Rudolf Steiner : Chemin vers l’initiation

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Rudolf Steiner : Chemin vers l’initiation

Message par obsidienne le Mar 7 Fév - 11:13

Extrait du livre de Rudolf Steiner : Etres universels et Essence du Moi.

Septième Conférence – Berlin, 18 juillet 1912.

Chemin vers l’initiation

Un premier regard posé sur la réalité environnante telle qu’elle se montre à la raison et à l’entendement humain fait apparaître autour de nous quelque chose qu’on peut appeler approximativement, par analogie, sous forme imagée – c’est le mode d’expression que nous commencerons par adopter aujourd’hui – un vaste cosmos. Nous nous en faisons des concepts, des idées, nous nous représentons ce qu’il est, comment il fonctionne, et les rapports que nous entretenons avec ce qui se passe dans ce cosmos jusque dans le détail, font naître en nous, à l’égard de ceci ou de cela, certaines sympathies et antipathies qui ensuite suivent leur cours dans notre vie affective. Notre volonté nous pousse à agir nous-mêmes de telle ou telle manière et c’est ainsi que nous intervenons dans le mouvement qui règne au sein de ce cosmos.

Quand on parle ainsi de cosmos, on commence par se représenter que ce cosmos est constitué de parties séparées et on considère bien entendu séparément les parties et puis encore les parties des parties, jusqu’à ce que l’observateur en arrive à ce qu’il appelle les parties les plus petites, à la molécule, aux atomes, dont je vous ai bien dit que personne ne les a vraiment perçus, qu’il s’agit d’une hypothèse, mais en un certain sens une hypothèse légitime à condition de savoir qu’il s’agit d’une hypothèse.

Bref, on considère ce que par comparaison on peut appeler cosmos comme étant constitué de parties, de membres, ce en quoi on n’a pas tout à fait tort, et on s’arrête là, on ne cherche pas à se représenter ce que sont ces membres et, à première vue, ce n’est pas plus mal.

Car les hommes qui continuent à poursuivre des chimères en parlant de l’atome, allant même à évoquer à propos de l’atome des chimères encore pires, ces hommes-là parlent du néant ; car déjà l’atome par lui-même est une hypothèse. Et entasser hypothèse sur hypothèse, c’est bien entendu édifier les châteaux de cartes, que dis-je, même pas des châteaux de cartes car là il reste au moins les cartes, tandis qu’en spéculant sur l’hypothèse on n’a plus rien. Il vaudrait beaucoup mieux, en partant d’une perspective proposée par la science de l’esprit, admettre que dès l’instant où on veut savoir à quoi s’en tenir sur l’attitude qui consiste à considérer d’abord le cosmos environnant comme je viens de l’indiquer, il faut adopter un autre point de vue. Celui-ci serait par rapport à notre point de vue de tous les jours, lequel est aussi celui de la science ordinaire, comme ce que ce point de vue de tous les jours, ordinaire, serait par rapport à la vie des rêves.

L’homme voit des images, en rêve, et dans les images qu’il voit il peut avoir tout un monde. Après quoi il s’éveille. Il sait, et il ne le doit pas à une théorie – car aucune théorie ne permet de distinguer le rêve de ce qu’on nomme la « réalité quotidienne » - mais à la vie, il sait qu’il n’a plus en face de lui les images de son rêve mais de ces réalités qui le bousculent, le contraignent et l’oppressent. C’est la vie tout court qui le lui dit. D’autre part, le fait est que nous pouvons nous réveiller de ce vécu quotidien qu’il faut bien nommer « rêve de vie », quoique par analogie seulement, et à ce moment-là seulement avoir devant nous une réalité supérieure, la réalité de l’esprit. D’autre part encore, seule la vie peut permettre de distinguer cette réalité supérieure de l’esprit de la réalité du quotidien, comme seule la vie peut permettre de distinguer la réalité quotidienne du rêve et de ses images.

Mais quand on entre dans le monde que nous décrit, n’est-ce-pas, la science de l’esprit, que la science de l’esprit nous amène à saisir, alors –on peut bien sûr se faire des idées différentes sur la façon de situer par comparaison la réalité spirituelle vis-à-vis de la réalité ordinaire, mais je veux aujourd’hui me servir d’une image spéciale – alors tout se présente de la façon suivante : Figurons-nous que nous contemplons une maison faite de briques assemblées. Assurément, lorsque nous contemplons la maison, c’est d’abord un assemblage de briques que nous voyons.

Dans un premier temps, notre vision de la maison ne peut aller au-delà des briques isolées. Mais admettons que la maison ne soit pas faite de briques communes, mais que chaque brique soit elle-même une merveille d’architecture et qu’on ne voie, en regardant la maison avec l’œil de tous les jours, que les briques précisément et leur forme de parallélépipède, telle qu’en fait on la voit sans soupçonner un seul instant que chaque brique est par elle-même pour ainsi dire un petit chef-d’œuvre.

Ainsi en va-t-il du cosmos. Il nous suffit d’en extraire un détail, celui-là même qui saute aux yeux comme le plus compliqué, disons l’homme. Dites-vous que l’homme lui-même, parce qu’il est une partie du cosmos, se présente à nous à son tour comme fait de parties assemblées : tête, membres, organes des sens, etc.

Pensez à la peine que nous nous sommes donnée au fil du temps pour en comprendre tour à tour chacune des parties en nous aidant du monde spirituel. Il n’est que de vous rappeler ce que nous avons dit naguère encore : ce qui, chez l’homme, est tête nous renvoie à ses incarnations précédentes ; ce qui est aujourd’hui son corps ressortit à l’incarnation présente et porte en lui les éléments qui donneront la tête dans la prochaine incarnation. Quant à sa forme, notre tête nous renvoie à de précédentes incarnations.

Rappelez-vous autre chose. Rappelez-vous que nous avons tout récemment parlé de douze sens et que nous avons mis en rapport ces douze sens, que l’homme porte en lui, avec les douze forces qui correspondent aux douze constellations du zodiaque. Nous avons dit que nous portons en nous, à l’échelle microcosmique, le macrocosme avec ses forces qui agissent directement à partir des douze constellations. Chacune de ces forces est différente, autres sont les forces du Bélier, autres les forces du Taureau, autres les forces des Gémeaux, etc, comme la capacité de perception de l’œil diffère de la capacité de l’oreille, etc.

Douze sens correspondent aux douze constellations du zodiaque. Mais elles ne se contentent pas de leur correspondre. Ne savons-nous pas que les bases des organes sensoriels humains ont été jetées dès l’ancien Saturne, ont continué à se mettre en place pendant la période du Soleil, de la Lune et jusqu’à celle de la Terre dans laquelle nous sommes ?

C’est seulement pendant notre période Terre que l’homme, et avec lui ses sens, est devenu un être replié sur lui-même, tel qu’il nous apparaît. Il était beaucoup plus ouvert aux vastes étendues du cosmos auparavant, à l’époque de la Lune, du Soleil et de Saturne. Pendant ces trois périodes, qui ont précédé celle de la Terre, les forces des douze signes du zodiaque agissaient vraiment en pénétrant notre entité humaine. Pendant que nos sens se mettaient en place, les forces du zodiaque agissaient sur eux. Quand nous disons que les sens correspondent aux forces du zodiaque, il ne s’agit pas seulement de correspondre mais d’aller chercher les forces qui les ont installés en nous. Nous ne parlons pas à la légère de quelque correspondance entre le sens du moi et le bélier, ni entre les autres sens et tel ou tel signe du zodiaque, mais si nous en parlons c’est parce que, pendant les stades qui ont précédé notre planète Terre, les sens de l’homme n’étaient pas encore élaborés de façon à avoir une assise dans son organisme et à appréhender le monde extérieur. Ce sont les douze forces qui sont à l’origine de leur imbrication dans son organisme.

Nous sommes construits à partir du cosmos et, par conséquent, ce que nous étudions quand nous étudions les organes sensoriels humains, ce sont les forces qui embrassent l’univers et qui ont œuvré en nous pendant un nombre incalculable de millions d’années pour produire une à une ces merveilles de l’organisme humain que sont les yeux et les oreilles.

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Re: Rudolf Steiner : Chemin vers l’initiation

Message par obsidienne le Mar 7 Fév - 11:15

On peut vraiment dire que nous étudions les parties de l’organisme en fonction de leur contenu spirituel comme s’il nous fallait étudier brique par brique une maison que nous contemplons, en fonction de sa construction ingénieuse.

Je pourrais encore proposer une autre image : supposons que nous ayons devant nous une structure quelconque, ingénieusement constituée de rouleaux de papier superposés. Nous pouvons, dans un premier temps, n’est-ce-pas, décrire l’ingénieuse superposition de rouleaux que nous avons là : certains rouleaux sont debout, les autres sont de biais et le tout, ingénieusement assemblé, donne une structure, quelle qu’elle soit.

Mais figurez-vous qu’au lieu d’avoir une simple superposition de rouleaux de papier on ait peint à l’intérieur de chaque rouleau un tableau splendide. Nous n’en saurions rien si nous regardons ces papiers enroulés avec leurs tableaux du côté intérieur. Et pourtant ils y sont ! Et il a fallu que les peintures soient là avant que la structure ait pu naître.

Mais supposez que les choses se passent comme ceci : nous ne bâtirions pas l’ingénieuse structure en empilant les rouleaux de papier, mais il faudrait que ceux-ci s’empilent tout seuls pour la bâtir. Bien entendu vous ne pouvez pas vous imaginer, et vous avez tout à fait raison, qu’elle se construise toute seule par étages successifs, personne ne le peut ; mais admettons que, du fait qu’il y a des tableaux peints sur tous les rouleaux, ceux-ci aient le pouvoir de s’empiler tout seuls et vous avez là la vivante image de notre édifice universel. Les tableaux peints sur les rouleaux, je peux les comparer à tout ce qui s’est passé à l’époque de Saturne, du Soleil et de la Lune, aux secrets qui ont été occultés à l’intérieur de chacune des parties qui constituent notre édifice universel.

