Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

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Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

Message par obsidienne le Mar 1 Aoû - 0:35

Extrait du livre de Rudolf Steiner : Mythes et légendes et leurs Vérités occultes.

Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit.

1ère conférence. Berlin, 28 mars 1905


Les mythes sont des récits que les grands initiés ont fait aux hommes, et derrière lesquels se cachent de grandes vérités. Par exemple, la guerre de Troie raconte le combat entre la troisième et la quatrième sous-race de la cinquième race-mère, respectivement représentées par Laocoon, prêtre de l’antique Etat sacerdotal, qui était en même temps roi, et Ulysse, la ruse personnifiée, la force de la pensée qui prenait alors son essor.

Dans le nord, l’évolution est également dirigée par des initiés. Dans le Pays de Galles, il y avait une confédération d’initiés païens, de prêtres, dont le roi Arthur et sa Table Ronde constituent la fleur. En face d’elle, se tenait la confrérie du Saint Graal et ses chevaliers, qui avaient pour mission d’annoncer le christianisme.

L’art, l’évolution politique, tout est lié aux grands initiés de ces deux groupes, expression de la culture païenne et de la culture chrétienne. Quand commence le 13e siècle, l’influence de la communauté du Graal va croissant. Cette époque de la fondation des villes marque un tournant capital dans la civilisation européenne. L’ancienne culture paysanne, fondée sur la propriété terrienne, fait place à la culture citadine bourgeoise. Ce fut une transformation considérable de la vie et de la pensée. Il n’est donc pas anodin de voir apparaître à cette époque, au temps du Tournoi des Chanteurs à la Wartburg, une légende : la légende de Lohengrin. Que signifiait cette légende au Moyen-âge ?

Aujourd’hui, on n’a aucune idée de ce qu’était l’âme populaire médiévale. Elle était très sensible aux courants spirituels qui passaient sous la surface des choses. On trouve aujourd’hui que la légende de Lohengrin met fortement en relief le point de vue catholique. Mais, si certains aspects nous dérangent aujourd’hui, il faut penser qu’autrefois, la légende ne pouvait agir que si elle portait un vêtement capable d’émouvoir réellement les âmes. La légende devait baigner dans un climat de piété profonde, qui devait refléter ce qui vivait dans le peuple. Que signifiait cette légende ? Une initiation, l’initiation d’un chela au grade de Arhat, d’un élève au rang de maître. Un chela de ce type devient tout d’abord un homme sans patrie, c’est-à-dire qu’il accomplit ses devoirs comme tous les autres, mais doit s’efforcer de regarder au-dessus de lui-même et de développer son Moi supérieur. Quelles sont les caractéristiques des degrés d’initiation d’un chela ?

Premièrement : le dépassement de ce qui est purement personnel, la libération de toute forme de doute ; le scepticisme cesse. Les choses du monde de l’esprit se tiennent devant son âme comme des faits. Le disciple se dépouille également de toute superstition, car, comme il est en mesure de tout vérifier lui-même, il ne peut plus succomber à une quelconque illusion. Ensuite, à un degré encore supérieur, la clé du savoir lui est remise. On dit qu’il reçoit la faculté de parler ; il devient un messager du monde suprasensible. Les profondeurs du monde spirituel lui sont révélées. C’est le deuxième degré de l’initiation au rang de chela. Au troisième degré, l’être humain qui, dans la vie courante dit « je » lorsqu’il se désigne, peut désormais dire « je » à toutes les entités du monde : il est élevé au stade où il embrasse l’univers.

A ce troisième degré, on désigne le chela par le terme mystique de « Cygne » ; il assure la médiation entre le Arhat, le maître et les autres hommes. C’est ainsi que le Chevalier au Cygne se présente à nous comme un envoyé de la grande Loge Blanche : Lohengrin eut un messager de la communauté du Graal.

Une nouvelle impulsion devait être introduite dans la civilisation. Vous savez que l’âme ou la conscience est présente dans la mystique comme un être féminin : de même, la conscience de la nouvelle culture bourgeoise est présentée sous les traits d’une femme. Cette apparition d’une nouvelle culture est considérée comme une élévation de la conscience. Elsa de Brabant représente l’âme médiévale, et Lohengrin, le grand initié, le Cygne, qui a atteint le troisième degré dans l’initiation des chelas, apporte la nouvelle culture, depuis la communauté du Graal. Il ne faut pas lui poser de questions. Interroger un initié sur quelque chose qui doit rester secret constitue une profanation, la grave incompréhension d’un interdit.

L’accès à de nouveaux états de conscience se fait toujours sous l’influence de grands initiés. Je voudrais citer, comme exemple de leur action, celle de Jakob Böhme ; vous savez qu’il a proclamé de profondes vérités. D’où tenait-il cette sagesse ? Il raconte qu’un jour, alors qu’il était apprenti, il fut laissé seul dans la boutique de son maître. Un étranger arriva. Il demanda une paire de chaussures. Il n’était pas permis à l’enfant de lui en vendre, en l’absence de son maître ; l’étranger lui adressa encore quelques mots, puis s’éloigna, mais rappela bientôt au dehors le jeune Böme et lui dit : « Jakob, tu es encore jeune, mais tu deviendras plus tard un homme bien différent, qui étonnera le monde ». Que signifie cela ? Il s’agit ici d’une initiation, et c’est le moment même de l’initiation qui est relaté. Le jeune garçon ne saisit pas encore ce qui lui est advenu, mais l’impulsion a été donnée.

Nous retrouvons un moment similaire dans la légende de Lohengrin. Ces légendes donnent d’importantes indications, mais elles ne sont lisibles que pour celui qui sait relier les choses.

La légende de Lohengrin s’avère liée, comme nous l’avons déjà dit, à celle du Tournoi des Chanteurs. Richard Wagner l’utilisa pour composer son opéra Lohengrin. Vous voyez ici à quelle hauteur se situait la vocation intime de Richard Wagner. Richard Wagner puise dans d’autres très vieilles légendes quand il compose son « Anneau des Nibelungen ». Il s’agit d’antiques légendes germaniques retraçant la destinée des survivants du peuple atlantéen qui se répandit en Europe et en Asie après le grand déluge. Les légendes portent le souvenir du grand initié Wotan, le dieu des Ases. Wotan est un initié de l’époque atlantéenne, de même que tous les dieux nordiques.

Dans les travaux de Wagner sur la légende de Siegfried, nous pouvons nettement distinguer trois phases. Nous trouvons tout d’abord une étude de la culture moderne. Pour Richard Wagner, les hommes aujourd’hui sont devenus des mercenaires de la culture. Il voit une différence considérable entre l’homme moderne et celui du Moyen-âge. Aujourd'hui, les travaux effectués par les hommes le sont généralement à l’aide de machines, alors que dans la civilisation médiévale, tout travail était expression de l’âme humaine. On ne trouvait aucune forme dépourvue de sens dans la vie de la maison, du village, de la ville ; et c’était une source de joie pour les hommes. Que représentent pour nous aujourd’hui nos magasins, nos boutiques, nos villes ? Quels liens ont-ils avec notre âme ?

Autrefois, la maison était l’expression d’une idée artistique. Le réseau de rues, le marché au centre de la ville, avec la cathédrale qui dominait tout, vers laquelle tout tendait, étaient une expression de l’âme. Wagner ressentit cette opposition. L’objectif qu’il visait, à travers son art, c’était de montrer quelque chose qui, au moins dans le domaine, fasse apparaître l’homme tout entier. Wagner avec son Siegfried, voulut présenter un homme complet, harmonieux, l’antithèse du mercenaire de l’industrie. Ce fut toujours le sentiment de nos grands esprits, comme Goethe ou Höderlin, qui formule les choses ainsi : « … Tu vois des artisans, mais tu ne vois pas  d’êtres humains, tu vois des penseurs, mais tu ne vois pas d’êtres humains, tu vois des prêtres, mais tu ne vois pas d’êtres  humains, tu vois des maîtres et des valets, mais tu ne vois pas d’êtres humains ». Un retour extérieur n’était plus possible ; on ne peut remonter le cours de notre évolution. C’est pourquoi, il souhaita faire émerger un temple artistique, dans lequel toutes les œuvres d’art devaient élever les hommes au-dessus de leur vie habituelle. L’époque moderne avait précisément besoin d’un tel lieu d’élévation, pour faire contrepoids au morcellement de la vie moderne. Ce fut la première idée de l’épopée de Siegfried sur laquelle se pencha Wagner.

Mais un second plan se présenta à son âme quand il s’y plongea dans ses strates encore plus profondes. Au cours du haut Moyen-âge, une vieille légende avait fait son entrée dans la poésie allemande : « Les Wibelungen ». Dans une légende comme celle-là, vivaient les sentiments les plus profonds de l’âme du peuple. Seul celui qui étudie vraiment l’âme du peuple peut se faire une idée de ce qui vivait alors dans les cœurs des hommes.

Ces légendes étaient l’expression de vérités profondes et grandioses. Par exemple la légende de Charlemagne. On ne parlait pas de l’empereur d’un point de vue historique, comme on le fait aujourd’hui, on regardait les événements plus en profondeur. La famille royale franque y est présentée comme le berceau de la race mère postalantéenne ultérieure. Les Wibelungen étaient des rois-prêtres qui ne se contentaient pas d’administrer leurs royaumes : ils apportaient aussi les impulsions spirituelles. Ces légendes étaient le souvenir d’une époque sublime, disparue. En ce sens, le couronnement de Charlemagne à Rome  fut considéré comme un événement particulièrement important. Dans des temps plus anciens, les Wibelungen avaient été les rois-prêtres initiés : les légendes impériales allemandes en perpétuèrent le souvenir. Les recherches de Wagner le conduisirent vers elles.

Pour lui, une figure paraissait symboliser tout particulièrement le contraire entre l’époque moderne où règne la possession matérielle et l’époque médiévale qui avait encore des liens avec cette culture spirituelle : il s’agit du légendaire Barberousse.

Barberousse est aussi un grand initié. La légende raconte son voyage en Orient, d’où il doit rapporter la sagesse supérieure, la connaissance, le saint Graal, que lui remettront les initiés de là-bas. Dans le mythe des 12e et 13e siècles, l’empereur est assis, ensorcelé, au cœur de la montagne ; ses corbeaux sont un vieux symbole des mystères. Dans la langue des mystères perses, ils sont le symbole du premier degré de l’initiation : ils sont donc les messagers des initiés supérieurs. Que devait apporter cet initié ? Richard Wagner voulait représenter la transition de l’ancienne époque vers la nouvelle, avec ses formes de la propriété. Ce qui vivait autrefois s’est retiré, comme Barberousse. Selon Wagner, Barberousse incarnait l’intervention des initiés.

Cette pensée transparaît encore dans les « Nibelungen ». Au début, elle fut saisie dans sa forme supérieure, à présent elle a un fondement encore plus profond, elle exprime la vision médiévale de l’ascension d’une nouvelle culture. Mais Wagner cherche une interprétation encore plus profonde de cette pensée ; à la place de Barberousse, il choisit finalement la figure de Wotan, avec une approche infiniment profonde et intuitive des antiques légendes germaniques relatives aux dieux. Elles racontent la fin de la culture atlantéenne, la naissance de la cinquième race-mère à partir de la quatrième. C’est en même temps le développement de l’entendement.

Chez les Atlantes, l’entendement humain la conscience de soi n’étaient pas encore formés. Ils vivaient dans une sorte de clairvoyance. Ce n’est que dans la cinquième sous-race des Atlantes, chez les premiers Sémites, que se formèrent les premiers éléments de l’entendement combinatoire, qui continua à se développer dans la cinquième race-mère, ce qui permit l’apparition de la conscience du je. L’Atlante ne se disait pas encore « je » avec la même intensité que l’homme de l’époque suivante. Cette ancienne culture a été sauvegardée après la disparition de l’Atlantide ; les Européens constituent une branche qui remonte aux Atlantes. Il naît alors une opposition entre la culture spirituelle générale et les initiés qui agissent dans le secret et inspirent l’entendement extérieur.

Les nains de Nifelheim sont les porteurs de la conscience du moi. Richard Wagner oppose Wotan, l’ancien initié atlantéen, et Alberich, le porteur de l’égoïsme des Nibelungen, la race des nains, l’initié de l’époque postatlantéenne. L’or a une profonde signification dans la mystique. L’or est la lumière ; la lumière qui flue devient sagesse. Alberich va chercher l’or, la sagesse solidifiée, dans le Rhin. Les eaux représentent toujours l’âme, la sphère astrale. L’égo, l’or, la sagesse du moi naît de la sphère psychique. Le Rhin, c’est l’âme de l’époque moderne, dans laquelle apparaît l’entendement, la conscience du moi. Alberich s’empare de l’or, il l’arrache aux filles du Rhin, l’élément féminin, qui représentent l’état de conscience originel.

L’âme de Wagner a ressenti profondément cette dualité. Il a ressenti intensément cette remontée de la conscience du moi à la surface de la nouvelle époque et l’a représentée de façon grandiose au début de l’Or du Rhin, dans les accords en mi majeur. Ils traversent tout cet opéra. Wagner avait devant lui des légendes issues de mythes originels. Dans ces légendes vivait quelque chose qui, empli de forces jaillissante, fait vibrer l’âme à un rythme spirituel. Dans ces vieilles légendes, ce que l’on vit soi-même, ce que l’on est réellement, s’éveille, résonne et pénètre les hommes.
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Re: Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

Message par obsidienne le Mer 2 Aoû - 22:52

Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit.

Deuxième conférence. Berlin, 5 mai 1905


Dans ces conférences, nous verrons comment Wagner fait monter les personnages de ses opéras vers les dieux, puis les fait redescendre vers les hommes, pour montrer à l’humanité les voies de sa libération et de sa rédemption.

Dès le début de l’Anneau des Nibelungen, nous rencontrons le thème qui domine la cinquième race-mère : la naissance du moi, de la conscience de soi à partir de la sphère astrale. Vous savez que l’eau est le représentant occulte du monde astral. Si nous voulons saisir l’atmosphère du monde de richard Wagner, nous devons nous transporter dans les mythes nordiques. Sans être conscients de toutes leurs particularités, il a su transmettre la force et la symbolique dont ces mythes sont porteurs. Celui qui se laisse imprégner par l’univers des dieux nordiques y découvrira quelque chose de tragique. Tout converge vers le point final : le crépuscule des dieux. Quel est ce trait fondamental qui a conduit à une œuvre magistrale (comme l’anneau des Nibelungen de Wagner) ?

