Rudolf Steiner : La polarité entre l’Eternel et l’Ephémère dans l’être humain

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Rudolf Steiner : La polarité entre l’Eternel et l’Ephémère dans l’être humain

Message par obsidienne le Dim 5 Mar - 23:57

Extrait du livre de Rudolf Steiner : La polarité entre l’Eternel et l’Ephémère dans l’être humain

Neuvième conférence. Dornach, 22 septembre 1918 : Si la vie est conduite de façon matérialiste, la nature inférieure de l’être humain devient de plus en plus spirituelle ; des représentations religieuses traditionnelles et idéalistes intensifient le côté matériel de la nature inférieure. La science de l’esprit, un pont entre l’ordre naturel et l’ordre spirituel. La force de la forme des corps humains morts neutralise la tendance de la terre à cristalliser. La loi de la polarité dans la nature, en l’homme et parmi les esprits. Eglise catholique et franc-maçonnerie.


Si nous nous remémorons ce qui découle non pas des détails mais du sens général des conférences faites ici dernièrement, par exemple de celle d’hier, nous pouvons dire que la culture appelée à relayer la nôtre avec vigueur doit impérativement conduire les hommes à regarder plus profondément dans la réalité véritable ; elle doit tendre avant tout à l’abolition de slogans ou plutôt d’idéologies comme le monisme, l’idéalisme, le réalisme etc., et à montrer aux hommes que la réalité de la maya, la réalité des phénomènes extérieurs qui nous entourent est le confluent de deux mondes réels, dont nous pouvons vraiment dire qu’ils sont en conflit.

Regarder la réalité, c’est en effet quelque chose de tout autre que de chercher à cerner uniquement sur un plan théorique, comme le fait la science actuelle, le monde des phénomènes qui nous entourent.

Prenons un exemple concret pour expliquer pratiquement cette phrase. N’est ce pas, chacun croira que la conception du monde matérialiste, cette conception qui s’est notamment répandue parmi les nations civilisées depuis les années soixante, soixante-dix du XIXe siècle et la conduite matérialiste de la vie qui en découle rendent l’homme plus matérialiste. On croit naturellement quand on regarde superficiellement les phénomènes du monde, qu’ils sont la réalisation extérieure des idées que l’homme se met en tête. Mais il n’en est pas ainsi. Dès que l’on regarde les formes successives qui se manifestent dans la réalité, il s’avère absolument faux que le monde s’organise selon les idées que les hommes se mettent en tête. Et l’on comprend que cela ne peut pas coïncider avec la réalité lorsqu’on discerne la nature double de l’être humain, sous la forme que nous avons explicitée, et qu’on voit vraiment agir conjointement en lui les principes ahrimaniens et lucifériens, de la manière que nous avons caractérisée. Seule cette situation permet l’apparition du phénomène concret suivant.

Supposons qu’une époque s’adonne suffisamment longtemps à des représentations matérialistes, comme la nôtre. Cette époque, séduite par de telles représentations, développerait également dans son vouloir conscient une sorte de conduite de vie matérialiste. La conséquence de cela n’apparaitra pas dans la partie de la nature humaine qui porte la vie consciente.

Cette partie n’exerce pas sur la vie humaine l’influence profonde qu’une observation superficielle est encline à lui attribuer.

L’influence se fait sentir dans le domaine inconscient d’une façon que vous pouvez vous représenter schématiquement comme suit :

Dans la consciente nature-tête de l’être humain, vit le matérialisme, et l’inconscient - cette part de nous-même qui ne se métamorphose que lorsque nous avons franchi la porte de la mort et vivons jusqu’à la prochaine incarnation terrestre, mais que nous portons pour l’instant en nous sous une forme inachevée – cette nature humaine que nous dirons inférieure, est le porteur de la vie de l’âme inconsciente, et cette vie de l’âme inconsciente, curieusement, devient de plus en plus spirituelle sous l’influence du matérialisme. La conséquence réelle des représentations matérialistes, la conséquence réelle d’une conduite de vie matérialiste, c’est la spiritualisation croissante de la nature inférieure de l’être humain. Vous devez donc vous représenter la chose suivante.

Si vous vous plongez intensément dans des représentations de force et de matière, et que vous ne croyez qu’en ces dernières, et si vous organisez votre vie en disant : manger, voire, et ensuite le néant avec la mort et que vous accomplissez tous les actes de votre vie avec une conviction de ce genre-là, le matérialisme entre vraiment dans la conduite de votre vie et votre nature inférieure devient alors de plus en plus spirituelle.

Or, cette nature inférieure qui devient de plus en plus spirituelle exige que quelque chose agisse sur elle ; elle ne peut faire seule le chemin qui lui est assigné par l’évolution cosmique.

Et la conséquence de l’accumulation exclusive de représentations et de sympathies matérialistes dans la tête, dans la nature supérieure de l’être humain, c’est l’impossibilité pour cette nature supérieure d’agir sur la nature inférieure. Cette dernière, du fait de l’impuissance de la nature supérieure, se trouve exposée à d’autres influences :

celles du principe luciférien. Le principe luciférien ne se déploie pas, comme je l’ai dit hier, dans la réalité sensible ; les êtres lucifériens sont des êtres spirituels. Ils pénètrent dans la nature inférieure de l’être humain quand elle devient de plus en plus spirituelle sous l’influence du matérialisme et que, justement à cause du matérialisme, aucune impulsion provenant de l’être humain ne peut pénétrer dans la nature inférieure.

Et notre âme est face à cette vérité paradoxale qu’une époque matérialiste prépare en réalité une culture certes spirituelle, mais luciférienne.

Considérons le cas inverse : supposons qu’une vérité religieuse, non pas imprégnée de spiritualité, mais reposant purement sur des données traditionnelles, s’empare des hommes ou vise à s’emparer d’eux. L’idéalisme abstrait est apparenté à ce genre de vérité religieuse : dans le domaine moral notamment, il ne croit qu’en des idéaux abstraits, et ignore tout de la manière dont ils naissent.