Mais ce ne sont pas des tableaux inertes qui édifient ce qui doit exister sur la terre, ce qui doit exister sur notre plan physique, ce sont des forces vivantes, et nous extrayons ce qui ingénieusement se cache parmi les couches superposées que constitue devant nous en quelque sorte chacun des rouleaux de l’édifice universel qui nous est décrit par la science officielle, à quoi nous sommes confrontés dans notre vie publique. Mais si votre pensé va jusqu’au bout de l’image – j’ai longtemps réfléchi pour trouver une image qui corresponde le mieux possible aux faits ; c’est l’image de ces rouleaux qui contiennent des tableaux vivants, dynamiques – vous vous apercevrez que nul œil humain, en s’arrêtant sur l’amoncellement qui lui fait face, ne peut d’emblée soupçonner la présence des tableaux qu’il renferme. Si c’est vraiment un artiste qui a conçu la structure, nous en aurons une description vraiment artistique, mais dans la description rien n’apparaîtra des tableaux qui sont à l’intérieur.

Voyez-vous, c’est ainsi qu’il en va de la science officielle. Elle décrit cet ingénieux édifice, mais elle n’accorde aucune attention aux tableaux qui sont sur chacun des rouleaux. Mais si votre pensée va jusqu’au bout de la comparaison, il vous faut encore envisager quelque chose de tout à fait différent. Se pourrait-il que tout le zèle qui s’emploie à décrire cet ingénieux assemblage de rouleaux, sans parler de donner vraiment une description de ce qui décore chacun des rouleaux, en ait ne fût-ce que le pressentiment, alors que justement tout es enroulé et constitue l’édifice ? c’est tout à fait impossible.

En ce sens, il faut bien voir également que la science ordinaire ne peut avoir aucune idée, ni de près ni de loin, de l’esprit qui fonde notre édifice universel. C’est ce qui explique qu’on ne puisse pas concevoir la science de l’esprit comme un prolongement immédiat de ce que l’on apprend par la science ordinaire, il y faut encore autre chose : quelque chose qui, somme toute, n’a absolument rien à voir avec la science ordinaire. Car figurez-vous un instant que vous avez devant vous ces rouleaux superposés : il y a moyen d’en donner une description excellente, on y découvrira encore de très belles choses, par exemple que certains rouleaux sont posés plus ou moins de biais, que d’autres présentent un arrondi et ainsi de suite, tout cela joliment décrit.

Mais on ne peut découvrir qu’à l’intérieur de chaque rouleau il y a un tableau, à moins d’en sortir un et de le dérouler. Cela n’a rien à voir du tout avec la description des étages superposés. En d’autres termes, il faut que vienne s’adjoindre à l’âme humaine un élément exceptionnel si l’âme veut sortir de la conception habituelle du monde telle que la propose aujourd’hui la science ordinaire pour entrer dans une perspective de science spirituelle, il faut que l’âme se saisisse d’un élément exceptionnel. Voilà ce que la culture ambiante, plongée dans le matérialisme, a tant de mal à comprendre aujourd’hui et dont il faut pourtant retrouver le concept tel qu’on l’a eu dans les civilisations les plus diverses où la vision physique du monde était encore transcendée par une vision spirituelle.

On ne doutait pas jadis que ce qu’on doit savoir du contenu spirituel du monde repose sur une âme particulièrement imbue de spiritualité. Aussi ne parlait-on pas seulement d’esprit scientifique, mais d’initiation entre autres termes, et on avait raison. Soyons bien certains d’une chose, c’est là la perspective juste.

Je vais encore vous apporter une autre comparaison qui, si votre pensée la poursuit jusqu’au bout, peut vous rendre la chose tout à fait claire. C’est même une comparaison tirée d’anciennes traditions de la science de l’esprit. Voyez-vous, en termes de science de l’esprit, on parle avec juste raison de « lecture occulte du monde ». Ce que fait la science ordinaire n’est pas une « lecture du monde ».

Si vous prenez une page d’un livre ou d’un écrit, que vous ne sachiez pas lire et que vous n’ayez jamais entendu parler de lecture – bon ! admettez que sur cette page il y ait, voyons, une scène du « Faust » de Goethe – vous ne pouvez évidemment pas savoir ce que contient cette page, mais vous pouvez décrire les traits des caractères, voilà ce que cela donne : En haut il y a une sorte de crochet, puis un trait droit de haut en bas, suivi d’un trait oblique. Vous pouvez décrire les lettres une par une, vous pouvez aussi décrire la façon dont les lettre se rattachent l’une à l’autre. Vous obtiendrez une description. C’est une description de cet ordre que donnent aujourd’hui les sciences de la nature, par exemple, de la réalité physique extérieure, ou encore l’histoire telle qu’elle nous est proposée aujourd’hui, mais au total ce genre de description ne donne pas une lecture.
Cela dit, vous pouvez vous poser la question : y-a-t-il aujourd’hui un endroit au monde où on apprend à lire en se mettant en face d’une page sans la moindre idée de ce qu’il faut faire pour lire et en comptant sur la forme des lettres pour découvrir ce qui est écrit ?

Personne aujourd’hui, vous en conviendrez, n’apprend à lire de cette façon tout de même ! La lecture nous est transmise dans notre enfance. Nous n’apprenons pas à lire en apprenant à décrire la forme des lettres, nous apprenons à lire du fait que nous est transmis un élément spirituel, que nous sommes spirituellement incités à la lecture. Il en a toujours été de même pour tout ce qu’on appelle les degrés inférieurs et supérieurs de l’initiation.

L’initiation ne consistait pas à apprendre aux âmes à décrire ce qui leur est extérieur, mais à lire dans ce qui leur est extérieur, à décrypter le sens du monde.

Voilà pourquoi on a donné, à juste titre et pour cause, le nom de « verbe » au spirituel contenu dans le monde, parce que le monde demande à être lu si on veut le comprendre selon l’esprit. Et quant à la lecture, elle ne s’apprend pas en apprenant la forme des lettres, mais en répondant à un appel de l’esprit.
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Re: Rudolf Steiner : Chemin vers l’initiation

Message par obsidienne le Mar 7 Fév - 11:17

Le but que je me fixe toujours en exposant les choses comme j’ai accoutumé de le faire à l’intérieur de nos milieux est d’une importance capitale. Rappelez-vous les messages multiples qui reviennent ainsi dans nos conférences et vous ne manquerez pas de vous apercevoir que j’essaie, dans toute la mesure du possible, d’avoir recours à des images.
Aujourd’hui aussi j’ai encore une fois recours à des images et seules les images permettent une introduction à l’esprit. Et dès l’instant où l’on comprime par trop les images dans des concepts, dont la valeur est effectivement limitée au plan physique, les images ne recouvrent plus ce qu’elles doivent spécifiquement recouvrir.

Mais l’homme moderne se condamne à une sorte de désarroi parce qu’il est incapable de saisir ce qui lui est donné en images de façon à en recevoir une vraie réalité. L’image elle-même, il ne sait pas la penser autrement qu’en termes matérialistes.

Dès que nous entrons dans les civilisations un tant soit peu plus primitives, nous voyons que nos concepts modernes n’y existaient pas, mais qu’on pensait au contraire uniquement en images et qu’on exprimait ses vérités au moyen d’images. Si vous prenez les civilisations orientales d’Asie, qui relèvent de l’atavisme, d’une survivance du passé, vous vous apercevrez que, partout, quand les gens, aujourd’hui encore, veulent donner toute son importance à une pensée profonde, ils s’expriment en images, mais en images qui ont valeur de vérité pleine et entière.

Prenons un exemple où l’image a effectivement valeur de vérité immédiate, on aimerait dire de vérité primitive. Ce nonobstant, l’Européen aura toutes les peines du monde à comprendre l’Asiate qui a gardé une façon plus ancienne, atavique, de se représenter la réalité ; il le comprendra d’une façon trop primitive.

Dans une petite merveille de nouvelle asiatique se trouve l’histoire que voici : il y avait un jour un couple qui avait une fille. La fille grandit, on l’envoya à l’école dans la capitale, car elle se montrait particulièrement douée ; sa scolarité achevée, elle rentra chez elle et elle épousa un négociant que connaissait son père. Elle en eut un fils et mourut lorsque l’enfant eut quatre ans. Le lendemain de l’enterrement de sa mère, l’enfant dit tout à coup : « La mère est montée au premier étage par l’escalier, vous la trouverez là-haut ». Et prie toute la famille de monter l’escalier. Il faut bien entendu se projeter par la pensée dans l’âme orientale pour comprendre la suite car, bien que je raconte une histoire qui ne s’écarte pas d’un pouce de la réalité, l’Européen, lui, si un petit Européen de quatre ans, dont la mère a été enterrée la veille, disait qu’elle est montée par l’escalier et si on montait l’escalier avec une bougie pour jeter un coup d’œil à un premier étage inhabité, ne trouverait rien, bien entendu. On n’accorderait bien entendu aucun crédit à la chose. Il faut par conséquent pouvoir en l’occurrence s’introduire par le sentiment dans l’âme asiatique. La famille monta donc à l’étage, le bougeoir à la main, et on trouva effectivement l’ombre de la mère debout devant al commode qu’elle fixait intensément. Les tiroirs de la commode étaient fermés à clé et la famille se dit- à juste titre d’après sa façon de voir – qu’il devait y avoir dans la commode quelque objet de nature à troubler l’âme. On vida la commode et on porta les objets qui s’y trouvaient au temple afin qu’ils y soient sous bonne garde. C’est le bon moyen, n’est-ce-pas, pour les soustraire au monde. Ainsi, croyaient-ils, l’âme cesserait maintenant de venir parce que ils le savaient, cela ne se peut pas ; une âme comme celle-là ne revient que si quelque chose la retient encore. Et pourtant elle vînt ! Chaque soir, quand on remontait voir, elle était là. Alors on alla voir un sage gardien du temple qui se rendit sur place et dit qu’il ne fallait pas le déranger pendant qu’il réciterait ses soutras. Et quand vint l’ « heure des soutras » - c’est-à-dire en Orient l’intervalle entre minuit et deux heures – voilà la femme de retour, qui regardait fixement un endroit de la commode. Et lui de demander s’il y avait là quelque chose. Elle lui fit comprendre par le geste que, oui, il y avait là quelque chose. Il ouvrit le premier tiroir – rien, le deuxième tiroir – rien, le troisième, le quatrième tiroir –rien. Et voilà qu’il lui vint à l’idée de soulever aussi le papier dont on avait tapissé les tiroirs. C’est alors qu’il trouva, entre le papier et le fond du dernier tiroir, une lettre. Il promit que personne n’apprendrait l’existence de cette lettre, qu’il la brûlerait dans le temple. Ce qu’il a fait ; et la femme ne revint pas.