Représentez-vous la terre, telle qu’elle était à l’époque de la race nordique originelle : vous y trouverez un climat tropical, qui n’avait rien à envier aux climats tropicaux actuels ; des singes humanoïdes, des animaux proches de l’éléphant et de la girafe vivaient dans ces contrées. La nature était totalement différence de celle d’aujourd’hui. Peu à peu, ce climat fit place à la période dite glaciaire et nous y trouvons nos ancêtres avec leur culture primitive. La culture germanique ultérieure naîtra des suites de cette glaciation.

Dans le Nord, il y avait aussi des mystères et des écoles de mystères. Il y avait les mystères des drottes et, plus à l’Ouest, les mystères des druides, de très profonds mystères. Derrière ceux-ci se tenait un initié : Wotan. C’est surtout dans les régions peuplées par les Celtes que se sont maintenus les anciens mystères druidiques. En Angleterre, vous en trouvez des traces jusqu’à l’époque de la reine Elisabeth.

Puis, elles s’évanouirent. Les anciens mystères des drottes et ceux des druides parlent d’un chela, Sig ou Sigge qui, parvenu à un certain âge, a renoncé à son individualité et a eu ainsi la capacité d’accueillir en lui une individualité supérieure. C’est un processus que tous les mystères décrivent. Quand Jean Baptise Jésus, ce dernier offre également son corps à une individualité supérieure. Tout ce qui a un lien avec Sig rappelle ce mystère : un chela peut renoncer à son individualité pour offrir son corps à un être supérieur. Wotan entra en Sig pour préparer les évènements futurs.

Tout disciple des mystères apprenait que le monde des dieux nordiques serait remplacé par le christianisme. Toute l’œuvre de Wotan vise à préparer le christianisme qui vient. Quelques tribus étaient restées ici, dans le Nord, au moment des migrations des Atlantes vers le désert de Gobi. Alors que dans le Sud se succédèrent les quatre sous-races, d’autres événements eurent lieu dans le Nord. Là aussi se déroulèrent quatre phases d’évolution, la dernière est le crépuscule des dieux.

Les mythes nordiques évoquent la succession des quatre époques qui ont préparé le christianisme. Au cours de cette période, Wotan a été quatre fois initié, chaque fois a un degré supérieur. Pendant la première initiation, au cours de la première sous-race, il est suspendu neuf jours à la croix, au bois du frêne cosmique. Puis Mimir vint à lui et lui enseigna les runes. Ici aussi, la crucifixion signifie la rédemption.

Dans la deuxième initiation, il conquiert le breuvage de sagesse que Gunlöd gardait dans une grotte. C’est sous la forme d’un serpent qu’il lui faut entrer dans cette grotte souterraine. Il y reste trois jours, avant de mériter le breuvage. Dans la troisième initiative, qui correspond à la troisième sous-race, il doit faire le sacrifice de son oeil. Il s’agit de l’œil de sagesse des légendes, qui rappelle les cyclopes à un œil, les hommes de la race lémurienne. Chez nous, cet œil s’est refermé depuis longtemps. On en voit encore la trace chez les nouveau-nés. C’est l’œil des clairvoyants. Pourquoi Wotan doit-il le sacrifier ?

Chaque race-mère reprend brièvement les phases précédentes de l’évolution. Ainsi, dans la troisième sous-race, la clairvoyance dut être encore une fois sacrifiée, afin que puisse émerger ce qui commença à briller chez Wotan, la sagesse rationnelle, caractéristique de la manière européenne de voir les choses. La quatrième initiation est liée à Siegfried, rejeton des dieux, de Wotan. Des initiés humains prennent pour la première fois la place du dieu.
Siegfried est initié. Il doit éveiller Brunnhilde, la conscience supérieure ; en traversant les flammes, le feu, il doit se purifier de la passion. Il accomplit donc cette purification, cette catharsis. Il a tué auparavant le dragon, dominé la sensualité inférieure. Il est devenu ainsi invincible. Mais, entre les épaules, il reste un seul endroit où il peut être blessé. La vulnérabilité de ce point là suggère, sous forme symbolique, qu’il manque encore quelque chose à cette quatrième sous-race, quelque chose qui ne sera apporté que par le christianisme. Il doit venir un être qui sera invincible à l’endroit où Siegfried l’est encore – le christ, qui porte la croix entre les épaules, là où Siegfried pouvait être tué.

Il y eut encore un assaut, l’attaque des Atlantes, qui échoua devant le christianisme. Les peuples que dirige Atli-Attila-Etzel sont d’origine atlantéenne. Ces peuples mongols reculent devant le christianisme, qu’ils rencontrent à travers le Pape Léon 1er. Le christianisme prend le relais de l’ancienne culture.

Dans les mythes, l’évolution était présentée autrefois en images symboliques. Il en va de même pour le mythe de Baldur, qui est un initié nordique. Ici, toutes les conditions de l’initiation sont remplies. L’énigme de Baldur recèle une profonde vérité. La position de Loki dans la légende nordique n’est compréhensible que si l’ont intègre cette vérité. Vous savez que la mère de Baldur, effrayée par de méchants rêves, fit jurer à toutes les créatures de ne pas faire de mal à Baldur. Seule une plante de peu d’apparence, le gui, est oubliée : avec ce gui qui n’a pas fait le serment, Loki prépare la flèche qu’il donne au dieu aveugle Hödur, quand les dieux, pour jouer, visent Baldur. Le dieu Baldur est tué par le trait de Hödur.

Vous savez qu’une époque lunaire a précédé l’évolution terrestre. La substance de la lune était une sorte de substance vivante. Quelques végétaux lunaires restèrent à ce stade de l’évolution, mais affleurent encore dans le nouveau monde ultérieur, qu’ils troublent. Ils ne peuvent pas pousser sur un sol minéral, ils ne peuvent pousser que sur d’autres êtres vivants ; ce sont des parasites. Le gui est une plante lunaire. Loki est une divinité lunaire. Lui aussi vient encore de l’époque de l’Ancienne Lune. Il était parfait pendant l’époque lunaire, maintenant, il représente l’imparfait, le mal. Nous comprenons à présent pourquoi Loki apparaît dans les drames de Wagner doté d’une nature double, à la fois masculine et féminine. Comme vous le savez, la séparation des sexes s’effectua au moment où la lune quitta la grande planète originelle. Le dieu solaire Baldur se tient en face de la nouvelle création. C’est alors que viennent se heurter l’ancienne création et la nouvelle, le royaume lunaire et le royaume solaire, choc dont Baldur, représentant de la civilisation du soleil, est la victime. Le dieu aveugle Hödur est le représentant de la nécessité naturelle aveugle, qui vit dans le règne minéral. Il doit assumer d’être coupable permettant la venue d’un élément de progrès. Dans les mystères, il fallait que Baldur retrouvât la vie après avoir été tué par Loki qui c’était servi de Hödur.

Tels sont les sentiments qui nous animent quand nous écoutons les créations de Richard Wagner. Regardons cette scène de l’Or du Rhin : les filles du Rhin gardent le trésor, l’or. Le nain Alberich s’enflamme d’abord de désir sensuel pour elles. Puis le désir de l’or s’éveille en lui, et il renonce à l’amour, parce que celui qui veut l’or et le pouvoir doit renoncer à l’amour. Il forge donc l’anneau. Qu’est-ce qui se rattache à cet anneau ? La possession, l’égoïsme ; tant que l’homme ne se referme pas sur lui-même, il n’exige rien pour lui. L’égoïsme ne commence que la où l’homme est pris dans l’anneau des sens. Alberich doit renoncer à l’amour. Il est le représentant de la conscience de soi et s’entoure de l’élément physique. Le corps physique se construit d’après les mêmes lois que celles qui régissent la nature, d’où est tiré l’or des filles du Rhin. A l’or se rattache l’égoïsme, l’existence singulière. L’or est ici la sagesse acquise par vision, et non la sagesse créatrice. Pour accéder à cette dernière, il faut d’abord s’y rendre réceptif. Remontons au temps où l’humanité n’était pas encore divisée en deux sexes ; l’être humain n’avait pas encore la faculté de penser, d’acquérir la conscience de soi grâce à son penser. Tout ce qu’il créait était créé par l’amour. L’être humain n’avait pas encore la faculté de penser, d’acquérir la conscience de soi grâce à son penser. Tout ce qu’il créait était créé par l’amour. L’être humain, pour accéder à une spiritualité supérieure, dut renoncer à la moitié de la force productive : il n’eut plus qu’un seul sexe.

D’où tout cela est-il venu ? Tout est venu d’entités créatrices antérieures. La Terre devait passer dans un autre état pour que l’être humain reçoive cette corporéité solide. Wotan appartenait à des temps anciens, ceux du brouillard de feu ondoyant. Là où régnaient encore sur terre les forces du feu les plus pures, quand l’esprit de Dieu planait au-dessus des eaux, se trouvait la patrie originelle de Wotan. A présent, Wotan devait transformer sa demeure en un solide château-fort ; la terre devait se pétrifier. La maison des dieux, Walhall, fut construite par les géants. Ce sont les hommes de la race lémurienne, qui n’ont pas encore de haute spiritualité. Les géants, l’humanité se hissant au-dessus de la corporéité, exigent en retour Freya – à nouveau une figure féminine. Elle représente la conscience, la conscience nécessaire pour se maintenir en vie, pour rajeunir.

Et maintenant, c’est Loki qui peut édifier, à partir de l’élément igné, quelque chose qui convient bien à la nature inférieure. Loki délivre Wotan de l’obligation de sacrifier Freya ; Loki permet à Freya de rester chez les dieux. Qu’est-ce que l’être humain doit acquérir ? L’anneau, la corporéité édifiée selon des lois précises. La passion qui est nécessaire à la nature sensorielle doit être abandonnée au profit de l’amour supérieur. Avant que ne s’effectue le déploiement suprême, l’âme aussi doit être construite sur des bases solides. Les géants renoncent à Freya, à l’amour. L’amour est resté chez les dieux. Les géants se sont contentés de l’amour, l’or qui porte une malédiction. L’amour n’entrera à nouveau qu’avec le christianisme.

La mythologie nordique est empreinte d’une atmosphère tragique : nous voyons que Wotan regrette de donner la régence à un être issu du genre humain. Il veut garder le pouvoir et essaie de reconquérir l’anneau. C’est alors qu’il fait la connaissance de Erda. Auprès de Erda, il apprend la sagesse. Erda est l’Esprit de la Terre, la conscience du genre humain qui accomplit son développement sur la terre. Ses filles, les Normes, annoncent la conscience supérieure de la Terre, elles représentent la connaissance originelle qu’a la Terre du passé, du présent et de l’avenir. Elles démêlent les nœuds des connaissances particulières : au dessus de ces savoirs isolés, se tient la conscience à dimension d’éternité.

Wotan abandonne l’anneau aux géants. Un combat éclate au sein de leur groupe. L’existence individualisée entraîne le conflit : le motif de l’épée apparaît il exprime le passage d’une humanité qui a vécu jusqu’alors plutôt en communauté à une humanité nouvelle ou les individus isolés vont se faire la guerre. Wotan découvre sa position par rapport à l’humanité, et plus particulièrement vis-à-vis de la cinquième race-mère.

L’arc-en-ciel conduit du Walhall à la Terre. L’arc-en-ciel a une signification particulière dans la sagesse occulte. Vous connaissez l’arc-en-ciel qui paraît après le déluge. Nous retrouvons ce symbole dans les mythes nordiques. Il signifie le passage de l’époque atlantéenne à l’époque post-atlantéenne. A cette époque, l’air était beaucoup plus dense, l’eau beaucoup moins lourde qu’aujourd’hui ; il n’y avait pas de précipitation du type « pluie », comme aujourd’hui. Un arc-en-ciel, à cette époque là était un phénomène impossible. Le pays où grandit la famille humaine nordique est fort justement nommé « Royaume des brumes », « Nifelheim ». C’est dans ce royaume que se formèrent les masses d’eau qui submergèrent l’Atlantide. L’arc-en-ciel n’apparaît qu’à la fin de l’époque atlantéenne, après le Déluge. La recherche occulte explique ce que cela signifie. Dans la Bible, dans l’arc-en-ciel du déluge, comme dans l’arc-en-ciel du mythe nordique, nous avons quelque chose qui relie les hommes et les dieux. Quand Wotan est vaincu par Siegfried, cela signifie que l’homme prend maintenant la place des anciens dieux. La mission de la cinquième race-mère se prépare : générer des guides et des maîtres de l’humanité issus du genre humain lui-même. Les anciens guides de l’humanité descendaient de mondes supérieurs. Dorénavant, le Maître sera celui qui aura traversé tous les stades d’évolution de l’humanité – plus rapidement que les autres hommes – et qui les guides parce qu’il sera plus évolué.

La prochaine fois, nous parlerons de Siegfried dont nous développerons davantage l’histoire. Vous verrez comment Wagner, pour représenter les courants les plus profonds qui animaient l’humanité, a utilisé la puissance des mythes nordiques. C’est ce qui explique le pouvoir de sublimation et la profondeur de vision propres à ses drames.
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Re: Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

Message par obsidienne le Lun 7 Aoû - 23:35

Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit.

Troisième conférence. Berlin, 12 mai 1905


Dans la conférence précédente, nous avons vu comment Wagner, ce grand artiste, s’est tourné vers la mythologie pour présenter de grands moments de l’histoire universelle. Le mythe de Siegfried, résume toute la vision du monde nordique qui prévalut jusqu’à l’époque du christianisme. Cette vision comporte un trait tragique ; elle s’achève par le crépuscule des dieux. Que signifie cet événement tragique ?

J’ai dit qu’il y avait aussi des mystères dans le Nord ; on y expliquait aux disciples ce que signifie cette conclusion du mythe nordique par le crépuscule des dieux. Dans ces mystères, on dévoilait des faits encore cachés et qui devaient advenir plus tard. Les prêtres du monde du Nord devaient annoncer la fin de l’antique monde des dieux, et la montée d’un nouvel amour, purifié par le Christ, naissant du feu où sombre le monde nordique. Il fallait que meure le monde ancien ; c’est ce qui confère à la fin du mythe son caractère tragique. C’est ce que Wagner laisse admirablement transparaitre : cette atmosphère de préparation, « d’Avent », qui baigne les légendes nordiques, et dont les accents accompagnent le crépuscule des dieux.

Cette vision nordique comporte quatre phases. L’humanité a traversé quatre phases, puis le Christ est venu. Nous vivons aujourd’hui dans la cinquième sous race de la cinquième race-mère, qui a été précédée par d’autres : la civilisation du sanscrit, la civilisation perso-mède, la civilisation chaldéo-égyptobabylonienne, la civilisation gréco-latine fut la quatrième, et nous avons dans le Nord le peuple germano-teutonique. Le christianisme y pénètre comme une impulsion nouvelle. A ce stade, tout va se transformer et l’ancien monde va sombrer. C’est ce que montre la belle légende de Winfried-Bonifacius qui abat le chêne sacré. « Chêne » signifie « druide » dans les anciens mystères. La destruction du chêne signifie l’anéantissement de l’ancienne religion nordique. Les mystères nordiques ont prophétisé le moment où le culte des druides serait dépassé.

