Les émotions : Qi Shang, les sept blessures

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Les émotions : Qi Shang, les sept blessures

Message par Archange le Ven 23 Oct - 18:35








Les émotions : Qi Shang, les sept blessures



Attributs des émotions


Lorsquʼon sʼintéresse aux émotions, on se réfère à trois concepts distincts qui peuvent être mis en relation avec les énergies du corps:


  • GAN, état dʼesprit, lié au Wei Qi ;
  • QING, émotion, lié au Ying Qi ;
  • XING, tempérament, lié au Yuan Qi.


Lʼétat dʼesprit, Gan, est la nature essentielle de la conscience humaine, qui se syntonise au monde sans avoir besoin dʼun objectif précis. En termes psychologiques on peut lʼappeler humeur ou état dʼesprit.

Dans le cadre des émotions il y a le concept de cible, cela peut être une personne, une chose, un événement.

À partir du moment où lʼon devient conscient on subit un mouvement, devant un objet la personne décide si cela lui plaît ou non et cela engendre une émotion. Lʼémotion tient donc compte des habitudes et des jugements. Lʼobjet de lʼémotion peut aussi être un concept (ex. le concept dʼinconnu).

Une personne qui a un problème dʼangoisse généralisée a constamment peur et il nʼest pas toujours évident de savoir de quoi elle a peur.

Le tempérament est la personnalité globale, basée sur la distribution du Yuan Qi.
Cette distinction est importante car elle amène à opter pour tel ou tel traitement (Wei Qi ou Ying Qi). Une dépression peut être liée, par exemple, à un état dʼesprit, si la personne ne sait pas pourquoi elle se sent triste, ou bien à une émotion si elle connaît la cause de sa tristesse.
À certains moments de la vie on peut ressentir une émotion particulière qui revient, qui prend le dessus : cette émotion est en relation avec la nature de lʼindividu et elle se réfère à son tempérament, Xing.

Le tempérament est là pour permettre de compléter notre propre parcours de vie.

Ming signifie « vie » mais aussi « destin ». Le destin de chacun contient une leçon qui doit être apprise. Pour rendre possible lʼapprentissage de cette leçon il y a les émotions qui permettent de naviguer à lʼintérieur de la vie et dépendent du courant émotionnel et du tempérament.

On cherche à sortir de lʼétat dʼesprit-Gan et à se concentrer sur les émotions-Qing.
Lʼhumeur, lʼétat dʼesprit, est en relation avec le Wei Qi.

Les désordres émotionnels saisonniers en sont un exemple psychologique : cʼest le cas pour les personnes qui sont déprimées lʼhiver sans raison apparente.

Les émotions se situent au niveau du Ying Qi. Le Ying Qi est lié au sang, lequel contient le Shen. Le sang est produit par les moelles, cʼest le sang qui fait que lʼon éprouve des émotions.



Types d'émotions



a) Yuan – biologiques

Certaines émotions sont dʼordre biologique et sont liées à la survie et à lʼadaptation, ces émotions en particulier sont liées à la peur. La peur de la hauteur chez les enfants, par exemple, est clairement liée à la survie.

Les émotions de type adaptatif sont fréquentes : les enfants qui subissent des abus peuvent sʼadapter à ce contexte en devenant timides, peureux et craintifs.

Le Péricarde peut provoquer une constriction de lʼénergie Yuan. Un événement traumatique altère la distribution du Yuan Qi qui est ôté à la nature propre dʼun sujet, ce dernier deviendra différent de ce quʼil aurait été par nature.


b) Ying – réactives

Les émotions sont liées au Qi nourricier qui prend racine dans la réaction développée vis-à-vis des personnes et de lʼenvironnement, dans lʼinteraction avec soi-même et avec les autres.

Avec le temps, des modèles de réponses liés aux interactions se développent. Cʼest ce que les psychologues appellent le conditionnement environnemental.

c) Shen – transcendantes

Puisque les émotions contiennent le Shen, on peut dire que les émotions contiennent un élément transcendantal.

