Le Graal et l’alchimie

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Le Graal et l’alchimie

Message par obsidienne le Dim 9 Juil - 22:59

Extrait du livre de Louis Charpentier : Les Mystères de la Cathédrale de Chartres. Ed. Robert Laffont.

Chapitre 14 : Le Graal et l’alchimie


J’en étais là, assez satisfait, il faut bien le dire, de mes petites réflexions géométriques, quand je me rendis compte que les « portes » ne s’ouvraient pas pour autant.

J’avais acquis la certitude que le maître d’œuvre de Chartres n’avait pas dressé sa cathédrale selon une inspiration personnelle mais en application de données traditionnelles qui pouvaient très bien n’être que « de métier ».

Cependant, l’étoile, comme les trois tables, devait correspondre à une nécessité utilitaire. Quoi qu’en aient pu penser les Romantiques, la grande époque des cathédrales ignorait l’Art pour l’Art. S’il y avait symbole, il fallait que ce symbole fût utilitaire – et actif.
Trois tables, dit la tradition, portèrent le Graal. Qu’était donc le Graal ?

Il apparaît, pour nous, dans la mouture chrétienne des romans de la Table ronde. Il s’agit d’un vase qui, à la fois, servit à Jésus-Christ lors de la Cène et qui fut utilisé, ensuite, par Joseph d’Arimathie pour recueillir le sang du Christ lors de la crucifixion. Il s’agit donc d’un vase contenant le sang divin, directement recueilli ou transmué (« Buvez, Ceci est mon sang… »).

La quête des Chevaliers de la table Ronde (et voici encore une table) est celle de ce vase gardé, comte la légende, dans le Château Aventureux du Roi pêcheur (nous sommes à l’ère des Poissons).

Par ailleurs, l’histoire des croisades révèle que, après la prise d’Ascalon, un case sacré échut aux Génois, un vase de forme octogonale, en or, et c’est de ce vase que serait née la légende du Graal…

Seulement, la légende chrétienne du Graal n’est qu’une adaptation d’une légende celte bien antérieure. Et le mot : graal est, lui-même, un vocable celte.

Son origine n’est pas, pour autant, certainement celtique. Elle peut fort bien être très antérieure. Je crois ce mot dérivé de la racine « car » ou « Gar », qui a la signification de « pierre ». Le Gar-Al, ou Gar-El, pourrait être soit le vase qui contient la pierre, ou le vase de pierre (Gar-Al), soit la Pierre de Dieu (Gar-El).

Les Deux étymologies sont, d’ailleurs, très proches. Dans le premier cas, il s’agirait du vase où se fait la « Pierre » ; dans le second, il serait question de la « Pierre » elle-même. Il est indubitable que le symbole est alchimique.

On ne peut, en effet, séparer le mot de Graal de celui de « chaudron ». Aux temps du celtisme primitif, c’était dans le chaudron (Caldron) de Lug que, sur un feu très particulier, on faisait cuire les « médecines universelles ». D’autre part, le roi Gradlon, par son nom, nous indique qu’il s’agissait d’un « gardien du Graal » en sa ville d’Is que les flots engloutirent lorsque sa fille Mahu, chrétienne, détruisit les menhirs de fixation des sols.

Graal est un mot celtique mais, sous d’autres noms, on retrouve en d’autres lieux et temps, la légende du vase sacré. Melchisédech est représenté, au portail de Chartres – portail Nord, dit des initiés – portant la coupe qu’il remit à Abram et d’où dépasse la Pierre.
Chaque temple grec avait son « cratère » (de Téras : merveilleux, ou Théos : divin, avec, toujours, ce radical : « Cra »… « Car »).

Sous quelque nom que ce soit, il désigne, avec constance, un vase dont le contenu se divinise ; est pénétré par la divinité ; est, de ce fait, transmuté.

On trouve une très belle illustration, chrétienne, de ce fait au trumeau de l’église de Saint-Loup-de-Naud, près de Provins. Sur ce trumeau est représenté saint Loup tenant le calice dans lequel se matérialise une émeraude qu’apporte un ange. Le symbole est on ne peut plus clair.

