Le Maître intérieur

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Le Maître intérieur

Message par Archange le Jeu 22 Jan - 21:22





Le Maître intérieur




Nous savons tous ce qu’est un maître extérieur. C’est un personnage, en principe plein de Sagesse, qui peut nous guider sur le chemin spirituel comme dans notre existence quotidienne. Mais il existe un autre maître, lui aussi susceptible de nous éclairer sur notre vie. Il est beaucoup plus proche de nous, puisqu’il demeure dans le secret de notre coeur.Certaines personnes, qui ont pénétré dans un autre état de conscience (mystiques, malades en état de coma, voyants, etc.), ont été parfois confrontées à un « être de lumière », rayonnant, plein de Sagesse et de Savoir. Cette relation les a profondément marqués. Or, cet être est une expression du « maître intérieur ». Car l’homme est beaucoup plus vaste que le croit la pensée matérialiste contemporaine. Il est non seulement constitué par le subconscient qu’étudie la psychanalyse, mais aussi par cet « être de lumière ».

Ce petit livre montre ce qu’est le maître intérieur, comment nous pouvons nous ouvrir à lui et comment il peut influencer la destinée. Car, finalement, le but de l’existence est d’unifier notre regard avec le sien.


Introduction

Dans nos sociétés, l’être humain se réduit le plus souvent à son corps, ses émotions et ses pensées, c’est-à-dire à sa périphérie, une mince couche de conscience. Il ignore complètement les profondeurs qui le fondent. En fait, nous ne saisissons que les vagues d’un océan immense.

Les rêves révèlent parfois ces mondes insoupçonnés, et nous savons maintenant que beaucoup de nos comportements s’enracinent dans des zones qui échappent complètement à la conscience de veille. Mais ce domaine est celui des pulsions, des énergies sombres, cachées, qu’explore la psychanalyse.

Or, beaucoup d’expériences, de témoignages, semblent montrer qu’il existe par ailleurs une contrepartie lumineuse à ces ténèbres qui nous habitent. C’est-à-dire que nous serions aussi porteurs de ce que certains enseignements appellent l’Ange, le Christ intérieur, le germe de la bouddhéité ou encore le dieu intime. C’est ce dieu ou cet Ange qui est le Maître intérieur, et ce petit texte a pour but d’explorer ce qu’il est.



L’être de lumière

Il y a maintenant quelques années, des médecins et des chercheurs comme Kubler-Ross, Moody, ou Kenneth Ring, s’aperçurent que des malades en état de coma prolongé ramenés à la vie, racontaient qu’ils avaient vécu pendant leur période d’apparente inconscience, d’étonnantes expériences.

Tous ces témoignages possèdent de remarquables concordances entre eux : passage à travers un tunnel long et obscur, séparation du corps, visions de parents ou d’amis décédés, impression de baigner dans un sentiment d’amour et de joie. Mais le plus extraordinaire dans ces récits est certainement la rencontre à un moment donné, d’un « être de lumière » au « rayonnement indescriptible ».

Il est tout d’abord perçu comme une lumière blanche, une lumière de pur cristal, brillante, irradiante, mais n’éblouissant pas. Puis cette lumière se révèle posséder une identité propre, une individualité. Elle s’adresse alors au mourant pour lui demander ce qu’il a fait de sa vie tout en lui présentant une vision quasi instantanée et pourtant parfaitement nette, jusque dans son moindre détail, de son existence.

Par exemple, un homme qui fut foudroyé raconte :
« La lumière s’avançait vers moi et prit la forme d’une personne. C’était un être qui irradiait. Et à l’intérieur de cette lumière, radieuse-ment lumineuse [...] il y avait ce qui paraissait être un homme… »
(Kenneth Ring, En route vers Oméga, Robert Laffont, p. 91).
Durant toute cette rencontre, le sujet se sent environné d’un amour indescriptible, inimaginable qui baigne tout son être et qu’il se rappellera par la suite, de retour à la conscience de veille, comme de l’événement le plus extraordinaire de sa vie.

Une femme, qui fut considérée comme cliniquement morte durant une vingtaine de minutes, témoigne elle aussi :
« Je rencontrais ce bel être de lumière. C’est la personne la plus belle qui soit, [...] emplie d’amour, vibrante d’amour »
(Kenneth Ring, En route vers Oméga, Robert Laffont, p. 89).
Et un autre témoin précise :
« Au milieu de l’un de ces cercles se trouvait un être superbe. Ce n’était ni un homme ni une femme. Il était les deux à la fois [...]. Un amour immense, radieux, émanait de lui. Une lumière incroyable sortait de chacun des pores de son visage. [...] J’éprouvais le sentiment écrasant d’être en présence de la source de ma vie. [...] Je sentais que je connaissais très bien cet être. De tout mon coeur je voulais l’étreindre et me fondre en lui… »
(Kenneth Ring, En route vers Oméga, Robert Laffont, p. 83 et 84).
Cet événement laissera une trace indélébile chez ces survivants de la mort, et modifiera fondamentalement leur façon de voir la vie.

La plupart d’entre eux traduisent cette expérience dans leur propre langage, leur code, en fonction de ce qu’ils ont connu. Ils l’associent au Christ, à un ange ou même à Dieu. Ils considèrent cet être comme une réalité extérieure à eux mêmes qui vient là pour les guider, les protéger, les enseigner. En général, elle est une confirmation de leur propre sentiment religieux et des idées qui les ont habités leur vie durant.

Mais des chercheurs se sont interrogés sur l’identité de cet être de lumière, en dehors de toute confession religieuse et de tout a priori philosophique.

Ils ont tout d’abord remarqué son universalité. Car de telles expériences ne se limitent pas a des sujets en état de coma, vivant à notre époque, mais se retrouvent dans des lieux et à des époques très différentes.

Elles rejoignent notamment les affirmations de grands voyants comme Van der Leuw ou Geoffroy Hodson, qui ont rencontré cet être rayonnant. Ils en parlent de manière étrangement semblable à Kubler-Ross, Moody ou Kenneth Ring. Pour eux aussi c’est sous forme d’une lumière qu’elle s’est présentée et qu’ils l’ont expérimentée au cours de leurs visions. Van der Leuw la décrit comme « une aura éblouissante, rayonnante », telle une flamme constamment mouvante, dénuée de formes fixes, avec de perpétuelles variations d’intensité.
(J. J. Van der Leuw, Dieux en exil, Adyar).

Si l’on remonte plus loin dans le temps, nous retrouvons le témoignage du soufi Najm al-dîn al-Kubra qui vécut entre le XIIe et le XIIIe siècle.

On raconte qu’il avait le pouvoir « d’éveiller les amants [spirituels] à leur amour [Dieu] » par sa simple présence et, lorsqu’il était en extase, il suffisait qu’il regarde quelqu’un pour que cette personne se transforme et s’élève instantanément au plus haut degré de la sainteté.

Il eut plusieurs maîtres remarquables et il mourut à l’âge de 80 ans tué par les envahisseurs mongols alors qu’il avait refusé de fuir la ville où il vivait.

Dans un de ses principaux traités mystiques intitulé Les éclosions de la beauté et les parfums de la majesté, il raconte sa rencontre avec cet être de lumière qu’il nomme, « le témoin dans le ciel », le « soleil du coeur », ou le « soleil de la haute connaissance ». Il considère cette rencontre comme le vécu spirituel le plus intime et la mentionne ainsi :
« À ce moment, il y a devant toi, en face de ton visage, un autre visage également de lumière. [...] C’est cette personne de lumière devant toi qui est désignée dans la terminologie du soufisme, comme le guide suprasensible. On l’appelle également le Maître personnel suprasensible… »
Et plus loin il ajoute :
« Sache que le mystique a un témoin (Shahid). C’est lui que l’on appelle le Maître personnel au monde suprasensible. Il enlève le mystique vers le ciel, aussi est-ce dans le ciel qu’il apparaît… »
(Henry Corbin, L’homme de lumière dans le soufisme iranien, Présence, p. 96).
L’histoire mystique est ainsi jalonnée de telles rencontres, et malgré les travestissements dus aux traductions mentales, aux divers habillages religieux, toutes ces expériences diverses dans le temps et l’espace présentent une évidente analogie. Les mystiques, les voyants, les malades en état de coma ont perçu une réalité similaire et ont donc effectué le même voyage derrière le voile des apparences. Tous confirment l’existence de cet être à la fois « témoin », « ange », « lumière », « nature parfaite », qui semble se tenir à l’arrière-plan de notre vie dans cette terre invisible décrite par les shamanes et les mystiques.

Or, un des critères de la vérité est l’universalité.

Lorsqu’une doctrine ou une expérience spirituelle est unique, elle n’est qu’une opinion particulière, limitée. En revanche, lorsqu’on la retrouve à des époques et des lieux différents, elle possède une certaine objectivité et correspond à une réalité. Elle a, de ce fait, une réelle force de conviction.



Un monde de lumière

Tous ces récits très divers possèdent un certain nombre de caractéristiques communes que l’on retrouve d’un témoignage à l’autre.

Il y a avant tout cette omniprésence de la lumière.

Le « Maître intérieur » est toujours vécu comme un être rayonnant, et son univers est un univers de clarté.

Ce n’est cependant pas une lumière venant d’une source externe, mais une lumière qui constitue l’essence même des êtres de ce monde, et qui n’est donc pas soumise à une possible obscuration.

C’est cette même lumière qui signe les apparitions de l’au-delà, nimbe le visage des saints chrétiens ou bouddhistes. Elle se trouve ton jours associée aux états post–mortem comme en témoignent les dernières paroles de Goethe ainsi que le texte du Bardo Thôdol, Le Livre des morts tibétains.

C’est elle aussi qui brille à l’intérieur de la tête du shaman après son initiation et qui lui permet de lire les secrets de la nature inscrits sur les roches, les plantes, les animaux.