Or, ce récit oriental concorde en tous points avec la vérité, il est l’expression de la réalité. Si l’on essayait de présenter la chose dans les limites de concepts européens, cela aurait bien du mal à passer. Et d’un autre côté, l’Européen, d’aujourd’hui a encore des notions trop grossières. Il pense que, pour que quelque chose soit vrai, il faut que tout le monde le voie. L’Européen n’a en tout en pour tout que l’alternative suivante : ou bien tout un chacun voit une chose et c’est une réalité, ou bien tout le monde ne la voit pas et c’est subjectif, donc cela n’a rien d’objectif. On oublie que la différence entre « subjectif » et « objectif » n’a aucun sens dès l’instant où on entre dans le monde spirituel, elle n’a de sens que pour le monde physique. Rien ne permet de dire qu’une chose n’est pas objective du seul fait que les autres ne la voient pas.

Maintenant, vous pouvez dire que ces choses-là existent aussi en Europe. Oui, elles existent aussi chez nous, mais l’Européen est content lorsqu’il peut dire : c’est une fiction, bien sûr, et on n’est pas forcé d’y croire. C’est justement parce qu’on n’exige pas des gens qu’ils y croient qu’il est tellement plus facile de parler du monde spirituel dans des récits de fiction. De plus, ils se satisfont parfaitement de ne surtout pas avoir à croire ce qu’on y dit. Et quand on fait valoir qu’il s’agit d’une nouvelle, l’objection ne tient pas, car il faut en l’espèce tenir compte du fait que l’Européen ne peut guère comprendre l’Asiatique quand celui-ci s’exprime sous cette forme. Ce que l’Européen nomme, chez lui, nouvelles, ce qu’il appelle son art, est pour l’Asiate un amusement superflu au dernier degré, à ses yeux ce n’est rien. A la vérité, il ne fait que se divertir à l’idée qu’on raconte des choses qui n’ont aucune existence.

L’Asiate pur sang ne comprend pas cela. Dans ses œuvres d’art, comme on les appelle, il ne raconte que ce qui existe réellement, en tous cas dans le monde spirituel, dirons-nous. C’est là une différence profonde entre la vision du monde des Européens et celle des Asiates. Que nous écrivions en Europe des nouvelles où nous racontons des choses qui n’existent même pas, c’est aux yeux des Orientaux une occupation superflue au dernier degré. Notre art dans son ensemble est à vrai dire une occupation assez superflue pour une mentalité réellement orientale. Et l’art qui nous vient d’Asie, il nous faut exclusivement le comprendre comme issu d’une conception encore nourrie d’imaginations de la réalité spirituelle, faute de quoi nous ne comprenons pas du tout ce qui nous parvient de ce côté-là. Nous autres, Européens, nous prenons notre revanche, ajoutons-le, en mesurant les récits asiatiques non pas à l’aune de l’Asie, mais à celle de l’Europe, et en disant : C’est bien cela, une fiction échevelée, une imagination débridée ; c’est de l’extravagance, une imagination fertile à l’orientale !

Tout compte fait, il faut donc beaucoup parler en images et c’est de ce mode d’exposition qu’il est question. Ainsi faudra-t-il petit à petit réapprendre qu’il faut beaucoup parler en images. Je sais bien, si aujourd’hui nous ne devions parler qu’en images, ce serait aller à contre-courant de la culture européenne, et cela nous ne le pouvons pas. Mais ce que nous pouvons faire, c’est faire passer en quelque sorte la pensée ordinaire, qui de toutes façons n’est destinée qu’au plan physique, dans la pensée sur le monde spirituel et ensuite dans le mode imagé, dans la pensée qui prend naissance sous l’impulsion du monde spirituel. C’est également dans ce sens qu’il faut comprendre les choses lorsque par exemple j’essaie de dire : le naturaliste dessine une image du monde et s’il pense que cette image est le reflet de la réalité, il commet l’erreur que commettrait un peintre en s’imaginant pouvoir peindre un tableau dont le sujet sortirait pour venir à sa rencontre et se promènerait de long en large dans l’atelier. Ma présentation bascule – vous pouvez voir dans mon dernier livre « L’homme une énigme » du mode logique au mode imagé. De toutes façons, si la science de l’esprit doit véritablement entrer dans la vie des Occidentaux, il faut que les choses soient présentées dans ce style. Le comprendre est une nécessité vitale.
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Re: Rudolf Steiner : Chemin vers l’initiation

Message par obsidienne le Mar 7 Fév - 11:20

Une thèse de philosophie qui voudrait aujourd’hui reprendre le même propos amènerait d’innombrables enchaînements logiques, peaufinerait les concepts les plus sophistiqués, mais elle évoluerait dans le sens de ce qui se dirige aujourd’hui vers la mort, qui n’est plus vivant et qui est fait exclusivement pour comprendre la stratification extérieure des rouleaux et non pas les peintures qui vivent sur la face interne de chaque rouleau. Ces choses ne revêtent de signification qu’à partir du moment où nous nous tournons vers la vie elle-même, car c’est par là que nous apprenons à comprendre la vie. Les preuves qu’on dit logiques, au sens habituel du terme, il faut qu’elles commencent par se rendre vivantes si l’on veut comprendre de façon vivante les données de la science de l’esprit.

Prenons un cas : aujourd’hui, certains sont mélomanes, d’autres ne le sont pas. Or chacun sait qu’il y aune différence considérable entre qui est mélomane et qui ne l’est pas. On peut même dire, quand on considère les choses d’une certaine façon que, vu dans la perspective de l’âme, un individu mélomane n’est pas du tout le même qu’un autre qui ne l’est pas. Ne voyez pas là une critique des individus qui ne sont pas mélomanes, mais une constatation d’un certain fait. En d’autres termes, c’est une expérience que nous faisons au cours de notre vie.

Nous rencontrons dans la vie des mélomanes et d’autres qui ne le sont pas. C’est une première chose. Maintenant, celui qui considère la vie d’un peu plus près mettra peut-être un certain temps avant de tomber sur ce mot de Shakespeare ! « L’homme qui n’a pas la musique en lui est propre à la trahison, au meurtre et à la perfidie ; ne vous fiez pas à ses pareils ». Comme je l’ai dit, ce n’est peut-être pas toujours le cas, mais il y a également une certaine différence au demeurant dans la disposition de l’âme entre les mélomanes et ceux qui ne le sont pas.

On voudrait malgré tout comprendre d’où vient que circulent parmi nous des mélomanes et des non mélomanes. Si vous consultez la science de l’âme, qui emboîte le pas aux sciences de la nature, je ne crois pas que vous trouviez grand-chose qui puisse mettre en lumière pourquoi telles personnes sont mélomanes, telles autres pas. Et d’ailleurs c’est bien ainsi, car si cette science de l’âme calquée sur les sciences de la nature fournissait des éclaircissements sur la raison pour laquelle tel homme est mélomane, tel autre pas, si précisément elle entrait dans des subtilités pareilles, il ferait beau voir le résultat !

Mais voici que nous trouvons une autre différence entre les hommes. Nous trouons des hommes qui en quelque sorte traversent la vie sans que les touche vraiment ce qui se passe autour d’eux tandis que d’autres traversent la vie l’âme tellement ouverte qu’ils sont fortement touchés par ce qui se passe autour d’eux et ressentent fortement qui la joie, qui la douleur, qui la gaieté, qui la tristesse. Il existe aussi de ces différences. Certains restent de marbre, d’autres partagent en quelque sorte les joies et les peines du monde entier. Il y a des hommes auxquels il suffit d’entrer dans une pièce où il n’y a pas trop de monde pour avoir au bout de peu de temps un certain contact avec leurs semblables du fait qu’ils ressentent ce que ressentent les autres, tout de go, grâce à d’indicibles impondérables, comme on dit. Il y en a d’autres qui coudoient beaucoup de monde mais ne font vraiment connaissance avec personne parce qu’ils n’ont pas ce don dont je viens de parler. Ils vont jusqu’à juger leur prochain d’après eux-mêmes, eh bien, c’est qu’il est à vrai dire quand même plus ou moins mauvais. Mais il y a d’autres hommes qui se mettent à la place de chacun et partagent ce que vit l’autre. Ce sont les mêmes qui d’habitude s’intéressent aux animaux, au moindre hanneton, au moindre moineau, et qui peuvent se réjouir de ce qui se passe ici et s’affliger de ce qui passe là.

Faites attention au nombre de fois où il arrive dans la vie, particulièrement à un certain âge, qu’un jeune homme se réjouisse de tout et de rien, tantôt ravi jusqu’au septième ciel, tantôt triste à mourir, tandis que l’autre dit ! Pauvre imbécile, tu ne vois pas qu’au fond tout cela revient au même ! Oui, ces deux espèces d’hommes existent. Bien entendu, ces deux qualités sont plus ou moins développées, il n’est même pas nécessaire qu’elles apparaissent au grand jour, mais on peut parfaitement les esquisser.

Et puis vient l’investigateur spirituel, qui tente de réfléchir sur le monde à sa manière et qui en arrive à ceci : les mélomanes sont ceux qui, dans une vie précédente, n’ont pas eu de mal à trouver le passage de la gaieté à la tristesse, de la tristesse à la gaieté, qui ont toujours su se mettre au diapason. Cette aptitude s’est intériorisée et de ce fait à pu naître au-dedans cette capacité à se mouvoir en rythme qui produit une âme de mélomane. A l’inverse, ceux qui dans des vies précédentes sont passés à côté des événements extérieurs avec une parfaite indifférence ne deviennent pas mélomanes. Bien entendu, cela n’empêche pas qu’on puisse avoir par ailleurs des qualités hors du commun, n’est-ce-pas, on peut, disons, réformer le monde, déclencher de grands mouvements dans l’histoire mondiale.