Il s’agit d’alchimie. L’alchimie, on le sait, est l’art – et la science – de recueillir, fixer et concentrer le courant vital qui baigne les mondes et est responsable de toute vie. La concentration que parviennent à obtenir les adeptes, et qu’ils fixent sur un soutien, est ce que l’on nomme la Pierre philosophale. Cette pierre, de par sa concentration, agit très fortement et permet à l’Adepte de réaliser, sur toutes choses, une évolution qu’il faudrait de longs siècles, sinon des millénaires à la nature pour parfaire, notamment – et c’est là le test de la pierre – en changeant en argent ou en or les métaux vils.

Mais ce courant vital – Le spiritus Mundi des Alchimistes, l’Esprit du Monde – agit  sans arrêt sur toute chose qu’il fait évoluer, y compris l’homme. Bien, admettons qu’en certains lieux, par suite d’une « concentration » du courant vital, cette action évolutive  soit accélérée ; et d’autant plus accélérée que l’homme sera mis dans un état plus « réceptif », et l’on obient ce résultat, cherché dans les pèlerinages, d’une forme de « mutation », pour employer un terme à la mode. Et cela est proprement de l’alchimie naturelle.

Admettons maintenant que la « façon » dont l’homme sera mis dans cet état réceptif puisse agir sur le sens de sa « mutation ». Et voici le symbole des trois tables aisément expliqué – quoique de façon très sommaire et quasi schématique.

L’homme devenant, en quelque sorte, le « vase », le « Graal » et son contenu, trois voies d’accès à la « mutation » lui sont offertes, qui sont représentées et conditionnées par les trois tables : la table ronde, la table carrée et la table rectangulaire ou, pour m’exprimer de façon moins allégorique : L’intuition, l’Intelligence et la Mystique.

Il va sans dire qu’il s’agit là de trois manifestations évidentes, mais non préhensibles par les sens, de la personnalité humaine.

Quels rapports existent entre ces t rois facultés et les tables, rondes, carrées et rectangulaires ?

La table ronde a été manifestée très tôt dans l’histoire de l’humanité. Les Cromlechs, les Ronds-de-Fées sont des tables rondes. On la retrouve dans la représentation de la croix celtique qui est entourée d’un cercle. Utilitairement et, étant donné qu’elle se trouve toujours située sur certaines émergences de courants telluriques, elle apparaît comme une piste de danses rituelles qui se menaient en rondes et qui étaient un moyen d’accord avec les rythmes naturels.

A ce qu’il semble, la ronde, commencée dans les limites du cercle le plus éloigné du centre, devait pour certains, se rapprocher peu à peu de ce centre, au fur et à mesure que les rythmes pénétraient l’homme et le libéraient d’une encombrante personnalité. Dans certains « Ronde-des-fées » qui furent des pistes de danses, on retrouve trois pistes concentriques. Il apparaît probable que, pour le danseur parvenu à une sorte de délire sacré, la danse devait se terminer par une giration au centre.

En quelque sorte, le danseur remontait les cycles naturels jusqu’à leur origine où, plus inconsciemment que consciemment, il pouvait se mettre en contact direct avec cette origine.

On peut encore aller plus loin. L’homme qui tourne s’évade de l’espace. Mais s’évader de l’espace, c’est également s’évader hors du temps. Il est permis de se demander jusqu’à quel point l’homme qui tourne dans certaines conditions ne devient pas visionnaire ?

Je pense aux dons prophétiques des druidesses qui se manifestaient dans une sorte de délire pendant la danse ; je pense à David dansant devant l’Arche et prophétisant ; je pesne au derviches tourneurs.

Et rappelons-nous que les rondes dans la cathédrale de Chartres étaient de coutume au temps pascal, et menées par l’évêque lui-même. Certaines ont cru voir là comme une représentation du mouvement des astres. C’est une explication bien intellectuelle pour une activité toute physique ! Il s’agissait, bien plus simplement, de la recherche d’un état s’approchant de l’état médiumnique et qui permet une incorporation dans les rythmes naturels.