Elle apparaît dès que l’univers sensible s’efface et que l’on franchit le seuil de ce monde, comme si elle se tenait aux confins de la forme, ou plutôt, comme si la forme, une fois dissociée se résolvait en lumière, devenait cette pure clarté invisible aux yeux de chair. Cette lumière constitue l’essence secrète des corps, le feu, la force créatrice retenue emprisonnée et qui se dégage avec la consommation de la forme qui revient à son état de liberté première.



Omniscience

Plusieurs témoignages décrivent « l’être de lumière » comme une entité omnisciente. « À mes côtés, il y avait un être d’une présence magnifique. [...] Cet être plein d’amour et pourtant si puissant, s’adressa à moi. Aussitôt, j’accédai à une vaste compréhension des choses [...]. Je compris le sens de la vie et de la mort, et instantanément, toute ma peur disparut. »

À une époque de sa vie, le saint indou Ramakrishna fut, lui aussi, confronté à cette entité mystérieuse qui lui apparaissait régulièrement sous la forme d’un jeune sannyas. Il raconte :
« Un jeune sannyas qui avait mes traits avait l’habitude de sortir souvent d’en dedans de moi et de m’instruire en toute matière… »
(Swami Saradananda, Biographie de Ramakrihsna, Le Cerf, p. 156).
Il apparaît donc clairement que cet être vu par les malades en état de coma et par Ramakrishna a une connaissance qui peut résoudre tous les problèmes qui se posent à un chercheur spirituel, toutes ses interrogations sur la vie et la mort. La connaissance serait donc présente en tout homme comme un trésor caché, qu’il suffit de « faire paraître à la surface », de dévoiler. Comme l’enseignait déjà Platon, la connaissance est une réminiscence, comme un souvenir oublié qui se révèle, se dévoile, apparaît.

Tout être peut donc naturellement puiser à cette source. Les « fruits du jardin de l’Éden », les « Arcanes » du savoir ésotérique, sont tous à notre disposition dans l’éternel présent de cet être de lumière. Quelqu’un en nous sait tous les secrets et il suffit d’être à son écoute pour qu’ils se révèlent. Il est juste nécessaire de s’accorder avec notre intimité la plus profonde, comme le faisait Ramakrishna au cours de son ascèse, pour que cette connaissance nous soit donnée.

C’est pour cela que cet être de lumière est appelé aussi le « Maître intérieur ». Tous les maîtres humains que l’on peut rencontrer au cours de son existence sont des images, des échos, des reflets variés de cet être qui demeure dans le secret de notre intériorité. Et ce maître Intérieur peut nous révéler un aspect de cette connaissance totale qui demeure en nous au plus profond.

Ce fut notamment le cas de Ramakrishna, puisqu’il raconte que tout ce que lui enseignera son guru, Tota Puri, longtemps après, il le savait déjà car ce mystérieux sannyas lui avait tout appris.

La connaissance n’est donc pas simplement le produit d’une démarche tâtonnante à travers les êtres et les choses, mais elle est aussi révélation, car elle existe comme un dépôt derrière le voile des apparences.

Le maître humain exprime donc, par sa présence, son discours, cette part mystérieuse de nous-même qui demeure dans le secret et que nous ne pouvons pas encore discerner. Lorsqu’il est authentique, le gourou extérieur est, en fait, l’expression du Soi le plus intime, et tout l’amour que nous portons à ce gourou visible, objectif, s’adresse, en réalité, au gourou qui demeure en nous.

Chaque maître rencontré sur le chemin correspondra à une étape de notre relation avec l’Être intérieur. Il reflétera les premiers attouchements de la « grâce » ou la pleine intimité avec notre Soi.

Mais le maître n’est pas forcément un être humain. Ce peut être aussi une simple rencontre, une parole saisie au hasard dans un café, un livre qui répond exactement à nos préoccupations, une perte, une souffrance pleine d’enseignement, un état de béatitude qui nous submerge sans raison, ou encore un rêve particulièrement significatif.

Les visages du Maître intérieur sont multiples et il peut se servir de beaucoup de canaux pour se manifester. Mais, quel que soit le mode utilisé, chacune de ses paroles nous aidera à franchir une étape sur le chemin de notre intériorité.

Cependant, le « maître intérieur », peut aussi apparaître à des personnes qui ne sont pas des saints.

En 1943, à Budapest, Gitta Mallasz vécut avec trois amis une relation particulière avec des «.anges ». Ces derniers venaient donner un enseignement en utilisant le canal d’une des personnes présentes. Le phénomène dura dix-sept mois.

En fait, ces « dialogues » sont très certainement une ouverture au maître intérieur de chacun qui empreintait un instant le corps de la personne présente pour s’exprimer.

Gitta Mallasz elle-même affirme d’ailleurs dans Les Dialogues qu’elle avait eu la certitude que cette présence était celle de son maître intérieur (Dialogue avec l’ange, p. 24).

Les « dialogues » montrent bien que l’être de lumière est la source de toute inspiration véritable, du moins dans son aspect supérieur, lumineux. Car il existe aussi une source d’inspiration plus ténébreuse, lorsque l’être s’ouvre aux aspects les plus sombres de sa nature. Il est aussi inspiré, mais dans un autre sens…

Le Maître intérieur peut aussi se manifester d’une façon plus quotidienne, plus concrète, comme le montre l’histoire du général Yermoloff.

Le général d’artillerie Yermoloff s’était illustré dans les guerres du Caucase. Il raconta un jour à un de ses amis intimes, une étrange histoire.

Un soir, tard dans la nuit, alors qu’il était un jeune lieutenant-colonel, et qu’il habitait deux pièces dans une petite ville de Russie, il était assis dans son bureau dans un état de demi-somnolence, lorsqu’il vit soudain un inconnu devant lui. Ce dernier lui ordonna : « Prenez votre plume et écrivez. » Yermoloff se sentait sous l’influence d’une force, d’un pouvoir irrésistible, et il obéit.

L’inconnu lui dicta alors tous les événements qui seront ceux de sa vie, y compris la date exacte de sa mort.

Lorsqu’il reprit complètement conscience, l’Inconnu avait disparu. Son secrétaire et le garde, qui occupaient tous deux la pièce qu’il fallait traverser pour accéder à la sienne, n’avaient vu personne entrer ou sortir.

Sa vie se déroula exactement comme l’Inconnu l’avait annoncé, ce qui lui permit de donner la date de sa mort à son ami…

En fait, dans ce cas particulier, la personnalité, plongée dans un état entre la veille et le sommeil propice à ce genre d’expérience, objectiva le « maître intérieur ». C’est sans doute en se « réveillant » que Yermoloff créa ce scénario pour habiller un événement intime qui ne s’était pas passé dans le monde sensible, exactement comme une sensation de froid peut induire un rêve qui se passe en Sibérie…



La terre aux cités d’émeraude

Il est un autre élément qui revient avec insistance dans tous ces témoignages : c’est la succession des événements qui précèdent cette rencontre, les conditions nécessaires à l’apparition de cet être de lumière.

En effet, toutes se produisent toujours après une mort physique ou initiatique, une rupture avec le mode du monde habituel. Une rupture, qui provoque un relâchement de l’emprise « hypnotique » qu’exerce l’univers sensible. Elle amène un état de suspension des sens, un renversement des courants d’énergie dirigés vers l’extérieur, leur introversion. Alors se produit une brusque ouverture à cet univers qui constitue les coulisses du nôtre.

Cette rupture se matérialise chez le shaman par le passage « en esprit » à travers une caverne, une grotte ou une source sacrée, pendant que son corps reste immobile et rigide, plongé dans un état de transe. De même, les états mystiques sont précédés d’une nuit, d’un nuage, d’un désert où sont effacées les pensées, les émotions et même les sensations. Quant aux malades en état de coma, ils passent par ce qu’ils appellent indifféremment un puits, un tunnel, ou une cheminée. Cette image correspond chez eux à une sensation de chute à travers un conduit étroit et sombre.

L’entrée dans un autre état de conscience semble donc toujours obéir à un processus de mort, de disparition de la forme ancienne et de renaissance.

Une mort, qui efface l’univers quotidien et que symbolise le passage par la porte étroite, la grotte ou le tunnel. Une renaissance qui correspond à l’apparition de cette « lumière autre », qui ne dépend pas d’une source extérieure. Un double mouvement de repli, de retour à l’origine, suivi d’une nouvelle expansion qui définit certainement tout passage d’un état à un autre de la manifestation.

Mais quel est cet autre monde ?

C’est un lieu que l’on retrouve dans beaucoup de traditions spirituelles. Un univers complexe, constitué d’une hiérarchie d’états de subtilité différente qui s’étagent depuis la matière dense jusqu’à l’absolu, chacun de ses mondes correspondant à un degré de ce processus d’involution.

Ce ne sont évidemment pas des lieux particuliers occupant un certain espace, mais des états vibratoires s’interpénétrant les uns les autres. Les plus denses correspondent aux enfers bouddhistes, ces mondes appelés avichi, presque dénués de vie, de vibration, et les plus élevés aux états de conscience arupas, sans formes, proches de l’Unité. Chaque degré supérieur amène, pour celui qui l’expérimente, une diminution correspondante du sens de l’ego, un état d’absorption et de béatitude plus élevé.

Le monde du « Soi », du Maître intérieur, est une terre intermédiaire, au-delà des formes, qui n’est ni le monde de la « pure lumière une », ni le monde « astral », subtil, mais il se situe aux confins des mondes de la forme. C’est la terre de Hurkalya aux cités d’émeraude qui s’étend au sommet de la montagne de Qaf des soufis persans, les champs de béatitude où vivent les dieux et les bouddhas des yogis tibétains.

C’est là que demeure « l’être de lumière ».

