La pensée et le passé, la volonté et l’avenir

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

La pensée et le passé, la volonté et l’avenir

Message par obsidienne le Mar 18 Juil - 23:13

Extrait du livre de Rudolf Steiner : Les forces formatrices et leur métamorphose.

Onzième conférence. Dornach, le 15 juillet 1921 : La pensée et le passé, la volonté et l’avenir. L’origine prénatale de la pensée, la destination post mortem des forces de volonté. La réalité des qualités sensorielles et l’illusion de l’atomisme. Le désir comme base du vouloir, la saturation comme base de la pensée. Le bien et le mal. Dieu et le diable. Ormuzd et Ahriman. Le « poème de Muspilli ».

Aujourd’hui je vais résumer quelques vérités qui nous serviront, ces prochains jours, à poursuivre cette étude dans une certaine direction. Lorsque nous examinons la vie de notre âme, nous y trouvons un pôle qui est l’élément pensant, le penser, - et un autre pôle qui est l’élément volontaire. Entre les deux se situe l’élément du sentiment, ce que nous appelons couramment le monde des sentiments, de l’humeur, etc. Dans la vie animique réelle, telle qu’elle se dévoile à l’état de veille, on ne trouve jamais unilatéralement la pensée ou la volonté. Elles sont toujours reliées l’une à l’autre, elles interfèrent. Imaginons que dans la vie nous restions tout à fait inactifs, au repos : on pourrait dire alors qu’à ce moment notre volonté ne s’active pas en direction du dehors. En songeant à un tel calme à l’égard de l’extérieur, nous devons savoir que la volonté règne néanmoins dans les pensées que nous formons. Lorsque nous relions les unes aux autres les pensées, celles-ci sont nécessairement animées par la volonté. Donc, même quand nous sommes en apparence tout à fait contemplatifs, quand nous ne faisons que penser, la volonté règne à l’intérieur de nous.

D’autre part, - à moins d’être fous-furieux ou somnambules, - nous ne pouvons pas être volontairement actifs sans que notre volonté soit guidée par des pensées. Les pensées accompagnent toujours nos activités volitives, de sorte que nous pouvons dire : la volonté n’existe jamais isolément dans notre vie animique. Mais des choses qui ne peuvent pas se manifester séparément peuvent néanmoins avoir des origines très différentes. En effet, la pensée, qui constitue l’un des pôles de notre vie de l’âme, a une tout autre origine que la vie volontaire.

Même si nous ne considérons que les manifestations quotidiennes de la vie, nous pouvons voir que la pensée se rapporte toujours à quelque chose qui est là, qui existait préalablement. La pensée, le plus souvent est réflexive, c’est-à-dire postérieure aux faits. Même lorsqu’elle est anticipative des expériences antérieures d’après lesquelles nous nous orientons. Dans un certain sens, cette pensée-là, elle aussi, est une pensée réflexive. La volonté ne peut pas se déterminer d’après ce qui existe déjà, sinon elle serait perpétuellement en retard. Elle peut uniquement s’orienter d’après ce qui viendra, sur le futur. Bref, si vous méditez un peu sur le caractère intime de la pensée ou sur celui de la volonté, vous trouverez que, même dans la vie ordinaire, la pensée se rapporte plutôt au passé et la volonté plutôt à l’avenir. Le monde des sentiments se situe entre les deux. Des sentiments accompagnent nos pensées : elles nous réjouissent ou nous attristent. C’est à partir de nos sentiments que nous dirigeons nos impulsions volontaires. Le sentiment se situe donc à mi-chemin entre la pensée et la volonté.

Ce qui se passe dans la vie courante, ne serait-ce qu’à titre indicatif, est valable à l’échelon de l’univers. Et là, nous devons dire ceci : ce qui fait notre force pensante, ce qui nous permet de penser et d’avoir la possibilité d’être habitués par des pensées, cela procède de notre vie d’avant la naissance ou la conception. Dans le petit enfant qui vient au monde, il existe déjà en germe toute la faculté pensante que l’être humain sera en mesure de développer. L’enfant n’emploie ses pensées que comme forces d’orientation pour construire son corps, - comme je l’ai expliqué bien souvent. Cela est surtout vrai pendant les sept premières années de son existence, c’est-à-dire jusqu’à la seconde dentition. Jusque-là, les forces de pensée lui servent de directives pour la construction de son corps. Ensuite, elles se découvrent de plus en plus en tant que forces pensantes. Mais ces forces pensantes étaient déjà en germe dans l’être humain dès qu’il est entré dans la vie physique, dans la vie terrestre.