La table ronde était représentée, devant le Temple de Salomon, par la Mer d’Airain qui contenait de l’eau et dont les  proportions définies étaient en rapport avec le  poids de la Terre, selon l’abbé Moreux. Les templiers – et pas seulement eux – ont fait de la table ronde le centre de leurs églises. C’est en ce centre qu’ils plaçaient l’autel.

La table carrée demande, à expliquer, plus de subtilité. Elle est la « quadrature » de la table ronde. Elle doit permettre le passage à la conscience des connaissances instinctives ; c’est une table d’initiation intellectuelle. Sa représentation la plus fréquente est l’échiquier ; c’est aussi la primitive marelle devenue jeu d’enfants mais qui, à l’origine, était table d’abaques, table de travail, table de Nombres. C’est encore la table de Pythagore, qui n’est pas seulement une table de multiplication. Le symbole le plus « parlant » de cette table est, naturellement, l’échiquier que seuls peuvent parcourir en tous sens la Dame et le Cavalier, montant la cavale, la « cabale », la connaissance.

On remarquera que le jeu du Cavalier utilise le cercle dans le carré, alors que Tours et Fous sont réduits à demeurer dans leurs verticales ou diagonales. L’indication est précieuse. On ne se promène pas dans les Nombres par la seule vertu du cerveau (seulement dans les chiffres), pas plus qu’on ne fait de musique en additionnant des notes. Il y faut une initiation, au moins instinctive, aux lois de l’harmonie, aux lois naturelles.

C’est une table-piège dans le parcours de laquelle l’intellect, livré à lui-même, s’illusionne sur ses propres créations et se trouve aussi « piégé » dans ses illusions que le Fou ou la Tour dans leurs lignes. Réaliser la quadrature du cercle, c’est transformer l’initiation instinctive en initiation consciente, raisonnée, active. Il y faut « monter la cavale », c’est-à-dire la cabale.

Si l’on me permet de pousser plus loin l’analyse, je dirai que la table carré n’est pas une table de vie, mais une table d’organisation ; seulement, elle suppose une connaissance réelle de la matière. Selon les anciens, la meilleure organisation possible de la société était construite sur ce schéma carré lequel divisait les hommes en catégories, qui étaient plutôt des castes : le Paysan qui nourrit, le Soldat qui défend, l’Artisan qui transforme et le Commerçant qui distribue ; les échelon, dans chaque caste, formant la pyramide aux trois étages ; apprenti, ouvrier et maître qui aboutit, au sommet, à l’Aristocratie, la vraie, celle du Sage en sa caste.

La table carrée se retrouve dans la pyramide, dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem ; et, peut-être est-elle la base des constructions Templières, car l’ordre utilisait beaucoup le plan carré dans ses commanderies ou forteresses, uni, d’ailleurs souvent, à une église en rotonde.

La table rectangulaire est une table mystique ; une table de révélation. Elle n’a d’explication ni même d’approche intellectuelle possible. Elle est la Table de la Cène, la Table du Sacrifice de Dieu.

Voilà ce qu’on peut dire sur le Graal et sur les tables. Il n’est point étonnant qu’elles se présentent dans l’ordre où nous les avons situées à partir du portail royal, celui que gardent des rois et des reines qui n’ont plus de nom. Leur succession correspond bien aux trois naissances symboliquement réalisées dans l’allée couverte.



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Message par obsidienne le Dim 9 Juil - 23:07

L'église Saint Loup de Naud. Saint loup tenant le calice



http://www.petit-patrimoine.com/fiche-petit-patrimoine.php?id_pp=77418_1

Cathédrale de Chartres :



Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres : entre beauté et mystère

http://bienvenuelesnouveaux.com/labyrinthe-de-cathedrale-de-chartres-entre-beaute-mystere/
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Re: Le Graal et l’alchimie

Message par obsidienne le Dim 9 Juil - 23:30

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