Si beau soient-ils, ces idéaux ne servent à rien si l’on n’a aucune idée des voies par lesquelles ils pourront se transformer en forces vives. Des représentations purement religieuses et purement idéalistes ont à leur tour pour conséquence la matérialisation croissante de la nature inférieure de l’être humain.

Alors que des représentations matérialistes stimulent le spiritualisme dans la nature inférieure de l’être humain, des façons de voir purement religieuses, construites en conformité à une tradition mais sans dynamisme spirituel, ou encore l’idéalisme abstrait, favorisent la matérialisation croissante de la nature humaine inférieure.

On aimerait citer comme type de cette matérialisation progressive de la nature humaine inférieure par une religiosité traditionnelle, abstraite – pardonnez-moi d’utiliser une comparaison si insolente – l’abbé replet qui se berce de représentations religieuses traditionnelles, pendant que son ventre s’arrondit de plus en plus. Ce n’est pas une comparaison, je ne parle pas ici d’un fait ni d’une loi ; je veux seulement mettre les choses en évidence mais cela correspond à une réalité fondamentale des choses. Et cette nature humaine inférieure qui se matérialise de plus en plus n’a aucune nourriture quand la tête n’est pleine que de représentations traditionnelles ou idéalistes et abstraites.

C’est pourquoi une humanité portée par une culture de ce genre n’est pas exposée principalement aux influences de sa propre nature-tête, mais aux influences ahrimaniennes.
Nous pouvons donc dire : une religiosité abstraite, un idéalisme abstrait nourrissent essentiellement le matérialisme d’orientation ahrimanienne, alors qu’à l’inverse, des représentations matérialistes nourrissent un spiritualisme d’orientation luciférienne.

Toutes ces choses reposent au fond sur le fait que la réalité véritable a une tout autre forme que la réalité extérieure apparente. Mais on se doit, à présent de découvrir la réalité véritable dans ses lois, dans son essence ; la sociologie, en particulier cette science de la vie humaine communautaire et de la vie de l’humanité dans l’histoire, devra toujours être imprégnée d’une science de l’esprit qui jette, de la façon que j’ai indiquée dans ces conférences, le véritable pont entre l’ordre naturel et l’ordre spirituel, le pont réel, pas ce pont abstrait que propose le monisme.

Mais il sera pour cela nécessaire que certaines lois, qui sont écartées de la conscience générale de l’humanité, par certains cercles initiatiques également, mais des cercles qui n’ont pas une pensée juste pour l’époque actuelle, que ces lois concernant la réalité véritable soient de plus en pus connues.

Vous pouvez placer une loi de cette nature devant votre âme de la façon suivante : si vous saisissez le sens réel de ma Science de l’occulte, vous savez quand sur terre est apparue ce que nous nommons présentement la qualité spécifiquement humaine. Cette qualité d’humanité a aussi une préhistoire cosmique, comme nous l’avons rappelé hier, une histoire saturnienne, solaire, lunaire, mais l’histoire terrestre fut tout d’abord une répétition, et la qualité humaine terrestre est apparue à une époque très précise.
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Re: Rudolf Steiner : La polarité entre l’Eternel et l’Ephémère dans l’être humain

Message par obsidienne le Lun 6 Mar - 0:00

En relisant ma « Science de l’occulte », vous trouverez que cette qualité spécifiquement humaine est apparue à l’époque où le règne minéral s’est détaché avec netteté du reste de la création terrestre. Car nous le savons : ce que nous appelons maintenant le règne minéral n’existait pas sous cette forme aux époques saturnienne, solaire, lunaire.

Il y avait les trois règnes élémentaires qui ont précédé le règne minéral. Quand le règne minéral fit son apparition dans l’évolution terrestre, ce qui fut un évènement macrocosmique, l’homme y apparut simultanément sous sa forme actuelle, la forme dans laquelle il a présentement son corps, donc sa forme corporelle actuelle. Même si cette forme corporelle n’a connu son plein épanouissement que plus tard, au cours du temps, l’ébauche de cette forme, de ce modelé actuel du corps humain, est entré dans l’évolution terrestre en même temps que le règne minéral.

Ainsi l’être humain a-t-il noué dans un certain sens une relation en tant qu’être humain terrestre, ou plutôt en devenant homme terrestre, entre le quatrième membre de son entité qui s’est transformé par la suite en Moi, et le règne minéral. On pourrait dire aussi que dans le microcosme humain, le Moi correspond au règne minéral macrocosmique.
Or nous savons – c’est ce que révèle une simple observation superficielle de la nature – que le règne minéral cosmique a une structure cristalline.

A l’école, les élèves doivent apprendre à connaître les différents systèmes dans lesquels cristallisent tels ou tels minéraux ; ils doivent connaître d’abord les lois géométriques qui peuvent les représenter en soi, et connaître ensuite les formes dans lesquelles elles s’incarnent dans la réalité du monde minéral, l’octaèdre, le cube, etc.


Quand nous regardons ces structures du règne minéral exprimables en formes géométriques, nous avons pour l’essentiel devant nous la structure originelle propre au règne minéral. Ces cristallisations, ou plutôt ces formes de cristaux, sont en un certain sens quelque chose d’inné au règne minéral, quelque chose qui lui est absolument propre. Et en intégrant le règne minéral, la terre a pris la tendance, dans son évolution cosmique, à cristalliser ses substances minérales dans les formes où cristallise justement le règne minéral.

Il y a un pôle opposé, l’exact contraire de cette forme du règne minéral. Je vous prie de vous représenter cela par l’image suivante. Nous voulons, à l’aide d’une image, approcher un fait important de la vie. Vous connaissez, n’est ce pas, le phénomène même très courant de la dissolution de substances quelconques. Vous savez que si vous jetez une certaine quantité de sel dans une certaine quantité d’eau, l’eau est capable de dissoudre totalement ce sel, si bien que le sel n’est plus là sous sa forme solide, mais dissous dans l’eau.

