Philon d'Alexandrie et les fondements du christianisme

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Philon d'Alexandrie et les fondements du christianisme

Message par Archange le Lun 26 Jan - 14:43








Philon d'Alexandrie et les fondements du christianisme

Michel Desforges




" PhilonPhilo Judaeus, Philon le Juif ou Philon d’Alexandrie, est un personnage sur lequel des exégètes se sont souvent penchés. Ce contemporain de Jésus, de par sa vie même et de par la nature de ses écrits, reste encore aujourd’hui un sujet de controverse. Juif très imprégné de culture grecque, en fait lettré type du milieu alexandrin – bien que plus brillant que ses coreligionnaires – et donc héritier d’une tradition qui, s’appuyant sur la Septante, s’exprime à travers la Lettre d’Aristée, les Oracles sibyllins ou la Sagesse de Salomon, il va exercer une certaine influence sur des auteurs du Nouveau Testament, sur plusieurs Pères de l’Église et, à un degré moindre, sur la formation de l’idéal monastique. Il porte, en outre, témoignage sur une étape de la religion du Monde et du Dieu cosmique, et pose son jalon sur cette voie qui mènera à l’hermétisme.

On admet assez communément aujourd’hui que Philon est né aux environs de l’an 20 avant Jésus-Christ, peut-être vers 13, et qu’il est mort vers 54. Il appartenait à une riche famille juive d’Alexandrie qui jouissait d’une certaine influence parmi les Gentils. Un frère de Philon, C. Julius Alexander, semble même avoir été une sorte d’inspecteur en chef des douanes et collectait les droits sur le côté Est du Nil, pour le compte de Rome. Il est possible que Philon ait reçu dans un premier temps, jusqu’à sa majorité religieuse, une éducation juive. Mais à Alexandrie, l’éducation était aussi et surtout grecque, et il est incontestable que, quelle qu’ait été sa formation juive, Philon a reçu une instruction grecque très poussée et de caractère scolaire – les études philologiques comme philosophiques répondaient à des programmes bien établis, avec manuels et anthologies. Il dit lui-même qu’il entra d’abord en contact avec la grammaire, la géométrie, la musique et l’astronomie, sciences inférieures devant préparer à la philosophie qui mène à la sagesse. Juif, il vénère l’Écriture, mais, vivant dans la capitale intellectuelle du monde méditerranéen où la rhétorique est reine, il s’adonne donc aussi à la philosophie.

Pour bien comprendre la pensée philonienne, il faut se pencher sur la situation d’Alexandrie (fondée par Alexandre le Grand en 332-331 av. J.-C.). Il s’agit du centre intellectuel le plus vivant de l’hellénisme. Sa bibliothèque et ses écoles sont sans rivales dans tout l’Empire. Alexandrie a depuis longtemps détrôné Athènes. La communauté juive y est plus importante que partout ailleurs. Et, forts d’une certaine bienveillance officielle, comme en témoigne la Lettre de Claude aux Alexandrins, les Juifs ont le sentiment d’être des citoyens avec des droits – certes limités – à respecter et, sur le plan économique, ils jouent un rôle important. La bourgeoise juive opulente s’ouvre ainsi la porte vers la culture. Si Alexandrie a eu, somme toute, un rayonnement assez modeste dans la Diaspora et si son prestige de foyer de la culture juive est quasiment mort avec Philon, le judaïsme alexandrin a marqué le christianisme dans ses fondements mêmes.  [ ... ]

L’œuvre de Philon – par une singulière destinée et alors que bien d’autres ont disparu – doit sa conservation à l’usage constant qu’en ont fait les apologistes chrétiens, les historiens cherchant les origines du christianisme. Cinquante-sept traités, cinquante traités écrits en grec et sept dont subsiste seulement la traduction latine – plus un certain nombre de fragments – sont donc arrivés jusqu’à nous. Ce sont, pour la plupart (sauf In Flaccum, Legatio ad Caium), des Commentaires de l’Écriture selon la méthode allégorique qui entraîne sans cesse l’auteur à des digressions.