Le Shen est contenu dans le sang et peut fuir ou transcender le sang. Dʼun point de vue pathologique, la fuite du Shen entraîne la perte du sens de qui lʼon est, ce qui peut être associé à lʼamnésie.

En termes plus physiologiques, lorsque le Shen quitte le sang on nʼest plus lié à qui lʼon est. On commence à transcender le sens de qui lʼon est, on nʼa plus besoin du Yi, de la pensée, de lʼesprit, pour continuer de maintenir le sang dans ses limites : on peut se détacher de lʼego.

Cʼest ce qui peut arriver lors dʼune expérience spirituelle très forte.

Parfois, en traitant les troubles du Shen, on peut constater une faiblesse du sang chez des sujets impliqués dans des pratiques spirituelles qui ont provoqué une perte pathologique du Shen du sang.

Cʼest pourquoi dans certains monastères on trouve des personnes très expérimentées pour traiter ce type de trouble du Shen.


Directivité

La directivité fait partie des qualités liées aux émotions : elles peuvent provoquer un mouvement du Qi et créer des symptômes et des sensations corporelles auxquels on fait souvent référence comme à des symptômes psychosomatiques. Les émotions sont des vecteurs du Qi, Qi Ji, elles constituent un axe de mouvement dont on peut faire une description dʼaprès la théorie des 5 éléments.




Dans le Bois, Shao Yang, le Qi ne peut bouger que vers le haut.
Dans le Feu, Tai Yang, il peut bouger vers le haut et lʼextérieur.
La Terre, Yang Ming, représente lʼaccumulation, le mouvement de lʼextérieur vers lʼintérieur.
Le Métal, Shao Yin, provoque un mouvement vers le bas.
LʼEau, Tai Yin, est lʼimmobilité, la stagnation[14].
Les émotions font bouger le Qi de cette façon :
– la colère fait monter le Qi ;
– lʼanxiété disperse le Qi ;
– lʼexcès de pensée lie le Qi ;
– la tristesse, la douleur font baisser le Qi ;
– la peur suspend le Qi.


Dʼun point de vue psychosomatique, cette composante directionnelle peut être considérée comme une explication : une personne peut souffrir de céphalées chroniques liées à une montée constante du Qi, à cause dʼune colère chronique.

Si une personne souffre de problèmes liés à une zone plus basse du corps, par exemple miction fréquente ou tension fréquente au niveau des membres inférieurs, on peut penser à une tristesse chronique.

Mais ces observations peuvent ne pas être aussi directes car la personne pourrait être très en colère et déplacer sa colère vers la Rate : plutôt que céphalée et irritabilité, cela se manifeste alors par lʼexcès de pensée ou lʼonychophagie ou encore dʼautres comportements obsessionnels compulsifs.
Lʼénergie est toujours à la recherche du mouvement, les émotions ne veulent pas être bloquées.

Il faut prendre en compte ces possibilités lors de lʼinterprétation des symptômes psychosomatiques.

Les symptômes dʼune personne qui souffre de problèmes digestifs, avec lʼénergie qui se déplace à lʼintérieur de lʼabdomen, peuvent découler dʼune nature très obsessionnelle ou dʼune suppression de la colère. Le pouls de la Rate et de lʼEstomac pourrait être très tendu : cela peut dépendre de la douleur ou bien du fait que le Foie agresse lʼEstomac et la Rate. Le syndrome du côlon irritable peut être provoqué par le fait que la personne ne sait pas gérer sa colère et cela peut se vérifier si le pouls est tendu aussi au niveau du Foie.

Dans ce cas on peut traiter la douleur à lʼEstomac mais il faut quand même traiter le Foie, le réguler et libérer le Qi. On peut informer le patient que lʼon a relevé cette stase du Foie et ce que cela peut signifier ; avec tact, dans une discussion posée, on lui explique que la stase est liée à une colère en rapport à une frustration ou à une autre raison.