Vous savez aussi que pour certains besoins de la vie pratique, le sel solide ne servirait à rien, mais qu’il est nécessaire de le dissoudre dans un liquide. Or dans l’évolution terrestre, la tendance à la forme cristalline que présentent les minéraux ne doit pas rester liée à cette terre, pas plus que ne doit perdurer la forme solide du sel lorsqu’il est utilisé à certaines fins pratiques. La cuisinière doit être en mesure de dissoudre cette forme solide du sel ; elle doit utiliser des solvants, sinon le sel serait inutile. De même, dans le cosmos, la tendance de la terre à cristalliser le minéral doit être dissout. C'est-à-dire qu’une tendance polaire est nécessaire : elle œuvre à la dissolution, à la disparition de la tendance cristalline au moment où la terre sera parvenue au but de son évolution, et se préparera à passer dans la forme suivante, la forme jupitérienne.

Jupiter ne doit plus avoir la tendance à cristalliser les substances minérales. Cette tendance à cristalliser doit rester le privilège exclusif de ce globe terrestre, et elle doit cesser quand la terre sera parvenue au but de son évolution terrestre.

La tendance opposée à celle de la cristallisation est imprimée dans la forme humaine, pas dans la forme animale. Et tout cadavre que nous rendons sous une forme quelconque à la planète terre, par enterrement, par le feu ou de quelque autre façon, ce cadavre dans lequel la forme humaine agit encore comme pure forme minérale, ce cadavre qui est donc abandonné de l’âme et de l’esprit qui l’habitaient, agit à l’exact opposé de la tendance minérale à la cristallisation, de même que l’électricité négative exerce une influence opposée à celle de l’électricité positive, et que les ténèbres ont une action contraire à celle de la lumière.

Et à la fin de l’évolution terrestre, l’ensemble des formes humaines confiées à la terre au cours de l’évolution – je dis : formes humaines, car cette forme de l’être humain recèle la tendance « force », et c’est de la force, et non de la substance, qu’il s’agit ici – ces formes humaines auront neutralisé sur un plan cosmique la tendance minéralisante, la tendance à la cristallisation minérale.

Vous voyez comment se place à nouveau un point où le pont est jeté entre deux courants cosmiques, et que la science n’est pas en mesure de jeter. Car la science explore ce qui se passe avec la forme humaine après la mort sur un plan purement minéralogique ; elle n’applique que les lois minéralogiques ; elle ne cherche que ce qui se trouve dans la tendance terrestre à cristalliser et traite le cadavre sur le même mode. De cette manière, elle ne pourra jamais trouver le rôle important que jouent les cadavres des hommes, les corps humains, morts, dans l’économie globale de la terre.

La terre a déjà subi des transformations capitales depuis le milieu de l’époque lémurienne, depuis l’apparition de la minéralisation et, avec elle, de la tendance à la cristallisation. La moindre minéralisation actuelle dans certaines parties de la terre, la tendance faiblissante de la cristallisation à partir du milieu de l’époque lémurienne, cela est dû à la dissolution des formes des corps humains. Et quand la terre sera parvenue à son but, il n’y aura plus du tout de tendance à la cristallisation. L’ensemble des formes humaines rendues à la terre auront agi comme pôle opposé, et auront fait disparaître la cristallisation. L’événement de la mort humaine, même comme phénomène purement physique est alors replacé dans l’économie globale de l’ordre universel. Ainsi se trouve jeté un pont entre des phénomènes comme celui de la mort, qui demeurent sinon incompréhensibles dans l’économie du monde et les phénomènes qui décrit aujourd’hui la science.

Il est important de cultiver de plus en plus ces façons de voir, qui seules confèrent à la conception scientifique du monde sa véritable coloration. Ce que je vous ai exposé ici est tout autant un fait scientifique que les faits établis par la science actuelle.

Mais c’est un fait que la science, avec ses méthodes actuelles, ne peut pas trouver d’elle-même. La science, avec ses méthodes actuelles, est condamnée à rester nécessairement incomplète et ne peut pas de ce fait saisir la totalité des phénomènes de la vie. C’est pourquoi cette science de la nature doit trouver son complément dans la science de l’esprit.

Et quand on connaîtra des lois globales comme celle-ci : grâce aux formes humaines tendues à la planète, la tendance qu’a la terre à cristalliser est anéantie – quand on connaîtra ces lois, ces dernières prépareront l’esprit de l’humanité, quant à l’évolution spirituelle, à pénétrer plus profondément dans la réalité.

Celui qui pense et fait des recherches uniquement dans le sens de la science actuelle ne peut pas jeter le pont qui relierait la science de la nature à la science sociale et politique. Ne trouvera la possibilité de franchir le pont qui mène des sciences de la nature aux sciences humaines, avant tout à celle de la vie historique et politique de l’humanité que celui qui connaît les grandes lois qui découlent de la science de l’esprit se rapportant à la dynamique de la nature dont je viens de parler.

Le chercheur scientifique parlera aujourd’hui sans gêne aucune de l’existence de la polarité dans la nature. Il distinguera deux magnétismes, le magnétisme du Nord et celui du Sud ; il distinguera deux électricités, l’électricité positive et l’électricité négative. Et si un jour la science de la nature s’engage davantage dans les voies justes de la conception goethéenne du monde, elle deviendra elle aussi plus goethéaniste qu’elle ne peut l’être aujourd’hui, qualité qu’elle n’a pour ainsi dire pas.

Alors on reconnaîtra la loi de la polarité comme loi fondamentale de toute la nature, telle qu’elle a déjà figuré, au fond, dans les anciens mystères, provenant, d’une recherche atavique.

