Le pélican, un infanticide repenti

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Le pélican, un infanticide repenti

Message par obsidienne le Dim 2 Juil - 0:13

Le pélican, un infanticide repenti.

Extrait Dossier de l’Art n° 103. Le symbolisme du bestiaire médiéval sculpté.


Dans l’Egypte ancienne, le pélican ne bénéficie pas d’une excellente réputation puisqu’il est un modèle de sottise et de paresse. En effet, il est réputé pour faire son nid à n’importe quel endroit et, comble de nigauderie, lorsque les hommes font brûler un feu à proximité pour le chasser et lui ravir ses œufs, la bête bat stupidement des ailes !

L’opinion qu’on a de lui connaît un revirement total au moyen âge qui en a une vision plutôt favorable. Dans le physiologus on peut lire que les petits du pélican lorsqu’ils commencent à grandir, frappent leurs parents à la face et que ceux-ci irrités les frappent à leur tour et le tuent. Mais le pélican les regrette aussitôt et, se perçant le flanc « il répand son sang sur ses petits morts, et ainsi, les ressuscite d’entre les morts grâce à son sang ». Plus moralisateur, saint Augustin en dit : « Il éclôt dans les déserts, notamment au rives du Nil. Que dit-on du pélican ? On dit que le couple, à coup de bec, tue ses petits, que pendant trois jours il pleure dans leur nid les victimes ; puis que la mère se fait à elle-même une profonde blessure, inonde de son sang sa couvée qui sous l’aspersion ressuscite. Peut-être est-ce vrai, peut-être est-ce faux ? Si c’est vrai, vous pouvez voir de quelle façon cela s’applique à celui qui nous a vivifiés de son sang ». Ceci amène tout droit à l’interprétation symbolique de ce sacrifice : il devient dans l’exégèse le symbole du Christ trahi par ses propres enfants et qui pour les sauver, sans hésiter, se laisse crucifier et percer le côté.

A l’époque romaine, le pélican est rarement représenté dans la sculpture, mais son succès, ira grandissant à l’époque gothique et jusqu’à la Renaissance. Les très beaux exemplaires, du XIIIe siècle que nous livrent la frise de la tour nord de la cathédrale de Strasbourg et la porte de la cathédrale de Metz, montrent l’ardeur avec laquelle l’oiseau, penché sur son nid où l’on devine deux à trois petits, se perce le flanc : il symbolise ici la Crucifixion alors que, juste à côté de lui, à Strasbourg, le phénix s’immolant par le feu pour renaître symbolise la Résurrection.





Pélican, Cathédrale de Strasbourg (fin du XIIIe siècle) Frise de la tour nord.
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