Mais, comme le dit avec justesse le Bardo Thodol, Le livre des morts tibétains, tous ces mondes aussi merveilleux soient-ils, avec leurs palais, leurs dieux, et leurs démons, sont des reflets de notre propre esprit. Non pas, évidemment, le reflet de ce petit morceau de conscience que nous appelons nous-même, mais celui de l’Esprit plus vaste qui embrasse l’univers et demeure pourtant dans le coeur de chacun.

Najm Kobra le précise avec force dans son traité mystique : « L’âme, le démon, et l’ange ne sont pas des choses extérieures à toi; tu es ces choses. » Ainsi, pour Najm Kobra, nous sommes habités non seulement par cet hôte mystérieux, cette âme angélique, mais aussi par des enfers inconnus, indépendants de la conscience de veille et qui demeurent dans des profondeurs inaccessibles. D’ailleurs, certains témoignages parlent de l’étrange complicité ressentie au contact de l’être de lumière. Betty Malz, par exemple, avait l’impression qu’elle le connaissait depuis toujours (My glimpse of eternity, Chosen book). Cette impression provient évidemment du fait que l’être mystérieux qui lui est apparu après une expérience de coma, était un aspect d’elle-même.

L’être humain est donc infiniment plus vaste que nous le pensons. Il embrasse « l’univers et les dieux », les enfers et les paradis. Il comprend en son sein des mondes insoupçonnés, et très certainement, les états post–mortem sont une confrontation avec ces dieux et ces démons qui nous habitent secrètement.



L’âme angélique

Bahrâm Elâhi, un maître spirituel kurde iranien distingue deux forces agissant en l’homme, l’une animal-humaine (l’âme basharique), et l’autre « angélique ».

C’est grâce à l’âme angélique que l’homme aspire à la lumière, car l’âme angélique est « éternellement centrée sur un point d’origine divine » (Bahrâm Elâhi, La voie de la perfection, Albin Michel, p. 59). Elle est absolument pure. Elle est comme une vague de l’océan de la divinité. Elle agit sur le corps comme un « aimant communique sa force magnétique à un morceau de fer » (Bahrâm Elâhi, La voie de la perfection, Albin Michel, p. 59). Elle est donc la source de toute aspiration spirituelle, la force ascendante, ignée, qui pousse l’être vers le haut.

Cependant, Bahrâm Elâhi ajoute quelque chose de plus étrange. D’après lui, cette âme « fréquente les prophètes ou évolue dans plusieurs ciels sans que nous en ayons conscience ». C’est-à-dire que nous serions habités au plus profond par un hôte divin qui a son indépendance, sa vie propre, et qui peut connaître des états spirituels sans que la personnalité le sache. Il est donc à la fois totalement autre et un nous-même que nous ignorons, à la fois la plus grande altérité et l’intime source de notre vie. Ce qui est apparemment contradictoire. Comment comprendre cela ?

Une expérience vécue par un maître zen l’explique peut-être.

Un jour, pendant une séance de méditation, une énorme araignée noire apparut sur le sol à quelque distance de sa robe de moine alors qu’il était novice. Elle revint le jour suivant et le jour d’après. Elle demeurait immobile durant toute la séance mais sa présence devenait insupportable pour le jeune disciple. Aussi, il décida de la poignarder. Mais auparavant il en parla à son maître. Ce dernier l’écouta attentivement, puis lui conseilla de prendre un morceau de craie et de tracer une croix sur le dos de l’araignée avant de la poignarder.

Lors de la séance de méditation suivante, il fit ce que lui avait demandé son maître, et il traça une grande croix blanche sur le dos de l’araignée qui demeurait étrangement immobile. Après la méditation, il alla trouver son maître pour lui annoncer qu’il avait suivi son conseil. Alors, ce dernier lui demanda de soulever sa robe. Une grande croix se trouvait tracée sur le ventre du disciple. L’araignée était donc une objectivation de l’ombre, des éléments passionnels qui ont leur siège dans le centre abdominal.

Une histoire un peu semblable était arrivée à l’Ancien joseph l’Hésychaste au mont Athos pendant une pratique spirituelle. Il raconte :

« Je m’assis sur mon petit tabouret pour me concentrer sur la prière, et peu à peu je me calmai. Soudain, j’entendis quelque chose, comme si la porte s’ouvrait [...]. Aussitôt, je sentis que quelqu’un excitait mes membres inférieurs. J’ouvris alors les yeux, et je vis l’esprit impur de la luxure ! Il était conforme à la description qu’en donnent les pères : une tête chauve et sale, des petites cornes droites, un visage blême, des yeux ronds et rouges, plein de vice, un corps sale, couvert de poils de sanglier ! [...] Une odeur semblable à celle du soufre et de la vase envahit ce lieu, puis il s’évanouit. Dès lors, [...] ces terribles pensées ont cessé complètement et je me suis senti comme un petit enfant dépourvu de cette passion » (Père Joseph de Vatopeïdi, L’Ancien Joseph l’Hésychaste, Le Cerf, p. 61, 62).

Lorsque la conscience se déplace vers l’intérieur, les éléments de la personnalité qui semblent former une unité se dissocient, s’individualisent, s’objectivent, comme dans certains rêves, où une pulsion peut apparaître sous forme d’un tigre ou d’un loup. De même, le maître intérieur peut se manifester comme un enfant plein de sagesse ou un vieil homme à la barbe abondante.

Cela signifie que la conscience intériorisée n’a pas le même regard sur notre psyché.

Elle rejette à l’extérieur ce qu’habituellement nous considérons comme faisant partie de nous-même.

Dans cette perspective, les pensées elles-mêmes semblent venir du dehors, arriver de l’extérieur. Le sage indou Aurobindo avait fait cette expérience au commencement de sa démarche spirituelle. Suivant les conseils d’un yogi du nom de Lélé, il vit les pensées arriver du dehors. Cette expérience lui permit de connaître rapidement le silence intérieur, car elle nous dissocie des pensées en discriminant la part de nous-même, immobile et silencieuse, et celle qui se laisse emporter par le flux du devenir.

C’est d’ailleurs une expérience que chacun peut faire avec un peu d’attention. Grâce à cette pratique nous pouvons constater qu’effectivement les pensées sont comme des entités qui possèdent une forme, une « couleur » particulière. Il en est de même avec les émotions et tous les aspects de notre personnalité.

Le « moi » nous semble un « tout », un ensemble cohérent, mais il se révèle, en fait, composé d’une multitude de consciences indépendantes les unes des autres, de « dieux et de démons », de fragments qui sont liés ensemble pour donner une illusion d’unité. De même l’univers peut s’individualiser. Exactement comme une pulsion peut prendre l’apparence d’un animal, un rocher peut apparaître sous une forme individuelle.

Nous retrouvons ainsi la « vision du monde » animique où les pierres, les arbres, les rivières, possèdent une forme de conscience. Dans cette perspective, qui est aussi celle du taoïsme et de beaucoup d’anciennes traditions, même notre corps est habité d’une multitude de divinités.

Cette « vision du monde » nous semble particulièrement étrange, mais elle est en fait celle des êtres qui sont établis dans un certain état d’intériorité, d’intimité avec eux-mêmes. La perception d’un monde-objet, d’un univers dénué de conscience, vient du fait que nous vivons à la surface de nous-même et que notre « moi » s’oppose au monde et à l’autre. Ceux qui sont unis à la source savent que tout est vivant, conscient, et qu’ultimement cette vie est Une.

En réalité, comme le dit la tradition tantrique, « un arbre est d’abord une forme extérieure sensible. À un autre niveau, il est un flux d’énergie. Mais à un niveau encore plus élevé, il est un déva, c’est-à-dire une force consciente ».

La vision d’un univers vivant, avec lequel nous pouvons dialoguer, n’est donc pas celle de « primitifs » encore dans l’enfance du monde, mais le point de vue des êtres réalisés spirituellement.

Ce sont ces mêmes êtres qui perçoivent le Maître intérieur comme une présence individuelle, extérieure à eux-mêmes.


LE MAÎTRE INTÉRIEUR
Sa relation avec la destinée
d’Erik Sablé, collection « Chemins de sagesse », Editions Dervy, 2007



http://choisirdieu.unblog.fr/le-maitre-interieur-livre/


Dernière édition par Archange le Jeu 22 Jan - 21:24, édité 1 fois

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Re: Le Maître intérieur

Message par Archange le Jeu 22 Jan - 21:23

Une conscience globale

L’âme spirituelle qui habite la « Terre de lumière » est donc le joyau, la perle, le trésor enfoui, le Royaume perdu qu’il nous faut retrouver.

Elle est aussi liée au feu, à ce qui brille, illumine, élève, réchauffe. Elle est ce feu qui vient du ciel et que célèbre la fête de Pâques, ou encore la petite lampe qui brûle nuit et jour sur l’autel, et qui est l’image de ce Seigneur de lumière qui veille dans l’intimité la plus profonde de nous-même. Elle symbolise une flamme qui ne faiblit jamais, une lampe perpétuelle qui ne disparaît pas comme le fait la conscience de veille lorsque vient le sommeil du corps.

Elle est aussi symbolisée par le feu qui jaillit du centre de la croix à la conjonction des deux branches. Cette flamme est ici équivalente à la rose de la Rose-Croix.

C’est ce feu qui pousse l’être à se transformer, à se libérer, à devenir lui-même feu, lumière, Esprit.

Elle est aussi notre visage secret, notre « âme » dans son sens le plus élevé.

Lorsque nous parlons de « perdre son âme », ou d’un être « sans âme », c’est bien de cette « âme angélique » dont nous parlons. Car elle peut effectivement se perdre, se détourner de la personne. Alors, l’homme n’est plus qu’un « animal raisonnable », une entité apparemment vivante, mais en réalité réduite à l’état de mécanique, dénué de ce qui fait réellement un être humain.