S’il est difficile de synthétiser les arguments de la doctrine de Philon, on classe généralement ses œuvres en trois groupes : les écrits purement philosophiques (De providentia, Quod omnis probus liber sit – dans lequel il décrit l’enthousiasme de la foule à une représentation d’une pièce d’Euripide) ; les écrits d’explication du Pentateuque (les plus importants) avec la subdivision suivante : le Commentaire allégorique (Legum allegoriae), l’Exposition de la Loi (De opifico mundi), les Questions sur la Genèse et sur l’Exode (Quaestiones in Genesim et Quaestiones in Exodum) ; et les écrits missionnaires et apologétiques (De vita Mosis, Hypothetica). Ainsi, grâce à la méthode allégorique dont il distingue trois sources – l’inspiration, la réflexion et la tradition –, Philon réussit à exposer sa doctrine révélée, une synthèse philonienne de la pensée juive et de la pensée grecque.

Quant à l’influence de Philon sur le monde chrétien, elle se fait sentir, à notre insu, encore aujourd’hui. En effet, elle transparaît bel et bien dans certains textes du Nouveau Testament, notamment dans l’Épître aux Hébreux. Trop nombreux sont les arguments qui s’opposent à l’authenticité paulinienne pour que l’on songe à attribuer cette œuvre – qui ne fut jamais acceptée sans réticences, bien que connue depuis la fin du Ier siècle – à l’apôtre Paul. L’hypothèse la plus plausible, avancée par Luther, donne comme auteur de cette épître, Apollos, d’origine juive et ayant reçu une éducation hellénistique à Alexandrie. Et si l’on étudie de près l’Épître aux Hébreux, on constate que, tout comme Philon, son auteur a une profonde connaissance de l’Ancien Testament qu’il cite, lui aussi, dans la traduction de la Septante, et souvent avec des formules d’introduction ou de prétérition très philoniennes comme Et que dire encore ? Le temps me manquerait (Hébreux 11.32), un cliché chez l’Alexandrin (De opificio mundi, §87 ; De vita Mosis,I §213). Sur le plan théologique, la foi de Philon et de l’auteur de l’Épître aux Hébreux est fonction de l’espérance (Hébreux 11.1 ; De Abrahamo, §11).

Elle est aussi caractérisée par sa solidité (Hébreux 11.27 ; De Abrahamo, §58). Les deux auteurs distinguent également les sanctuaires visible et invisible, le deuxième ayant servi de modèle (tupos) au premier (Hébreux 8,5 : De opifico mundi,§16) et utilisent le mot« patrie » (patris) dans son sens religieux (Hébreux 11.14 ; De Cherubim, §13). Sans aller plus avant dans l’étude du philonisme dans l’Épître aux Hébreux, il est évident que même si l’on ne saurait affirmer que l’auteur de l’épître est un philonien converti au christianisme, on constate qu’il est impossible qu’il n’ait pas lu tout ou partie de l’œuvre du premier penseur alexandrin.

L’influence de Philon se fait également sentir sur la pensée johannique, car sa conception du Logos est la source à laquelle Jean semble avoir puisé avant de rédiger le quatrième Évangile. Mais quelle est la conception philonienne du Logos ? Au-dessus de tout et donc sans contact avec le monde, comme un degré suprême, ineffable. Entre Dieu et le monde, il y a les intermédiaires, les puissances et, surtout, le Logos, médiateur universel. Le Logos ressemble à Dieu et le monde ressemble au Logos. Grâce à ces ressemblances, la bonté divine peut se communiquer à l’homme intelligible formé à l’image de Dieu. Le Logos est donc le lien infrangible de tout et préside au gouvernement du monde. Et si le Logos n’est pas Dieu, il est la révélation de Dieu à l’âme vertueuse, car il est aussi la parole divine révélée que l’homme chaste et probe perçoit dans le secret de son âme. En nommant du même mot de logos l’intermédiaire, l’intelligence, la loi et la parole divine révélée, Philon reste assez proche des Stoïciens qui désignaient sous le nom de Zeus aussi bien le dieu de la religion populaire que l’Intelligence, la Pronoia, « Providence ». Mais lorsque Philon donne à son logos une personnalité bien définie et l’appelle le médiateur, le messager de Dieu auprès des hommes, nous avons là l’ébauche – car les significateurs évoluent, se précisent – du Logos de Jean, déterminé par sa christologie.


