Les 7 péchés capitaux par St Jean de la Croix

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Les 7 péchés capitaux par St Jean de la Croix

Message par Archange le Jeu 22 Jan - 21:31





LES 7 PECHES CAPITAUX – St JEAN DE LA CROIX



Les pratiques saintes portent à l’humilité, et cependant, comme nos débutants se sentent pleins de ferveur et de zèle pour les choses spirituelles et les exercices religieux, il advient, par un effet de leur imperfection, qu’un rejeton d’orgueil se fait secrètement jour dans leur coeur. Vous les verrez très satisfaits d’eux-mêmes et de leurs oeuvres : ils éprouvent un désir plein de vanité de parler devant d’autres des choses spirituelles, un penchant à enseigner plutôt qu’à s’instruire, à condamner intérieurement ceux qu’ils ne voient pas pratiquer le genre de dévotion qu’ils apprécient.

Souvent le démon, en vue de faire grandir en eux l’orgueil et la présomption, accroît leur ardeur pour telle ou telle oeuvre extérieure, car il sait très bien que les bonnes oeuvres et les pratiques de vertu accomplies dans ces conditions n’ont aucune valeur et sont même mauvaises.

Leurs maîtres spirituels viennent-ils à désapprouver leur esprit et leur conduite, ces débutants, qui entendent qu’on estime et qu’on loue leur spiritualité, déclarent que leurs confesseurs -ou leurs supérieurs- ne les comprennent pas et qu’ils ne sont pas spirituels, puisqu’ils ne les approuvent ni ne les favorisent. Là-dessus ils se mettent en quête d’autres maîtres plus à leur goût, car c’est la pente de l’esprit humain de communiquer volontiers avec les personnes qu’on voit disposées à vous louer et à canoniser vos voies. Ceux-ci fuient comme la mort les maîtres qui, pour les mettre dans un chemin sûr, visent à les rabaisser, et ils les prennent quelquefois en véritable aversion. Leur présomption fait qu’ils se proposent d’ordinaire de grandes choses, mais ils n’en réalisent qu’une très faible partie. Ils s’efforcent de captiver l’attention et la préférence des confesseurs, d’où naissent des jalousies et des inquétudes sans fin. Parfois ils vont trouver un confesseur étranger pour s’accuser à lui de ce qui les humilie : ainsi leur confesseur ordinaire ne verra en eux que vertu…

Tantôt ils se soucient peu des fautes dans lesquelles ils tombent, tantôt ils s’attristent outre mesure de se voir encore sujets à des défauts ; car, dans leur pensée, ils devraient déjà être des saints… Ils détestent donner des louanges aux autres et aiment extrêmement qu’on les loue. De ces imperfections, il en est qui passent à d’autres, bien plus graves. Elles ont des degrés divers.

Ceux qui, en ce même temps, s’attachent à la perfection véritable procèdent d’une tout autre manière et sont dans une disposition d’esprit bien différente. Comme ils sont très humbles, ils ne font aucune estime de leurs propres voies. Dans la sérénité de leur humilité, ils ont grande envie qu’on leur donne un enseignement dont ils puissent profiter, bien différents de ceux dont nous avons parlé, qui voudraient en remontrer à tout le monde et qui, au moment où vous vous disposez à leur enseigner quelque chose, vous coupent la parole comme sachant déjà parfaitement ce dont il s’agit.


Imperfections relatives à l’avarice spirituelle.

On en voit un grand nombre insatiables de direction, de livres qui traitent de spiritualité : à quoi les commençants donnent plus d’importance qu’à la mortification et à la pauvreté d’esprit. Ils se plaisent à se charger d’images, de chapelets, de croix, de reliques, d’agnus dei, etc, qu’ils veulent d’un beau travail et de prix…
Ce que je blâme en cela, c’est l’attache du coeur, l’importance donnée à la façon ou au nombre et à la beauté des objets, chose très contraire à la pauvreté d’esprit. La pauvreté d’esprit ne considère que l’essentiel de la dévotion ; elle use de ce qui la favorise, mais n’a que du dégoût pour la multiplicité et la recherche. C’est que la vrai dévotion vient du coeur ; elle se préoccupe de la réalité substantielle que représentent ces objets pieux. Tout le reste n’est qu’attache, propriété imparfaite, qu’il faut nécessairement retrancher pour arriver à l’état de perfection.

Ceux qui, dès le début, s’engagent ainsi dans la bonne voie ne s’attachent guère aux instruments visibles de la prière, et ne se chargent pas d’un grand nombre d’objets. Ils ne se soucient pas non plus de savoir plus qu’il ne leur en faut pour bien agir. Leur unique préoccupation est de se mettre bien avec Dieu et de lui plaire. C’est là que tendent tous leurs désirs. Aussi donnent-ils avec libéralité ce qu’ils ont ; leur joie est de savoir s’en priver pour Dieu et leur prochain, qu’il s’agisse de biens spirituels ou de biens temporels. Je le répète, ils ne s’attachent qu’à la vraie perfection intérieure, qui consiste à plaire à Dieu, non à se satisfaire soi-même.