En ce qui concerne les forces de la volonté,- une simple observation non prévenue le prouve facilement, -elles sont, chez l’enfant, peu reliées à la force de la pensée. Observez le gigotement d’un tout petit enfant pendant les premières semaines de sa vie. Vous n’hésiterez pas à vous dire que cette agitation chaotique, l’enfant ne l’a acquise que lorsque son âme et son esprit ont été revêtus d’un corps physique par le monde physique extérieur. Dans ce corps qui s’est développé peu à peu depuis la conception et la naissance, c’est là que se trouve la volonté ; et le développement de l’enfant consiste en ceci, que sa volonté se trouve peu à peu enserrée par les forces de la pensée qu’il apporte avec lui au moment de la naissance. Voyez les mouvements tout à fait insensés qui agitent les membres, et comment, peu à peu, les pensées interviennent dans ces mouvements et leur donnent un sens. Il y a donc une descente, une insertion de la pensée dans la vie de la volonté qui vit entièrement dans l’enveloppe qui protège l’enfant au moment où il s’incarne. La vie de la volonté est entièrement contenue à l’intérieur.

Schématiquement, nous dirons qu’en descendant du monde spirituel l’homme apporte avec lui sa vie pensante (jaune sur le dessin). Et sa vie volontaire se rattache au corps que lui ont donné ses parents (rouge). Là-dedans (rouge) on trouve les forces de la volonté qui se manifestent d’une façon chaotique, et là sont les forces de la pensée (flèches) qui servent de directives pour spiritualiser, comme il le faut, les forces de la volonté au sein de la corporéité.


avatar
obsidienne

Messages : 3542
Date d'inscription : 21/10/2012
Localisation : hérault

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La pensée et le passé, la volonté et l’avenir

Message par obsidienne le Mar 18 Juil - 23:16

Ces forces volontaires, nous les percevons lorsque nous franchissons la porte de la mort et passons dans le monde spirituel. Mais là, elles sont ordonnées à un très haut degré. Nous les portons, à travers le seuil de la mort, jusque dans la vie spirituelle. Par contre, les forces de pensée que nous apportons de la vie suprasensible pour les introduire dans l’existence terrestre se perdent durant le cours de notre vie ici-bas.

Il en va autrement si l’être humain meurt très jeune, mais nous n’allons pas parler d’abord que de l’être humain normal. Une fois qu’il a dépassé la cinquantaine, il a déjà perdu, en réalité, les vraies forces pensantes apportées des vies antérieures, mais il a conservé les forces directrices de la volonté ; il les emporte dans l’existence dans laquelle il entre après la mort.

Dès lors, il y a grande chance pour qu’on se mette à penser : donc, quand on dépasse la cinquantaine, on a perdu sa faculté de penser. – Dans un certain sens c’est absolument vrai pour la plupart des êtres humains actuels qui n’ont aucun intérêt pour ce qui est spirituel. Je voudrais que vous preniez un jour la peine d’enregistrer combien de gens ayant dépassé la cinquantaine émettent aujourd’hui des pensées spontanées, originales. En règle générale, il ne s’agit que du prolongement automatique de leurs pensées de jeunesse qui se sont imprimées dans leur corps, lequel suit automatiquement son cours. Le corps est le reflet de la vie de la pensée, et l’être humain s’abandonne à la loi de l’inertie et continue à rouler sur son vieux train de pensées. De nos jours, on ne peut guère se préserver de cet automatisme, à moins que l’on accueille en soi des pensées de nature spirituelle qui sont apparentées aux forces de pensées dans lesquelles nous étions insérés devant notre naissance. Le temps approche de plus en plus où les personnes âgées deviendront de simples automates si elles ne prennent pas la peine d’accueillir les forces de pensée du monde suprasensible. Bien entendu, l’homme peut continuer à penser en automate et faire semblant de penser. Mais il ne s’agit que d’une réaction automatique des organes dans lesquels les pensées se sont inscrites, à moins que l’être humain soit saisi par l’élément juvénile qu’il peut recevoir de l’étude de la science spirituelle. Car accueillir les notions de la science spirituelle, ce n’est pas faire de la théorie ; en effet, ces notions atteignent notre vie en profondeur.