Pour soigner réellement la personne il faut réussir à modifier son état dʼesprit. Ne traiter que le côlon irritable signifierait ne traiter que le symptôme et non sa racine, qui est la colère.

La médecine occidentale distingue nettement ce qui est physique de ce qui est psychique. Ainsi un patient plein de colère serait envoyé chez un psychologue ou un psychiatre.

Dans le cadre de la médecine chinoise on affronte le problème à travers un traitement qui provoque lʼextériorisation de ces émotions.

Le mouvement du Qi a une expression, pour éviter cette expression on peut déplacer le mouvement sur un autre élément. On peut par exemple déplacer la colère du Bois à la Terre.

Expression : se fait sur lʼélément correspondant ou sur un élément de déplacement.

Suppression : pour ne pas du tout avoir dʼexpression de ce mouvement on peut mettre en œuvre la suppression en agissant sur la mère : au lieu de se sentir en colère on éprouve de la peur. La colère est supprimée par lʼémotion de peur.

Supprimer signifie aller contre le mouvement naturel, ainsi la suppression générera un Qi rebelle. Le Qi rebelle est le symptôme fondamental des points Luo et il est dit dans le Ling Shu que les points Luo traitent le Qi rebelle.

Le contre-courant peut provoquer une stase en générant une obstruction BI.

Les émotions non exprimées provoquent des symptômes dʼobstruction Bi psychosomatiques, avec une douleur de dérivation émotionnelle.

Dans les classiques on suggère de faire saigner les points Luo pour libérer le sang qui contient le Shen et libérer ainsi lʼémotion qui y est entretenue.

Répression : la répression est une autre façon dʼéviter lʼémotion. Plutôt que dʼêtre supprimée lʼémotion peut être refusée et ainsi réprimée, elle est alors mise en latence, déplacée au niveau du Yuan Qi.

Elle est déplacée des points Luo vers les points Yuan-source, entraînant ainsi une densité du Jing dans le but de garder lʼémotion loin de la conscience.

Les émotions longtemps réprimées, non exprimées dans cette vie et placées au niveau du Yuan, deviennent les racines de lʼincarnation suivante.

Dʼaprès cette vision des choses on peut dire que sʼexpriment dans la vie présente les émotions qui ne se sont pas exprimées dans la vie précédente. La peur de lʼéchec, du succès, du conflit, peut provenir de la vie précédente.

La peur, qui est une émotion biologique type, peut aussi être une peur de lʼévolution.

Le contraire de la peur est lʼamour.
La peur est lʼincapacité de se rendre alors que lʼamour est la capitulation.
La peur empêche la relation Rein – Cœur.
Les émotions, en tant que vecteurs du Qi, provoquent certains symptômes. Sʼil sʼagit de ce type de pathogenèse, traiter le symptôme ne suffira pas, il est nécessaire dʼagir sur le problème psychique.

Lorsque la colère monte elle provoque des céphalées, de lʼhypertension et des cris.
Face à une hypertension chronique il faut penser à une colère chronique qui a accompagné la personne pendant une bonne partie de sa vie. Le pouls du Foie sera tendu et flottant.

En régulant le Qi, lʼhypertension sera amoindrie mais dès quʼon arrêtera le traitement le problème reviendra. Cʼest le même type dʼeffet que celui que lʼon obtient avec des médicaments, car dans aucun des deux cas on ne traite lʼémotion. À chaque nouveau coup de colère lʼancien problème refera surface.

Pour obtenir un effet profond sur le patient, il faut chercher à provoquer un changement non seulement physique mais aussi au niveau du Shen et du sang. Il est très difficile dʼy arriver car cela fait partie dʼun aspect très personnel du sujet et cʼest seulement grâce à un travail sur soi-même que lʼon peut obtenir une transformation du Shen.

Des exemples évidents permettent de vérifier ces concepts dans la médecine occidentale, pour certains patients à personnalités multiples. On a pu constater chez un patient une personnalité de diabétique insulinodépendant et une autre dans laquelle ce nʼest pas le cas.

