Pourquoi Rudolf Steiner a quitté la Société théosophique ?

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Pourquoi Rudolf Steiner a quitté la Société théosophique ?

Message par obsidienne le Jeu 19 Jan - 1:01

Pourquoi Rudolf Steiner a quitté la Société théosophique ?

Dornach, dimanche 4 février 1923. Complément de conférence :



Il est étrange de voir quelles idées peuvent apparaître précisément à la lecture d’ouvrages anthroposophiques. Je les comprends et ne les contredis pas, le plus souvent, car elles ont leur valeur pour les personnes. Mais prenons par exemple « La science de l’occulte ». J’ai eu la visite de personnes qui m’ont proposé de peindre toute « La science de l’occulte », afin de présenter des images aux lecteurs. Ces désirs se sont exprimés, et il en est même parmi des essais. Je n’y vois rien à objecter si les essais sont bons, on peut même les admirer, c’est tout à fait beau de faire ce genre de choses. Mais que recherche-t-on ainsi ?

Ce projet naît du désir d’enlever ce qu’on développe de plus important dans « La science de l’occulte », et de présenter devant les hommes des images, c’est-à-dire à nouveau des parois de planches. Car ce qui importe, c’est de faire avec ce que l’on a, notre langue telle qu’elle est devenue ; et ce qu’il y a d’horrible dans l’écriture et l’imprimerie, c’est de ne pas se dresser contre ce que la civilisation nous a donné et de le prendre de telle sorte que le lecteur puisse le surmonter, qu’il puisse s’en extraire et forger lui-même les images dont il a besoin et qui ont été dépassées dans l’horrible noir d’encre.

Plus les images  seront individuelles, mieux ce sera. Si cet effort d’imagination est enlevé par une image donnée, il s’érige derechef un mur devant le monde. Je ne veux pas opposer des philippiques à la transcription picturale de la Science de l’occulte, évidemment non, mais j’aimerais indiquer en quoi doit pouvoir consister l’accueil individuel de cet ouvrage.

Ces choses doivent être présentes correctement à l’esprit. Il faut parvenir à ce que l’anthroposophie soit une lecture dans laquelle on n’entre pas comme dans toues les autres. Elle présuppose un changement de la pensée et du sentiment, un changement de l’être humain. Lorsqu’on présente un chapitre d’astronomie par exemple, du point de vue de l’anthroposophie, on ne peut pas le comparer simplement à l’astronomie ordinaire et se mettre à argumenter, à prouver et à réfuter. Cela n’a pas de sens. Il faut savoir que la compréhension de l’astronomie tirée de l’anthroposophie exige un changement de la pensée et du sentiment.

Lorsqu’en présence d’une réfutation d’un chapitre de l’astronomie anthroposophique, on propose des arguments tirés de la même logique, on ne fait pas un seul pas en avant, car on reste de part et d’autre dans la même façon de penser. Il ne s’agit donc pas de cela ; il importe que l’anthroposophie soit portée par une vie nouvelle. Or cela est urgent aujourd’hui.

Il est en effet urgent dans la phase actuelle de la Société anthroposophique de parler de ces choses car elles commencent à être profondément mal comprises. Pour cela, laissez-moi tracer un petit retour sur le devenir de la Société anthroposophique.

Voyez-vous, la Société anthroposophique n’a pas cherché à naître ; elle est apparue à la suite des circonstances de la vie. Elle est apparue au début de ce siècle à partir de  certains liens assez lâches avec la Société théosophique. La Société théosophique s’est toujours employée essentiellement à remettre à l’ordre du jour les anciens  principes d’initiation. Le destin a voulu qu’il soit tout d’abord possible de parler d’anthroposophie au sein des cercles théosophiques. J’ai souvent évoqué les raisons de cela et je ne veux pas y revenir maintenant. J’en ai parlé dans un article paru dans la série « Les dix ans du Goetheanum ».

Mais il a fallut que l’anthroposophique s’émancipe en raison de la conception moderne de l’esprit qui, dirais-je, penchait dans les cercles les plus larges vers la théosophie : c’est-à-dire vers une réactualisation des anciennes méthodes d’initiation. Les événements ridicules des années 1907 à 1910 montrèrent assez que les anciennes méthodes d’initiations ne pouvaient pas correspondre aux nécessités de notre époque dès lors qu’on abordait le problème du Christ comme on le fit dans les mouvements spirituels qui avaient le caractère de la théosophie. Ce mouvement théosophique produisit une absurdité en voulant que le christ Jésus apparaisse réincarné dans un enfant du présent.