Pendant que se développaient les quatre premières sous-races, dans le Sud, les peuples du Nord ont préparé cette évolution pour elles. Nous avons, ici aussi, quatre phases, l’évolution se fait aussi en quatre temps ; le dernier est le crépuscule des dieux. Il est singulier de voir se répéter, en ces quatre phases, toute l’évolution antérieure des hommes. L’humanité a traversé différents états. La mythologie nordique constitue une sorte de souvenir de toute l’histoire de la terre. Cette histoire y vit sous forme de vision, de contenu mythique. Et dans le drame de Wagner, on retrouve ces quatre degrés de l’évolution, parce qu’il a tiré ses drames de la mythologie. La tétralogie composée par Wagner est une structure très pertinente. Ce prélude en quatre temps présente l’évolution de l’humanité ; le cinquième temps sera le christianisme.

Quel est le motif central dans l’Or du Rhin ? Et quel est le motif central de notre race-mère actuelle ?

Si nous remontons à la race-mère polaire, nous trouvons des hommes qui ne possédaient pas encore la conscience de soi, et qui n’étaient pas encore séparés en sexes ; c’est la même chose chez les Hyperboréens. Ce n’est que dans la troisième race-mère, à l’époque lémurienne, que l’être humain devient sexué. Et ce n’est qu’à l’époque atlantéenne que naît le moi, dans la cinquième sous-race. Alors, l’être humain se dit pour la première fois « je ». Cette conscience de soi est présentée dans le mythe sous les traits du nain Alberich, que l’on ressentait comme montant du Nifelheim. Le Nifelheim, c’était l’Atlantide, qu’on a pu à juste titre appeler le Pays des brumes. Notre atmosphère terrestre n’était pas encore libérée des vapeurs d’eau, il n’y avait pas de précipitation sous forme de pluie. Le moi humain naît de ce Nifelheim avec ses eaux tourbillonnantes et ses brumes flottantes. Wagner traduit cela de façon grandiose par l’accord en mi majeur de l’orchestre ; du Nifelheim, résonne le motif central de notre humanité actuelle.

Voyons bien clairement ce qui est arrivé sur terre à cette époque. L’homme vint sur terre sous forme d’être psychique, d’âme. Son corps naquit de la terre éthérique. L’être humain n’est encore ni homme ni femme, il ne sait rien de la possession, du pouvoir. Son âme est désignée en termes « d’eau ». La soif de possession, qui est à la fois soir de pouvoir, est encore sous la garde des puissantes vagues du monde astral, les filles du Rhin. Mais ce qui naîtra à l’époque atlantéenne se prépare lentement ; le moi, l’égoïsme.

Mais cette âme originelle portait quelque chose à quoi l’homme doit maintenant renoncer : l’amour, celui qui ne cherche pas de vis-à-vis extérieur, mais qui repose en lui-même. Alberich doit renoncer à cet amour qui repose en lui-même. Il le peut grâce à l’Anneau qui relie tout ce qui est humain. Tant que s’est maintenue l’androgynie, l’être humain n’avait pas besoin d’anneau ; ce n’est que quand il a perdu l’amour il perdit l’amour propre à l’âme, sa nature bisexuée, que l’anneau dut relier extérieurement ce qui était séparé. L’être humain doit maintenant s’unir à un autre être singulier pour atteindre l’amour. L’anneau est le symbole de la réunion d’êtres humains séparés, la réunion des deux sexes dans le monde physique. Quand Alberich conquiert l’anneau, il doit renoncer à l’amour. Il vient une époque où l’être humain ne peut plus créer au sein d’un univers unifié. Autrefois, le corps, l’âme et l’esprit étaient un. Maintenant, la divinité crée le corps du dehors. Les sexes se font face, en ennemis ; ils sont représentés par les deux géants Fafinir et Fasolt. Le corps humain est devenu unisexué.

Dans les anciennes religions, le corps humain a été représenté comme un temple. La divinité y œuvre du dehors. L’être humain doit créer lui-même le temple intérieur, notre âme, depuis qu’il est devenu un moi. L’amour vit encore dans la divinité créatrice ; elle travaille encore sur le « temple extérieur » : c’est le moment du récit, où Wotan veut prendre l’anneau aux géants, et où Erda lui apparaît, le détournant de ce projet. Erda est la conscience globale clairvoyante de l’humanité. Le dieu ne doit pas conserver l’anneau qui réunit ce qui doit impérativement se dissoudre pour se réunir plus tard à un niveau supérieur, quand les sexes se seront neutralisés. Ainsi, Wotan est-il retenu par la force prophétique et clairvoyante de la conscience de la Terre : elle l’empêche de reprendre l’anneau en son pouvoir ; l’anneau reste aux géants. En chaque être humain, dès lors, il n’y a qu’un seul sexe. Le géant signifie la corporéité physique. Les géants, à ce moment-là seulement, construisent Walhall. Fasolt est tué par Fafnir, c’est l’opposition entre le masculin et le féminin. En chaque être humain un sexe est tué ; l’homme tue la femme en lui, la femme tue l’homme en elle.

Mais il faut à présent que naisse de la conscience terrestre la conscience supérieure : c’est ce que permet l’union de Wotan et de Erda, d’où naît Brunnhilde. Elle est encore auréolée de la sagesse divine illuminant la conscience du monde. Mais cette conscience-là, pour le moment, recule. Wotan engendre avec une épouse terrestre Siegmund et Sieglinde.
C’est l’âme aux deux sexes : l’âme masculine et l’âme féminine. Il est impossible à chacune d’elles de continuer de vivre seule. Hunding enlève l’âme féminine, Sieglinde ; l’âme doit se soumettre au cerveau physique. C’est alors que commencent les errances de Siegmund, l’âme enfermée dans le corps ; elle n’a pas la force de se rapprocher du monde divin qu’elle a perdu. Les dieux ne peuvent pas protéger siegmund ; la lance de Wotan fait voler son épée en éclats.

Wotant doit ensuite remettre le pouvoir au moi humain, oeuvrant totalement dans le monde sensible, à Hagen, le fils d’Alberich, le principe du moi inférieur. Toutes les puissances se conjurent contre l’alliance de l’âme masculine avec l’âme féminine. Wotan lui-même, doit apporter son aide à Fricka. Fricka est une forme plus élevée de l’âme masculine-féminine ; elle pousse Wotan à dissoudre l’union entre l’âme masculine et l’âme féminine sur le plan terrestre. Dans la sphère vitale, l’âme masculine et l’âme féminine restent réunies, mais sur terre, intervient le rôle du sang, de la chair. L’épisode de l’amour entre frère et sœur en est une profonde illustration. Nous sommes ici dans le règne de l’interdit ; s’il perdure, Siegmund et Sieglinde doivent périr, ce qui est terrestre doit périr. Sieglinde doit être anéantie par la conscience universelle, Brunnhilde ; sinon, toute évolution terrestre serait bloquée. Mais Brunnhilde l’aide et lui donne le cheval Grane, qui fait traverser les événements terrestres à l’être humain. Brunnhilde se retire dans l’exil, des flammes ardentes encerclent les rochers où elle dort. Maintenant, la conscience clairvoyante est entourée du feu que l’homme doit d’abord traverser pour être purifié, s’il veut retrouver la conscience universelle.

Mais Sieglinde, l’âme féminine donne naissance à Siegfried, la conscience humaine, qui doit s’élever à nouveau vers les hauteurs. Il grandit à l’écart, auprès de Mime. Il doit vaincre la nature inférieure, le dragon, pour conquérir le pouvoir. Il remporte aussi la victoire sur Mime. Qui est Mime ? Mime peut donner quelque chose qui rend invisible, la cape d’invisibilité, une puissance qui n’est pas perceptible aux yeux des hommes ordinaires. La cape est le symbole du mage – du mage blanc et du mage noir – qui marche parmi nous mais ne se dévoile pas en tant que mage. Mime est le mage qui peut donner la cape, parce qu’il possède des forces noires, terrestres. Il veut faire de Siegfried un mage noir, mais Siegfried refuse. Il a tué le dragon, il a bu une goutte du sang, symbole des passions, et comprend alors la langue des oiseaux, de ce qui est perceptible aux sens terrestres. Il peut s’engager sur le chemin de l’initiation supérieure : le chemin vers Brunnhilde, vers la conscience universelle, lui est révélé.

Jusqu’à présent, nous avons trois phases de l’évolution nordique : le nain puis le géant, puis l’être humain. La Walkyrie appartient à la deuxième phase. Et en Siegfried, nous avons enfin la naissance de l’homme lui-même. Enfermé dans un corps, il doit retrouver le chemin de la sagesse pure. Dans le Crépuscule des Dieux, la quatrième partie parle de cette immaturité de l’être humain nordique, qui n’avait pas encore atteint le degré supérieur de l’initiation. Siegfried est encore vulnérable en un unique endroit, celui où le Christ a porté la croix. Siegfried ne pouvait pas encore prendre la croix. C’est une image profonde pour indiquer ce qui manquait encore au peuple du Nord, ce christianisme qui lui était nécessaire. Siegfried ne peut pas s’unir à Brunnhilde ; il représente l’âme humaine, née d’une femme terrestre, de l’union de Siegmund et de Sieglinde. Brunnhilde est la conscience supérieure restée virginale.

Dans la dernière phase, il faut accéder à la connaissance supérieure. Comme l’être humain n’a pas encore la faculté de s’unir à la sagesse virginale, cet élan vers une connaissance supérieure se transforme en exigence plus brutale : ceci doit être dépassé. Sa volonté de s’unir à Brunnhilde, qu’il désir posséder sur un plan terrestre, conduit à l’échange de leurs biens ; elle lui donne le cheval, il lui donne l’anneau.

Tant que l’homme ne peut s’unir au soi supérieur, l’anneau, la contrainte extérieure, conserve sa puissance. L’homme plonge dans la conscience inférieure ; il est frappé de cécité. Siegfried oublie Brunnhilde, il s’unit à Gudrun, la conscience inférieure. Il veut même demander la main de Brunnhilde pour un autre, pour Gunther, qui en est indigne. Cela veut dire que, dans la phase qui précède immédiatement l’entré du christianisme, l’homme succombe encore une fois et s’égare sur le chemin impur, celui des puissances obscures. L’union, dysharmonie, de Brunnhilde et de Gunther conduit Siegfried à sa perte. Il sera tué par les puissances inférieures dans les rets desquels il s’est pris.

La dernière phase approche. Les trois Nornes apparaissent encore une fois. C’est le moment où la conscience universelle disparaît :

A son terme l’éternelle science !
Les Sibylles n’ont plus rien
A dire à l’univers :
En haut vers nôtre Mère, en bas !

La sagesse supérieure, qui était donnée autrefois aux fils des dieux, se perd sur terre ; elle repart dans la sphère de l’Eternité. L’humanité ne peut plus s’appuyer que sur elle-même.
Dans l’opéra Tristan et Isolde, pour celui qui regarde les choses plus en profondeur, Wagner jette une lumière grandissante sur le problème de la dualité des sexes. Le masculin et le féminin n’ont de signification que sur le plan physique. Tristan aspire à ne plus être séparé, à trouver son pendant qui l’équilibre, à avoir une conscience qui ne soit plus masculine ou féminine. Cette nostalgie traverse tout le drame : cesser d’être Moi-Tristan, accueillir en moi Isolde, ne plus être Moi-Isolde, mais devenir Isolde et Tristan. Ils ont perdu tous deux conscience de cette séparation. C’est le chant final de ce drame que proclame la victoire libérant de l’isolement.

Dans les flots ondoyants
De la mer de félicité,
Dans les accents chantants
Des vagues parfumées,
Dans la respiration universelle
Du souffle cosmique,
Se noyer –
Sombrer –
Inconscience –
Volupté suprême !



Chaque mot porte la marque d’une connaissance très profonde. Les vagues de cette mer de félicité, c’est le monde astral, le monde qui résonne de sons parfumés, c’est le dévachan. Le souffle du monde, c’est le principe vital dans lequel tout doit parvenir à l’harmonie. Ne plus être séparés dans la conscience : se noyer, sombrer dans l’indifférencié, en ayant perdu conscience : tel est le bonheur suprême. En fait, le bonheur suprême pour les êtres terrestres, c’est de dominer le monde sensible depuis le monde spirituel. Le désir d’anéantir le monde terrestre ennoblit ; c’est la victoire sur une de ses propres composantes. Tel est le problème que Wagner cherche à résoudre dans Tristan et Isolde.
Ces pensées ne vivaient pas consciemment, de façon abstraite chez Wagner, mais elles étaient vivaces dans les mythes, et Wagner les en retira. L’artiste n’a pas besoin de porter ces pensées abstraitement en lui-même. Comme la plante grandit selon des lois qu’elle ne connaît pas, dans les mythes, vivent les forces universelles, images symboliques de la vérité divine et éternelle.

Le Siegfried de wagner est encore mêlé au monde terrestre, il doit y périr. Brunnhilde comprend l’enchaînement des événements et leur sens : elle rend l’anneau aux filles du Rhin, à l’élément qui n’a pas participé au jeu de ce monde. L’humanité, à ce stade de son évolution, retrouve la source de la matière originelle, virginale.

Une nouvelle vision du monde succède à celle de l’antique monde nordique. Elle ne fait plus appel au monde extérieur, sensible, mais seulement à l’âme restée virginale. Brunnhilde, qui est encore mêlée à ce monde sensible extérieur par son union avec Siegfried, entre en chevauchant dans le feu. L’amour va y naître. C’est une pensée qui est encore tragique pour le Nord. Car tout un univers signifiant est frappé d’anéantissement. L’amour naît, par le pouvoir de l’esprit, dans cette mer de feu, la matière originelle, virginale. « Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria virgina ». Du même élément qui avait donné naissance à l’égoïsme, à l’amour sensible, naît à présent un nouveau sentiment, supérieur à tout ce qui est mêlé au plan physique. La sagesse se retire, pour laisser naître, à partir de l’élément préservé par la chasteté virginale, l’amour. C’est le christ, le principe christique. L’amour, dépouillé d’intérêt personnel, en opposition à l’amour égocentrique, c’est la grande évolution payée par la mystérieuse régression dans la mort, la disparition du monde physique. Nous voyons s’opposer ici violemment la vie et la mort.