Les périodes de régression spirituelle comme la nôtre, sont emplies d’êtres sans âme, parfois très intelligents, mais spirituellement morts.

Les voyants qui ont développé le sens intérieur leur donnant accès à cette « terre d’immortalité » décrivent l’âme angélique comme « une flamme palpitante reliée à l’inépuisable océan spirituel », ou encore comme « une indescriptible puissance rayonnante avec à l’intérieur une forme humaine idéalisée perpétuellement enflammée par l’inspiration divine » représentant l’archétype parfait de l’individu incarné. Ils le voient aussi baignant dans une joie perpétuelle, participant aux rythmes créateurs de l’univers, comme un chant ou un poème constamment psalmodié, une vaste harmonie qui résonne derrière les apparences sensibles pour l’être suffisamment « ouvert de coeur ».

Mais Hodson rappelle que toutes ces descriptions sont approximatives, que sur ce plan de conscience n’existent pas de formes fixes, et que pour le « Soi » il n’y a pas réellement d’objet ou de personne extérieure à lui. Toutes choses faisant partie de lui-même, il connaît toutes choses de l’intérieur, par identification, en s’unifiant à elles. Tout lui est éternellement présent en une unique vision globale au-delà du passé, du futur, de la remémoration et de l’anticipation.

Ceux qui ont pu confondre leur conscience avec celle du « Soi », voir à travers ses yeux, en quelque sorte, s’aperçoivent que son monde est celui de l’identité, une communion qui abolit toute opposition entre le moi et le non-moi, le monde de l’Éden, si l’on veut, tout comme la personnalité est celui de la dualité, de la distance, de l’opposition. C’est d’ailleurs cette opposition qui engendrera tous les conflits qui jalonnent l’histoire individuelle ou collective.

Voir à travers les yeux de cette Présence, comme l’ont fait quelques grands voyants, ou quelques mystiques, c’est vivre en osmose avec la vie des arbres, des roches, du ciel, des nuages, et de la nature entière, tout en gardant cependant sa conscience individuelle. David Spangler raconte comment le voile s’est levé pour lui quelques minutes alors qu’enfant il revenait de la ville avec ses parents : « Une présence envahit mon être. En cette présence toutes choses semblaient exister en une profonde unité, à la fois remplies d’un amour et d’une sérénité indescriptibles et dotés d’un pouvoir irrésistible. » Contemplant l’univers à travers le regard de cette présence, il se sentait un avec chaque atome, chaque pierre, chaque monde, chaque étoile du ciel. Le sentiment de séparation du « moi » enclos dans un corps avait disparu, évanoui, et sa conscience dilatée s’étendait à la moindre parcelle de matière.

De telles expériences surviennent de loin en loin sur le chemin spirituel. Elles sont souvent des reflets de la Présence, des éclats passagers venus illuminer le quotidien et qui préludent à cette identification pleine, entière et permanente de l’adepte totalement assimilé à ce regard.

Mais, même fragmentaires, elles sont suffisantes pour donner une idée de cette vision simultanée du « Soi », pour faire comprendre comment il peut saisir, par exemple un arbre dans sa réalité en une unique vision globale, alors que la personnalité frontale est obligée de l’approcher sous différents angles, d’accumuler des images qui, mises bout à bout, permettent de le reconstituer en l’associant à un nom.

Le « Soi » possède comme une dimension supplémentaire à la personne, un peu comme un volume par rapport à une surface. Et si nous imaginons un instant la surface comme un univers, les habitants de cet univers traduiront évidemment tout contact avec un volume dans un langage à deux dimensions. Ils ne verront jamais un cube, par exemple, mais une succession de six carrés. Le cube tel que nous le percevons est inconcevable pour eux. Il échappe complètement à leur mode de perception. Pour qu’ils puissent le voir, il leur faudrait acquérir une dimension supplémentaire : la nôtre.

De même, la relation entre la personnalité et le « Soi » est celle du cercle à la sphère. Le cercle est une section à deux dimensions de la sphère, exactement comme chacune de nos vies est la projection d’un aspect du « Soi », une image limitée de cette figure qui nous échappe.

Et c’est aussi pour cela, à cause de cette différence de niveau de réalité, que nous ne pouvons pas appréhender le « sens de notre vie ».

Notre mode de connaissance est inadéquat. Seul le « Soi » le peut qui se tient au sommet de la montagne qui domine le paysage, et qui connaît la totalité de la vallée, alors que la personnalité chemine, tout au fond, prisonnière de ce morceau de route qui lui semble dénuée de sens. Elle se croit seule, tâtonne comme un aveugle dans le noir, se heurte à des obstacles inconnus, et erre dans ce qui lui semble un dédale sans fin. Car seule la totalité a un sens, et seul un certain recul nous permet de comprendre la vie, un changement de perspective. Exactement comme une tapisserie nous échappe tant que nous restons fixés sur un petit fragment de fils entrecroisés.

Sa signification nous sera donnée en prenant du champ. Alors, nous nous apercevons que le plus petit détail, le moindre caillou sur le chemin, l’événement en apparence le plus insignifiant a sa raison d’être, que tout est parfaitement « orienté », comme une langue étrangère soudain évidente. De même, si la nature était saisie dans sa réalité, chaque insecte, chaque fleur, chaque animal, révélerait sa fonction dans l’harmonie universelle, s’intégrerait parfaitement à l’ensemble, et nous saurions avec certitude que rien ne vient au hasard et que, dans le développement des formes de la nature comme en nos vies, tout est parfaitement « à sa place »…

Mais cela demande évidemment un changement de perspective, une mutation du regard, un développement de cette intuition qui n’est pas, contrairement à l’opinion commune, une vague faculté, mais l’expression d’un nouvel organe : l’organe spirituel.

Le « Soi » est donc cela qui détient le secret de notre destinée. Il est l’équivalent de ce noyau de la cellule qui contient le code génétique, la structure autour de laquelle s’opère la synthèse des protéines et s’ordonne la matière.

Il est le lieu d’inscription des lignes directrices de notre destinée, de cette hérédité spirituelle parallèle à l’hérédité physique et bien plus profonde qu’elle. Une combinaison de forces, d’images archétypales autour desquelles se reconstituent à chaque nouvelle vie les « Skandas », les divers éléments constituant la personne.

Notre destin est donc pour lui comme une unique vision simultanée qui se déploiera dans le temps au cours de l’existence. Une vision que nous pouvons, sinon percevoir, du moins approcher à certains moments privilégiés, et que des poètes comme Rimbaud ont saisi intuitivement et traduit dans certains de leurs poèmes, de manière cryptée, prévoyant de longues années à l’avance la marche de leur vie.



Le Maître intérieur dans la tradition occidentale

Cependant, le « Soi », l’être de lumière, n’est pas simplement communion, osmose, une puissance impersonnelle, mais il possède aussi une forme d’individualité.

Chaque être possède son « ange » en lequel il s’origine.

Si nous remontons à la racine de la tradition occidentale, nous retrouvons cette notion d’âme angélique dans le Poimandres. Dans ce texte qui exerça une telle influence tant en Orient islamique qu’en Occident chrétien, elle est le « Nôus », la forme humaine originelle, l’archétype de notre être qui apparaît à Hermès, tandis que ces sens corporels ont été « ligaturés » par un profond sommeil.

« Il me sembla qu’un être immense, sans limites déterminées m’appelait par mon nom », raconte-t-il. Selon la parole du Trismégiste, le « Nôus » « appartient à l’essence même de Dieu », sans cependant s’identifier à lui.

Il faut remarquer que Poimandres veut dire le « pasteur de l’homme ». Or, ce pasteur est, en fait, le « Nôus », le Maître intérieur, qui, selon la parole de Philon, doit nous gouverner comme le berger gouverne ses moutons, ses chèvres ou ses boeufs.

Ce livre se présente donc comme la parole du Maître intérieur. Du moins, c’est ainsi que son auteur le concevait.

Selon Manéthon, Thoth, le dieu des scribes, écrivit sur des stèles la connaissance sacrée à l’origine des livres hermétiques. Ces livres d’Hermès se trouvent donc aux carrefours des traditions grecques, égyptiennes, chrétiennes. Ils constituent sans doute l’héritage de l’ancienne sagesse égyptienne. Ils sont aussi à l’origine d’une grande partie de l’ésotérisme occidental.

L’âme de la renaissance italienne fut Cosme de Médicis, qui créa, dans la villa Carrégi, près de Florence, une académie platonicienne où l’on vouait un véritable culte à Platon, aux néoplatoniciens et aux textes hermétiques.

Il avait chargé le fils d’un de ses amis, Marsile Ficin, de traduire ces textes.

Ficin a aussi écrit quelques ouvrages personnels. Dans l’un d’eux, sans doute sous l’Influence d’Hermès Trismégiste, et des néoplatoniciens, qu’il avait traduits, il affirme que le but de la vie spirituelle n’est pas simplement de « retourner à Dieu », comme le pensent les mystiques, mais de « retrouver l’Idée qui à précédé notre création ». Plus loin, il précise que notre « être imparfait » sera recréé et se rétablira « pour s’unir éternellement à l’idée ».

Cette Idée est l’archétype de notre être, le « Nôus »…

Pour Plotin, le « Nôus », procède de l’Un comme la lumière et la chaleur rayonnent naturellement de la nature du soleil (Ennéade V-3).

Il est, en fait, la première émanation de l’Un, ce que le philosophe néoplatonicien appelle la première hypostase. Plus exactement, chaque « Nôus » particulier est un aspect du « Nôus » universel qui est, en fait, le premier principe susceptible d’être connu, puisque l’Un est ténèbres, abîme et mystère.

Du « Nôus », procédera, de même, « l’âme », la psyché, puis la matière dense.