Des imperfections qui naissent de l’avarice spirituelle, comme de toutes les autres, l’âme ne peut se purifier entièrement si Dieu ne l’introduit dans la purification passive de « la nuit obscure ». Cependant elle doit faire ce qui dépend d’elle pour se purifier et se perfectionner, en vue d’obtenir de Dieu qu’il lui fasse subir ce divin traitement, qui guérit l’âme des maux dont elle est impuissante à se défaire elle-même. En effet, elle a beau faire effort, elle est incapable, par sa seule activité, de se purifier de manière à obtenir la moindre disposition proportionnée à l’union d’amour parfait. Il faut que Dieu la prenne, pour ainsi dire, par la main et la purifie lui-même dans ce feu obscur…


Imperfections relatives à l’impureté spirituelle.

…L’affection a-t-elle pour principe une passion sensuelle, elle produit des effets tout opposés : à mesure que l’affection sensuelle prend des accroissements, l’amour de Dieu diminue, ainsi que le souvenir de Dieu. Que dans ce cas cet amour de Dieu se refroidisse et tombe dans l’oubli, c’est chose bien facile à constater, et en même temps la conscience se plaint. Au contraire, quand l’amour de Dieu grandit dans une âme, les affections humaines se refroidissent et se perdent de vue. Ces deux amours étant opposés, il n’y a entre eux ni accord ni assistance réciproque. Celui qui prédomine éteint et anéantit l’autre : c’est ce que nous disent les philosophes. Le Christ lui-même n’a-t-il pas déclaré : « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit (Jn 3,6) ? En d’autres termes, l’amour né de la sensualité se termine à la sensualité, tandis que l’amour né de l’esprit se termine à l’esprit et fait croître la grâce.

La colère. Se trouvent-ils privés du plaisir qu’ils goûtaient dans les choses spirituelles, vous les verrez tomber dans le mécontentement. Ils s’irritent, par un zèle désordonné, contre les mauvais penchants d’autrui. Ils observent leur prochain et parfois se sentent portés à le reprendre aigrement. Il leur arrive même de le faire, s’établissant ainsi juges de la vertu. Tout cela est contraire à la douceur spirituelle.

D’autres encore, se voyant imparfaits, s’irritent avec orgueil contre eux-mêmes. Leur impatience est si grande qu’ils voudraient se voir saints en un jour.

Parmi ceux-là, il en est un bon nombre qui ont de grands projets de sainteté, qui font des plans magnifiques ; mais comme l’humilité leur manque et qu’ils présument d’eux-mêmes, ils font des chutes d’autant plus graves qu’ils se sont proposé de monter plus haut : sur quoi, leur irritation croît de plus belle. Ces gens-là n’ont pas la patience d’attendre l’heure de Dieu, qui leur donnera la vertu quand il le trouvera bon, et cela est également opposé à la mansuétude spirituelle. La purification de la « nuit obscure » remédie à toutes ces imperfections.
Par contre, il en est qui sont si peu impatients d’avancer, si lents à faire des progrès, que Dieu verrait volontiers en eux un peu plus d’ardeur.

Il est bien peu de commençants, si droit qu’ils marchent d’ailleurs, qui ne tombent dans l’une ou l’autre des nombreuses imperfections qui dérivent pour eux de ce penchant : la gourmandise spirituelle. Beaucoup d’entre eux, affriandés de la saveur qu’ils trouvent dans les exercices spirituels, cherchent bien plus leur jouissance que la pureté de la grâce et la discrétion, que Dieu cependant considère et agrée par-dessus tout en ceux qui s’adonnent à la vie intérieure. Prétendre aux goûts spirituels est déjà une imperfection. Outre cela, la gourmandise qui exerce sur eux son empire leur fait dépasser les limites du juste milieu, où réside la vertu.

Entraînés par le plaisir qu’ils y trouvent, les uns se tuent de pénitences, les autres se débilitent par le jeûne, outrepassant leurs forces sans ordre et sans conseil…

Comme tous les extrêmes sont mauvais et que ceux qui en agissent de la sorte suivent leur volonté, il en résulte que leurs mauvais penchants se fortifient beaucoup plus que leurs vertus. A tout le moins, autant qu’ils s’écartent de l’obéissance, ils sont sous l’empire de la gourmandise spirituelle et de l’orgueil.

