Fortifier l'âme pour la préparer aux nouvelles conditions dans les mondes supérieurs (Rudolf Steiner)

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Fortifier l'âme pour la préparer aux nouvelles conditions dans les mondes supérieurs (Rudolf Steiner)

Message par Archange le Sam 29 Sep - 14:25

(Extrait "La science de l'Occulte" de Rudolf Steiner)




Qualités à développer avant l'entrée dans les mondes supérieurs



l’âme doit devenir maîtresse non seulement dans le domaine de la pensée, mais encore
dans le domaine de la volonté. Dans le monde physique, c’est encore la vie qui est la grande
dominatrice. Elle, crée en l’homme différents besoins, et la volonté se sent sollicitée de les
satisfaire. Pour la discipline occulte, l’homme doit s’habituer à obéir strictement à ses propres
ordres. En prenant cette habitude, il trouvera de moins en moins de plaisir à désirer des choses sans
consistance. Ce qu’il y a d’instable et d’inassouvi dans nos volitions vient du désir qui nous entraîne
vers des objets dont la possession n’éveille en nous aucun concept défini. Cet état met le désordre
dans nos sentiments, lorsque le Moi supérieur naît de l’âme. Un bon exercice consiste à se donner à
soi-même, durant des mois, un ordre précis à un moment précis de la journée : un ordre d’exécuter à
cet instant déterminé telle ou telle action. On arrive à fixer le moment de l’exécution et la manière
d’exécuter l’action, de telle sorte que l’exécution soit rendue strictement possible. Ainsi on s’élève
au dessus de la néfaste habitude qui consiste à dire sans cesse : je voudrais faire ceci ou cela, sans
songer aucunement à la réalisation possible de ce souhait. Un grand homme a fait dire à une
prophétesse : « Celui qui veut l’impossible, je l’aime. » (Goethe, Faust, II.) Et le même homme a dit
lui-même : « Vivre dans l’idéal, c’est traiter l’impossible comme s’il était possible. » (Goethe,

Maximes en prose.) Ces pensées ne doivent pas être considérées comme des objections à ce que
nous disons. Ce que demandent Goethe et sa prophétesse Manto, celui-là seul peut y satisfaire qui,
en sachant désirer ce qui est possible, s’est développé au point de pouvoir, par sa volonté forte,
transformer l’impossible en possible.

En ce qui concerne les sentiments, il faut que l’âme de l’étudiant conquière un certain calme.
Elle doit maîtriser l’expression du plaisir et de la peine, de la joie et de la douleur. C’est justement
contre cet effort que s’élève mainte objection. On pense que l’on deviendra sourd et insensible au
monde extérieur, si l’on s’interdit de se réjouir du bonheur et de s’affliger de la douleur. Or il ne
s’agit pas de cela. Il faut que l’âme se réjouisse des choses heureuses : il faut qu’elle s’attriste des
choses pénibles. Mais il faut aussi qu’elle apprenne à dominer l’expression de ses sentiments. Si
l’on poursuit cette maîtrise, on s’apercevra qu’au lieu de devenir insensible, on vibrera tout au
contraire plus profondément par l’effet des peines ou des joies environnantes. À vrai dire,
l’acquisition de cette qualité exige un long effort. On doit arriver à sympathiser pleinement à la joie
et à la douleur, sans s’oublier soi-même au point de les manifester involontairement. Ce n’est pas la
douleur légitime qu’il faut dominer, ce sont les larmes involontaires ; ce n’est pas l’horreur d’une
action mauvaise, mais l’aveugle irruption de la colère ; ce n’est pas l’attention au danger qu’il faut
extirper, mais la frayeur stérile. C’est par ces exercices que l’étudiant parvient à acquérir le calme
des sentiments qui est indispensable pour éviter qu’après la naissance du Moi supérieur l’âme,
devenue une sorte de double de ce Moi, ne mène à ses côtés une existence déréglée. Dans ce
domaine, il faut se garder des illusions personnelles. D’aucuns pourront estimer qu’ils possèdent
déjà dans la vie une dose d’équilibre qui rend superflus ces exercices ; Ce sont justement les gens
qui en ont le plus besoin. Ils peuvent rester calmes en face des choses de la vie ordinaire : mais en
présence du monde supérieur, leur agitation, qui n’était que refoulée, se donnera libre carrière. Il
faut savoir qu’en occultisme l’essentiel n’est pas ce qu’on croit déjà posséder, mais bien ce que l’on
acquiert par un exercice méthodique. Si contradictoire que cela puisse paraître, il y a un principe qui
est exact : quelles que soient les qualités que la vie vous a fait acquérir, les qualités qui servent en
occultisme sont celles que l’on s’est par soi-même assimilées. Si la vie vous a rendu irritable, il faut
que la discipline détruise cette humeur irritable : la vie vous a-t-elle donné un caractère égal, la
discipline doit vous apprendre à donner une réponse appropriée aux excitations du dehors. Celui qui
ne peut rire de rien n’est pas plus maître de son rire que celui qui rit de tout sans mesure ni contrôle.
Pour façonner la pensée et la sensibilité, il y a un autre moyen : c’est la conquête de la
qualité que l’on peut appeler positivité.
Il existe une belle légende qui nous raconte que Jésus-Christ passait un jour avec quelques
disciples auprès du cadavre d’un chien. Tandis que les autres se détournent du hideux spectacle,
Jésus parle avec admiration des belles dents de l’animal. On peut développer en soi à l’égard du
monde extérieur un état d’âme comme celui dont parle cette légende. C’est-à-dire que les choses
erronées, laides, mauvaises ne doivent jamais empêcher de voir le vrai, le beau et le bien partout où
ils se rencontrent. Il ne faut pas confondre cet esprit positif avec l’absence de critique, avec la
volonté de fermer les yeux à tout ce qui paraît mauvais, faux ou médiocre. Pour admirer les belles
dents de l’animal en décomposition, on n’en voit pas moins le cadavre pourrissant. Mais la vue du
cadavre n’empêche pas de voir les belles dents. Il est impossible de faire que le mal paraisse bien,
ou l’erreur, vérité : mais on peut parvenir à ce que le mal n’empêche pas de voir le bien ou l’erreur
la vérité.

