes et ahrimaniennes ne le gênent que le moins possible, l’homme peut pénétrer dans l’intérieur de la nature, par ses représentations et sa volonté et il est alors suivi par des forces du temps, celles du jour, celles de l’année : 3e hiérarchie, 2e hiérarchie, 1re hiérarchie. Mais les forces ahrimaniennes ont, là-dessus, une influence essentielle par leur action dans l’hérédité, et les forces lucifériennes aussi, par leur action dans l’adaptation au milieu. C’est là une énigme importante qui nous occupera la prochaine fois.
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Lun 25 Sep - 22:21

Quatrième Conférence. Dornach, 30 novembre 1923.

La suite des observations faites la dernière fois nous conduit en premier lieu aujourd’hui à ce qui doit préparer les deux conférences suivantes. Cela nous amène à jeter un regard sur le lien de l’homme, de l’homme tout entier, avec la planète terrestre. J’ai déjà fréquemment dit, sous bien des rapports, que l’homme se fait illusion quand il s’attribue, en tant qu’être physique, une existence particulière, entièrement séparée de la planète terre.

Indépendant, individuel, l’homme l’est dans son âme et d ans son esprit, mais il appartient à la terre par tout son organisme d’homme terrestre physique, et aussi, dans une certaine mesure, par son corps éthérique.

Aujourd’hui, je vais d’abord décrire comment cette appartenance à la terre apparaît à la vision suprasensible, et, comme préparation, j’emploierai une forme plus narrative.

Supposons qu’une personne douée de la conscience imaginative que j’ai souvent décrite, aille faire un tour dans les Alpes primaires parmi ces roches de quartz, de silex, et d’autres analogues. Dans ces chaînes de montagnes primaires nous entrons en contact avec les roches les plus dures de la terre, celles qui, quand elles apparaissent dans leur formation primordiale, ont en elles quelque chose de pur – quelque chose pourrait-on dire qui n’a pas été touché par la vie quotidienne, habituelle de la terre. Il faut bien comprendre cette belle expression de Goethe – que j’ai déjà mentionnée ici, au sujet de ce qu’il a éprouvé pendant son séjour dans ces chaînes de montagnes primaires : il parle de sentiment de solitude qui l’envahit tandis qu’il était assis parmi ces roches de granit ; des impressions qui gravèrent en lui ces roches dures, abruptes, se dressant comme des tours au-dessus de la terre. Et il s’adresse au granit, comme au fils immuable de la terre, composé de quartz, de silex aussi, de mica et de feldspath.

Quand l’homme avec sa conscience ordinaire approche de ces chaînes primitives, de l’extérieur déjà, il admire ces formes dont l’aspect le frappe, et dont la plastique est à la fois si primitive et si expressive. Mais quand il va vers ces roches les plus dures de la terre avec sa conscience imaginative, elles le font pénétrer sous la surface minérale. La pensé est alors en mesure de se développer en accord avec la roche. On pourrait dire que partout, dans les profondeurs de ces masses rocheuses, l’entité psychique de l’homme prolonge son être, et, on entre exactement dans l’Esprit, comme dans un palais sacré, un palais des Dieux. L’intérieur se laisse voir par la vision imaginative, et les limites extérieures apparaissent comme les murailles de ce palais des Dieux. En même temps, on se rend compte qu’à l’intérieur de ces roches vit un reflet de tout ce qui se trouve dans le Cosmos. A l’intérieur de ces roches dures, devant l’âme, surgit à nouveau le reflet du monde étoilé. Et on a finalement l’impression qu’il y a dans chacune de ces roches de quartz comme un œil de la terre regardant l’Univers.

On pense à ces yeux d’insectes, aux facettes de ces yeux qui divisent, qui découpent en parties multiples ce qui se présente à eux de l’extérieur. Et on aurait raison de penser qu’à la surface de la terre, il y a d’innombrables morceaux de quarté et d’autres roches analogues qui sont comme autant d’yeux par lesquels la terre reflète l’entourage cosmique et le perçoit. On apprend peu à peu à reconnaître que ces cristaux sont dans la terre de véritables organes des sens cosmiques.

Ce qu’a de grandiose, de majestueux le manteau de neige, et plus encore, les flocons de neige qui tombent, c’est que chacun d’eux est un reflet d’une grande partie du Cosmos et qu’ainsi, dans cette eau cristallisée, par tout, descendent sur la terre des reflets partiels du ciel étoilé.

Je n’ai pas besoin de rappeler que le ciel étoilé est aussi là pendant le jour, mais que l’intensité de la lumière solaire empêche de le voir. Si vous aviez la possibilité de descendre dans une cave profonde sur laquelle s’élèverait une tour ouverte dans le haut, vous pourriez voir les étoiles pendant le jour, parce que dans l’obscurité ou vous seriez, le soleil ne vous gênerait pas. Il existe à Iéna une tour de ce genre qui permet de voir les étoiles en plein jour. Je ne l’indique qu’en passant pour vous rendre concevable que ce reflet des étoiles dans les flocons de neige et dans tout ce qui est cristallisé existe aussi naturellement pendant le jour. Ce n’est pas un reflet physique, c’est un reflet spirituel. C’est une impression que l’homme reçoit intérieurement.

Mais ce n’est pas tout. De cette impression « spirituelle-sensible », dirai-je volontiers, naît dans l’âme cette autre impression qu’en vivant ainsi par l’imagination dans le revêtement cristallin de la terre, elle vit en accord avec tout ce que, par lui, la terre reçoit du Cosmos.
Par là même, on élargit son propre être, on se sent étroitement uni au Cosmos. Et avant toutes choses, une vérité se manifeste à l’observateur imaginatif, une profonde vérité : ce que nous appelons notre corps terrestre avec toutes ses particularités est né du Cosmos au cours des temps. Car l’affinité de la terre avec le Cosmos apparaît ainsi à l’âme dans son sens le plus éminent et cette vivante pénétration dans les millions d’yeux cristallins de la terre, prépare l’âme à sentir l’étroite parenté de la terre avec le Cosmos.

On se sent ainsi, à nouveau, en tant qu’homme lié à la terre. Car, - et ceci je l’expliquerai plus à fond dans les jours qui suivent – lorsque la terre est née du Cosmos, l’homme lui-même n’était encore qu’un être primordial, spirituel, non encore physique. Mais ce qui s’est passé après cette naissance de la terre, l’homme l’a vécu avec elle, dans sa propre entité. Et exactement comme le tout jeune être humain qui n’est pas encore né au monde est uni au corps de sa mère, la terre, partout entourée du Cosmos si proche, lui est étroitement apparentée. Puis l’enfant commence à devenir indépendant. La terre après avoir fusionné avec le Cosmos pendant la période de Saturne. Et à cette indépendance graduelle de la terre, l’homme a pris une part si étroite qu’il peut dire par analogie : le doigt que je possède n’est un doigt qu’aussi longtemps qu’il fait partie intégrante de mon organisme ; dès l’instant où je le coupe il n’est plus un doigt, il dépérit. Si l’homme se séparait physiquement de l’organisme terrestre, ne fut-ce que de quelques lieues, il périrait en tant qu’être physique, comme le doigt qu’il a coupé. Et l’illusion qu’il a d’avoir une existence physique indépendante, vient tout simplement du fait qu’il peut se déplacer librement à la surface de la terre, tandis que le doigt ne peut pas se promener seul, sur le reste du corps. S’il le pouvait, il partagerait à l’égard de l’homme l’illusion que celui-ci se fait à l’égard de la terre. La connaissance supérieure éclaire nettement cette apparence de l’homme physique à la terre.