Ceci prend une signification particulière si nous considérons, à présent, le rapport de l’homme avec la nature environnante. J’entends ici par « nature » tout ce qui est accessible à nos sens, c’est-à-dire cet ensemble auquel nous sommes exposés depuis notre réveil jusqu’au moment où nous nous endormons. Cela peut être considéré de la façon suivante. On peut se représenter tout ce que l’on voit ou perçoit, c’est-à-dire tout ce qui se présente à notre œil spirituel. C’est ce que nous appelons le monde sensoriel, le tissu sensoriel. Je dessine un œil qui synthétise toutes nos perceptions visuelles, sonores, thermiques, colorées au sein de la nature.




Derrière tout cela, il y a quelque chose. Le physicien et les gens qui partagent la mentalité moderne disent que là-derrière, il y a des atomes qui tournoient. Selon eux, il n’existe pas de tissu sensoriel mais seulement des atomes qui provoquent, dans l’œil ou dans le cerveau, - quelque part ou nulle part, - d’une manière quelconque et inconnue, - des sensations de couleur, de son, etc.. – Représentez-vous cela, je vous prie, sans aucun parti-pris, et mettez-vous à réfléchir à propos de ce monde sensoriel. Laissez de côté toute illusion et essayez de vous représenter qu’il y a là une gigantesque armée d’atomes, - que les chimistes savent aligner et commander d’une façon tout à fait militaire : voici, par exemple, le sous officier Carbone, puis deux simples soldats Oxygène, et enfin un simple soldat Hydrogène. Tout cela marche au pas militaire. On parle d’éther, d’atomes et ainsi de suite. Si vous ne succombez pas à cette illusion et que vous vous accrochez à la réalité, vous saurez que le tissu sensoriel est là, étalé devant vous. On trouve là les qualités sensorielles ; ce que je saisis en plus de ces qualités, grâce à la conscience, ce qui est inclus dans les qualités sensorielles, ce sont les pensées. Derrière ce voile des sens il y a, en réalité, des pensées (bleu). Je veux dire que derrière ce qui se présente à nous sous la forme du monde physique, il n’y a que des pensées. Certes, ces pensées sont portées par des êtres, et de cela, nous parlerons plus tard. Mais c’est uniquement par des pensées que nous pouvons parvenir à sonder ce qu’il y a dans la conscience. Or, la force nous permettant de penser, nous l’avons apportée de notre vie prénatale ou de la vie précédant notre conception. Comment se fait-il que nous parvenions, grâce à notre force, à percer le tissu des sens ?

Essayez de bien vous familiariser avec la question que je viens d’évoquer et mettez-la en rapport avec maints aspects de ce que nous avons déjà considéré. Pourquoi pouvons-nous parvenir derrière le voile sensoriel avec nos pensées, dès lors que celles-ci sont issues de notre vie prénatale ? Tout simplement parce que ce qui se passe là-derrière n’est aucunement dans le temps présent, mais appartient au passé. Oui, ce qui se trouve sous le voile sensoriel procède du passé, et nous ne le voyons de façon juste que si nous l’attribuons au passé. Le passé agit jusque dans le présent, et c’est de ce passé que jaillit tout ce qui se présente à nous dans le présent. Vous observez le tapis vert de la prairie et toute sa flore. Cela est du présent, mais cela croit à partir du passé. Et si vous embrassez cela par la pensée, vous n’y trouvez nul atomisme du présent mais une réalité où se prolonge, dans le présent, un passé qui est apparenté à la partie de vous-même qui est, elle aussi, issue de ce passé.

C’est intéressant de constater que, quand nous commençons à réfléchir sur ces choses, le monde qui se révèle à nous n’est pas du tout le présent ; ce qui se révèle à nous n’est pas du tout le présent ; ce qui se dévoile, c’est le passé. Qu’est-ce donc que le présent ? Il n’y a aucune structure logique. Le rayon du soleil tombe sur une quelconque plante : il y brille. L’instant suivant, lorsque la direction du soleil change, il brille ailleurs. Le tableau change à chaque instant. Le présent est une chose que nous ne pouvons saisir ni par les mathématiques, ni par notre structure de pensée ; celle-ci ne nous permet d’embrasser que le passé qui se prolonge dans le présent.