Toutes les autres absurdités produites par le mouvement théosophique découlèrent ensuite de cela. Dès le début l’anthroposophie devait conduire, contrairement à la théosophie, à une compréhension correcte du mystère du Golgotha. C’est la raison pour laquelle le thème principal de l’anthroposophie à ses débuts fut l’explication des évangiles, une introduction à la juste compréhension du mystère du Golgotha.

Tandis que les autres mouvements spirituels tombaient dans les  pires défauts concernant ce sujet, le mouvement anthroposophique s’approchait toujours plus d’une compréhension réelle du mystère du Golgotha et, ne pouvant plus rester lié au mouvement théosophique, alla son propre chemin, avec cette vision du mystère du Golgotha.

Ce fut la première phase des efforts anthroposophiques. Il y avait une impulsion importante, unificatrice, de lier le mouvement anthroposophique de façon correcte avec le mystère du Golgotha. On peut dire qu’avec la rédaction de mes drames-mystères, cette phase arriva à une sorte de terme provisoire. Il y avait alors parmi les anthroposophes la conviction que le mouvement anthroposophique devait être relié correctement au mystère du Golgotha, c’était une conviction générale des anthroposophes.

L’élan du mouvement anthroposophique de 1908, 1909 etc…, venait de ce qu’on avait conquis une compréhension correcte du mystère du Golgotha. Tout fut orienté de façon à mettre le mystère du Golgotha au centre de la nouvelle compréhension. C’est ce qui donna son caractère à la Société anthroposophique.

Mais tout ce qui est placé dans la vie réelle subit l’histoire et celle-ci fut plus rapide qu’ailleurs pour la Société anthroposophique, car elle profitait d’une vie intérieure intense.
Alors que l’anthroposophie s’était déjà totalement détachée de la théosophie, vint la deuxième phase. C’est le moment où je présentai à Prague le cycle de conférences sur la physiologie occulte.

C’est là où, dirais-je, la connaissance anthroposophique put conquérir de plus en plus la connaissance du monde. On pouvait ainsi montrer au monde que l’anthroposophie n’est pas quelque chose qui plane dans des nuages mystiques, mais quelque chose qui s’empare de la conscience moderne. Elle prend en compte la montée du développement de l’âme de conscience. Elle ose s’engager dans des domaines qui ne se comprennent que grâce à la spiritualité, des domaines, cependant, qui appartiennent à l’environnement humain.

Ainsi, maintenant que le mystère du Golgotha était, dirais-je, fermement ancré dans le mouvement anthroposophique, celui-ci, comme un mouvement scientifique fondé sur une sérieuse prise en compte du mystère du Golgotha, put faire ses premiers pas.

Tout cela fut difficile à maitriser en ces périodes turbulentes de l’Europe alors que se déclara la guerre mondiale. Nous étions dans la deuxième phase du mouvement anthroposophique. Nous avions, en quelque sorte derrière nous, d’avoir témoigné de notre attachement au mystère du Golgotha. Nous avions entrepris d’étendre l’impulsion anthroposophique aux divers domaines de la civilisation mondiale. Puis vint une période où les gens étaient à tel point séparés les uns des autres que la méfiance et la haine prirent le dessus.


Dernière édition par obsidienne le Jeu 19 Jan - 19:25, édité 2 fois
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Message par obsidienne le Jeu 19 Jan - 1:04

Alors se mit à vivre dans la Société anthroposophique tout ce qui n’aurait jamais dû y entrer si elle voulait développer correctement l’impulsion de son existence. Dans un certain sens, on a tout de même réussi, malgré les difficultés d’alors, à maintenir la Société anthroposophique.

Songeons aux difficultés d’alors. Une grande difficulté est due au fait que la première fondation de l’anthroposophie est partie de l’Europe Centrale allemande et qu’il a fallut placer notre Goetheanum sur un terrain neutre et que, dirais-je, toute collaboration entre êtres humains provenant des diverses parties de l’Europe était vue souvent d’un fort mauvais œil.

