Macron entre Poutine et Trump

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Macron entre Poutine et Trump

Message par obsidienne le Lun 3 Juil - 22:10


Macron entre Poutine et Trump

1 juil. 2017 Par christophe lemardelé Blog : De l'éthique en toute chose

https://blogs.mediapart.fr/christophe-lemardele/blog/010717/macron-entre-poutine-et-trump

L’entretien de quatre heures mené par Oliver Stone auprès de Vladimir Poutine et diffusé sur France 3 mardi, mercredi et jeudi derniers fait apparaître les points saillants de la politique internationale du dirigeant russe. Loin de n’être qu’un esprit machiavélique décrit comme tel par les Occidentaux, il prône un équilibre des forces seul à même d’assurer la sécurité mondiale.


Le documentaire de Stone a été unanimement dénigré aux Etats-Unis et il fut même qualifié de scandaleux par certains médias français. En fait, tous ceux qui étaient pour l’intervention en Irak en 2003, puis en Libye quelques années plus tard – néo-conservateurs américains et « gauche BHL » en France – ne peuvent admettre que les Etats-Unis et l’Occident en son ensemble, au nom de la démocratie et des droits de l’homme, ont des conduites et des discours impérialistes. La déstabilisation d’Etats au nom de la liberté n’a jamais montré autre chose qu’une volonté américaine de dominer le vaste monde. Poutine en fait régulièrement la démonstration dans des interviews ou des conférences de presse : 60 milliards de dollars pour la défense russe, plus de 600 milliards pour le budget militaire américain… La Russie se révèle donc être l’ennemi utile pour justifier de telles dépenses puisque la lutte contre le terrorisme islamiste sunnite ne peut être comparable à la guerre froide du siècle dernier générant une course folle aux armements.

N’en déplaise donc aux bellicistes russophobes, Poutine va voir son image internationale être considérablement redorée. Il prône la sécurité, l’équilibre des puissances militaires, la diplomatie, se veut avant tout pragmatique et ne répond pas – sagesse acquise avec le temps – aux provocations occidentales. Car, dans les pays de la liberté de la presse, l’unanimité des jugements négatifs à son encontre équivaut à de la propagande. Poutine a le vent en poupe parce que Trump a été élu président des Etats-Unis et qu’il est déjà une catastrophe internationale. Marionnette des dirigeants saoudiens et des Emirats, il a, visiblement sans s’en rendre compte, rendu possible la crise du Golfe qui étouffe le Qatar. Accusant directement et avec virulence l’Iran – et sans nuance puisque le peuple iranien venait de voter et n’est donc pas complètement l’otage d’un régime théologico-politique –, dont le budget militaire est pourtant bien inférieur à celui de l’Arabie Saoudite – troisième budget mondial derrière la Chine et devant la Russie… –, on devine sans peine qu’il n’accordera guère de faveurs au principal allié de ce pays.

Trump est une catastrophe et c’est heureux pour la France. Car si Hollande fut séduit par l’aura d’Obama – président impérialiste malgré lui (?), affaire Snowden-Assange-Manning, assassinats ciblés à grande échelle avec des drones pilotés à très grande distance –, ne donnant pas la possibilité de travailler avec la Russie, Macron retrouve la ligne Chirac-de Villepin de 2003 : « La France n’a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye » (Le Figaro du 22 juin). N’en déplaise aux abonnés « insoumis » de Mediapart, cet aspect de la politique française est crucial. Le bilan humain de la politique de Sarkozy et de Hollande est désastreux : victimes d’attentats en France, victimes collatérales dues aux frappes aériennes à l’étranger, « migrants » noyés en Méditerranée… Sous Hollande, le ministre Le Drian tissa des liens et signa des contrats avec les affameurs du Qatar (Arabie Saoudite et Egypte en tête), qui exigent la fin de la chaîne d’informations Al-Jazeera, si importante pour les populations arabes de tant de pays, avec Macron, il va à Moscou rencontrer son homologue russe… Et pour cause, Macron a déclaré ceci dans les mêmes colonnes du Figaro : « Je respecte Vladimir Poutine. J’ai eu avec lui un échange constructif » – critiquant Hollande au passage pour qui « la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout ». Dans ce même entretien avec la presse, le président français a enfoncé le clou, critiquant ouvertement néo-conservateurs américains et français, et fustigeant le manque de réalisme lourd de conséquences humaines en matière de politique internationale : « La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur à l’insu des peuples ».

En invitant Trump au défilé du 14 juillet, Macron lui tend en quelque sorte un piège : après la poignée de main virile, le président américain se trouve dominé par un jeune freluquet – il n’a pas la main… Macron va sans doute tenter de trouver un équilibre entre Trump et Poutine, mais si le premier continue de se montrer déraisonnable, il optera pour la raison. Evidemment, dans ce cas, les critiques pleuvront sur lui pour à nouveau souligner le machisme, l’homophobie et la mainmise sur la presse libre et les mouvements d’opposition du régime russe. Bien que le machisme de Trump soit plus manifeste, personne n’assimile ce triste sire à l’ensemble des Etats-uniens. Quant à l’homophobie, elle n’est pas plus insupportable que le racisme anti-Noirs aux Etats-Unis, tellement ancré dans la société que les mariages mixtes y sont encore assez inexistants. A ce sujet, Poutine rappelle quelques fois à Oliver Stone, le long des quatre heures d’entretien, qu’être russe ne dépend aucunement de l’origine ethnique ou de la religion dans ce grand Etat fédéral multi-ethnique, orthodoxe et musulman – Poutine combat l’islamisme sans pour autant tenir des discours islamophobes. Et il déclare vouloir, à défaut d’établir une totale liberté politique dans son pays, y réduire les inégalités socio-économiques entre Russes. On ne voit pas qu’aux Etats-Unis, pays de la liberté, on veuille réduire ce type d’inégalités.

Ces différences culturelles – idéologiques, même – entre les deux grands Etats expliquent sans doute leur opposition par-delà la guerre froide : les Américains ne comprennent pas pourquoi les Russes ne se convertissent pas à leur idéal de liberté. Ces différences s’expliquent vraisemblablement par des valeurs transmises dès le contexte familial, insistant soit sur la liberté, soit sur l’égalité, et rendant ces deux valeurs inconciliables alors qu’elles le sont en France. Dans La diversité du monde (Points/Essais, 2017), Emmanuel Todd écrit : « La Chine, la Russie mènent des politiques d’assimilation vigoureuses et s’étendent en déclarant chinois ou russes les allogènes conquis » (p. 101). A l’inverse, le monde anglo-saxon (Royaume-Uni, Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande), se fondant sur la liberté individuelle absolue, a tendance à mettre en œuvre des « formes plus ou moins officielles d’apartheid » (p. 204).

Todd ayant écrit à l’orée de ce siècle Après l’Empire, il semble que la date de la chute se rapproche puisque les dépenses militaires vont encore augmenter avec Trump – quand l’Empire devient paranoïaque – et parce que les positionnements internationaux américains deviennent encore plus inconséquents que du temps de Bush junior. Repus de contrats saoudiens, le géant américain, tel un cyclope aveugle, montre son incapacité à comprendre les enjeux actuels et de demain du monde. Même en ce qui concerne les enjeux climatiques, Poutine les prend en considération tandis que Trump les nie.

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