Ceci peut se dévoiler à l’homme comme une grande, une importante vérité. Lorsque tu réfléchis, tu ne penses réellement que le passé. Assembles-tu des raisonnements logiques, tu ne fais, au fond, que réfléchir sur ce qui s’est passé. Celui qui l’a compris ne cherchera plus dans le passé je ne sais quels miracles surprenants. Car, étant donné que le passé conflue dans le présent, le passé ne peut être dans le présent que ce qu’il était déjà dans le passé. – Songez-y : si vous avez, hier, mangé des cerises, c’est une action passé. Vous ne pouvez pas la déclarer inexistante parce qu’elle est du passé. Mais si les cerises avaient l’habitude, avant de disparaître dans votre bouche, de marquer quelque part un signe quelconque, ce signe perdurerait. Vous ne pourriez rien changer à ce signe. Si chaque cerise, après avoir été mangée, inscrivait dans votre bouche son passé, et qu’il en surgisse une pour en effacer cinq autres, elle pourrait le faire, certes mais cela ne changerait en rien la réalité passée. Vous ne pouvez donc pas accomplir un miracle quelconque en ce qui concerne les apparences sensibles de la nature, car elles sont toutes des émergences du passé. Et tout ce que nous pouvons embrasser avec nos lois naturelles est quelque chose de passé, n’est nullement dû au présent. Vous ne pouvez embrasser le présent autrement que par des images, mais il est une chose fluctuante que par des images, mais il est une chose fluctuante et continuellement variable. Lorsqu’un corps est éclairé, il projette une ombre. Vous laissez cette ombre se délimiter, etc. Vous pouvez construire cette ombre se délimiter, etc. Vous pouvez construire cette ombre ; mais la façon dont elle nait réellement, seule l’image vous le révèle. Si bien que l’on peut dire : même dans la vie courante, l’action délimitante, ou si vous préférez, la pensée logique, se rapporte à du passé. L’imagination, par contre, se rapporte au présent. En ce qui concerne le présent, l’homme a sans cesse des Imaginations.
avatar
obsidienne

Messages : 3542
Date d'inscription : 21/10/2012
Localisation : hérault

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La pensée et le passé, la volonté et l’avenir

Message par obsidienne le Mar 18 Juil - 23:33

Pensez un peu à ce que cela donnerait si vous cherchiez à vivre de façon logique dans le présent. Vivre logiquement, cela signifie tirer un concept d’un précédent concept, passer régulièrement d’un concept à un autre, conformément à certaines lois. Eh bien, transportez-vous dans la vie réelle : vous voyez un évènement donné. Est-ce que le suivant s’y rattache logiquement ? Pouvez-vous faire découler du premier le second évènement ? – Les tableaux de la vie ne ressemblent-ils pas bien plutôt à des rêves ? Le présent est semblable au rêve, et c’est seulement parce que le passé se mêle au présent que le présent a un cours logique et régulier. Et si, dans le présent, vous voulez pressentir, deviner quelque chose du futur, - et même tout simplement si vous voulez vous représenter une chose que vous désirez accomplir à l’avenir, alors il se passe en vous quelque chose de tout à fait inobjectif, d’abstrait. Car ce que vous vivez ce soir n’existe pas en vous sous forme d’image ; c’est quelque chose qui est moins image qu’une image ; c’est tout au plus en vous une Inspiration. L’inspiration se rapporte à l’avenir.

Intuition :
Pensée logique = passé.
Imagination = présent.
Inspiration = futur.


Nous pouvons aussi faire un schéma simple pour éclairer la chose. Lorsque l’homme – je le caractérise par cet œil (dessin c), - contemple le tissu des perceptions sensorielles, il aperçoit toutes sortes d’images sans cesse changeantes, mais il introduit des lois dans ces images. A partir de ces images mouvantes il crée une science de la nature. Mais essayez de comprendre comment s’élabore cette science. Le scientifique examine et pense. En effet, il est impossible de créer une science relative au monde des sens, une science qui soit logique en s’efforçant d’extraire cette logique du monde environnant. Or, les lois naturelles ne sont que des pensées. Mais si ces pensées et ces lois du monde extérieur étaient la conséquence de celui-ci, il ne serait pas nécessaire que nous apprenions les sciences. Celui qui, par exemple, regarde cette lampe, connaîtrait aussitôt les lois de l’électricité aussi bien que celui qui les a apprises. – De même, l’homme qui ne l’a pas appris ne sait rien sur le rapport d’un cercle à son rayon, etc. Nos pensées sont issues de notre être intérieure, et c’est nous qui les introduisons dans le monde extérieur.