Le bois, c’est la vie desséchée, et ce bois est suspendue la vie nouvelle, la vie éternelle d’où jaillit la nouvelle ère. Une nouvelle vie spirituelle surgit du crépuscule des dieux. Richard Wagner désirait intimement, après avoir traversé les quatre phases de la vie nordique, présenter ce principe dans toute sa profondeur : c’est ce qu’il fit dans son Parsifal : c’est la cinquième phase. Wagner avait parcouru la tragédie de l’histoire nordique, il éprouvait le besoin d’une glorification du christianisme.
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Re: Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

Message par obsidienne le Jeu 10 Aoû - 17:59

Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit.

Quatrième conférence. Berlin, 19 mai 1905


Plus l’on plonge dans l’œuvre de Richard Wagner, plus on pénètre profondément dans des questions théosophiques et mystiques, dans les énigmes de la vie. Il est extrêmement significatif que Richard Wagner, après avoir développé dans son Anneau des Nibelungen toute la préhistoire des peuples européens, en quatre temps, créa ensuite un drame éminemment christique, qui est en fait la conclusion de toute son œuvre, le « Parsifal ». Il faut cerner toute la personnalité de Wagner si l’on veut comprendre ce qui vit en réalité dans ce « Parsifal ».

Pour lui, depuis les années quarante, la figure de Jésus de Nazareth était déjà en voie de prendre forme. Il voulait écrire un drame : « Jésus de Nazareth » - il en a laissé quelques fragments – une œuvre qui devait montrer l’amour infini pour toute l’humanité qui agit en Jésus de Nazareth. C’est ce qu’il voulait faire, mais il en est resté au stade des grandes lignes préliminaires. Il esquissa ensuite dans les années cinquante le drame « Les vainqueurs ». Vous voyez à travers ces titres la profondeur de la vision du monde où ce poète puisait ses intuitions.

Regardons le contenu du drame «  Les vainqueurs » : Ananda, jeune homme de caste supérieure est passionnément aimé par Prakriti, une jeune fille tschandala, d’une caste méprisée. Mais il renonce à tout amour sensible et terrestre et devient un disciple de Bouddha. Wagner voulait faire de la jeune fille tschandala, dans une incarnation antérieure, un membre de la caste des brahmanes qui aurait repoussé alors, avec orgueil et suffisance, l’amour du jeune homme tschandala. La punition karmique consiste à renaître dans la caste tschandala. Après avoir accepté intérieurement de renoncer à son amour, elle devient, elle aussi, disciple de bouddha. Vous voyez que Wagner a déjà saisi le problème karmique dans toute sa profondeur, lorsqu’il se met en devoir d’écrire au milieu des années cinquante un opéra aussi grave que « Les vainqueurs ». Toutes ces méditations ont fini par confluer dans son « Parsifal ». Mais en même temps, au centre du « Parsifal », se tient la question du Christ.

Le passage du 12e au 13e siècle marque un point important dans l’histoire du Moyen-Age. C’était l’époque de Wolfram von Eschenbach, qui a donné une forme versifiée au mystère de Parzival, puisée à la profonde spiritualité du Moyen-âge. Au Moyen-âge, vivait dans les hommes qui menaient une vie spirituelle quelque chose qu’on appelait, dans des cercles initiés « l’amour sublimé ». Il y eut avant et après, les chanteurs qui célébraient l’amour courtois.

Mais entre l’amour séculier, lié au monde sensible, que l’on connaissait autrefois, et l’amour purifié qui parut plus tard dans le christianisme, il y avait une grande différence. Il nous a été conservé un souvenir important de ce tournant de la vie spirituelle au Moyen-âge : c’est le « Pauvre Henri » de Hartmann von Aue : un chevalier sociable, pour qui tout avait toujours très bien été jusqu’alors, est atteint d’une maladie incurable, la lèpre, et ne peut être délivré que par la mort sacrificielle d’une vierge pure. Une jeune fille accepte de mourir pour lui. Ils vont ensemble à Saleme, en Italie, pour consulter un célèbre médecin. Au dernier moment, Henri ne veut plus accepter ce sacrifice : la jeune fille reste en vie, Henri guérit, et ils se marient.

Vous trouvez ici à nouveau l’image de la vierge pure qui se sacrifie pour un homme qui n’a vécu jusqu’alors que dans le monde sensible et qui est sauvé par elle. Ici, du point de vue du Moyen-Age, un mystère est caché. On attribuait la poésie courtoise à un antique courant qui était apparu aux quatre stades successifs de la culture européenne, que nous présentent les légendes reprises dans la tétralogie de Richard Wagner. On considérait à cette époque l’amour qui ne provient que du monde sensible comme une passion à dominer. Purifié par la haute force spirituelle du christianisme, le courant de l’amour courtois devait renaître sous une forme nouvelle.

Si nous voulons comprendre ce qui advint, nous devons rassembler tous les éléments pour nous immerger dans le caractère particulier, la physionomie de cette époque. Nous pouvons alors comprendre ce qui poussa Wagner à représenter cette légende. Il y avait une ancienne légende, une légende originelle, que nous pouvons trouver chez les peuples germaniques les plus anciens et sous une forme un peu différente en Italie et dans d’autres pays. Nous voulons en considérer la structure : un homme a connu les joies de ce monde et pénètre dans une sorte de grotte souterraine ; il y trouve une femme extrêmement attirante. Il connaît là des joies paradisiaques ; mais ensuite il est envahi par la nostalgie du monde d’en haut, il sort de la montagne au bout d’un certain temps. Ces images sont très claires dans la légende de Tannhäuser. Si nous nous la rappelons, nous y trouvons un beau symbole de l’antique aspiration à l’amour, telle qu’elle vivait dans les pays germaniques avant ce grand tournant dont j’ai parlé : la vie de l’homme, dans le monde sensible, la retraite vers les joies de l’amour au sens antique, dont la déesse vénus était l’incarnation, le fait d’être détourné de l’action dans le monde extérieur par l’amour assimilé à des sensations paradisiaques. Mais, sous cette forme, la légende n’a pas de nœud véritable. Elle n’a rien qui nous ouvre la perspective d’un monde supérieur. Elle est née de la vision antérieure, de la forme ancienne de l’amour. Plus tard, quand le christianisme commença à accomplir la métamorphose spirituelle de l’amour, on voulut éclairer les temps passés et montrer l’opposition entre ce paradis et celui du christianisme.

Si nous voulons comprendre Wagner, nous devons essayer d’aller encore plus loin. Nous avons observé notre cinquième race-mère. Quand les flots eurent recouvert l’Atlantide, les sous-races apparurent les unes après les autres : la race indienne originelle, la race perse originelle, puis la race chaldéo-égypto-babylonienne, puis la race gréco-latine et, à la fin de la civilisation romaine, notre cinquième sous-race, dans laquelle nous vivons aujourd’hui et qui est significative pour l’Europe chrétienne. Richard Wagner n’a pas su tout ce que je dis à présent. Mais il avait un sens sûr de la situation de la cinquième sous-race, et il ressentit que la mission du monde moderne était de nature religieuse, ce que l’on ne saurait mieux formuler dans nos cercles théosophiques.

Vous savez que chacune de ces « races » fut inspirée par de grands initiés, et que l’inspiration originelle de la cinquième race atlantéenne émana des premiers Sémites. Vous savez que, quand l’Atlantide fut engloutie par les flots, ceux qui s’enfuirent et furent préservés de la disparition furent conduits vers l’Asie, dans le désert de Gobi, par Manu, un guide divin. Delà, des impulsions culturelles partirent, passant par l’Inde, vers le Moyen-Orient, la Perse, l’Assyrie, l’Egypte, puis vers le Sud de l’Europe, la Grèce, Rome et gagnèrent plus tard nos contrées.

L’histoire ne peut plus suivre avec exactitude les deux premières impulsions sémites, ce sont les impulsions civilisatrices qui ont modelé la race indienne de la race perse. Mais si nous observons la sous-race égypto-chaldéenne, nous devons y reconnaître la marque d’une grande impulsion sémite, qui a donné son nom au peuple d’Israël. Il faut faire remonter le christianisme à cette impulsion sémite, qui s’est répandue ensuite dans la culture gréco-latine. Si nous suivons la marche de ces impulsions, nous trouvons l’influence sémitique sur toute l’Europe, portée par le peuple Maures qui avaient pénétré en Espagne et à laquelle, les moines chrétien n’échappèrent pas non plus. C’est ainsi que l’impulsion sémitique originelle s’étend jusque dans la cinquième sous-race. Nous voyons la culture originelle influencée cinq fois par ce grand courant.

Nous trouvons donc, venant du Sud, un grand courant spirituel, qui va rencontrer un autre courant qui s’est développé au Nord, et a traversé quatre phases d’évolution, depuis la civilisation originelle ; un peuple naïf, proche de la nature, reçoit l’influence de la culture venant du Sud au tournant du 12e au 13e siècle. On ressentit cet impact d’une culture nouvelle comme un courant d’air spirituel. Wolfram von Eschenbach était totalement sous l’influence de ce courant spirituel.

La culture nordique est symbolisée par la légende de Tannhäuser, dont l’impulsion vient également du sud. Partout nous trouvons quelque chose que nous pouvons désigner comme l’impulsion sémitique. Mais on ressentait très fortement la chose suivante : la race germanique était le dernier maillon d’une évolution ; il devait venir quelque chose de tout à fait nouveau, il se préparait pour la cinquième sous-race, quelque chose de complètement différent : c’était le christianisme et sa mission supérieure. A cette époque-là, dans les pays germaniques, on avait la nostalgie d’un nouveau christianisme, qu’il s’agissait de recréer ; il devait être rattaché de l’histoire qu’il avait eue jusqu’alors dans le sud. Le christianisme devait être recréé sous une forme plus pure. A l’époque des croisades, naquit une opposition entre Rome et Jérusalem. Les croisés combattaient avec des cris de guerre « ici Rome ! », « ici Jérusalem ! ». L’un se rapportait au christianisme romain, qui n’était plus qu’une coquille vide, l’autre à un christianisme pur qu’il fallait restaurer et dont on voyait le centre à Jérusalem. C’est ce que pensèrent aussi les grands scolastiques, ainsi que Dante dans sa divine comédie ; pour lui, c’est bien Jérusalem qu’il convenait de considérer comme un centre, mais un centre au sens spirituel plutôt qu’extérieur. Ainsi ressentait-on la cinquième sous-race comme une messagère, annonciatrice du futur. Les anciennes influences s’étaient taries, quelque chose d’entièrement nouveau devait venir, une nouvelle spirale de civilisation s’élevait. Ce n’était qu’une tentative de refonder le christianisme véritable mais il fallait en retrouver le cœur, sous la vieille écorce. On ressentait au tournant du Moyen-Age que quelque chose sombrait ; ce qui avait été ressenti autrefois comme un bienfait s’achevait, et en même temps, on ressentait, dans cette nostalgie du monde nouveau, que quelque chose se levait. Tout cela vivait chez wolfram von Eschenbach.
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Re: Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

Message par obsidienne le Jeu 10 Aoû - 18:03

Regardez à présent l’époque nouvelle. Représentez-vous ce sentiment ravivé à l’époque où le naufrage était consommé, et vous trouverez ce qui vivait en Richard Wagner. Il avait à présent sous les yeux les suites de ce déclin de la race si nettement ressenti autrefois, Richard Wagner, dès le début de sa vie consciente, a éprouvé avec une intensité particulière ce mouvement de déclin. Pour lui, de nombreux symptômes en témoignaient et attestaient aussi qu’un nouveau mouvement était nécessaire. Le chaos qui nous entoure aujourd’hui à plus d’un égard, la vie actuelle des couches de la population les plus démunies, qui ressemble plus à un croupissement qu’à une existence digne de ce nom, la misère des masses populaires européennes, privées de toute éducation, dont la vie spirituelle reste dans l’obscurité, tout cela, personne ne l’a ressenti plus vivement que Richard Wagner, c’est pourquoi il est devenu, en 1848, révolutionnaire. Il ne faut pas nous représenter richard Wagner comme un révolutionnaire ordinaire : nous devons comprendre qu’une pensée oppressait son âme : nous sommes responsables d’agir ou bien dans le sens du déclin, de la descente à l’abîme, que nous pouvons accélérer, ou dans celui de la remontée. La révolution de 1848 n’a été pour lui qu’une manifestation extérieure.

Si nous saisissons les choses sous ce jour, nous comprendrons comment Richard Wagner est parvenu à ses idées sur les races, telles qu’il les exprime dans son livre « Religion et art ». Il dit en substance : En Asie, nous trouvons dans le peuple indien un peu de la force originelle de la race aryenne. Ce peuple est animé par la force supérieure de la vie spirituelle, mais seulement dans son élite : les brahmanes. Les castes inférieures sont exclues de cet enseignement, mais celle des Brahmanes a atteint un stade spirituel élevé, qui est une expression de la culture originelle. Si nous tournons alors nos regards vers le Nord, se dit Richard Wagner, nous avons là une race naïve qui a traversé elle-même quatre phases d’évolution, un peuple qui aime la chasse ; comme tel, il faut imaginer de lui qui éprouvait de la joie à tuer ses ennemis. La joie de tuer le vivant est pour Wagner un symptôme de décadence.

C’est une vérité occulte profonde : la vie et la mort sont liées de façon étonnante à la marche de l’être humain vers une sphère plus haute, plus pure, spirituelle. Toutes les tortures, les destructions de la vie que l’homme perpétue provoquent le retrait de forces spirituelles. C’est pourquoi celui qui s’est engagé sur « le chemin noir » doit précisément anéantir la vie. Le roman « Flita » de Mabel Collins illustre ce fait. C’est l’histoire d’une magicienne noire qui détruit des vies fœtales parce qu’elle en a besoin pour nourrir ses abominables forces. Il y a un rapport profond entre la vie, la mort et l’évolution de l’homme. C’est une leçon que les peuples ont dû apprendre jusqu’en leur chair. C’était quelque chose de différent quand, à un certain moment de l’évolution, on tuait de façon naïve ; à cette époque là, les chasseurs, lorsqu’ils tuaient, faisaient l’expérience de la force qui les habitait : c’était le cas des anciens peuples chasseurs germaniques.

Mais avec la venue du christianisme, les choses changèrent. L’enseignement chrétien interdit de tuer, le meurtre est un péché. Nous devons chercher ici l’origine de la réflexion qui conduisit Wagner à un végétarisme strict. Pour lui, l’absorption de viande est un signe de décadence d’une race, et il désigne l’unique possibilité de remontée par le passage à une alimentation humaine où il n’est plus besoin de tuer.