C’est là le premier contact, obtenu par la conscience imaginative, avec la croûte terrestre la plus dure. On peut arriver à un contact plus étroit, quand on pénètre plus profondément encore dans la terre, pour y connaître tout ce qui est de nature métallique, filons ou veines métalliques. Là on pénètre entièrement sous la surface de la terre ; mais quand on approche ainsi de ce qui est métallique, on arrive à un être tout à fait particulier, séparé de l’élément terrestre. Les métaux ont en eux quelque chose qui existe par soi-même. Ils nous font participer à leur indépendance et cette participation à beaucoup à faire avec l’homme, énormément à faire.

Même celui qui a atteint un certain degré dans la vision imaginative et qui dans le quartz et les autres roches des chaînes de montagnes primaires s’est uni aux millions d’yeux de la terre, ne se connaît pas correctement quand il se sent vivre dans le Cosmos. Mais quand il pénètre dans l’intérieur de la terre, il reçoit les premiers effluves stimulants – pourrais-je dire – de cette animation étrangement profonde qu’on peut éprouver dans les mines des montagnes métallifères. Cependant cette impulsion une fois reçue, pour poursuivre cette expérience du métal partout, hors des galeries souterraines, on n’a besoin que de la vision spirituelle.

Néanmoins, le premier sentiment de ce que je veux indiquer, doit ou peut déjà être ressenti d’une manière particulièrement intime dans les mines d’où l’on extrait le métal. Déjà les mineurs – ce n’est plus le cas maintenant, mais c’était encore ainsi il y a quelques dizaines d’années – quand ils aiment vraiment leur métier, montrent un peu de ce sens profond de l’élément spirituel qui vit dans le métal. Car les métaux ne voient pas seulement le Cosmos environnant, mais ils parlent d’une manière spirituelle, mais ce qu’ils racontent, ils le parlent. Et ils le parlent de telle manière que les paroles qu’ils prononcent sont tout à fait semblables à celles qu’on peut encore entendre venant d’un autre domaine.

Quand on réussit à mettre son âme en relation avec les hommes qui vont de la mort à une nouvelle naissance, - j’ai souvent dit cela ici – on a besoin d’un langage particulier, à cet égard, ce que déclarent les spirites est puéril. C’est puéril pour cette raison que les morts ne parlent pas le langage des hommes terrestres.

Les spirites prétendent que ce que dit le mort on peut le recevoir et l’écrire comme on reçoit une lettre d’un contemporain qui vit sur terre. C’est particulièrement ampoulé ce qui est transmis dans les séances spirites ; il est vrai que bien des gens sur terre écrivent aussi des choses ampoulées. Mais il n’en est pas ainsi. En premier lieu, il faut pour ainsi dire se retrouver dans ce langage parlé par les morts, qui n’a guère de ressemblance avec une langue terrestre quelconque et qui a bien un genre de voyelles et de consonnes mais d’un caractère tout différent. Ce même langage qui ne peut être perçu que par l’ouïe spirituelle, les métaux le parlent aussi à l’intérieur de la terre. Et ce même langage qui permet de s’approcher des âmes qui vivent entre la mort et une nouvelle naissance, raconte les souvenirs de la terre, ce qu’elle a vécu dans son passage par Saturne, le Soleil, la Lune, etc… On doit se laisser raconter par les métaux quelles furent les destinées de la terre. Les destinées de l’ensemble de la planète, je l’ai déjà signalé, c’est ce que Saturne a communiqué au système planétaire dans lequel nous sommes. Mais ce que la terre, elle, a vécu, ce sont les métaux qui le disent.
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Lun 25 Sep - 22:24

Le langage qu’ils parlent ainsi peut prendre deux formes. Quand il a la forme ordinaire – pour ainsi dire – il nous révèle ce que la terre est devenue depuis les commencements, à l’époque de saturne. Ce que vous trouvez dans ma « Science occulte » sur ce devenir, je l’ai établi en grande partie de la manière que j’ai souvent décrite : par une vision directe des évènements. C’est une autre façon de se renseigner sur la progression terrestre que celle dont il est question ici. Car les métaux parlent davantage – si je puis m’exprimer ainsi bien que cela ait l’air étrange – les métaux parlent davantage des expériences personnelles de la terre, de ce qu’elle a vécu comme une personne dans le Cosmos. Et je devrais, si je voulais tenir compte des récits qu’on peut entendre en pénétrant spirituellement dans l’intérieur de la terre, ajouter encore bien des détails sur les époques de Saturne, du Soleil, de la Lune, etc… Il se révèlerait en premier lieu que parmi ces configurations de Saturne que décrit ma « Science occulte » et qui consistent en différentiations de chaleur, apparaissent de gigantesques êtres de chaleur qui apportent une certaine densité pendant cette ancienne période de Saturne. Et, pour m’exprimer d’une manière familière, je dirai que s’il pouvait arriver – cela ne peut arriver – mais s’il pouvait arriver qu’un homme de la terre se trouvât en face d’une de ces entités, il pourrait la toucher, la saisir. Elles ne sont donc plus à une certaine époque, au milieu de l’époque saturnienne, des êtres purement spirituels, ce sont des êtres qui ont une existence physique. Mais en les touchant, on aurait attrapé des ampoules. Ce serait certes une erreur de croire que ces êtres avaient une température d’un million de degrés ; non, mais leur température était telle que leur attouchement aurait amené des « cloques ». De l’époque solaire il aurait fallu raconter que, dans les images que j’ai décrites, d’autres entités apparaissent qui se transforment, se métamorphosent de façon merveilleuse. Et rien qu’à voir, à regarder ces entités multiformes, on a l’impression que ces « métamorphoses » que les écrivains classiques, Ovide entre autres, ont décrites ont quelque chose à faire avec ces communications des métaux, naturellement très indirectement. Ovide n’était certainement pas capable de comprendre le langage des métaux et ce qu’il a esquissé dans ses « Métamorphoses » ne correspond pas entièrement à l’impression que l’on reçoit, mais dans une certaine mesure cela en dérive. Et on peut même indiquer en remontant assez haut d’où cela procède.

Voyez-vous, même Paracelse – par conséquent une personnalité qui a vécu bien après celles auxquelles je pense – même Paracelse, pour apprendre ce qu’il jugeait le plus important, n’est pas allé à l’Université… Je ne veux pas dire qu’il n’y soit pas allé… Il a pu le faire et je n’y fais aucune objection. Mais pour apprendre l’essentiel de ce qu’il voulait apprendre, ce n’est pas dans une université qu’il est allé, c’est partout où on pouvait lui donner les renseignements les plus précis. Et il est même allé vers des hommes tels que les ouvriers mineurs ; c’est d’eux qu’il a recueilli une grande part de son savoir.

Celui qui connaît tant soi peut – je dirais : la « technique » de l’information, sait quelle lumière apporte parfois une simple remarque de paysan qui s’occupe d’ensemencement et de moisson et de tout ce que cela comporte. Vous direz : Oui, mais il ne le comprend pas ! » Peu vous importe qu’il le comprenne ou non : comprenez-le, vous, quand vous l’écoutez. C’est cela qu’il faut faire. Certes, il est rare que le paysan comprenne entièrement ce qu’il dit, chez lui, c’est l’instinct qui parle. Et on peut apprendre des choses encore plus importantes d’entités qui ne comprennent quasi rien de ce qu’elles disent : des scarabées, des papillons, des oiseaux, par exemple.