Dans les anciens mystères, on construisait tout sur la connaissance de la polarité dans le monde. Dans la science de la nature, c’est-à-dire dans la connaissance de l’ordre naturel, le chercheur actuel ne fait aucune difficulté pour reconnaître la polarité ; mais dans l’ordre humain et dans l’ordre spirituel, il ne veut pas s’approcher de cette polarité. Et pourtant, ce que nous nommons luciférien et ahrimanien correspond entièrement par rapport à l’esprit et à ses structures, dans lesquelles l’homme est aussi placé, à ce que la science reconnaît par exemple comme magnétisme du Nord et magnétisme du sud, ou comme électricité positive et négative. On ne saura jamais créer l’accord réel entre esprit et nature si l’on ne trouve pas les éléments véritables qui constituent la polarité concrète du principe ahrimanien et du principe luciférien dans l’ordre de l’esprit.
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Re: Rudolf Steiner : La polarité entre l’Eternel et l’Ephémère dans l’être humain

Message par obsidienne le Lun 6 Mar - 0:07

Car la vérité ne peut pas être trouvée en transposant simplement des concepts abstraits de la nature sur l’esprit, mais seulement en se plongeant dans l’esprit et en y trouvant les polarités qui lui correspondent.

Il doit en être de même avec les autres faits de la nature. On ne peut pas simplement les étudier et dire ensuite que l’on fonde sur ces faits scientifiques un ordre spirituel, une conception spirituelle du monde. Cela ne mène à rien. Si l’on veut étudier la vie spirituelle dans sa réalité, si l’on veut comprendre ne seraient-ce que les phénomènes de la vie dans lesquels l’esprit intervient, on doit se décider à étudier les lois spirituelles.

Ce qui se déroule à une époque quelconque dans la sphère des âmes humaines et des activités humaines, on ne peut pas non plus l’expliquer scientifiquement, mais, en réalité, on ne peut le comprendre que si on l’explique en s’aidant de la science de l’esprit.

Par exemple, si l’on veut examiner certains phénomènes culturels actuels, il faut discerner à quel degré les principes luciférien et ahrimanien y interviennent. J’avais fait cette tentative en 1914, avant le début de la catastrophe actuelle, dans les conférences « vie intérieure, mort et immortalité », cycle que j’avais prononcé à Vienne avant ce conflit catastrophique. Et je voudrais rappeler ici le passage capital où est décrit l’essentiel de ce qui se joue actuellement. Je disais :

« Si cette science de l’esprit paraît maintenant dans le monde, c’est parce que l’évolution de l’humanité impose que les âmes humaines se pénètrent de plus en plus des monde spirituels et de leur conditions d’existence, d’abord instinctivement, puis consciemment. Je veux vous relater un fait purement extérieur, afin que vous voyez comment on en viendra de plus en plus à ne pouvoir juger la teneur véritable de la vie, y compris sur le plan physique, que si l’on comprend les lois de l’existence spirituelle ; un fait purement extérieur donc, mais qui est extrêmement important. Si nous regardons la nature, nous y voyons ce spectacle curieux : partout, seul un nombre minime de germes est utilisé pour perpétuer la vie d’une espèce, alors qu’il se perd un nombre considérable de germes. Regardons les myriades d’œufs de poissons présents dans la mer. Seuls quelques-uns deviendront des poissons, les autres sont détruits.

Allons dans les champs : voyons-y les innombrables grains de blé. Seuls quelques-uns redeviendront des épis, les autres sont anéantis, devenant les céréales utilisées par exemple dans l’alimentation humaine. Il faut qu’il soit produit dans la nature infiniment plus que ce qui, pour ainsi dire, fructifie et germe à nouveau dans le flot régulier de l’existence. Dans la nature, cela est bien car là, dans cette nature extérieure, règnent cet ordre et cette nécessité : ce qui échappe à son propre courant d’existence et de fructification, fondé en lui-même, est utilisé pour servir l’autre courant d’existence.

Les êtres ne pourraient pas vivre, si tous les germes fructifiaient réellement et réalisaient l’évolution qu’ils portent en puissance. Il faut qu’il y en ait qui servent en quelque sorte à former le sol nourricier des autres êtres. Ce n’est qu’en apparence pour des critères en vigueur dans la maya, que quelque chose se perd : en réalité, dans les œuvres créatrices de la nature, rien ne se perd.

Dans cette nature, règne l’esprit, et la perte apparente qui frappe le courant de l’évolution a son fondement dans la sagesse de l’esprit : il s’agit là d’une loi spirituelle et nous devons considérer cette chose  du point de vue de l’esprit. Nous comprenons alors la parfaite légitimité de ce détournement apparent du courant cosmique régulier. C’est un fait fondé en esprit ; c’est pourquoi dans la mesure où nous menons une vie spirituelle, cela peut valoir au plan physique.

Mes chers amis, prenez un cas concret qui nous est très proche : il faut faire des conférences publiques sur notre science de l’esprit. Elles sont prononcées devant un auditoire que ressemblent uniquement les informations publiques. Il se passe là un phénomène semblable à celui des grains de blé, où seule la partie est utilisée dans le courant de l’existence. On ne doit pas reculer d’effroi devant l’obligation éventuelle d’apporter indistinctement à de très nombreuses personnes les fleuves de la vie spirituelle, et devant le constat que quelques-unes seulement se détacheront de l’ensemble et entreront vraiment dans cette vie spirituelle, deviendront  des anthroposophes prenant part au courant de l’évolution. Dans ce domaine, c’est encore un fait que ces graines répandues tombent auprès de nombreuses personnes qui, par exemple, quittent une conférence publique en disant : qu’est-ce que ce type peut faire comme discours délirants !

Une vision à très court terme de la vie extérieure assimile cette situation à celle des œufs de poissons perdus dans la mer ; mais du point de vue d’une recherche plus profonde, il n’en est pas ainsi.