Toute activité par-dessus les frontières, tout voyage de-ci de-là étaient alors confrontés aux pires difficultés. Mais les difficultés furent surmontées car elles ont été prises en mains, et il faut le dire, mes chers amis, elles furent prises en mains par l’esprit anthroposophique. Je sais qu’alors plus d’un membre du mouvement anthroposophique a dû critiquer et prendre à mal bien des choses, car il n’était pas facile de voir tout de suite ce qu’il fallait entreprendre contre les avis divisant alors le monde, afin d’assurer l’union telle que seule elle pouvait être dans l’esprit anthroposophique !

C’est ainsi que nous avons réussis à conduire et maintenir dans sa spécificité, dans une certaine mesure, le mouvement anthroposophique, en dépit des difficultés engendrées par la crise. Ceux qui étaient portés alors à la méfiance, ont pu être regagnés à la confiance lorsqu’ils ont pu se dire, en tant qu’étrangers au mouvement, que l’on peut bien prendre l’anthroposophie comme on voudra, ce n’est pas une chose envers laquelle on doit nourrir de la méfiance malgré ses collaborations dans les nations les plus diverses.

Le navire anthroposophique, si je puis dire, a pu être conduit jusque dans la période de la guerre. Malgré l’incompréhension et tout ce qui a pu en heurter plus d’un sous l’emprise de quelque fureur nationale, ce qui a été fait l’a été sous l’esprit de l’anthroposophie. C’est ainsi que malgré toutes les difficultés, nous avons pu continuer la construction de notre Goetheanum.

Pour résumer, disons que la deuxième phase de l’anthroposophie, alors qu’elle n’était plus au stade embryonnaire comme en 1908, 1909, s’est étendue jusqu’en 1915, 1916. Il est évident que, pour la plupart, ses prolongements demeurèrent.

La troisième phase commence donc vers 1916, l’anthroposophie devait mûrir, comme tout enfant.

Oui, mes chers amis, de quelle période s’agissait-il ? C’est l’époque où toutes sortes de personnalités à l’intérieur du mouvement anthroposophique qui, entre temps, avait fortement grandi, eurent des idées, des idées qui prirent des dimensions fort fâcheuses dans l’après-guerre.

Il est dans la nature d’un tel mouvement que les personnalités dans ses rangs aient des idées, car un tel mouvement doit mûrir. En prenant de l’ampleur, il doit, par la force des choses, compter en lui des personnalités dirigeantes. Il était nécessaire que ces personnalités restent, d’une volonté de fer, fidèles à leurs idées. Il était nécessaire que ces idées ne soient pas simplement reprises ailleurs, transformées en programmes puis abandonnées. Il aurait fallu que ces personnalités restent auprès de leurs idées avec une volonté de fer.

Les idées qui tendaient à se réaliser étaient toutes très bonnes. Ce qui l’était moins, et qui doit encore changer, c’était l’attitude des personnalités envers ces idées. Car il s’agit d’acquérir de la persévérance dans l’accompagnement des idées. C’est là qu’intervenait, par la force des choses, un nouvel élément.

Dans la première phase, les gens pouvaient s’approcher facilement de l’anthroposophie, car il s’agissait simplement d’accueillir ce que le mouvement proposait. La première phase, c’était avant tout cela : adhérer au mouvement et recevoir ce qu’on y proposait.
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Message par obsidienne le Jeu 19 Jan - 19:05

Extrait du livre de Rudolf Steiner « Autobiographie volume 2 » Chapitre XXXI - Page 178

Ma mission consistait à élaborer pour l’anthroposophie une base aussi objective que la pensée scientifique, laquelle ne s’arrête pas à la simple énumération d’observations sensibles, mais s’élève à une compréhension synthétique. On pouvait à la rigueur discuter mes analyses philosophiques et scientifiques, ou mes commentaires scientifiques relatifs aux idées de Goethe ; - tout cela pouvait sembler plus ou moins exacte. Par contre, il est certain que je me suis toujours efforcé de respecter les exigences de l’objectivité scientifique.