Schéma C :




Oui, c’est bien ce qui se passe. Ce que nous introduisons, sous forme de pensées, dans le monde extérieur, nous le puisons au fond de nous-mêmes. Car d’abord, nous sommes cet « homme-tête » admirablement construit. Celui-ci contemple la tapisserie sensorielle. Dans cette tapisserie se trouve ce qui nous est accessible grâce à notre faculté de penser. (voir dessin blanc). Entre ce tissu et ce que nous avons à l’intérieur de nous, et que nous ne percevons pas, il existe une liaison en quelque sorte souterraine.

C’est pour cette raison que ce qui, dans le monde extérieur, échappe à notre perception parce que cela s’introduit en nous, nous le puisons de notre intérieur sous forme de pensées que nous insérons dans le monde extérieur. Il en est également ainsi au sujet des nombres. Le monde extérieur ne nous présente pas de calculs ; les lois du calcul résident dans notre être intérieur. Si elles concordent avec le dehors, c’est parce qu’il y a une correspondance souterraine entre nos propres lois terrestres et les propriétés du monde extérieur.

C’est une liaison que l’on peut qualifier aussi d’ « infra-corporelle ». Nous extrayons les nombres de notre propre intérieur et ils s’accordent avec ce qui est dehors. Mais le chemin suivi ne relève ni de nos yeux ni plus généralement des sens ; le chemin passe par notre organisme. Ce que nous élaborons ainsi, nous le faisons en tant qu’être total. Il n’est donc pas vrai que nous concevons une quelconque loi naturelle par l’intermédiaire de nos sens. C’est l’homme total qui conçoit les lois naturelles.

Il faut prendre ces choses en considération si l’on veut approfondir, se faire une image juste de la relation de l’homme à son monde environnant. Nous avons continuellement à faire à des Imaginations. Pour s’en assurer, il suffit de comparer la vie, sans parti-pris, avec le rêve. Le rêve se déroule d’une manière très chaotique, mais il est beaucoup plus semblable à la vie que ne l’est la pensée logique. – Prenons un cas extrême. Représentez-vous une conversation entre des personnes très raisonnables de notre époque. Vous écoutez, puis vous vous joignez à la conversation. Songez un peu à ce qui se dit là, successivement, au cours d’une demi-heure, demandez-vous s’il y a là-dedans une cohérence plus proche de la logique ou plus proche du rêve. Si vous exigiez que la pensée logique reprenne ses droits dans la conversation, vous éprouveriez sans doute de grandes déceptions. En effet, le monde actuel se présente à nous en images, si bien qu’en vérité nous ne cessons de rêver. La logique, nous la tirons de notre pré-existence. Nous la mettons dans les choses, et de ce fait nous atteignons dans ces choses ce qui est du passé. Le présent, nous ne le saisissons qu’en Imaginations.

Quand nous envisageons cette vie imaginative qui nous entoure sans cesse dans le présent sensible, nous pouvons dire : cette vie imaginative s’offre à nous. Nous n’y faisons rien par nous même. – Rappelez-vous combien vous avez dû peiner pour parvenir à la pensée logique. Mais vous n’avez aucunement peiné pour jouir de la vie, ni même pour observer la vie ; elle dévoile d’elle-même, devant vos yeux, ses images. Oui, nous avons de la facilité à contempler les représentations imagées de notre environnement habituel. Il suffit qu’on ait la faculté d’acquérir des images, mais maintenant au moyen de notre propre activité, comme on le fait dans le cas de la pensée, et éprouver des images au moyen d’un effort intérieur, comme on le fait toujours lorsqu’on pense. Dans ce cas, on ne s’arrête pas aux images du présent, mais on étend sa faculté représentative imagée jusqu’à sa vie prénatale, jusqu’à sa vie d’avant la conception. On voit alors la vie prénatale, la vie qui précède la conception. Lorsque l’on contemple de la sorte, la pensé se remplit d’images et la vie prénatale devient une réalité. Grâce au développement des facultés dont j’ai parlé dans mon livre «  Comment acquérir des connaissances des mondes supérieurs », nous devons nous habituer à penser en images, sans que celles-ci surgissent d’elles –même en nous comme c’est le cas dans la vie ordinaire. Lorsque nous nous approprions cette expérience imagée, - dans laquelle nous sommes, au fond, toujours plongés, lorsque nous enrichissons ainsi notre vie intérieure, alors nous acquérons la vision du monde spirituel et nous comprenons comment notre vie se déroule en réalité.