Il en est que le démon presse si fort sur ce point, et dont il attise tellement la gourmandise spirituelle par les goûts et les appétits qu’il excite en eux, que, s’ils ne peuvent aller absolument contre l’ordre reçu, du moins ils le modifient ou y ajoutent, tant l’obéissance leur est en ceci à charge et amère… Comme ils sont fortement attachés à leur goût et à leur volonté propre, dont ils font leur dieu, vient-on à les contrarier afin de les ranger à la volonté de Dieu, les voilà plongés dans la tristesse, la lâcheté, le découragement. Servir Dieu, plaire à Dieu, à leur jugement, c’est suivre son goût propre et se satisfaire…

Ils ont la hardiesse de communier sans la permission du ministre du Christ, dispensateur de son sacrement. Ils le font de leur chef et cherchent à lui en dérober la connaissance. Dans cette vue et afin de continuer à communier, ils font leurs confessions superficiellement, plus avides de manger le pain consacré que de le manger avec pureté de conscience et perfection. Ils ne comprennent pas que le sentiment est le moindre des fruits qui dérivent de ce très saint sacrement, et que la grâce invisible qu’il communique est de beaucoup supérieure.

Ceux qui pratiquent la sobriété et la tempérance spirituelles suivent une voie tout autre, celle de la mortification, de la crainte, de l’assujettissement en toutes choses. Ils comprennent que la perfection et la valeur des oeuvres ne consistent pas à multiplier ses exercices, mais à savoir se renoncer soi-même en les accomplissant. Ils doivent donc y travailler de toutes leurs forces, en attendant que Dieu veuille bien les purifier entièrement en les faisant entrer dans la nuit obscure.


Imperfections relatives à l’envie et la paresse.

Beaucoup éprouvent des mouvements de déplaisir à propos du bien spirituel de leur prochain ; ils souffrent sensiblement de se voir devancés par lui sur le chemin ; ils ont peine à entendre faire son éloge ; en un mot, la vertu d’autrui leur cause de la tristesse. Parfois même ils ne peuvent se défendre de contredire l’éloge qu’on en fait, et ils rabaissent ces louanges autant qu’ils le peuvent. Ils sont piqués qu’on ne les loue pas de même, car ils voudraient avoir en tout la préférence.

Ceci est très contraire à la charité qui, selon Saint Paul, « se réjouit de tout ce qui est bon » (1 Co 13,6). La charité, elle, est saintement envieuse. Si elle s’attriste d’avoir moins de vertus que d’autres, elle se réjouit de les en voir ornés…

Venons à la paresse. Ceux-ci ont du dégoût pour la spiritualité élevé et la fuient le plus qu’il leur est possible, parce qu’elle est en opposition avec leur soif des goûts sensibles. Ils sont si attirés par cette valeur sensible que tout ce qui en est dépourvu n’a pour eux nul attrait. Beaucoup souhaiteraient que Dieu voulût toujours ce qu’ils veulent. S’agit-il au contraire de vouloir ce que Dieu veut, les voilà plongés dans la tristesse, tant c’est pour eux chose difficile de conformer leur volonté à la volonté de Dieu. Aussi, dès lors qu’une chose est contraire à leur goût et à leur volonté, ils se figurent qu’elle n’est pas voulue de Dieu. Au contraire quand une chose leur plaît, ils s’imaginent qu’elle plaît à Dieu. Pour tout dire, ils mesurent Dieu à eux-mêmes, au lieu de s’adapter eux-mêmes à Dieu, ce qui est en opposition formelle avec cette sentence rapportée dans l’Evangile : « Celui qui perdra son âme pour moi la trouvera » (Mt 16,25). Ce qu’on peut interprêter ainsi : celui qui perdra sa volonté pour moi, la gagnera et celui qui voudra la gagner la perdra.

Ceux dont nous parlons éprouvent un ennui profond quand on leur donne des enseignements qui sont sans goût pour eux… Plus la spiritualité est élevée, plus elle leur inspire de dégoût. Il leur faut une spiritualité commode et conforme à leurs attraits ; aussi éprouvent-ils de la tristesse et une vive répugnance à la pensée d’entrer dans « l’étroit chemin » que le Christ nous dit « conduire à la vie » (Mt 7,14).

Nous venons d’exposer quelques-unes des nombreuses imperfections auxquelles sont sujets les commençants, et par là nous avons mis en plein jour le besoin qu’ils ont d’être placés par Dieu au nombre de ceux qui progressent, c’est-à-dire d’être introduits dans la nuit obscure dont nous allons traiter. C’est là qu’il les sèvre du lait des goûts spirituels, qu’il les réduit à la pure sécheresse et aux ténèbres intérieures, c’est là qu’il les délivre de toutes les imperfections et de tous les enfantillages dont nous avons parlé, et leur fait acquérir les vertus par des voies bien différentes de celles qu’ils tenaient. Le commençant, en effet, a beau s’exercer à la mortification de ses passions et de son activité propre, il n’y arrivera jamais, il en retera même fort éloigné, tant que Dieu n’opérera point passivement en lui cette mortification au moyen de la purification de la nuit obscure.


http://spiritualite3.free.fr/peches.html



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