Fort de cette connaissance dégagée de toute sentimentalité mystique, je cherchai ensuite l’expérience du monde de l’esprit. Que l’on veuille bien prendre la peine de vérifier, dans mes ouvrages « Mystique et esprit moderne » et Le Christianisme en tant que fait mystique », comment le concept « mystique » a été traité dans le sens de cette connaissance objective. Le plan de construction de ma « Théosophie » mérite une attention particulière. La vision spirituelle est à l’arrière-plan de chacune des démarches de cet ouvrage ; rien n’y est dit qui n’en découle. Au début du livre cette contemplation spirituelle s’exprime à travers les idées scientifiques ; puis progressivement, accédant aux domaines supérieurs, elle est amenée à créer librement des imaginations du monde de l’esprit. Cette description imaginative émerge de la pensée scientifique aussi naturellement que la fleur vient à la suite de la tige et des feuilles. On ne possède par une vue totale de la plante tant qu’on ignore la fleur ; de même, pour parvenir à une vue totale de la nature, il convient de s’élever du sensible jusqu’à l’esprit.

Je cherchais à démontrer que l’anthroposophie est la continuation objective de la science, et non une simple doctrine subjective et parallèle. Naturellement cet effort ne fut pas compris au début, car on considérait les limites de la science situées là où commence l’anthroposophie. On ne se sentait d’ailleurs nullement enclin à animer les idées scientifiques pour leur faire saisir le spirituel. On demeurait sous l’emprise des coutumes intellectuelles de la seconde moitié du XIXe siècle. Par crainte d’entrer dans des régions où chacun ferait valoir sa libre fantaisie, on n’avait pas le courage de briser les chaînes de l’observation purement sensible.

Telle était l’orientation de ma vie intérieure lorsqu’en 1902 Marie von Sivers et moi acceptâmes de diriger la Section allemande de la Société théosophique. Marie von Sivers était la personne, qui, de par son être profond, offrait la possibilité d’écarter tout sectarisme de ce que nous étions en train d’édifier, et de donner à notre cause un caractère lui assurant sa place au sein de la vie intellectuelle et culturelle. Elle s’intéressait beaucoup à l’art dramatique et à l’art de la parole ; elle avait suivi une formation dans les meilleurs conservatoires, notamment à Paris, et perfectionné ainsi son talent naturel. Au temps où je fis sa connaissance à Berlin, elle s’y consacrait toujours et cherchait à s’initier aux différentes méthodes de l’art de la parole.

Une profonde amitié nous lia bientôt et permit de développer une collaboration dans les domaines spirituels les plus variés. Nous ne tardâmes pas à voir dans notre activité commune consacrée non seulement à l’anthroposophie, mais aussi à l’art poétique et à l’art de la parole, notre raison d’être.

Cette culture en commun de la vie spirituelle pouvait seule constituer le point central à partir duquel nous allions faire rayonner l’anthroposophie, en utilisant au début le cadre offert par la Société théosophique.

Lors de notre première visite à Londres, la Comtesse Wachtmeister, connaissance intime de Mme Blavatsky, avait fait à Marie von Sivers maintes confidences sur la personne de son amie, et donné par ailleurs de précieux renseignements sur l’organisation de la Société théosophique et le développement de ce mouvement. Elle était familiarisée, et ce à un degré très avancé, avec le contenu spirituel révélé à cette Société, et savait parfaitement comment il avait été cultivé par la suite.

Comme je l’ai mentionné plus haut, il fut possible de trouver dans le cadre de la Société théosophique des gens désireux d’entendre parler du monde spirituel ; en disant cela, je ne pense pas spécialement aux membres de cette Société. Il est vrai que beaucoup d’entre eux se montrèrent bientôt très compréhensifs envers ma façon d’enseigner la science spirituelle.

Mais un grand nombre de ces membres étaient des partisans fanatiques de tel ou tel dirigeant de la Société, et ne juraient que par les dogmes émis par ces personnalités d’esprit sectaire.

Le niveau trivial et le dilettantisme en cours dans la Société théosophique me rebutait. Je ne trouvais guère de substance intérieure que chez les théosophes anglais ; léguée par Mme Blavatsky, cette substance était entretenue alors par Annie besant et quelques autres. Je n’aurais jamais pu agir selon leur style, mais je voyais dans le courant qui les animait un noyau spirituel pouvant servir de point de départ pour toute personne qui prendrait à cœur l’enseignement de la Science spirituelle.