Plotin propose d’imaginer le « Nôus » comme « une sphère vivante et diaprée ou un composé dont toutes les faces resplendissent de visages vivants » (Ennéades VI-7). Mais, ajoute-t-il, cela est une vision extérieure et il est nécessaire de se fondre en lui, de devenir soi-même le « Nôus »… Alors, il apparaît qu’il demeure immobile dans un éternel présent, « alors que le temps tourne autour de lui » (Ennéades V-1).

Dans la Kabbale, qui est l’autre versant de la tradition ésotérique occidentale, au-delà de Nephesh, l’âme vitale animatrice, et de Rouah, le souffle de vie, se trouve la partie proprement divine de l’être humain appelée Neshamah. Elle a son siège dans la partie droite du coeur. Elle est « une parcelle de la vie divine détachée du monde des Séphiroths » (Guy Casaril, Rabbi Siméon Bar Yochaï, Le Seuil, p.111). Car il est dit qu’elle est une émanation de Bina, la troisième Séphira : l’Intelligence. Elle seule est capable de comprendre les mystères de la création. Mais elle demeurera toujours distincte de son origine divine. Elle est ainsi décrite dans le Sefer Shoshan Sodot par un disciple d’Abraham Abulafia : « Sache que le secret de la prophétie révélée pleinement au prophète consiste en ce qu’il voit de façon soudaine la forme de lui-même debout devant lui et lui dévoilant l’avenir » (Moshé Idel, L’expérience mystique d’Abraham, Abulafia, Le Cerf, p. 104). Ce qui rejoint très étrangement le témoignage de Ramakhrishna, comme nous l’avons vu plus haut. Là aussi, l’âme angélique prend l’apparence du chercheur spirituel pour l’enseigner et lui apprendre ce qu’il doit savoir.



Le Maître intérieur en Inde

L’équivalent du « Nôus » néoplatonicien est le Purusha des doctrines hindoues. Il est mentionné dans les yoga-sutras de Patanjali où il est le « Soi », l’être intérieur. Toute l’ascèse du yogi consiste précisément à libérer ce Purusha de l’emprise de la substance, la Prakritri, pour qu’il retrouve sa nature première, originelle, qui est plénitude et liberté.

Il est dit aussi que Dieu, lshvara, est un Purusha particulier qui n’a jamais été soumis à la limitation. Il existe donc, dans les yoga-sutras, la conception d’un « Dieu personnel », d’un Dieu-guru, qui est « l’instructeur des anciens eux-mêmes ».

Cette conception du Purusha est empruntée au Samkya qui est un des six darshana ou doctrines de l’hindouisme. Un darshana est un regard particulier sur le réel, un aspect de la Vérité Totale. Idéalement, dans les doctrines hindoues, il n’existe pas d’exclusion entre les différents systèmes « philosophiques ». La vérité est trop vaste, trop complexe. En fait, elle est inaccessible dans sa totalité, sa diversité, à la pensée humaine, et l’homme peut seulement adopter un point de vue particulier, avoir une perspective limitée sur cette vérité. Comme un même objet qui serait décrit selon des angles différents. Pour illustrer cela, les hindous racontent l’histoire des six aveugles qui touchent chacun une partie d’un même éléphant et sont tous persuadés d’être confrontés à des objets différents.

Chaque point de vue est juste, mais limité. Aucun n’est la description de l’objet dans sa globalité.

Le Samkya est un de ces points de vue sur la réalité. Or, pour le Samkya, il existe une multitude de Purushas. Chaque individu possède un Purusha particulier, c’est-à-dire que chaque individu a un dieu particulier qu’il doit découvrir à travers une discipline, un yoga.

Il ne s’agit donc pas, comme dans le Védanta, par exemple, de s’unir à une divinité impersonnelle, de la disparition de toute forme individuelle dans une grande totalité-une. Cependant, le Védanta est juste lui aussi. Il est seulement un autre darshana, un autre point de vue, qui n’exclut nullement le Samkya ou le Yoga.



À chacun son Dieu

Chacun est donc l’expression du dieu, de l’ange, de l’homme céleste qui lui correspond très exactement et qui est la source de sa conscience, de son sentiment d’identité, de cette étincelle qui fait l’être humain. Ce que beaucoup de vieux enseignements et même certaines traditions populaires symbolisent par « l’étoile » qui nous guide. Et cette image indique bien à la fois une lumière nocturne, secrète, l’idéal vers lequel nous devons tendre, mais aussi ce qui nous oriente et nous distingue à la fois, puisque chaque étoile est unique.

Cette étoile est notre origine réelle, la racine grâce à laquelle nous nous relions secrètement à l’océan de la vie divine. Comme le dit Henry Corbin : « L’âme humaine qui descend en ce monde émane de l’Ange qui est son démiurge et son double, son Moi céleste, sa contrepartie divine » (Henry Corbin, L’ange et l’homme, Fayard, p. 30). Le Maître intérieur est donc notre jumeau céleste, et nous retrouvons tous les mythes qui se réfèrent à ce double aspect de l’âme : les dioscures Castor et Pollux, le couple de Krishna et Arjuna dans la Bhagavad-Gîtâ, et peut-être ces deux cavaliers chevauchant un même cheval qui figurent sur le sceau des templiers. Nous retrouvons aussi ces deux oiseaux qui symbolisent les deux natures de l’être humain dans la Chandogya Upanishad. L’un mange et se déplace sans cesse sur les branches, et c’est le « moi », l’autre demeure immobile et c’est le « Soi », l’Athma.

Notre relation avec l’univers spirituel se fera toujours par l’intermédiaire de cet « être de lumière », de ce « double céleste », et sera canalisée par lui.

C’est l’ouverture à son influence qui nous fera connaître ces états de béatitude qui nous transformeront progressivement. Il est, en quelques sorte, la fenêtre nous permettant de percevoir notre « ciel intérieur ».

Le « Soi » est donc un aspect de l’unité, un rayon du grand soleil spirituel, un cristal diffractant la lumière selon un rythme particulier. Tout comme chaque séphiroth de la Kabbale ou chaque nom divin du soufisme, il est l’unique océan de la vie divine et il reste pourtant différencié, une expression particulière de l’Unité ; une conscience universelle communiant avec la lumière infinie, mais résonnant en harmonie avec une région de la nature, un animal, une fleur, un minéral, un astre. Un peu comme nous pouvons parler d’une unité des maîtres entre eux, d’une unique conscience dans laquelle ils se meuvent, tout en considérant la vibration propre à chacun, son rayon, son individualité.

« Chaque ego a donc son apparence propre … exprimant sa mission, ou son génie » (J. J. Van der Leuw, Dieux en exils, Adyar, p. 51). Et Muktananda souligne, lui aussi, le caractère à la fois particulier et universel du « Soi ». Il distingue ce qu’il nomme la réalisation du dieu avec forme, expérimenté par lui au terme d’une longue ascèse, pendant une méditation : « Cet être n’était pas fait de chair mais de lumière bleue et brillante… Il se tint devant moi et j’étais frappé d’émerveillement tandis que je l’observais… L’être bleu me donna quelques conseils et il me donna sa bénédiction. Alors, de nouveau, il réduisit sa forme jusqu’à celle de la perle bleue et pénétra en moi » (Swami Muktananda, Kundalini, Horus, p. 58) Et l’autre, celle du dieu sans forme, dans laquelle se réalise notre « nature omnipénétrante » et où nous nous « fondons dans le corps de Dieu ». Ces deux approches du « Soi » étant un peu la différence existant entre ce que les yoga-sutras de Patanjali nomment le savikalpa samadhi et le nirvikalpa samadhi. Dans le premier, l’ascète voit la « forme » de la divinité et cette vision le plonge dans l’extase. Dans le second, il est totalement immergé dans le divin, et il n’existe plus en tant qu’entité séparée.

Cette distinction est aussi celle que fait Isha Schwaller de Lubicz entre ce qu’elle appelle le « Ba », l’aspect universel de la divinité, que les anciens Égyptiens figuraient par un oiseau à tête humaine, et le « Ka », son aspect spécifié, particulier.

Dans la « Lumière du chemin », elle considère « chaque âme humaine comme un des nombres entités issus de l’unique absolu » [p. 90], les manifestations diverses d’un unique soleil spirituel. Chaque âme étant particulière puisqu’il n’y a pas deux nombres identiques. Puis elle distingue fort justement deux aspects dans cette émanation : « Ce qui est d’essence divine — pure lumière éternelle, impersonnelle —, et nullement spécifiée » qu’elle nomme « Témoin spirituel » ou « Esprit » et qui a son siège dans la région du coeur. Et ce qui « porte les caractéristiques de son nombre » qu’elle nomme le « Témoin permanent » et qui a son siège dans la glande pinéale ou épiphyse.

C’est une connaissance intuitive de nos affinités réelles qui nous révélera peu à peu ce qui caractérise fondamentalement notre être, c’est-à-dire l’empreinte de ce témoin permanent, sa signature.

Mais ce double aspect du « Soi » reste un mystère inaccessible au mental rationnel qui procède toujours par exclusion et ne peut concevoir une réalité où chaque partie, chaque aspect, est la totalité tout en demeurant elle-même, à la fois une et multiple. Cela demande de l’expérimenter intérieurement au plus profond de notre intimité pour sentir ses affinités réelles.

Dans un premier temps et de manière assez sommaire, nous pourrons nous rattacher à une des sept puissances créatrices de l’univers, un des sept logoï qui se trouvent à l’origine de toutes les combinaisons à l’oeuvre dans la manifestation et qui règlent le développement des formes, puisque toutes choses sont liées à l’influence plus particulière d’une de ses sept énergies planétaires, ou « rayons de l’âme ».