De nos jours, - et j’en ai déjà souvent parlé, on considère comme une attitude très spirituelle de mépriser la vie matérielle et de prétendre : « j’aspire à l’esprit ». La matière est bien loin en dessous de moi ». Ceci est une faiblesse car seul peut prétendre à une vie spirituelle celui qui n’abandonne pas la matière comme étant indigne de lui, celui qui la comprend, dans son activité née de l’esprit : - celui qui sait reconnaître tout objet matériel comme issu du spirituel, et tout esprit jusque dans ses manifestations matérielles. Cela devient particulièrement important lorsque nous nous tournons vers la pensée et vers la volonté. C’est tout juste si notre langage, qui possède en lui un génie secret, garde encore le souvenir de ces vérités qui conduisent à la connaissance.

Voyez la volonté, telle qu’elle est fondée dans la vie ordinaire. Vous voyez qu’elle est engendrée par le désir, - même la volonté la plus idéaliste nait d’un désir. Prenez la forme la plus grossière du désir : la faim. A partir de ce que je m’efforce de vous expliquer aujourd’hui, vous pouvez déduire que la pensée constitue l’autre pôle, et qu’elle doit avoir une attitude opposé à tout ce qu’elle relève du désir. Lorsque nous situons le désir à la base de toute volonté, nous devons attribuer à la pensée le principe de satiété, d’absence de faim.

Cela correspond bien à la réalité des faits. Lorsque nous considérons d’une part, notre organisation-tête et d’autre part, l’autre organisation qui y est rattachée, nous pouvons dire que l’être humain est un être de perceptions. Qu’est-ce donc que la perception ? Nous percevons à travers nos sens. Lorsque nous percevons, quelque chose en nous se déconstruit. Quelque chose du dehors pénètre en nous. Le rayon lumineux qui entre par notre œil déconstruit quelque chose. Il creuse un trou, un vide dans notre propre matière. (voir dessin D) – Là, il y avait de la matière, et maintenant, le rayon lumineux y a creusé un trou, d’où une sorte de faim. Cette faim doit être rassasiée, et elle l’est grâce à l’organisme qui fournit l’aliment nécessaire. Autrement dit, ce vide se remplit de la nourriture qui vient de nous (rouge). A présent, nous avons pensé ce que nous avons perçu.

En pensant, nous ne cessons de remplir les vides que les perceptions des sens creusent en nous. Nous remplaçons la faim par la satiété qui monte de notre organisme.
En observant l’organisme de la tête, c’est très intéressant de voir comment, à partir de l’autre organisme, nous remplissons ces trous qui se font par le moyen des yeux, des oreilles et même des sensations caloriques. L’homme pense, et de ce fait, il comble les vides qui ont été ainsi creusés (rouge).

Schéma D :




Il en est de même lorsque nous manifestons notre vouloir, mais alors l’action ne se fait pas à partir du dehors de sorte que des creux se forment en nous ; elle vient du dedans. Lorsque nous voulons, il se crée partout en nous des vides et il faut les remplir à nouveau de matière. Nous subissons donc des effets négatifs, des effets de creusement, d’origine soit extérieur soit intérieure, et nous les comblons sans cesse de notre matière.
Telles sont les réactions extrêmement intimes, les effets de creusement ; ils annihilent en nous toute substance terrestre. En voyant un rayon de lumière, en entendant un son, nous détruisons notre substance terrestre ; mais nous réagissons et comblons ensuite le vide en y ramenant de la substance terrestre. Notre vie consiste à anéantir la substance terrestre et à la recréer : alternance luciférienne et ahrimanienne.
avatar
obsidienne

Messages : 3542
Date d'inscription : 21/10/2012
Localisation : hérault

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La pensée et le passé, la volonté et l’avenir