Ces informations qu’on pouvait recueillir dans les mines d’Asie mineure par le langage des métaux, Pythagore les a fort bien étudiées au cours de ses voyages, et de là, bien des choses ont filtré dans ce qui est devenu la culture gréco-romaine. Puis, cela réapparaît sous une forme quelque peu altérée dans des œuvres comme les Métamorphoses d’Ovide. Voilà donc la première forme du langage des métaux, à l’intérieur de la terre.

L’autre forme, si grotesque qu’elle paraisse, c’est pourtant une vérité, - l’autre forme est celle par laquelle ce langage des métaux se transforme en poésie, prend un caractère poétique. Et cette poésie cosmique révèle les rapports les plus intimes qui relient les métaux et les hommes. Car il y a des rapports très intimes entre les métaux et les hommes. Ceux que la physiologie connaît, ne concernent en fait que peu de métaux : on sait que le fer a une action importante sur le sang humain ; mais de cette classe de métaux on ne cite guère que le fer. Or il y a encore le potassium, le sodium, le calcium, le magnésium… donc un certain nombre de métaux qui ont leur rôle. Mais l’observation purement extérieure de l’organisme humain néglige une quantité de métaux importants, importants pour la structure de la terre, pour ses fonctions. En apparence ils n’interviennent pas dans l’organisme de l’homme, mais si vous pénétrez à l’intérieur de la terre, vous y apprenez la teinte des métaux et vous êtes amené à constater que les métaux ne se trouvent pas seulement à l’intérieur, mais aussi partout à l’extérieur, dans l’entourage de la terre, en une dilution évidemment extrêmement fine, à une dose – si j’ose m’exprimer ainsi – ultra-homéopathique.

Et voyez-vous, dans les conceptions habituelles, nous ne pouvons avoir de plomb en nous ; pour une vue plus pénétrante, nous ne pouvons pas nous en passer. Car qu’en serai-il de l’homme si, venu du Cosmos, de l’atmosphère, le plomb n’exercerait pas son action sur lui ; si le plomb, en dilution extrême, ne se mêlait pas au courant sensible qui par l’œil pénètre jusque dans la peau, si, dilué à l’extrême, il n’entrait pas en nous par la respiration et l’alimentation ? Qu’en serait-il de l’homme si le plomb n’agissait pas en lui ?

Sans le plomb, il aurait des perceptions sensibles ; il percevrait les couleurs, il entendrait les sons ; mais dans chaque perception, il sortirait légèrement de lui-même, il s’évanouirait un peu dans chacune d’elles. L’homme ne pourrait jamais se dégager de ses perceptions, ni ce concentrer dans les pensées et les représentations de ce qu’il a perçu. Si nous ne recevions pas le plomb en nous, - mais comme je l’ai dit en dilution ultra-homéopathiques – dans notre système nerveux et surtout dans notre cerveau, toutes nos perceptions nous livreraient à ce qui est extérieur à nous. Nous ne pourrions pas nous les représenter ni en conserver le souvenir en dehors de la perception elle-même ; ce qui rend cela possible, c’est le plomb finement dilué dans notre cerveau.

Introduit en plus grand quantité des l’organisme humain, il entraîne le terrible empoisonnement que l’on sait. Mais cet empoisonnement permet justement de constater pourquoi le plomb introduit en grande quantité est si nocif pour l’organisme : car, à dose ultra-homéopathique, il fait à chaque instant dépérir l’homme, juste autant qu’il le faut pour que celui-ci soit un être conscient et ne se perde pas en un continuel processus végétal de germination, de croissance, de floraison. Car si les pures forces de croissance dominaient, l’homme sombrerait dans l’inconscience.

Ainsi l’homme est en rapport avec tous les métaux même ceux dont la physiologie ne parle pas. La connaissance de ces rapports est à la base d’une thérapeutique exacte, sérieuse et efficace, et à cet égard seul peut nous renseigner le langage poétique des métaux dans la terre. Le destin propre à la terre nous est donné par le langage ordinaire des métaux ; les moyens de guérison de l’homme par les métaux nous sont révélés par les métaux eux-mêmes quand leur langage devient poésie.

C’est vraiment là, une relation remarquable. Par son aspect cosmique, la médecine est une poésie cosmique ; elle éclaire bien des mystères du monde en révélant que ce qui, au niveau du monde est malade ou conduit à la maladie, est à un niveau plus élevé ce qu’il y a de plus haut, de plus parfait, de plus beau. Cela se dévoile à la connaissance inspirée quand elle pénètre jusqu’aux veines métalliques de la terre, jusqu’à ce qui, dans la terre est métallique.

Et nous pouvons arriver maintenant à un autre rapport encore de l’homme avec les métaux : il se révèle à nous, quand les métaux sont soumis aux forces de la nature, au feu par exemple ou à d’autres forces analogues. Observez seulement la manière remarquable dont se forme l’antimoine, un minerai. Il se compose de cristaux en forme de lances, qui s’orientent selon des lignes de forces actives dans le Cosmos. Cet éclat de l’antimoine a encore une autre propriété : il peut refléter avec une particulière intensité, et on l’utilise dans les miroirs ; après l’avoir exposé au feu, à la chaleur, on l’applique sur le verre. Traité à l’électricité, et placé à la cathode, il produit des explosions. Toutes ces propriétés de l’antimoine montrent comment une substance métallique réagi aux forces de la terre et de son entourage. Mais on peut l’expérimenter avec tous les métaux. Tous, exposés à une température de plus en plus élevée passent à cet état de raréfaction ultra-homéopathique dont j’ai parlé.

A ces hauts degrés de température, ils prennent une tout autre forme. A cet égard, les idées des physiciens sont tout ce qu’il y a de plus schématique. Le physicien déclare que quand le plomb fond il devient toujours plus mou. C’est juste au début : il devient de plus en plus mou mais si la température monte de plus en plus, le plomb devient de plus en plus chaud, puis de plus en plus volatil, et il se forme des vapeurs de plomb, etc…, etc … Mais que au-delà d’une certaine température, quelque chose se sépare continuellement, se dégage, cela justement, on ne le sait pas. En fait, ce qu’il y a de plus subtil, la vapeur ultra-homéopathique du plomb passe continuellement dans la vie générale invisible et c’est alors ce qui agit sur l’homme.

Et les choses se passent continuellement ainsi. Si vous vous représentez la terre, vous avez en bas les métaux les plus divers ; mais ils sont aussi partout là haut, à l’état de vapeurs très raréfiées ; car les métaux se « volatilisent », pour ainsi dire. En bas, sous la terre, les métaux ont des contours nets, une forme arrêtée et si nous descendons plus bas encore, nous les trouvons évidemment à l’état igné ; mais dans l’entourage de la terre, ils sont à l’état raréfié et ils émettent un continuel rayonnement, qui se répand dans l’espace.