La transformation au niveau psychique entraîne une transformation au niveau physique.

Des émotions extrêmes et prolongées ont un effet sur les perceptions sensorielles (Qiao), faisant obstacle au développement dʼautres possibilités et déterminant certaines attitudes personnelles.

À terme, une personne qui est constamment en colère cherchera toujours à se mettre dans des situations qui lui permettent dʼêtre en colère : dans ses relations avec les autres, dans les paroles qui lui déplaisent, elle ne retient que ce qui provoque sa colère. Elle développe une attitude de colère envers la vie.

Une personne en colère vit dans un monde en colère.

De la même façon, une personne dépressive vit dans un monde dépressif.

Si lʼon désire vivre dans un monde dʼamour, il faut avant tout aimer.

Il faut casser cette sclérose de la psyché, agir sur la rigidité des attitudes envers la vie.

Pour obtenir ce résultat il faut nécessairement agir sur les vaisseaux du sang.


Lʼartériosclérose indique souvent une sclérose psychique. Il ne serait pas étonnant que la personne, en vieillissant, souffre dʼun durcissement vasculaire : sa vie est facile à endurcir. Lʼattitude envers la vie se rigidifie, ne se modifie plus.

À la différence des enfants qui voient les possibilités infinies de la vie, lʼadulte limite les possibilités et, ce faisant, limite la circulation et le mouvement du Qi.

Les émotions ont un effet sur la façon dont se déplace le Qi.
La monnaie que nous utilisons dans notre vie peut devenir la racine de nos pathologies.

Les émotions aussi peuvent être contagieuses. Crier sur les autres a pour effet que les autres crient à leur tour et tout le monde peut rapidement être infecté. Les émotions contaminent la famille et la communauté.

Les émotions prennent racine dans lʼélément Terre du fait que la pensée est impliquée. On pense à ce que lʼon ressent et, selon le conditionnement social, on réagit dʼune façon ou dʼune autre aux stimuli émotionnels.

Colère, joie, peur et tristesse sont des émotions. Mais trop penser ou être inquiet nʼest pas une émotion, cʼest une élaboration mentale.

Le Shen est contenu dans le sang et, la Rate et lʼEstomac sont responsables de la production du sang, cʼest pourquoi lʼon peut dire que la société (la Terre) joue un rôle dans lʼinterprétation de ce que lʼon éprouve.

Dans la culture confucianiste, on souligne lʼinfluence de la vie relationnelle sur les émotions : pour changer les émotions, il faut changer les conditionnements sociaux.
Les réactions face à lʼenvironnement et à la communauté dans laquelle on vit sont modifiées. La nature ne nous apprend pas comment réagir, cʼest la société qui le fait. On ne peut pas produire des fruits de bonne qualité si lʼarbre nʼest pas bon. Lʼarbre est la société et les fruits sont les individus. Ce nʼest donc pas lʼindividu quʼil faut changer mais la société.

Pour cela, on travaille sur la Rate qui représente la dimension sociale. On soutient alors le concept selon lequel les canaux Luo finissent tous dans le grand Luo de la Rate qui enveloppe le Poumon et le Cœur dans la poitrine.

Pour les confucianistes, le Cœur souverain est sujet à la relation et à la communication avec le Cœur ministériel qui se conforme aux règles du socialement correct.


Paradigme social

Par rapport à la sociabilité des individus, les émotions ont valeur de jugement, elles représentent lʼaspect rationnel, le contrôle de soi, et elles déterminent la capacité de maintenir lʼordre social et la survie du groupe.

La culture, les valeurs, les normes et les symboles qui guident et limitent les actions influencent les émotions, qui ont une fonction sociale puisquʼelles déterminent un comportement social. Ce sont aussi les forces motivantes qui produisent la moralité. Dans la médecine chinoise, pour définir le concept de moralité on parle des 5 vertus, et dans le confucianisme il est dit quʼà travers les émotions on acquiert ces vertus.