Ce sentiment de la nécessité d’une nouvelle impulsion inspira les exposés de Wagner relatifs à l’influence du judaïsme sur la civilisation actuelle. Wagner n’était pas antisémite dans le sens aberrant, haineux qui a cours à l’heure actuelle, mais il sentait que le rôle du judaïsme était achevé, que les influences sémitiques sur notre culture devaient s’effacer et que quelque chose de nouveau devait venir les remplacer. D’où l’exhortation qu’il lança pour impulser un renouveau. Cela est lié à sa façon de concevoir notre race actuelle. Il se disait : nous devons faire une différence entre évolution d’une race et évolution de l’âme. Et en effet, il faut faire cette différence, si on veut comprendre l’évolution.

Nous avons tous été incarnés autrefois dans la race atlantéenne ; mais tandis que les âmes ont poursuivi leur développement et se sont élevées, la race est entrée en décadence. A toute ascension se rattache un déclin. Pour tout être qui s’ennoblit, il y a un être qui sombre. Il y a une différence entre l’âme dans le corps d’une race et le corps de la race lui-même. Plus l’être humain est semblable à la race, plus il aime ce qui est temporel, éphémère, ce qui est lié aux caractères de sa race, et plus il est imbriqué dans le déclin de sa race. Plus il se libère des particularités de la race, plus il s’élève au-dessus d’elles, plus l’âme a la possibilité de se réincarner à un niveau supérieur. Un esprit comme Wagner qui distingue évolution de l’âme et évolution de la race, ne peut absolument pas être antisémite. Il sait que ce ne sont plus les âmes qui sont au terme de leur développement, mais les races qui ont rempli leur mission, au cours de la grande évolution universelle. C’est ce que Wagner répète constamment dans ses écrits, quand il parle de « sémitisme ». Wagner ressent le déclin des races et la nécessité de l’ascension des âmes. Des âmes médiévales comme Wolfram von Eschenbach ou Hartmann von Aue ressentaient également cette nécessité.

Nous voulons revenir encore une fois sur la légende du Pauvre Henri. Nous devons regarder encore plus profondément la signification de la guérison d’Henri par une vierge pure. La maladie d’Henri a été provoquée par sa vie dans le monde sensible ; son moi est né de sa race, de ce qui, à cette époque agit sur le plan sensible. Ce moi, né de ce qui agit sur le plan sensible, tombe malade lorsqu’il entend l’appel, adressé à l’humanité entière, l’exhortant à poursuivre son développement. L’âme tombe malade parce qu’elle se lie à ce qui ne doit vivre que dans la race. Ceci est caractérisé par la manière dont l’amour s’exprime quand il est séculier. A présent à partir de cet amour inférieur qui vit dans la race, l’amour supérieur doit se développer. Ce qui vit dans la race doit être relayé par quelque chose de supérieur, par l’amour élevé, pur, qui se sacrifie pour l’âme de l’homme emplie de nostalgie, par ce que Goethe appelle l’Eternel Féminin, qui nous attire à lui.

Vous savez – je l’ai souvent répété – qu’en chaque être humain vit l’élément masculin et l’élément féminin, et que du fait que ces deux éléments sont séparés, le monde sensible vient s’y mêler. La sphère du monde des sens est surmontée. Ce thème est également traité dans Tristan et Isolde. L’expression historique de cette victoire, pour Wolfram von Eschenbach et pour Richard Wagner, c’est Parsifal ; il est le représentant du nouveau christianisme. Parsifal devient roi du Saint Graal en libérant ce qui a subi autrefois l’esclavage des sens, et en apportant un nouveau principe d’amour dans le monde.

Quel est le fondement de l’histoire de Parsifal ?

Que signifie le saint Graal ?

La légende originelle que nous voyons émerger au milieu du Moyen-Age, nous raconte que le Saint Graal est la coupe dont se servit le Christ au cours de la Cène, et dans laquelle Joseph d’Arimathie recueillit le sang qui coulait de la blessure du Christ Jésus. Cette coupe et la lance qui a provoqué la blessure sont emportées vers les hauteurs par les anges et maintenues dans les airs, où elles flottent jusqu‘à l’arrivée du Titurel : il construisit sur la montagne de Monsavat – la montagne du salut – un château, sanctuaire de la chevalerie spirituelle où fut conservée cette coupe. Douze chevaliers sont réunis pour servir le Saint Graal. Celui-ci possède le pouvoir de détourner la mort de ces chevaliers et de leur donner ce dont ils ont besoin pour élever leurs âmes vers le monde de l’esprit. Quand ils le contemplent, ils reçoivent toujours une force spirituelle.

Nous pouvons nous pencher maintenant vers la forme que Richard Wagner a donnée à la légende de Parsifal. C’est pour l’essentiel la même que nous avions chez Wolfram von Eschenbach. Nous avons là d’un côté le temple du Graal avec sa chevalerie, et de l’autre le château enchanté de Klingsor avec ses chevaliers, qui sont les ennemis de ceux du Graal.

Deux types de christianisme s’opposent ici : l’un est représenté par la chevalerie du Graal, l’autre par Klingsor et ses chevaliers. Klingsor est celui qui s’est mutilé pour échapper au piège des sens. Mais il n’a pas dominé son désir, il s’est juste privé de la possibilité de le contenter. Il vit donc encore dans le royaume des choses sensibles. Des magiciennes le servent. Kundry est celle qui séduit les êtres pour les faire entrer dans ce royaume. Elle attire tout ce qui vient vers Klingsor en direction du côté sensible, du côté qui devrait appartenir au passé. Klingsor personnifie le christianisme médiéval, devenu ascétique, qui a certes tué la sensorialité, mais n’a pas éteint conjointement le désir de jouir de ce monde des sens ; il ne permet pas d’échapper à la force séductrice de l’amour sensible, qu’incarne Kundry. On voyait quelque chose de plus élevé dans la force de renonciation de la haute spiritualité, celle qui n’étouffe pas impérieusement les liens avec les choses sensibles, mais qui ennoblit par une connaissance spirituelle supérieure cette sensualité et s’élève ainsi au royaume de l’amour purifié. C’est l’inspiration d’Anfortas et des chevaliers du Graal, mais il ne leur avait pas encore été possible d’accéder à ce royaume Ils n’y parvenaient pas. Tant que manque la force spirituelle juste, Amfortas doit succomber aux séductions de Kundry ; l’aspiration supérieure qui vit en Amfortas est victime de Klingsor, l’esprit inférieur.

La légende de Parsifal nous présente côte à côte, deux phénomènes : d’un côté le christianisme ascétique, qui n’a pu attendre la connaissance spirituelle supérieure en tuant sa nature liée au monde des sens, et de l’autre, les représentants de la chevalerie spirituelle, mais qui succombent toujours aux séductions de Klingsor tant que n’aura pas paru le libérateur qui vaincra Klingsor. Amfortas est blessé, perd la sainte lance en combattant Klingsor ; roi dans les douleurs, il doit garder le Graal, à l’image du christianisme supérieur, les mystères du christianisme liés au Saint Graal jusqu’à ce que paraisse une libération, sous une forme nouvelle. Et ce libérateur est Parsifal. Parsifal doit d’abord apprendre ses leçons, il traverse les épreuves nécessaires ; puis il se purifie et s’élève à cette force spirituelle, au sentiment de la grand unité de tous les êtres.

Inconsciemment, une nouvelle fois, Richard Wagner nous présente en Parsifal des profondes vérités occultes. D’abord Parsifal traverse le stade où il apprend la compassion, la compassion avec nos frères ainés, les animaux. Il a quitté sa mère Herzeleide, poussé par un irrésistible appel vers la chevalerie. Elle est morte de chagrin, il a combattu et tué la bête. Dans le dernier regard de l’animal, il a ressenti ce que signifie « tuer ». C’est le premier degré de sa purification.
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Re: Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

Message par obsidienne le Jeu 10 Aoû - 18:07

Au deuxième degré, il apprend à dominer le désir ardent, sans devoir tuer extérieurement les organes du désir lié aux sens. Il parvient ensuite au Saint Graal, mais ne reconnait pas encore sa mission. Il la découvre en recevant l’initiation de la vie. Il semble qu’il soit prêt à succomber à la séduction de Kundry, mai sil sort victorieux de cette épreuve : au moment où il va céder, il s’arrache à la puissance du désir ; un nouvel amour pur rayonne en lui, pareil à un soleil qui se lève. C’est la même aurore lumineuse que nous avons déjà vu paraître dans le crépuscule des dieux. « Et incarnatus est de spiritu Sancto ex Maria virgine », né de l’esprit, et né de la Vierge – c’est la forme supérieure de l’amour, qui naît de l’âme qui ne s’abreuve plus au monde des sens, qui purifie toutes les âmes et les rend nobles. L’être humain doit éveiller en lui cette âme qui ne tue pas les organes sensoriels mais ennoblit tout ce qui appartient au monde des sens, parce que le moi, le Christ, est né de la matière virginale. Le Christ est né en Parsifal. Une force virginale supérieure se dresse en face de Kindry, la séductrice. Kundry, cet être féminin qui tire le moi de l’être humain vers le bas, dans la sphère de la sexualité, doit être vaincue. Kundry incarne toutes ces créatures féminines qui tirent l’être humain vers le bas. Kundry fut aussi Hérodiade, celle qui a exigé la tête de Jean. Kundry, comme Ahasvérus, est un être qui ne peut trouver le repos, qui cherche partout sa délivrance dans l’amour sensible.

Se libérer de l’amour lié au sens : c’est le message que Richard Wagner a mêlé inconsciemment à son Parsifal. Nous voyons cette pensée se faire jour dans son œuvre. Dans le Vaisseau Fantôme, son intuition le conduit vers ce problème : un homme qui erre sur les mers est délivré de cette longue malédiction par le sacrifice d’une jeune fille. C’est aussi la problématique de Tamhäuser. Wagner a présenté le tournoi des Chanteurs à la Warburg comme le combat entre le chanteur de l’ancien amour charnel, Heinrich von Ofterdingen, et Wolfran von Eschenbach, qui représente la force du christianisme spirituel renouvelé. Dans cette légende du Tournoi des changeurs à la Wartburg, c’est justement Heinrich von Ofterdingen qui va chercher l’aide du maître Klingtor de Hongrie. Mais tous deux sont vaincus par la force qui émane de Wolfram von Eschenbach.

Nous comprenons désormais le « Tristan » plus en profondeur, parce que nous savons qu’il ne s’agit pas de l’extinction de l’amour qui vit en lui, mais de sa purification.

Partant de la négation schopenhauerienne du vouloir, Richard Wagner s’éleva vers une réorientation et vers une purification du vouloir dans les sphères supérieures. Wagner a parlé de cette purification dans un drame, thème qui ne s’y révèle pas à première vue : dans les « Maîtres-Chanteurs ». Entre les lignes pour ainsi dire, vous trouverez ce motif dans la purification de Hans Sachs, face à cette tentation qu’il éprouve : conquérir Eva. Ceci n’est pas dit explicitement dans le texte, mais dans la musique. Si vous écoutez la musique des « Maîtres-chanteurs », vous percevrez les accents de cette purification.

Richard Wagner a concentré tous ces motifs dans son Parsifal. Il s’est retourné vers l’idéal originel des brahmanes. Rempli de mélancolie et de douleur, il a vu les symptômes de décadence dans la race actuelle. Il voulait que son art engendre une nouvelle impulsion.

La libération de la race par un nouveau contenu spirituel, c’était ce qu’il voulait apporter dans ses festivals. Tant qu’il partagea les vues de Wagner, Nietzsche parla aussi dans cet esprit, dans ses écrits sur l’art dionysien. Il ressentit que dans les festivals, vivait comme un renouveau des jeux des mystères de la Grèce antique. Les « dionysiens » d’Eschyle et de Sophocle, qui nous ramènent au début de la quatrième sous-race, contribuèrent à la naissance du courant de civilisation de la cinquième sous-race.

Dans les profondeurs des temples des mystères de Dionysos, on ressentait cette libération de l’être humain. Ce qui s’était déroulé autrefois dans les Temples des mystères resurgit plus tard, dans les pays européens. Nous sommes devant un Dionysos qui s’incarne dans al matière, qui fête sa Résurrection et son ascension dans l’être humain. Dans les temples des mystères, l’initié grec ressentait le dieu descendu. Il régnait dans ces mystères grecs une  certaine nostalgie quand on disait que, dans un temps futur, le dieu renaîtrait dans les cœurs humains.

Et dans la légende nordique, les initiés, les druides, parlaient du Crépuscule des dieux, d’où naîtrait une race nouvelle. Les antiques mystères des drottes et des druides des prophétisaient le christianisme. Richard Wagner vit approcher le temps de l’accomplissement du christianisme qui s’était développé dans la quatrième sous-race, qui avait poursuivi sa montée dans la cinquième, moment où il retrouverait sa langue originelle. Désormais, ceux qui ont cru, les croyants, doivent redevenir des contemplants.
Richard Wagner a ressenti les battements de cœur de l’évolution de la Terre, comme Edouard Schuré qui a réécrit, à partir de cette impulsion, l’antique drame sacré des mystères d’Eleusis. Ainsi, voyons-nous confluer, dans l’événement de Bayreuth, deux courants culturels, le renouveau des mystères grecs et un christianisme nouveau. Richard Wagner, son entourage, Edouard Schuré, ressentirent en cet art, le prélude de la réunion de courants qui s’étaient dissociés.

Dans le drame originel (d’Eleusis) religion, art et science étaient unis, puis ils se séparèrent : l’art emprunta son chemin propre – Eschyle, Sophocle – la religion et la science firent de même. Trois courants sont issus de la racine commune des mystères grecs. Chacun de ces courants n’a pu prendre son importance qu’en suivant sa propre voie. Au cours du temps, le cœur trouva son moyen d’expression plus particulièrement dans la religion, les sens dans l’art et la raison dans la science. Il dut en être ainsi ; car c’est seulement si l’homme portait, sur une voie spécifique à chacune, ces trois facultés à leur plein épanouissement, qu’il pouvait y atteindre une certaine perfection. La religion, quand elle, est élevée à la hauteur de la vision chrétienne du monde, est prête à ne réunir avec l’art et la science. Poésie, peinture, sculpture et musique n’atteindront leur plénitude que quand elles se réuniront à la religion véritable.

Et la science qui n’est parvenue à son apogée qu’à l’époque moderne, a donné en vérité l’impulsion pour que ces trois courants soient réunis.

A présent, Richard Wagner, qui fut l’un des premiers à ressentir l’impulsion d’un une nouvelle union de l’art, de la science et de la religion, offre cette perspective pour que l’humanité retrouve son essence sacrée. Il ressentit que le christianisme est appelé à réunir ce qui était autrefois séparé, et Parsifal est la figure qui incarne cette réconciliation. Comme les accents grandioses d’une nouvelle culture, résonne à notre oreille cet enchantement du vendredi Saint, dans lequel Wagner transcrit l’ambiance qui l’habitait.