Ce n’est donc par sur les membres de la Société théosophique que nous comptions, Marie von Sivers et mi, mais plus généralement sur tous ceux que l’élan du cœur et l’intérêt profond destinaient à cultiver sérieusement la Science spirituelle.

Certes, notre travail au sein des branches de la Société théosophique constituait bien une base de début indispensable, mais il ne représentait qu’une partie de nos activités. Notre action portait en premier lieu sur les conférences publiques, où je m’adressais à des auditeurs n’ayant rien à voir avec la société théosophique, mais simplement intéressés par les sujets traités.

Ainsi, ceux qui avaient pu m’entendre parler du monde spirituel et ceux qui, venant des milieux théosophiques, s’étaient ralliés à mon enseignement, formèrent au sein de la Société théosophique le germe de ce qui plus tard allait devenir la Société anthroposophique.

Mon action au sein de la Société théosophique m’a valu de nombreuses incriminations, même de la part de celle-ci. On m’a entre autre reproché de m’être servi du renom de cette Société comme d’un tremplin pour ouvrir plus commodément la voie à mon propre enseignement spirituel.

Cela est complètement absurde. Lorsque je donnai suite à l’invitation qui m’avait été faite par cette Société, celle-ci était la seule institution sérieuse où existait un intérêt réel pou la vie spirituelle. Et si l’état d’esprit, l’attitude et l’activité étaient demeurés ce qu’ils étaient alors, jamais mes amis et moi n’aurions éprouvé le besoin d’en sortir. On aurait simplement pu se contenter de fonder, dans le cadre même de la Société théosophique, une section spéciale : la « Société anthroposophique ».

Mais dès 1906 apparurent dans la Société théosophique des symptômes alarmants de sa prochaine décadence.

Au temps de Mme Blavatsky déjà, les observateurs extérieurs affirmaient l’existence de certaines manifestations inquiétantes. Il faut toutefois reconnaître qu’au début du siècle le sérieux du travail spirituel fourni dans cette Société compensait largement les irrégularités commises, encore que celles-ci aient toujours été contestées.

Mais à partir de 1906, cette Société, sur la direction de laquelle je n’exerçais aucune influence, connut des pratiques rappelant certains excès du spiritisme. Je fus donc amené à préciser avec insistance que la Section dont j’avais la direction n’était en rien concernée par ces procédés. Le tout arriva à son comble lorsque l’on prétendit que le Christ allait se réincarner sur terre dans un jeune hindou.

Pour propager cette absurdité, on fonda une société spéciale au sein de la Société théosophique : « L’Etoile d’Orient ». Pour moi et mes amis il était absolument impossible d’accepter comme membres de notre Section allemande  les adeptes de « L’Etoile d’Orient » qui en manifestaient le désir, bien qu’Annie Besant l’eût souhaité, en sa qualité de présidente de la Société théosophique. A cause de ce refus nous fûmes exclus en 1913 de la Société théosophique. Nous nous vîmes alors dans l’obligation de fonder une Société anthroposophique indépendante.

Si j’ai largement anticipé sur les événements ultérieurs de ma biographie, c’est que seuls ces faits plus récents peuvent éclairer correctement mes intentions d’alors, au moment où j’entrai dans cette Société au début du siècle.


A Londres, en 1902, prenant pour la première fois la parole au congrès de la Société théosophique, j’avais dit : l’union des différentes sections se fera si chacune apporte vers le centre ce qu’elle a à donner. J’avais souligné que telle était mon intention en ce qui concerne la section allemande, et fait clairement comprendre qu’elle ne se laisserait jamais imposer des dogmes, mais constituerait un lieu d’investigation spirituelle entièrement indépendant ; ses membres souhaitaient, lors du rassemblement de toute la Société, s’entendre avec les autres sur la pratique d’une vie spirituelle authentique.
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Re: Pourquoi Rudolf Steiner a quitté la Société théosophique ?

Message par obsidienne le Sam 21 Jan - 21:54

Extrait du livre de Rudolf Steiner « Autobiographie volume 2 ».