Chacun est comme un fil qui court partout dans la nature et donne une propriété analogue à une pierre, un végétal, un animal, un organe du corps humain, un trait de caractère. Il tisse comme un lien secret entre les différents règnes et baigne toute une région de l’existence de sa couleur particulière qui est la couleur de « l’ange », du « déva » régissant ce rayon. Et si nous examinons brièvement chacun d’eux, nous voyons bien comment une certaine fonction abstraite qui est en fait, un « geste », un « mouvement créateur », se répercute jusque dans les plus petits détails du quotidien, tout en gardant la même tonalité, tissant ainsi un lien « magique », subtil, entre des êtres et des objets en apparence très dissemblables.

Le premier rayon, par exemple, est celui du pouvoir. Il se rattache au soleil, à tout ce qui ordonne, commande, dirige, gouverne, brille. Il est aussi le rayon de la volonté. Il peut être destructeur car il est « celui qui libère la forme » et les grands chefs militaires sont sous son influence, tout comme l’or, le diamant, la digitale, la danse ou l’éléphant.

Le deuxième est le rayon de la sagesse et de la planète Jupiter. Il signe tout ce qui rayonne, se répand, donne, exprime. Et, suivant cette même « idée » d’expansion, on retrouve l’enseignement, l’éducation, le magnétisme, l’amour, la religion, les guérisseurs, et… le saphir qui est la pierre mystique par excellence.

Le troisième rayon est celui de Saturne. À l’origine, il est le pouvoir qui « pense » la forme, qui combine les idées archétypales avant qu’elles ne s’incarnent. Il est donc le mental universel, celui qui crée les structures à partir desquelles les formes s’envelopperont de chair. Cette influence se reflétera dans le mental abstrait du philosophe et du mathématicien, une intelligence large, synthétique, capable de saisir les essences, mais souvent peu pratique. Elle donnera aussi une grande faculté d’adaptation, de l’habilité, du tact, de la diplomatie et signera un animal comme le chat.

Le quatrième rayon est celui de l’art, de l’harmonie, de la beauté des formes et des couleurs, des sensations, des apparences. Il se rattache à Vénus, et influence les artistes, l’opéra, un métal comme le cuivre ou une pierre comme le jaspe.

Le cinquième rayon est celui de Mercure, du mental concret. Les scientifiques et tous les expérimentateurs sont sous son influence. Il donne une grande capacité d’observation, l’esprit pratique, précis, l’amour du détail et de l’ordre. Il signe, de plus, un art comme la sculpture et une pierre comme la topaze.

Le sixième rayon est celui de la dévotion, de la mystique, du sacrifice à une cause, une religion, un « dieu », et il influence les saints mais aussi les fanatiques. Les croisades sont sous son influence ainsi que le cheval, le rubis, le christianisme, l’architecture.

Le septième et dernier rayon est celui des cérémonies, des règles, et des coutumes. L’individu sous son influence sera toujours soucieux de l’apparence, de l’apparat et son chemin spirituel passera par les rituels et les invocations. Ce rayon est aussi celui de l’améthyste, de la couleur violette et de l’artisanat.

Ce lien d’analogie entre des éléments en apparence si différents peut sembler absurde, mais il est à l’origine de la médecine des Anciens. C’est ce même principe qui fait qu’une préparation à base de digitale (une plante solaire), peut soigner certains troubles cardiaques. Le coeur étant lui aussi sous l’influence du soleil.



L’animal totem

Chaque individu, de part son origine céleste, se rattache ainsi à un de ses sept aspects du Verbe qui embrasse sous son influence la totalité de l’existence. Mais personne n’est évidemment la pure expression d’un unique rayon. Il est une combinaison de plusieurs influences et la tonalité maîtresse qui est la sienne sera modifiée par une ou plusieurs autres. C’est ainsi qu’un individu pourra être, par exemple, du deuxième rayon tout en participant aussi du cinquième et, dans une moindre mesure, du septième. Plus profondément, nous serons amenés à chercher une différentiation encore plus fine, plus subtile, car notre signature, ce qui caractérise fondamentalement notre être, est évidemment unique puisque l’âme spirituelle qui émane de la personnalité est un unique rayon du grand soleil spirituel, et pour la connaître, il nous faudra l’éprouver intuitivement, retrouver sa trace en nous, son empreinte. Car tout comme les pierres et les plantes possèdent une vertu particulière se reflétant dans leur aspect extérieur et leur propriété interne, une signature conditionne mon comportement et ma vision du monde. Elle m’imprègne comme une musique, un verre coloré à travers lequel je percevrai le monde. Lent ou rapide, fluide ou rigide, léger ou profond, ce rythme qui est le rythme du « Soi », se répercute comme un écho derrière chacun de mes gestes une fois rejeté mon conditionnement familial ou social. C’est ma vibration particulière, l’étoile à laquelle je me rattache secrètement, l’Esprit-guide dont la rencontre est d’une telle importance dans les initiations primitives.

Ainsi, chez certaines tribus d’Amérique du Nord, se pratique, au seuil de l’adolescence, une période de retraite dans un lieu isolé, particulièrement chargé de pouvoir comme une grotte ou une montagne à l’issue de laquelle l’individu a la révélation de son « animal totem », sous forme d’un rêve ou d’une vision. De retour dans sa tribu, il coupe tout lien avec sa famille. Il cesse d’être le reflet de ses parents et de leurs désirs, pour trouver son axe, son centre, son identité vraie qui est analogiquement en relation avec celle de son animal totem. Il devra conformer sa vie à celle de l’animal, imiter sa danse, étudier ses moeurs et trouver ainsi la clé de sa destinée.

L’homme qui sera en affinité avec l’aigle, par exemple, sera entièrement orienté sur le regard, l’oeil étant l’axe autour duquel se développera son existence. L’extrême importance de la faculté visuelle est en effet une des caractéristiques des rapaces, la buse possédant, par exemple, une vue huit fois plus précise que l’homme.

La prépondérance d’un sens n’est évidemment qu’un premier indice et c’est tout le comportement qui sera imprégné plus ou moins fortement par l’animal totem. Comportement royal, passif, et brusque de l’aigle, avide, remuant, courageux du chien, égoïste et secret du chat, plus inquiétant du serpent ou du scorpion. Avec, en plus, une teinte particulière, difficilement traduisible, qui exprimera de façon précise la signature. Une affinité, non de goût mais réelle, comme le sentiment d’une harmonie profondément ressentie. C’est-à-dire que l’animal totem n’est pas un animal que l’on « aime bien », avec lequel nous avons une affinité superficielle. Il est nécessaire d’avoir la « révélation » de sa présence, et comme le dit Schwaller de Lubicz, cet animal peut être aussi un scorpion ou un serpent particulièrement venimeux, tous les aspects de la nature se reflétant dans l’humanité, même les plus sombres.

Un soufi contemporain, Jabrane M. Sebnat, décrit cette rencontre avec l’animal protecteur qui se produit lors du voyage spirituel. Pour lui aussi l’animal est le symbole de l’âme. Il assure assistance, aide, lien entre le visible et l’invisible.

« Si dans votre voyage à la recherche de votre animal protecteur, vous rencontrez une chèvre, vous saurez que votre nature profonde est fierté et indépendance. Votre animal, la chèvre, a toujours été la gardienne de l’abondance, le symbole de la protection terrestre et céleste. Car cet animal capricieux est le familier des cimes des montagnes et en même temps des profondeurs des grottes. Animal qui allie lumière et obscurité, ciel et terre. Animal qui participe à la nature souterraine et à la nature aérienne. La chèvre à travers son esprit vous donnera les moyens pour développer votre capacité à être un guerrier. Un voyageur qui s’intéresse à sa double nature, terrestre et céleste. Un chercheur dans le conscient et l’inconscient » (Jabrane M. Sebnat, La mort bleue, Éd. MEP, p. 16-17).

Le duc Jean du Berry, vraisemblablement alchimiste ou du moins initié au symbolisme des textes hermétiques, s’entourait d’ours qu’il faisait venir de son duché d’Auvergne. Il a fait figurer l’animal presque à chaque page des « heures », sur ses bannières, autour de ses armes, et il remplissait son palais de petites sculptures ursines. De même, toute son apparence, son allure lourde, pesante, placide, reflétait, cette analogie avec le plantigrade, et c’est un ourson qui figure, sommeillant aux pieds de son gisant à la place des habituels lions ou lévriers.

L’équivalent de l’animal totem est le « Maître de la tête », une notion qui appartient à la tradition brésilienne de la Macumba. Pour la mère Maria-José, une grande prêtresse de ce culte, chacun est l’expression d’un dieu qui représente sa nature profonde. Par exemple, si notre dieu est Oxala, nous serons en affinité avec le ciel, la montagne, la couleur blanche. Et il est nécessaire d’être toujours en harmonie avec notre dieu si nous voulons que notre destinée soit favorable (Serge Bramly, Macumba, Seghers).

Chacun se rattache ainsi aux animaux, plantes, minéraux, de son rayon créateur, qui est le rayon de son âme, le long duquel il devra se développer. Et plus il se rapprochera de son archétype, qu’il soit aigle, tigre ou serpent, plus il sera pur, dans le vrai sens du terme, c’est-à-dire homogène, sans aucun caractère étranger.

La connaissance, même approximative de son archétype est une source d’équilibre. Lui seul détient la clé de notre destin. Il est l’Orient de notre être et il indiquera toujours, pour celui qui sait lire sa parole, la direction la plus favorable à notre évolution.

Cependant, sa volonté ne coïncide pas forcément avec le chemin suivi par la personnalité, avec ses désirs, ses envies, ses ambitions, ses rêves… Le « Soi » se situe à un autre niveau, et possède une autre perspective, plus impersonnelle, plus vaste, qui peut, par exemple, envisager la disparition de la personnalité avec une certaine sérénité, ou même une certaine indifférence.

Cette rencontre avec son animal totem est d’ailleurs équivalente, quoique à un niveau bien différent, à celle de l’ange dans un ancien rituel de théurgie : La magie sacrée d’Abramelin le mage.