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Message par Archange le Lun 26 Jan - 14:43




L’influence de Philon se retrouve aussi chez les Pères de l’Église. Ainsi l’Épître aux Corinthiens (95-98 de notre ère) de Clément de Rome reprend des thèmes (ou des termes) philoniens. L’épître de Clément, qui n’est pas un théologien, a principalement un but pastoral, mais on y trouve une bonne partie de la pensée de l’auteur : une seule tradition, pas de discontinuité entre l’Ancien et le Nouveau Testament, avec une référence quasi constante au Dieu Père. Pour Clément (Épître aux Corinthiens, 19.1) comme pour Philon (De Abrahamo,§4-6), les patriarches sont des modèles de vertus, et leur sainteté appartient à la génération chrétienne actuelle si cette dernière est dans leur lignée spirituelle (Épître aux Corinthiens, 19.2 ; De Specialibus legibus, IV §181 ou Depraemilis et poenis, §166).

On peut noter que les deux auteurs utilisent le terme paliggenesia, « seconde naissance », pour désigner le renouvellement du monde après le déluge (Épître aux Corinthiens, 9.4 ; De vita Mosis, II §65) et le verbe paroiko, « séjourner » – par opposition à « habiter à demeure », (Épître auxCorinthiens, Adresse ; De Cherubim, §120). Ils donnent également tous les deux une version très libre de l’épisode du bâton d’Aaron – Nombres 17.16-25 – (Épître aux Corinthiens, 43.2-5 ; De vita Mosis, II §178-179). Il est bon de signaler enfin que Clément (Épître aux Corinthiens, 19.2), dans la lignée de Philon (Legum allegoriae, I §18) et du judaïsme hellénistique, appelle Dieu «Père» par rapport au monde ou à sa création et demande de le contempler par la pensée et de le considérer « des yeux de l’âme » (Épître aux Corinthiens, 19.3), réminiscence philonienne (De somniis, I §117 :« Ils (les enfants d’Israël) échappaient à la nuit et à l’obscurité dans lesquelles vivent ceux dont l’âme, plutôt que les yeux, est aveugle et qui ne voient pas les rayons de la vertu. »

Clément d’Alexandrie (v. 150 – entre 220 et 231) a aussi subi l’influence de Philon dont il mentionne quatre fois le nom dans son œuvre, dans Les Stroma-tes (plus précisément dans le premier et le second Stromate). Clément s’inspire parfois directement de Philon :« le serpent symbolisant le plaisir » ; (ProtreptiqueXI, 111, 1) est un renvoi au De opificio mundi, §157. Il lui arrive aussi de commenter le Nouveau Testament avec des expressions de Philon : il fait à propos de la prière du Christ pour l’unité – Jean 17.21-23 – une réflexion sur les rapports de Dieu et de la monade, Dieu est un et au-delà de l’un, et au-dessus de la monadeelle-même (Le Pédagogue, I, VIII, 71, 1), qui est toute philonienne :« Dieu est donc dans l’ordre de l’un et de la monade ; ou plutôt la monade dans l’ordre du Dieu un » (Legum allegoriae, II §3).

Il arrive même à Clément de résumer Philon. « Le chandelier, placé au sud de l’autel des parfums, qui indique le mouvement des sept astres lumineux » (Stromate I, VI, 34, 8) est le résumé de De vita Mosis, II §101-102. Clément est donc redevable à Philon de certaines exégèses, de commentaires de préceptes, d’un assez grand nombre d’interprétations allégoriques et d’emprunts (assez importants) en philosophie proprement dite. On peut citer comme exemple d’emprunt presque textuel le« de même la philosophie à son tour contribue à l’acquisition de la sagesse » (Stromate I, V, 30, 1) qui donnait chez Philon :« de même la Philosophie aide à acquérir la Sagesse » (De congressueruditionis gratia, §79).