Il reconnut que le développement de l’âme et celui des races doivent suivre des voies différentes, qu’il s’agit d’élever les âmes et de les délivrer, qu’il faut travailler à la résurrection des âmes, malgré le tragique destin d’être lié au corps de la race, à ce qui disparaît. Faire résonner l’univers des sons emportant vers un nouvel avenir, c’est ce qu’a voulu Richard Wagner à Bayreuth. Au moins, une petite partie de l’humanité devait entendre cette musique d’avenir. C’est une apocalypse artistique, vivante, que Wagner proposa à ses contemporains, véritable prophète d’une époque dont il savait l’avènement prochain et qu’il devait annoncer. C’est par ces mots que s’achève son œuvre : « Je veux vous parler des visages qui me sont apparus. Les temps viendront où ces visages prendront chair ».
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Re: Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

Message par obsidienne le Dim 27 Aoû - 22:42

Conférence publique

Nuremberg, 2 décembre 1907

Richard Wagner et son lien avec la mystique


L’étude de la Théosophie ou de la science de l’esprit ne doit pas avoir pour unique objectif la satisfaction d’une curiosité humaine ou d’un désir avide de connaissance. La Théosophie doit être un courant spirituel appelé à saisir en profondeur la culture. Nous aurons une idée de cette vocation quand nous verrons que la vie et les idées qui l’animent se manifestent également dans tous les pressentiments plus ou moins flous qui émergent à notre époque.
Nous voulons aujourd’hui regarder comment l’un des plus grands artistes modernes était porté par un courant semblable à celui que nous appelons « Théosophie », la science de l’esprit. Il ne faut pas croire que ce que je dirai à propos de ce grand artiste moderne, à propos de Richard Wagner, a été conscient chez lui, qu’il le cernait rationnellement. On pourrait me faire l’objection suivante, mais elle est nulle et non avenue : « Tu nous dis beaucoup de choses sur Richard Wagner, mais nous pouvons prouver qu’il n’a jamais pensé cela à propos de lui-même ». Chacun peut faire cette objection en écoutant des considérations comme celles que nous proposons aujourd’hui. Il n’est nullement question d’affirmer que ce qui va être dit correspondait à des idées que Wagner aurait expressément formulées. Il s’agit de quelque chose de différent : la question est de savoir si on a le droit de dire ces choses. Il serait trop long de vous développer ici les fondements de ce droit. Mais une comparaison, une image pour nous aider à prouver le bien fondé de ces considérations. Le botaniste ne se livre-t-il pas à des réflexions sur la plante ? Ne cherche-t-il pas les lois de sa croissance et de sa vie ? Cela ne lui permet-il pas de comprendre l’être de la plante ou du moins de tenter de le comprendre ? Peut-on interdire au botaniste de parler de la plante, sous le prétexte que cette plante n’a pas conscience de ces lois ? Si nous restons dans cette image, nous verrons que ce que je dirai aujourd’hui de l’artiste peut prêtre rapproché du travail du botaniste sur la plante. Il n’est pas question de répéter ici ce lieu commun : l’artiste crée inconsciemment. Mais les lois qui, émanant d’une certaine vision du monde et permettant de comprendre l’artiste, n’ont pas besoin d’être formulées consciemment par lui, pas plus qu’il n’est nécessaire à la plante de formuler les lois qui la font grandir. Je voulais dire cela en guise d’entrée en matière, pour écarter l’objection évoquée.

Le mot « mystique » appelle une autre objection qui peut être émise très facilement aujourd’hui. Dernièrement, dans un petit cercle, un homme prononça le mot « mystique » et un savant dit : « Goethe était en fait lui aussi un mystique, il a reconnu que beaucoup de choses, dans le monde de la connaissance humaine, restaient obscures et nébuleuses ». Cet homme a montré ainsi que sous la « mystique » des hommes, il met les représentations qui ont quelque chose de nébuleux, de trouble, de sombre. Pour un véritable mystique, ce mot « mystique » ne désigne jamais des choses troubles, que l’on ne pourrait saisir et pressentir qu’avec des sentiments vagues. Aujourd’hui, nous pouvons justement faire cette expérience : dans les cercles cultivés, on dit : notre connaissance claire va jusqu’à ce point, mais, à partir de là, nous avons le sentiment de plonger dans les mystères de la nature, et là, commence la mystique. Au contraire : le vrai mystique voit dans la mystique la lumière la plus claire, qui doit éclairer, à l’aide de concepts solaires, les profondeurs de l’existence. Et si quelqu’un parle de l’obscurité de la mystique, de toutes sortes de vagues pressentiments, cela signifie que les hommes ne se sont pas donnés la peine de bien comprendre ce que la mystique affirme clairement.

Dans les premiers siècles du christianisme, on appelait cela « mathesis », non que cela eut dû être de la mathématique, mais parce que les idées et les représentations élaborées par la mystique doivent être aussi transparentes pour l’être humain que les concepts mathématiques. Ce dernier doit seulement avoir la patience de trouver des points de repère solides au sein de la mystique authentique. C’est en ce sens uniquement que nous voulons rapprocher le mot « mystique » du nom de Richard Wagner.
Nous voulons à présent caractériser la conviction fondamentale de toute personne qui se consacre à la science de l’esprit : c’est qu’il y a derrière notre monde physique et sensible un monde invisible dans lequel l’homme a la faculté de pénétrer. Ce préalable suppose également une disposition mystique de l’esprit.

Wagner a-t-il parlé d’une conviction de cette nature, qui l’aurait habité ? Oui, et très clairement ! Il la formula de son point de vue de musicien, signifiant ainsi que, pour lui, la musique et l’art, bien plus qu’un simple appendice de l’existence, étaient la composante capitale de la vie. Là où il parle de la musique symphonique, il a des paroles magnifiques au sujet de l’art. Il dit que toute musique symphonique apparait comme la révélation d’un autre monde ; elle éclaire pour nous les fils de l’existence d’une toute autre façon que ne le fait la logique, et la chose la plus merveilleuse qui soit, c’est d’accueillir en soi les certitudes que nous apporte ce langage symphonique ; elles nous donnent ensuite une assurance dans nos sentiments contre laquelle le jugement purement rationnel porté sur le monde demeure impuissant.

Il ne faut pas penser que ce sont là des paroles anodines : elles cherchent à caractériser le profond sérieux d’un type majeur de connaissance humaine. Si nous nous référons en la conviction fondamentale de la mystique, pouvons-nous interpréter ces paroles ? Oui ! Si vous étudiez ce que disent souvent les mystiques pour décrire la manière dont ils accèdent à la connaissance, vous trouvez par exemple la parole suivante, qui n’est pas une intervention arbitraire, mais plutôt une sorte d’expression technique. Les mystiques disent : dans la connaissance humaine ordinaire, l’homme se tourne vers son entendement pour décrypter les lois de la nature et du monde de l’esprit ; mais il y a un mode supérieur d’accès à la connaissance, selon lequel nous ne relions pas rationnellement les concepts les uns aux autres, mais où les représentations s’assemblent comme une musique spirituelle ; c’est l’autre mode d’accès à la connaissance. Le véritable mystique connait la fiabilité de cette connaissance qui est supérieure à celle du jugement rationnel dans ce domaine. Et chose étonnante ! Tout connaisseur caractériserait pour vous ce mode d’accès à la connaissance, en prenant l’image – c’est plus qu’une image – de la musique.

Quand l’antique école pythagoricienne parle de la musique des sphères, il ne s’agit pas que d’une image. Une école philosophique fade considère cette « musique des sphères » comme une image, une comparaison. Mais celui qui sait de quoi il s’agit sait aussi que cette musique des sphères pythagoricienne est une réalité et que l’écoute de ces sons forme l’esprit.

Nous avons souvent répété que nous sommes entourés de mondes de nature spirituelle que nous ne pouvons pas voir d’emblée, de même que l’aveugle est entouré par le monde des couleurs qu’il ne voit pas. Quand ses yeux sont opérés, éclat, couleurs et lumière pénètrent en lui ; or, il ne les percevait pas auparavant. Il existe une ouverture similaire de la vision spirituelle. Il s’agit seulement d’ouvrir les sens supérieurs, alors le monde supérieur sort de l’obscurité ; et nous désignons le monde le plus proche, parmi ceux qui nous entourent, comme monde de la lumière ou monde astral, et le monde supérieur comme le monde spirituel à proprement parler, celui de l’harmonie des sphères. C’est une réalité à laquelle l’être humain peut éveiller, par une sorte de naissance supérieure, de même que l’aveugle-né peut retrouver la vue s’il est opéré.
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Re: Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

Message par obsidienne le Dim 27 Aoû - 22:45

Ceux qui sont initiés parlent sans voile de ce monde. Il nous suffit de nous rappeler les paroles de Goethe. Certes, beaucoup considèreront que ce sont là des propos délirants qui vont même à l’encontre du sens artistique, parce qu’ils veulent laisser planer le plus grand vague possible dans la compréhension de l’œuvre du poète. Mais un grand poète comme Goethe n’use pas de phrases creuses quand il veut décrire un fait très particulier et qu’il dit : « Le soleil résonne sur le mode antique… ». Ou bien il s’agit là d’une allusion à une réalité profonde, ou bien ce ne sont que des mots creux, car le soleil physique, bien sûr, ne résonne pas. Et on ne peut pas imaginer qu’un poète comme Goethe, qui travaille à partir de visions, ait aligné des mots creux, Goethe est un initié. Il sait que ce monde musical, un monde qui résonne sur le plan spirituel, existe et il reste dans l’image. Quand il fait monter Faust, après les pérégrinations du début du drame, dans le monde spirituel, il écrit encore : « Aux oreilles de l’âme, en musique, déjà d’un jour nouveau la naissance s’apprête », Goethe reste totalement dans l’image quand il veut décrire le monde spirituel.

Pour Richard Wagner, les sons de la musique extérieure étaient une expression, une manifestation d’une musique intérieure, du monde du chant spirituel dont l’harmonie parcourt l’univers. Il ressentait cela, il le sentait. Mais lui-même ne l’a jamais exprimé. Quand il caractérise les différents instruments, il dit : « Les instruments représentent les organes originels de la création et de la nature ; ce qu’ils expriment ne pourra jamais être déterminé ni fixé de façon claire, car ils restituent les sentiments originels tels qu’ils sont sortis du chaos de la première création, alors qu’il n’y avait peut-être pas même des hommes qui auraient pu les accueillir en leur cœur ».

Il ne faut pas disséquer de telles paroles avec l’entendement ; il faut essayer de les accueillir en soi avec toute leur atmosphère, on sent alors que toute l’âme de richard Wagner était plongée dans ce que l’on a appelé la mystique véritable, authentique.
C’est l’idée que se fait Richard Wagner de sa mission artistique. Ce n’est pas un artiste qui veut parler simplement de ce qui vit incidemment dans l’âme. Il veut éprouver la nécessité de la place qu’il occupe dans l’évolution. Il tourne son regard vers un passé humain très lointain, dans un passé humain où l’art, en tant que phénomène isolé, n’existait pas encore. Nous touchons ici un point profond qui préoccupa constamment Richard Wagner quand il prit conscience de sa mission, ce point sur lequel Nietzsche réfléchit si profondément et qu’il chercha à définir dans son livre : « La naissance de la tragédie de l’esprit de la musique ». Mais nous ne voulons pas commenter ce que Nietzsche a écrit, nous voulons plutôt nous appuyer sur la mystique, car elle nous éclairera davantage que ce qu’a pu dire Nietzsche au sujet de Wagner. Elle nous renvoie à des stades originels de l’évolution humaine.

Les mystères, qu’est-ce que c’était ?

Dans les peuples de l’antiquité, il y avait des centres de mystère, que l’on peut appeler temples ou écoles, chez les Egyptiens, chez les Grecs etc. Partout le mystère servit de base à une culture ultérieure. Religion, science et art y étaient réunis. Transportons-nous dans l’ambiance générale d’un mystère : quelle expérience faisait celui qui, après certaines épreuves, était autorisé à venir écouter les mystères ? Il faisait l’expérience de quelque chose qui plus tard, dans l’évolution, parut sous forme de branches séparées distinctes l la religion, l’art et la science, dans le mystère, ne formaient qu’un seul tronc. Imaginez que vous êtes spectateur et auditeur du mystère ! Prenons le cas où, dans le mystère, l’énigme du monde était présentée à l’homme. On y présentait la descente des forces spirituelles, leur vie dans les minéraux, les plantes, leur perfectionnement dans les animaux – on y montrait comment elles devenaient conscientes d’elles-mêmes en l’homme. Toute la marche de l’esprit du monde était mise en scène, aux yeux de tous. Et ce que les yeux voyaient, ce que les oreilles entendaient, les couleurs, la lumière, les sons, c’était de la sagesse, de la science. Ces gens ne recevaient pas les lois du monde sous forme de représentations abstraites : c’était une mise en scène : ils voyaient se dérouler cette histoire. Et c’était des scènes pleines de beauté. C’est ainsi que naquit l’art. La vérité était transmise sous la forme d’art. Et sa façon d’habiter l’art rendait le cœur humain religieux et l’engageait dans des sentiments de profonde vénération.