Il y a une personnalité que vous n’êtes peut-être pas tout à fait sans connaître, à l’époque qui a vu naître la peinture de Michel-Ange, de Raphaël, une personnalité qui n’a eu d’yeux à ce moment-là que pour l’immoralité ambiante. Que Rome ait été immorale, cela ne fait pas de doute. Cette personne est passée à côté de tout le reste, qui n’était pas immoral, par exemple l’art d’un Michel-Ange, d’un Raphaël. C’était une personnalité très marquante, qui a accompli de grandes choses, un réformateur, vous la connaissez tous. Aussi ne peut-on absolument par dire que je parle ici. N’empêche, si l’on n’est pas mélomane cela tient à ce que, dans une incarnation précédente, on n’a pas été vivement frappé par ce qui est propre à frapper vivement bien des âmes. Pensez donc, comme la vie devient transparente quand on peut s’en approcher avec des connaissances comme celles-là, comme les hommes peuvent devenir compréhensibles ! Et quand on a acquis la certitude que la science de l’esprit appelle davantage en nos âmes la nostalgie d’une définition par l’image, le procédé ne laisse pas d’arrière-goût déplaisant.

Si les concepts prenaient le pas sur tout le reste et, pourquoi pas, conduisaient la science de l’esprit à s’approcher des individus un par un en les disséquant et en cherchant ce que chacun a bien pu être, quel genre d’individu dans son incarnation précédente, il faudrait alors se garder de la science de l’esprit, cela va sans dire. On ne se risquerait plus, pour ainsi dire, à se mêler aux gens, si l’on se savait ainsi analysé. Mais ce ne serait le cas que si l’on travaillait avec ce style de concept brut. Quand on s’en tient à l’image en revanche, l’image se saisit du sentiment et on finit par comprendre autrui sur le mode du sentiment, à le comprendre sans passer nécessairement par le concept. On ne se tourne vers le concept que pour exprimer une vérité universelle. Il est bon, je viens de parler dans ce sens, d’évoquer la mobilité de l’âme dans une incarnation précédente et l’amour de la musique dans une incarnation suivante, mais il serait saugrenu de rencontrer une personne mélomane et d’en profiter pour décrire la qualité de son incarnation précédente à partir de son goût actuel pour la musique. Ces vérités-là ne se révèlent qu’au coup par coup, mais ce n’est pas une raison pour les appliquer à chaque cas individuel. Voilà ce qu’il faut véritablement comprendre, mais comprendre au sens le plus profond du terme.

A ce niveau de vérités, on comprend encore, mais quand on va un peu plus loin, ce qui est destiné à ouvrir les yeux des humains peut très facilement conduire à l’anarchie. Il vous suffit de penser, ne serait-ce qu’une fois, à ce qui se produit si facilement et ne cesse de se produire et de se reproduire. On parle en général de la réincarnation. Or, il m’est arrivé de parler dans une de nos branches du rapport entre réincarnation et connaissance de soi. Il est bon de se pencher aussi sur ce thème et, dans cette branche, le jour où j’ai parlé de réincarnation et connaissance de soi, j’ai dit ceci entre autres : il est bon de s’efforcer de mettre en œuvre, pour se connaitre, certains concepts qu’on peut assimiler grâce à la science de l’esprit. J’ai donné l’exemple de notre naissance : au début de notre vie, notre karma nous place souvent parmi des personnes avec lesquelles nous étions dans une incarnation précédente, au midi de notre vie à peu près, autour de la trentaine, de sorte que notre entourage n’est pas exactement le même que lors de notre incarnation précédente. J’en ai profité pour indiquer des règles spécifiques sur la façon d’appliquer la réincarnation à la connaissance de soi, aussi bien trouverez-vous cela dans certaines conférences. Et quelle en a été la conséquence ?

La conséquence en a été un phénomène bien précis. On a pu voir tout de suite après un nombre important de personnes fonder un « Club des réincarnés » en bonne et due forme. Il s’est véritablement constitué un clan où tout un chacun s’est vanté de ce qu’il avait été dans sa vie précédente ou dans toutes ses vies précédentes.

Comme on peut s’y attendre, tous avaient été des figures de tout premier plan dans l’histoire mondiale, cela va sans dire ou presque, n’est-ce-pas, et tous avaient eu également des liens entre eux.

Le phénomène a longtemps sévi. C’est une plaisanterie qui coûte terriblement, affreusement cher, car elle contrevient en règle générale à ce que j’ai également souligné : si vraiment quelqu’un doit savoir quelque chose de son incarnation précédente, les conditions présentes ne permettent pas de le tirer de soi-même ; au contraire, c’est quelque événement ou quelqu’un de l’extérieur qui éveille l’attention. De nos jours, il est faux en règle générale d’affabuler à partir de soi-même et de poser à être ceci ou cela. Si quelqu’un doit savoir quelque chose, c’est du dehors qu’il le tient. Et ceux qui à l’époque avaient fondé ce fameux « Club des Réincarnés » auraient pu attendre longtemps une communication du dehors. Cela ne les empêchait pas d’être tous des personnages importants, les plus importants que la terre ait jamais portés !

Et quand la chose s’ébruita, comme on dit, et qu’on demanda à ces gens : D’où tenez –vous donc cela ? Voilà ce qu’ils disaient : Eh quoi, il fallait bien le faire ! Vous avez dit l’autre fois dans votre conférence qu’on est censé cultiver la connaissance de soi dans la perspective de la réincarnation et à partir de là nous nous sommes tous occupés à réfléchir sur ce que nous étions dans notre vie précédente et aux relations que nous avons eues les uns avec les autres !
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Re: Rudolf Steiner : Chemin vers l’initiation

Message par obsidienne le Mar 7 Fév - 11:23

Se pose ici la question : contre quoi péchons-nous au juste en pareil cas ? En vérité, nous péchons contre le respect qui consiste à pouvoir rester dans une juste mesure « dans l’image » ; car on ne sort de l’image qu’en cas de nécessité. Une chose est certaine, c’est que la science de l’esprit nous oblige à cultiver le respect en quelque sorte et à savoir que ces châteaux en Espagne, ce besoin de s’enfermer dans le concept, ne valent jamais rien. Cette façon de confondre dans sa pensée les affaires de la science spirituelle avec celles du plan physique ne vaut jamais rien. Dès que l’on fait sien ce respect, le fait est qu’on développe vraiment du même coup certaines qualités morales qui ne peuvent pas s’épanouir si l’on ne porte pas les choses dans son âme de la manière juste. En ce sens, la science de l’esprit n’a d’autre raison d’être que de conduire le monde moderne civilisé à s’élever sur le plan moral.

Nous, Européens, nous disons à juste titre : du fait que dans notre vie de l’esprit nous sommes à même de voir le Mystère du Christ, de ce fait nous sommes en avance sur toutes les civilisations, y compris par exemple la civilisation asiatique, orientale. Ce qu’elles savent de l’esprit n’inclut pas l’entité du Christ. Ce que pensent un Japonais, un Chinois, un Hindou, un Persan, des tenants et des aboutissants spirituels du monde ne laisse pas de place à l’entité du Christ, aussi disons-nous à bon droit que ces Asiates ont une vision du monde atavique, héritée du passé. Ils sont capables, comme dans la philosophie védique, d’atteindre des hauteurs impressionnantes dans leur appréhension du monde ; qu’ils ne soient pas en mesure de saisir le Mystère du Christ les relègue au rang de représentations ataviques, car si l’on pénètre profondément à l’intérieur d’un certain système, ce n’est pas pour autant le signe d’une élévation spirituelle particulière.

J’ai par exemple connu une personne qui fut longtemps dans nos rangs, qui de surcroît, a aussi fait partie du « Club des Réincarnés », cela me revient à l’instant même, et qui a émis d’excellentes théories sur certaines corrélations dans la vie atlantéenne. En continuant les grandes lignes générales qu’on peut trouver par exemple dans ce que j’ai écrit sur l’Atlantide, la personne en question est parvenue à des résultats très intéressants et justes ; et pourtant cette personne était si peu impliquée dans notre cause qu’elle s’est carrément séparée de notre mouvement lorsqu’elle a jugé bon de le faire pour des raisons extérieures.

Il y a des cas où, faute d’une configuration très précise du corps éthérique, on ne peut pas plonger le regard dans certaines régions suprasensibles. Mais si le flot vivant de la science de l’esprit doit inonder notre civilisation, il faut qu’elle se saisisse de l’homme tout entier de telle manière qu’il lie sa croissance aux impulsions les plus profondes de cette science de l’esprit. Et c’est alors que cette science de l’esprit suscitera précisément ce qui manque à notre civilisation dont l’évolution la précipite dans le matérialisme.

C’est donc à juste titre que nous disons : Le Mystère du Christ nous donne une avance sur les cultures asiatiques. Mais que disent de leur côté les Asiates ? Ce que je vous raconte là n’est pas une vue de l’esprit, mais ce que disent vraiment les plus perspicaces d’entre les Asiates : Fort bien, disent-ils, le mystère du Christ vous donne un avantage sur nous ; c’est quelque chose que nous n’avons pas et de ce fait vous êtes d’avis que vous êtes à un degré supérieur de culture. Mais considérez que vous dites par exemple aussi : « C’est à ses fruits qu’on la reconnaît ». Or, votre religion prescrit à tous les hommes de s’aimer les uns les autres, mais quand nous regardons comment vous vivez, vous en êtes loin. Vous nous envoyez des missionnaires en Asie, qui nous racontent monts et merveilles ; mais quand nous allons en Europe, les gens ne vivent pas du tout comme il faudrait si tout ce qu’on raconte était vrai ! Ainsi parlent les Asiates.

Demandez-vous s’ils ont tout à fait tort ! Lors d’un congrès sur les religions, où devraient parler les représentants de toutes les religions, on a évoqué précisément ce cas et les représentants asiates ont répondu ce que je viens de dire. Ils ont dit : Vous nous envoyez des missionnaires, tout cela est bien joli assurément. Mais cela fait maintenant deux mille ans que vous avez le christianisme ; nous ne pouvons pas dire que nous ayons remarqué pour autant que votre moralité se soit développée tellement plus que la nôtre !