Origène (v.185 - après juin 251) est lui aussi redevable à Philon de certaines idées, et il ne faut pas s’en étonner, car il est né à Alexandrie. Il y passe sa jeunesse, y enseigne et y rédige, entre autres, les Tétraples, le Traité desprincipes et lesTomes I-IVsur Jean. Si l’on étudie la Lettre à Grégoire, transcrite par Grégoire de Nazianze dans sa Philocalie, on trouve certains concepts très philoniens. Dans la notion d’ « enseignement préparatoire en vue du christianisme », le terme de propaideumata, « enseignement préliminaire », qui n’apparaît pas chez Clément, vient de Philon qui l’emploie souvent (voir, par exemple, De Cherubim, §101). Quelques lignes plus loin, Origène compare la culture profane avec les bagages que les Hébreux ont emportés d’Égypte, et cette comparaison vient de Philon :« alors, sa migration achevée, lorsqu’il retrouve le chemin de sa patrie, il emporte avec lui tout ce qui lui vient de la culture, qui est appelé ici un bagage » (Quis rerum divinarum heres sit, §274).

Lorsque Origène vante le travail des brocheurs – rappel de Exode 27.16 –« assemblant avec une sagesse divine tels vêtements à tels autres», il s’agit vraisemblablement d’une réminiscence philonienne. En regardant «le tissu entièrement brodé, notre monde », Philon considère« l’artisan qui a réalisé ce tissage comme l’inventeur de la science du brodeur» et le révère tout comme il admire «l’amant de la sagesse pour avoir pratiqué le même art et jugé bon de ramener la diversité des disciplines à l’unité et d’en faire un seul tissu » (De somniis, I §203-205). En lisant le Discours deremerciement de Théodore (écrit par un élève d’Origène et lu en sa présence avant de le quitter), on constate qu’aux quatre vertus cardinales de la morale classique – justice, sagesse, tempérance, courage – il ajoute la piété, principe et fin de toutes les vertus. Il se fait par là même le propagateur de la pensée philonienne : L’origine excellente de toutes choses est Dieu, comme la piété, de toutes les vertus (De Decalogo, §52).

Grégoire de Nysse (330-394) a lui aussi lu et assimilé l’œuvre de Philon dont le nom revient à deux reprises sous sa plume, dans Contre Eunome. On peut noter que Grégoire de Nysse a pour préoccupation dans l’Hexameron de dégager l’akolouthia, « la suite », dans le récit biblique de la création. Et cette idée, il la tient probablement de Philon qui l’exprime dans le De opificio mund», §28-29 : « Or l’ordre, c’est une suite et un enchaînement de choses qui précèdent et de choses qui suivent... En premier lieu donc, le Créateur fit le Ciel incorporel... » Une autre expression philonienne par excellence, methorios, « frontière », désignant la situation de la liberté humaine placée à la frontière entre le bien et le mal – que l’on trouve dans le De praemiis et poenis, §62 – est utilisée par Grégoire dans les Homélies sur le Cantique : l’âme« est à la frontière de deux réalités »(Homélie 11). Le thème de l’enfantement appliqué aux vertus, repris par Grégoire dans La vie de Moïse, II, 3, est également philonien (Legum allegoriae, §180 et De Cherubim», §42-52). On trouve aussi une réelle dépendance du Traité dela virginité sur le De vita contemplativa, ce qui tend bien à prouver que Grégoire de Nysse avait une connaissance directe de l’œuvre de Philon.

