Le bouc, image de l’Antéchrist

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Le bouc, image de l’Antéchrist

Message par obsidienne le Sam 1 Juil - 22:48

Le bouc, image de l’Antéchrist.


Extrait Dossier de l’Art n° 103. Le symbolisme du bestiaire médiéval sculpté.


Animal familier assurant la subsistance de l’homme dans une économie basée sur l’élevage est le bouc (et avec lui la chèvre et le chevreau). Ce caprin est un exemple parmi d’autres d’un animal dont le statut s’est irrémédiablement détérioré entre l’Antiquité et le Moyen âge. Les religions païennes ont consacré le bouc au dieu Pan. Dans l’Ancien testament, il est l’animal expiatoire des Hébreux qui l’envoient dans le désert chargé de tous les péchés ; c’est le bouc émissaire. La typologie, qui met en parallèle les textes vétéro- et néotestamentaires, en fera donc un symbole du Christ rachetant par son sacrifice les péchés des hommes et d’une façon plus générale, le bouc incarnera l’image du pécheur voulant se repentir.

Cependant, l’aspect négatif de l’animal est en germe dans l’Ancien Testament où il incarne les ennemis d’Israël : « C’est (…) contre les boucs que je vais intervenir » (Zacharie 10,3). Mais surtout, son appétit sexuel irrépressible lui donne dès l’Antiquités une mauvaise réputation qui ne cessera de croître jusque dans les temps avancés du Moyen âge, laissant de lui, une image totalement négative. Philon d’Alexandrie (13-20 avant J.C – 50 après J.C) avançait déjà que : « Les boucs et les pigeons sont lascifs dans leurs relations sexuelles où ils montrent une ardeur frénétique ».

Sa mauvaise odeur, ses pieds fourchus et ses cornes en ont fait ensuite dans la pensée chrétienne l’image de Satan. Raban Maur insiste surtout sur le caractère obscène de l’animal incarnant l’appétit charnel. Le théologien du XI e siècle Rupert de Deutz voit en lui une figure de l’Antéchrist. Allant plus loin encore, Saint Bernard (1090-1153) reprenant Matthieu (25,33) fait des boucs le symbole des pécheurs qui au jour du jugement dernier doivent être placés à gauche ; il évoque « Les sens du corps égarés et lascifs par lesquels le péché est entré dans l’âme ».

C’est principalement sur l’aspect lubrique de l’animal qu’insistent aussi les sculpteurs médiévaux. Par exemple, le bouc est figuré comme un mâle dans toute sa puissance pour illustrer le thème de la luxure sur un chapiteau du transept de la cathédrale d’Auxerre ; il est par ailleurs chevauché de façon peu élégante par une jeune femme nue-qui ne laisse planer aucun doute sur le caractère de l’image. Sur le tympan du portail central de la cathédrale de Strasbourg, le bouc se cabre, dévoilant généreusement ses parties sexuelles, il est associé de façon très crue à la pendaison de Judas (relatée dans Matthieu 27,5), ce qui ne laisse non plus aucun doute sur son aspect totalement négatif : le bouc est désormais l’image des pécheurs.




Image : Bouc se cabrant. Cathédrale de Strasbourg (fin du XIIIe siècle). Tympan du portail central.

(La trahison de Judas le conduit à se pendre. La scène est accompagnée d'un bouc symbolisant Satan venant prendre possession de l'âme de celui qui a favorisé l'arrestation de Jésus par les grands prêtres de Jérusalem qui le menèrent ensuite devant Ponce Pilate.)
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