Chapitre XXVI

On trouve dans mes écrits et mes conférences de cette époque certaines affirmations apparemment en contradiction avec ce que j’ai dit plus tard au sujet du christianisme. Cela tient au fait suivant : Lorsque j’utilisais le mot « christianisme », j’avais présent à l’esprit le dogme de l’au-delà tel qu’il était employé dans les confessions chrétiennes.

Partout l’expérience religieuse faisait état d’un monde de l’esprit demeurant inaccessible à l’homme, quel que soit son effort pour développer ses forces spirituelles. L’enseignement dispensé par la religion, ses prescriptions morales trouvent leur origine dans les révélations que l’homme reçoit du dehors. A cela s’opposait ma conception de l’esprit, estimant qu’il en est du monde spirituel comme du monde perceptible aux sens : on doit pouvoir en faire l’expérience à travers ce que l’homme perçoit en lui et dans la nature. Mon individualisme éthique s’y opposait aussi ; il ne pouvait pas chercher la source de la vie morale dans les commandements venus du dehors, mais dans le seul développement des facultés psychiques et spirituelles de l’être humain habité par le divin.

L’expérience intérieure engendrée par la contemplation du christianisme constitua pour moi une épreuve douloureuse. Elle dura depuis mon départ de Weimar jusqu’à l’élaboration de mon livre « Le Christianisme en tant que fait mystique ». Il faut voir dans de pareilles épreuves des obstacles dressés par le destin (karma) sur notre route, pour que nous les surmontions au cours de notre développement spirituel.

Je voyais dans le mode de pensée qui peut découler de la connaissance scientifique, - mais en fait n’en découlait pas – le point de départ permettant à l’homme d’accéder à la compréhension du monde de l’esprit. C’est pourquoi j’insistais résolument sur la connaissance de la nature, laquelle devrait conduire à la connaissance spirituelle. Pour qui ne dispose pas comme moi de l’expérience directe du monde de l’esprit, se plonger de la sorte dans une attitude contemplative de la pensée passera pour une simple activité intellectuelle.

Mais lorsqu’on fait l’expérience réelle du monde spirituel, celui-ci prend une signification essentiellement différente. On est amené à s’approcher dans le monde spirituel d’entités, qui veulent faire de cette attitude contemplative la seule valable. Ici le dogmatisme étroit de la connaissance ne conduit pas simplement à des égarements abstraits, car ce qui est erreur dans le monde des hommes devient un vivant commerce de l’esprit avec des entités supérieures. Plus tard, pour caractériser cette orientation-ci, j’ai parlé d’entités ahrimaniennes. Que l’univers soit une machine est pour elles une vérité absolue. Le monde où elles vivent confine au monde sensible.

A aucun moment, pas même dans l’inconscient, mes propres idées n’ont succombé à ce monde, car je veillais très attentivement à ce que tout acte de connaissance se déroule en pleine lucidité. D’autant plus conscience était alors ma lutte intérieure contre ces puissances démoniaques qui voulaient faire aboutir la connaissance de la nature, non pas à la contemplation de l’esprit, mais à une pensée matérialiste et mécaniste.

Celui qui aspire à la connaissance spirituelle doit faire l’expérience de ces mondes ; le simple savoir théorique ne suffit pas. A cette époque j’eus à mener de terribles combats intérieurs pour sauvegarder ma vision spirituelle. Ces luttes se déroulèrent à l’arrière-plan de mes expériences dans la vie extérieure.


Pour surmonter cette période d’épreuves je dus accéder à la vision du christianisme et de son évolution. Cette recherche me conduisit aux résultats exposés dans mon livre « Le Christianisme en tant que fait mystique ». Jusqu’alors j’avais toujours fait allusion à un enseignement christique tel qu’il était proposé par les confessions traditionnelles. Nietzche n’avait pas agi autrement.

Dans un passage précédent j’ai rapporté un entretien sur le Christ, que j’avais eu avec ce cistercien, éminent professeur à la faculté de théologie catholique de Vienne.
Je n’avais rencontré qu’une attitude sceptique. Le Christianisme que je cherchais ne m’apparaissait dans aucune des confessions traditionnelles. Après cette période probatoire, marquée par de terribles luttes intérieures, j’ai dû me plonger dans le christianisme, c’est-à-dire pénétrer dans la région où l’esprit en parle.