Les âmes conduites jusque-là par leur karma, et qui repartent en disant : « qu’est-ce ce type peut faire comme discours délirants ! » ne sont pas encore mûres pour recevoir la vérité de l’esprit, mais elles ont le besoin de sentir vibrer dans cette présente incarnation la force de cette science de l’esprit. Et cela reste en elles, même si les gens persiflent, c’est une force qui reste dans leur âme pour la prochaine incarnation, et alors les germes ne sont pas perdus, ils trouvent des chemins. L’existence, en ce qui concerne le domaine spirituel, est soumise aux même mois, que nous recherchions cet élément spirituel dans l’ordre de la nature ou dans notre propre domaine, que nous avons cité en exemple.

Mais supposons maintenant que nous voulions transposer l’affaire également dans la vie matérielle extérieure, et que l’on dise : bien, faisons de même dans la vie extérieure. Oui, mes chers amis, c’est justement ce qui se passe et que je vais décrire : nous nous dirigeons vers un avenir où cela deviendra de plus en plus la norme ! On produit de plus en plus, on construit des usines, sans demander : « de quelle quantité a-t-on besoin ? », comme c’était le cas autrefois, quand il y avait des tailleurs au village, qui ne confectionnaient  un costume que sur commande. C’était le consommateur qui indiquait la quantité à produire ; maintenant, on produit pour le marché, on stocke le plus de marchandises qu’on peut. La production travaille exactement selon le principe auquel obéit la création dans la nature. La nature est prolongée dans l’ordre social.

Dans un premier temps, ce phénomène s’amplifiera. Mais ici, nous sommes dans le domaine matériel. La loi spirituelle justement parce qu’elle est valable pour le monde spirituel, ne peut pas s’appliquer dans la vie extérieure et il apparaît quelque chose de très curieux. Comme nous sommes entre nous, nous pouvons dire de telles choses. Mais le monde ne se montrera certainement guère compréhensif envers nous.

On produit donc aujourd’hui pour le marché, sans aucun égard pour la consommation, pas dans le sens de ce qui a été exposé dans mon article « Science de l’esprit et question sociale » ; on stocke au contraire dans les entrepôts et par le biais des marchés financiers tout ce qui est produit, puis on attend de savoir combien sera acheté. Cette tendance s’accentuera de plus en plus, - vous trouverez pourquoi je dis la chose suivante – jusqu’à ce qu’elle s’anéantisse en elle-même.

Cette phrase contient la plus importante des causes actuelles de la guerre, mais c’est de la vie spirituelle qu’il faut la déduire.

« L’apparition de ce type de production dans la vie sociale engendre dans le tissu social humain sur terre exactement la même chose que ce qui se passe dans l’organisme avec l’apparition d’un carcinome. Exactement la même chose, une formation cancéreuse, un carcinome, un cancer culturel, un carcinome culturel !

C’est la formation d’un cancer qu’assiste celui dont le regard spirituel perce les apparences de la vie sociale, il voit jaillir de partout de terribles germes de kystes sociaux.
C’est le grand souci à propos de la culture qui naît chez celui qui pénètre la réalité de l’existence. C’est une chose terrible, qui est extrêmement oppressante, et qui, même si l’on pouvait éteindre tout enthousiasme pour la science de l’esprit, si l’on pouvait faire taire toutes les voix capables de parler en sa faveur pour ainsi dire, vous pousse à crier au monde le remède contre ce processus déjà bien avancé et qui ira en se précisant. Ce qui, dans son propre domaine de la diffusion de vérités spirituelles, appartient à une sphère qui agit sur le même mode que la nature, se transforme en cancer lorsqu’il pénètre dans la culture de la manière que j’ai décrite. »

Vous trouvez dans cette conférence l’exposé préalable de tout ce qui provient du principe ahrimanien et du principe luciférien. Mais vous pouvez maintenant déduire que l’on ne parvient pas à la connaissance de la vérité sur la formation du cancer ou du carcinome social si l’on se contente de mettre sur le même plan la vie sociale et les faits de la nature : il faut pouvoir trouver les tendances de la nature ahrimanienne et luciférienne agissant dans l’ordre social actuel, et qui correspondent à la réalité. Il faut emprunter une voie spirituelle pour expliquer ce qui ce passe dans l’ordre social. Et si l’on emprunte une voie matérialiste, on n’aboutira tout au plus qu’à une comparaison, à une analogie entre les événements sociaux et les faits naturels abstraits.
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Re: Rudolf Steiner : La polarité entre l’Eternel et l’Ephémère dans l’être humain

Message par obsidienne le Lun 6 Mar - 0:11

Les exposés de cette période montraient la présence de quantité de tumeurs cancéreuses dans l’ordre social actuel – ces conférences datent du 9 au 14 avril 1914 – exposés résumant ce que j’avais répété au fond, sous les formes les plus différentes, tout au long du développement de notre mouvement anthroposophique, pour préparer l’humanité au moment où ce cancer social atteindrait un seuil particulièrement critique, en 1914 !

A présent, paraît aux éditions Max Roscher de Zurich un livre, sans valeur particulière, stupide, daté de 1918 : « La mutation mondiale ». Je vais vous lire quelques passages de ce livre ; la réflexion intellectuelle de son auteur est totalement axée sur le simple recensement de faits économiques, si bien que le livre induit un penser faux, favorise la coupure d’avec la réalité véritable, alors que ces propos sur l’être intérieur de l’homme sont destinés à mettre à jour la réalité. Mais je vais vous communiquer certains passages de ce livre. Il tente, à l’aide d’analogies, de comparaisons avec les faits naturels, de comprendre l’évolution de la civilisation européenne et américaine. Alors que mes propos de 1914 vous présentent la réalité, vous avez ici des comparaisons moniste abstraites, de pures analogies qui en vérité ne veulent rien dire, parce qu’au fond, quand on parle uniquement de faits naturels, en suggérant que des processus similaires se retrouvent dans l’ordre social, c’est qu’on ne comprend rien à ce dernier, mais que pour l’aborder, on use d’analogies, obscurcissant ainsi la compréhension plutôt qu’on ne l’éclaire.