Si lʼon éprouve de la colère envers quelquʼun, cette colère produit de la frustration, la frustration peut engendrer le ressentiment. Mais en éprouvant ce sentiment on finit par créer un lien avec la personne contre laquelle on est en colère. Souvent, la colère est générée par le fait que la personne ne répond pas aux attentes ou quʼelle ne rend pas autant que ce quʼon lui donne.
Si lʼon se rend compte que ce que lʼon fait ne devrait pas provoquer chez nous lʼattente de recevoir quelque chose en échange on peut changer la colère en bienveillance.

Les émotions peuvent donc être le facteur dʼapprentissage dʼun comportement différent par rapport à la société.


Les vertus

On parle parfois des 5 vertus, WU CHANG, en rapport aux 5 mouvements, et parfois des 7 vertus en référence aux 7 émotions, dʼautres fois encore on évoque les 9 vertus.
Bienveillance – Ren

La première vertu est la bienveillance. Elle est liée au Bois.

Dans la tradition bouddhiste, le terme pour bienveillance est « compassion ». Par bienveillance et compassion, on entend le fait dʼaccomplir les actions pour elles-mêmes et non en attendant quelque chose en échange.

Les actions sont générées par le Bois : lorsque lʼon fait quelque chose on attend un résultat. Il faut comprendre, lorsque lʼon fait quelque chose pour quelquʼun, ce que lʼon attend de lui en échange. Si lʼon fait quelque chose pour remercier quelquʼun, le mécanisme est le même. Ces actes ne sont pas gratuits, ils ne viennent donc pas du Cœur mais du Bois.

Si lʼon est capable de faire quelque chose pour les autres sans rien attendre en retour, on a acquis une vertu. Être aimable pour que les autres soient aimables à leur tour nʼest pas une vertu.
Lorsque lʼon refuse, même peut-être plusieurs fois, de faire quelque chose pour quelquʼun qui nous le demande, on peut éprouver un sentiment de culpabilité.

Mais la bienveillance ne connaît pas de sentiment de culpabilité et cette sensation nʼa pas lieu dʼêtre si lʼon ne se sent pas capable de faire ce qui nous est demandé. Le refus aide aussi à grandir celui qui est en demande, dans le sens où il apprendra à ne pas dépendre des autres.
La compassion consiste à être au service des autres dans les limites de ce que lʼon peut donner et sans rien attendre en retour.

Voilà pourquoi pour les confucianistes, la médecine est lʼart de la compassion, le médecin soigne les patients sans penser que ces derniers puissent à leur tour le soigner. Cʼest une aide qui nʼen attend pas dʼautre en échange.

Cʼest pour cela que les médecins de lʼantiquité ne recevaient pas de compensation contre leurs prestations, ils étaient entretenus par la communauté quʼils servaient en la conservant en bonne santé. Dans leur cabinet, comme une sorte dʼattestation, on pouvait lire lʼinscription Ren Xin Ren Zhu, « La compassion du Cœur lʼart de la compassion ».

Droiture – Yi

La seconde vertu est la droiture, lʼintégrité, lʼhonneur. Elle est liée au Feu. Cʼest le droit de ressentir ce que lʼon ressent. Cʼest le devoir par rapport à soi-même de rester intègre.

Le pouvoir de lʼintégrité est bien plus grand si on lʼexprime à haute voix, avec ses propres mots. À lʼécoute de cette affirmation on pense à lʼimpossibilité pour quelquʼun qui a exprimé sa position de revenir dessus sans perdre le sens de sa propre intégrité et sans se sentir coupable.

Ce mécanisme est souvent utilisé en marketing.

Les fabricants de jouets, par exemple, avant les vacances de Noël, choisissent de concentrer leur campagne publicitaire sur un certain nombre dʼarticles quʼils distribuent en quantité limitée dans les magasins. Les enfants voient un jouet précis et demandent à lʼavoir et les parents promettent de le leur offrir mais ils ne le trouvent plus en magasin et finissent par acheter autre chose. Après Noël, le jouet en question est à nouveau en vente et les enfants réclament ce quʼon leur a promis. Les parents finissent par le leur acheter parce quʼils se sont engagés à le faire et quʼils doivent montrer quʼils tiennent parole.