Les métaux rayonnent dans l’espace cosmique. Mais il se trouve que dans cet espace cosmique règne une certaine élasticité interne : les forces qui s’y répandent ne se comportent pas comme les physiciens se l’imaginent quand ils disent que les rayons lumineux se perdent à l’infini ; les forces atteignent une certaine limite et reviennent en arrière. On peut voir partout la force des métaux se réfléchir de la périphérie du Cosmos ; de toutes les directions elle revient. Et on remarque que ces forces réfléchies sont actives dans ce qu’il y a de plus sublime, de plus merveilleux dans les débuts de la vie humaine : le moment où l’enfant apprend à marcher, à parler et à penser.
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Lun 25 Sep - 22:26

La façon notamment dont l’enfant jusqu’alors étendu se redresse pour s’orienter dans le monde, est la chose la plus remarquable que l’on puisse observer dans la vie terrestre : l’enfant, l’homme, prend par là possession de lui-même. Or ce sont les forces réfléchies des métaux qui sont intérieurement actives dans l’effort que fait l’enfant pour se redresser ; pendant qu’il apprend à se tenir debout, il est traversé par cette force que réfléchit le rayonnement métallique ; c’est elle exactement que redresse l’enfant. Si l’on étudie ce rapport plus à fond, on perçoit alors en même temps comment l’homme, selon son activité ici sur la terre, selon son être, est relié à sa vie terrestre précédente. Percevoir la manière dont les métaux agissent dans le Cosmos, et le lien karmique des vies successives dérivent des mêmes aptitudes. L’un vient avec l’autre, l’un n’existe pas sans l’autre : ce sont des aptitudes identiques. C’est pourquoi je vous ai dit un jour, sous un tout autre rapport, que dans cette force d’orientation qui permet à l’enfant de se relever, de se tenir debout, de marcher, dans cette acquisition de la parole, de la pensée, agit ce qui vient d’une vie antérieure. A ce moment-là je l’ai exprimé ainsi : celui qui a un sens pour ces choses voit à la manière dont l’enfant fait ses premiers pas, à la manière dont il avance, s’il a tendance à poser d’abord la pointe du pied ou le talon, s’il plie fortement le genou de cette manière ou d’une autre, celui-là reconnaît une prédestination karmique par une vie précédente.

C’est vraiment sans fondement que les gens disent : l’Anthroposophie ne peut pas être prouvée. Ils sont habitués à n’admettre que les preuves tirées des perceptions sensibles. C’est exactement comme si quelqu’un disait : « Quoi ? Tu me racontes que la terre se meut librement dans l’espace ? Mais ce n’est pas possible. Elle doit avoir un support, elle doit reposer sur quelque chose, sinon elle tomberait … ». Oui, mais les corps célestes se soutiennent mutuellement ! ce n’est que dans les conditions terrestres que les choses ont besoin d’un support.

De la même manière ce n’est que pour les vérités qui relèvent de la conscience ordinaire qu’on peut exiger des preuves de ce genre, et même que l’on doive les prouver. Les vérités qui ont trait à l’esprit ne se prouvent pas, elles se confirment mutuellement. Mais il faut pouvoir saisir leur concordance.

Il y a quelques semaines je vous ai dit comment on voit dans la manière dont l’enfant – ou l’homme surtout – marche, - s’il lève d’abord la pointe ou le talon, s’il marche lourdement ou légèrement, s’il plie le genou, ou s’il raidit la jambe, etc… - comment on voit dans tout cela la réalisation karmique de sa vie antérieure terrestre. Aujourd’hui je vous montre comment la force réfléchissante des métaux permet de voir l’enchaînement des vies terrestres. Vous avez ainsi deux vérités qui se confirment l’une l’autre. Mais c’est toujours ainsi : nous entendons un jour une vérité, puis d’autres choses selon un autre point de vue, peut-être même l’entendons-nous une troisième fois, et ainsi les vérités anthroposophiques s’étaient l’une l’autre à la manière des corps célestes qui se maintiennent sans support par leur attraction réciproque. Et il doit en être ainsi quand on montre des vérités qui n’ont de valeur que pour la conscience ordinaire à celles qui ont une valeur par elles-mêmes et dont l’essence réside dans le monde. Or ce qu’embrasse la connaissance anthroposophique a son essence dans le monde.

Là justement on doit rassembler tout ce qu’on dit les époques les plus diverses : les connaissances qui se complètent mutuellement, qui s’attirent, et même aussi qui se repoussent : par là se révèle la vie intérieure de la connaissance anthroposophique. Car celle-ci vit par elle-même. Les autres connaissances, celles qui sont à la mode aujourd’hui, vivent autrement. Elles ont besoin de s’appuyer sur des fondements. Les connaissances anthroposophiques se suffisent à elles-mêmes.
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Sam 7 Oct - 19:51

Cinquième Conférence. Dornach, 1er décembre 1923

Ce que j’ai dit hier nous donne la possibilité de parler avec plus de précision encore de bien des événements qui se sont passés au cours du développement de la terre, et qui ont amené la forme actuelle de notre évolution terrestre. Je vous ai dit que l’on peut par la connaissance clairvoyante arriver à une certaine relation avec l’élément métallique de la terre et avec tout ce qui, en elle, est à l’état d’essence par le fait que la terre est sillonnée de filons métalliques et surtout qu’elle porte en elle toutes sortes de métaux.

Cette affinité qu’on peut acquérir avec les métaux terrestres donne la possibilité de voir rétrospectivement ce qui est arrivé à la terre. Il est tout particulièrement intéressant de regarder ce qui s’est passé dans notre développement terrestre à l’époque qui a précédé l’Atlantide et que d’une manière un peu extérieure j’ai appelée l’époque lémurienne ; de voir aussi ce que contient l’époque qui précède immédiatement et pendant laquelle la terre a répété le stade solaire. Pendant l’époque lémurienne c’est le stade lunaire qu’elle a répété. Il est intéressant de revenir sur tous ces évènements d’un passé lointain car on ressent combien est merveilleux tout ce qui relève du domaine de l’existence terrestre.

Aujourd’hui nous sommes habitués à voir la terre comme achevée dans sa forme telle qu’elle se présente à l’homme. Nous vivons sur les continents et nous y sommes entourés de tout ce que la terre peut porter : plantes, animaux terrestres et aériens, etc… Nous savons que nous vivons nous-mêmes dans une sorte d’océan aérien, l’atmosphère, qui enveloppe la terre, que nous y puisons l’oxygène et aussi que nous avons un certain rapport avec l’azote… Mais c’est d’une façon générale que nous nous voyons entourés d’une zone d’air composé d’oxygène et d’azote. Nous dirigeons alors notre regard sur les océans, sur les mers et – sans entrer dans les détails – nous nous faisons une image de ce que nous nous représentons comme la planète dont nous sommes les habitants dans le vaste univers. La terre n’a pas toujours été ce qu’elle est maintenant, elle a passé par des transformations très profondes. Si nous retournons aux époques que je viens d’indiquer, à l’époque lémurienne et même un peu au-delà, nous trouvons la terre tout autrement constituée qu’elle ne l’est maintenant.