Ambroise de Milan (entre 333 et 341-397) – qui a amené Augustin sur le chemin de la foi et l’a baptisé – s’est beaucoup intéressé à Philon, car il a compris tout ce que les écrivains grecs chrétiens devaient au Juif alexandrin, en particulier

l’exégèse allégorique qui est ensuite devenue l’apanage de l’école chrétienne d’Alexandrie. Enclin aux simplifications plus qu’à la rigueur exégétique, Ambroise n’est pas resté insensible à l’entreprise de Philon, à sa tentative d’accorder l’Écriture et la pensée grecque. Et c’est par l’intermédiaire d’Ambroise que la théologie et l’exégèse alexandrines sont assimilées dans l’Église de langue latine – né à Trèves, il a fait ses études avec les jeunes patriciens de Rome. Il ne faut donc pas s’étonner que dans son Du paradis Ambroise ait imité deux traités de Philon, Legum allegoriae et De opificio mundi. On retrouve cette tendance à l’imitation dans son Noé et l’arche (imité du traité De Agricultura), dans son Sur Abraham (imité du traité du même nom, De Abrahamo) et dans son SurJacob (imité du traité Quod omnis probus liber sit). On a ainsi pu voir que l’œuvre de Philon a été utilisée par les écrivains chrétiens dès le Ier siècle et jusqu’au IVe siècle qui fut« l’âge d’or de la patristique ». Nous ne nous sommes, bien sûr, intéressés qu’aux Pères qui avaient eu un contact direct avec l’œuvre de Philon.

Il reste encore une question à aborder quant à l’influence de Philon, celle qui concerne le monachisme chrétien. Si l’on trouve chez Philon des notions doctrinales qui sont étroitement liées à l’idéal monastique, on ne saurait affirmer avec certitude que ceux qui ont posé les bases du monachisme aient puisé dans l’œuvre du Juif alexandrin, si ce n’est toutefois pour la xeniteia, la démarche par laquelle le moine s’arrache à sa famille, sa patrie, pour se mettre dans la condition d’étranger. C’est un thème assez développé chez Philon, notamment dans le Devita contemplativa, §18 :« abandonnant leurs frères, leurs enfants, leur femme, leur père, leur mère... la patrie où ils sont nés... car la force de l’habitude aussi exerce un très puissant attrait », et dans le De praemiis et poenis, §17-18 :« Car si un homme s’est effectivement dégoûté des voluptés et convoitises et a sincèrement résolu de se tenir au-dessus des passions, qu’il se prépare à émigrer en fuyant sans retour maison et patrie, proches et amis. Car c’est quelque chose d’entraînant que l’habitude. »

Si certaines études ont mis l’accent sur les idées stoïciennes ou platoniciennes de Philon, sur les réminiscences de Philon, sur les réminiscences de l’éclectisme d’Antiochus (philosophe académicien qui a influencé Cicéron) dans son œuvre, si certains articles le présentent comme le créateur de la scolastique, le premier mystique monothéiste, bien peu d’exégètes ont pu cerner la pensée de Philon qui virevolte et ne se prête donc pas à une interprétation synthétique définitive.

Le seul trait constant chez lui étant, peut-être, la piété. Mais cette complexité latente vient surtout du fait que dans cette grande ville cosmopolite qu’était Alexandrie, un penseur juif pouvait être monothéiste tout en utilisant des termes empruntés au polythéisme astral grec, et mêler les deux courants platoniciens, le courant qui mène à Dieu par le renoncement au monde – la contemplation du monde permettant d’aboutir à la connaissance du Démiurge ; le repli sur soi, le recueillement de l’âme dans sa propre essence, permettant de voir Dieu. C’est en cela que Philon appartient à ce courant de pensée qu’est l’hermétisme – sans oublier les affinités structurelles et l’identité de ses conceptions avec celles des kabbalistes sur l’essence de la Tora. Représentant l’union de la philosophie et de la foi, de la philosophie grecque qui ne fut qu’une philosophie et de la religion juive qui ne fut qu’une religion, véhiculant des idées qui sont devenues chrétiennes, Philon le Juif (qui ne s’est jamais converti) n’est pas loin, ô paradoxe, de mériter le titre de « premier des Pères de l’Église ». "


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