Ceci a existé à l’aurore de chaque grande culture. L’historien extérieur ne sait pas beaucoup de choses à ce sujet et nie ces faits. Mais cela ne fait rien. Dans vingt ans, elle ne niera plus rien de tout cela. Et de même que dans les mystères originels ces trois courants étaient unis, les arts qui empruntèrent plus tard les voies distinctes formaient un tout. Musique et représentation dramatique formaient une unité, et Wagner regardait une époque lointaine où les arts étaient unis pour former une totalité. Pour lu, il était clair que l’évolution exigeait qu’ils suivent des voies différentes. Mais il croyait qu’à son époque, le temps de leur réunification était venu. Il se croyait appelé, dans son domaine de compétences, à initier une réunion des courants séparés, dans ce qu’il appelait ‘un art total ». Il sentait que dans une œuvre d’art authentique devait passer un souffle religieux. L’œuvre d’art était pour lui un service divin. Nous devons penser à tous ces sentiments qui l’animaient, et essayer de les éprouver à notre tour. Si nous nous imprégnons de ses pensées, nous retrouverons cela. Dans son esprit, l’œuvre musicale dramatique naissait de la confluence de courants séparés, Shakespeare et Beethoven étaient à ses yeux deux très grand artistes. Il voyait en Shakespeare le dramaturge qui mettait en scène avec une merveilleuse cohérence interne l’enchainement extérieur des actions humaines. Il voyait en Beethoven l’artiste qui savait représenter avec la même merveilleuse cohérence interne ce qui vit dans le cœur mais ne passe pas dans l’action extérieure, dans le geste. Et il se dit : c’est quelque chose que nous pouvons percevoir très précisément, mais qui ne doit pas être formulé. Car entre une action et la suivante, il y a un médiateur, dans le cœur humain, qui ne peut pas entrer dans ce type d’art dramatique. Et quand l’intérieur du cœur humain s’exprime sur le monde symphonique, il doit pour ainsi dire rester bloqué en lui-même si le musicien est obligé de rester dans le monde des harmonies. Dans la Neuvième symphonie de Beethoven ; nous voyons ce qui vit à l’intérieur de l’âme se frayer un passage vers le dehors et devenir finalement paroles, nous voyons se réunir en un tout ce qui est séparé dans l’art, mais est uni au sein de la nature humaine.
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Re: Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

Message par obsidienne le Dim 27 Aoû - 22:49

Voilà l’idée que se faisait Wagner de sa mission. Il en naquit son projet d’œuvre d’art total, qui doit placer l’homme entier en son centre. Celui-ci doit avoir une attitude qui reflète son monde intérieur, et il doit avoir la possibilité de l’extérioriser dans une action. Ce qui ne peut pas être traduit dramatiquement au dehors, est confié à la musique. Ce que la musique ne peut exprimer passe en action dramatique extérieure. Richard Wagner représente la synthèse de Shakespeare et Beethoven. C’est la pensé fondamentale de Richard Wagner, qu’il a puisée au cœur de la nature humaine. C’est ainsi qu’il ressentait sa mission. Ainsi s’ouvrait à l’art un chemin pénétrant au plus profond de la nature humaine. Richard Wagner ne pouvait pas rester le dramaturge de la vie quotidienne. Il devait être possible de représenter les expériences les plus profondes de l’être humain avec les moyens artistiques suprêmes, comme autrefois dans le mystère.

Quand nous voyons que Wagner considère la musique symphonique comme la révélation d’un monde inconnu, et les instruments comme des organes originels de la création, nous pouvons être certains qu’il sent la nécessité de dévoiler d ans ses drames musicaux davantage que la part de l’homme qui vit ici, dans ce monde physique. Celle-ci n’est qu’une partie de la nature humaine. Elle est nimbée par l’homme supérieur qui vit au cœur de chacun, qui est beaucoup plus grand que ce que l’on voit vivre au dehors. Cet homme supérieur, qui auréole comme une gloire l’homme ordinaire, a des liens profonds avec les sources de la vie : les moyens d’expression tournés vers le dehors sont insuffisants pour traduire une réalité. Richard Wagner veut se relier à la nature supérieure de l’être humain, c’est pourquoi, il ne put mettre en scène des hommes quotidiens, il doit prendre ceux du mythe. Ses personnages sont appelés à se dépasser, ils veulent devenir beaucoup plus grands que l’homme du plan physique ne saurait ni ne voudrait être. Et ils le sont. La mission de Richard Wagner consiste, redisons-le, à dépasser la dimension de l’homme quotidien et à porter le mythe à la scène. Dans le mythe, Richard Wagner doit en même temps – même si ce n’est pas sur un mode rationnel – faire transparaitre les lois cosmiques, les lois et les entités du monde inconnu à travers l’action dramatique, à travers l’élément musical. Et c’est ce qu’il fait.

Naturellement, nous ne pouvons pas voir tous les détails, nous ne pouvons choisir que quelques exemples. Nous constaterons toujours que Wagner est intimement lié avec ce que la science de l’esprit a à nous dire à propos du monde. Par exemple, qu’est-ce que la mystique a à nous dire à propos de la vie des hommes en communauté ? Pour l’observation extérieure, les hommes se tiennent côte à côte ; ils agissent les uns sur les autres. Mais il existe des correspondances plus profondes : l’âme qu’un cœur abrite a une parenté profonde avec l’âme qui vit dans un autre cœur. Et les lois visibles en surface sont les moins importantes. Le réseau des lois qui régit le fond de l’âme va d’homme à homme. C’est ce que révèle la science de l’esprit. C’est ce que pressent l’artiste. C’est pourquoi il utilise les matériaux avec lesquels il peut montrer comment il y a une loi, qui agit d’homme à homme, plus profonde que ce que peut voir l’œil extérieur.

Dans l’une des premières œuvres de Wagner, nous trouvons déjà cette impulsion qui le portait à mettre en évidence de mystérieuses correspondances. Ne sentons-nous pas ce qui règne dans l’invisible, d’homme à homme, quand nous sommes en face du Hollandais et de Senta ? Ce couple ne nous rappelle-t-il pas la merveilleuse histoire du « Pauvre Henri », où le sacrifice d’une jeune fille pure apporte le salut ?

Nous devons considérer ces images comme l’expression d’une vérité profonde. C’est quelque chose de plus vrai que la vérité superficielle des enseignements ordinaires. Dans le sacrifice qu’un être humain peut faire pour un autre, il y  a une réalité véritablement agissante. C’est précisément de ce lien mystique, que ne peut saisir l’entendement superficiel, que l’on parle quand on évoque l’âme universelle : elle recueille ce qu’un être humain fait pour un autre, elle est l’mage d’une vérité extrêmement profonde.

J’exprime ici quelque chose que la science de l’esprit peut nous montrer, pour vous amener jusqu’au point où ces réalités deviennent perceptibles. Nous savons que le monde évolue et qu’au cours de son évolution, des êtres sont rejetés. C’est une loi que nous enseigne la science de l’esprit : chaque passage à un stade supérieur est lié à une expulsion vers le bas. La compensation se fait plus tard.

Pour chaque Saint, un pêcheur doit paraître. C’est ce qu’exige la loi d’équilibre. C’est vrai, si singulier que cela puisse sembler. C’est comme si un liquide était composé de deux autres liquides. Si on veut en isoler un, et l’avoir pur, il faut que l’autre soit troublé. Il en va de même avec l’ascension. A chaque ascension est liée un déclin. Cela implique que l’être qui s’est élevé utilise sa force pour libérer celui qui reste en bas. S’il n’y avait pas cette action conjuguée des êtres, il n’y aurait pas d’évolution dans le monde.

C’est ce qui met l’évolution en mouvement. Et quand nous voyons un être humain se sacrifier pour un autre, cela nous rappelle le lien mystérieux qui s’était créé du fait qu’un être s’est élevé vers le haut tandis que l’autre est allé vers le bas. On ne peut faire qu’une discrète allusion à ce fait. Richard Wagner est bien au coeur de ce lien mystérieux qui relie les âmes.

Si nous regardons ses différentes œuvres, il nous apparaît que Richard Wagner en a toujours puisé les faits principaux dans la vie mystique. Nous voulons nous pencher à présent sur son œuvre centrale, l’épopée de Siegfried, celle des Nibelungen. Si nous voulons voir que ces épopées sont puisées à la sagesse cosmique, nous devons partir d’un fait que la Théosophie expose en toute clarté, même si cela contredit beaucoup la science actuelle. Nos lointains ancêtres habitaient un pays à l’Ouest de l’Europe, entre l’Afrique et l’Amérique. Même la science commence à reconnaître qu’il y a eu là autrefois des terres, un pays que nous appelons Atlantide. C’est là que vivaient nos lointains ancêtres, qui avaient une tout autre forme que la nôtre. Comme je l’ai dit, la science commence déjà à parler de cette ancienne Atlantide. Dans la revue Kosmos, éditée sous l’égide de Haeckel, il a été publié un article sur ce thème. On n’y parle bien sûr que des animaux et des plantes qui y ont vécu, et pas de l’homme. La science de l’esprit parle avec clarté de ce sujet, sur lequel les scientifiques commencent à émettre de timides hypothèses. Dans cette ancienne Atlantide, il y avait une atmosphère tout autre, il régnait de tout autres conditions. L’eau et la lumière solaire n’étaient pas encore séparés dans l’air, comme aujourd’hui.

Dans cet « Extrême-Occident » d’alors, l’air était continuellement rempli de vapeur d’eau et  de masses de brouillard. On ne voyait pas distinctement le soleil et la lune ; ils étaient toujours entourés de halos en forme d’arc-en-ciel. La vie de l’âme était fort différente de la nôtre. Les hommes vivaient en union bien plus profonde avec la nature, les pierres, les plantes et les animaux. Ils étaient enveloppés dans les brouillards. Cette parole décrit vraiment la réalité d’alors : l’esprit de la divinité planait au-dessus des eaux, les couvait. Car les échos que l’on retrouve chez les peuples héritiers des Atlantes renvoient à une situation généralisée chez leurs ancêtres : les atlantes comprenaient tout, autour d’eux. Le clapotis de la source n’était pas seulement un bruit inarticulé, il était l’expression de la sagesse de la nature. L’être humain entendait la sagesse qui émanait de toutes les choses de son environnement, car ce dernier conférait à nos lointains ancêtres une sorte de clairvoyance floue : ils ne percevaient pas ce qui s’étendait dans l’espace, mais des phénomènes colorés. Ils avaient des forces de clairvoyance. La sagesse agissait dans les brouillards. L’homme la percevait au moyen de ses forces vagues. On ne peut parler de cet état que de façon allusive. Il évolue lorsque les nuages tombèrent en pluie, purifiant l’air.

L’homme s’éleva alors à son état de conscience actuel. Il fut coupé de la nature extérieure, il devin un être enfermé en lui-même. Quand l’homme est encore uni à la nature, la sagesse est une sagesse unitaire, il vit dans une sphère de sagesse fondement d’une certaine fraternité ; car chacun perçoit la même sagesse, chacun vit dans l’âme de l’autre. La descente des masses de brouillard entraina l’homme dans la conscience égoïste, la conscience du moi, où chacun ressentait son centre en lui, rencontrait l’autre de front, en revendiquait une sphère privée. La fraternité se métamorphose en combat pour l’existence.

Les mythes et les légendes ne sont pas ce que prétendent les théories fantasques émises autour d’un tapis vert. Les mythes et les légendes, qu’est-ce donc ? ce sont les restes des anciennes expériences clairvoyantes de nos ancêtres. C’est un fait. C’est un non sens d’affirmer, comme on le fait actuellement, qu’un mythe retrace le combat d’un peuple contre un autre. Les avant parlent d’une imagination populaire d’où seraient nées les épopées ; qu’ils nous montrent au moins le peuple dont l’imagination transforme les nuages en figures divines ! C’est ce que l’on raconte aux gens ; mais ce ne sont que des fantasmagories, des rêveries. Vous pouvez retrouver avec certitude aujourd’hui l’origine réelle des mystères. Il existe encore de nos jours des légendes vivantes. Par exemples, dans différentes régions, on trouve la légende de la Dame de Midi. Elle dit : quand des paysans restent aux champs, à midi, au lieu d’interrompre leurs travaux, et de rester à la maison, la Dame de Midi vient leur poser des questions. S’ils ne peuvent y donner de réponse dans un délai fixé, elle les étrangle. Qui ne verrait là l’image d’un rêve qui assaille l’homme quand il reste allongé sous le soleil ardent ? Le rêve est le dernier reste de la conscience de ce temps-là. Nous voyons que la légende, aujourd’hui encore naît du rêve.

C’est ainsi que sont nés toutes les légendes et tous les mythes germaniques qui ont été conservés. Ce sont en grande partie des mythes et des légendes nés chez les derniers descendants des Atlantes. L’ancien Germain se rappelait l’époque où ses ancêtres vivaient à l’Ouest – ils ne sont pas venus de l’Orient -, ils ont migré vers l’est à l’époque où les brumes de l’Atlantide se sont condensées, entrainant les pluies connues sous le nom de déluge, l’air fut purifié et la claire conscience diurne actuelle apparut. L’ancien Germain tournait son regard vers le « Pays des brumes », le Nifelheim et il disait : « Nous avons marché, quittant l’antique Nifelheim pour venir en ce monde actuel ».

Mais certains êtres spirituels sont restés au stade correspondant à cette lointaine époque ; ce sont eux qui ont gardé la pleine compréhension de la nature de l’antique Nifelheim, qui font surface à notre époque, qui sont devenus « esprits » parce qu’ils n’ont pas actuellement de corps physique. Nous avons devant nous des choses qui se mêlent de façon admirable.

Il ne faut pas s’approcher de ces réalités avec pédanterie. Nous ne devons pas oublier qu’imagination et faculté clairvoyante, légende et fait réel, se mêlent intimement. Nous n’avons pas le droit d’enlever la rosée subtile qu’ils portent nécessairement. On se souvient de cette pluie de brumes : ensuite, vint l’image de cette condensation de masses brumeuses qui serait à l’origine des fleuves, au Nord de l’Europe du centre. Dans les eaux du Rhin, on voyait couler les restes des brumes de l’ancienne Atlantide. Comment cela s’était-il passé ? L’homme a perçu de la sagesse dans le clapotis des sources, c’était une sagesse commune à tous, l’élément communautaire qui excluait l’égoïsme. L’or est un très vieux symbole de la sagesse, cet or fut rapporté de l’antique Nifelheim. Que devint-il ? Une propriété du moi humain. Ce qui avait été autrefois sagesse appartenant à tous, murmurée par la nature, était maintenant une sagesse qui découlait de la capacité de jugement humaine, du « moi », qui faisait face à l’homme devenu autonome.

A présent, l’homme formait un « anneau » autour de lui. Par cet anneau, l’ancienne fraternité des hommes fut prise dans les rets du combat des hommes entre eux. La sagesse, comme élément commun à tous, elle vivait, dans les grandes légendes d’anciennes époques, dans les eaux, et le dernier reste en avait été immergé dans le Rhin.

Mais les hommes avaient atteint le stade de la conscience égoïste. Les Nibelungen durent aussi évoluer vers ce stade de la conscience du « moi ». Ils gardèrent pour eux ce qui avait été bien commun et forgèrent l’anneau, l’anneau de l’égoïsme qui les entoure. Nous voyons là, pour exprimer les choses dans leurs grands traits, les faits réels coulés dans le monde de l’imagination. L’or, le reste de l’antique sagesse répandue dans les brumes, le « moi » plein de sagesse, construit l’anneau autour de lui, ce qui entraîne le combat pour l’existense. C’est le fondement du mythe de trésor des Nibelungen. Richard Wagner put exprimer cela dans une action dramatique grandiose ; les accents de sa musique donnaient forme à un monde invisible, caché derrière le monde sensible. Il a donné ainsi au mythe des Nibelungen une forme moderne et il a retracé, pour nous, dans son épopée, tout ce chemin d’évolution. Nous sentons comment les dieux nouveaux qui dirigent l’humanité sont venus relayer les anciens dieux.