Mais il y a de bonnes raisons pour cela, mes chers amis. L’Asiate, voyez-vous, vit beaucoup plus dans l’âme-groupe, l’individualité compte beaucoup moins pour lui. Chez lui, la morale est en quelque sorte innée, innée sur le mode de l’âme-groupe, et quant à l’Européen, il faut qu’il sorte de l’âme groupe, précisément en ceci qu’il développe le moi, il faut qu’il soit livré à lui-même. Il est dès lors inévitable que l’égoïsme prenne le dessus. L’individualisme s’accompagne nécessairement de l’égoïsme, sachons-le, et c’est petit à petit seulement que les hommes peuvent se retrouver solidaires en comprenant le christianisme dans un sens sublimé.

Mais même chez les meilleurs, qui ont réfléchi à ces questions dans la perspective du christianisme précisément, bien des choses se sont opposées à ce que l’on comprenne vraiment les conséquences du Mystère du Golgotha. Mes chers amis, quand on dit : il faudrait vivre le Christ dans notre propre for intérieur, la réflexion est, n’en doutons pas, d’une « profondeur » insondable. Voyez-vous, j’aimerais dire qu’il existe une théosophie du symbole. Vous savez que je m’élève toujours contre cette théosophie symbolique qui tente toujours de tout expliquer par le symbole. Il n’est pas jusqu’à la résurrection du christ que l’on n’explique par un processus intérieur, alors qu’il s’agit à vrai dire d’un processus historique.

La vérité c’est que le Christ est ressuscité dans le monde, mais beaucoup de théosophes s’accommodent d’expliquer l’événement par un simple processus intérieur. Vous avez bien, le défunt Franz Hartmann excellait, chaque fois qu’il faisait une conférence, à résumer toute la théosophie en répétant aux gens : il faut se saisir soi-même intérieurement, saisir Dieu en soi-même, etc…

Or, vous ne trouverez rien dans les évangiles, pour peu que vous les compreniez comme il faut, qui tende à prouver qu’on doit éprouver la réalité du Christ uniquement en soi-même. Certes, la symbolique théosophique détourne souvent le sens de différents passages, mais le fait est, en vérité, que dans les évangiles le maître mot c’est : « Là où deux se réunissent en mon nom, je suis au milieu d’eux ».

Le Christ est un phénomène Social. Le Christ est passé par le Mystère du Golgotha, telle une réalité, et il est là, telle une réalité, et il n’est pas l’apanage d’un individu isolé, mais de la communauté des hommes. Tout est dans ce qu’il fait. Et c’est souvent en image, là aussi, que l’on peut comprendre ces choses mieux qu’avec des concepts abstraits.
J’étais l’autre jour en compagnie d’un ami en permission pour quelque temps avant de retourner au front – je raconte un événement tout récent, mais qui mérite vraiment d’être gardé en mémoire.

Cet ami avait eu la gentillesse de chercher un fiacre et il me dit en arrivant : « Je viens de m’entretenir avec le cocher en cours de route ». Ce cocher était quelqu’un de tout à fait remarquable, car une fois le trajet accompli et nous descendus, il ouvrit la portière et sortit deux petites brochures qu’il nous tendit lorsque nous eûmes payé la course : « Le messager de la Paix ». Il faisait en même temps de la réclame pour une vision spirituelle du monde !

Et cet ami de me raconter qu’il avait parlé avec cet automédon, cocher de fiacre depuis qu’il existe des fiacres, et que celui-ci lui avait tenu ce discours : « Que les hommes trouvent le christ, toute la question est là. Tout est dans le christ ». Il avait donc pris un fiacre à la station la plus proche et tout de suite entamé une conversation avec le cocher qui lui dit : « S’ils trouvent le Christ, que pour l’instant ils n’ont pas, le monde ira de l’avant ». Il ne s’était pas arrêté là, le cocher de fiacre, il avait encore ajouté un certain nombre d’autres choses : « C’est que, voyez-vous, avec le Christ, c’est comme cela :

Imaginez-vous que je sois un homme très, très comme il faut, un homme modèle, et que j’aie pour enfants des bons à rien. Est-ce que je suis moins ce modèle d’homme comme il faut parce que j’ai des enfants bons à rien ?
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Re: Rudolf Steiner : Chemin vers l’initiation

Message par obsidienne le Mar 7 Fév - 11:26

Tous me connaissent, croient me connaître, pourtant trous sont des bons à rien. C’est comme cela que je me représente le Christ. Il est à tout le monde, il est à lui tout seul en tant que tel la figure unique, mais ce n’est pas pour autant que les autres éprouvent le besoin de le comprendre. »

Rendez-vous compte, quelle image merveilleuse ce cocher de fiacre s’est faite de cette vie d’exception qu’est celle du Christ, de cette vie coupée du reste !

En d’autres termes, il a vraiment découvert que le Christ est une présence vivante au milieu de nous, un compagnon de route qui appartient à tous les hommes ensemble, à aucun e particulier. Car ceux qui à ses yeux font bande à part, ce sont tous ces bons à rien, tous ces vauriens en culottes courtes qui l’entourent et qui, tous tant qu’ils sont, doivent commencer par se frayer un passage s’ils veulent comprendre. Si ce cocher de fiacre, qui a eu l’idée de cette image vraiment hors du commun, avait dû donner un tour philosophique à son expression, il n’en serait rien sorti ; l’image, elle, coïncide à merveille avec le message qu’il s’agit effectivement de donner à entendre. Il faut préciser bien entendu qu’une image de cette nature ne suffit pas à elle seule, elle convient à un individu isolé, mais elle ne peut pas servir à influencer notre culture.

Mon but était simplement d’indiquer comment une âme assurément des plus simples peut tomber sur une image juste et comment les choses devraient déboucher sur une image. C’est à quoi je me suis tout particulièrement essayé dans le style et le mode de présentation de mon dernier libre qui traite d’une matière extra-théosophique, de sorte que par son mode de présentation ce libre est « théosophique » si l’on veut se servir de ce terme.

Pour dire les choses comme elles sont, il nous faut en quelque sorte apprendre à lire de plus en plus entre les lignes si nous voulons nous convaincre que notre doctrine doit absolument devenir vie, vie de tout un chacun. Et si notre âme peine sous un fardeau aussi terrible, c’est que nous avons bien du mal à mettre notre doctrine en pratique.
Voyez-vous, quand on est partie prenante dans ces questions, on ne peut pas ne pas se dire, notamment quand on connaît vraiment l’esprit qui anime aujourd’hui la culture rationaliste ambiante, qu’il faut que toutes les branches de la culture, sans exception, se mettent à vivre au rythme de la science de l’esprit.

Oui, ce rythme doit influencer la pensée, il doit influencer les sentiments, il doit pénétrer al volonté ; alors seulement il aura rempli sa tâche. Mais pour y arriver, il faut un minimum de vraie force intérieure qui permette de se sentir partie prenante dans la chose. Et c’est pénible de voir le temps démesurément long que mettent les hommes à se sentir résolument partie prenante dans les impulsions inhérentes à la science de l’esprit. On fait vraiment sur le sujet des expériences où l’on voit que les hommes passent précisément à côté de ce qu’ils devraient regarder en face. Je veux prendre un cas particulier : nous avions à un certain moment parmi nos membres un monsieur d’une érudition immense, mais son érudition ne le satisfaisait pas ; quoique érudit, versé dans les langues orientales et, par le biais des langues et des civilisation orientales, dans la civilisation du Proche-Orient, il était profondément malheureux.

Eh bien voilà qu’un homme d’une telle envergure vient me demander conseil. En pareil cas, je ne peux faire autrement que de montrer comment l’acquisition de la science de l’esprit permet d’intégrer l’esprit à un savoir tel que le sien, la philosophie orientale. J’essaie donc de lui mettre entre les mains le moyen de transcender, grâce à l’apport de la science de l’esprit. Mais les deux choses restèrent à part. D’un côté il poursuivait ses études orientales comme on les poursuit à la faculté, ni plus ni moins, de l’autre la science de l’esprit. Il n’y eut pas de rapprochement, il ne parvenait pas à féconder l’une par l’autre. Imaginez-vous la richesse que ce serait si un homme d’une telle érudition, car son savoir était vraiment immense, se présentait –sans pour autant mettre en avant sa pensée théosophique au cas où les gens en prendraient prétexte pour le regarder de travers – et fécondait ce savoir grâce à la théosophie.

Il pourrait même en imprégner ses cours à l’université ! Cet homme aurait très bien pu vivifier par la science de l’esprit la civilisation des bords du Tigre et de l’Euphrate et plus à l’ouest encore, car l’égyptologie n’avait pas de secrets pour lui non plus, et donner un enseignement hors du commun, un enseignement en tous cas plus profitable que les ouvrages de vulgarisation actuellement en circulation. Récemment encore, l’auteur d’un de ces ouvrages a fait paraître dans un quotidien très en vogue en ce moment un article où il parle, à propos d’une figure en forme de sphinx trouvée pendant la construction du chemin de fer de Bagdad, de cette contrée là-bas – eh bien, l’auteur en question s’appelle peut-être Arthur Bonus, mais, sincèrement, il n’a rien d’un « bonus » ! C’est à faire frémir !

C’est déjà quelque chose, mes chers amis, de faire idéalement de la science de l’esprit le support de la pensée. Mais il faut encore qu’il en soit ainsi dans la vie, la vie de tous les jours d’homme à homme, la vie de tous les jours entre Pierre et Paul. Partout on peut introduire les choses. Si l’on n’y pensait pas, si cet idéal n’existait pas, la science de l’esprit ne pourrait pas porter de fruits en vérité, c’est clair. Mais tout nous y invite. Songez donc, il y a d’éminents historiens qui retracent, mettons, l’histoire d’Angleterre à l’époque de Jacques 1er et il y a d’éminents historiens qui retracent la vie du Jésuite Suarez.