La droiture est la vertu qui veut que lʼon soit de parole. Lorsquʼon a pris un engagement et que lʼon garde foi en ses propres positions, parce que lʼon croit en elles, on fait preuve dʼintégrité.
Dire quelque chose et le répéter continuellement amène à y croire. Cet aspect est aussi utilisé à des fins économiques et politiques.

Pendant la guerre de Corée, les Américains capturés étaient contraints de lire des textes de propagande antiaméricaine devant les caméras de télévision. Après un certain temps, les prisonniers ont commencé à croire ce quʼils disaient.

Il est difficile de revenir sur ce que lʼon affirme, surtout si on le répète souvent.
Du point de vue confucianiste, lʼanxiété ou la joie, toutes deux émotions du Feu, naissent de lʼexistence ou de lʼabsence dʼengagement : une personne se sent heureuse lorsque quelquʼun est engagé auprès dʼelle, mais elle se sent anxieuse lorsquʼelle ne sait plus si cet engagement tient toujours.

Déclarer son amour en privé nʼa pas un impact très important, le sens de lʼintégrité est moins impliqué que lorsquʼon le fait dans le cadre du mariage : le mariage est un engagement déclaré en public, en présence de témoins.

La droiture est lʼengagement que lʼon prend par rapport à ce que lʼon a déclaré. Si lʼon perd la droiture on éprouve un sentiment de culpabilité.

En termes de psychologie sociale, le sentiment le plus délétère est le sentiment de culpabilité vis-à-vis du jugement de la société.


Loyauté – Zhong

La troisième vertu est la loyauté, liée à la Terre.

Le sens de lʼintégrité appartient au Feu et évolue dans la Terre où se développe la loyauté en tant intégrité envers une autre personne.

Le haut de lʼidéogramme est composé du caractère de centre au-dessous duquel on a le caractère de Cœur. On est centré sur notre propre Cœur, on est fidèle à notre propre Cœur envers les autres.

Cette loyauté envers les autres, du point de vue confucianiste, est une forme dʼengagement qui garantit lʼordre social. La loyauté engendre lʼordre. Ordre signifie respect des uns envers les autres et il nʼy a pas de société sans ce respect.


Respect – Xiao


En chinois, la définition de respect est « pitié » ; cʼest le respect pour les autres et surtout pour ses parents.

Cʼest une vertu associée au Métal.

La morale commence à la maison. Lʼenfant observe comment les parents se comportent lʼun envers lʼautre, comment les frères et sœurs se traitent mutuellement, et ils appliquent dans la société les résultats de cette observation. Lʼengagement envers sa propre famille, la façon dʼêtre avec ses proches, sans rien attendre en retour, avec compassion, se comporter avec eux de façon intègre et droite est le commencement dʼun ordre social qui génère lʼharmonie.

Pour les confucianistes, il faut un ordre social dans chaque aspect de la vie. De ce respect naissent les rituels de la vie.

Le comportement sera différent selon lʼinterlocuteur, parent, enfant ou conjoint.

Les rôles sociaux doivent être tenus dʼune certaine façon pour que lʼordre social soit maintenu. Lʼidée que nous sommes tous égaux est bien loin de la pensée confucianiste : tout le monde peut avoir les mêmes droits mais tout le monde nʼa pas le même talent.

Chacun devrait chercher à savoir dans quel domaine il est meilleur. Plutôt que de chercher à être le maître de rien il vaut mieux être le maître dʼune seule chose.


Foi – Xin


La dernière vertu est la foi, la confiance.

Elle est liée à lʼEau.

Lʼengagement pris, le respect que lʼon montre à celui qui nous a enseignés dans la société, doit se traduire par la confiance de pouvoir faire par soi-même ce que lʼon a appris.