Commençons par cette zone d’air circulaire dans laquelle nous vivons actuellement et que nous considérons comme dénuée de vie : déjà cette zone se présente tout à fait différente. Et si nous reculons plus loin nous pouvons déjà observer, dans la période la plus ancienne du développement terrestre, quelque chose d’analogue au noyau solide actuel, entouré d’une zone d’air. On voit en effet quelque chose de semblable à cette époque plus ancienne, mais on ne peut pas encore parler en ce qui concerne cette zone circulaire, d’un air respirable comme le nôtre. Dans l’air que nous respirons aujourd’hui, l’oxygène et l’azote jouent un rôle prédominant, puis viennent le carbone et l’hydrogène, et moins important encore, le soufre et le phosphore. Or il n’est pas possible à cette époque de parler d’oxygène, d’azote, de carbone, de soufre, etc… pour la raison bien simple que ce que le chimiste actuel désigne par ces noms n’existait pas.

Voyez-vous, un être spirituel de ce temps-là auquel un chimiste actuel aurait parler de carbone, d’oxygène, d’azote, etc…. aurait répondu : « rien de cela n’existe » ; car si aujourd’hui il est possible de parler de ces choses, ce n’était pas possible alors. Parler d’oxygène, d’azote, de carbone ne devient possible que quand la terre a atteint un certain degré de consistance et possède les forces qu’elle a aujourd’hui. L’oxygène, l’azote, le calcium, le sodium, etc… et l’ensemble des métalloïdes, cela n’existait pas à cette époque.

Par contre, il y avait autour de la terre, dans cette zone circulaire qui forma plus tard notre atmosphère, quelque chose d’extrêmement fin et fluide qui tiendrait le milieu entre notre eau actuelle et l’air ; c’était subtil et fluide, mais d’une fluidité subtile analogue au blanc d’œuf. Si bien que la terre était alors entièrement entourée d’une atmosphère de blanc d’œuf, d’albumine. Le blanc de l’œuf de poule aujourd’hui est plus grossier mais il lui ressemble.

Cette enveloppe terrestre était de telle sorte que lorsque plus tard la terre se condensa, ce que nous appelons aujourd’hui carbone, hydrogène, oxygène, azote, se dégagea et se différencia. Mais on ne pouvait pas dire que cette atmosphère de blanc d’œuf était composée de mélange de ces substances, car elles n’en faisaient pas partie. Aujourd’hui on pense que tout est composé de telles ou telles substances ; mais c’est une absurdité : ce qu’on regarde aujourd’hui comme des corps d’une espèce supérieure, les corps composés, ne sont pas toujours composés de corps simples qui apparaissent à l’analyse : les choses cessent d’exister dans une substance supérieure. Le carbone cesse d’être du carbone, l’oxygène n’est plus de l’oxygène : il y a là une substance d’un ordre plus élevé. Et comme je l’ai dit, je peux caractériser sa substantialité comme une albumine très très raffinée. Mais toute cette substance qui entourait alors la terre était toute pénétrée de l’éther cosmique qui la vivifiait et nous devons nous représenter l’éther cosmique irradiant cette substance et la vivifiant.

Parce que l’éther cosmique s’y infusait cette substance était vivante ; mais elle ne se contentait pas de vivre, elle se différenciait d’une manière qui lui était propre : par exemple, à un certain endroit apparaissait soudain une formation plus dense dans laquelle on aurait pu étouffer ; à un autre endroit surgissait une formation plus importante dans laquelle on aurait pu revivre et se sentir particulièrement actif etc… si on avait pu se trouver là tel que l’on est aujourd’hui. Il n’y avait pas là d’éléments chimiques, au sens actuel, mais il s’y produisait des formations qui rappellent l’action des éléments chimiques d’aujourd’hui. Car tout était traversé de jeux de lumière, d’éclairs lumineux, de rayons lumineux, d’étincelles de lumière, et finalement le tout fut pénétré de chaleur par l’éther cosmique.

Telles étaient les particularités de l’atmosphère terrestre d’alors si j’ose l’appeler ainsi. Ce qui se forma en tout premier lieu c’est ce dont j’ai parlé hier : les chaînes de montagnes primaires. Elles se formèrent sous l’action du Cosmos. Si bien que les cristaux de roche dont vous admirez les formes si belles et la relative transparence, ont été dans une certaine mesure formées dans la terre, par tout l’univers. De là vient que lorsque le voyant se plonge par l’imagination dans ces roches des montagnes primaires, dans les formations aujourd’hui les plus dures de la terre, il voit dans ces cristaux comme des yeux qui s’ouvrent sur l’univers. Mais c’est l’univers lui-même qui a enchâssé ces yeux dans la terre. Ils sont maintenant là, placés par l’univers. Mais ce quartz, cette silice qui pénétrait dans toute l’atmosphère et qui peu à peu se dépose pour former les chaînes montagneuses primitives, n’était pas aussi dure qu’elle l’est aujourd’hui. C’est plus tard, grâce à des conditions ultérieures, qu’elle s’est cristallisée ; tout ce qui se formait à cette époque sous l’action de l’univers était alors à peine plus dur que la cire.

Quand vous allez aujourd’hui dans ces chaînes montagneuses et que vous trouvez un de ces cristaux de roche si dur – je vous ai dit hier qu’un crâne se briserait si vous tapiez dessus, mais pas le quartz – grâce à la vie qui s’y infiltrait, tout cela était alors aussi mou que la cire. Et l’on pourrait dire que les cristaux des terrains primaires sont tombés du Cosmos comme des gouttes de cire qui s’amoncelaient. Tout ce qui se détachait ainsi du Cosmos était transparent et on ne peut indiquer sa relative densité qu’en faisant allusion au sens du toucher : au contact, la sensation aurait été semblable à celle que donne la cire.

Ainsi donc, les chaînes de montagnes primitives sont constituées de cette cire qui s’égouttait du Cosmos et qui alors commençait à durcir. Quand la silice s’introduit dans la terre elle a la consistance de la cire.

Ce qui existe aujourd’hui de façon plus spirituelle, c’est-à-dire, comme je vous le disais hier, que dans cette roche compacte on pouvait, en y pénétrant spirituellement, avoir des images du Cosmos, c’était alors tout à fait visible au point que quand une partie (excusez l’expression mais elle est très juste) de la cire-silice se coagulait, on pouvait y distinguer comme une sorte d’image végétale. Celui qui a jeté les yeux autour de lui dans la nature sait bien qu’il reste comme des signes de ces temps anciens dans le monde minéral. On trouve des pierres, on les prend en main, on les regarde et l’on découvre qu’elles portent à l’intérieur d’elles-mêmes quelque chose comme l’image d’une plante. C’était alors tout à fait normal ; à ce qui pénétrait dans cette atmosphère d’albumine se mêlaient pour ainsi dire des sortes d’images que non seulement on pouvait voir mais qui étaient comme photographiées « corporellement ».