Quand je parle du jésuitisme, vous le savez, il faut que je mesure mes termes, que je fasse attention à ne pas en dire trop de bien – je veux dire, bien sûr, ce qu’on peut prendre, à tort, pour du bien. Le fait est que la plupart des gens ne savent rien sur ce Suarez, sinon qu’il est censé avoir consacré un chapitre particulier à recommander très explicitement l’assassinat du roi. Mais ce n’est pas vrai. En fin de compte on sait très souvent ce qui n’est pas vrai et très souvent on sait moins bien ce qui est vrai. Disons qu’il existe à l’heure d’excellents ouvrages sur ce Suarez et qu’on peut assurément lire et comprendre ceux qui, écrits pour la plupart par des Jésuites, traitent de Suarez, successeur d’Ignace de Loyola, sans pour autant se croire obligé nid e se faire ou d’avoir été Jésuite un jour ou l’autre, ni de s’entendre dire inévitablement que l’on a été Jésuite.

Les faits sont là et si on les relie entre eux on peut résoudre l’une des questions majeures de l’histoire moderne. Ces deux figures, Jacques 1er d’une part, Suarez, le philosophe jésuite d’autre part, s’opposent radicalement ! Je veux dire par là que si l’histoire a pris du côté de Jacques 1er un nouveau tournant, très ahrimanien, du côté de Suarez un autre, très luciférien, leur action conjuguée, et notamment leur opposition belligérante, est responsable pour beaucoup de ce qui se vit et se tisse à l’époque moderne.

On tombe là sur de mystérieux rapports. Et si j’en parle ici, ce n’est pas par désir de blâmer qui que ce soit. On découvre par exemple que Suarez est, dans une très large mesure, directement à l’origine de ce qu’on appelle aujourd’hui le matérialisme historique, le marxisme, la social-démocratie. Et ne me faites pas dire, s’il vous plaît, que les social-démocrates sont des Jésuites ! – Ceci dit, la chose repose tout de même sur les bases solides, étant donné que les membres du parti opposé, à savoir les gens qui combattent la social-démocratie, sont nombreux à revenir eux aussi à la politique inaugurée par Jacques 1er.

Je viens de faire allusion à quelque chose qui occupe beaucoup les pensées des hommes. On trouve notamment aussi dans les sociétés secrètes deux courants principaux d’où procède corrélativement ce qui n’est pas occulte. Ces deux courants principaux suscitent deux figures qui sont de manière tout à fait caractéristique à l’opposé l’une de l’autre ! Jacques 1er d’Angleterre qui a en lui une âme d’initié d’une nature exceptionnelle, et Suarez. Lisez maintenant la biographie de Suarez. Vous n’y comprendrez rien à moins d’avoir vraiment assimilé la science de l’esprit. Suarez était de ces hommes qui commencent par être de mauvais élèves et n’apprennent rien.

Selon le jugement matérialiste qui a cours dans le monde d’aujourd’hui, il n’y a rien à tirer de ces hommes-là, encore qu’il soit facile de montrer, preuves à l’appui que de grands génies universels n’ont rien appris quand ils étaient à l’école. Quoi qu’il en soit, il était parmi les mauvais élèves et même au collège il n’était pas encore ce qu’on appelle un brillant sujet, mais il le devint brusquement et tous ses biographes racontent ce changement soudain.

Tout à coup s’éveille en ce Suarez un don génial et il écrit de sa propre main ces livres, certes uniquement connus d’un public restreint, mais d’une importance extraordinaire. Cela vint tout à coup et s’éveilla surtout grâce aux exercices de Jésuite que j’ai décrits, souvenez-vous, dans la conférence où j’y ai ait allusion. Suarez les a pratiqués pour son compte personnel, se ménageant ainsi la possibilité de développer des forces spirituelles particulières.

La biographie de Suarez permet donc de vérifier, comme on peut le vérifier à la lettre pour jacques 1er, qu’il – ce n’est pas le terme qui convient, amis il est utilisé dans le bons sens- « change d’air », c’est-à-dire qu’il quitte le non-spirituel pour entrer dans le spirituel. Cette âme qui plus tard a un message particulier à délivrer naît à un moment particulier de la vie, justement. Le développement ne s’accomplit pas selon une ligne continue mais à la faveur d’un à-coup, lorsque le karma intervient, ou alors il s’accomplit du fait que précisément l’intéressé tombe sous le coup d’un influence comparable à celle qui permet d’apprendre les rudiments de la lecture, non pas en décrivant la forme des lettres, mais en se sentant poussé à apprendre le sens des lettres.
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Re: Rudolf Steiner : Chemin vers l’initiation

Message par obsidienne le Mar 7 Fév - 11:28

Vous voyez donc une fois encore comment la science de l’esprit pourrait servir de guide à la compréhension de ces liens dans l’histoire par lesquels notre vie prend une tournure propre à changer celle-ci du tout au tout. Que de fois n’y ai-je pas fait allusion ! Et si quelqu’un prend et fait vivre en lui la science de l’esprit, on peut être certain qu’il apprend à se situer autrement vis-à-vis de la vie, qu’il lui vient à l’idée de faire autre chose que ce qui lui viendrait à l’idée sinon. On a de la peine à s’imaginer, quand une personne prend et fait vivre en elle la science de l’esprit, qu’il lui prenne fantaisie de se croire, disons, la réincarnation de Marie-Madeleine. Pas du tout, en revanche elle orientera le regard de son âme vers d’autres contenus de l’âme.

Je le répète, on a du mal aujourd’hui à voir en face que les choses sont justement si lentes à s’orienter dans la direction dont je viens de parler, celle que j’ai indiquée. On en reste vraiment beaucoup trop à la théorie, on ne cherche que trop dans la science de l’esprit son plaisir personnel. Et en ce jour où nous sommes réunis avant qu’il faille nous séparer pour un certain temps, ou l’été commence, où il nous faut penser à regagner Dornach, je voudrais en profiter pour soulever brièvement encore quelques points importants dans cet ordre d’idées. J’ai la conviction que ce sont là des questions qui nécessitent réflexion de notre part.

Voyez-vous, mes chers amis, si tout s’était passé comme, voici maintenant quatorze ans, lorsque nous avons fondé le courant de science de l’esprit, l’avait pensé à part lui plus d’un qui venait à nous issu de traditions plus anciennes, nous aurions vu naître une secte. Car tout ce qui était en place pour constituer une secte. Tout ce qui nous est venu d’Angleterre préparait également le terrain pour fonder une secte. Et beaucoup de gens avaient un sentiment de bien-être lorsqu’ils faisaient partie de petits cercles totalement isolés du reste.

Ainsi pouvaient-ils dire : les autres, là-dehors, ne savent pas ce qu’ils font, tous tant qu’ils sont. – Personne n’allait vérifier. Mais cela ne pouvait pas aller. Il fallait que la science de l’esprit tienne compte de notre culture dans son ensemble. Et, cela ne vous aura pas échappé, il a toujours été tenu compte de cette culture, on a notamment mis en évidence aux yeux du grand public ce qui peut, n’en déplaise à tous ceux qui pourraient encore trouver à y redire, entrer à l’heure actuelle dans des têtes d’Européens. Bon, je ne veux critiquer personne, ce serait d’ailleurs une ineptie, il n’en reste pas moins que la nécessité se fera de plus en plus sentir de se donner les moyens de comprendre précisément que ce mouvement, en toute honnêteté, ne saurait devenir une secte et ne saurait en aucun cas porter la marque d’un mouvement sectaire s’il doit remplir sa tâche.

Le fait qu’il soit tenu compte de la culture en général entraîne des conséquences multiples.
Les gens de l’extérieur écrivent, si tant est qu’ils écrivent sur notre mouvement, des sottises la plupart du temps. Au fond cela ne fait pas de tort, disent-ils. Mais si, cela fait du tort, et comment ! Aussi faut-il se défendre et tout faire pour l’empêcher. Il faut tout faire pour que petit à petit non seulement le monde n’écrive pas de sottises, mais qu’il écrive en mieux, c’est évident. Mais, spirituellement parlant, il y a autre chose qui fait plus de tort encore. Lorsque ce qui est destiné à être compris au sein d’un cercle homogène passe improprement dans le domaine public au point qu’on trouve déjà des cycles de conférences chez les bouquinistes, cela fait du tort.

On peut certes comprendre que d’une certaine manière cela soit inévitable, mais cela se produit – pas précisément le fait qu’on puisse acheter des cycles de conférences chez les bouquinistes, mais ce qui revient au même, que cela ne cesse de se produire de façon répétée. Tout récemment, quelqu’un m’a parlé d’un homme avec lequel il a longtemps collaboré et qui a écrit sur notre science de l’esprit une foule de brochures, voire des volumes entiers ; il m’a dit que cet homme n’écrit rien de lui-même mais qu’il est aux ordres d’une coterie plus ou moins douteuse pour laquelle il prend la plume et écrit d’abondance.

Il y a là-dedans non seulement des citations tirées de mes livres imprimés parus en librairie, mais encore des passages entiers extraits de conférences. Comme si cela ne suffisait pas qu’on puisse acheter les ouvrages chez le bouquiniste, il faut encore que le premier venu qui veut aujourd’hui écrire un livre inepte ait la possibilité à tout moment de se procurer les cycles. Et bien sûr il se procure alors deux, trois cycles, copie des passages qui, arrachés à leurs contexte, perdent tout sens et peut en faire ensuite un livre.

Telles sont les difficultés que nous rencontrons, d’une part parce que nous avons en face de nous le grand public, d’autre part parce que nous sommes la société (anthroposophique). Mais il nous faut savoir ce qu’il en est de cette difficulté, ce qui nous permettra déjà de l’aplanir plus facilement. Je ne veux pas critiquer, je l’ai dit, cela ne sert strictement à rien, mais je veux mettre en perspective ; je veux montrer en quoi résident les difficultés, il suffit d’y faire attention.

Des abominations bien pires que ce qu’on a déjà vu vont encore se commettre à l’encontre de notre science de l’esprit dans les temps qui viennent, cela va sans dire. Il n’y a pas là de quoi surprendre, on ne peut pas changer les choses en un tournemain ; en revanche ce qui est nécessaire à coup sûr, aimerais-je dire, c’est de s’instruire des exigences liées à ce mouvement de science de l’esprit et de ne pas passer, comme si on s’était précisément mis en tête n’avoir aucun goût pour la musique dans sa prochaine vie, à côté de ce qui peut être réjouissant ou fâcheux dans le jugement que porte le monde sur notre mouvement de science de l’esprit.