Ce texte, qui fut traduit de l’hébreu à Venise en 1458 est un livre très étrange.

Il fut transmis à un certain Abraham fils de Simon par un vieil homme du nom d’Abramelin. Ce dernier vivait au milieu du désert à trois jours de marche de la ville d’Arachi située sur les bords du Nil.

L’Ange apparaît dans l’oratoire, comme une « splendeur extraordinaire », au terme d’une invocation longuement, minutieusement préparée par plusieurs mois d’ascèse. Il imprime son « sceau » sur une petite lame d’argent préparée à cet effet.

Ce « sceau », ce signe, est le diagramme de l’Âme, son expression graphique, sa signature, sa vibration. De même, il est un nom secret, un phonème correspondant. Celui-là même murmuré par le maître au disciple lors de certains rituels initiatiques indiens et qui est la fois un mantra, une parole « mystique », un chant, permettant l’invocation et la descente du dieu intérieur. En effet, dans les initiations tantriques hindoues ou bouddhistes, le maître connaît intimement son disciple, et il lui transmettra la « déité » qui correspond à sa nature profonde. Ce peut être un des vingt-quatre aspects de la déesse Tara, ou un des multiples dieux des panthéons hindous ou tibétains.

Le « Soi » dans son aspect le plus haut est donc une modulation de la grande vibration originelle, emplissant toute vie de son souffle. Une impulsion créatrice figurée par un son, un diagramme, un rythme, se répercutant dans un règne animal, végétal et minéral et qui possède donc comme une alliance avec une région particulière de la nature.



Animus et Anima

L’âme angélique n’est évidemment ni homme ni femme. Elle est au-delà des sexes, ou plus exactement, elle appartient aux deux sexes. Elle est à la fois mâle et femelle. Elle est androgyne. Mais elle se polarisera selon le sexe du corps physique de la personne. Elle sera donc féminine pour l’homme et masculine pour la femme.

L’âme angélique est donc notre complément, ce qui comble notre manque, et chaque homme ou chaque femme que nous rencontrons, que nous aimons, est le reflet, l’écho, de cette Présence que nous recherchons vainement dans les formes du devenir. Et si nous sommes toujours dans le manque, c’est que le réel objet de cette quête ne se trouve pas au niveau où nous le cherchons.

De fait, l’homme qui n’est pas relié à sa femme intérieure, c’est-à-dire à son âme angélique, vit de reflets, d’illusions. Son impression d’exil, sa nostalgie de quelque chose qui viendra le combler, rétablir une totalité perdue, vient de la perte de cette âme essentielle.

Le sage Yajnavalkya le dit de façon magnifique dans la Brihadaranyaka Upanishad :

« En vérité, ce n’est pas pour l’Amour de son mari qu’on chérit son mari, mais c’est par amour du Soi qu’on chérit son mari,
Ce n’est pour l’Amour de sa femme qu’on chérit une femme, mais c’est pour l’Amour du Soi qu’on chérit une femme,
Ce n’est pas pour l’Amour de ses fils que l’on chérit ses fils, mais c’est pour l’Amour du Soi que l’on chérit ses fils,
Ce n’est pas pour l’Amour de la richesse que l’on chérit la richesse, mais c’est pour l’Amour du Soi que l’on chérit la richesse,
Ce n’est pas pour l’Amour de Brahma que l’on chérit Brahma, mais c’est pour l’Amour du Soi que l’on chérit Brahma,
Ce n’est pas pour l’Amour du pouvoir que l’on chérit le pouvoir, mais c’est pour l’Amour du Soi que l’on chérit le pouvoir.
Ainsi, il n’est nul objet que l’on chérisse par amour de lui, mais toujours par amour du Soi » (Les belles lettres, Il 4, 2).

Si nous regardons bien, notre psyché est complètement structurée autour de ce manque. Chacune de nos pensées est une volonté de résoudre cette blessure originelle, une impulsion tendant à appréhender ce visage de lumière qui est « Sat Chit Ananda », Être, Conscience, Béatitude.

Chaque désir, chaque espoir, se déplace d’un objet à un autre, d’une ambition à une autre car il cherche à saisir cette Présence qui nous comblera. Et les désirs renaissent sans cesse, car cette Présence ne se trouve pas au niveau des formes, mais dans le coeur secret de notre être.

Le lien avec la mère est une image de cet état de complétude, et nous vivons la solitude comme une souffrance car elle reflète la coupure originelle avec la mère. Non pas la mère physique, mais la Présence dont la mère particulière qui nous a engendrés est l’image.

La solitude dont nous parlons, n’est pas un isolement temporaire, mais une solitude plus essentielle où nous sommes confrontés au noyau de nuit qui nous habite au plus profond, et que nous devrons affronter pour rejoindre notre « âme ».

En fait, la peur de cette solitude est à l’origine de l’angoisse profonde qui habite l’être humain. Car cette solitude nous apparaît comme une mort, une disparition, une coupure avec les êtres et les choses, un assèchement de ce flux qui vibre entre nous et le monde. Elle est ce que nous craignons par-dessus tout, et les multiples douleurs de notre vie sont des images de cette angoisse première.

Seul l’union avec la Présence pourra dissiper ce manque, résoudre la blessure.

C’est pour cela que les problèmes ne sont jamais psychologiques mais toujours métaphysiques.

Un homme pourra retrouver le lien avec cette Présence en devenant un adorateur de la déesse. Mahalakshmi, Dourga, Kali, Tara sont des images de cette Présence qui peut nous permettre de réduire cette fracture originelle.

Pour échapper à cette solitude essentielle, nous pouvons nous relier au souffle de la déesse dont toutes les femmes particulières sont l’image. C’est-à-dire que cet amour que nous portons à des corps particuliers, nous l’universalisons pour qu’il retrouve sa nature originelle. Nous nous unirons alors à la déesse qui nous habite au plus profond.

C’est ce que vécut Johann Gichtel, le disciple de Jacob Boehme, le jour de Noël 1673. Il eut une vision de la « Vierge céleste Sophia », qui se « fiança » à son âme. Il raconte qu’il pouvait la voir, l’entendre, et qu’elle lui révéla tous les mystères.

Lorsque cette conjonction se produit, la chair du monde, c’est-à-dire, le bruit du vent dans les arbres, la couleur des nuages, ou celle des arbres de l’automne, deviennent des images de la Présence. Le ciel nocturne vibre et les étoiles sont plus proches que le battement de notre coeur.

Notre exil est effacé. Nous sommes reliés, au sens religieux du terme, c’est-à-dire en communion, en osmose, en amour avec l’univers car le regard « paradisié », c’est voir le monde du point de vue des objets de ce monde, du point de vue des nuages, de la rivière, de la montagne. Ce qui est le contraire de l’angoisse qui est isolement.

Comme le dit le poète Malcolm de Chazal : « Je vois l’objet comme si j’en faisais partie [...]. Je suis alors dans l’objet, et je le vois du dedans au dehors. Je m’intègre à la nature en devenant elle » (Lettres à Jean Paulhan, p. 28). Car le jardin de l’Éden est présent chaque instant de notre vie et il suffit de s’ouvrir à lui…

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Re: Le Maître intérieur

Message par Archange le Jeu 22 Jan - 21:23



L’union avec le Dieu intérieur

Dans la voie ésotérique, chacun doit donc d’abord trouver son chemin, celui correspondant à son nom intérieur, le chemin de son âme et sa voie se développera selon cette ligne de force particulière, exactement comme une cristallisation se fait selon certains axes invisibles qui déterminent la forme particulière du cristal.

C’est autour de ce rayon du « Soi » que s’ordonnera l’apparent chaos de la personne. C’est lui qui cristallisera cette multitude d’éléments hétérogènes composant le « moi extérieur ». Peu à peu, ce dernier se transformera pour que restent seulement les éléments homogènes à sa nature. Il est un peu le sel alchimique qui tisse le corps incorruptible de l’âme.

Mais l’être s’éveille progressivement à cette réalité du soleil intérieur et le chemin est long avant d’arriver à cette plénitude de l’union.

Lorsque nous commençons à être adombré par l’ange, brusquement, notre vie s’écoule différemment. Nous pouvons sentir comme une « main » qui tisse notre destinée, multiplie les signes, les rencontres, comme si nous étions entrés dans un courant qui nous portait, nous emmenait dans une direction précise. Cette direction n’est d’ailleurs pas forcément celle que nous voulions ou plutôt que voulait le « moi ».

Le Maître intérieur parle la langue des symboles, sème des indices qu’il nous faut savoir déchiffrer. Il joue avec les nombres, les dates, parfois les mots. Il peut provoquer une rencontre qui se révélera décisive, ou amener un moment de solitude. Une porte s’ouvre, une autre se ferme, avec, à chaque fois un sens précis. Un ordre se dessine, comme une figure tracée par le destin.

Parfois aussi, le disciple éprouve comme un sentiment d’exil, de resserrement. La vie est comme un vêtement soudain trop étroit, ne correspondant plus à la dimension nouvelle qui l’habite. Il peut aussi ressentir une soif inconnue, un vide immense que rien ne comble vraiment. Il peut être traversé par d’inexplicables et soudains sentiments de paix, d’harmonie qui le submergent sans raison. Ce peut être une ouverture momentanée. Quelques années durant lesquelles il se sentira brusquement porté par la vie. Il aura des préoccupations spirituelles, fera des rencontres qui bouleverseront sa destinée. Il vivra de brefs instants de joie, de bonheur intense, d’extase. Puis tout semble se fermer, et l’être est nouveau seul, égaré dans les cercles du devenir.

Ce sont, en fait, les premiers attouchements de la « grâce », de cette lumière qui se dissimule encore et qui le conduira à l’éveil de sa nature véritable. Ne rencontrant pas de milieu propice, elle ne peut se développer, et seul, celui qui est suffisamment mûr, entreprendra le chemin menant à la lumière.