Et alors se produisit ce fait tout particulier que l’albumine remplit ces images qui devinrent un peu plus denses, plus compactes. Elles cessèrent de n’être qu’images, de l’atmosphère, et nous avons aux premiers temps lémuriens, nageant dans l’ambiance, les puissantes formations végétales qui font penser à nos algues car elles n’étaient pas enracinées dans le sol – un tel sol n’existait pas – mais elles nageaient dans cette albumine fluide dont elles tiraient leur propre substance et s’en pénétraient. Par moments, elles surgissaient brillantes, elles s’illuminaient, puis s’éteignaient, s’éclairaient à nouveau pour disparaître encore. Elles étaient changeantes, fugaces au point de surgir soudain et de s’évanouir.
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Re: Centres initiatiques – Origines et influences de Rudolf Steiner

Message par obsidienne le Sam 7 Oct - 19:56

Représentez-vous cela exactement : c’est au fond une image très différente de ce qui nous entoure aujourd’hui. Si un homme actuel pouvait se transporter à cette époque, s’installer dans une petite hutte comme celle qu’utilisent nos amis pour leur surveillance nocturne du Goetheanum, et de là plonger son regard dans ce vieux monde, il verrait partout surgir des images de plantes, images puissantes analogues à nos algues ou à nos plantes ; mais elles ne croissent pas hors de terre au printemps pour se flétrir à l’automne ; elles jaillissent soudain à l’époque du printemps qui était alors beaucoup plus court, atteignent rapidement leur épanouissement, et disparaissent à nouveau dans l’élément d’albumine fluide. C’est ce spectacle d’un verdoiement toujours renouvelé et toujours dissipé que notre observateur aurait eu sous les yeux. Et il n’aurait pas parlé de plantes qui recouvrent la terre, mais de plantes qui, comme des nuages aériens, surgissent du cosmos, se condensent, s’évanouissent, un verdissement de l’atmosphère d’albumine. Et l’on aurait dît à propos de ce qui correspondrait environ à notre été : c’est le temps pendant lequel le pourtour de la terre verdoie ; mais pour voir ce vert, on élève le regard plutôt qu’on ne l’abaisse.







On arrive de cette manière à se représenter comment l’élément siliceux de l’atmosphère s’insère dans le domaine terrestre et attire à soi la force des plantes qui, en fait, est au-dehors dans le cosmos ; c’est-à-dire comment le monde végétal descend du cosmos sur la terre. Mais dans la période dont je viens de vous parler, on peut dire que ce monde végétal est dans l’atmosphère, qu’il apparait continuellement. On doit encore dire autre chose : Pour l’homme actuel qui, grâce à son affinité avec l’élément métallique de la terre peut se replonger dans ces époques, tout cela semble se rapporter à lui-même ; tout ce qui alors, dans l’atmosphère verdoie, puis s’efface, semble avoir quelque chose à faire avec lui. Quand on se souvient aujourd’hui de sa propre enfance, le souvenir n’embrasse qu’un court laps de temps ; mais si vous vous souvenez d’un chagrin éprouvé dans votre enfance, c’est quelque chose qui vous appartient ; de la même manière le souvenir cosmique dirigé grâce aux métaux de la terre vers ce processus de verdoiement intermittent, est quelque chose qui vous appartient.

A cette époque l’homme était déjà lié à la terre qui vivait dans cette atmosphère aqueuse d’albumine mais il était encore entièrement spirituel, et il est juste de dire qu’il faut se représenter ces plantes qu’on peut voir dans l’atmosphère à cette époque, comme des éliminations de l’humanité. L’homme les sépare de son entité qui était encore unie à toute la terre. Et la même notion doit s’appliquer à quelque chose de tout autre que l’homme rejette aussi de lui-même.

Car il arrive aussi ceci : tout ce que j’ai décrit jusqu’ici résulte du fait que la silice de l’atmosphère s’est déposée dans cette sorte de cire dont j’ai parlé. Mais partout ailleurs règne cette atmosphère d’albumine sur laquelle agit le cosmos ; d’innombrables forces les plus variées rayonnent du cosmos sur la terre, ces forces dont notre connaissance actuelle ne veut rien savoir. C’est pourquoi elle n’est pas une connaissance réelle, sinon elle saurait que les phénomènes les plus variés ne se seraient pas produits sur la terre sans l’action des impulsions et des forces cosmiques. Le savant d’aujourd’hui qui ne parle pas de ces forces cosmiques ne parle pas de la réalité, il ne tient aucun compte de ce qui est vivant. Même dans le plus infime corpuscule observé au microscope vivent non seulement des forces terrestres mais aussi des forces cosmiques et qui les ignore, ignore la réalité.

Ainsi agissaient alors les forces cosmiques sur cette albumine cosmique dans l’entourage de la terre ; elles agissaient de telle façon qu’en bien des parties elles se coagulaient et partout, l’on voyait de l’albumine cosmique en voie de coagulation qui flottait dans la masse. Mais elle ne se présentait pas comme des nuages agréables à regarder ; c’était des formes précises et vivantes. C’étaient en fait des animaux qui se détachaient de cette albumine coagulée et dont la forme prenait la consistance de la gélatine et même du cartilage.

Ces animaux gélatineux vivaient dans cette atmosphère d’albumine liquide ; ils avaient la forme qu’ont en plus petit nos reptiles et nos sauriens, mais ils n’étaient pas aussi denses, ils animaient cette masse gélatineuse et pouvaient se mouvoir : tantôt ils allongeaient leurs membres, tantôt ils les rétractaient, bref il en était d’eux comme de l’escargot qui peut étendre et retirer ses antennes.

Et maintenant, tandis que tout cela prenait forme à l’extérieur, il y avait déjà dans la terre, outre la silice déposée par l’univers, ce qui aujourd’hui constitue les dépôts calcaires terrestres. Sans aller dans les montagnes primitives mais simplement dans le Jura, vous trouverez ce calcaire ; il s’est formé plus tard, mais comme la silice il vient directement du cosmos. Nous avons donc pour la terre un deuxième élément, le calcaire.

Mais ce calcaire pénètre toujours plus profondément et son action essentielle est de rendre le noyau terrestre de plus en plus compact. A certains endroits, la silice s’insère alors dans ce calcaire mais celui-ci conserve en lui les forces cosmiques. La chaux est encore tout autre chose que la matière grossière telle que les chimistes actuels se la représentent : elle enferme partout des forces formatrices relativement actives mais qui ne se manifestent pas au-dehors.

Et voici quelque chose de très particuliers : si nous avançons vers une époque plus récente que celle où ces phénomènes de verdissement apparaissent puis disparaissent, nous constatons que toute cette atmosphère d’albumine est remplie de chaux qui monte et descend continuellement ; des vapeurs de calcaire montent et retombent en pluie. Il fut un temps où ce qui est aujourd’hui simple vapeur d’eau retombant en pluie était de la substance calcaire qui montait, redescendait, s’élevait et retombait. Et c’est là qu’intervient cette particularité : la chaux avait une force d’attraction spéciale pour cette gélatine, pour ces masses cartilagineuses ; elle les pénétrait, les imprégnait, et grâce aux forces terrestres présentes en elle (je vous ai dit qu’elle avait en elle les forces de la terre) elle dissolvait toute la masse gélatineuse d’albumine coagulée. Elle l’entraînait vers la terre et peu à peu les animaux acquirent un squelette calcaire. C’est ce qui s’est produit à l’époque lémurienne qui a suivi.

Les formes primitives des plantes sont donc de purs présents du ciel et les formes animales sont des formes terrestres que la terre a reçues du ciel et qu’elle a réalisées après en avoir reçu la chaux. Ce sont des choses remarquables qu’on rencontre dans ces temps les plus anciens et auxquelles on se sent tout à fait uni ; et, en vérité, on revit tout ce processus comme celui de l’essence humaine élargie à la mesure du Cosmos.