Mais que ressort-il de tout cela ?

On y montre comment dans la culture occidentale, depuis l’antiquité, ont pénétré des germes de destruction, comment la civilisation a été rongé de l’intérieur. Et cette thèse subtile est résumée en ces termes :

« Ces transformations pathologiques commencèrent dans les villes en plein essor de la Haute Renaissance, dans les villes républiques de la bourgeoisie montante, encore purement productives, lorsqu’elles eurent à nourrir leur gigantesque cellule cancéreuse, lorsqu’elles s’organisèrent à cette fin, se transformant ainsi inéluctablement en appareil à nourrir un module cancéreux…

La naissance de cette structure, de cette organisation, qui donna naissance à celle de l’Etat moderne, fut accompagnée d’une métamorphose simultanée du tissu productif, qu’il ne faut en aucun cas considérer comme inhérente à sa vie propre. »

Il qualifie ce tissu productif de civilisation, d’ordre de la civilisation, c’est-à-dire qu’il fait ressortir uniquement un tissu de faits naturels, et non pas le fait spirituel réel.
« Car normalement dans le corps, des éléments étrangers ne peuvent entrer en contact sans provoquer une inflammation – comme au début on assista à des phénomènes de cette nature quand les soldats du burgrave entrèrent en contact avec la bourgeoisie (pensons au tocsin, signal de leur rassemblement massif !) – seule aurait été normale l’ablation totale du nodule malin ; c’est bien par là qu’on commença et on peut retrouver où, les deux éléments, le nodule cancéreux et le tissu ouvrier, purent se tolérer sans qu’il y ait inflammation, il naquit quelque chose d’anormal, une anormalité qui ne put se maintenir que dans des conditions pathologiques.

Nous trouvons des formations anormales de ce genre dans les organismes, partout où des abcès, des kystes des suppurations, bref, des éléments étrangers sont enfermés de telle sorte qu’il n’y a plus d’inflammation. Le tissu qui se forme là est une difformité qui, après la guérison, n’a plus d’utilité dans l’organisme. Pourtant, pendant la maladie, cette difformité protège l’organisme, c’est un système qui neutralise le poison dans le corps, même s’il peut parfois s’hypertrophier à l’extrême et devenir de fait une grave maladie.

Ainsi naquit l’Etat moderne, entité difforme où la vie ouvrière est totalement rongée de l’intérieur, situation où tout le tissu dut concourir à son auto protection pour paralyser le mal et annuler les effets destructeurs du poison. L’Etat naquit ainsi en tant que structure isolée, que traverse certes la vie productive, mais il ne devint jamais lui-même la structure, l’appareil de la productivité. Le système de toute l’économie populaire moderne s’est constitué en entité autonome juxtaposée à l’Etat…

Ce sont les plus riches qui ont les relations les plus immédiates avec le nodule malin, ceux qui ont besoin d’une vaste protection pour le mouvement de leurs marchandises. C’est pour cela qu’ils mettent plus de zèle – et comme ils sont riches, il ont plus de possibilité pour le faire – à donner au seigneur davantage de nourriture ; s’il a besoin d’argent, ce sont eux qui lui en procurent ; s’il veut obtenir quelque chose de la ville, il s’adresse aux patriciens, qui ont un intérêt personnel à renforcer le pouvoir du prince de la ville, alors que ceux dont le marché de matières premières ne dépasse pas les murs éprouvent une antipathie chronique naturelle (physiologiquement parlant : un effet chimiotactile négatif) envers le seigneur.

En réalité, ils ne le supportent que parce qu’il leur offre la protection des remparts. Mais « l’influence toxique » - c'est-à-dire l’empoisonnement – « ne transforme plus l’individualité des patriciens – sauf dans quelques cas extrêmement rares où eux-mêmes deviennent des nobles guerriers – ils appartiennent bien trop au tissu antitoxique, ouvrier. Leur richesse est née de lui, liée à lui : certes, un effet toxique se montre – mais pas sur l’individu : sur le protoplasme au contraire «  - et le protoplasme, c’est ici le patrimoine ! – « sur le patrimoine ». Alors qu’autrefois le patrimoine n’était pas encore utilisé pour servir le capital, mais constituait uniquement les réserves destinées à assurer la vie et un certain bien-être, son rôle se modifie à présent : le patrimoine se met à lier à lui des processus de travail. »
A cet endroit, je vous prie de vous rappeler comment, en 1908, dans les conférences faites à Nuremberg, qui ont été imprimées depuis, j’ai attiré votre attention sur cette soustraction de l’ordre économique moderne à l’influence personnelle immédiate, et sur cette apparition du travail de l’argent, c'est-à-dire du travail du capital en tant que tel. Je disais que l’ordre social actuel subissait de plus en plus l’influence ahrimanienne, de telle sorte que tel ou tel est tantôt en bas, tantôt en haut.

Ce n’est plus la personnalité qui importe, c’est maintenant l’argent-même qui doit régir l’économie, propulsant les gens tour à tour vers les hauteurs ou les précipitant à terre. L’action, l’accumulation de capital et son pôle opposé, le système du crédit, ce système personnel et antipersonnel, est la contre-image ahrimanienne du Soi spirituel qui se développera à l’avenir dans l’ordre social.

Dans ce livre, l’expression tout entière est purement ahrimanienne. Le danger, c’est qu’il suscite un respect considérable, parce qu’il s’accompagne à chaque page d’abondantes remarques tirées de la science de la nature. Des années après que l’attention ait été attirée sur la réalité, à la suite de recherches menées par la science de l’esprit, voici qu’apparaît cette caricature ahrimanienne de la science de l’esprit, qui traite du même phénomène, parfois même avec les mêmes mots. Elle impressionnera les hommes, bien qu’elle les induise en erreur et les détourne de la vérité, parce qu’ils ne parviendront jamais à la compréhension de la réalité, s’ils ne veulent pas jeter le pont entre les faits purement extérieurs, scientifiques, qui sont utilisés ici, et les processus d’ordre purement spirituel que seule peut cerner justement la science de l’esprit. Pareils discours, ainsi que d’autres, que j’ai évoqués au cours des conférences, seront donc certainement reçus tôt ou tard comme science véritable, alors qu’on combattra à coup sûr très bientôt le caractère scientifique de la science de l’esprit, d’une façon terrible, avec une intensité qu’actuellement vous ne pouvez pas encore imaginer.