Voyez-vous, quand on ne pense qu’à soi – je répète qu’il n’y a là de ma part, aucune critique, je me contente de décrire – on s’imagine aujourd’hui que la science de l’esprit a plus à dire sur certaines corrélations naturelles que la science officielle. Cela autorise les gens à me demander conseil de plus en plus pour des questions médicales, bien que je ne cesse de préciser que je ne veux être qu’un enseignant au service de la science de l’esprit et que je ne saurais en aucun cas servir de médecin.

Bon, un conseil d’ami, cela peut se demander, certes, et il serait absurde de le refuser. Si quelqu’un vient me demander un conseil d’ami, pourquoi le lui refuser dès lors qu’il se rapporte à des données de la science de l’esprit, encore qu’après tout ce qui s’est passé je demande instamment à toute personne qui n’a pas de médecin de ne pas me poser de question sur un point de santé, quel qu’il soit. Quand on n’a que soi-même en tête, on ne pense pas qu’il n’est tout simplement pas permis de se comporter ainsi aujourd’hui, que l’on choque le monde extérieur et que cela nuit à notre mouvement de science de l’esprit. Il faut se donner de la peine pour que les choses s’améliorent, il faut partout s’employer à trouver une alternative à une médecine certifiée, officielle qui s’appuie uniquement sur des bases matérialistes.

C’est chose possible, mais ce qui n’est pas possible, c’est de ne penser égoïstement qu’à une chose : « Qu’est-ce qui me fait du bien ? » sans souci du préjudice qui en résulte pour le caractère qui doit être celui de notre mouvement.

Bien sûr que vous pouvez prendre conseil de la science de l’esprit, il serait absurde de ne pas le faire. Il serait désolant, quand on souffre de ceci ou cela, de ne pas pouvoir en parler à quelqu’un, mais le peut-on dans les circonstances que je vous narrer ?
Encore une fois je n’invente rien : c’est un malade et de surcroît dans une ville où je viens de dire, afin d’éviter ce genre de situation, que je m’oppose expressément à ce qu’on adresse à moi en cas de maladie. Je l’ai dit publiquement.

Voilà donc un malade qui entre dans nos membres de longue date qui, je le précise, a toujours été au courant de nos affaires les plus confidentielles, écrit à ce sanatorium : il est inutile que le malade en question reste au sanatorium, car le docteur Steiner a donné tel et tel conseil. Il envoie sa lettre à la doctoresse, laquelle va trouver le membre en question et lui dit : « Vous dites toujours que la théosophie ne s’occupe que de théosophie et ne veut pas jouer les trouble-fête en se mêlant de tout et du reste ; vous en donnez la preuve ! » Oui, mes chers amis, ces choses-là arrivent et il faut s’en préoccuper. Si l’on n’y fait pas attention, cela ne fait pas de bien à notre mouvement.

Vous avez là un cas, mais il ne cesse pas de s’en présenter avec les nuances, avec les variantes les plus diverses. Et notre mouvement a ceci de particulier – et voilà pourquoi il est nécessaire que j’en parle ici et maintenant – que ce qu’il a de bon, et de nouveau, est rien moins que rapide à se manifester tandis que se manifestent véritablement dans notre mouvement des nouveautés qu’on n’avait au fond encore jamais vues et qui montrent à l’évidence que, si notre mouvement est bien quelque chose de nouveau, les nouveauté, elles, sont bizarres.
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Re: Rudolf Steiner : Chemin vers l’initiation

Message par obsidienne le Mar 7 Fév - 11:33

Supposons par exemple que j’ai écrit ceci ou cela dans mes livres imprimés : si aucun cycle ne tombait entre les mains non autorisées, ces gens de l’extérieur s’en prendraient à mes livres. Grand bien leur fasse, mais c’est LEUR jugement qu’ils engageraient. Il ne viendrait à l’idée de personne hors de notre société de plagier ce qui est écrit dans mes livres afin de prouver à l’aide de ces phrases que je suis un gredin. Aucune personne extérieure ne ferait cela, en revanche elle donnerait son opinion personnelle.

Mais dans notre société intervient un fait entièrement nouveau. Dans notre société, on assiste par exemple au phénomène suivant : une personne adopte tout ce qui y est enseigné, de A jusqu’à Z, comme on dit, applaudit des deux mains, mais se sert de cet enseignement pour me battre en brèche. Ainsi pouvez-vous lire dès maintenant ce qui suit dans un libelle qui circule pour l’instant sous le manteau.

Vous vous rappelez que dans une édition précédente du livre qui porte maintenant le titre « Les énigme de la philosophie » - avant c’était : « Vison du monde et de la vie au 19e siècle » - J’ai expliqué comment Le verrier a découvert la planète Neptune à partir des seules tables d’Uranus, avant même qu’on ait pu voir Neptune. Neptune a été découvert  à l’observatoire de Berlin, mais on savait déjà qu’il était là grâce au seul calcul des tables. Si je l’ai dit, c’était pour montrer que , du calcul, il peut sortir quelque chose.

Pour être précis, j’ai voulu montrer que les pensées conduisent à une connaissance anticipée des faits. Dans cet ordre d’idées, quelqu’un a écrit récemment qu’il s’était servi lui aussi de cette très éclairante donnée, mais dans un domaine différent : il avait découvert, dit-il, que dans notre mouvement il y a quelque chose qui cloche, des perturbations telles que Le verrier en avait trouvé avec Uranus. Quand on prend les lois de la gravitation universelle et qu’Uranus ne se déplace pas conformément aux tables, c’est nécessairement qu’il est dérangé par quelque chose. Il y aurait donc de même des perturbations dans notre mouvement. – En d’autres termes, il émet l’hypothèse d’après laquelle il y a là un élément perturbateur qui dérègle tout. Là-dessus il a découvert – comme Le Verrier Neptune – que le mal, l’élément perturbateur, est en moi ! En conclusion, de même que l’astronomie de l’observatoire local a braqué son télescope sur l’endroit, de même il a, lui, braqué son télescope spirituel sur moi et a découvert le mal !

Le cas n’est pas ordinaire, car la méthode que j’ai indiqué est appliqué jusqu’à faire mon portrait moral, jusqu’à servir de moi-même pour me discréditer. Au sein du cercle dont fait partie l’intéressé, une lettre a récemment été écrite, pas par lui mais émanant du cercle, où il est dit que je n’ai que ce que je mérite, car j’ai bien dit moi-même que la science de l’esprit est un bien commun à tous et qu’on se tromperait complètement en pensant que la science de l’esprit vient de l’investigateur spirituel. A vrai dire, quand les choses en arrivent à ce point de confusion, comment voulez-vous qu’on les explique sinon dans la confusion ? Mais c’est là, véritablement, une nouveauté qui apparaît au sein de notre société. Au dehors, où l’on vit encore sur de vieilles idées, on réfute quelqu’un avec les idées qu’on a en propre. Mais à l’intérieur de notre cercle surgissent devant nous des gens qui désormais, au lieu de prendre leurs propres idées, se servent comme moi de ce qu’ils lisent dans les cycles.

Tenez, justement, dans la lettre dont je viens de parler, vous trouverez partout des citations tirées de « Science occulte » et d’ailleurs. Il y est dit partout : Qu’on lise ceci, qu’on lise ceci et l’on aura tôt fait de découvrir quel méchant homme, quel mauvais homme je suis. Mais attention, n’allez pas croire que la matière soit mauvaise, non, car la matière est bonne. La preuve en est dans la matière elle-même. Voilà une nouveauté qui apparaît parmi nous, qui repose sur ce postulat que l’on peut se nourrir de l’enseignement donné et se servir précisément de cet enseignement pour calomnier celui qui tente de le répandre. C’est vraiment une nouveauté ! On voit éclore parmi nous les nouveautés les plus étranges.

Le cas que je vous présente là est d’un grossier exceptionnel, bien sûr ; à échelle plus ou moins réduite, il s’en produit très, très fréquemment et il en revient toujours d’autres. Il suffit que nous bronchions en signe de protestation pour qu’arrivent les menaces. On a pu lire récemment dans une lettre qu’il fallait s’attendre à voir apparaître dans toutes les vitrines et dans tous les journaux des articles et des brochures dont les titres annoncés étaient des menaces voilées. Encore une fois, il suffit que nous bronchions et voilà ce qui va nous arriver ! C’est une nouveauté, une toute nouvelle venue dans notre mouvement, on n’avait jamais vu cela. Nous avons bien besoin d’y prendre garde.

Mais des difficultés se présentent encore, aimerais-je dire, sur le métier. Car on sait d’avance ce qui parfois ne peut manquer de se produire. Je vous demande un peu, doit-on vraiment garder le silence dans une affaire comme celle que je viens de rapporter, doit-on toujours se taire ? Certes, on le pourrait . Mais étant donné que les membres eux-mêmes en font rien pour ouvrir les yeux sur ces choses, personne ne se rendrait compte de rien dans notre cercle. C’est donc qu’il faut le dire. Et si on le dit, eh bien qu’en résulte-t-il ?

Demain vous pourrez sans doute lire encore une autre lettre quelque part – je pose d’abord ceci comme une hypothèse – où il sera dit : voilà un homme qui parle devant un nombreux auditoire de membres d’une lettre à lui personnellement adressée ! – Et ceci pour la simple raison qu’il y a très certainement des gens qui vont se dépêcher de raconter quelque part, ici ou là, ce que j’ai dit ce soir. Cela arrive tout le temps, on le sait. Si on n’en parle pas, cela ne mène à rien de bon ; si on en parle, on met le feu aux poudres, qui n’attendent que cela. On sait d’avance ce qui nous attend.