La pensée unie à la volonté mûrit singulièrement lorsque l’on essaie de ne jamais laisser
influencer les perceptions nouvelles par les expériences passées. L’étudiant ne doit plus attacher
aucun prix à la formule : « Je n’ai encore jamais vu cela, jamais entendu parler de cela. » Au
contraire, pendant un certain temps il s’appliquera à apprendre du nouveau sur chaque chose et sur
chaque être. Il y a dans chaque souffle d’air, dans chaque feuille, dans chaque balbutiement d’enfant
des éléments qui justifient, si l’on veut, des aperçus nouveaux. Assurément il serait facile de
dépasser la mesure. Il ne s’agit pas d’oublier à un certain âge les expériences que l’on a déjà faites.
II faut se servir de ces expériences passées pour juger des expériences présentes. Mais il faut mettre
en balance avec ces connaissances la tendance à apprendre sans cesse du nouveau : et par-dessus
tout la croyance que les expériences nouvelles peuvent parfaitement contredire les anciennes.
Voilà donc cinq qualités de l’âme qu’une discipline régulière doit développer chez l’étudiant
occultiste : la maîtrise des pensées, le pouvoir sur les volitions, l’égalité devant le plaisir et la
douleur, la positivité dans les jugements, l’absence de préventions dans la conception de l’existence.
Après avoir consacré certaines périodes consécutives à l’acquisition de ces qualités, il faudra les
accorder harmonieusement. Pour cela il sera nécessaire de les pratiquer simultanément soit par
groupe de deux, soit de toute autre manière.

Il importe que les qualités une fois acquises soient sans cesse améliorées et fortifiées. La
maîtrise des pensées et des sentiments doit aller assez loin pour que l’âme ait le pouvoir de créer des
instants de repos intérieur absolu, dans lesquels l’homme écarte de son coeur et de son esprit tout ce
que la vie journalière lui apporte de bonheur et de peine, de satisfactions et de soucis, voire même
de devoirs et de nécessités. Pendant ces moments, l’âme ne doit rien admettre dans son empire,
qu’elle n’y ait expressément consenti. Il faut faire ici justice d’un préjugé facile. On peut prétendre
que cette méthode rend l’homme étranger aux devoirs de l’existence. Il n’en est nullement ainsi. De
ces instants de silence et de paix intérieure jaillissent des forces si vivifiantes que l’étudiant en les
employant dans l’existence, remplit ses devoirs mieux qu’auparavant, bien loin de les négliger. Il
est précieux pour l’homme dans ces instants d’oublier ce qui le concerne personnellement pour ne
songer qu’à des questions qui intéressent l’homme en général. S’il peut remplir son âme des
enseignements relatifs aux mondes supérieurs, et que ces enseignements le captivent au même degré
qu’un souci ou une affaire personnelle, son âme en recueillera des fruits particulièrement
profitables.

Celui qui met ainsi de l’ordre dans sa vie intérieure s’élèvera jusqu’à un niveau où il
considérera ses propres affaires avec le même calme que si elles étaient celles d’un étranger. Voir
du même oeil ses joies et ses chagrins, ou ceux d’autrui, est une préparation excellente au
développement spirituel. Il est bon, pour arriver à ce degré, de faire défiler devant son esprit à la fin
du jour les expériences de l’existence quotidienne ; de se contempler soi-même dans
l’accomplissement de ses devoirs journaliers, comme de l’extérieur. Pour arriver à pratiquer
aisément cet exercice, on commencera par des fractions minimes de la vie journalière. Peu à peu on
deviendra assez habile pour pouvoir accomplir en peu de temps ce travail de rétrospection dans son
intégrité. L’idéal pour l’étudiant, c’est de conserver une assurance et un calme parfaits à l’approche
des événements, et de juger ces événements non pas d’après ses dispositions propres, mais d’après
leur réelle importance et leur valeur objective. C’est en regardant vers cet idéal qu’il bâtira dans son
âme un fondement solide et pourra s’adonner aux concentrations et aux méditations dont nous
venons de parler.

Ces, conditions sont indispensables, car les expériences supra-sensibles s’édifient sur le
même terrain que la vie psychique normale, antérieure à l’entrée dans les mondes supérieurs. À
deux points de vue la vie supra-sensible dépend des qualités développées dans la vie normale. Si
l’on ne prend garde à l’avance à faire d’un jugement sain et solide le fondement de toute discipline
spirituelle, les perceptions supérieures seront inexactes et imprécises. Les organes spirituels se
développeront pour ainsi dire de travers. Et de même qu’avec un oeil malade et défectueux on ne
saurait voir correctement le monde physique, de même on ne saurait attendre des perceptions justes
d’organes développés sur la base d’un jugement faux.
D’autre part, si l’on part d’une moralité douteuse, la vue spirituelle à l’entrée des mondes
supérieurs est comme embrumée et stupéfiée. C’est comme si l’on observait le monde sensible dans
un état de prostration. Mais dans le monde physique on ne parviendrait à aucun résultat, tandis que
l’observateur spirituel, même dans un état de stupeur, est toujours beaucoup plus éveillé que
l’homme normal. Aussi aboutit-il à des résultats positifs qui sont des tissus d’erreurs.

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