Message par obsidienne le Mar 18 Juil - 23:40

L’élément luciférien aspire sans cesse à faire partiellement de nous un être immatériel, à nous éloigner de l’existence terrestre. Il voudrait, s’il le pouvait, nous spiritualiser entièrement, nous dématérialiser. Mais son adversaire est Ahriman donc l’action consiste à veiller à ce que les vides creusés par Lucifer soient aussitôt comblés. Ahriman dont l’action consiste à veiller à ce que les vides creusés par Lucifer soient aussitôt comblés. Ahriman est le « remplisseur ». Lorsque vous tentez de représenter Lucifer et Ahriman en modelage, vous pourriez très bien, si le matériau s’y prêtait, insérer Ahriman dans les creux de Lucifer. Lucifer et Ahriman sont les deux forces antagonistes qui se disputent l’homme. L’homme lui-même est en position d’équilibre. Lucifer dématérialisant sans cesse conduit à matérialiser, c’est-à-dire à Ahriman. Dans l’acte de la perception, Lucifer est là. Lorsque nous pensons à ce que nous avons perçu, Ahriman est là. Lorsque nous formons l’idée d’une chose que nous voulons : Lucifer. Lorsque nous voulons effectivement ici-bas : Ahriman. Nous nous trouvons pris entre les deux et oscillons de l’un à l’autre. Il faut que nous sachions bien : en tant qu’être humain, nous sommes délicatement installés entre Ahriman et Lucifer. A vrai dire, on n’apprend à connaître l’homme que lorsqu’on prend conscience de ces deux pôles opposés qui sont en lui.
Schéma E :




Vous le voyez, cette façon de penser ne tend pas à une spiritualité abstraite qui ne serait qu’une mystique nébuleuse. Elle ne tend pas non plus à des résultats matériels, car tout ce qui constitue un effet matériel est en même temps spirituel. Partout, nous avons à faire avec du spirituel. Et nous ne comprenons bien la matière que lorsque nous savons y voir partout l’esprit.

Je vous ai dit que l’Imagination surgit d’elle-même en nous en ce qui concerne le présent. Lorsque nous développons artificiellement l’Imagination, notre regard accède au passé. Lorsque nous développons l’Inspiration, nous regardons l’avenir. Mais nous ne voyons que les grandes lignes de l’avenir, comme la prévision des éclipses de lune ou du soleil, - et jamais les détails. L’intuition rassemble ces trois facultés. En réalité, nous sommes constamment tributaires de l’Intuition, mais nous dormons en ce qui la concerne. Quand nous sommes à l’état de sommeil, nous sommes entièrement dans le monde extérieur avec notre corps astral et avec notre Moi, et là, nous exerçons cette faculté intuitive qu’il faut, d’ordinaire, déployer consciemment au sein de l’Intuition. Or, dans son organisation actuelle, l’homme est trop faible pour demeurer conscient quand il vit dans l’Intuition. A l’état de veille, il développe, jusqu’à un certain point, la pensée logique. Entre les deux il y a l’Inspiration et l’Imagination. Au réveil, le corps astral et le Moi réintègrent les corps physique et éthérique ; ce que l’homme apporte alors avec lui, c’est l’Inspiration, comme je l’ai déjà indiqué lors de mes précédentes conférences. Endormi, l’homme est tout Intuition ; éveillé, il est tout pensée logique ; au moment de se réveiller, il reçoit des Inspirations ; au moment où il s’endort, il a des Imaginations. – Vous voyez d’après cela que les activités que nous comptons parmi les hautes facultés de la connaissance ne sont pas étrangères à notre vie ordinaire. Elles y sont absolument présentes. Il suffit de les élever au niveau de la conscience, s’il s’agit de développer une connaissance supérieure.
Schéma F :




Ce qu’il convient de répéter et rappeler sans cesse, c’est que, depuis trois ou quatre siècles, la science extérieure a rassemblé une énorme somme de données purement matérielles et qu’elle en a tiré des lois. Ces données, il faut à présent les pénétrer spirituellement. Mais le matérialisme a eu du bon, si paradoxal que cela paraisse, car sans lui, trop d’hommes auraient sombré dans un mysticisme nébuleux. Ils auraient fini par perdre toute espèce de lien avec l’existence terrestre. En effet, lorsqu’au XVe siècle s’instaura le matérialisme, l’humanité était tout près de céder aux séductions lucifériennes et l’homme se serait intérieurement creusé, vidé de plus en plus. Les influences ahrimaniennes arrivèrent alors, et durant les quatre ou cinq siècles écoulés, elles se sont développées jusqu’à un certain point. Aujourd’hui, elles sont devenues très fortes et l’on peut craindre qu’elles ne dépassent leur but si nous ne leur opposons pas ce qui peut les immobiliser : les connaissances spirituelles.


Mais ce qu’il faut, c’est acquérir un sentiment juste du rapport entre le spirituel et le matériel. Il existe dans l’ancienne littérature allemande un poème qu’on appelle « Muspilli ». On l’a découvert d’abord dans un livre dédié à Louis l’Allemand, au IXe siècle. Mais il était certainement plus ancien. Ce poème a un caractère purement chrétien, - on y raconte le combat d’Elie avec l’Antéchrist. Le récit rappelle les anciens combats légendaires entre les habitants d’Asgard et ceux de Jötunheim, le pays des Géants. On a simplement changé le royaume des Ases en royaume d’Elie. Et on a appelé le royaume des Géants royaume de l’Antéchrist.