La foi est la conscience dʼavoir appris de son maître et de pouvoir appliquer par soi-même en continuant de lui témoigner du respect.

Les médecins, par exemple, ont décidé dʼêtre au service de lʼhumanité et pour cela ils étudient la médecine : cʼest le mouvement du Bois vers la compassion. Ils étudient les livres de médecine et croient en ce quʼils lisent, que cette science a une intégrité propre et que leur souverain gardera cette intégrité (Feu). Ils développent ainsi une loyauté envers la matière médicale et la communauté des médecins qui croient en les mêmes choses (Terre). En se déplaçant vers le Métal, ils se rendent compte quʼil y a des gens qui ont une plus grande connaissance et qui sont meilleurs dans la pratique médicale (ordre social du Métal). Mais, abstraction faite des plus grandes capacités des autres, les médecins doivent avoir confiance dans leur propre capacité de faire quand même au moins aussi bien. Ils doivent faire en sorte de dissiper la peur, associée à lʼEau, peur qui ne peut plus servir dʼexcuse au fait de ne pas être un bon médecin.

Les confucianistes considèrent que transcender les émotions mène à la vertu.

Pour résumer : par rapport aux émotions, la vision Taoïste est centrée sur les mouvements énergétiques quʼelles provoquent, sur leur direction ; la vision Confucianiste est attentive à la société et aux normes sociales, à comment on se sent et aux différentes façons de réagir aux émotions.

Si une personne crie contre une autre personne, cette dernière peut avoir différentes réactions : elle peut crier à son tour, pleurer, ne pas savoir comment réagir, tourner le dos et sʼen aller. La réponse dépendra de ce qui a été assimilé en observant le comportement des autres : les parents qui crient lʼun contre lʼautre, lʼun des parents qui reste inerte ou qui se dérobe et ainsi de suite. Les comportements appris sont ensuite reportés dans le contexte social.

Le comportement acquis peut pourtant être modifié en apprenant les vertus.

La vertu est la capacité de changer lʼhistoire, la réponse.

Prenons lʼexemple dʼune histoire dʼamour : lorsquʼun garçon est quitté par sa fiancée il devient très triste. Cʼest la réaction « normale », celle quʼon voit à la télévision et tout le monde sʼattend à ce quʼil soit déprimé.

Changer lʼhistoire signifie modifier les réponses prévues par la structure sociale et réagir avec des émotions différentes.

Certains patients sont amenés à reproduire lʼhistoire quʼils connaissent.

Le médecin doit changer lʼhistoire, cʼest-à-dire la façon dont le patient élabore lʼinformation, et modifier lʼinformation quʼil a à lʼesprit. Dans ce but on travaille sur lʼélément Terre, parce que la Rate et lʼEstomac, avec la production initiale du sang qui représente les émotions, déterminent la nutrition et la séparation entre pur et impur et peuvent ainsi amener à la guérison.

Sinon des sentiments embrouillés relatifs au flegme sont générés, et il est difficile de sʼen libérer.

Dans la tradition confucianiste, il faut œuvrer avec la Rate et lʼEstomac pour travailler avec les émotions.

La Terre représente lʼhistoire sociale.


La responsabilité

Il y a dans les émotions une responsabilité qui est liée au Rein. Elles sont fondées sur un système de croyances qui est assimilé par la Rate.

Leur rôle est de permettre la distinction dans le cadre de la vie intérieure.
Lʼattention ne doit pas sʼarrêter sur ce qui a provoqué une émotion mais sur ce que lʼon ressent.

On doit se demander combien notre responsabilité personnelle est impliquée dans ce que lʼon ressent. Personne ne provoque la colère ou la tristesse, cʼest nous qui réagissons avec colère ou tristesse.

Il faut se demander quelle est notre propre responsabilité dans les émotions que lʼon éprouve et établir la nature du rôle que lʼon joue, en termes sociaux.