Il faut regarder tout cela avec discernement. Cela est d’autant plus nécessaire que les faits en questions se trouvent justement sous la surface de la réalité extérieure apparente. Pour en avoir une vue pénétrante, il faut la bonne volonté de suivre vraiment, à l’aide de la raison et du sain entendement humain, les recherches effectuées par la science de l’esprit.
Il faut que les courants opposés, les polarités, soient maintenus en équilibre. Cela ne peut se faire que si des influences nouvelles interviennent en permanence dans les événements terrestres, influences qui proviennent directement du monde spirituel, c’est-à-dire si des faits nouveaux, concernant le monde, sont sans cesse révélés par l’esprit.

A Rome, un jour que l’on traîna vers moi un jésuite, j’eus un entretien avec lui, bien que je fusse convaincu de l’inutilité de cette entrevue de ces efforts faits au nom de l’amour du prochain ; mais ces choses se produisent alors pour d’autres motifs ; là aussi, il est nécessaire de regarder la réalité véritable, et non l’apparence extérieure. Je tentai d’expliquer à ce jésuite que premièrement, lui-même doit admettre que le monde suprasensible s’est révélé au cours du Mystère du Golgotha et à travers ce qu’en ont écrit les évangélistes inspirés, que l’église catholique, à laquelle, en tant que jésuite, il devait bien prêter foi, admet une évolution continuelle de la vie spirituelle par l’intermédiaire de ses saints. Il me répliqua, ce qui allait de soi : "oui, tout cela est exact, mais c’est terminé ; on n’a pas le droit d’amener cela volontairement. Aujourd’hui, la décision volontaire de travailler pour accéder à la vie spirituelle est une entreprise diabolique ; il est permis d’étudier le Mystère du Golgotha, les Evangiles, la vie des saints, mais il n’est pas permis, si l’on ne veut pas tomber au pouvoir de puissances démoniaques, d’essayer d’entrer en relation immédiate d’une manière quelconque avec le monde spirituel."

Cela va de soi que les représentants de ces milieux-là tiennent de tels propos. Je pourrais vous citer de nombreux exemples similaires.


Dernière édition par obsidienne le Lun 6 Mar - 0:31, édité 3 fois
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Re: Rudolf Steiner : La polarité entre l’Eternel et l’Ephémère dans l’être humain

Message par obsidienne le Lun 6 Mar - 0:14

Certains cercles mènent une lutte acharnée contre l’afflux continuel de vérités spirituelles nouvelles. Par exemple, l’église catholique romaine redoute terriblement le spiritisme – qui certes ne nous est pas sympathique – parce que ne voulant rester que dans ses anciennes traditions elle vit dans la peur que le monde spirituel ne communique par un médium une vérité quelconque, inadmissible. Et elle a peur du spiritisme, parce qu’il a des fondements matérialistes et qu’il peut recruter facilement des disciplines – ce qu’elle peut recruter facilement des disciples – ce qu’elle croit depuis des décennies – du fait que, par une voie détournée, puissent filtrer certaines choses émanant du monde spirituel dans le monde que veut justement dominer l’église catholique romaine.

Or, vous savez que dans les années soixante-dix, en 1879, présenta pour le monde spirituel la possibilité d’exercer une influence considérable, profonde. J’ai souvent décrit ce combat spirituel qui avait eu lieu auparavant dans les mondes spirituels, et qui pénétra dans l’ordre terrestre, l’ordre Michaëlique. Depuis ce temps, des possibilités particulières sont offertes aux êtres humains qui le veulent, pour accueillir des vérités spirituelles.

Il ne faut pas croire que les initiés de l’église catholique romaine ignorent tout cela !

Ils connaissent ces choses, bien sûr ; mais ils leur opposent leurs barrages. Et précisément en lien avec ce fait que les mondes de l’esprit, depuis l’année 1879, stimulent tout particulièrement la vie spirituelle, l’église catholique romaine a préventivement instauré le dogme de l’infaillibilité, afin d’endiguer toute influence que pourraient exercer de quelconques vérités spirituelles nouvelles.

Bien sûr, quand il n’est permis aux gens de n’approfondir, au sein de leur conception du monde, que les messages adressés ex cathedra par Rome, à la lumière du dogme d’infaillibilité, cela constitue une digue puissante contre le flux de toutes les vérités spirituelles qui peuvent venir du monde spirituel. C’est le premier point, cet élément romain qui était né dans certaines conditions naturelles autrefois et qui en transposa la rigidité dans la tradition, la rigidité dans l’exclusion de toute substance qui aurait pu couler des mondes spirituels dans les âmes humaines.

On trouve un autre courant qu’il faut particulièrement chercher dans le centre propre à la population anglophone anglaise et américaine, apparu approximativement à la même époque que celle où se préparait à Rome le dogme de l’infaillibilité – Nous avons déjà parlé ici de ce centre occulte, dans divers contextes. De même que les principes traditionnels et faussement idéalistes entraînent une dynamique ahrimanienne dans l’homme inférieur, le matérialisme provoque, comme vous l’avez vu, un développement de nature spirituelle dans l’homme inférieur. Et bien sûr, si la tête ne nourrit pas cette sphère spirituelle avec des vérités spirituelles nouvelles qui se dévoilent de temps en temps, la sphère en question est prisonnière de forces lucifériennes, de principes lucifériens.