De telles choses semblent naturellement paradoxales parce qu’elles touchent à une réalité dont l’homme moderne ne se fait habituellement aucune idée ; cependant elles sont la pure vérité. Aujourd’hui, n’est-ce-pas, cela correspond à une réalité absolue si nous évoquons ce souvenir : quand j’étais un garçonnet – ou une fillette – de dix ans j’ai parfois copieusement rossé mon – ou ma – camarade. C’est un souvenir qui remonte intérieurement – on peut s’en réjouir ou en éprouver du regret – mais le souvenir remonte en nous. De la même manière, dans cette conscience humaine élargie par son affinité avec l’élément métallique, et qui est une conscience terrestre, monte cette réflexion : en transportant ton entité du ciel sur la terre pour y prendre forme, tu as détaché les plantes de toi, tu les as éliminées. Tu as aussi abandonné la nature animale : par ces formes d’albumine coagulée ou de cartilage, tu as voulu les séparer de toi. Mais tu as dû remarquer que ce sont des forces terrestres antérieures qui s’en sont emparé et elles leur ont donné une autre forme qui est le résultat de l’action terrestre. Ainsi, en un souvenir cosmique, tout cela nous apparaît comme notre propre expérience, de même que dans le souvenir dont je viens de parler, on ranime une expérience vécue pendant notre courte vie terrestre. L’homme se sent comme je l’ai dit uni à tous ces événements.

Et c’est lié à bien d’autres processus. Je vous en ai esquissé les principaux, mais il s’en est produit beaucoup d’autres. Par exemple, pendant que se passait tout ce que j’ai décrit, toute l’atmosphère est aussi remplie de fin soufre en suspension. Celui-ci s’unit à d’autres substances, et de cette union naissent- dirais-je volontiers – les père et mère de tout ce qui, dans la terre, est aujourd’hui pyrites, minerais de plomb, de zinc, etc… A cette époque, tout cela apparaît avec une consistance molle comme celle de la cire et le corps de la terre est pénétré de ces substances.

Quand ensuite ce minerai, cet élément métallique, se sépara de cette substance générale analogue à l’albumine et forma la croûte terrestre, les métaux qu’elle renferme n’ont en fait rien d’autre à faire, si l’homme ne les utilise pas, qu’à méditer sur ce qui s’est passé ! Et c’est ce l’on constate chez eux : l’état dans lequel ils se trouvent retrace à la vison intérieure tout ce qui est arrivé à la terre. Mais tandis qu’on revit comme une expérience personnelle ces faits cosmiques, tout au moins telluriques, on arrive à se dire : en éliminant tout cela de toi, en détachant de toi cette forme végétale primordiale qui va engendrer toutes les formes ultérieures, en détachant ce qui deviendra les variétés animales, tu t’es libéré de tout ce qui dans ton être propre t’empêchait d’avoir une volonté.

Tout ce que je viens de décrire a été nécessaire ; l’homme devait l’éliminer comme aujourd’hui il doit éliminer la sueur. Il devait le faire pour ne pas rester un être simplement doué de la volonté divine, mais pour devenir un être doué d’une volonté propre bien qu’elle ne fût pas encore libre. Tout cela a donc été nécessaire pour préparer la nature terrestre de l’homme. Ensuite il arriva encore bien d’autres choses et tout se transforma.

Naturellement, une fois que les minéraux se trouvèrent isolés dans la terre, toute l’atmosphère changea aussi. Elle devint autre, elle devint moins sulfureuse : l’oxygène prit peu à peu le dessus sur le soufre alors qu’à l’époque antérieure le soufre avait une très grande importance pour cette atmosphère terrestre. Toute l’atmosphère terrestre devint autre.
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Message par obsidienne le Sam 7 Oct - 20:00

Dans cette ambiance renouvelée l’homme put à nouveau se libérer d’autres choses, éliminer d’autres éléments : ce qu’il élimine maintenant apparaît comme la lignée des plantes et des animaux précédents. C’est à ce moment que peu à peu se formèrent les plantes futures avec une sorte de racine mais qui enfonçait dans une substance terrestre molle. D’autre part les reptiles et les sauriens primitifs évoluent vers des animaux plus complexes, ceux dont la géologie actuelle retrouve la trace. De ces animaux les plus anciens dont j’ai parlé il ne reste déjà plus rien. Avant cela, avant cette époque ultérieure dans laquelle l’homme se débarrasse pour ainsi dire une deuxième fois de formations déjà plus complexes, avant cela, il y eut ce que je vous ai décrit : ces ombres nuageuses qui surgissent et s’effacent continuellement, ce verdissement intermittent, ces formes animales  encore molles, mais qui étaient de vrais animaux, un moment condensés pour avoir une vie distincte et à nouveau fondus dans la vie générale comme c’était alors le cas pour toutes les entités. Et de tout cela sortit quelque chose de plus affermi en soi-même.

C’est alors qu’apparurent ces animaux dont on peut décrire ainsi un spécimen : il avait un très grand organe semblable à un œil entouré d’une aura ; une sorte de museau allongé vers l’avant ; un corps analogue à celui d’un saurien mais pourvu de puissantes nageoires. C’est ainsi que naquit une forme, un moule déjà plus ferme qu’auparavant. Ces animaux étaient munis d’organes que je pourrais appeler aussi bien ailes que nageoires, car ce n’étaient pas des animaux marins – la mer n’existait pas encore – la masse terrestre était molle et son entourage était toujours aussi peu consistant : seul le soufre s’en était un peu séparé, et ces animaux volaient ou nageaient dans cette substance. Leur mobilité était intermédiaire entre le vol et la nage. Il y avait en outre des animaux dont les membres étaient davantage formés selon les formes terrestres et qui rappelaient les membres de nos mammifères actuels.

A un homme moderne qui ne traverserait pas l’espace mais qui remonterait le temps jusqu’à l’époque de transition entre la période lémurienne et atlantéenne, un bien étrange spectacle s’offrirait : des lézards géants volent avec, sur la tête une lanterne qui éclaire et qui chauffe, et, au-dessus, une sorte de terre molle et marécageuse avec pourtant quelque chose d’étrangement familier au visiteur d’aujourd’hui car elle exhale une odeur qui rappellerait à la fois celle de la vase et le parfum de la plante qui verdit : d’un côté quelque chose d’inquiétant et de l’autre d’extrêmement sympathique. Et là-dessus se meuvent ces animaux, sorte de bêtes de marécages avec ses membres se rapprochant davantage de ceux de nos mammifères inférieurs mais élargis vers le bas en forme de palets – naturellement plus puissants que les membranes des canards – avec lesquels ils évoluent dans cette vase, mais en les agitant vers le haut et vers le bas.




Voyez-vous, l’humanité a dû passer par toutes ces éliminations pour que l’homme puisse un jour se sentir indépendant au cours de sa vie terrestre.

Nous avons donc : une première création végétale-animale qui comprend en fait des choses que l’homme a éliminées, ce qui l’a préparé à devenir un être terrestre doué de volonté ; s’il les avait gardées en lui, sa volonté eut été étouffée, elle se serait identifiée aux événements physiques. Grâce à cette élimination, sa volonté se sépara du physique et prit un caractère psychique.

De même la deuxième création permit à son sentiment de prendre un caractère psychique. Et ce n’est que plus tard, vers le milieu de l’époque atlantéenne, que parurent ces animaux et ces plantes qui déjà ressemblent aux nôtres. La terre aussi prit un aspect analogue à celui qu’elle a maintenant. C’est pourquoi il y a déjà des substances chimiques, celles que connaît le chimiste actuel : peu à peu apparaissent le carbone, l’oxygène, les métaux lourds et autres. Tout cela se crée peu à peu. Par là, l’homme a pu séparer de lui, en troisième lieu, ce qui forme aujourd’hui, autour de lui, le monde végétal et animal. En s’en séparant, il se préparait à être dans l’existence terrestre un être pensant.