Ma position à l’égard du christianisme illustre très clairement que, dans l’élaboration de ma science spirituelle, je n’ai jamais emprunté la voie que beaucoup m’attribuent. D’après eux, j’aurais, pour ce faire, simplement rassemblé des données d’anciennes traditions et travaillé à partir de doctrines gnostiques et autres.

Or les données de connaissance spirituelles contenues dans le « Christianisme en tant que fait mystique », je les ai directement puisées au sein même du monde de l’esprit. C’est uniquement pour montrer aux auditeurs de mes conférences et à mes lecteurs la concordance entre les résultats de mon investigation spirituelle et les traditions historiques, que je ne suis reporté à ces documents et leur ai fait place dans mes exposés. Je n’ai jamais rien introduit dans ces derniers qui fût emprunté à ces documents, sans en avoir préalablement eu la vision spirituelle.

Cette époque, où j’avais formulé sur le christianisme certains propos dont le sens littéral semblait en contradiction avec ce que j’en ai dit plus tard, fut aussi celle où le vrai christianisme avait déposé dans mon âme un germe qui s’y épanouit peu à peu sous forme d’une apparition relevant de la connaissance intérieure. Au tournant du siècle ce germe n’a cessé de se développer.

Les épreuves intérieures mentionnées se situent juste avant. L’évolution de mon âme fut marquée par le fait d’être spirituellement placé face au Mystère du Golgotha par un acte de connaissance au plus haut degré intime et solennel.
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Re: Pourquoi Rudolf Steiner a quitté la Société théosophique ?

Message par solasido le Jeu 23 Mar - 8:59

Bonjour obsidienne et à tous


obsidienne a écrit:Extrait du livre de Rudolf Steiner « Autobiographie volume 2 ».

Pourquoi Rudolf Steiner a quitté la Société théosophique ?

A chacun sa boue, sa bouée et ses rames

Pas de souci pour rentrer chez toi ni visiblement, pour copier et coller
ce qui marche sans donner le moindre avis de ton cru

Continue, à te plaindre, à polémiquer, avec tes honorables mélomanes,
de tout poil de toute plume ou de tout bord, quitte à prendre en otage
chacun d'entre eux, et tes honorables lecteurs, y compris ceux qui,
malgré tout, t'accordent tout leur respect que tu cesses ou non de plaire.

Steiner a peut-être compris que se limiter, c'est s'enfermer !
Jusqu'à preuve du contraire, même pour la sienne toute vie reste saturée de miracles

Un vrai système expert de théosophie comme d’anthroposophie et sa méthode
restent une magnifique révolution livresque laquelle va, vient, arrive comme
l'observation au milieu des conditions d'une entraide infinie
à décoller sur le net, sans nétiquette, en un temps record,
aussi infiniment simple et totalement complexe que respirer
ou d'être las à juste respirer pour survivre...

Comme une intention non suivie d'action, intégrant chacune des énergies utilisées,
chacun des champs utilisés, une spiritualité sans art ni science de la respiration
ne vaut pas souvent grand chose d'autre qu'une fuite de cohérences.

Revient, l'impraticable comme la Fuite éperdue des repères qui ne coopèrent pas plus que ça...

Mélomane plutôt que musicien, Steiner démontre qu'il n'a pas la science de ce qu'il dit,
victime de sa pensée dynamique et de ses définitions repérables
quand il s'agit de vivre l'unité, comme une densité de l'existence sans repère
donc autre chose que ce bâton de mendiant que le vieux jour poursuit jusque dans les musées,
les dortoirs, les cimetières de la vie excluant toute stratégie gagnant-gagnant
où Aimer- Errer  Veiller signifie aussi vivre, rien que vivre à peu près comme ce qui suit:

L'intention compte  Le coeur additionne point d'errance, de cohérence ou d'incohérence
L'intuition raconte L'intellect soustrait rayon d'errance, de cohérence  ou d'incohérence
L'Attention opère L'Âme divise champ d'errance, de cohérence ou d'incohérence
L’Intérêt repère  L'Esprit multiplie fuite d'errance, de cohérence  ou d'incohérence



Deux situations se présentent  : collaborer ou trahir


Oublier, Trouver, Rencontrer, Chercher
des illustrations concrètes,
et des exemples (dans l’expérience) des idées mène à 10 traits mutables sur 18.