Mais ces germes, jetés par intermittence ou une seule fois dans le cours d’une vie, opèrent, hors des yeux de chair, tout un parcours invisible. Des lois inconnues de la personne sont en jeu qui font éclore cette fleur et ce fruit, parfois bien des années plus tard, ou au cours d’autres vies.

L’homme intérieur est hors du temps ou du moins de notre conception du temps. Son action possède une autre perspective, beaucoup plus vaste, s’étalant sur des milliers de nos années et notre vie qui nous paraît si précieuse est située dans une vaste figure nous échappant totalement.

Le chemin spirituel consiste donc à accueillir cette clarté de l’homme intérieur, à entrer dans son champ d’influence, à être progressivement revêtu de ce manteau de lumière pour que « son corps, son sang, sa tête et son coeur » soient progressivement imprégnés par lui.

Le disciple apprend à s’isoler du tumulte des pensées et des émotions, à développer en lui un espace de clarté, de paix, qui lui permettra de reconnaître la parole du « Soi ».

Ce sont quelques instants de silence dans le bruit du quotidien. Comme un espace de paix qui vient et repart, s’approfondit peu à peu. L’être s’ouvre à son intériorité. Il s’ouvre au silence. Un silence vibrant, intense, chargé. Un silence qui est chaleur, plénitude. Une exploration presque tactile révèle son murmure. Comme un souffle ténu, subtil, étranger aux impressions habituelles.

Puis ce silence s’agrandit, cet espace s’élargit, augmente, se propage, vagues après vagues dans les moindres recoins de l’être. C’est le dieu, l’ange, qui imprègne progressivement les pensées, les émotions, la corporéité. Peu à peu les pulsions les plus obscures sont transfigurées.

C’est au coeur de ce silence que la parole du Maître intérieur peut se faire entendre.

Elle est comme un faible murmure, au début presque imperceptible, difficile à discriminer des voix plus grossières, du mouvement des désirs et des craintes.

Elle est aussi comme une flamme pure et légère, comme « un oiseau sur le rebord de la fenêtre, prêt à s’envoler au moindre geste un peu brusque ». Un mystère qu’il faut apprivoiser pas à pas, et qui naît spontanément au plus profond, lorsque toutes les écorces qui nous voilaient à son éclat sont tombées. Nous pouvons seulement veiller, nous tenir auprès d’elle, garder son foyer pour qu’elle ne soit pas ensevelie sous le bruit des apparences, absorbée par les préoccupations, obscurcie, oubliée.

Durant toute cette période, exactement comme l’oeuf a besoin de la coquille, ou l’embryon du ventre maternel pour se développer, le disciple a besoin d’une coque, d’un athanor invisible, qui l’isole, le protège et permet la gestation de la lumière.

Il faut cet enfermement, ce profond recueillement, que l’être se ramasse en lui-même pour que le processus puisse s’accomplir. Car c’est dans le secret que se passe la grande mutation, le passage d’un état à un autre qui permet la croissance du germe spirituel.

Toute transition demande cette phase de repli. C’est le pralaya, l’état de dissolution qui précède et qui suit la manifestation d’un univers.

Chaque pensée, est aussi suivie par un blanc, un silence imperceptible.

C’est l’oeuvre au noir alchimique où l’impulsion qui nous poussait à toujours vouloir, espérer, retombe.

C’est une phase de l’oeuvre spirituelle où la vie semble lisse, nue, dénuée de « couleurs ». C’est un moment de suspense, d’attente.

Le disciple peut vivre aussi une grande tristesse. Cependant il ne faut pas vouloir éteindre ou même atténuer cette tristesse de manière artificielle, mais l’accepter, et rester à l’écoute, attentif; s’enfoncer dans cette nuit, nous envelopper en elle comme on le ferait d’un manteau.

Il faut attendre que l’oeuvre au noir ait épuisé son cycle, la laisser accomplir son travail de défrichement de l’âme. Alors, curieusement, de cette nuit surgira la lumière, le noir deviendra la paix blanche qui illumine. Il se produira comme un retournement, et ce sera comme si cette nuit possédait un double visage. Un léger basculement, et la profonde tristesse qui nous habitait se transforme instantanément en paix.

En fait, ce visage de lumière qui nous habite se nourrit de toutes nos défaites, nos dépouillements, de toutes nos morts intimes, car il est cela qui demeure intact lorsque tous les éléments de la personne se sont effacés…

À ce stade d’intimité, le « Soi » peut nous apparaître régulièrement au cours de rêves ou de visions, comme un être empli d’amour et de sagesse qui nous guide, nous oriente, nous protège et sait toujours la réponse juste à une situation donnée, l’acte qui se révélera le plus bénéfique pour nous.

L’intimité avec ce « visage de lumière » se développe, et lorsque, finalement, l’ultime vallée qui le séparait de son Seigneur est franchi, le disciple s’aperçoit que c’était lui-même qu’il recherchait, qu’il était lui-même l’objet de sa quête. Ce que symbolise cette identité d’apparence entre Ramakhrisna et le jeune sannyas, ou ce double lumineux d’eux-mêmes qu’ont perçus certains soufis au cours d’une vision mystique.

Nous pouvons donc comprendre le chemin spirituel comme un jeu entre la conscience individuelle et le « Soi ». S’engager dans une démarche intérieure c’est ouvrir un canal, établir un pont entre eux, les lier pour que leurs « vibrations » réciproques arrivant au même taux de fréquence forme un corps unique. Alors, l’étincelle de lumière qui est le reflet du « Soi » en nous s’accroît, la personnalité se subtilise peu à peu passant d’une octave à une autre toujours plus élevée. Le mental, les émotions et même la corporéité sont progressivement sublimés, unifiés au feu spirituel de l’ange intérieur, qui s’incarne. Et ce lent tissage entre le ciel et la terre, la personnalité et le « Soi », ce mouvement de la navette unissant l’un et l’autre pôle de notre être amène la naissance d’une entité nouvelle qui résulte de cette transfiguration réciproque : c’est le corps de diamant du vajrayana, la pierre cubique de la franc-maçonnerie, la Pierre philosophale des alchimistes, le Chrisos des gnostiques, un état que symbolise aussi les deux triangles entrelacés du sceau de Salomon. En cette figure, tous les éléments de notre être sont unifiés. L’âme est à nouveau comme avant le processus d’involution dans la matière, une unique conscience, un élément stable où toutes les énergies animales sublimées sont réintégrées autour du noyau solaire du « Soi ». Ce qu’illustre parfaitement le mandala, cette figure orientale où les images des dieux sont dessinées autour d’un espace sacré central.

Comme le dit Boris Mouravieff, « la personnalité est unie avec le moi réel », elle est une à jamais avec lui, et « cette union indissoluble forme l’individualité. (…) C’est à partir de ce moment que l’homme existe réellement, qu’il est … » (Boris Mouravieff, Gnosis, La Baconnière, p. 252)

Nous retrouvons aussi le symbolisme de la Rose-Croix, car une rose fleurissant au centre d’une croix symbolise l’adepte. Les quatre éléments, qui sont les quatre tendances fondamentales de la « personnalité », sont réintégrés autour de la rose mystique centrale qui est, de ce fait, le coeur, la coupe, le Graal qui reçoit le vin de l’éternité. Ainsi, l’adepte unit en lui la terre (le quaternaire, la croix), et le ciel (la Rose).



Conclusion

Au terme de cette petite étude, nous pouvons donc affirmer que toute la destinée de l’homme se joue dans cette relation avec le Maître intérieur, qui est l’axe, le centre, autour duquel la personnalité gravite, même si elle l’ignore.

L’Être de lumière détient le secret de notre destinée. Il est la source de notre dharma, notre fonction dans l’univers. Il est donc celui qui « pèsera notre âme », vérifiant, après notre mort, si notre coeur est « aussi léger qu’une plume ». Il était d’ailleurs représenté par les anciens Égyptiens sous forme d’un oiseau à tête humaine, ce qui montre sa relation avec l’air et le ciel, puisqu’il est la force qui nous pousse à transcender la condition humaine.

Nous avons donc en nous notre propre juge, notre propre lumière, une source de pouvoir immense et inconnue. Et, bien souvent, ce que nous attribuons à un être extérieur, à un maître ou à un dieu, provient, en fait, de cet aspect ignoré de nous-même. Un « miracle », une inspiration, sera, en réalité, amené par la présence de ce maître qui demeure dans le secret.



Bibliographie

Bramly Serge, Terre sacrée, Albin Michel, 1992.

Chen-Chi Chang, Pratique du zen, La Barque du Soleil, 1960.

Corbin Henry, L’Homme de lumière dans le soufisme iranien, Présence,1984.

Elâhi Bahrâm, La Voie de la perfection, Albin Michel, 2002.

Hodson Geoffrey, La Science de la voyance, Adyon, 1982.

Kubra Najm al-din, Les Éclosions de la beauté et les parfums de la majesté. Un traité du soufisme, L’Éclat, 2001.

Gichtel J. G., Theosophia praticta, Archè de Toth, 1973.

Ménard Louis & Hermès Trismégiste, Œuvres, Trédaniel, 1977.

Moody Raymond, La Vie après la vie, Robert Laffont, 1977.

Mouravieff Boris, Gnosis, 3 vol., La Baconnière, 1980 et 1983.

Muktananda Swami, Kundalini, Éd. Horus, 1981.

Père Joseph de Vatopaidi, L’Ancien Joseph l’Hésychaste, Le Cerf, 2002.

Ring Kenneth, En route vers Oméga, Robert Laffont, 1991.

Saradananda Swami, Biographie de Ramakrishna, Le Cerf, 2005.

Van der Leuw J. J., Dieux en exil, Adyar, 1927.



Récupérée de « http://www.nous-les-dieux.org/Le_Ma%C3%AEtre_int%C3%A9rieur »


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