On peut dire que l’humanité n’était alors pas aussi divisé qu’elle l’est aujourd’hui en individus distincts ; c’était une humanité générale de nature encore spirituelle et psychique et qui plongeait dans l’éther ; car elle venait de l’univers avec l’éther qui se déversait sur la terre.

Elle passa alors par tous les événements que j’ai décrits dans la Science occulte. Elle vint, partit à nouveau vers les autres planètes de notre système et revint au temps de l’Atlantide. Cela se faisait indépendamment du reste, car chaque fois que quelque chose se séparait d’elle, l’humanité ne pouvait pas rester sur la terre, elle devait partir pour fortifier ses forces intérieures qui, de nature psychique, s’affinaient chaque fois. Elle redescendait ensuite. Ce sont là les événements que vous pouvez lire, plus détaillés encore, dans la « science occulte ». Ils sont tels que l’homme, l’humanité qui appartient en fait à l’univers prépare pour elle-même son milieu terrestre et rejette dans le domaine terrestre ce qu’elle a séparé d’elle-même, c’est-à-dire les autres règnes naturels. Désormais tout cela est sur la terre et entoure l’homme. Et l’homme peut se dire qu’en rejetant ainsi dans le domaine terrestre ce qu’il séparait de lui, il a peu à peu développé ce qui fait de lui un homme terrestre doué de volonté, de sentiment et de pensée. Car ce que l’homme est aujourd’hui repose sur la base de son organisme physique et, si, entre la naissance te la mort, il est un être qui pense dans le calme, qui sent, qui veut, c’est ce qu’il a développé déjà à ce moment, en connexion avec les entités qui, dans l’intérêt de l’évolution, se sont séparées de ce qui est humain et, ainsi détachées, se sont transformées graduellement jusqu’à leur forme actuelle.

Vous voyez donc que ce n’est pas simplement de façon générale et abstraite que nous parlons de cette parenté avec l’élément métallique de la terre. Quand on se sent en affinité avec les métaux qui recèlent en eux le souvenir des événements terrestres, on peut parler de quelque chose dont on se souvient, on y trouve réellement ce que je vous ai raconté aujourd’hui. Et si vous pensez qu’on puisse remonter à des temps encore plus reculés, tout ce qui devient plus fugace et plus indécis encore. Evoquez seulement ce spectacle grandiose, majestueux, que je vous ai esquissé ; ces formations de silice qui s’écoulent comme de la cire, et dans lesquelles surgissent des images du monde végétal qui se gorgent d’albumine molle prise à l’atmosphère, et qui ainsi provoquent dans l’ambiance terrestre ce verdoiement intermittent. Pensez à ces choses et vous pourrez vous dire que ce sont là des images et vous pourrez vous dire que ce sont là des images fugaces comparées aux racines solides, aux feuilles compactes des plantes qui aujourd’hui croissent sur la terre, ou encore aux troncs ligneux des arbres. Comme tout cela est inconsistant à côté d’un chêne actuel (qui lui-même, n’est pas orgueilleux de sa nature de chêne, mais bien ceux qui habitent dans son voisinage et dont, souvent, la faiblesse s’approprie sa solidité). Si vous comparez cette stabilité du chêne à ces formations végétales vaporeuses comme des ombres, apparitions fugitives dans l’atmosphère d’alors, qui surgissent soudain, se condensent puis s’effacent à nouveau, ou si vous comparez, pour prendre un exemple frappant – un hippopotame ou un éléphant, ou tout autre être de chair à la peau rugueuse, à ces entités d’autrefois surgies de l’albumine ambiant en formes floconneuses, saisies ensuite par le calcaire qui leur donne une première indication d’ossature, attirées alors dans l’élément animal de la terre –je dois dire de manière plus appropriée) dans l’ »animalité » terrestre, si vous envisagez tout cela : la densité actuelle, je dirais volontiers, cet « éléphantisme » de la terre, en comparaison de ce qui existait autrefois, alors vous ne pourrez plus douter que si on remonte dans un passé encore plus lointain, on arrive à un état de choses plus subtil et plus fugace encore.

On arrive à ce qui n’est plus que formations colorées qui ondoient, tissent, engendrent l’être, surgissent puis s’évanouissent. Et si vous prenez alors la description de l’antique Soleil précurseur de la terre, ou de l’antique Saturne telle que je l’ai donnée dans la « Science de l’occulte » vous vous direz que tout cela va de soi quand on sait qu’on remonte encore au-delà de ce qui vient d’être exposé ici : la forme végétale qui flotte et se pénètre de cette substance d’albumine pour devenir une image vaporeuse. Auparavant nous n’avons à faire qu’à des émanations colorées qui ébauchent des apparitions, des configurations telles que je les ai indiquées pour l’existence solaire et l’existence saturnienne. Et ainsi vous remontez peu à peu du physique, et même de l’ « éléphantisme », par un état physique toujours plus affiné jusqu’au spirituel. Et vous arrivez de cette manière, si vous restez attentif au concret, à l’origine spirituelle de tout ce qui appartient à la terre. La terre a son origine dans l’esprit. C’est le résultat d’une vision réelle. Et je crois qu’il est aussi très beau de se dire : « pénètre à l’intérieur de la terre, fais-toi raconter par les métaux solidifiés ce dont ils se souviennent, ils te diront : nous étions autrefois tellement dilatés dans l’espace que nous n’étions pas substance physique, nous étions, dans l’esprit de la couleur fluctuante engendrant l’être et tissant dans l’univers ».

Et le souvenir des métaux terrestres remonte jusqu’à l’état où chaque métal tait une couleur cosmique qui pénétrait les autres : où le Cosmos était en son essence une sorte d’arc-en-ciel interne, une sorte de spectre qui s’est ensuite différencié pour devenir physique.

Et c’est là que les simples renseignements, théoriques, dirais-je volontiers, que l’on reçoit des métaux terrestres, deviennent des impressions morales. Car chacun des métaux nous dit : mon origine est dans les lointains de l’espace, et ma forme est de la terre. Je viens du domaine céleste et je suis ici à l’intérieur de la terre, contracté, ensorcelé. Mais j’attends ma délivrance, car un temps viendra où mon entité emplira de nouveau l’univers.

Quand on apprend le langage des métaux, alors l’on nous parle du Soleil, le plomb de Saturne, le cuivre de vénus, et ils nous disent autrefois le domaine du cuivre s’étendait jusqu’à Vénus, celui du plomb jusqu’à Saturne : aujourd’hui nous sommes ensorcelés ici, et nous retrouverons notre domaine quand la terre aura rempli sa mission, quand l’homme aura acquis sur la terre se qu’il ne peut acquérir que sur la terre. C’est pourquoi nous nous sommes laissés ensorceler pour que l’homme puisse devenir sur la terre un être libre. Cette liberté acquise, notre délivrance pourra commencer.

A dire vrai, cette délivrance est à l’œuvre depuis longtemps. Il faut seulement le comprendre :  comprendre comment la terre continuera à se développer dans l’avenir et à nouveau avec l’homme.
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