Le centre qui exerce une influence considérable sur la population anglo-américaine – c’est la meilleure façon de formuler la chose – aspire principalement à compter avec l’autre pôle. La maçonnerie occulte qui est ancrée dans ce centre, d’où elle exerce une influence considérable sur le cours de la culture extérieure de tout le monde civilisé, soutient – et en toute connaissance de cause – le matérialisme, de même que Rome l’a encouragé en instituant l’infaillibilité du pape.

Par ce dogme, Rome a voulu édifier une digue contre l’afflux de vérités provenant des mondes spirituels ; ce centre soutient consciemment dans le monde culturel actuel, l’expansion du matérialisme, par la propagation de représentations matérialistes par le biais d’une façon de vivre plus ou moins matérialiste. Et la particularité de ce phénomène, c’est qu’en général, quand les initiés anglo-américains parlent de Rome, ils disent des choses exactes ; ils ont beau maugréer à l’encontre de Rome, ils disent la vérité à son sujet. Mais ils savent aussi qu’il existe une vie spirituelle capable d’exercer une influence continuelle, mais ils tiennent cela secret et ne le laissent passer dans la civilisation que par des canaux inconnus.

Et la population non anglophone au sein du monde civilisé a reçu en abondance, dans les dernières décennies – on peut dire dans le dernier demi-siècle – ce que ce centre a diffusé. Car les autres cultures ne sont nullement, dans leurs structures actuelles, des cultures originales, mais elles sont amplement nourries par la tendance matérialiste qui provient de ce centre.

Et quand Rome parle à son tour de ce centre, de la franc-maçonnerie occulte, des ordres maçonniques, elle dit des choses justes. On peut donc dire : Rome dit des choses justes, la franc-maçonnerie occulte des pays occidentaux dit aussi des choses justes. C’est justement là la difficulté : ces courants, en réalité, peuvent pousser fortement l’être humain soit du côté luciférien, soit du côté ahrimanien, mais dans ce qu’ils disent, on ne peut pas les attaquer, parce qu’ils disent des choses exactes. Quand ils parlent des autres, ils disent des choses justes !

C’est un fait auquel il convient d’accorder la plus grande attention, au sein des tendances culturelles actuelles. Car l’humanité actuelle n’est pas encline à regarder l’évolution probable d’une chose quelconque : elle préfère s’en tenir aux mots des propagandes de tout genre. Mais justement, ce ne sont pas les mots de telle ou telle propagande qui importent : le matérialisme du monde des représentations devrait matérialiser aussi la nature inférieure de l’homme ; or il la spiritualise. Et ce qui devrait importer, c’est de rendre l’homme plus moral par un idéalisme abstrait, qui parle de toutes sortes d’idéaux moraux magnifiques ; mais, au sens figuré, excusez-moi, on le rend gras on le matérialise dans sa nature inférieure ; on l’émousse, on l’endort.

Et tandis que d’un côté il y a la forte tendance à enfermer l’être humain dans une sclérose ahrimanienne, ce qui est particulièrement une tendance jésuite, il y a de l’autre côté la tendance marquée à placer les entités lucifériennes au service de l’ordre du monde matérialiste afin que, justement par le matérialisme, surgisse une spiritualité, une spiritualisation d’orientation luciférienne.

Précisément, il ne suffit vraiment pas de regarder ce qui se passe à la surface, de prendre au mot tous les discours mais il faut pénétrer jusqu’à la réalité véritable qui – comme l’ont montré nos exemples d’aujourd’hui, aussi paradoxaux semblent-ils – vise souvent l’exact contraire de ce qu’une observation superficielle de la maya nous porterait à croire.

Actuellement, dans de multiples directions, un travail s’effectue dans le monde, obéissant au principe des ordres occultes, mais la chose est tenue secrète. Rome travaille selon un ordre occulte, de même que cet autre centre dont j’ai parlé. Mais leur pouvoir réside dans le fait que les hommes sont maintenus dans la confusion et qu’il ne leur est pas dit ce qui se passe vraiment.

D’où la haine et l’hostilité à l’égard de ceux qui viennent vous dire ce qui se passe. Et il existe une naïveté particulièrement néfaste : c’est la naïveté dans laquelle se bercent bien des personnes, cette naïveté qui croit toujours que l’on arrive à quelque chose auprès des courants que j’ai évoqués, quand on leur montre que notre science spirituelle conduit à une belle conception du Christ Jésus – ou des choses de ce genre – quand on leur montre que l’on trouve les vérités les plus profondes de la science de l’esprit dans le christianisme véritable. Il est naïf de croire gagner certains cercles en leur montrant qu’on a une vérité qu’ils devraient en réalité reconnaître, s’ils étaient conséquents avec tous leurs principes. C’est justement cela qui déclenche l’hostilité !

Plus nous montrons dans certains cercles que nous avons la vérité, plus l’hostilité grandit et plus cette vérité s’avère opérante, plus l’hostilité se manifestera avec rigueur.
Ces temps derniers, on a attendu le moment où les livres anthroposophiques connaissent une plus large diffusion, où des milliers et des milliers de gens entendent parler de l’anthroposophie, pour y lancer, d’un certain côté, des attaques, non par crainte qu’elle répande des mensonges, mais parce qu’on redoute qu’elle dise la vérité. C’est ce qu’il faut bien voir. Dans nos milieux, nous ne devrions cultiver la naïveté en aucune manière, mais bien plutôt une connaissance pénétrante, une observation des événements dépourvue de préjugés, sans parti pris.

J’aimerais que vous emportiez de cette conférence une impression de cela ; car je répète ce que j’ai dit au début de la conférence d’aujourd’hui : ce ne sont pas les détails qui importent, ce qui importe, c’est que nous recevions une impression générale de l’esprit qui traverse ces conférences, et que nous devenions de plus en plus capables de nous inscrire dans la culture et la vie actuelle comme doit le faire aujourd’hui tout homme véritablement éveillé, tout homme qui ne dort pas.
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