Le porc, le plus consommé, le plus méprisé

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Le porc, le plus consommé, le plus méprisé

Message par obsidienne le Sam 1 Juil - 23:41

Le porc, le plus consommé, le plus méprisé

Extrait Dossier de l’Art n° 103. Le symbolisme du bestiaire médiéval sculpté

Qu’il s’agisse des penseurs de l’Egypte ancienne, des auteurs antiques ou des hébreux, tous sont unanimes pour crier haro sur le porc. Sa chair est considérée comme impure, et son esprit aussi car le démon aime à s’y loger. La détestable opinion qu’on a de lui trouve largement écho dans la bible. Ainsi, le Lévitique (11, 7-8) jette sur lui l’interdit ; on lit dans les proverbes : « Un anneau d’or au groin d’un porc, telle la femme belle mais dissolue » (11,22). Et Matthieu encore donne cet avertissement : « Ne jetez pas vos perles aux porcs de peur qu’ils ne les piétinent » (7,6).

Le porc bénéficie ensuite d’une réputation inversement proportionnelle à l’importance de sa place dans l’élevage et la consommation du Moyen âge. En effet, il n’est nul troupeau qui n’ait son porc et sa chair est désormais largement présente sur toutes les tables. De nombreuses représentations sculptées témoignent de l’importance de l’élevage et de la consommation de cet animal, confirmée par les textes et les fouilles archéologiques. Bien souvent, le porc est associé à la boucherie et à l’abattage, ce qui peut être rapporté à la mauvaise réputation dont l’animal est affublé depuis la nuit des temps ; réputation qui est irrémédiablement ancrée dans les esprits. L’animal familier des étables et de la table devient en quelque sorte la victime du symbole qu’il représente : son physique et son comportement e font une évocation de la saleté et de la gloutonnerie.

Salvien de Marseille (v. 400-480) souligne dans son ouvrage ad Ecclesiam, l’aspect négatif de cet animal lorsqu’il demande aux pécheurs de « ne pas se rouler dans leurs bourbiers à la façon des porcs dégoutants qui lorsqu’ils sont chauds, plongent leur ventre dans la fange ». Porc et fange sont depuis l’Antiquité étroitement associés et continuent de l’être, la fange représente par ailleurs la bêtise et l’ignorance.

En outre, parce que son groin est toujours tourné vers la terre, le porc incarne aussi le matérialisme le plus bas, les excès et l’absence de toute norme. Un chapiteau du chœur de l’église de La Charité-sur-Loire montre sur l’un de ses angles un porc qui semblent déchirer deux sortes de griffons. Cet animal si familier et finalement si proche de l’homme devient, dans ce type d’images, une illustration frappante pour les sermons des clercs qui cherchent à refréner les comportements prohibés par l’Eglise.



Porc déchiré par des griffons. Eglise de La Charité-sur-Loire dans la Nièvre (début du XIIe siècle). Chapiteau du chœur.
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