Pourquoi Rudolf Steiner a quitté la Société théosophique ?
Mieux vaut relier chaque pourquoi et son comment, cependant,
priver l'adversaire (le contradicteur) de ressources avant de l'attaquer
ressemble bien à une vieille ruse de bonne guerre même si l'on n'aime guère que la paix

Au plus vite -  Cela ne suffit pas ! C'est comme pour le temps d'un repas
qu'un esprit de paix prolonge et inscrit dans la durée (étape n°10 ou trigramme 899)


899


Prétendre  que trahir ses idées, se trahir soi-même
demeure  une stratégie gagnant/gagnant de convivialité,
revient à manger par coeur.

Convoitise et cupidité à persuader
Résolution et dissolution à guider
Se mobilier, tenir bon
durant la tentative d’interpréter la vie,
les êtres humains etc, selon les idées de R. Steiner,
en termes de mécanicité, types, sources, centres, etc.

Référence ===========> L'Action guérit la peur
Choix ==============> Comprendre c'est guérir
Décision ============> L'Inaction produit la terreur



Pour éveiller la gratitude,
d’abord comprendre intellectuellement,
puis passer à l’action où convivialité
signifie encore, l'effort qui vient de soi.

Dans certains cas extrêmes l'échelle musicale [Ré-Ré#-Mi- Sol#]
produit l'effet d'un puits en relation avec le temps d'un repas.

C'est à dire ce qui ne peut s’accumuler et qui concerne l'être
sans le consterner pour autant, contient autant d'unités temporelles
que de nombres premiers, à moins que n'y toi, ni lui,ni ses suiveurs
n'aient n'aient jamais changé d'avis, sur ceux qui se limitent
et qui  ainsi s'enferment à prendre l'autre en otage,
à force de découper le cours du temps (non-coupable) en durées...


Celui qui n'a pas d'autre mesure que lui-même
s'engage dans la démesure
sans espoir de retour à une commune mesure

Bien à toi, à chacun et à tous
Souriante journée
Merci beaucoup
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Re: Pourquoi Rudolf Steiner a quitté la Société théosophique ?

Message par Archange le Jeu 30 Mar - 6:21

Salut solasido, j'ai déjà dit de cesser de t'en prendre aux intervenants sur les copier coller si tu veux réagir et donner ton avis sur ce qui est posté, fais-le sans provoc et avec bon esprit, c'est mon dernier avertissement

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Re: Pourquoi Rudolf Steiner a quitté la Société théosophique ?

Message par obsidienne le Lun 10 Avr - 12:10

Pensée clairvoyante et perception du vivant

Extrait  : exemple d’un exercice permettant d’observer l’apparition de la pensée intuitive.

«  Exercice  : Examinons au moyen du penser la relation entre la cause et l’effet et observons les phénomènes concomitants qui apparaissent.

Résultat  : Si l’on maintient dans la conscience la rela­tion au niveau purement conceptuel, sans aucune­ représentation, on peut faire l’expérience par exemple d’une sorte de division de l’espace, avec la cause d’un côté et l’effet de l’autre. Si l’on reste attentif, on peut encore faire l’expérience d’une limitation nette entre les deux côtés. Du côté de la cause se produit un mouvement, peut-être en direction de la séparation et passant au-dessous de celle-ci, tandis que du côté de l’effet le mouvement semble émerger de la zone de séparation.

Faire de telles expériences de mouvements ne constitue en rien une illusion, ce sont au contraire les premières impressions des forces éthériques qui communiquent une image du concept examiné. Ce sont elles que nous suivons (normalement de façon préconsciente) lorsqu’une connaissance surgit dans notre conscience.  »

http://www.editions-triades.com/livres/spiritualite/meditation-et-developpement/pensee-clairvoyante-et-perception-art1639.html
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Re: Pourquoi Rudolf Steiner a quitté la Société théosophique ?

Message par solasido le Mar 16 Mai - 16:41

Bonjour à tous



Bien à chacun et à tous

Merci beaucoup
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Re: Pourquoi Rudolf Steiner a quitté la Société théosophique ?

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