Transportons-nous encore une fois dans l’ancienne Atlantide : brumes où, de toutes choses, la sagesse parlait. Il fallait alors que règne entre les hommes des puissances qui ne les guident plus par une sagesse commune, mais par des règles et des commandements établis par les dieux eux-mêmes. Cela provient d’une conscience originelle, pénétrée de sagesse. En l’instant capital où le nouveau dieu Wotan voit Fafnir dans l’obligation de rendre Freya, où Wotan lui-même subit la menace d’une contamination par la sagesse du « moi », par l’anneau, parait encore une fois devant lui l’antique conscience sacrée de l’humanité, la conscience de la Terre, qui enveloppait les hommes au temps de l’Atlantide.

En Erda, nous retrouvons cette ancienne conscience qui englobait toutes choses : son sommeil est un rêve, son rêve est une pensée, cette pensée un savoir universel, porteur d’une vérité cosmologique. Cette sagesse est en tout, elle a tout créé. Elle vit dans la source, murmure dans les feuilles, souffle dans le vent. Elle y trouve le moi humain. Elle était alors une conscience qui embrassait tout, d’où est née ensuite toute conscience particulière : elle était une connaissance vivante universelle. L’antique clairvoyance était un reflet de cette connaissance-là. L’homme n’était pas alors enfermé dans sa peau. La conscience pénétrait tout. On ne pouvait pas dire alors : la conscience du « moi » est ici ou là – elle était enclose en toutes choses. L’intuition de Wagner a su exprimer cela merveilleusement dans ces paroles de Wotan :

« Tu sais
Les mystères de l’abîme,
Ceux des montagnes, eaux des vallées,
Ceux aussi des airs et des flots
Pas un être en qui ne vive ton âme ;
Pas de cerveau qui ne pense pas ta pensée :
Rien, dit-on,
Qui te soit inconnu »

Par cette conscience, Erda sait tout. Et nous pouvons voir pas à pas, partout, apparaitre ce reflet de la sagesse originelle du monde : c’est ce qu’a relaté l’intuition wagnérienne dans le mythe des Nibelungen.
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Re: Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

Message par obsidienne le Dim 27 Aoû - 22:56

Par cette conscience, Erda sait tout. Et nous pouvons voir pas à pas, partout, apparaitre ce reflet de la sagesse originelle du monde : c’est ce qu’a relaté l’intuition wagnérienne dans le mythe des Nibelungen.

Reportons –nous au moment où s’achève l’ère ancienne et commence la nouvelle – rappelons encore une fois que Richard Wagner n’a pas fait cela avec une conscience rationnelle. En Atlantide, régnait une conscience fraternelle.

L’histoire avance ensuite vers la conscience du « moi », l’entrée de l’autonomie dans la nature humaine. Et maintenant, revenons au début de l’Or du Rhin. N’entendons-nous pas l’irruption de la conscience du « moi » dans les premiers accents, dans le long accord en mi majeur ? Et ne percevons-nous pas l’émergence de cette conscience particulière du sein de la conscience spirituelle ? Motif après motif, vivifié par la propre connaissance de Wagner, nous redécouvrons cette vérité d’un univers qui se tient derrière les phénomènes du monde. Par son expérience, Wagner a pu révéler cet univers en utilisant les instruments comme organes originels de la nature. Je ne voudrais pas vous présenter richard Wagner comme l’homme d’un mysticisme flou. Sa création artistique jaillit d’une mystique lumineuse.

Passons maintenant à Lohengrin, quel apport de la mystique y trouvons-nous ? Lohengrin est le messager du Saint Graal, qui vient du lieu initiatique où règne une sagesse supérieure. La légende de Lohengrin se rattache aux nombreuses légendes qui parlent de l’intervention des initiés dans l’humanité ordinaire. En certains moments importants de l’évolution, nous sommes partout renvoyés à la légende, qui est plus profonde que l’histoire. Il nous est rappelé que les forces des initiés interviennent dans la marche de l’histoire. Ce n’est pas qu’une succession de faits extérieurs.

Ce fut une époque très importante, ce passage de la conscience universelle à la conscience individuelle. C’est ce que décrit le mythe de Lohengrin. Nous voyons que c’est une époque où un nouvel esprit lutte pour naître de l’ancien. Deux Esprits du temps se font face : ils sont incarnés dans les eux femmes qui s’opposent. Elsa, l’élément féminin, est toujours ce qui représente l’âme qui lutte pour accéder aux choses suprêmes. Les commentaires triviaux du vers de Goethe dans le « chorus mysticus » : « l’Eternel féminin nous attire » ne valent rien. Ces mots sont puisés à une profonde mystique. L’âme doit se laisser féconder par les grands événements par lesquels de nouveaux principes interviennent dans l’évolution.

Ce moment est marqué par l’apparition d’initiés, qui arrivent des centres importants. La science de l’esprit parle d’individualités évoluées. On demande toujours : Pourquoi ceux-ci ne se montrent-ils pas ? S’ils se montraient, on ne les reconnaîtrait pas. On leur demanderait leur nom bourgeois ordinaire, leur situation. Mais ces choses sont fort insignifiantes pour celui dont les motifs, d’agir se trouvent dans le monde spirituel. Car l’initié qui doit annoncer les mystères, vit dans une sphère élevée si éloignée de ces contingences – la naissance, le nom, la situation, la profession – que cela n’a aucun sens de lui demander des explications à ce sujet. Si ce genre de questions lui parvient, c’est que le demandeur est si éloigné d’une compréhension de sa mission profonde qu’une séparation doit intervenir.

Jamais tu ne devras me demander
Ni te soucier de savoir
D’où je suis venu
Quel est mon nom, mon origine.

Ces paroles de Lohengrin pourraient être prononcées, quand on leur demande leur nom et leur situation, par tous ceux qui ne vivent pas seulement dans le monde ordinaire. C’est l’une des notes qui vibrent dans « Lohengrin », drame où brille une mystique véritable et claire.

L’humanité possède un profond secret, un mystère qui règne dans le monde. On en trouve la représentation symbolique dans un mythe qu’il convient de comprendre en profondeur : quand l’esprit qui, au début de notre évolution, a été chassé par les esprits qui dirigent l’humanité, quand Lucifer a chuté, une pierre est tombée de sa couronne, et de celle-ci fut faite une coupe, cette coupe dans laquelle le Christ Jésus partagea l’ultime repas avec ses disciples, cette coupe dans laquelle fut recueilli le sang au Golgotha par Joseph d’Arimathie qui la rapporta en Occident. Après de nombreuses péripéties, la coupe parvint aux mains de Titurel qui a fondé le château du Graal. Il l’a gardée avec la lance d’amour sacrée. La légende dit que tous ceux qui regardent dans cette coupe reçoivent une part d’éternité.

Résumons encore une fois l’énigme dont parle ce mythe : il reflète les progrès de l’humanité tels que se les représentent ceux qui connaissent le mystère du Graal. Ils disent : quand commença l’histoire terrestre de l’humanité, l’amour était encore lié au sang. C’était les liens du sang qui unissaient les hommes. Nous trouvons à cette époque des petites tribus où règne le mariage consanguin. Plus tard vint le mariage exogène. Le moment où les mariages hors tribu sont autorisés constitue un seuil capital dans la vie d’un peuple.

Les mythes et les légendes ont conservé la conscience de cela. D’abord, l’amour fut donc lié au sang. Puis les cercles à l’intérieur desquels on pouvait se marier s’élargirent. C’est un des courants de l’évolution : l’amour lié à la similitude et à la communauté de la chair et du sang. Puis un autre principe entre en vigueur, qui va implanter l’autonomie. En ces temps anciens qui ont précédé le christianisme – disaient les chevaliers du Graal – il y avait ces deux courants : l’amour fraternel consanguin et le principe de liberté, cet élément autonome, ce principe luciférien, qui règne en l’homme, le pouvoir de Jahvé dont le nom signifie « Je suis le Je suis ». Le christianisme devait apporter au monde un amour indépendant de la fraternité du sang. C’est ainsi qu’il faut comprendre cette parole du Christ : « celui qui ne quitte son père et sa mère ne peut pas être mon disciple ». Cela  signifie : celui qui ne sait pas remplacer l’amour lié au sang et à la chair par l’amour humain universel qui va d’âme en âme, d’être humain à être humain, et qui doit grandir peu à peu, ne peut pas être mon disciple.

Nous voyons donc que la couronne de Lucifer contient la coupe. Elle relie au principe de Lucifer le principe du christ. Cette connaissance donne aux chevaliers du Graal la grande force qui les pénètre en donnant vie au « moi ». C’est le sens de la légende du Saint Graal. Et on expliquait à ceux qui étaient les disciples du Saint Graal la chose suivante : je vais mettre sous forme de dialogue ce qui était progressivement révélé, au cours de longs exercices, aux disciples du Graal. Beaucoup, trouveront ces faits incroyables. Mais avec la vérité, il en est comme pour les envoyés des Etats civilisés à la cour des barbares – comme dit Voltaire : ils doivent d’abord subir d’indignes traitements avant d’être reconnus.
On disait donc au disciple du Graal : «  Regarde la plante. On ne peut pas comparer la fleur à la tête de l’être humain ; avec ses organes mâles et femelles, elle correspond plutôt au pôle sexuel de l’être humain.

Ce sont les racines qui correspondent à la tête. Darwin avait déjà proposé cette comparaison, qui est juste : la racine correspond à la tête de l’être humain. Celui-ci est une plante inversée, il a réalisé un retournement complet. La plante offre chastement son calice à la lumière, recevant le pur baiser sous lequel le frit se forme. Chez l’animal le retournement est à demi accompli. La plante, qui plonge dans la terre avec sa tête, l’animal, avec sa colonne vertébrale horizontale et l’homme qui marche, droit, le regard tourné vers le haut (ceci est dessiné au tableau) ; ces trois figures, si on les relie, forment une croix. Regarde, disait-on, au disciple ; c’est bien la vérité qu’enseigne Platon quand il dit : l’âme du monde est étendue, crucifiée sur le corps du monde. L’âme du monde, l’âme qui chemine à travers la plante, l’animal et l’être humain se trouve dans ces corps, qui forment une croix. C’est la signification originelle de la croix. Tout le reste n’est que discours creux.

Qu’est-ce qui a poussé l’homme à accomplir ce retournement ? Quand nous observons la plante, nous voyons que, pour le mystique véritable, la plante à l’état de conscience de l’homme endormi. Quand il dort, l’homme a la valeur d’une plante.

L’homme a acquis sa conscience actuelle en faisant pénétrer dans le corps végétal pur et chaste, le désir, le corps passionnel. D’une certaine manière, il est ainsi monté plus haut, vers la conscience de soi, mais il a payé cela de l’imprégnation de la substance végétale pure par les passions et les instincts. Et là, on décrivait au disciple un état futur de l’être humain, un état où l’homme conservera sa conscience claire, mais où elle aura retrouvé la pureté de la substance végétale. Il faut donc que l’homme reconquière sa nature chaste et pure. L’organe de la reproduction est métamorphosé.

Le disciple, comme le chevalier du Graal, savait que l’homme de l’avenir aurait des organes qui serviraient à la reproduction sans être imprégnés de désir avide, mais redevenus purs et chastes comme le calice de la plante qui se tourne vers la Lance d’amour, le rayon du soleil. Ainsi sera réalisé l’idéal du Graal, où l’être humain, en toute pureté, comme la plante, engendrera son semblable, où il donnera naissance à son image dans le calice pur et élevé, époque où l’homme sera devenu créateur en esprit. On appelait cet idéal, qui avait force de réalisé, le saint Graal, métamorphose des organes de reproduction humains, devenus aptes à donner naissance à l’être humain de façon aussi pure et chaste qu’aujourd’hui le larynx produit la parole qui met en mouvement les vibrations de l’air.

Et maintenant, nous voulons essayer de montrer comment ce grand idéal vivait encore dans le cœur de Richard Wagner. C’était en 1857. Il se trouvait, le jour du Vendredi saint, dans le jardin intérieur de la villa de Mme Wesendonck, sur le balcon et regardait s’ouvrir les premières fleurs. Il a consigné ce moment si évocateur. Il ressentit, dans le jaillissement des jeunes plantes, tout le mystère du Saint Graal, le mystère de la naissance de tout ce qui était lié à l’idée du Saint Graal. Il ressentit le lien de ce mystère avec le Vendredi Saint. Une atmosphère merveilleuse l’envahit. Alors la première idée de son « Parsifal » le traversa. Beaucoup de choses se mêlèrent ensuite à cela dans les temps qui suivirent, mais cette impression est restée. A partir d’elle, il donna forme à son Parsifal, ce personnage où le sentiment est élevé au rang de connaissance. Parsifal est celui qui accède à la connaissance par la compassion : et toute l’évolution qui a conduit la nature humaine à al blessure de la lance impure nous est présentée dans le mystère d’Amfortas.

Nous voyons briller le secret mystique du Saint Graal. Il ne faut pas s’emparer grossièrement de cette vérité. Il faut percevoir avec beaucoup de finesse tous les sentiments qui y sont liés et placer devant son âme les concepts dans leur totalité. Nous constaterons que Richard Wagner n’a peut-être pas eu une pensée mystique, mais l’artiste, l’homme a présenté tout  ce qu’il a fait dans une forme mystique. C’est de cela qu’il s’agit.

Nous ne devons pas recevoir la science de l’esprit comme une théorie, mais comme une chose qui passe immédiatement dans la vie. C’est en ce sens que Richard Wagner ressentait avec clarté sa mission, il l’a ressentait de façon si mystique qu’il pouvait se dire : l’art qui vit en moi comme idéal doit redevenir un service divin. Il a ressenti le mouvement qui portait les trois courants à confluer et voulait être lui-même un annonciateur de cette réunion. Sa connaissance mystique engendre cette perception du cœur, claire et mystique, qui a vécu dans tous les grands maîtres et que nous ressentons quand nous relions les grands maîtres à la mystique. Goethe possédait cette même faculté de sentir. C’est grâce à elle que l’homme peut retrouver la santé véritable, car il perçoit par le sentiment la force qui lui permet de dominer son moi égoïste et peut alors donner vie à cette phrase des « mystères » :

« Du pouvoir qui retient enchaînés tous les être,
C’est en se maîtrisant qu’un homme se libère. »

Quand cette atmosphère de libération des chaînes du « moi », de plongée dans les mystères du monde, imprègne toutes ses forces, l’être humain est un mystique dans tous les domaines. Que ce soit extérieur, sous une forme religieuse, scientifique ou artistique, il lutte pour retrouver l’unité originelle de la nature humaine. C’est le mystère de chaque être humain dont Goethe voulait parler, quand, résumant le propre mystère de son âme, il écrit :

« Celui qui posséda la science et l’art a aussi une religion.
Celui qui ne possède ni la science ni l’art, qu’il ait une religion ! »
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Re: Mythes et légendes et leurs Vérités occultes. Richard Wagner. A la lumière de la science de l’esprit

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