Si lʼon est responsable de ce que lʼon ressent, on peut changer notre propre réponse émotive, mais si lʼon attribue cette responsabilité aux autres il est impossible de changer ce que lʼon éprouve.

Face à quelquʼun qui possède quelque chose que lʼon désire et que lʼon nʼa pas, on peut éprouver deux émotions différentes : jalousie ou envie. Jalousie et envie, même si ce sont deux émotions très similaires, sont deux réponses différentes, qui impliquent une responsabilité différente. Lʼenvie est un sentiment par lequel on reconnaît que lʼautre mérite ce quʼil a. La jalousie, par contre, accompagne la conviction que lʼon mérite ce que lʼautre a autant que lui. Il est plus facile dʼaffronter la jalousie parce que lʼenvie sous-entend que lʼon considère ne pas mériter autant. La jalousie est un excès qui pourrait être réduit alors que lʼenvie est un déficit. Il y a un excès ou un manque selon de responsabilité associé.

On est dans une situation analogue pour le couple orgueil et vanité. Lʼorgueil naît de la conviction dʼavoir réalisé quelque chose comme on désirait le réaliser : on en est fier. La vanité nʼest pas liée au travail à accomplir. Cʼest un excès à réduire. Si, au contraire, la personne est dépourvue dʼorgueil ou ne se sent pas à la hauteur, une tonification est nécessaire.

Avec un patient qui déclare quʼil nʼa aucun contrôle sur ce quʼil ressent ou quʼil nʼa aucune responsabilité à ce niveau, il faut travailler sur les Reins.

On peut donc avoir plusieurs approches psychologiques pour ce qui est du traitement des émotions :

on peut travailler sur le flux des émotions et sur les symptômes psychosomatiques qui en découlent (approche taoïste) ;

on peut agir sur les aspects psychosociaux en travaillant sur la Rate (approche confucianiste) ;

on peut évaluer les émotions par rapport au sens des responsabilités et à lʼestime que lʼindividu a de lui-même, ce qui veut dire travailler sur les Reins (approche bouddhiste).

Les troubles du Shen peuvent donc être traités de plusieurs façons très différentes, selon lʼapproche philosophique que lʼon applique à la médecine chinoise ou à chaque cas particulier.
On peut ne considérer que lʼaspect humain et aider la personne à assumer ses propres responsabilités (approche bouddhiste), et travailler sur les Reins.

On peut aussi prendre en considération lʼaspect social (thérapie de groupe, thérapie familiale, de couple) et travailler sur la Rate.

On peut se concentrer essentiellement sur le mouvement et les manifestations physiques et travailler sur le Bois et sur le Foie, qui contrôle le mouvement du sang et du Qi (on dit en fait que le Foie harmonise les émotions).

Si un patient a des problèmes psychologiques, on doit déterminer quelle est la meilleure voie à suivre. Pour ce faire il faut :

déterminer où le Qi est bloqué, il peut aussi y avoir une absence de mouvement du Qi ;

chercher à savoir quelle importance la composante sociale a pour lui ;

comprendre quelle responsabilité il assume par rapport à ce quʼil éprouve et à sa propre vie.
Toutes les philosophies et toutes les religions ne sʼadaptent pas à tout le monde.

Sʼil y a un déficit du Rein, le patient se sentira très offensé si on lui demande dʼassumer la responsabilité de ce quʼil éprouve parce que, de toute façon, le déficit du Rein lʼen empêche. Lʼapproche bouddhiste ne sera pas adaptée à ce patient.

Si la Rate est faible, il est difficile de déterminer le niveau dʼinteraction sociale et il est donc difficile de renforcer la vertu propre de la Rate. En effet, le patient ne sera pas capable de distinguer ce qui est pur de ce qui est impur et de faire la lumière dans son propre esprit ou de trouver dans la vie un sens pour libérer le Shen.

Si les pouls sont tendus, il peut quand même être utile de déplacer le Qi et de restabiliser le cycle du Qi dans les 5 mouvements.

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