La mentalité de ces anciens temps occultait bien moins les vraies réalités qu’on ne l’a fait par la suite. Car plus tard, on n’a plus parlé que d’une dualité : le Bien et le Mal. Dieu et le Diable, etc.

Mais cette mentalité plus proche de nous ne s’accorde plus avec l’ancienne. Ceux qui avaient développé la lutte entre le siège des Dieux et le siège des Géants ne concevaient pas les Dieux à la manière des chrétiens d’aujourd’hui ; les anciens voyaient en-haut Asgard, le royaume des Dieux ; entre les deux il y avait Midgard, la sphère de l’homme. Cela n’est rien d’autre qu’une européanisation, une germanisation de ce que connaissaient les Perses anciens avec : Ormuzd et Ahriman. C’est Lucifer que nous devons voir en Ormuzd, et non pas simplement le Dieu du Bien. La grande erreur consiste précisément à ne retenir que la dualité et à ne voir en Ormuzd que la bonne divinité, et dans son opposant, Ahriman, le Dieu du Mal. Il s’agit là plutôt le rapport : Lucifer-Ahriman. A l’époque de Midgard où fut rédigé le « Muspilli », on ne pouvait pas encore se représenter clairement que le Christ, d’en-haut qui fait rayonner la force de son sang ; on l’a donc remplacé par Elie, et c’est ce dernier qui fait rayonner la force de son sang. Cette conception, à l’époque où Louis l’Allemand a transcrit ce poème dans son livre, était sans doute encore plus juste que par la suite. Car les temps qui suivirent commirent l’acte singulier de ne tenir aucun compte de la Trinité : c’est-à-dire, les divinités supérieures qui séjournent dans l’Asgard, et les divinités inférieures, les géants du royaume ahrimanien, - et de considérer cela comme le Tout, donc les divinités supérieures, lucifériennes comme les bonnes, et les autres comme les mauvaises. C’est ce que l’on fit par la suite. Aux temps anciens, cette opposition entre Lucifer et Ahriman était encore conçue de façon juste ; elle place Elie dans le royaume luciférien avec sa prophétie émotionnelle, avec ce qu’il pouvait annoncer à l’époque, parce que l’on voulait placer le Christ à Midgard, dans le royaume du milieu.

ASGARD – LUCIFER – ORMUZD

JÖTUNHEIM – AHRIMAN


Nous devons revenir à de telles représentations, mais en pleine conscience. Car tant qu’on parlera seulement d’une dualité entre Dieu et le diable, on ne pourra pas comprendre la Trinité faite des divinités lucifériennes, des puissances ahrimaniennes et entre les deux le royaume du Christ. A défaut de rétablir cette notion, on n’accédera pas à une vraie conception du monde.

Nous sommes confrontés là à un mystère considérable du développement historique de l’humanité européenne. L’antique Ormuzd fut élevé au rang de « bon Dieu », alors qu’il est, en réalité une puissance luciférienne, une puissance de lumière.

En revanche, cela a permis, par ailleurs, de noircir Lucifer. Son nom ne semblait pas convenir pour Ormuzd, et on a fini par reléguer Lucifer dans le royaume d’Ahriman. On a fait une mixture, et cette confusion s’est répercutée jusque chez Goethe, dans la création de son célèbre Méphistophélès où Lucifer et Ahriman sont une seule et même personne. Je l’ai montré clairement dans mon petit livre « l’esprit de Goethe ». En effet, l’humanité européenne, l’humanité de la civilisation actuelle est tombée là dans un grand égarement, et cet égarement influe sur toute sa pensée. On n’en sortira qu’en se libérant de la dualité pour retrouver la trinité, car tout ce qui est dualiste conduit à des tensions au sein desquelles l’homme ne peut pas vivre. Il faut un facteur d’équilibre pour annuler la tension entre les polarités antagoniste, Lucifer et Ahriman, Ormuzd et Ahriman. Ce facteur n’est autre que le Christ.
avatar
obsidienne

Messages : 3542
Date d'inscription : 21/10/2012
Localisation : hérault

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La pensée et le passé, la volonté et l’avenir

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum