Nature des exercices permettant l'accès aux mondes supérieurs: monde imaginatif, monde de l'inspiration, monde de l'intuition (Rudolf Steiner)

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Nature des exercices permettant l'accès aux mondes supérieurs: monde imaginatif, monde de l'inspiration, monde de l'intuition (Rudolf Steiner)

Message par Archange le Sam 29 Sep - 14:27

(Extrait "La science de l'Occulte" de Rudolf Steiner)




Monde imaginatif, monde de l'inspiration, monde de l'intuition



Les organes de la perception psycho-spirituelle ou fleurs de lotus apparaissent au clairvoyant
comme situés dans le voisinage de certains organes physiques, chez l’homme qui observe la
discipline. Citons parmi eux la fleur de lotus à deux pétales, située à peu près entre les sourcils ; la
fleur à seize pétales, dans le voisinage du larynx ; la fleur à douze pétales, près du coeur, et en outre,
un quatrième organe au creux de l’estomac. D’autres organes analogues sont voisins d’autres parties
du corps physique. Les fleurs de lotus sont des produits du corps astral. Dès que l’une d’entre elles
est suffisamment évoluée, on sent qu’on la possède, et qu’on peut s’en servir pour pénétrer
réellement dans un monde supérieur. Les impressions reçues de ce monde ressemblent encore
beaucoup à celles du monde physique. La connaissance imaginative fait apparaître le monde
supérieur, sous forme de sensations de froid et de chaud, de sons et de paroles, de lumières et de
couleurs. Mais l’étudiant se rend compte que ces sensations expriment dans le monde imaginatif
tout autre chose que dans le monde physique. Il reconnaît que leurs causes ne sont pas des causes
physiques matérielles, mais bien d’ordre psycho-spirituel. Lorsqu’il ressent une sensation de
chaleur, au lieu de l’attribuer par exemple à un feu brûlant, il y verra l’émanation d’un phénomène
animique, tel qu’il n’en a connus auparavant que dans le for intérieur de son âme. Il sait que derrière
les perceptions imaginatives se trouvent des réalités spirituelles, comme derrière les sensations
physiques des êtres et des choses matérielles. Mais une différence essentielle s’adjoint à ces
ressemblances superficielles entre les deux mondes. Il y a un ordre de phénomènes qui existe dans
le monde physique et qui se présente tout autrement dans le monde imaginatif. Dans le premier, on
observe une perpétuelle succession de croissance et de décroissance, une alternance de naissance et
de mort. Dans le monde imaginatif ce phénomène est remplacé par une transformation des objets les
uns des autres. On voit dans le monde physique une plante mourir. Dans le monde imaginatif, à
mesure que dépérit la plante, une autre formation prend de la consistance, imperceptible aux sens
physiques, et dans laquelle se transforme graduellement la plante. Quand la plante a disparu, cette
formation est parachevée en son lieu et place. Naissance et mort sont des concepts qui perdent tout
sens dans le monde imaginatif, où règne un transformisme perpétuel. C’est à cause de cet état de
choses que sont accessibles à la connaissance imaginative les vérités relatives à la constitution de
l’homme, exposées dans le chapitre de cet ouvrage intitulé « l’Être humain ». La perception
physico-sensible n’atteint que les phénomènes du corps physique, qui se déroulent dans le royaume
de la naissance et de la mort. Les autres organismes humains, corps vital, corps émotionnel et Moi
sont soumis à la loi du transformisme, et leur perception s’ouvre à la connaissance imaginative.
Celui qui s’élève au niveau de cette connaissance voit se détacher du corps physique les éléments
qui, après la mort, vont évoluer dans une autre forme d’être.

Mais l’évolution spirituelle ne s’arrête pas au niveau de la connaissance imaginative.
L’homme qui en resterait là percevrait à la vérité les êtres soumis au transformisme, mais il ne
saurait pas interpréter les phénomènes de transformation : il ne saurait s’orienter dans ce nouveau
monde. Le monde imaginatif n’est qu’agitation. Partout le mouvement et le changement : il n’y a
point de refuge, stable. L’homme ne parvient à la stabilité qu’en dépassant le stade de la
connaissance imaginative pour s’élever à ce qu’on appelle la « connaissance par inspiration ». Il
n’est pas nécessaire pour celui qui veut connaître les mondes supérieurs de réaliser d’abord
intégralement la connaissance imaginative avant d’accéder à l’inspiration. Les exercices peuvent
être ordonnés de manière à faire marcher de front la préparation à l’imagination et la préparation à
l’inspiration. De la sorte, après un temps donné, l’étudiant entrera dans un monde supérieur où, non
content de percevoir, il saura s’arrêter et interpréter. En règle générale, il commence par percevoir
quelques phénomènes du monde imaginatif ; puis un beau jour il sent qu’il commence également à
s’orienter dans ce monde. Toutefois, le monde de l’inspiration est totalement différent du monde
imaginatif. Dans ce dernier on perçoit la transformation des phénomènes l’un dans l’autre. Dans le
premier, on pénètre les propriétés internes des êtres soumis à ce transformisme. L’imagination
perçoit la manifestation animique de l’être : l’inspiration plonge au coeur de son essence spirituelle.
On connaît d’abord une multiplicité d’êtres et une multiplicité de rapports entre ces êtres. Cette
multiplicité est à vrai dire également un caractère du monde physico-sensible : mais dans le monde
inspiré, la variété porte un tout autre caractère. Chaque être y est lié aux autres par des rapports
définis, qui tiennent, non pas comme dans le monde physique à une action externe réciproque, mais
bien à la constitution intime des êtres. Lorsqu’on perçoit un être dans le monde inspiré on ne le voit
pas en influencer un autre du dehors : c’est leur complexion respective qui crée un lien entre eux.
On ne peut comparer à ce genre de relation dans le monde physique que l’association des
différentes lettres ou sons qui forment un mot. Prenons le mot « âme » par exemple. Il est constitué
par les lettres a-m-e. Il n’y a pas d’action extérieure de l’A sur l’M ou de l’M sur l’E, mais ces trois
lettres coopèrent dans l’intérieur d’un même tout, et leur coopération vient de leur nature interne.
Aussi la perception du monde inspiré se rapproche-t-elle d’une lecture : les êtres dans ce monde
impressionnent l’observateur comme des signes d’une écriture supra-sensible dont il doit déchiffrer
toutes les particularités. L’occultisme appelle la connaissance du monde inspiré « lecture de
l’écriture cachée ».

Comment lire l’écriture cachée et la faire comprendre aux autres ? C’est ce que les chapitres
qui précédent ont dû rendre clair. Nous y avons décrit l’être humain et sa construction, par
l’incorporation d’organismes successifs. Nous avons exposé, comment l’astre sur lequel il évolue a
passé par les différents états que nous avons nommés Saturne, Soleil, Lune et Terre. Les perceptions
qui permettent d’observer les parties constituantes de l’homme d’une part, et les états successifs de
la terre, d’autre part, sont du ressort de la connaissance imaginative. Il faut comprendre en outre les
relations qui existent entre la période saturnienne et le corps physique, entre l’âge solaire et le corps
vital, etc.. Il faut noter dès Saturne la naissance du germe physique humain et suivre l’évolution de
ce germe jusqu’à sa forme actuelle au travers des états solaire, lunaire et terrestre. Il faut entre
autres choses indiquer la transformation qui s’est opérée dans l’homme, du fait que le Soleil s’est
dégagé de la Terre, et par suite de la reproduction de ces phénomènes lors de l’élimination lunaire.
Il faut en outre expliquer sous l’influence de quelles causes se sont accomplis dans l’humanité les
changements qui se sont déroulés au cours de la période atlantéenne, et plus tard dans l’Inde
ancienne, dans la Perse, en Égypte, etc.. La description de ces événements sort du domaine de la
connaissance imaginative : elle exige la connaissance inspirée, ou lecture de l’écriture cachée. Dans
cette lecture, les perceptions purement imaginatives jouent le rôle des sons ou des lettres de
l’alphabet. Mais cette lecture n’est pas seulement nécessaire pour l’exposé des faits cosmiques que
nous venons d’énumérer. L’existence humaine elle-même n’est pas intelligible, si l’on ne va pas au
delà de la connaissance imaginative. Cette connaissance perçoit bien comment à la mort les organes
psycho-spirituels s’évadent de l’organisme qui demeure dans le monde physique. Mais on ne saurait
comprendre les relations unissant l’état de l’homme après la mort aux états qui l’ont précédé et qui
le suivent, si l’on ne peut s’orienter dans le monde perçu par l’imagination. Sans l’inspiration, le
monde de l’imagination demeure semblable à un écrit que nous regarderions sans pouvoir le
déchiffrer.

Lorsque le disciple progresse de l’imagination à l’inspiration, il se rend compte très vite
qu’il aurait grand tort de vouloir négliger les grands problèmes cosmiques pour se borner aux
questions qui intéressent l’homme directement. Celui qui n’est pas initié dans ces matières pourrait
se dire : « Ce qui importe, c’est la destinée de l’âme humaine après la mort ; si l’on m’en instruit,
cela me suffit. Pourquoi l’occultisme m’entretient-il de choses aussi lointaines que Saturne, le Soleil
ou la Lune ? » Mais celui qui possède une notion juste de ces questions, s’aperçoit qu’il n’est pas
possible de connaître vraiment ce qui l’intéresse, sans étudier les choses qui paraissent inutiles. La
description des états où l’homme vit après la mort est inintelligible et sans valeur, si l’homme ne
peut les rattacher aux concepts qu’il a tirés de ces études lointaines. La plus simple observation
exige chez le clairvoyant ces connaissances étendues. Lorsque dans une plante, par exemple, la
fleur se change en fruit, le clairvoyant observe une transformation chez l’entité astrale qui pendant
la floraison avait recouvert et enveloppé la plante. Sans la fécondation, cette entité astrale aurait pris
une forme toute différente de celle que lui a donnée la fécondation. Pour comprendre l’essence
même de ce changement, il faut se reporter au grand événement cosmique auquel participèrent la
terre et ses habitants, lors de l’élimination solaire. Avant la fécondation, la plante se trouve dans le
même état que la terre avant la séparation solaire. Après la fécondation, la plante ressemble à la
terre encore munie des éléments lunaires, mais privée des forces solaires. Il faut s’être assimilé les
notions que suggère l’étude de l’élimination solaire, pour comprendre le sens de la fécondation
végétale ; alors on se dira : la plante est dans l’état solaire avant la fécondation, dans l’état lunaire,
après la fécondation. C’est ainsi que le plus humble des phénomènes, pour être compris, réclame la
connaissance des problèmes cosmiques les plus vastes. Sinon, ce phénomène, dans sa vraie nature,
demeure aussi incompréhensible qu’une madone de Raphaël dont on ne laisserait voir qu’un petit
coin bleu, en recouvrant d’un voile le reste du tableau. Tout ce qui se passe chez l’homme reflète les
grands événements cosmiques dont dépend son existence. Veut-on comprendre les observations des
clairvoyants sur les phénomènes qui se déroulent entre la naissance et la mort, aussi bien qu’entre la
mort et une nouvelle naissance, il faut pouvoir interpréter les perceptions imaginatives grâce aux
notions puisées dans l’étude de l’évolution cosmique. Cette étude donne la clef des énigmes de la
vie humaine. L’examen des périodes saturnienne, solaire et lunaire équivaut à l’étude de l’homme
même.

C’est par l’inspiration que l’on arrive à connaître les rapports que les entités du monde
supérieur ont entre elles. Un degré supérieur de la connaissance permet de connaître l’essence
interne de ces entités mêmes. Ce degré s’appelle en occultisme l’intuition. Intuition est un mot dont
on a abusé dans la vie courante pour désigner une vue confuse, imprécise d’un sujet, parfois
d’accord, comme par miracle, avec la vérité, mais en général impossible à justifier logiquement. Le
mode de connaissance dont nous traitons n’a naturellement rien à faire avec ce genre d’intuition.
L’intuition est ici la plus claire, la plus lumineuse des connaissances ; celui qui la possède a pleine
conscience du fondement solide sur lequel elle est assise. Connaître un objet sensible, c’est être
situé en dehors de lui, et le juger d’après les sensations externes qu’il nous procure. Connaître un
être spirituel par l’intuition, c’est devenir un avec lui, pénétrer intégralement dans sa conscience.
C’est par degrés que le disciple s’élève à cette connaissance. L’imagination le conduit à regarder les
perceptions comme représentant non plus des propriétés extérieures des êtres, mais des
imaginations de l’essence psycho-spirituelle ; l’inspiration le fait pénétrer plus avant dans leur
nature intime. Il apprend à connaître les liens qui unissent ces entités les unes aux autres ; par
l’intuition il pénètre au coeur même des êtres. Nous prendrons encore pour exemple les
enseignements contenus dans cet ouvrage pour bien dégager la signification réelle de la
connaissance intuitive. Nous ne nous sommes pas contenté d’étudier les évolutions solaire,
saturnienne ou lunaire, nous avons montré comment participent à cette évolution des Esprits des
diverses hiérarchies : nous avons cité les Trônes ou Esprits du Vouloir, les Esprits de la Sagesse, du
Mouvement, etc.. Pour l’évolution terrestre, nous avons parlé des esprits de Lucifer et d’Ahriman.
L’édification du Cosmos a été rapportée aux Esprits qui y ont coopéré. Ce que l’on peut connaître
de ces entités est du domaine de l’intuition. L’intuition est déjà nécessaire quand il s’agit
d’expliquer l’existence humaine. L’élément qui à la mort se dégage de l’enveloppe physique passe
dans la suite des temps par des étapes successives. L’imagination peut atteindre et saisir les états qui
suivent immédiatement la mort. Mais ce qui se passe ensuite, ce qui précède la nouvelle naissance
serait tout à fait inintelligible à l’imagination, si l’inspiration ne venait la seconder. Seule
l’inspiration perçoit la vie de l’homme dans le monde des Esprits après la purification. Mais après il
y a quelque chose, un certain stade devant lequel l’inspiration s’arrête impuissante, privée de son fil
conducteur. Il y a dans l’évolution humaine un état situé entre la mort et la nouvelle naissance,
auquel parvient seule la connaissance intuitive. La partie de l’être humain à laquelle correspond cet
état est toujours présente dans l’homme et si l’on veut en comprendre la vraie nature, il faut aller la
rechercher par l’intuition dans l’existence prénatale. Si l’on se contentait pour étudier l’homme de
l’imagination et de l’inspiration, on négligerait l’élément le plus profond, celui qui persiste d’une
incarnation à l’autre. L’intuition seule permet d’étudier le karma et la réincarnation. Toute vérité
relative à ces grandes lois dérive de l’investigation intuitive. Si l’homme veut se connaître lui-même
dans son essence intime, il faut qu’il recoure à l’intuition. Par elle il perçoit l’individu qui passe au
travers des existences successives. Si quelqu’un a la possibilité de connaître quelque chose dans ses
existences antérieures, ce ne peut être que par la connaissance intuitive.

*
* *

Il faut à l’homme des exercices psycho-spirituels pour accéder à l’inspiration et à l’intuition.
Ils sont analogues à ceux que nous avons appelés « concentration » et qui servent à la culture de la
connaissance imaginative. Mais tandis que dans ces exercices il y a un point de contact avec les
sensations du monde extérieur, dans ceux qui visent à la connaissance inspirée, ce point de contact
disparaît. Pour bien saisir cette modification pensez encore une fois au symbole de la Rose-Croix.
Lorsqu’on se concentre sur ce symbole on évoque une image dont les éléments sont physiques : la
couleur noire de la croix, les roses, etc.. Mais leur assemblage en un tout n’est pas tiré du monde
extérieur. Si le disciple s’efforce de bannir de sa conscience la croix noire et les roses, ces
perceptions du monde physique, et de n’y retenir que l’activité qui a présidé à l’association de ces
éléments, il y trouve le sujet d’une méditation de nature à éveiller en lui progressivement la
connaissance inspirée. Demandez-vous dans votre âme : « Qu’ai-je fait quand j’ai combiné en une
image la croix et les roses ? Ce que j’ai fait là, mon expérience intérieure, voilà ce que je veux fixer
tout en effaçant de ma conscience l’image qui est résultée de ce travail de composition. Je veux
supprimer la représentation de l’image et ressentir à nouveau l’activité de mon âme qui a généré
l’image. Je veux vivre enfermé dans l’activité qui a créé l’image. Je veux me concentrer, non plus
sur une image, mais sur ma force psychique créatrice d’images. » Il faut appliquer successivement à
plusieurs symboles ce procédé de concentration abstraite, et à la longue cette discipline conduit à
l’inspiration. Voici un autre exemple. Plongez-vous dans la pensée d’une plante qui croît et dépérit.
Laissez d’abord s’épanouir en vous l’image d’une plante qui pousse peu à peu, qui surgit de la
graine, se développe feuille après feuille, jusqu’à la floraison et enfin jusqu’au fruit. Ensuite,
évoquez son dépérissement, sa flétrissure progressive jusqu’à la décomposition finale. Par cette
concentration on arrive à un sentiment de la croissance et du dépérissement où la plante ne joue plus
qu’un rôle symbolique. Ce sentiment si l’exercice est poursuivi avec persévérance, élève
l’imagination à la connaissance des transformations qui servent de fondement au devenir et au
disparaître dans le monde physique. Veut-on monter à la connaissance inspirée correspondante, il
faut ajouter quelque chose à cet exercice. Il faut se rendre attentif à cette activité de l’âme qui a
trouvé dans l’image de la plante la représentation abstraite du devenir et du dépérir. Il faut oublier
complètement la plante et méditer exclusivement sur son propre travail d’élaboration intérieure.
C’est en vivifiant ainsi l’abstraction que l’on s’élèvera à la connaissance inspirée. D’abord il ne sera
pas facile à l’étudiant de comprendre pleinement comment il doit s’accommoder à un pareil
exercice. La raison de cette difficulté est que l’homme est habitué à édifier sa vie intérieure sur des
impressions du dehors : par suite, il chancelle et divague, lorsque ce fondement lui est soustrait, et
qu’il doit tout de même déployer une activité psychique. Pour ces exercices, plus encore que pour
ceux qui visent à la connaissance imaginative, le disciple ne devrait s’en acquitter que, si d’autre
part, il fait tout ce qu’il doit afin de consolider son jugement, d’ordonner ses sentiments et de
fortifier son caractère. S’il prend cette précaution, il atteindra un double but. D’abord il ne risquera
pas de perdre son équilibre ; en second lieu il acquerra par là-même la faculté d’exécuter
correctement les exercices eux-mêmes. On n’estimera que ces exercices sont difficiles que si l’on a
négligé de s’assimiler certaine mentalité, certains sentiments. Mais si, avec patience et
persévérance, on cultive dans son âme les qualités favorables à la germination de la connaissance
supérieure, on acquerra vite la compréhension et l’énergie nécessaires pour les exercices. En
s’habituant à passer souvent l’inspection de sa vie intérieure, non pas pour ratiociner sur soi-même,
mais pour élaborer et ordonner en silence les expériences faites durant l’existence, on progressera
avec un succès remarquable. On constatera combien les sentiments et les représentations
s’enrichissent lorsque l’on compare deux souvenirs pour les rapprocher. Car on apprend du nouveau
tout aussi bien en élaborant les expériences passées, qu’en recherchant des expériences nouvelles.
Laissez non seulement vos expériences mais encore vos opinions se mesurer les unes les autres
comme dans un libre jeu. Vous-même, avec vos intérêts et vos sentiments personnels, tâchez de ne
pas intervenir dans ces joutes, et vous préparerez un excellent terrain pour la connaissance
supra-sensible ; vous épanouirez en vous ce que l’on peut appeler une vie intérieure débordante de
richesse. Mais ce qui importe c’est l’équilibre entre les diverses facultés de l’âme. L’homme n’est
que trop porté, lorsqu’il cultive une faculté, à négliger les autres. Ainsi, lorsqu’il découvre
l’avantage de la méditation et de la concentration dans le cercle de ses propres représentations, il est
tenté de se fermer aux sensations du dehors. Mais s’il le fait, il dessèche et appauvrit sa vie
intérieure. Le progrès le plus rapide est pour celui qui, tout en se retirant en lui-même, conserve
toute sa sensibilité à l’égard du monde extérieur. Et ne pensez pas qu’il s’agisse de ce qu’on appelle
les grandes impressions dans la vie. Non, tout homme, quelle que soit sa position, fût-il confiné
entre quatre murs misérables, peut avoir des sensations, s’il se maintient en état de réceptivité. Les
expériences sont partout présentes : il n’est pas besoin d’aller les chercher.

L’important est que l’âme apprenne à les élaborer. Par exemple on fera l’expérience que
telle personnalité respectée, possède un trait de caractère que l’on peut appeler un défaut. Par cette
constatation l’homme peut être stimulé à des réflexions de deux sortes. Il peut se dire : « Maintenant
que j’ai fait cette découverte, je ne pourrai plus respecter cette personne comme par le passé. » Ou
bien il peut se demander « Comment se fait-il qu’une personne digne de respect soit affligée d’un
tel défaut ? Ce défaut est-il seulement un défaut, ou bien une conséquence de la vie de cette
personne, un résultat peut-être de ses grandes qualités elles-mêmes ? » Un homme qui se posera ces
questions conclura peut-être que son respect n’est en rien entamé par la constatation du défaut en
question. À chaque expérience de cette nature, on apprendra quelque chose, on ajoutera quelque
chose à sa compréhension de l’existence. Mais il serait fâcheux de se laisser entraîner, par le
bénéfice de cette conception, à excuser tous les défauts chez les personnes et les choses qui ont
notre sympathie, ou de prendre l’habitude de laisser de côté les choses blâmables, afin de progresser
nous-mêmes. Nous ne progressons pas si c’est pour nous satisfaire nous-mêmes que nous essayons
de comprendre les fautes plutôt que de les blâmer ; il faut que nous agissions ainsi, poussés par
l’intelligence objective du fait en question, sans avoir égard au profit que ce jugement peut nous
valoir. Il est parfaitement vrai que l’on s’instruit en comprenant une faute et non en la condamnant.
Mais celui chez qui la compréhension ferait taire tout sentiment de réprobation à l’égard du mal, ne
ferait pas de grands progrès. Ici encore il faut établir un équilibre raisonnable entre les tendances
diverses de l’âme, et soigneusement éviter de développer à l’excès l’une d’entre elles.

Il en est tout particulièrement ainsi pour une tendance de l’âme très importante dans
l’évolution humaine : c’est celle qu’on appelle le sentiment de la vénération ou de la dévotion. Si
l’on possède ce sentiment à l’état inné, ou qu’on le cultive en soi-même, on y trouve un excellent
terrain pour la production des forces qui mènent à la connaissance supra-sensible. Celui qui, dès son
enfance, a eu la faculté de regarder certaines personnes avec une admiration pleine de dévouement,
et de s’attacher à un idéal élevé, celui-là possède une disposition naturelle favorable à
l’épanouissement de la culture supra-sensible. Celui qui, plus tard, le jugement mûri, sait élever ses
regards vers le ciel étoilé, en éprouvant avec un abandon de soi-même, sans restriction, l’admirable
manifestation des hautes Puissances, celui-là se rend, par là-même, digne de recevoir la
connaissance des mondes spirituels. La même chose se passe pour celui qui admire les forces
agissant dans l’organisme humain ; et il n’est pas moins important pour l’homme parvenu à sa
maturité de savoir vénérer au plus haut degré les hommes dont il soupçonne ou constate la valeur
personnelle. Il faut être capable de ce sentiment de vénération pour pénétrer dans les mondes
supérieurs. Être incapable de respect, c’est s’interdire à soi-même des progrès notables dans le
domaine spirituel. Si l’on ne veut reconnaître aucune supériorité dans le monde, on se cache
l’essence des choses. Mais si par l’excès des sentiments de respect et de dévotion, l’homme se laisse
entraîner à tuer en lui la conscience de soi, et la confiance en soi, ces deux sentiments naturels,
pêche contre la loi de l’équilibre et de la compensation. Le disciple spirituel travaillera sans cesse à
son perfectionnement pour acquérir une maturité, sans cesse plus grande ; dans ces conditions, il
peut avoir confiance dans sa propre personnalité, dont les forces, il le sent, s’accroissent sans cesse.
Celui qui a le sentiment juste des choses, se dira : « J’ai en moi un trésor de forces cachées, et je
puis les extraire de mon être intérieur. Aussi, lorsque je vois quelque être qui m’inspire le respect
par sa supériorité, je ne me contente pas de le respecter, j’ai en outre confiance en moi, pour évoluer
toutes les forces qui pourront m’élever au même niveau que l’être qui m’inspire le respect. »
Plus grande est chez un homme la faculté de diriger son attention sur certains phénomènes
de la vie, jusqu’alors soustraits à son jugement personnel, et plus grande aussi est pour lui la
possibilité d’une évolution rapide dans les mondes supérieurs. Éclairons-nous d’un exemple. Un
homme se trouve dans une situation où il peut faire ou ne pas faire un acte déterminé. Bien que son
jugement lui conseille d’agir, une force inexplicable le détourne de l’action. Peut-être cet homme ne
prêtera-t-il aucune attention à ce mobile inexplicable, et agira-t-il comme son jugement l’y invite.
Peut-être au contraire obéira-t-il à l’impulsion de ce sentiment mystérieux, et s’abstiendra-t-il
d’agir. S’il fait une enquête sur cette action, il s’apercevra qu’en obéissant à son jugement il se fût
exposé à un malheur, au lieu qu’en se refusant à s’y conformer, il a évité ce malheur. Une
expérience de ce genre arrêtera la pensée de l’homme en un sens déterminé. Il se dira : « Il y a en
moi une force qui me dirige avec plus de sûreté que le degré de jugement auquel je suis parvenu. Il
faut que je prête attention à cette « force en moi » que mon jugement n’a pas encore atteint dans son
développement progressif. » Il est particulièrement profitable pour l’âme de porter son examen sur
des rencontres de ce genre. Elle découvre, dans une sorte de pressentiment salutaire, qu’il y a dans
l’homme plus de choses qu’il n’en peut embrasser actuellement par son jugement conscient. Cette
attention agrandit le champ de la vie de l’âme. Mais ici aussi il n’est pas sans danger de développer
avec excès une activité au détriment des autres. Si l’on s’accoutumait à exclure de ses décisions tout
jugement motivé pour obéir uniquement à la pression de pressentiments, on deviendrait le jouet
d’obscurs instincts. De cette habitude il n’y a pas loin jusqu’à la superstition et à la déraison. Toute
espèce de superstition est pour le disciple une vraie fatalité, et pour pénétrer réellement et
consciemment dans le domaine des vérités spirituelles, il faut se garder de toute superstition, de
toute rêverie et de tout vagabondage de l’imagination. Ce n’est pas un bon moyen de pénétrer dans
la spiritualité que de se réjouir quand on réalise une expérience « incompréhensible à l’esprit
humain ». La passion de l’inexplicable ne crée pas d’occultiste sérieux. Le disciple doit abandonner
l’idée préconçue que le mystique est un homme qui, partout, dans l’univers, suppose, quand il lui en
prend fantaisie, la présence de l’inexplicable ou de l’insondable. Le vrai sentiment du disciple est de
savoir reconnaître partout la présence des forces et des entités cachées : mais d’admettre en
revanche que l’insondable peut être sondé en évoluant les forces appropriées.

Il y a pour le disciple un état d’âme précis qui intervient à tous les degrés de son
développement. Il consiste à ne pas voir sous un seul aspect son besoin de connaître. Au lieu de se
dire toujours : « Comment répondre à telle ou telle question ? » il se demandera : « Comment
développer en moi telle ou telle faculté. » Car, lorsque grâce à un long et patient travail intérieur les
facultés sont épanouies dans l’homme, les réponses aux questions posées se présentent
d’elles-mêmes à son esprit. Tel est la disposition intérieure que le disciple doit cultiver sans trêve.
C’est ainsi qu’en travaillant sans cesse, il progressera sans cesse. Et sans vouloir exiger les réponses
à certaines questions, il attendra que ces réponses s’offrent d’elles-mêmes. Mais s’il se développe
dans un sens unique, il n’ira pas loin. Le disciple doit avoir le sentiment qu’à un moment déterminé
il pourra, dans la mesure de ses forces, résoudre lui-même de plus hautes énigmes. Ici encore
l’égalité et l’équilibre entre les forces jouent un rôle prépondérant.
Nous pourrions énumérer beaucoup d’autres qualités dont le développement et la culture
favorisent l’acquisition de la connaissance inspirée. Et pour chacune d’entre elles nous affirmerions
de nouveau que l’équilibre est la chose essentielle : car c’est lui qui prépare à la compréhension et à
la pratique des exercices qui ont pour but l’inspiration.

Les exercices qui visent à l’intuition exigent que le disciple élimine de sa conscience, non
seulement les images qui ont servi d’objets à ses méditations, mais même la concentration sur sa
propre activité qu’il a pratiquée en vue de la connaissance inspirée.
Il faut qu’à la lettre il n’y ait plus dans son âme aucune trace des activités externes ou
internes qu’il a connues auparavant. Si après la disparition de ces expériences externes et internes il
restait un néant dans sa conscience, c’est-à-dire si cette conscience même disparaissait pour faire
place à une totale inconscience, cela prouverait qu’il n’est pas encore mur pour les exercices
appropriés à l’intuition : il faudrait qu’il continuât ses exercices pour l’imagination et l’inspiration.
Mais un moment vient où après ces éliminations radicales, la conscience ne demeure pas vide. Il y
reste quelque chose, qui est la suite de cette élimination, et qui peut être l’objet d’une concentration,
tout comme l’activité antérieure issue des expériences externes ou internes. Ce « quelque chose »
est vraiment une chose nouvelle, totalement différente de tout ce qui l’a précédée. Quand on en
éprouve la réalité, on sent qu’on ne l’avait jamais connue auparavant. Et l’on se dit : « C’est une
perception, comme le son réel est une perception que mon oreille entend ; mais cette perception ne
peut pénétrer dans ma conscience que par l’intuition, tout comme le son physique ne peut pénétrer
dans ma conscience que par mon oreille. » Par l’intuition l’homme dépouille les derniers restes de
la sensibilité physique qui demeuraient en lui : le monde spirituel s’étend comme un champ ouvert
devant sa connaissance, sous une forme qui n’a plus aucun rapport avec les propriétés de l’univers
sensible.


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