Les choses nécessitent qu’on se penche dessus. Critiquer n’est pas mon propos, pas du tout, j’entends simplement faire remarquer que, dès l’instant où un mouvement est animé par la science de l’esprit, c’est-à-dire où il est porté par  des réalités occultes, il surgit nécessairement des difficultés. Mais ces difficultés, il faut leur prêter attention. Si on ne leur prête pas attention, elles ne font que croître. N’en doutons pas, il faut s’attendre à ce que les attaques se fassent de  plus en plus dures. Si nous étions restés une secte, il en serait autrement. Mais notre cause devait s’affirmer comme elle l’a fait effectivement, d’où la situation actuelle. Mais bien des choses se comprennent quand elles viennent de l’extérieur, encore que souvent ce qui vient de l’extérieur s’avère manifestement tirer son origine de l’intérieur.

Pas plus tard qu’aujourd’hui, nous avons appris qu’à Dornach nous faisons de l’eurythmie, laquelle consiste à danser jusqu’à perdre conscience comme les derviches, et j’en passe. Et le bruit court que ce sont des membres qui on fait ce rapport ! Des membres ont rapporté que nous dansons jusqu’à perdre conscience ! Ce sont des gens sans aucun lien avec nous qui l’ont raconté à un membre, mais ces gens sans lien avec nous ont raconté qu’ils le tenaient de membres dont ils ont également cité le nom.

Telles sont les difficultés qui surgissent parce que science de l’esprit et société sont attelées à la même tâche : il nous faut les analyser. Il n’est pas possible de passer négligemment à côté de ces choses alors qu’il nous faut poursuivre notre route en accord avec nous-mêmes si nous ne voulons pas aller vers une dissolution et une annihilation complète de la société. A vrai dire la science de l’esprit n’a rien à craindre pour elle-même, mais son indispensable vêtement a tout à craindre, lui, lorsque, ici ou là, quelqu’un vient dire – pardonnez-moi de m’arrêter à des détails anecdotiques - : J’ai lu beaucoup de choses qui m’intéressent, mais j’ai souvent partagé une table d’hôte où une dame bavarde racontait sur la théosophie toutes les histoires possibles et imaginables. Alors, si c’est cela la théosophie, si on débite tellement de sornettes, dans ces conditions je ne peux pas devenir membre ! – Le cas n’est pas unique, il ne cesse pas de se présenter sous une forme ou sous une autre.

On peut se méprendre sur le sens des commentaires que je fais aujourd’hui au terme d’une réflexion sérieuse. Mais, mes chers amis, il est absolument indispensable que vous sachiez ces choses, que vous preniez garde à ces choses, mes chers amis. Car il faut que la société soit porteuse de la science de l’esprit, qu’elle lui vienne en aide. Mais elle peut très facilement prendre une tournure telle qu’elle contrecarre ce que la science de l’esprit doit apporter à l’évolution du monde. On peu bien comprendre, naturellement, dans chaque cas particulier, que bien des dégâts, nous pouvons en être certains, se présentent autrement quand on leur prête attention et quand on essaie, aimerais-je dire, de garder pour son propre compte une certaine ligne, un certain cap.

Nul doute que ce soit d’une difficulté peu commune parfois, mais la simple nécessité exige qu’on se montre parfois inflexible en tenant un certain cap. C’est comme cela qu’on estimera à leur juste valeur les nouveautés que j’ai décrites. Ce sont vraiment des nouveautés. On n’a jamais vu ailleurs que l’on discrédite quelqu’un en se servant de lui ; quelle absurdité, quelle ineptie que de prendre l’enseignement de quelqu’un et de le retourner contre lui. Bien sûr, quand quelqu’un soutient des âneries, on peu retourner les âneries contre lui ; mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit, n’est-ce-pas, la nouveauté consiste précisément en ceci qu’on s’y prend de façon à adhérer à l’enseignement et à s’en servir pour discréditer celui qui le donne.

Dans le détail, ces choses sont vraiment très, très répandues. Et avec elles voisine une autre plaie que je veux encore évoquer avant de terminer. On peut dire que notre mouvement est quasiment le seul endroit où il soit aussi fréquent de voir une personne faire quelque chose qu’on peut condamner, qu’on ne peut pas condamner. Et chacun de prendre parti. Quand il s’agit de s’en prendre aux dirigeants de notre société, ou à des membres de longue date, ou à ce qu’il faut bien continuer d’appeler d’un nom presque maudit, le comité directeur, en leur faisant des reproches dénués de fondement, peut-être même inventés de toutes pièces, dont on voit très bien que souvent ils cachent une arrière pensée, on verra très rarement quelqu’un essayer de démêler dans quelle mesure cet infortuné comité directeur pourrait malgré tout avoir raison, au contraire on prendra parti pour celui qui n’a pas raison.

C’est même de règle chez nous : on prend parti pour celui qui a tort et on écrit des lettres à ceux qui sont attaqués pour leur dire qu’ils devraient quand même faire quelque chose pour rester en bons termes, pour remettre l’affaire sur les rails, dame il faut laisser parler son cœur !

Quand quelqu’un manque à ce point de cœur pour se comporter de la sorte envers quelqu’un d’autre, ce n’est pas au coupable mais à la victime que l’on écrit : Laisse parler ton cœur. Comment peux-tu manquer de cœur au point de ne rien faire pour que la chose rentre dans l’ordre ? – Il ne vient à l’idée de personne de réclamer cela à l’autre, à celui qui a tort ! Telles sont les singularités que l’on voit fleurir dans nos milieux entre tous, je vous l’assure.

Le reste, il n’y a rien à en dire, rien du tout ; mais cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas en parler un jour ou l’autre,  bien entendu. Aujourd’hui où notre premier souci était d’aborder le plus sérieux des sujets, car nous vivons, n’est-ce-pas, à une époque des plus sérieuse et il faut que notre mouvement s’attaque avec un égal sérieux au sérieux de l’époque, il fallait bien pour une fois montrer beaucoup de choses du doigt comme je l’ai fait.

La nécessité s’impose d’être vigilant, ne serai-ce que parce qu’il se passe des choses effectivement incroyables quand on les entend raconter. Et pourtant c’est ce  à quoi on a constamment affaire. Que personne ne comprenne mal que ces choses aient été pour une fois mises en avant ; mais peut-être pourrait-on malgré tout y réfléchir un tant soit peu.
Il est prévu que nos vacances ne seront pas aussi longues cette année que d’habitude. C’est donc en automne que nous  pourrons nous revoir, à ceci près qu’il vaut mieux pour l’instant ne rien fixer de précis, en ces temps d’incertitudes et de difficultés.

Je vous adjure donc de mettre à profit ce dont j’ai justement essayé de brosser un tableau devant vos âmes au cours de l’hiver, afin de permettre à l’âme de vivre en cette compagnie au cours de l’été, de faire sans cesse revivre dans l’âme les sujets traités en une sorte de méditation continue et de réfléchir un tant soit peu aux conditions essentielles dans lesquelles notre mouvement de science de l’esprit pourra s’acclimater dans l’humanité civilisée en général.

Ainsi donc, le moment est maintenant venu de nous séparer, mes chers amis, en sachant que si nous nous y mettons tous, nous pouvons malgré tout faire beaucoup, que si notre propos est sérieux il s’incarne sérieusement aussi dans l’époque. Nous vivons un moment de l’histoire où les hommes font des sacrifices beaucoup plus grands que jamais on n’en vit en si peu de temps et en si grand nombre. C’est une époque difficile, douloureuse, que la nôtre. Puissent ces difficultés, ces douleurs liées à l’époque être pour nous un peu un appel malgré tout : bien qu’il soit difficile d’incarner l’esprit dans l’évolution de l’humanité, il faut pourtant que cela se fasse et peu importe que chacun pour sa part puisse faire beaucoup ou peu, faisons-le !

Efforçons-nous de comprendre comment le faire de manière juste et il en sortira ce qui ne peut pas venir tout seul, ce qui pour se produire passe nécessairement par l’homme quand bien même les sphères de l’esprit y apporteront leur concours. Continuons donc à rester unis dans ces pensées, même si nous devons être plus éloignés les uns des autres dans l’espace pendant un certain temps. L’espace ne vous sépare pas, le temps ne vous sépare pas, d’autant moins peut-être qu’il s’agit d’un temps plus ou moins court. Restons unis dans les pensées qui, elles aussi, ont essayé pour leur part d’inspirer un tant soit peu les paroles qui, de ce côté-ci, ont essayé ces derniers temps de s’adresser à vos âmes.
A ce propos, il nous faut prendre au sérieux dans toute la mesure du possible les vérités liées au Mystère du Golgotha.

Sachons bien qu’en présence de ce que nous voulons comprendre, nous sommes seuls avec notre âme, il le faut souvent, il faut encore et toujours. Mais sachons également que nous faisons partie de l’humanité et que ce que celui qui est passé par le Mystère du Golgotha a apporté sur la terre en quittant les hauteurs de l’esprit, c’est pour l’humanité qu’il l’a apporté sur la terre, pour que les hommes agissent de concert, pour que les hommes travaillent ensemble, et qu’il a dit : « Là où deux se réunissent en mon nom, je suis au milieu d’eux ». En faisant notre vie durant, l’expérience de la solitude, nous pouvons nous préparer à servir d’intermédiaire à ce que le Christ doit être pour le monde.

Mais le Christ n’est au milieu de nous malgré tout que si nous nous efforçons de ne pas garder pour nous ce à quoi nous aspirons dans la solitude. Mais pour pouvoir nous en ouvrir au monde, il faut d’abord avoir compris qu’une telle ouverture est soumise à des conditions. Quelles conditions, il convient d’y regarder de près. Ouvrons les yeux et avant tout ayons le courage de nous avouer : la situation est ce qu’elle est et il faut savoir comment s’y attaquer.

En parlant ici du Christ, je parle en sachant qu’il aide parce que son action est celle d’une entité vivante. Sentons sa présence entre nous et il nous aidera ! Mais il nous faut apprendre la langue qu’il parle et cette langue est aujourd’hui la langue de la science de l’esprit. Il en est ainsi aujourd’hui. Et il faut que nous ayons le courage, dans toute la mesure de nos moyens, de représenter cette science de l’esprit à nos propres yeux et aux yeux des autres.

Que ceci soit l’objet de notre réflexion pendant cette période estivale et faisons-en notre méditation jusqu’à ce que nous nous retrouvions ensemble en ce lieu !
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